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Des milliers de Russes aux funérailles de Gorbatchev, mais pas Poutine

septembre 3, 2022
Des milliers de Russes aux funerailles de Gorbatchev, mais pas Poutine
Des milliers de Russes aux funérailles de Gorbatchev, mais pas Poutine© POOL/AFP/Alexander ZEMLIANICHENKO

Des milliers de Russes ont fait leurs adieux samedi au dernier dirigeant de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors de funérailles sans éclat officiel, surtout marquées par l’absence du président Vladimir Poutine.

Mikhaïl Gorbatchev, mort mardi à 91 ans, a été enterré au cimetière de Novodievitchi à Moscou, au côté de son épouse Raïssa, décédée en 1999, pendant qu’un orchestre militaire jouait l’hymne national russe, a constaté l’AFP.

Plus tôt, la dépouille de cette figure politique majeure du XXe siècle avait été exposée dans la Maison des syndicats, un lieu emblématique de Moscou où les funérailles de plusieurs dirigeants de l’URSS ont été célébrées, notamment celles de Joseph Staline en 1953.

« Un grand homme politique s’en va, l’ère Gorbatchev se termine aujourd’hui », a déclaré Evgueni Matveïev, un fraiseur de 44 ans faisant partie des milliers de personnes venues dire adieu à l’ancien dirigeant.

Par petits groupes, des personnes de tous âges sont venues déposer des roses et s’incliner en silence devant le cercueil ouvert de Gorbatchev, encadré par une garde d’honneur et près duquel trônait son portrait en noir et blanc.

Arrivé au pouvoir en 1985, Gorbatchev a marqué l’Histoire en précipitant, malgré lui, la disparition de l’empire soviétique en 1991, alors qu’il essayait de le sauver avec des réformes démocratiques et économiques, mettant ainsi fin à la Guerre froide.

Dans un contexte actuel de répression et de repli croissants en pleine intervention militaire de Moscou en Ukraine, certains Russes présents aux funérailles se souvenaient avec nostalgie de l’ouverture libérale sous Gorbatchev.

« Nous avons eu une bouffée de liberté, il nous a donné la transparence et le pluralisme », a souligné Natalia Leleko, une enseignante de 60 ans.

Ksenia Joupanova, une interprète de 41 ans, retient surtout « l’absence de peur » sous Gorbatchev. « Je suis contre le fait de se couper du reste du monde, je suis pour l’ouverture, le dialogue ».

Pas de deuil national

Mais s’il est salué en Occident et par certains Russes comme un homme de paix, Gorbatchev est aussi vu par beaucoup dans son pays comme le responsable du déclassement géopolitique de Moscou et des années de crise qui ont suivi la chute de l’URSS.

Signe de malaise devant cet héritage ambivalent, ni funérailles officielles, ni jour de deuil national n’ont été annoncés. Surtout, les obsèques se sont déroulées sans Vladimir Poutine, le Kremlin mettant en avant un « emploi du temps » chargé.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche du Kremlin, est le seul dirigeant étranger à s’être rendu à Moscou, où il s’est incliné devant la dépouille de Gorbatchev, a constaté l’AFP.

Gorbatchev a été l’une des raisons ayant permis à l’Europe centrale de « se débarrasser du communisme pacifiquement, sans perte humaine ni effusion de sang », a déclaré M. Orban sur Facebook.

Quelques personnalités russes ont assisté aux funérailles, comme l’ex-président Dmitri Medvedev et le journaliste Dmitri Mouratov, Nobel de la paix 2021.

S’il était absent samedi, M. Poutine s’était discrètement rendu jeudi à l’Hôpital central clinique (TSKB) de Moscou, où est décédé Gorbatchev, pour déposer un bouquet de roses rouges.

Dans un sobre message de condoléances, il avait accordé à Gorbatchev « une grande influence sur l’Histoire du monde ».

Rapprochement Est-Ouest

Par contraste, les capitales occidentales, de Washington à Berlin, en passant par Paris, ont célébré chaleureusement la mémoire de Gorbatchev, salué pour avoir œuvré au rapprochement Est-Ouest et à une réduction des arsenaux nucléaires, ce qui lui avait valu en 1990 le Nobel de la paix.

