Posts Tagged ‘Migrants’

Au Maroc, nouvelles tentatives d’entrée dans l’enclave espagnole de Melilla la nuit du Nouvel An

janvier 2, 2023

Des dizaines de personnes ont tenté de franchir la frontière depuis la ville voisine de Nador, au Nord, selon une ONG. Il n’a pas été possible de confirmer cette information auprès des autorités marocaines.

À la frontière de l’enclave espagnole de Melilla, en janvier 2015. © David Ramos / Getty Images Europe/ Getty Images via AFP.

Durant la nuit du Nouvel An, « des dizaines de jeunes marocains ont tenté de traverser » pour pénétrer dans l’enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc, via le poste-frontière de Nador, et « malgré le dispositif policier, quelques-uns ont réussi à s’y introduire », a indiqué le 1er janvier l’association marocaine des droits humains (AMDH) sur Twitter. Il n’a pas été possible de confirmer cette information auprès des autorités marocaines.

Un précédent violent

Le 24 juin, près de 2 000 migrants en majorité originaires du Soudan avaient tenté de s’introduire dans Melilla via Nador. Cette tentative avait été précédée de violents heurts pendant plusieurs jours entre migrants et forces marocaines dans des campements clandestins installés aux alentours de Nador. Le drame a fait 23 morts parmi les migrants, selon les autorités marocaines, 27 d’après l’AMDH.À LIRE« Sur Ceuta et Melilla, il n’y a rien à négocier : elles sont espagnoles »

Ce bilan a été le plus lourd jamais enregistré lors d’une des nombreuses tentatives de migrants d’entrer à Melilla et dans l’enclave espagnole voisine de Ceuta, seules frontières terrestres de l’Union européenne avec le continent africain.

2 janvier 2023 à 10:31

Par Laszlo Perelstein et Jeune Afrique avec AFP

Des centaines de migrants continuent d’arriver sur les côtes anglaises, malgré l’hiver qui approche

décembre 1, 2022
Des centaines de migrants continuent d'arriver sur les cotes anglaises, malgre l'hiver qui approche
Des centaines de migrants continuent d’arriver sur les côtes anglaises, malgré l’hiver qui approche© AFP/Ben Stansall

C’est une journée assez douce pour une fin d’automne. La mer est froide mais calme, le vent ne s’est pas levé. Les conditions semblent optimales pour traverser la Manche en bateau pneumatique: mercredi encore, des centaines de migrants sont arrivés sur les côtes anglaises.

Plus de 43.000 migrants ont traversé la Manche cette année, un record. Lundi, ils étaient 426, selon les chiffres du gouvernement britannique. Mardi, 884 dans 17 bateaux et mercredi, 426 dans huit embarcations.

« Nous n’avons pas réussi à contrôler nos frontières », a admis la ministre de l’Intérieur Suella Braverman au parlement en novembre. C’était pourtant une des promesses du Brexit et une des priorités affichées des conservateurs.

Au port de Douvres (côte sud-est) on peut assister de loin au va-et-vient. Les bateaux des autorités maritimes reviennent d’abord du large avec des canots pneumatiques vides. Un bateau tire quatre embarcations à lui tout seul. Et puis vers 14H00, des dizaines de migrants, interceptés en mer, arrivent à bord de deux navires des « border forces », responsables des contrôles frontaliers.

Après quelques heures, ils sont acheminés en bus vers un centre de transit où leur dossier va commencer à être étudié. Celui de Manston (sud-est), saturé, a été au coeur d’une polémique en octobre: plus de 4.000 personnes y étaient hébergées pour une capacité de 1.600 places.

Un migrant atteint de diphtérie y est mort mi-novembre. Depuis, plusieurs dizaines de cas ont été recensés chez des migrants.

Dans des hôtels

Abas, un Afghan de 30 ans, a suivi le parcours classique. « J’ai traversé en septembre. Le bateau prenait l’eau, on a appelé à l’aide les autorités maritimes anglaises quand on est arrivé dans les eaux britanniques. J’ai été arrêté en mer », raconte-t-il à l’AFP sous couvert d’anonymat.

Ensuite, il a été examiné à Manston puis hébergé dans des hôtels. Il dort maintenant dans un hôtel à Londres, à quelques centaines de mètres des tours modernes du quartier d’affaire de la City. L’hôtel désormais fermé aux touristes est payé par le gouvernement pour héberger les demandeurs d’asile.

Abas a demandé le statut de réfugié. Originaire de Kaboul, il explique avoir quitté son pays à cause du retour au pouvoir des talibans, en août 2021. « Je travaillais dans la sécurité pour l’Otan », assure-t-il. Il a fui en passant par l’Iran, puis la Turquie et a traversé l’Europe. Il est venu au Royaume-Uni car il parle anglais.

Il y a, selon Abas, 300 personnes comme lui, des demandeurs d’asile, dans son hôtel. Des hommes et des femmes entrent et sortent sans cesse. Beaucoup sont arrivés par bateau. D’autres, au Royaume-Uni depuis plus longtemps, sont venus cachés dans des camions.

Naufrage

« Maintenant il est très difficile d’arriver en camion pour les migrants car cette route est très contrôlée », explique Peter William Walsh chercheur à l’Observatoire des migrations de l’université d’Oxford. « Cela a contribué à l’essor » des traversées de la Manche en bateau pour les migrants depuis 2018.

« Désormais, c’est une route établie, avec des réseaux de passeurs. Dans l’esprit de ceux qui font la traversée, la Manche n’est plus cette grande barrière qu’elle représentait autrefois », ajoute le chercheur.

Le 24 novembre 2021, un naufrage a cependant fait 27 morts, des migrants âgés de 7 à 46 ans. C’est le pire drame jamais enregistré dans la Manche, mais comme les naufrages en Méditerranée, cela n’a pas dissuadé les migrants de tenter leur chance.

Pas plus que l’accord du Royaume-Uni avec le Rwanda. Annoncé sous Boris Johnson, ce projet prévoit d’envoyer des demandeurs d’asile au Rwanda mais il est au point mort, bloqué en justice.

Paris et Londres ont signé un accord mi-novembre qui prévoit notamment une enveloppe de 72,2 millions d’euros que devront verser les Britanniques en 2022-2023 à la France pour augmenter de 800 à 900 le nombre de policiers et gendarmes sur les plages françaises, d’où partent les migrants.

Le système de demandes d’asile est plus que jamais débordé au Royaume-Uni. Plus de 140.000 demandeurs d’asile attendaient une réponse fin septembre, soit trois fois plus qu’en 2019.

Près de 86.000 personnes ont demandé l’asile entre septembre 2021 et septembre 2022, un chiffre au plus haut depuis 2003, quand il y avait eu plus de 87.000 demandes.

