Posts Tagged ‘Migrants’

Franc-Paris : un nouveau campement de 350 migrants évacués près du canal de l’Ourcq

septembre 28, 2022

Depuis le début de l’année, «4015 personnes ont été mises à l’abri dans le cadre de 15 opérations conduites par les services de l’État», a déclaré la préfecture de Paris.

Un campement dans lequel se trouvaient 354 migrants près du canal de l’Ourcq à Paris (XIXe) a été évacué mercredi 28 septembre, a indiqué la préfecture de police précisant qu’il s’agit de la «quinzième» opération de ce type en 2022. «354 hommes isolés» «ont été pris en charge par les services de l’État et leurs partenaires», a encore indiqué la préfecture de police de Paris dans un communiqué commun avec la préfecture de région.

Parmi eux, 264 ont été pris en charge en Ile-de-France et 90 en région, a ajouté une source policière. L’évacuation qui a eu lieu vers 7h00 du matin «s’est déroulée sans difficulté et très rapidement», selon cette source. «Outre la dangerosité de ce campement au vu de sa proximité avec le canal de l’Ourcq, l’occupation du site s’effectu[ait] dans des conditions mettant en péril la salubrité et la sécurité des personnes, tant des occupants que des riverains», écrit la préfecture dans son communiqué.

«Des cas de gale» ont été recensés «récemment dans ce campement comme dans d’autres campements parisiens», ajoute-t-elle. Au total, depuis le début de l’année, «4015 personnes ont été mises à l’abri dans le cadre de 15 opérations conduites par les services de l’État», précise la préfecture.

Par Le Figaro avec AFP

Italie « post-fasciste » : mépris annoncé envers l’Afrique 

septembre 27, 2022

En Italie, l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni devrait avoir un impact sur l’immigration africaine. Dans les limites qu’impose la realpolitik…

© Damien Glez

« Fasciste » : alors qu’habituellement, dans leur bras de fer avec la droite de la droite, les plus outranciers des militants hésitent à atteindre le point de Godwin en évoquant les souvenirs de l’ère hitlérienne ou mussolinienne, ce terme semble être attribué de manière automatique à la nouvelle dame de fer italienne. Tel une poupée gigogne nimbée de la flamme tricolore chère aux nostalgiques de Benito Mussolini, le parti Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni, a surgi de l’Alleanza nazionale, de Gianfranco Fini, elle-même enfantée par le Mouvement social italien, lui-même résurgence de la dictature du Duce…

Si les observateurs attendent la formation du gouvernement italien et ses premières mesures pour juger sur pièces ce post (ou néo) fascisme, nul doute que la question migratoire constituera un enjeu éminemment symbolique. La botte italienne et la Sicile sont en effet particulièrement proches des côtes africaines, notamment de la Libye et de la Tunisie.

Internationale souverainiste

Un cadre du parti de Fratelli d’Italia ayant déjà mis en garde contre « la substitution ethnique » –pour ne pas dire « le grand remplacement » –, priorité sera accordée à une natalité italo-italienne. Si la coalition au sein de laquelle évolue Giorgia Meloni lui donne les coudées franches, elle tentera de compliquer les conditions d’accès à la nationalité italienne et de s’attaquer à l’immigration illégale, réservant les fonds destinés à la coopération Nord-Sud à ces questions et réclamant que les ports italiens refusent d’accueillir les bateaux ayant secouru des migrants en Méditerranée.

Membre fondateur de la CEE devenue Union européenne, l’Italie, aujourd’hui souverainiste, devra toutefois mettre un peu d’eau dans son chianti. Certes, les projets de blocus naval ou de hotspots destinés à trier les réfugiés-candidats à l’exil dès leur parcours africain ne sont pas nouveaux aux sein de l’UE.

Certes, l’Italie, soucieuse de diversifier ses sources énergétiques, évitera de froisser des pays comme l’Algérie, en passe de devenir son premier fournisseur de gaz. Certes enfin, depuis une quinzaine d’années avec les patrouilles mixtes imaginées par le duo Berlusconi-Kadhafi, et depuis 2018 avec le décret-loi « immigration et sécurité » du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, le combat contre l’immigration illégale est déjà au cœur de la politique italienne.

Rien de nouveau, pour l’Afrique, sous le soleil de Rome ? Si la tendance actuelle devait se préciser, c’est peut-être sous les rayons dardés sur Bruxelles que le vent idéologique pourrait souffler sur d’autres États. Sous le regard gourmand du Hongrois Viktor Orbán et sous celui, alléché, de la Française Marine Le Pen, le parti du Suédois Jimmie Åkesson, virulent à l’égard de l’immigration, a poussé les portes du pouvoir, le 11 septembre. Aux nouveaux nationalismes panafricanistes de répondre comme il se doit à l’émergence d’une internationale européenne souverainiste…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Syrie: 73 morts dans le naufrage d’un bateau de migrants partis du Liban

septembre 23, 2022
Syrie: 73 morts dans le naufrage d'un bateau de migrants partis du Liban
Syrie: 73 morts dans le naufrage d’un bateau de migrants partis du Liban© AFP/-

Au moins 73 migrants sont morts noyés au large de la Syrie après que leur bateau parti du Liban a coulé, a indiqué vendredi le ministère syrien de la Santé s’exprimant sur ce naufrage, le plus meurtrier de ces derniers années en partance du Liban.

Ce pays devient de plus en plus un point de départ d’embarcations illégales de migrants depuis le déclenchement en 2019 d’une grave crise économique et financière causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption d’une classe dirigeante quasi inchangée depuis des décennies.

Envrion 150 personnes, principalement des Libanais et des Syriens, se trouvaient à bord du petit bateau qui a fait naufrage jeudi au large de la ville portuaire de Tartous, dans l’ouest de la Syrie.

« Le nombre de victimes du naufrage du bateau est passé à 73, tandis que 20 personnes sont soignées à l’hôpital Al-Basel (à Tartous) », a déclaré le ministre de la Santé, Hassan al-Ghabach, dans un communiqué.

Parmi les personnes secourues figuraient cinq Libanais, avait indiqué plus tôt à l’AFP le ministre libanais des Transports, Ali Hamie.

Des efforts pour trouver d’éventuels survivants du naufrage jeudi sont toujours en cours, a ajouté M. Hamie: « Je discute avec le ministre syrien des Transports d’un mécanisme pour récupérer les corps en Syrie ».