L’Allemagne, dont la réunification a été permise par la chute du mur de Berlin, a annoncé que les drapeaux seraient en berne dans la capitale allemande samedi.

Mais, en Russie, Gorbatchev est perçu par beaucoup comme le fossoyeur de la grande puissance soviétique qui rivalisait avec l’Amérique et dont la fin, jugée humiliante, a laissé place à une décennie de crises et de violences.

Boris Eltsine, premier président de la Russie au pouvoir lors des années de transition douloureuse vers l’économie de marché, et qui avait désigné Vladimir Poutine comme successeur, avait eu droit, lui, à des honneurs appuyés à sa mort en 2007.

Le Kremlin avait alors décrété un jour de deuil national et organisé des funérailles officielles. En présence de Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev.

Le Point avec AFP

Russie: Poutine n’assistera pas aux funérailles de Mikhaïl Gorbatchev

septembre 1, 2022
Vladimir Poutine devant une carte de la Russie.

Vladimir Poutine qualifie la dislocation de l’URSS de plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle. Photo : Reuters/Sputnik

Le président russe Vladimir Poutine n’assistera pas aux funérailles samedi du dernier dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, mort à l’âge de 91 ans, et dont l’héritage est controversé et source de rancœur en Russie.

Nous savons que la cérémonie principale sera le 3 septembre, ainsi que les funérailles, mais l’emploi du temps du président ne lui permettra pas d’être là, a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Selon des images diffusées à la télévision, Vladimir Poutine s’est déjà rendu jeudi à l’Hôpital central clinique (TSKB) de Moscou, où est décédé Mikhaïl Gorbatchev, pour lui rendre hommage.

Le président russe a déposé un bouquet de roses rouges près du cercueil ouvert de l’ultime chef de l’URSS. Il a marqué un moment de recueillement de quelques secondes, en regardant la dépouille, puis il a incliné la tête en signe de déférence.

Il a ensuite touché le cercueil, fait un signe de croix de la main et s’est éloigné. Il était attendu jeudi pour une visite officielle dans l’enclave de Kaliningrad.

Mikhaïl Gorbatchev s’est éteint mardi soir des suites d’une longue et grave maladie.

Mikhaïl Gorbatchev en 1985.

Mikhaïl Gorbatchev en 1985. Photo : Getty Images

Grande figure politique du 20e siècle, il a marqué l’Histoire en précipitant, malgré lui, la chute de l’empire soviétique en 1991, alors qu’il essayait de le sauver avec des réformes démocratiques et économiques.

La dislocation de l’URSS, qualifiée par Vladimir Poutine de plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle, a signé la fin à la guerre froide.

Les hommages discrets rendus en Russie à Mikhaïl Gorbatchev illustrent sa faible popularité dans les pays. À l’inverse, de nombreux dirigeants occidentaux ont salué son engagement pour la paix et la démocratie, en pleine offensive russe en Ukraine.

Malgré ses grandes réformes pour la liberté d’expression, il est tenu responsable par beaucoup de Russes de l’effondrement d’une superpuissance et des années de crise économique, sociale et morale qui ont suivi.

L’ancien président russe Boris Elstine, grand rival de Gorbatchev, au pouvoir pendant les tumultueuses années 1990, et qui avait désigné Vladimir Poutine comme successeur en 1999, avait eu le droit, lui, à des funérailles nationales à sa mort en 2007.

Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev avaient assisté à ses obsèques et une journée de deuil national avait été décrétée.

Jeudi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, s’est limité à dire que des éléments de funérailles nationales seraient présents lors de l’inhumation de Mikhaïl Gorbatchev, notamment une garde d’honneur.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Mikhaïl Gorbatchev, un héros paradoxal

août 31, 2022

Les échecs du dernier président de l’Union soviétique apparaissent aujourd’hui comme des réussites.