Par Le Point avec AFP

Migrants : et si des assises africaines s’imposaient ?

novembre 24, 2022

TRIBUNE. Pour stopper l’hémorragie migratoire, institutions et sociétés civiles africaines doivent se mobiliser contre les vraies causes du désespoir des jeunes.

Le nombre croissant de migrants qui veulent quitter le continent est un defi aux institutions et a la societe civile africaine. Celles-ci doivent faire leur introspection pour essayer de dissoudre les causes de ces migrations mortiferes.
Le nombre croissant de migrants qui veulent quitter le continent est un défi aux institutions et à la société civile africaine. Celles-ci doivent faire leur introspection pour essayer de dissoudre les causes de ces migrations mortifères.© VINCENZO CIRCOSTA / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

L’Océan Viking, un navire humanitaire avec à son bord 230 migrants rescapés, a défrayé la chronique avec son errance de quelques semaines dans les eaux méditerranéennes. Cette situation fut à l’origine d’un bras de fer diplomatique entre la France et l’Italie, qui a refusé catégoriquement d’accueillir le navire humanitaire. Ce genre de crise pourrait devenir fréquent et constituer une menace sérieuse pour la stabilité de l’Union européenne. La gestion des flux migratoires devient de plus en plus une source de discorde entre les États aux portes d’entrée de l’espace Schengen et les autres. Du reste, l’accueil de ces migrants par la France continue à secouer la classe politique.

Une indignation inaudible

Les rangs des prétendants africains à l’immigration clandestine en Europe n’ont cessé de se garnir depuis le fameux Barça ou Barsakh (Barcelone ou la mort) initié par de jeunes Sénégalais dans les années 1990. Sans relâche, de jeunes Africains meurent en mer et dans le désert du Sahara. Ils tentent tous de fuir l’Afrique et leur quotidien obscurci par la misère et les urgences de survie qui vont avec. Ainsi, l’Afrique est amputée de son avenir, vidée de ses jeunes et de sa force vive. Rares sont les pays d’Afrique subsaharienne épargnés par cet exode d’un nouveau genre. Les côtes sénégalaises restent des lieux de ralliement assez prisés pour le départ vers l’eldorado européen. Notons quand même que ces contingents ne sont pas constitués que de Sénégalais. À l’image des tirailleurs sénégalais, ils sont souvent englobés dans cette appellation, mais beaucoup viennent des autres pays de l’Afrique subsaharienne.

Pour Cécile Thiakane, observatrice et actrice du développement social autant au Sénégal qu’en France, des assises afrricaines s’imposent pour prendre à bras-le-corps les causes des migrations hors du continent. © DR

Bien que l’issue de ce voyage soit incertaine, les candidats portés par l’espoir d’une vie meilleure n’ont cessé de croître et l’échec de beaucoup ne semble pas les décourager. Cela fait plus de deux décennies que les cadavres rejetés par la mer sur les plages des Canaries, de Lampedusa ou Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées au Maroc, nous montrent l’étendue du fiasco. Cette désastreuse situation s’enlise, hélas ! Les migrants n’ont eu de cesse d’imaginer des passerelles pour rallier l’Eldorado européen au risque de leur vie. Parmi eux, combien vont réaliser leur rêve ? Combien vont échouer et se retrouver dans les travers de la vie de migrants sombrant dans la grande précarité en Europe ? Et combien ont péri en mer ou dans le désert du Sahara ? Quel sacrifice pour ces jeunes « martyrs » ? Bien qu’ils prennent des risques qui dépassent, hélas, tout entendement, aucun d’entre eux n’est candidat au suicide. Ils sont juste déterminés par l’espoir d’une vie améliorée.

Des liens de causalités évidents

L’état d’esprit de ces jeunes est la résultante d’une multitude de causes qui, directement ou indirectement, impactent leur trajectoire et motivation. On peut citer :

1) La crise alimentaire due à une diminution des terres cultivables, l’infertilité des sols, les changements climatiques, le déficit de stockage et de transformation des produits agricoles, le secteur de l’élevage sinistré ou encore une raréfaction des poissons pour la pêche artisanale ;

2) La crise climatique qui a sinistré bon nombre de régions sahéliennes qui constitue une menace sérieuse pour la survie des couches de population les plus précaires ;

3) La crise démographique qui entraîne un chômage endémique des jeunes dans les zones urbaines et périurbaines du continent africain où d’ailleurs on compte aujourd’hui le plus de jeunes au monde ;

4) La crise éducative et morale des jeunes n’ayant pas pris un bon départ dans la vie pour certains, déscolarisés pour d’autres, mettant ainsi à mal à la fois leur acquisition des compétences et des outils nécessaires pour une insertion dans le tissu économique, et leur réarmement moral ;

5) La crise sécuritaire due en partie à l’instabilité politique et sociale, des terreaux fertiles à une radicalisation pouvant mener à un extrémisme violent sur fond d’intégrisme qui fragilisent toutes les régions concernées.

Ne pas agir n’est plus acceptable, il est nécessaire de stopper cette hémorragie migratoire. Autrement dit, le coût historique, politique, moral et socio-économique déjà lourd risque d’être démentiel, d’autant que l’Afrique ne sera pas seule à payer, car nous sommes tous complices. Peut-être que comme pour les COP, cette situation appelle à des Assises africaines pour discuter et trouver des solutions viables avec des fonds pour adresser cet épineux problème. L’Union africaine pourrait se charger d’organiser ces assises africaines pour stopper l’hémorragie migratoire, mais en attendant, quelques solutions peuvent déjà améliorer la situation.

Des initiatives à résultats rapides

Les bases d’un plan d’urgence, non dicté par des puissances étrangères, mais bel et bien conçu par et pour les populations du continent africain, sont posées.

Il s’agit :

1) d’agir en amont pour informer, sensibiliser et conscientiser les populations sur les dangers de ce choix d’immigration et faire émerger des alternatives faciles à déployer pour entrer dans une dynamique de cercles vertueux permettant de sortir de l’impasse en mettant à contribution le cercle familial et communautaire ou les chefs traditionnels ;

2) d’initier des caravanes citoyennes ;

3) de démanteler les réseaux mafieux et toutes leurs ramifications qui profitent de la misère et du désespoir de ces jeunes pour s’enrichir ;

4) d’accentuer la surveillance des côtes pour jouer les garde-fous et d’assurer une meilleure gouvernance des richesses et des ressources. Ceci passera par des fondations d’une coopération gagnant-gagnant aux fins de s’extraire de ce cercle vicieux de l’assistanat des pays occidentaux.