« Nous avons affaire à l’une de nos plus grandes opérations de sauvetage », a déclaré de son côté à l’AFP un responsable du ministère syrien des Transports, Sleiman Khalil.

« Nous couvrons une vaste zone qui s’étend sur toute la côte syrienne », a-t-il ajouté, affirmant que de hautes vagues compliquaient les opérations de secours.

Traversée périlleuse

De nombreux passagers libanais du bateau sont originaires de régions pauvres du nord du pays, notamment de la ville de Tripoli, parmi les plus pauvres du Liban. Elle est devenue une plaque tournante de l’immigration illégale, la plupart des bateaux de migrants partant de ses côtes.

Parmi les survivants, Wissam al-Talawi, un père de famille habitant à Tripoli et originaire du Akkar, autre région pauvre du nord du Liban, a été hospitalisé, a déclaré son frère Ahmad à l’AFP.

Les corps de ses deux filles, âgées de cinq et neuf ans, ont été rapatriés au Liban et enterrés vendredi, a déclaré Ahmad. La femme de M. Talawi et ses deux fils sont toujours portés disparus.

« Ils sont partis il y a deux jours », a révélé Ahmad: Mon frère « ne pouvait pas couvrir ses dépenses quotidiennes, ni les frais d’inscription de ses enfants à l’école ».

D’autres proches de disparus ont indiqué à l’AFP qu’ils s’étaient rendus à la frontière libano-syrienne pour obtenir des informations sur le sort des migrants.

A la suite de l’effondrement économique au Liban, des réfugiés syriens et palestiniens, ainsi que des Libanais ont tenté de traverser la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune pour se rendre vers des pays européens, notamment l’île de Chypre, située à 175 kilomètres des côtes libanaises.

En avril, le naufrage d’un bateau de migrants surchargé, pourchassé par la marine libanaise au large de Tripoli (nord), avait fait des dizaines de morts et provoqué une vive colère dans le pays en crise.

Le 13 septembre, les garde-côtes turcs ont annoncé la mort de six migrants parmi lesquels deux bébés, et secouru 73 personnes qui tentaient de gagner l’Europe, au large de la province de Mugla, dans le sud-ouest de la Turquie. Ces migrants auraient embarqué depuis le port libanais de Tripoli.

Selon l’ONU, au moins 38 bateaux transportant plus de 1.500 personnes ont quitté ou tenté de quitter illégalement le Liban par la mer depuis 2020.

Par Le Point avec AFP

Canada-Roxham: le commerce payant de l’immigration

septembre 15, 2022

Le transport de migrants vers le chemin Roxham s’est transformé en industrie très lucrative. Enquête s’est infiltrée dans ces réseaux qui prennent de l’ampleur. Bienvenue dans les coulisses de ce commerce du désespoir.

CHAMPLAIN, État de New York – Chaque fin de semaine, la même scène se répète. Une dizaine de migrants débarquent d’une camionnette blanche, immatriculée en Floride, avant de traverser ce petit bout de terre qui sépare les États-Unis du Canada, sous les yeux des policiers canadiens.

Au chemin Roxham, ces véhicules font désormais partie du paysage. Une nouveauté surprenante sur cette célèbre route, mondialement connue, qui accueille des milliers de demandeurs d’asile.

Qui conduit ces camionnettes? D’où viennent-elles? Comment arrivent-elles jusqu’à Roxham?

Ces questions, nous ne sommes pas les seuls à nous les poser. Sur place, des agents canadiens prennent des photos et des vidéos lorsqu’arrivent ces larges voitures, alors que seuls les taxis, en principe, seraient autorisés à transporter des migrants à cet endroit, où il est normalement interdit de traverser la frontière.

On en voit de plus en plus. On n’avait jamais vu ça. Ça nous intrigue vraiment, lance un policier, sous le couvert de l’anonymat.

Janet McFetridge, mairesse de Champlain Photo : Radio-Canada

Assise sur son fauteuil, Janet McFetridge, la mairesse de Champlain, ce petit village rural de l’État de New York qui abrite le chemin Roxham, ne cache pas son désarroi.

Ces camionnettes, c’est nouveau, clame cette ancienne professeure de français, qui vient quasiment tous les jours sur cette route pour distribuer des vêtements ou des mots rassurants aux migrants.

« C’est un grand commerce. Un réseau de beaucoup de personnes différentes et tout le monde en profite financièrement. »— Une citation de  Janet McFetridge, mairesse de Champlain

Janet est devenue, au fil des années, un personnage central de Roxham. Une sorte d’ange gardien pour les demandeurs d’asile. Discrète, elle tient à rassurer tous ceux en quête d’une vie meilleure, au cheminement de leur long périple.

Malheureusement, souffle-t-elle, quand on parle d’argent, certains auraient moins de scrupules.

Photo: Des migrants viennent d’être conduits au chemin Roxham.  Crédit: Radio-Canada

« Je t’amène au Canada »

Enquête a suivi la trace de ces camionnettes blanches et de leurs conducteurs, que l’on pourrait décrire comme des passeurs.

Je te cherche et je t’amène au Canada.

C’est ce que nous a lâché, sans détour, l’un de ces chauffeurs. Grâce à une source, nous avons obtenu son numéro de téléphone et nous nous sommes fait passer pour un migrant kurde, venant d’arriver en Floride.

« C’est très facile [à Roxham]! Je te dépose à l’immigration, tu marches, ils prennent ton bagage. Ils s’occupent des papiers, t’amènent à l’hôtel et tu es au Canada. »— Une citation de  Un passeur

L’homme au bout du fil, très avenant, n’a qu’une seule condition : lui verser cash la somme de 600 $ US, dès notre rencontre. On part vendredi et on arrive samedi soir, détaille-t-il, avant de raccrocher.

Le montant réclamé est dans la fourchette de ce que nous ont déclaré plusieurs migrants ayant eu recours à des services similaires. Il n’y a cependant pas de tarifs fixes, la somme semble varier selon les chauffeurs et l’origine des clients.

Le reportage complet de Romain Schué et de Martin Movilla sera diffusé à Enquête jeudi à 21 h sur ICI Télé.

Nous avons à nouveau pris contact avec ce passeur. Mais cette fois, nous nous sommes présentés comme des journalistes canadiens à la recherche d’informations sur l’arrivée massive de migrants au Canada.