Mikhaïl Gorbatchev

L’Occident a largement salué les démarches favorables à la paix et au rapprochement entre l’Ouest et l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev. Photo : Reuters/Fabrizio Bensch

Mikhaïl Gorbatchev est décédé mardi soir à l’âge de 91 ans des suites d’une grave et longue maladie, a déclaré l’hôpital central de Russie, à Moscou, dans un communiqué. Vladimir Poutine a présenté ses profondes condoléances, a fait savoir le porte-parole du Kremlin, cité par l’agence de presse Interfax.

Dmitry Peskov a ajouté que le président russe enverrait ce mercredi un télégramme à la famille et aux amis du défunt. Nombreux ont été les dirigeants mondiaux à rendre hommage à Mikhaïl Gorbatchev. Le président français Emmanuel Macron a salué un homme de paix dont les choix ont ouvert un chemin de liberté aux Russes.

Ultime président de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev a conclu des accords de contrôle des armements avec les États-Unis et des partenariats avec les puissances occidentales pour lever le Rideau de fer qui divisait l’Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, permettant la réunification de l’Allemagne.

Mais ses vastes réformes internes ont contribué à l’affaiblissement de l’Union soviétique, puis à la chute de celle-ci, un moment que le président russe Vladimir Poutine a décrit dans le passé comme la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle.

À son corps défendant, et pour avoir réalisé – ou laissé faire – des choses qui ne figuraient pas du tout dans son programme initial, Mikhaïl Gorbatchev passe aujourd’hui à la postérité comme l’un des plus grands personnages politiques du 20e siècle.

Un homme qui, en moins de sept ans au pouvoir, a changé la face du monde, recevant en 1990 le prix Nobel de la paix peut-être le plus mérité qui ait jamais été attribué.

Un homme dont les échecs apparaissent rétrospectivement comme des réussites et qui, par exemple, en laissant aller la marche de l’histoire en Europe de l’Est durant l’extraordinaire année 1989 – plutôt que d’intervenir de façon sanglante, comme l’auraient sans doute fait ses prédécesseurs – a malgré lui été un grand libérateur.

La chute pacifique du système soviétique n’était pas l’objectif poursuivi par Mikhaïl Gorbatchev, mais c’est peut-être son plus grand héritage.

L’apparatchik régional monte à Moscou

Lorsque Gorbatchev, véritable croyant marxiste, fidèle apparatchik communiste de région (Stavropol, non loin de l’Ukraine et de la mer Noire), arrive à Moscou, déjà au milieu de la quarantaine à la fin des années 1970, il voit que bien des choses clochent dans le régime hérité de Lénine et de Staline.

L’oppression politique, certes, mais aussi une économie inepte (hors du secteur militaire), gangrenée par la corruption, l’inefficacité et le désintérêt total des travailleurs.

Pour autant, il croit sincèrement qu’une réforme du système est possible de l’intérieur, sous l’égide d’un parti unique revivifié, pour redonner vie aux idéaux socialistes.

Arrivé à Moscou en 1977, il est accueilli et protégé par de vieux barons soviétiques : Iouri Andropov, président du KGB (les services secrets) et Mikhaïl Souslov, idéologue en chef du secrétaire général Leonid Brejnev. Comme inspirations réformistes, on peut imaginer mieux!

Selon toute apparence, rien ne le prédispose alors – à part la jeunesse (il a 20 ans de moins que la plupart des membres du Politburo) et un sourire éclatant – à se distancier radicalement de ces représentants de l’ordre établi et de l’impérialisme soviétique.

Mikhaïl Gorbatchev est entouré de gens et discute avec une femme.

Mikhaïl Gorbatchev discute avec des citoyens russes à Moscou en 1985. Photo: AFP

Souslov sera en 1980-1981 l’un des ennemis les plus acharnés de la Pologne du mouvement Solidarité, à la recherche de son émancipation, tandis qu’Andropov était le chef de l’État policier soviétique (KGB, Loubianka, torture et tutti quanti), même si on lui a prêté, par ailleurs, des velléités réformistes en matière d’économie.