Les conséquences du Covid-19, et plus récemment de la guerre en Ukraine, ont encore démontré l’urgence pour l’Afrique d’assurer a minima ses besoins vitaux. Pour ce faire, elle gagnerait à mettre en œuvre des actions spécifiques pour adresser différents défis :

1) S’inscrire dans une agriculture responsable et durable afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire tout en préservant l’environnement,

2) Repenser sa politique d’urbanisation et aussi son développement des territoires ruraux,

3) Former du capital humain pour réussir sa transformation numérique,

4) Aborder avec succès sa transition énergétique,

5) S’industrialiser autrement en mettant en œuvre des innovations de rupture pour se sortir du mimétisme mais aussi des modèles obsolètes pour enfin tracer sa voie et inverser la courbe de ses échanges commerciaux, surtout sur les produits à consommation courante et sans forte valeur ajoutée qui la rendent trop dépendante de l’extérieur.

Lesdites actions spécifiques d’envergure auront pour visée à rendre plus attractifs et plus productifs les territoires pour cette jeune population en perdition ; de remettre l’agriculture et l’élevage au cœur de la vie des territoires locaux en dynamisant les zones rurales ; d’éduquer et former les jeunes Africains afin d’en faire un capital humain de qualité à même d’accompagner l’essor économique et le bien-être des populations de façon concomitante. Stratégiquement, il conviendra de choisir en amont des filières où les pays gagneraient à se spécialiser pour être compétitifs dans ce contexte de mondialisation. Cette démarche s’inscrira dans la dynamique des États relative au déficit entrepreneurial, aux enjeux de l’innovation et à celui de la carence des financements relatifs. Finalement, il faudra répondre à cette question : « À quand une réponse endogène pour éviter durablement que les projets et l’espoir portés par ces jeunes ne se perdent dans les tiroirs de leurs seuls rêves ou engloutis dans les flots de l’océan ? »

Avec Le Point par Cécile Thiakane*

* Actrice du développement social entre le Sénégal et la France

France-« Ocean Viking » : ce qui attend les migrants arrivés à Toulon

novembre 11, 2022

Arrivés en France après 20 jours d’errance, les 230 réfugiés ont été transférés dans un centre social, certains dans un état de santé préoccupant.

Un membre de la Croix-Couge accueillant un migrant secouru par l'Ocean Viking dans un centre social pres de Hyeres.
Un membre de la Croix-Couge accueillant un migrant secouru par l’Ocean Viking dans un centre social près de Hyères.  © CHRISTOPHE SIMON / AFP

Dépassant derrière le gris acier d’un bâtiment militaire, la coque rouge de l’Ocean Viking apporte une touche de couleur dans la base navale de Toulon. À bord du navire de sauvetage affrété par l’ONG SOS Méditerranée, 230 personnes, arrivées exténuées vendredi matin, vers 8 h 30. Secourus au large des côtes libyennes entre le 22 et le 26 octobre, les migrants ont enfin touché terre, après un périple d’une vingtaine de jours et un bras de fer diplomatique entre la France et l’Italie qui a refusé de les accueillir.

« C’est un triste record d’attente en mer, souffle Xavier Lauth, directeur des opérations chez SOS Méditerranée. Il faut imaginer tous ces gens dormant à même le bois du pont avec une couverture, cette promiscuité de tous les instants qui génèrent des tensions. Plus de 80 avaient le mal de mer, notamment lors de deux journées de forte houle, certains ont été touchés par une forte grippe, y compris neuf membres de notre équipe. Beaucoup étaient déshydratés, brûlés, s’alimentaient peu, beaucoup avaient subi des traumatismes extrêmes lors de leur voyage depuis leur pays d’origine, des choses aussi dramatiques que des enlèvements, des viols, des tortures et de l’esclavage. »

Venus d’Afrique subsaharienne, du Bangladesh ou de Syrie, liste non exhaustive, ces passagers du désespoir, parmi lesquels plus de cinquante enfants, ont fait dès leur sauvetage en mer l’objet de demandes de débarquement à Malte et en Italie. Puis, « vu le silence assourdissant, nous nous sommes tournés vers la France, la Grèce et l’Espagne », rembobine Louise Guillaumat, adjointe de Xavier Lauth. « Là encore, pas de réponse. La situation sanitaire à bord devenant de plus en plus critique, on a demandé le 7 novembre un port à la France. Nous avons pu faire évacuer trois personnes par hélicoptère à l’hôpital de Bastia avant qu’on nous autorise à accoster à Toulon ».

Une « zone internationale d’attente » sur la presqu’île de Giens

Dès la nuit précédant leur arrivée, des secouristes avaient pu monter à bord de l’Ocean Viking pour faire un point et envoyer un autre rescapé dans un hôpital. « Il s’agit de leur offrir les meilleures conditions d’accueil humanitaires, indique Camille Chaize, porte-parole du ministère de l’Intérieur. Il nous faut maintenant procéder au contrôle administratif de ces gens. Certains ont des passeports, d’autres pas, certains se disent mineurs et ne le sont peut-être pas. Certains qui viennent de pays où leur vie est en danger, où ils sont persécutés, pourront être éligibles à une demande d’asile, mais d’autres non. Dans ce cas, ils seront reconduits dans leur pays d’origine. »

Parmi les 230 migrants, 57 enfants.  © CHRISTOPHE SIMON / AFP

En attendant, ces migrants ballottés pendant trois semaines sont placés dans un centre social loué par l’État sur la presqu’île de Giens, tout près de Hyères. Impossible d’approcher cette « zone internationale d’attente » où ils peuvent être gardés pendant vingt jours. « Ils ne peuvent pas sortir de cette zone étanche, encadrée par la police aux frontières », précise Camille Chaize. C’est là que le cas de chacun sera examiné. Onze pays européens ont fait savoir qu’ils prendraient leur part dans l’accueil des deux tiers d’entre eux.

Si la France reçoit chaque année 100 000 demandes d’asile, en acceptant environ la moitié, ces 230 là sont devenus un symbole. « Celui de démocraties européennes indignes qui instrumentalisent politiquement la vie de ces gens. C’est de la prise d’otages », s’indigne la directrice générale de SOS Méditerranée, Sophie Beau. « Jamais je n’avais vu une telle situation, abonde le président de l’ONG, François Thomas. Si nous parlons de naufrage, c’est celui des responsabilités. Nous saluons la décision de la France, mais ce n’est pas normal de devoir débarquer des gens si loin du lieu de leur sauvetage en mer. » Même si 85 % des migrants sont recueillis par les garde-côtes, les associations jouent un rôle prépondérant. En sept ans, l’organisation, connue pour avoir également utilisé l’Aquarius, indique avoir sauvé environ 37 000 vies.