Il a accepté de nous rencontrer, dans son bureau situé à une heure de Miami, à condition de ne pas être identifié.

Face à nous, ses deux téléphones ne cessent de sonner. Il reçoit beaucoup d’appels, nous dit-il en riant. La demande serait forte.

« Il y a beaucoup d’Haïtiens qui vivent ici et qui veulent aller au Canada. »— Une citation de  Un passeur de Floride

Nous ne lui parlons pas de notre appel précédent. Cette fois-ci, il assure demander 500 $ US à ses clients pour faire ce trajet de plus de 2500 kilomètres.

Normalement, affirme-t-il, je pars vendredi matin et j’arrive à Roxham samedi soir. En chemin, poursuit-il, il lui arrive de prendre des gens à Orlando, à New York ou dans le New Jersey.

Les migrants voyagent à bord de camionnettes de différentes dimensions. Photo : Radio-Canada

Il nous avoue s’être lancé dans ce type d’affaires durant la pandémie et avoir saisi l’opportunité de la réouverture du chemin Roxham l’automne passé. En discutant, il nous indique avoir suivi avec attention les décisions prises par le gouvernement de Justin Trudeau.

Parfois, il peut amener 80 personnes par semaine. C’est simple, si j’ai 10 personnes, je prends une camionnette. Si j’ai 40 personnes, quatre camionnettes. Celles-ci étaient d’ailleurs stationnées devant son bureau.

La concurrence serait forte dans la région. Il y a deux gars qui m’aidaient avant et qui maintenant se sont lancés à leur compte dans une ville voisine. Il y a d’autres chauffeurs aussi, pour ramener des personnes venant de l’Ohio, de la Louisiane ou encore d’Indianapolis, ajoute ce Haïtien d’origine.

Mais est-ce légal? Nous avons détaillé cet épisode à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Leur réponse est sans équivoque.

Des particuliers qui facilitent et conseillent le passage illégal à la frontière peuvent en effet faire l’objet d’accusations au Canada, notamment si l’individu va plus loin que d’offrir un service de taxi ponctuel, écrit par courriel un porte-parole de la GRC.

Ce passeur est bien au courant des risques qu’il prend. Il confie une astuce qu’il a développée pour éviter d’être personnellement identifié par les agents canadiens, à Roxham.

Mes chauffeurs et moi, on ne veut pas aller jusqu’à Roxham. Je laisse la camionnette dans une station-service de Plattsburgh [à 30 minutes de Roxham], à un homme de la région. Je le paie 200 $. Il prend la camionnette, et moi, je l’attends.

Des agents frontaliers américains, à cheval, poursuivent des migrants haïtiens qui traversent le Rio Grande à la frontière du Texas et du Mexique. Photo: AP/Felix Marquez

La fin du rêve américain?

La Floride semble être devenue l’un des points centraux de la migration irrégulière au Canada au cours des derniers mois, où un nombre record de demandeurs d’asile a franchi la frontière cette année.

Plus de 20 000 personnes sont déjà passées par Roxham entre janvier et juillet. Soit plus du total annuel de 2017, lorsque le stade olympique de Montréal avait été ouvert en urgence, durant l’été, pour héberger temporairement des migrants.

En réalité, contrairement à cette vague de demandeurs d’asile vers le Québec, le profil de ceux arrivant au Canada a considérablement changé. Dans un premier temps, ce sont des migrants installés depuis longtemps aux États-Unis qui ont fui les politiques de Donald Trump.

Désormais, de nombreuses personnes traversent directement ce pays, à partir du Mexique, pour se rendre à Roxham. Ici, les migrants sont souvent traités de criminels et d’illégaux, entre guillemets, déplore Paul-Christian Namphy, l’un des responsables de l’organisme floridien Family Action Network Movement.

« Cette idéologie d’extrême droite prend pied ici de plus en plus et on ne sait pas comment ça va se passer avec les prochaines élections. »— Une citation de  Paul-Christian Namphy

Ne soyez pas surpris si les gens, les immigrants, y compris des Haïtiens, vont de plus en plus au Canada. Ça joue politiquement d’une façon très différente, estime-t-il, en faisant référence aux discours de l’ancien président américain ou à d’autres figures républicaines, comme le gouverneur actuel de Floride, Ron DeSantis.

Le gouvernement américain ne traite pas vraiment les Haïtiens d’une façon juste et bien.

Le père Réginald officie en Floride. Photo : Radio-Canada

Le père Réginald Jean-Mary, de l’archidiocèse de Miami, est encore plus direct. Il affirme recevoir tous les jours des migrants en détresse, qui ont traversé toute l’Amérique du Sud pour arriver jusqu’aux États-Unis. Un simple arrêt avant le Canada.

Le prêtre, durant la messe à laquelle nous avons assisté, demande de prier pour les réfugiés, notamment ceux qui ont connu le drame de Del Rio. En septembre 2021, des milliers d’Haïtiens ont dormi sous un pont, à l’entrée du Texas, après avoir traversé le Rio Grande, le fleuve séparant le Mexique des États-Unis.

Des agents américains ont alors repoussé des migrants, à cheval et avec des lassos, provoquant la colère du président Joe Biden, tout en promettant d’expulser ces personnes dans leur pays d’origine.

Présent sur place, le père Réginald comprend le désir de ces migrants d’immigrer le plus au nord possible. Si on ne les accueille pas ici, ils doivent trouver un lieu qui les accueille.

Ce sont des vrais réfugiés, je les rencontre, ils continuent à souffrir, jure-t-il.

Son église organise tous les mois plusieurs séances d’aide à l’immigration. Lors de notre passage, sur la trentaine de personnes présentes, un tiers nous a dit vouloir venir au Canada le plus vite possible.

Quelques semaines plus tard, Enquête a d’ailleurs retrouvé l’une d’entre elles à Montréal. J’ai payé cash un homme qui m’a amené en camionnette. On était 13 dans le véhicule.

Francisco a réussi à se rendre au Canada par un chemin autre que celui de Roxham. Photo : Radio-Canada

Des milliers de dollars pour des passeurs

La Floride n’est cependant qu’un bout d’une grande carte mondiale où tous les chemins mènent à Roxham. Plusieurs personnes nous ont dit avoir payé des milliers de dollars, dans différents pays, pour les conduire jusqu’à l’État de New York, afin de franchir la frontière canadienne.