Sortie miraculeuse du soviétisme…

Les voies du réformisme sont parfois étonnantes. Gorbatchev a présidé au démantèlement de ce qui fut un empire étouffant, un système fortement idéologique, aux fondements tyranniques et violents, qui prétendait avoir des solutions universelles aux problèmes de l’humanité. Avec un zèle utopique qui a conduit à des souffrances humaines – la collectivisation de 1929-1932, la famine en Ukraine et ailleurs, la Grande Terreur, les purges sanglantes de 1937-1938 – parmi les plus épouvantables du 20e siècle.

Selon le diplomate et historien américain George F. Kennan, une sortie pacifique d’un tel régime, d’une histoire si lourde, sortie que l’on a vue entre 1988 et 1991, tient du miracle.

Le miracle Gorbatchev, c’est peut-être son grand idéalisme, voire la naïveté fondamentale de son projet (réformer le soviétisme) qui, associé à une retenue tactique, à une hantise de la violence et au maintien obsessionnel d’une ligne centriste, aura fait de très grandes choses, véritablement historiques.

Et notamment : la fin du totalitarisme soviétique sans effusion de sang ou presque. À comparer avec la fin apocalyptique du nazisme.

… avec quelques exceptions violentes

Ou presque… Quand on célèbre aujourd’hui l’homme de paix, on peut certes, en examinant à la loupe ces années tumultueuses entre 1985 (mars 1985, arrivée au pouvoir) et 1991 (25 décembre 1991, démission et fin officielle de l’Union soviétique), trouver autre chose qu’un long fleuve tranquille et pacifique. Plutôt : des années palpitantes, fertiles en rebondissements nombreux et pas toujours aimables.

Les Lituaniens et les Géorgiens, par exemple, se souviennent de ce qu’ont été, durant cette période, quelques douloureuses exceptions au démantèlement pacifique de l’Empire.

Ce démantèlement, en réalité, a été dans certains cas plus complexe à l’intérieur de l’Union soviétique agonisante (les 15 ex-républiques de l’URSS) que pour les pays déjà formellement indépendants de l’Europe de l’Est, malgré leur domination de facto par l’URSS entre 1945 et 1989.

Trois personnes portent un toast en cognant des verres.

En novembre 1990, Helmut Kohl (à gauche) en compagnie du leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev (à droite) et du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher. Photo : Reuters

La liberté progressivement retrouvée des années 1985-1990 a également ravivé les aspirations nationalistes, les rivalités religieuses ou ethniques qui couvaient dans les républiques soviétiques périphériques. Dans bien des cas, à la faveur de la glasnost et de la perestroïka gorbatchéviennes, elle a relancé de façon concrète leur combat pour l’indépendance. Mais il y a eu des heurts sanglants.

À Tbilissi, capitale de la Géorgie, le 9 avril 1989, 19 personnes ont été tuées lorsque les troupes du ministère de l’Intérieur soviétique ont attaqué des militants nationalistes géorgiens avec des chars et du gaz toxique.

À Vilnius, en janvier 1991, après la déclaration d’indépendance de la Lituanie, des troupes d’assaut soviétiques se sont attaquées à des manifestants nationalistes avec des chars et des blindés fonçant droit dans la foule désarmée. Résultat : 14 morts et plus de 140 blessés.

À la décharge de Gorbatchev, il est fort possible que ces violences de l’État soviétique en fin de vie aient été déclenchées à son insu par des tenants locaux de l’ordre ancien, désespérés de la tournure des choses et en réalité ennemis de Gorbatchev.

Les mêmes, au fond, qui feront au mois d’août 1991 leur piteuse tentative de coup d’État, qui avortera au bout de trois jours et qui consacrera Boris Eltsine comme nouveau symbole (trompeur?) du combat démocratique en Russie.

Gorbatchev, la vedette

À l’international, Gorbatchev deviendra presque instantanément en Occident une superstar dont on saluera le côté avenant, accommodant et pacifique, qui tranche avec les visages fermés, en forme de NIET!, de ses prédécesseurs.

Les présidents des États-Unis, Ronald Reagan (à droite), et de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev (à gauche), signent un traité.