Visite de Zemmour

« L’immigration, avec les changements économiques et climatiques, est l’enjeu du siècle », s’inquiète le député LFI de Marseille Sébastien Delogu, en suivant les opérations sur le port de Toulon. « C’est la fin du calvaire pour ces 230 personnes et leurs sauveteurs, mais il faut a minima essayer d’organiser l’accueil de ces gens. En refusant leur accès en Italie, le gouvernement Meloni a violé le droit international et c’est inacceptable. »

De l’autre côté de la place qui épouse l’entrée de l’arsenal toulonnais, Éric Zemmour est sur un registre opposé. Entouré d’une cinquantaine de militants qui font face à des partisans de l’accueil des migrants, le patron de Reconquête !, guère plus visible depuis la présidentielle, dit « ne pas connaître d’autres lois que celle du peuple français souverain. La France n’est pas le déversoir de l’immigration. Et si nous ne voulons pas que l’Europe devienne l’Afrique, nous devons refuser l’accueil de ces gens en Europe. Il faut stopper ce petit jeu entre les passeurs qui savent quand il y aura des bateaux et les associations qui savent qu’un port européen les accueillera ».

Un jeu qui ne semble pas en être un pour SOS Méditerranée. Après avoir respecté une escale technique de quelques semaines, elle compte « reprendre la mer ». Ce matin, douze alertes ont été déclenchées pour des naufragés en Méditerranée centrale, mais aucun bateau opérationnel n’est sur place. Environ 1 300 personnes y sont mortes noyées depuis le début de l’année, plus de 20 000 depuis 2014.

Par Le Point avec le correspondant à Marseille, François Tonneau

En Sicile, des migrants désespérant de pouvoir débarquer se jettent à l’eau

novembre 7, 2022
En Sicile, des migrants desesperant de pouvoir debarquer se jettent a l'eau
En Sicile, des migrants désespérant de pouvoir débarquer se jettent à l’eau© AFP/VINCENZO CIRCOSTA

Au bout de leur tragique odyssée, des migrants bloqués dans le port de Catane à bord de l’un des navires humanitaires autorisés à accoster en Sicile par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni se sont jetés à l’eau lundi, désespérant de pouvoir débarquer.

Mme Meloni, la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, s’est engagée à « défendre les frontières » de l’Italie en empêchant les navires des ONG opérant en Méditerranée d’entrer dans les ports italiens pour y débarquer les milliers de migrants qu’ils secourent chaque année.

Dimanche, son gouvernement a finalement autorisé le débarquement des seuls mineurs et personnes souffrant de problèmes médicaux. Deux bateaux ont pu accoster à Catane, deux autres ont été refusés, transportant au total un millier de personnes.

Pris au piège du face-à-face entre les ONG et le nouvel exécutif italien, trois migrants ont sauté lundi du Geo Barents, un navire géré par Médecins Sans Frontières (MSF) qui était à quai.

Les trois hommes ont été rapidement récupérés, selon MSF.

Peu de temps après, une douzaine d’autres migrants sur le pont du bateau ont scandé « Aidez-nous », a constaté un journaliste de l’AFP.

Simultanément, plus de 500 personnes, signalées plus tôt en perdition par l’ONG Alarm Phone, ont été secourues par les autorités italiennes et débarquées en Sicile, a déclaré à l’AFP la préfète de Syracuse. « Elles font d’abord l’objet d’une visite médicale, puis elles sont identifiées par la police avant d’être réparties dans des structures d’accueil », a expliqué Giuseppa Scaduto.

D’après le ministère italien de l’Intérieur, plus de 88.000 personnes sont arrivées depuis les côtes africaines depuis le 1er janvier.

Le sénateur démocrate Antonio Nicita, qui s’est rendu sur les navires humanitaires mouillant au large du port de Catane, estime que « la situation est tendue » à bord.

« Sur les navires, la nervosité règne, les humanitaires calment les esprits. Beaucoup de migrants se sont déshabillés face à nous pour nous montrer des infections sur les parties intimes », a-t-il témoigné, évoquant des cas de gale.

Le Geo Barents a accosté dimanche soir et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l’entrée à 215 autres.

L’un des migrants a ensuite été évacué par ambulance après s’être plaint de douleurs abdominales aiguës, a indiqué MSF lundi, soulignant que les autres étaient de plus en plus vulnérables.

« Leur situation, leur niveau de stress psychologique est très, très élevé », estime Riccardo Gatti, chef de recherche et de sauvetage à MSF.

« Situation d’urgence »

« Le navire a ses limites en termes d’assistance médicale », a-t-il dit.

Dans le port se trouve le bateau sous pavillon allemand Humanity 1, opéré par l’organisation caritative SOS Humanity, qui a débarqué 144 personnes dimanche. A son bord demeurent toujours 35 migrants adultes de sexe masculin.

Un décret du gouvernement italien publié vendredi stipule que le navire n’a été autorisé à accoster que le temps nécessaire pour identifier les passagers en « situation d’urgence ».

Le capitaine du navire, Joachim Ebeling, a défié l’ordre de quitter le port, insistant lundi sur le fait que « toute personne secourue a le droit de débarquer dans un port sûr ». « Je ne vais nulle part avec ces gens à bord », a-t-il dit aux journalistes.

Le nouveau gouvernement italien, le plus à droite depuis la Seconde Guerre mondiale, s’est engagé à observer une ligne dure vis-à-vis des migrants. Et le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi a estimé que les migrants secourus en mer étaient de la responsabilité de l’Etat sous le drapeau duquel les bateaux naviguent – en l’espèce norvégiens et allemands.

Matteo Salvini, l’ex-ministre de l’Intérieur dont le parti, la Ligue, fait partie de la coalition au pouvoir, a souligné que les arrivées devaient être « stoppées ».

« Ce sont des voyages organisés, de plus en plus dangereux, qui financent les armes et la drogue », a affirmé sur Twitter M. Salvini, actuel vice-Premier ministre.

Des recours ont été déposés devant les tribunaux de Rome et de Catane lundi, a indiqué SOS Humanity.

Amnesty International estime de son côté que l’Italie « enfreint ses obligations internationales ».

Dans un communiqué, l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) « continuent d’exhorter les gouvernements européens à offrir rapidement un lieu sûr et autoriser le débarquement immédiat de près de 600 personnes restant sur les navires des ONG ».

Par Le Point avec AFP

Migrants : L’Italie autorise uniquement le débarquement de mineurs ou malades

novembre 6, 2022
Migrants : L'Italie autorise uniquement le debarquement de mineurs ou malades
Migrants : L’Italie autorise uniquement le débarquement de mineurs ou malades© SOS HUMANITY/AFP/Max CAVALLARI

Le nouveau gouvernement d’extrême droite italien a autorisé dimanche le débarquement de mineurs et d’autres migrants souffrant de problèmes médicaux, mais entend, selon des sources gouvernementales, en renvoyer d’autres à bord de navires d’ONG humanitaires.