Avec sa famille, Francisco a quitté la Colombie il y a quelques mois. Il affirme avoir été menacé par des groupes armés.

« Ça nous a coûté 6000 $ par personne pour arriver ici. C’était toutes mes économies. »— Une citation de  Francisco

Un passeur mexicain s’est occupé de tout. Outre l’avion vers le Mexique et le passage aux États-Unis, il nous a filé le numéro de téléphone d’un Uber de la ville de Plattsburgh qu’on devait contacter avant d’arriver pour nous amener [à Roxham].

Les moyens d’entrée au Canada, sans passer par un poste officiel, sont nombreux. Quasi infinis.

Assis dans un café montréalais, Alex – un nom fictif – nous raconte son arrivée au Canada. Il fait partie de ces rares migrants qui n’ont pas utilisé le chemin Roxham. Et pour cause. Celui-ci était fermé durant la pandémie.

Originaire du Moyen-Orient, ce jeune homme a eu de multiples propositions, depuis son pays d’origine. Il lui suffisait de payer, là encore, quelques milliers de dollars.

On m’a proposé d’aller à Roxham contre 3, 4 ou 5000 $. Je connais des gens qui ont payé.

« Roxham, ça ne ressemble pas à un business. C’est un business. »— Une citation de  Alex

Mais il a opté pour une route différente. Provenant d’une famille fortunée et diplômé d’une université, Alex a eu facilement un visa pour étudier aux États-Unis. Uniquement, glisse-t-il, grâce à ma situation financière.

Alex n’a jamais eu l’intention de rester aux États-Unis. Sur Google, il a repéré des passages permettant de traverser la frontière. Des chemins Roxham bis, tout simplement. Il s’y est rendu en taxi, avant de marcher jusqu’à Montréal.

Des amis à lui ont procédé autrement. Ils ont loué une maison, au bord d’un lac, proche de la frontière. Quelques jours plus tard, ils ont marché sur les galets, avec une allure de touristes, et sont rentrés au Canada.

Le propriétaire, qui était Canadien, leur a loué la maison sachant très bien qu’ils allaient traverser la frontière. Il a juste demandé de tout payer à l’avance, en argent liquide.

Ni Alex ni ses amis n’ont croisé de policiers américains ou canadiens, avant de se rendre à Montréal.

Sur le chemin Roxham Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

Les Américains « aveugles » volontairement

Comment ces passeurs et chauffeurs peuvent-ils aussi librement traverser les États-Unis pour aller jusqu’au chemin Roxham sans être inquiétés par des policiers américains?

La Gendarmerie royale du Canada nous a dit être dans l’impasse. Ces questions ne relèvent pas de nous, puisque la question des enquêtes aux États-Unis relève des Américains, nous a-t-on souligné

Mais plusieurs sources nous ont confié que le gouvernement américain ferme les yeux sur cette situation. Un sentiment partagé par l’avocat en immigration, Richard Kurland.

Les Américains font nada, zéro, et j’admire la logique. Pourquoi allouer les ressources nécessaires pour empêcher le flot vers le Canada? Parce que l’objectif de leur système, c’est d’expulser ces gens, croit cet expert.

« Les Américains sont aveugles de façon volontaire. »— Une citation de  Richard Kurland, avocat en immigration

Richard Kurland, avocat en immigration Photo : Radio-Canada/Romain Schué

Pourtant, le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis jure travailler en collaboration avec la police canadienne sur ce sujet.

Nous travaillons avec la GRC pour empêcher autant que possible les passages frontaliers illégaux, souligne un porte-parole.

« Nous continuerons de déjouer les plans de ceux qui tentent d’entrer illégalement dans l’un ou l’autre pays. »— Une citation de  Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis

Le sujet est cependant plus complexe. Ancien agent affecté à la frontière canadienne, désormais à la retraite, Norman Lague connaît parfaitement cette situation.

Quand je travaillais à la frontière, on a demandé au procureur américain la possibilité d’appliquer une sorte d’accusation fédérale à ces personnes [qui conduisent des migrants vers le Canada], se souvient celui qui dirige depuis peu un café, à quelques kilomètres du chemin Roxham.

Norman Lague, ancien agent affecté à la frontière canadienne Photo : Radio-Canada/Romain Schué

Alors que les migrations irrégulières ont repris de l’ampleur et que ce commerce du transport s’est professionnalisé, Norman Lague reconnaît que la loi américaine manque de mordant. Ils transportent quelqu’un d’un point A à un point B, dans le territoire américain, et il n’y a rien dans la loi qui réponde exactement à ça, estime-t-il.

En attendant, ce ne sont ni les passeurs ni tous ceux qui en tirent un revenu conséquent qui s’en plaindront.

Radio-Canada par Romain Schué Avec la collaboration de Martin Movilla

Les migrants, otages de la géopolitique franco-maghrébine

août 25, 2022

La gestion des flux ininterrompus et mortifères de clandestins aux portes de l’Europe inspire un rapprochement entre l’Union européenne et d’autres nations méditerranéennes, particulièrement le Maroc.

© Damien Glez

Pandémie, hostilités nationalistes, trafics de plus en plus crapuleux, statistiques macabres, concentration de la compassion occidentale sur les Caucasiens d’Ukraine : rien ne semble tarir le flux des migrants africains, en particulier en cette saison où la canicule est censée rendre la Méditerranée moins glaciale. Entre le 13 et le 16 août dernier, la Tunisie annonçait avoir « intercepté ou secouru » plus de 700 candidats à l’exil européen. Près des côtes algériennes, ce sont six migrants qui mouraient, le 8 août, après le naufrage de leur embarcation.

Après la tragédie marocaine du 23 juin qui coûta la vie à 23 clandestins, selon les autorités, lors d’une tentative d’entrée massive dans l’enclave de Melilla, et alors que débutait, le 17 août, le procès de 28 demandeurs d’asile dans la ville marocaine de Nador, l’Union européenne prévoyait, selon l’organe de presse espagnol El Pais, de verser près de 500 millions d’euros au royaume chérifien.

Le nouveau gendarme de l’immigration

Une aide « pour renforcer les actions dans la lutte contre l’immigration clandestine » qui conduit une certaine presse européenne à écrire que l’Europe tente de faire du Maroc le nouveau gendarme de l’immigration. Mais ces « barrières » ne décourageront pas les vocations à l’exil clandestin. Des observateurs suggèrent que les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla soient rétrocédées, à terme, au Maroc, afin de compromettre leur pouvoir « magnétique ». Mais est-ce l’Occident qui est aimantée ou l’Afrique qui est répulsive ?

