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« Touche pas à ma virilité » : en Corée du Sud, des hommes lancent leur #MeToo

juin 27, 2021

Pour lutter contre la haine de certaines femmes à leur égard, des sud-coréens ont lancé un mouvement de protestation, indique « Courrier International ».

C’est un phénomène qui prend une ampleur de plus en plus conséquente en Corée du Sud. Depuis plusieurs semaines, le Los Angeles Times, dans un article repéré par le Courrier Internationalrapporte que des groupes de défense des « droits masculins » ont lancé leur propre version du mouvement #MeToo, pour lutter contre la haine des hommes qu’entretiendraient les féministes dans le pays. Selon eux, la haine des hommes est omniprésente dans la société sud-coréenne d’aujourd’hui, où le féminisme radical est devenu hors de contrôle.

À l’origine de cette vague de contestation se trouve un emoji, « pouce et index rapprochés », qui a fait débat en 2019 au moment où de nombreux hommes estimaient qu’il s’agissait d’un émoticone servant uniquement à se moquer des sexes masculins de petite taille. Ces dernières semaines, plusieurs employés de grandes entreprises du pays ont été sanctionnés pour avoir utilisé l’émoji dans des affiches, après l’appel au boycott et les plaintes déposées par les groupes de défense des « droits masculins ».

En Corée du Sud, ce mouvement est incarné par un grand nombre de jeunes hommes qui fustigent le féminisme et jugent que le système joue en leur défaveur et non l’inverse. « Le principal problème est que les jeunes hommes ne peuvent pas faire entendre leur voix, ni dans la presse ni sur la scène politique. Et leurs doléances s’accumulent. Tout le monde rencontre des difficultés, mais on met l’accent sur celles d’un camp en particulier », a assuré de son côté l’auteur spécialisé dans la haine en ligne, Park Won-ik.

Les jeunes sud-coréens de plus en plus réfractaires aux femmes

À l’heure où la Corée du Sud est l’une des premières puissances mondiales les plus en retard concernant la question de l’égalité homme-femme, de plus en plus de jeunes hommes estiment que le féminisme « va trop loin » et se plaignent d’être injustement calomniés et accusés à tort par les femmes.

Une étude menée en 2018 par le Korean Women’s Development Institute a par ailleurs souligné que pour 65 % des hommes âgés d’une vingtaine d’années, le féminisme était un mouvement de haine des hommes. 56.5 % d’entre eux se disaient même prêts à rompre avec leur compagne si elle se disait féministe.

Avec Le Point avec AFP

#Metoo au Venezuela: les langues se délient sur les abus sexuels

juin 11, 2021
#Metoo au Venezuela: les langues se delient sur les abus sexuels
#Metoo au Venezuela: les langues se délient sur les abus sexuels© AFP/Yuri CORTEZ

Gionaira Chavez, violée quand elle avait 15 ans, avait toujours gardé le secret avant que la campagne #Metoo au Venezuela, après l’avoir d’abord plongée dans des crises d’angoisse, ne l’aide à surmonter l’épreuve.

« Je me suis beaucoup identifiée. Je suis passée par une crise nerveuse. J’ai eu besoin d’aide psychologique. Il était temps que j’élève la voix. Cette expérience (témoigner) m’a aidée à comprendre que c’était un cauchemar qui était passé et que je peux continuer ma vie », raconte cette styliste aujourd’hui âgée de 28 ans.

Encore aujourd’hui, elle peine à raconter son expérience et baisse instinctivement la voix: « Il a insisté pour me ramener à la maison. Quand on a été dans le centre (…) cette personne… ce… eh… m’a violée dans la voiture. Après, il m’a déposée à la maison et je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles ». Il avait une dizaine d’années de plus qu’elle.

La campagne du #metoo vénézuélien a commencé en avril avec la mention #yositecreo (Moi je te crois, ndlr) et l’apparition de témoignages de victimes d’agressions sexuelles de la part de personnes célèbres. La justice a ouvert des enquêtes et lancé en juin des mandats d’arrêt notamment contre Alejandro Sojo, chanteur du groupe Los Colores et contre Tony Maestracci, batteur des Tomates Fritos.

Sur internet, une femme aujourd’hui majeure avait notamment relaté des faits qui s’étaient produits avec M. Sojo alors qu’elle était mineure. D’autres témoignages contre des personnes célèbres comme des metteurs en scène ou l’écrivain Willy McKey avaient suivi.

Ce dernier avait reconnu une partie des faits dans un communiqué avant de se suicider le 29 avril à Buenos Aires où il résidait.

Des témoignages contre le système des Orchestres de jeunes du Venezuela étaient aussi apparus.

Parmi les témoignages qui ont lancé le mouvement figure celui de Carmela Perez contre Sojo. La jeune femme avait 15 ans à l’époque et lui 23. « Il voulait prendre ma virginité et je ne voulais pas. Il était si insistant que j’ai dit que j’avais mes règles. C’est ce qui l’a arrêté », se souvient-elle.

Aujourd’hui âgée de 20 ans, elle dit comprendre « la manipulation » dont elle a été victime. « Il était célèbre mais personne n’échappait à ce qu’il écrivait ou à une photo qu’il t’envoyait et que tu ne voulais pas voir ».

Vivant aujourd’hui en Argentine, Sojo, qui fait l’objet de plus de trente plaintes selon Yo si Te creo, a diffusé un communiqué regrettant « profondément » son « comportement ignorant et imprudent ».

Les choses bougent

« L’abus sexuel au Venezuela est normalisé dans une société patriarcale » et conservatrice, estime Abel Saraiba de l’ONG Cecodap de protection des mineurs. « La violence sexuelle est loin d’être en régression, elle est même en hausse ».

Selon le procureur général du Venezuela Tarek Saab, il y a eu 8.450 inculpations et 1.676 mandats d’arrêts pour des crimes ou délits sexuels depuis sa prise de fonction en 2017, pour une population de 30 millions d’habitants.

« On voit que les choses bougent. Les gens prennent conscience » de certaines « dynamiques d’abus » considérées comme normales jusqu’ici, précise M. Saraiba.

A l’époque, après des attouchements par un musicien alors qu’elle avait 12 ans, Carmela avait fini par penser que les baisers forcés et les caresses sans consentement étaient normaux. « C’est comme ça que CA se passe » dans les fêtes, pensait-elle.

Les violences sexuelles sont passibles de 12 ans de prison au Venezuela mais le délai de prescription est d’un an seulement.

« J’ai dû lui expliquer »

« La plupart (des victimes) ne veulent pas porter plainte parce qu’elles n’ont pas confiance en la justice » commente Ariana Gonzalez, activiste de Yo si Te Creo Venezuela.

« Ce que veulent la plupart des victimes ce n’est pas que les agresseurs soient emprisonnés mais qu’on les croie », précise Andrea Hernandez, une autre activiste de 26 ans.

Yarani Acosta, 23 ans, a été victime d’abus en 2019, lors d’une fête universitaire alcoolisée. Après quelques baisers avec un homme, celui-ci est devenu « un peu agressif. Mon souvenir suivant, c’est lui ouvrant la porte et moi en train de remettre ma chemise. (Le lendemain), j’avais des bleus partout », dit-elle.

« J’ai dû lui expliquer pourquoi ce qu’il avait fait était mal. Je lui ai pardonné et je n’ai pas porté plainte », raconte-elle.

Aujourd’hui mariée et mère d’une fille de 3 ans, Gionaira a en revanche porté plainte tout en sachant qu’elle « n’obtiendra pas justice. Mais ça soulage un peu de penser que je peux faire éviter un nouvel abus ».

Par Le Point avec AFP