Trois mineures et un bébé ont été les premiers à débarquer à l’aube du bateau Humanité 1, suivis des garçons mineurs et des hommes adultes ayant des problèmes médicaux, a déclaré à l’AFP Petra Krischok, attachée de presse de SOS Humanité.

Au total, 144 personnes ont débarqué du Humanity 1, navire sous drapeau allemand, au port de Catane mais 35 sont restés à bord, selon cette source.

Ils « sont extrêmement déprimés », a-t-elle ajouté auprès de l’AFP. « Pour l’instant, nous restons ici et nous attendons », a-t-elle affirmé, sans savoir si les autorités avaient décidé de donner l’ordre au bateau de partir.

Le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi avait déclaré samedi que le gouvernement ne ferait pas marche arrière quant à ses obligations humanitaires mais que ceux qui ne sont pas « qualifiés » devraient être pris en charge par l’Etat du pavillon du navire.

Trois autres navires, qui transportent au total 900 migrants, ont demandé, en vain, de pouvoir accoster : le Rise Above, de l’ONG Mission Lifetime, également sous pavillon allemand, ainsi que l’Ocean Viking de SOS Méditerranée et le Geo Barents de Médecins sans Frontières, enregistrés eux en Norvège.

Le Geo Barents a affirmé avoir été contacté par les autorités italiennes qui entendent « évaluer les cas vulnérables » parmi les 572 personnes secourues à bord.

« Comme des objets »

« Ceux qui restent dans le navire recevront l’assistance nécessaire pour quitter les eaux territoriales » italiennes, ont affirmé dimanche des sources proches du ministre des Transports et dirigeant populiste de la Ligue antimigrants Matteo Salvini, dont dépendent les ports.

Le nouveau gouvernement d’extrême droite italien, qui a prêté serment le mois dernier, s’est engagé à sévir contre les migrants par bateau venant d’Afrique du Nord vers l’Europe.

Plus de 87.000 personnes ont débarqué en Italie cette année, selon le ministère de l’Intérieur, dont 14 % ont été secourues par des navires humanitaires.

Le patron du Parti démocrate (PD, principale formation de gauche) Enrico Letta a accusé le gouvernement sur Twitter de violer les traités internationaux. Le PD a affirmé que Matteo Piantedosi devrait s’expliquer devant le parlement.

Le député de l’opposition Aboubakar Soumahoro, qui était présent lors du débarquement de l’Humanity 1, a critiqué la « sélection des migrants naufragés », qui, selon lui, viole le droit international.

Pour lui, le gouvernement traite « les naufragés, déjà épuisés par le froid, la fatigue, les traumatismes et la torture comme des objets ».

« Si les naufragés restants sont rejetés, nous contesterons cette décision devant toutes les instances appropriées », a-t-il déclaré sur Twitter.

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a déclaré jeudi qu’il n’assumait « aucune responsabilité » pour les personnes secourues par des navires privés battant pavillon norvégien en Méditerranée.

L’Allemagne a insisté, dans une « note » diplomatique adressée à l’Italie, sur le fait que les organisations caritatives « apportaient une contribution importante au sauvetage de vies humaines » et a demandé à Rome « de les aider dès que possible ».

Par Le Point avec AFP

Franc-Paris : un nouveau campement de 350 migrants évacués près du canal de l’Ourcq

septembre 28, 2022

Depuis le début de l’année, «4015 personnes ont été mises à l’abri dans le cadre de 15 opérations conduites par les services de l’État», a déclaré la préfecture de Paris.

Un campement dans lequel se trouvaient 354 migrants près du canal de l’Ourcq à Paris (XIXe) a été évacué mercredi 28 septembre, a indiqué la préfecture de police précisant qu’il s’agit de la «quinzième» opération de ce type en 2022. «354 hommes isolés» «ont été pris en charge par les services de l’État et leurs partenaires», a encore indiqué la préfecture de police de Paris dans un communiqué commun avec la préfecture de région.

Parmi eux, 264 ont été pris en charge en Ile-de-France et 90 en région, a ajouté une source policière. L’évacuation qui a eu lieu vers 7h00 du matin «s’est déroulée sans difficulté et très rapidement», selon cette source. «Outre la dangerosité de ce campement au vu de sa proximité avec le canal de l’Ourcq, l’occupation du site s’effectu[ait] dans des conditions mettant en péril la salubrité et la sécurité des personnes, tant des occupants que des riverains», écrit la préfecture dans son communiqué.

«Des cas de gale» ont été recensés «récemment dans ce campement comme dans d’autres campements parisiens», ajoute-t-elle. Au total, depuis le début de l’année, «4015 personnes ont été mises à l’abri dans le cadre de 15 opérations conduites par les services de l’État», précise la préfecture.

Par Le Figaro avec AFP

Italie « post-fasciste » : mépris annoncé envers l’Afrique 

septembre 27, 2022

En Italie, l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni devrait avoir un impact sur l’immigration africaine. Dans les limites qu’impose la realpolitik…

© Damien Glez

« Fasciste » : alors qu’habituellement, dans leur bras de fer avec la droite de la droite, les plus outranciers des militants hésitent à atteindre le point de Godwin en évoquant les souvenirs de l’ère hitlérienne ou mussolinienne, ce terme semble être attribué de manière automatique à la nouvelle dame de fer italienne. Tel une poupée gigogne nimbée de la flamme tricolore chère aux nostalgiques de Benito Mussolini, le parti Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni, a surgi de l’Alleanza nazionale, de Gianfranco Fini, elle-même enfantée par le Mouvement social italien, lui-même résurgence de la dictature du Duce…

Si les observateurs attendent la formation du gouvernement italien et ses premières mesures pour juger sur pièces ce post (ou néo) fascisme, nul doute que la question migratoire constituera un enjeu éminemment symbolique. La botte italienne et la Sicile sont en effet particulièrement proches des côtes africaines, notamment de la Libye et de la Tunisie.

Internationale souverainiste

Un cadre du parti de Fratelli d’Italia ayant déjà mis en garde contre « la substitution ethnique » –pour ne pas dire « le grand remplacement » –, priorité sera accordée à une natalité italo-italienne. Si la coalition au sein de laquelle évolue Giorgia Meloni lui donne les coudées franches, elle tentera de compliquer les conditions d’accès à la nationalité italienne et de s’attaquer à l’immigration illégale, réservant les fonds destinés à la coopération Nord-Sud à ces questions et réclamant que les ports italiens refusent d’accueillir les bateaux ayant secouru des migrants en Méditerranée.

Membre fondateur de la CEE devenue Union européenne, l’Italie, aujourd’hui souverainiste, devra toutefois mettre un peu d’eau dans son chianti. Certes, les projets de blocus naval ou de hotspots destinés à trier les réfugiés-candidats à l’exil dès leur parcours africain ne sont pas nouveaux aux sein de l’UE.