Par ailleurs, les vies de clandestins n’échouent pas qu’aux abords des plages filmées par les caméras de chaînes de télévision internationales. Mi-août, des forces conjointes soudano-libyennes annonçaient la découverte de 20 corps à la frontière avec la Libye. Venus de l’État du Nord-Darfour, ces déplacés n’auront pas humé les embruns de la Méditerranée…

De même, le calvaire des clandestins ne trouve pas toujours son terme, une fois la mer passée. Le 9 août dernier, un Sud-Soudanais de 22 ans se noyait dans un canal de la commune française de Loon-Plage. Un autre visage des tragédies migratoires…

Avec Jeune Afrique

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

« Ici, notre vie s’améliore un peu chaque jour », témoigne une famille afghane au Canada

août 15, 2022

Il y a un an, les talibans prenaient Kaboul, une prise du pouvoir rapide qui a surpris bien des observateurs.

Le père et ses deux enfants traversent une rue résidentielle.

En raison de la barrière linguistique au Québec, la famille a dû déménager en Ontario. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

L’arrivée des intégristes au pouvoir en Afghanistan a provoqué un exode. Dans la foulée, plus de 17 200 personnes ont trouvé refuge au Canada. Où en sont-ils un an plus tard? Suivi, avec l’une des familles qui avait choisi de s’installer au Québec, avant de déménager en Ontario.

L’accueil est toujours aussi chaleureux chez cette jeune famille d’Afghans, une rare constante dans une année marquée par les nombreux changements.

Abdullah nous reçoit avec le sourire. Un nom d’emprunt choisi dans l’espoir de protéger ses proches restés en Afghanistan. Ces proches pour qui rien ne s’est amélioré en un an.

La femme d’Abdulah, Maheen (aussi un nom d’emprunt), nous rejoint, verres de limonade à la main. Les enfants font du bruit dans la pièce à côté, une chambre où des matelas sont posés par terre.

L’appartement n’est pas vraiment plus meublé qu’à l’hiver dernier : une petite table à manger, des électroménagers, des lits. Aussi, du matériel acheté neuf, modique, grâce au gouvernement québécois.

Différence notable dans l’appartement, une télévision tient maintenant compagnie au divan. La famille possède aussi des vêtements d’hiver et un peu plus de jouets qu’à son arrivée au Canada.

Pour nous, c’est bon, le Canada. Abdullah assure n’avoir aucun regret, même s’il est à plus de 10 000 kilomètres de ses parents, de ses amis, de sa culture. Même s’il ne sait pas quand il les prendra de nouveau dans ses bras.

Pas de regret, même si un an après un saut dans l’inconnu, la famille se retrouve en quelque sorte à la case départ. Elle a déménagé en Ontario, à 700 kilomètres de la ville québécoise où elle comptait d’abord refaire sa vie.

Pourquoi nous avons quitté Sherbrooke? C’est pour le travail, explique Abdullah. Un choix pragmatique, qu’il justifie dans un anglais assez précis pour bien se faire comprendre.

Obstacles linguistiques…

La famille d’Abdullah, 32 ans, et de Maheen, 28 ans, a fait beaucoup de chemin depuis qu’elle a quitté Kaboul avec deux sacs à dos. Le couple fuyait, une fillette de 7 ans à la main, un bambin de 4 ans dans les bras.

En 12 petits mois, la famille s’est déracinée, a dû apprendre à naviguer dans la bureaucratie canadienne, à composer avec l’hiver québécois. La COVID a bousculé leurs plans, l’isolement a parfois pesé lourd.

Tenter de comprendre pourquoi ils ont quitté ce Québec qui leur a ouvert les bras, c’est devoir se placer dans les souliers d’étrangers à la recherche de repères dans une société bien différente de la leur.

Malgré la volonté d’Abdullah, l’apprentissage du français s’est avéré un obstacle trop difficile à surmonter. Avant de travailler comme cuisinier, il lui fallait d’abord apprendre la langue, mais aussi le vocabulaire propre à la restauration.

Ça m’aurait pris trop de temps, lance le père de famille, désireux de gagner la vie de sa famille sans les aides gouvernementales. Et puis, il n’y a pas assez d’hôtels et de restaurants à Sherbrooke pour espérer décrocher un poste.

Le couple s’est bien fait offrir des classes de francisation à temps plein l’hiver dernier, mais c’était sans le service de garde requis pour le plus petit. Abdullah est donc resté à la maison avec son fils de 4 ans.

Maheen a entrepris une session de cours au pavillon 2 du Cégep de Sherbrooke, sans interprète à ses côtés, elle qui ne parle pratiquement pas d’anglais.

Elle ne pouvait pas communiquer avec les autres élèves, déplore Abdullah. Personne ne parlait le dari en classe. Elle ne pouvait qu’écouter le français, sans trop savoir de quoi on parlait.

Après quelques absences liées à la COVID et à l’appendicite de l’aînée, Maheen a été contrainte d’abandonner ses cours, sans maîtriser suffisamment le français pour échanger avec des étrangers.

… et obstacles culturels

En choisissant l’Ontario, Abdullah et Maheen ont rejoint la moitié des Afghans installés au pays dans la dernière année. Environ un quart de ces 17 200 arrivants ont quant à eux préféré l’Alberta.

Le Québec n’en accueille que 630, soit environ 3 % de tous ceux qui sont arrivés au cours de la dernière année. Par courriel, le ministère chargé de leur accueil souligne que le Québec était prêt à accueillir plus de familles.

Abdullah et Maheen ont aussi éprouvé de la difficulté à nouer des amitiés. Des relations importantes pour mieux décrypter les codes de la société. Autour d’eux, il y avait surtout des gens qui s’installaient aussi au Québec.

Abdullah et Maheem étaient bien en contact avec l’organisme d’accueil désigné par la province pour les accompagner. Les premières démarches ont été utiles, mais le personnel était débordé pour répondre aux questions du quotidien.

La famille a bien songé à déménager en banlieue de Montréal, où sont installés plusieurs Afghans, mais la banlieue de Toronto s’est imposée, un peu par hasard, grâce à l’appel inattendu d’un ami d’enfance.

Je leur montre les centres commerciaux, les meilleurs parcs. Kasim, ce vieil ami retrouvé, prend soin de la famille comme si c’était la sienne. Il leur offre des conseils et leur explique les lois.

La liste des questions est variée : comment obtenir une première carte de crédit? Les assurances pour une voiture? Dans quelle école envoyer les enfants? Quand les inscrire?

Kasim fait de son mieux pour répondre, offre un petit boulot à Abdullah et prépare même les sorties du dimanche en famille.

C’est pour les distraire, pour leur faire oublier un peu ce qu’ils ont laissé derrière. C’est difficile d’aller à l’aéroport et de tout quitter si soudainement. De laisser ses parents, ses frères et sœurs pour un pays qu’on ne connaît pas, explique Kasim.

Aimez-vous le poisson, Monsieur Yanik? Discrètement depuis plusieurs minutes, Abdullah prépare un repas pour les invités. C’est sa façon d’accueillir le journaliste, mais aussi de remercier son ami.

Une assiette de poisson accompagné de légumes.

Abdullah a préparé du poisson pour l’occasion. Photo :Radio-Canada /Yanik Dumont Baron

« Ça ira très bien pour leurs enfants »

Maheen a aussi noué des amitiés. Des musulmanes rencontrées au parc du quartier, avec qui elle peut échanger en farsi ou en dari. Les enfants jouent, les femmes s’appuient, s’entraident.

Sabina, dans la cinquantaine, s’est installée en Ontario il y a une dizaine d’années. Ses enfants sont grands. Elle a pris Maheen sous son aile, un peu comme cette mère aujourd’hui trop loin.

D’abord, la langue. Sans langue, il n’y aura pas de vie ici. Sabina a été claire avec sa protégée. Il lui faut rapidement apprendre l’anglais afin de se débrouiller sans son mari et de pouvoir étudier.

Les premières années ce n’est pas facile, admet-elle, estimant que ça va leur prendre une dizaine d’années pour apprendre l’anglais, pour se trouver un bon travail.

Pour les parents, ça ne sera pas facile, poursuit-elle. Mais ça ira très bien pour leurs enfants. C’est bien plus sûr que l’Afghanistan. Pour ça, c’est bien le Canada.

Des femmes discutent dans un parc près de jeux pour enfants.

La communauté canado-afghane est tissée serrée.

Photo : Radio-Canada /Yanik Dumont Baron

Ces amitiés, c’est bien sûr une bouffée d’oxygène pour Maheen, qui se retrouvait isolée à Sherbrooke. En banlieue de Toronto, elle rayonne.

Les enfants, eux, ont aussi bien hâte de nouer des amitiés à l’école. L’aînée de 8 ans a particulièrement envie d’inviter des amis à la maison pour jouer à des jeux vidéo.

Abdullah, lui, maîtrise assez l’anglais pour passer tout de suite à la prochaine étape. Il caresse un rêve, celui d’ouvrir un bon restaurant, de mêler la cuisine afghane avec la cuisine d’ici.

Il n’a pas pensé au décor, je suivrai les conseils de ma femme, dit-il. Ce restaurant, c’est mon objectif. J’ai besoin d’un but. Sinon, je ne sais pas trop ce que je ferais de mes journées.

Ce projet, c’est aussi une façon d’oublier ce quotidien parfois frustrant. C’est un peu de baume sur cette plaie ouverte par l’absence des proches et la distance d’avec sa terre natale.

On s’ennuie autant que lors des premiers jours, confie Abdullah, qui leur envoie un peu d’argent chaque mois. Il appelle souvent ses parents ou ceux de Maheen.

On a décidé que nous étions Canadiens, que c’était notre pays maintenant. Ici, notre vie s’améliore un peu chaque jour, alors qu’en Afghanistan, ça ne fait qu’empirer.

Avec Radio-Canada par Yanik Dumont Baron

San Antonio, en première ligne face à la vague migratoire dans le sud des Etats-Unis

juin 30, 2022
San Antonio, en premiere ligne face a la vague migratoire dans le sud des Etats-Unis
San Antonio, en première ligne face à la vague migratoire dans le sud des Etats-Unis© AFP/CHANDAN KHANNA

Des dizaines de migrants attendent devant un foyer du centre de San Antonio, au Texas. La plupart sont des jeunes hommes, mais quelques femmes, parfois accompagnées d’enfants, sont présentes dans la file. Ils ont passé des heures à chercher un abri contre la pluie, et au crépuscule, continuent d’espérer un repas et un toit pour la nuit.

Avant d’arriver, ils ont dû affronter un voyage dangereux, voire mortel. Lundi, un camion surchauffé et surchargé a été retrouvé dans cette ville texane: parmi ses passagers, 53 personnes sont décédées, l’un des pires drames de l’immigration aux Etats-Unis.

Des milliers de personnes passent chaque année par San Antonio après avoir franchi la frontière avec le Mexique, à quelque 240 km de là. Une première étape avant de rallier d’autres métropoles américaines à la recherche d’un avenir meilleur.

Edwin Sanchez est parmi les premiers de la file. Il a quitté son Venezuela natal le 12 mai, est arrivé il y a 5 jours à San Antonio et espère se rendre rapidement à New York, où une connaissance lui a promis un emploi.

« On attend un peu d’aide. Avec un ou deux jours de travail, je pourrai payer le billet », dit-il.

Cet homme de 42 ans est entré aux Etats-Unis par un poste-frontière en dépit du « Title 42 », une mesure héritée de l’ère Trump qui permet d’expulser tout migrant dépourvu d’un visa, même les demandeurs d’asile, au prétexte de la pandémie de Covid-19.

La mise en oeuvre de cette mesure est inégale: elle concerne peu les Vénézuéliens et Cubains, davantage les Mexicains et les migrants issus d’Amérique centrale.

Quelle que soit la façon dont ils traversent la frontière, s’ils arrivent du nord-est du Mexique, il est probable qu’ils passent par San Antonio, une ville de près de 1,5 million d’habitants.

« Parfait lieu de passage »

On y trouve un aéroport, une gare routière et de nombreuses correspondances pour le reste du pays, explique Roger Enriquez, professeur de criminologie à l’Université du Texas de San Antonio.

« Elle est au croisement de grosses autoroutes: la I-10, qui relie la Californie à la Floride, et la I-35, qui va de Laredo, à la frontière sud, jusqu’au Minnesota, dans le nord. C’est un parfait lieu de passage. »

Cet emplacement attire malheureusement aussi les passeurs, qui profitent du fait que 63 % des habitants soient hispaniques pour passer inaperçus, signale le professeur.