Certes, l’Italie, soucieuse de diversifier ses sources énergétiques, évitera de froisser des pays comme l’Algérie, en passe de devenir son premier fournisseur de gaz. Certes enfin, depuis une quinzaine d’années avec les patrouilles mixtes imaginées par le duo Berlusconi-Kadhafi, et depuis 2018 avec le décret-loi « immigration et sécurité » du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, le combat contre l’immigration illégale est déjà au cœur de la politique italienne.

Rien de nouveau, pour l’Afrique, sous le soleil de Rome ? Si la tendance actuelle devait se préciser, c’est peut-être sous les rayons dardés sur Bruxelles que le vent idéologique pourrait souffler sur d’autres États. Sous le regard gourmand du Hongrois Viktor Orbán et sous celui, alléché, de la Française Marine Le Pen, le parti du Suédois Jimmie Åkesson, virulent à l’égard de l’immigration, a poussé les portes du pouvoir, le 11 septembre. Aux nouveaux nationalismes panafricanistes de répondre comme il se doit à l’émergence d’une internationale européenne souverainiste…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Syrie: 73 morts dans le naufrage d’un bateau de migrants partis du Liban

septembre 23, 2022
Syrie: 73 morts dans le naufrage d'un bateau de migrants partis du Liban
Syrie: 73 morts dans le naufrage d’un bateau de migrants partis du Liban© AFP/-

Au moins 73 migrants sont morts noyés au large de la Syrie après que leur bateau parti du Liban a coulé, a indiqué vendredi le ministère syrien de la Santé s’exprimant sur ce naufrage, le plus meurtrier de ces derniers années en partance du Liban.

Ce pays devient de plus en plus un point de départ d’embarcations illégales de migrants depuis le déclenchement en 2019 d’une grave crise économique et financière causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption d’une classe dirigeante quasi inchangée depuis des décennies.

Envrion 150 personnes, principalement des Libanais et des Syriens, se trouvaient à bord du petit bateau qui a fait naufrage jeudi au large de la ville portuaire de Tartous, dans l’ouest de la Syrie.

« Le nombre de victimes du naufrage du bateau est passé à 73, tandis que 20 personnes sont soignées à l’hôpital Al-Basel (à Tartous) », a déclaré le ministre de la Santé, Hassan al-Ghabach, dans un communiqué.

Parmi les personnes secourues figuraient cinq Libanais, avait indiqué plus tôt à l’AFP le ministre libanais des Transports, Ali Hamie.

Des efforts pour trouver d’éventuels survivants du naufrage jeudi sont toujours en cours, a ajouté M. Hamie: « Je discute avec le ministre syrien des Transports d’un mécanisme pour récupérer les corps en Syrie ».

« Nous avons affaire à l’une de nos plus grandes opérations de sauvetage », a déclaré de son côté à l’AFP un responsable du ministère syrien des Transports, Sleiman Khalil.

« Nous couvrons une vaste zone qui s’étend sur toute la côte syrienne », a-t-il ajouté, affirmant que de hautes vagues compliquaient les opérations de secours.

Traversée périlleuse

De nombreux passagers libanais du bateau sont originaires de régions pauvres du nord du pays, notamment de la ville de Tripoli, parmi les plus pauvres du Liban. Elle est devenue une plaque tournante de l’immigration illégale, la plupart des bateaux de migrants partant de ses côtes.

Parmi les survivants, Wissam al-Talawi, un père de famille habitant à Tripoli et originaire du Akkar, autre région pauvre du nord du Liban, a été hospitalisé, a déclaré son frère Ahmad à l’AFP.

Les corps de ses deux filles, âgées de cinq et neuf ans, ont été rapatriés au Liban et enterrés vendredi, a déclaré Ahmad. La femme de M. Talawi et ses deux fils sont toujours portés disparus.

« Ils sont partis il y a deux jours », a révélé Ahmad: Mon frère « ne pouvait pas couvrir ses dépenses quotidiennes, ni les frais d’inscription de ses enfants à l’école ».

D’autres proches de disparus ont indiqué à l’AFP qu’ils s’étaient rendus à la frontière libano-syrienne pour obtenir des informations sur le sort des migrants.

A la suite de l’effondrement économique au Liban, des réfugiés syriens et palestiniens, ainsi que des Libanais ont tenté de traverser la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune pour se rendre vers des pays européens, notamment l’île de Chypre, située à 175 kilomètres des côtes libanaises.

En avril, le naufrage d’un bateau de migrants surchargé, pourchassé par la marine libanaise au large de Tripoli (nord), avait fait des dizaines de morts et provoqué une vive colère dans le pays en crise.

Le 13 septembre, les garde-côtes turcs ont annoncé la mort de six migrants parmi lesquels deux bébés, et secouru 73 personnes qui tentaient de gagner l’Europe, au large de la province de Mugla, dans le sud-ouest de la Turquie. Ces migrants auraient embarqué depuis le port libanais de Tripoli.

Selon l’ONU, au moins 38 bateaux transportant plus de 1.500 personnes ont quitté ou tenté de quitter illégalement le Liban par la mer depuis 2020.

Par Le Point avec AFP

Canada-Roxham: le commerce payant de l’immigration

septembre 15, 2022

Le transport de migrants vers le chemin Roxham s’est transformé en industrie très lucrative. Enquête s’est infiltrée dans ces réseaux qui prennent de l’ampleur. Bienvenue dans les coulisses de ce commerce du désespoir.

CHAMPLAIN, État de New York – Chaque fin de semaine, la même scène se répète. Une dizaine de migrants débarquent d’une camionnette blanche, immatriculée en Floride, avant de traverser ce petit bout de terre qui sépare les États-Unis du Canada, sous les yeux des policiers canadiens.

Au chemin Roxham, ces véhicules font désormais partie du paysage. Une nouveauté surprenante sur cette célèbre route, mondialement connue, qui accueille des milliers de demandeurs d’asile.

Qui conduit ces camionnettes? D’où viennent-elles? Comment arrivent-elles jusqu’à Roxham?

Ces questions, nous ne sommes pas les seuls à nous les poser. Sur place, des agents canadiens prennent des photos et des vidéos lorsqu’arrivent ces larges voitures, alors que seuls les taxis, en principe, seraient autorisés à transporter des migrants à cet endroit, où il est normalement interdit de traverser la frontière.

On en voit de plus en plus. On n’avait jamais vu ça. Ça nous intrigue vraiment, lance un policier, sous le couvert de l’anonymat.