Face à l’arrivée quotidienne de migrants sans ressources, plusieurs associations se mobilisent pour les aider. Corazón Ministries, qui gère le foyer dans le centre-ville, en fait partie.

Ce refuge est ouvert chaque jour entre 19H00 et 08H00 le lendemain, et offre aux migrants un dîner et un lit, indique sa directrice, Monica Sosa.

Près d’elle, peu avant l’ouverture, quelques bénévoles installent des lits de camp frappés du logo de la Croix-Rouge américaine.

Le lieu, censé recevoir environ 150 personnes, en accueille systématiquement davantage, parfois jusqu’à 400, et beaucoup finissent par dormir à même le sol ou dans un parc non loin.

« Les ressources sont très limitées, on a besoin de plus d’aide », assure Monica Sosa.

L’association, financée par des subventions, aide quelques migrants à payer leurs billets de transports, mais voudrait pouvoir faire davantage.

Le lucratif commerce des passeurs

Austin Hernandez, Hondurien de 20 ans, est arrivé il y a quatre jours et n’a toujours pas pu dormir au foyer.

Dans la file d’attente, il se désole du manque d’aide, mais ne désespère pas d’atteindre sa destination, Austin, à seulement 130 km.

« Le chemin a été très difficile. J’ai été agressé, j’ai mendié de la nourriture dans la rue, sans succès. Il faisait froid, il pleuvait, j’ai dormi dehors. »

« Tout ça m’a coûté cher et je n’ai aucun soutien pour me rendre là où je vais », a ajouté le jeune homme, entré aux Etats-Unis en traversant le Rio Grande pour échapper aux patrouilles.

S’il n’a pas eu recours à des passeurs, le désespoir et le renforcement des contrôles à la frontière poussent certains migrants à mettre leur vie entre les mains de ces personnes.

La découverte des 53 personnes mortes lundi est un tragique rappel des risques de ce voyage si lucratif pour les cartels.

« On estime que les passeurs engrangent entre 8.000 et 10.000 dollars par personne, et ils peuvent mettre jusqu’à 100 personnes dans un camion, soit un million de profit », explique le professeur Enriquez.

« Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus de tragédies, étant donné le danger et les risques que ces gens prennent », a-t-il conclu.

Par Le Point avec AFP

États-Unis: Au moins 46 migrants périssent dans une remorque au Texas

juin 27, 2022

Trois personnes sont détenues par les autorités relativement à cette tragédie.

Une scène de crime est délimitée sur une route du Texas.

La police a établi une scène de crime après la découverte de plusieurs corps inanimés dans une semi-remorque à San Antonio, au Texas, le 27 juin 2022. Photo : AP/Eric Gay

Au moins 46 personnes soupçonnées d’être des migrants ont été trouvées mortes à l’intérieur d’une remorque, lundi, à San Antonio, au Texas.

Le chef du service des incendies de San Antonio, Charles Hood, ajoute que 16 personnes ont été transportées dans des hôpitaux du secteur, soit 12 adultes et 4 enfants.

Le chef a indiqué que les personnes traitées dans les hôpitaux étaient chaudes au toucher et souffraient d’épuisement attribuable à des coups de chaleur.

En point de presse, le chef du service de police de San Antonio a affirmé qu’il s’agissait du plus important événement du genre dans sa ville.

Ce sont maintenant les autorités fédérales américaines qui s’occupent de l’enquête, a ajouté le chef du service de police. Trois personnes sont détenues par les autorités relativement à cette tragédie.

Un appel de détresse au 911 d’un travailleur à proximité du camion et de la remorque a conduit les autorités à faire la macabre découverte.

Les camions tels que celui retrouvé à San Antonio, à environ 240 km de la frontière avec le Mexique, sont un moyen de transport fréquemment utilisé par des migrants souhaitant entrer aux États-Unis.

Un tel voyage est extrêmement dangereux, d’autant que ces véhicules sont rarement climatisés et que leurs occupants en viennent rapidement à manquer d’eau. Les autorités n’ont pas retrouvé d’eau dans la remorque.

Il fait chaud ces jours-ci dans le sud du Texas. Lundi, à San Antonio, il a fait 39,4 degrés Celsius avec un taux d’humidité élevé.

Le secrétaire mexicain aux Relations extérieures, Marcelo Ebrard, a déclaré sur Twitter que le consul général du Mexique était en direction de San Antonio. Après avoir offert ses condoléances aux victimes et à leurs familles, il a ajouté que la nationalité des victimes était pour le moment inconnue.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a blâmé le président Joe Biden pour cette tragédie. Ces morts sont une conséquence de sa politique d’ouverture des frontières. Cette tragédie montre les conséquences mortelles de son refus de faire respecter la loi.

En 2017, une tragédie similaire avait marqué les esprits : dix migrants avaient trouvé la mort dans une remorque surchauffée garée sur un stationnement près de San Antonio.

Radio-Canada avec les informations de Reuters et Agence France-Presse

Cinq migrants morts lors d’une tentative massive d’entrée dans une enclave espagnole

juin 24, 2022
Cinq migrants morts lors d'une tentative massive d'entree dans une enclave espagnole
Cinq migrants morts lors d’une tentative massive d’entrée dans une enclave espagnole© AFP/Archives/FADEL SENNA

Cinq migrants d’origine africaine sont morts, selon les autorités marocaines, lors d’une tentative d’entrée vendredi matin de près de 2.000 d’entre eux dans l’enclave espagnole de Melilla, un nouveau drame migratoire aux portes de l’Union européenne.

« Cinq migrants sont morts dans des bousculades et en tombant de la clôture » qui sépare l’enclave du territoire marocain, ont indiqué les autorités de la province marocaine de Nador dans un communiqué.

Au total, 76 autres migrants ont été blessés, dont 13 grièvement, ainsi que 140 membres des forces de l’ordre marocaines, dont cinq grièvement, lors de « cet assaut, marqué par l’usage de méthodes très violentes de la part des migrants », selon la même source.

Contactée par l’AFP, la Garde civile espagnole, qui surveille l’autre côté de la clôture, a assuré ne pas avoir d’informations sur ce drame, renvoyant vers le Maroc.