Janet McFetridge, mairesse de Champlain Photo : Radio-Canada

Assise sur son fauteuil, Janet McFetridge, la mairesse de Champlain, ce petit village rural de l’État de New York qui abrite le chemin Roxham, ne cache pas son désarroi.

Ces camionnettes, c’est nouveau, clame cette ancienne professeure de français, qui vient quasiment tous les jours sur cette route pour distribuer des vêtements ou des mots rassurants aux migrants.

« C’est un grand commerce. Un réseau de beaucoup de personnes différentes et tout le monde en profite financièrement. »— Une citation de  Janet McFetridge, mairesse de Champlain

Janet est devenue, au fil des années, un personnage central de Roxham. Une sorte d’ange gardien pour les demandeurs d’asile. Discrète, elle tient à rassurer tous ceux en quête d’une vie meilleure, au cheminement de leur long périple.

Malheureusement, souffle-t-elle, quand on parle d’argent, certains auraient moins de scrupules.

Photo: Des migrants viennent d’être conduits au chemin Roxham.  Crédit: Radio-Canada

« Je t’amène au Canada »

Enquête a suivi la trace de ces camionnettes blanches et de leurs conducteurs, que l’on pourrait décrire comme des passeurs.

Je te cherche et je t’amène au Canada.

C’est ce que nous a lâché, sans détour, l’un de ces chauffeurs. Grâce à une source, nous avons obtenu son numéro de téléphone et nous nous sommes fait passer pour un migrant kurde, venant d’arriver en Floride.

« C’est très facile [à Roxham]! Je te dépose à l’immigration, tu marches, ils prennent ton bagage. Ils s’occupent des papiers, t’amènent à l’hôtel et tu es au Canada. »— Une citation de  Un passeur

L’homme au bout du fil, très avenant, n’a qu’une seule condition : lui verser cash la somme de 600 $ US, dès notre rencontre. On part vendredi et on arrive samedi soir, détaille-t-il, avant de raccrocher.

Le montant réclamé est dans la fourchette de ce que nous ont déclaré plusieurs migrants ayant eu recours à des services similaires. Il n’y a cependant pas de tarifs fixes, la somme semble varier selon les chauffeurs et l’origine des clients.

Le reportage complet de Romain Schué et de Martin Movilla sera diffusé à Enquête jeudi à 21 h sur ICI Télé.

Nous avons à nouveau pris contact avec ce passeur. Mais cette fois, nous nous sommes présentés comme des journalistes canadiens à la recherche d’informations sur l’arrivée massive de migrants au Canada.

Il a accepté de nous rencontrer, dans son bureau situé à une heure de Miami, à condition de ne pas être identifié.

Face à nous, ses deux téléphones ne cessent de sonner. Il reçoit beaucoup d’appels, nous dit-il en riant. La demande serait forte.

« Il y a beaucoup d’Haïtiens qui vivent ici et qui veulent aller au Canada. »— Une citation de  Un passeur de Floride

Nous ne lui parlons pas de notre appel précédent. Cette fois-ci, il assure demander 500 $ US à ses clients pour faire ce trajet de plus de 2500 kilomètres.

Normalement, affirme-t-il, je pars vendredi matin et j’arrive à Roxham samedi soir. En chemin, poursuit-il, il lui arrive de prendre des gens à Orlando, à New York ou dans le New Jersey.

Les migrants voyagent à bord de camionnettes de différentes dimensions. Photo : Radio-Canada

Il nous avoue s’être lancé dans ce type d’affaires durant la pandémie et avoir saisi l’opportunité de la réouverture du chemin Roxham l’automne passé. En discutant, il nous indique avoir suivi avec attention les décisions prises par le gouvernement de Justin Trudeau.

Parfois, il peut amener 80 personnes par semaine. C’est simple, si j’ai 10 personnes, je prends une camionnette. Si j’ai 40 personnes, quatre camionnettes. Celles-ci étaient d’ailleurs stationnées devant son bureau.

La concurrence serait forte dans la région. Il y a deux gars qui m’aidaient avant et qui maintenant se sont lancés à leur compte dans une ville voisine. Il y a d’autres chauffeurs aussi, pour ramener des personnes venant de l’Ohio, de la Louisiane ou encore d’Indianapolis, ajoute ce Haïtien d’origine.

Mais est-ce légal? Nous avons détaillé cet épisode à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Leur réponse est sans équivoque.

Des particuliers qui facilitent et conseillent le passage illégal à la frontière peuvent en effet faire l’objet d’accusations au Canada, notamment si l’individu va plus loin que d’offrir un service de taxi ponctuel, écrit par courriel un porte-parole de la GRC.

Ce passeur est bien au courant des risques qu’il prend. Il confie une astuce qu’il a développée pour éviter d’être personnellement identifié par les agents canadiens, à Roxham.

Mes chauffeurs et moi, on ne veut pas aller jusqu’à Roxham. Je laisse la camionnette dans une station-service de Plattsburgh [à 30 minutes de Roxham], à un homme de la région. Je le paie 200 $. Il prend la camionnette, et moi, je l’attends.

Des agents frontaliers américains, à cheval, poursuivent des migrants haïtiens qui traversent le Rio Grande à la frontière du Texas et du Mexique. Photo: AP/Felix Marquez

La fin du rêve américain?

La Floride semble être devenue l’un des points centraux de la migration irrégulière au Canada au cours des derniers mois, où un nombre record de demandeurs d’asile a franchi la frontière cette année.

Plus de 20 000 personnes sont déjà passées par Roxham entre janvier et juillet. Soit plus du total annuel de 2017, lorsque le stade olympique de Montréal avait été ouvert en urgence, durant l’été, pour héberger temporairement des migrants.

En réalité, contrairement à cette vague de demandeurs d’asile vers le Québec, le profil de ceux arrivant au Canada a considérablement changé. Dans un premier temps, ce sont des migrants installés depuis longtemps aux États-Unis qui ont fui les politiques de Donald Trump.

Désormais, de nombreuses personnes traversent directement ce pays, à partir du Mexique, pour se rendre à Roxham. Ici, les migrants sont souvent traités de criminels et d’illégaux, entre guillemets, déplore Paul-Christian Namphy, l’un des responsables de l’organisme floridien Family Action Network Movement.

« Cette idéologie d’extrême droite prend pied ici de plus en plus et on ne sait pas comment ça va se passer avec les prochaines élections. »— Une citation de  Paul-Christian Namphy

Ne soyez pas surpris si les gens, les immigrants, y compris des Haïtiens, vont de plus en plus au Canada. Ça joue politiquement d’une façon très différente, estime-t-il, en faisant référence aux discours de l’ancien président américain ou à d’autres figures républicaines, comme le gouverneur actuel de Floride, Ron DeSantis.

Le gouvernement américain ne traite pas vraiment les Haïtiens d’une façon juste et bien.