La préfecture de Melilla a seulement indiqué pour sa part que 49 agents des forces de l’ordre espagnoles avaient été blessés légèrement vendredi au niveau de la frontière, tout comme 57 migrants à des « degrés divers », dont trois ont dû être pris en charge au sein de l’hôpital de l’enclave espagnole.

Situées sur la côte nord du Maroc, Melilla et l’autre enclave espagnole de Ceuta sont les seules frontières terrestres de l’UE sur le continent africain et font régulièrement l’objet de tentatives d’entrée de la part de migrants cherchant à rejoindre l’Europe.

Cette tentative d’entrée massive a débuté vers 06H40 lorsqu’un groupe de « près de 2.000 migrants (…) a commencé à s’approcher de Melilla », selon la préfecture. « Plus de 500 » d’entre eux « provenant de pays d’Afrique subsaharienne » ont ensuite forcé l’entrée du poste frontalier avec « une cisaille », a ajouté la préfecture, selon laquelle 133 sont parvenus à rentrer.

En déplacement à Bruxelles pour un sommet de l’UE, le Premier ministre Pedro Sanchez a dénoncé un « assaut violent » fomenté par des « mafias qui font du trafic d’êtres humains ».

Omar Naji, de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), a assuré à l’AFP que des « affrontements » avaient eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi entre migrants et agents marocains, et que des blessés de chaque côté avaient dû être hospitalisés à Nador.

Frontière terrestre de l’UE

Cette tentative d’entrée massive dans l’une des deux enclaves espagnoles est la première depuis la normalisation mi-mars des relations entre Madrid et Rabat, après une brouille diplomatique de près d’un an.

La crise entre les deux pays avait été provoquée par l’accueil en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, en avril 2021, pour y être soigné du Covid-19.

Elle avait eu pour point culminant l’entrée en mai 2021 de plus de 10.000 migrants en 24 heures à Ceuta, à la faveur d’un relâchement des contrôles côté marocain. Madrid avait alors dénoncé une « agression » de la part de Rabat, qui avait rappelé son ambassadrice en Espagne.

Pedro Sanchez a mis fin à cette brouille en soutenant publiquement le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée à 80 % par Rabat mais revendiquée par le Polisario, soutenu par l’Algérie. Début avril, le roi Mohammed VI l’avait reçu à Rabat pour sceller cette réconciliation.

Pour Madrid, cette normalisation a pour but principal de s’assurer de la « coopération » de Rabat dans le contrôle de l’immigration illégale.

Très critiqué en interne pour son revirement sur le Sahara, M. Sanchez a salué vendredi la « coopération extraordinaire » de Rabat en matière migratoire qui démontre, selon lui, « la nécessité d’avoir la meilleure des relations ».

Chute des arrivées

Juste avant cette réconciliation, Melilla avait été le théâtre début mars de plusieurs tentatives d’entrée massives dont la plus importante jamais enregistrée dans cette enclave, avec quelque 2.500 migrants. Près de 500 y étaient parvenus ce jour-là.

Le Maroc, d’où partent la majeure partie des migrants vers l’Espagne, a été régulièrement accusé par le passé de les utiliser comme moyen de pression sur l’Espagne.

L’apaisement des relations avec le Maroc a entraîné une baisse récente des arrivées en Espagne.

Selon le ministère de l’Intérieur, le nombre de migrants arrivés dans l’archipel espagnol des Canaries en avril, premier mois ayant suivi la normalisation, a été inférieur de 70 % à celui du mois de février.

Avec Le Point avec AFP

Annulation du vol britannique de migrants vers le Rwanda : Londres et Kigali inflexibles

juin 15, 2022

Avec son projet controversé d’envoyer au Rwanda des demandeurs d’asile arrivés clandestinement au Royaume-Uni, Londres prétend freiner les traversées illégales de la Manche. Mais le premier vol n’a pas décollé.

Le Boeing 767 qui était censé emmener des migrants expulsés du Royaume-Uni vers le Rwanda, à la base militaire d’Amesbury, le 14 juin 2022. © AFP

C’est un revers majeur pour le pacte migratoire qui unit Londres à Kigali. Après l’annulation, en raison de recours judiciaires, du premier vol censé expulser mardi 14 juin des migrants du Royaume-Uni vers le Rwanda, le gouvernement rwandais a affirmé mercredi qu’il n’était « pas découragé » et qu’il restait « engagé » dans ce partenariat.

« Le Rwanda reste pleinement engagé à œuvrer pour que ce partenariat fonctionne, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo. La situation actuelle, dans laquelle des personnes effectuent des voyages dangereux, ne peut plus durer car elle cause des souffrances indicibles à tant de personnes. Le Rwanda se tient prêt à accueillir les migrants lorsqu’ils arriveront et à leur offrir sécurité et opportunités dans notre pays. »

Politique « immorale »

Ce premier vol, qui devait décoller du Royaume-Uni à destination du Rwanda mardi soir, a été annulé à la suite d’une décision de dernière minute de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Avec son projet d’envoyer des demandeurs d’asile arrivés clandestinement au Royaume-Uni à plus de 6 000 km de Londres, le gouvernement entend freiner les traversées illégales de la Manche, qui ne cessent d’augmenter malgré ses promesses répétées de contrôler l’immigration depuis le Brexit.

Cette politique a été qualifiée d’« immorale » par les responsables de l’église anglicane et a suscité de fortes critiques de l’agence des Nations unies pour les réfugiés jusqu’au prince Charles, qui juge le projet « consternant », selon le Times.

« On ne nous découragera pas »

Face à ce revers cinglant, le gouvernement britannique s’est montré inflexible, envisageant même, selon le quotidien conservateur The Telegraph, de reconsidérer son adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme. « On ne nous découragera pas de faire ce qu’il faut et de mettre en œuvre nos plans pour contrôler les frontières de notre pays », a déclaré la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, ajoutant que l’équipe juridique du gouvernement « examine chaque décision prise sur ce vol ». « La préparation du prochain vol commence maintenant », a-t-elle ajouté.

En vertu de son accord avec Kigali, Londres financera dans un premier temps le dispositif à hauteur de quelque 140 millions d’euros. La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a déclaré qu’elle ne pouvait pas chiffrer le coût du vol charter – estimé à plus de 288 000 euros – mais a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un « bon rapport qualité-prix » pour réduire le coût à long terme de la migration irrégulière.

Par Jeune Afrique avec AFP