Le père Réginald officie en Floride. Photo : Radio-Canada

Le père Réginald Jean-Mary, de l’archidiocèse de Miami, est encore plus direct. Il affirme recevoir tous les jours des migrants en détresse, qui ont traversé toute l’Amérique du Sud pour arriver jusqu’aux États-Unis. Un simple arrêt avant le Canada.

Le prêtre, durant la messe à laquelle nous avons assisté, demande de prier pour les réfugiés, notamment ceux qui ont connu le drame de Del Rio. En septembre 2021, des milliers d’Haïtiens ont dormi sous un pont, à l’entrée du Texas, après avoir traversé le Rio Grande, le fleuve séparant le Mexique des États-Unis.

Des agents américains ont alors repoussé des migrants, à cheval et avec des lassos, provoquant la colère du président Joe Biden, tout en promettant d’expulser ces personnes dans leur pays d’origine.

Présent sur place, le père Réginald comprend le désir de ces migrants d’immigrer le plus au nord possible. Si on ne les accueille pas ici, ils doivent trouver un lieu qui les accueille.

Ce sont des vrais réfugiés, je les rencontre, ils continuent à souffrir, jure-t-il.

Son église organise tous les mois plusieurs séances d’aide à l’immigration. Lors de notre passage, sur la trentaine de personnes présentes, un tiers nous a dit vouloir venir au Canada le plus vite possible.

Quelques semaines plus tard, Enquête a d’ailleurs retrouvé l’une d’entre elles à Montréal. J’ai payé cash un homme qui m’a amené en camionnette. On était 13 dans le véhicule.

Francisco a réussi à se rendre au Canada par un chemin autre que celui de Roxham. Photo : Radio-Canada

Des milliers de dollars pour des passeurs

La Floride n’est cependant qu’un bout d’une grande carte mondiale où tous les chemins mènent à Roxham. Plusieurs personnes nous ont dit avoir payé des milliers de dollars, dans différents pays, pour les conduire jusqu’à l’État de New York, afin de franchir la frontière canadienne.

Avec sa famille, Francisco a quitté la Colombie il y a quelques mois. Il affirme avoir été menacé par des groupes armés.

« Ça nous a coûté 6000 $ par personne pour arriver ici. C’était toutes mes économies. »— Une citation de  Francisco

Un passeur mexicain s’est occupé de tout. Outre l’avion vers le Mexique et le passage aux États-Unis, il nous a filé le numéro de téléphone d’un Uber de la ville de Plattsburgh qu’on devait contacter avant d’arriver pour nous amener [à Roxham].

Les moyens d’entrée au Canada, sans passer par un poste officiel, sont nombreux. Quasi infinis.

Assis dans un café montréalais, Alex – un nom fictif – nous raconte son arrivée au Canada. Il fait partie de ces rares migrants qui n’ont pas utilisé le chemin Roxham. Et pour cause. Celui-ci était fermé durant la pandémie.

Originaire du Moyen-Orient, ce jeune homme a eu de multiples propositions, depuis son pays d’origine. Il lui suffisait de payer, là encore, quelques milliers de dollars.

On m’a proposé d’aller à Roxham contre 3, 4 ou 5000 $. Je connais des gens qui ont payé.

« Roxham, ça ne ressemble pas à un business. C’est un business. »— Une citation de  Alex

Mais il a opté pour une route différente. Provenant d’une famille fortunée et diplômé d’une université, Alex a eu facilement un visa pour étudier aux États-Unis. Uniquement, glisse-t-il, grâce à ma situation financière.

Alex n’a jamais eu l’intention de rester aux États-Unis. Sur Google, il a repéré des passages permettant de traverser la frontière. Des chemins Roxham bis, tout simplement. Il s’y est rendu en taxi, avant de marcher jusqu’à Montréal.

Des amis à lui ont procédé autrement. Ils ont loué une maison, au bord d’un lac, proche de la frontière. Quelques jours plus tard, ils ont marché sur les galets, avec une allure de touristes, et sont rentrés au Canada.

Le propriétaire, qui était Canadien, leur a loué la maison sachant très bien qu’ils allaient traverser la frontière. Il a juste demandé de tout payer à l’avance, en argent liquide.

Ni Alex ni ses amis n’ont croisé de policiers américains ou canadiens, avant de se rendre à Montréal.

Sur le chemin Roxham Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

Les Américains « aveugles » volontairement

Comment ces passeurs et chauffeurs peuvent-ils aussi librement traverser les États-Unis pour aller jusqu’au chemin Roxham sans être inquiétés par des policiers américains?

La Gendarmerie royale du Canada nous a dit être dans l’impasse. Ces questions ne relèvent pas de nous, puisque la question des enquêtes aux États-Unis relève des Américains, nous a-t-on souligné

Mais plusieurs sources nous ont confié que le gouvernement américain ferme les yeux sur cette situation. Un sentiment partagé par l’avocat en immigration, Richard Kurland.

Les Américains font nada, zéro, et j’admire la logique. Pourquoi allouer les ressources nécessaires pour empêcher le flot vers le Canada? Parce que l’objectif de leur système, c’est d’expulser ces gens, croit cet expert.

« Les Américains sont aveugles de façon volontaire. »— Une citation de  Richard Kurland, avocat en immigration

Richard Kurland, avocat en immigration Photo : Radio-Canada/Romain Schué

Pourtant, le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis jure travailler en collaboration avec la police canadienne sur ce sujet.

Nous travaillons avec la GRC pour empêcher autant que possible les passages frontaliers illégaux, souligne un porte-parole.

« Nous continuerons de déjouer les plans de ceux qui tentent d’entrer illégalement dans l’un ou l’autre pays. »— Une citation de  Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis

Le sujet est cependant plus complexe. Ancien agent affecté à la frontière canadienne, désormais à la retraite, Norman Lague connaît parfaitement cette situation.

Quand je travaillais à la frontière, on a demandé au procureur américain la possibilité d’appliquer une sorte d’accusation fédérale à ces personnes [qui conduisent des migrants vers le Canada], se souvient celui qui dirige depuis peu un café, à quelques kilomètres du chemin Roxham.

Norman Lague, ancien agent affecté à la frontière canadienne Photo : Radio-Canada/Romain Schué

Alors que les migrations irrégulières ont repris de l’ampleur et que ce commerce du transport s’est professionnalisé, Norman Lague reconnaît que la loi américaine manque de mordant. Ils transportent quelqu’un d’un point A à un point B, dans le territoire américain, et il n’y a rien dans la loi qui réponde exactement à ça, estime-t-il.

En attendant, ce ne sont ni les passeurs ni tous ceux qui en tirent un revenu conséquent qui s’en plaindront.

Radio-Canada par Romain Schué Avec la collaboration de Martin Movilla