Signé en 1987, le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire était le premier à proscrire entièrement une catégorie d’armement. Photo: Reuters

Les accords de désarmement nucléaire qu’il signera avec Ronald Reagan en 1987 sont substantiels et historiques, même si, 35 ans plus tard, ils semblent caducs. Ce n’était rien de moins que la fin de la guerre froide soviéto-américaine. Nul doute que l’artisan le plus ardent de ces accords, c’était Mikhaïl Gorbatchev. D’autres que lui auraient pu, devant un Ronald Reagan, choisir plutôt l’escalade.

Il a également mis fin à l’équipée d’Afghanistan (10 années d’occupation soviétique), où il ne voyait qu’une ruineuse et inutile aventure impérialiste dont on peut dire aujourd’hui qu’elle aura accéléré la chute de l’Union soviétique. Devant l’inéluctable réunification de l’Allemagne, Gorbatchev s’est montré aussi réaliste et très accommodant, acceptant finalement que l’Allemagne réunifiée reste dans l’OTAN.

Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, sa mémoire soit saluée partout en Occident.

Moins aimé en Russie

Bien entendu, il existe aujourd’hui un autre regard sur Mikhaïl Gorbatchev et sa signification dans l’histoire. Le point de vue nationaliste russe, aujourd’hui au pouvoir à Moscou et partagé par une bonne partie de l’opinion publique là-bas, matraquée par la propagande guerrière et anti-occidentale, ne le voit pas du même œil. (Même si, en toute hypocrisie, on a tout de même versé depuis quelques heures au Kremlin des larmes polies et officielles sur le décès du dernier dirigeant soviétique.)

Pour ce point de vue, qui s’est d’ailleurs exprimé de façon cruelle lors de la tentative de Gorbatchev à la présidentielle de 1996 (0,5 % des suffrages pour l’ex-président humilié), le prix Nobel était en réalité un faible, un naïf, voire un vendu aux Occidentaux, qui a présidé à la plus grande catastrophe du 20e siècle (dixit Vladimir Poutine en 2002, parlant de la chute de l’URSS).

Mikhaïl Gorbatchev

L’ancien dirigeant de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev (archives) Photo : Getty Images/Vasily Maximov

Il est certain que malgré ses zigzags en fin de vie dans son évaluation de Poutine (Gorbatchev avait soutenu les manifestations de 2011 à Moscou contre les élections truquées, mais il a applaudi l’annexion de la Crimée en 2014), le grand disparu est aux antipodes de ce que représente aujourd’hui Vladimir Poutine devant l’histoire.

Humaniste pragmatique plus que visionnaire

Gorbatchev croyait à la maison commune européenne, Russie incluse. Poutine voit l’Europe comme un ennemi et une menace. Gorbatchev croyait à un socialisme humaniste et fraternel, même s’il a échoué à le faire. Poutine a consolidé en Russie un capitalisme rapace et corrompu, une kleptocratie alliée du Kremlin.

Gorbatchev a signé des accords de désarmement, mis fin à l’occupation d’un pays voisin. Poutine a envahi l’Ukraine.

Gorbatchev a instauré un début de pluralisme, laissé la presse s’exprimer, permis les premières élections pluripartites. Il a encouragé une discussion ouverte sur les passages sombres de l’histoire soviétique. Sous Poutine, tout cela est verrouillé.

Humaniste pragmatique plus que visionnaire – il a été souvent dépassé par les événements, mais avec une remarquable et très souple capacité d’ajustement – Mikhaïl Gorbatchev, à l’heure de sa mort, est un héros paradoxal. Mais un vrai héros du 20e siècle.

Avec Radio-Canada, Analyse de François Brousseau

Russie: Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique, fête son 90e anniversaire sur Zoom

mars 2, 2021

RUSSIE: GORBATCHEV, LE DERNIER DIRIGEANT SOVIÉTIQUE, FÊTE SON 90E ANNIVERSAIRE SUR ZOOM

© Reuters/Reuters Photographer 

MOSCOU (Reuters) – Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’Union soviétique, devrait fêter mardi son 90e anniversaire en quarantaine sur la plateforme Zoom, et a été qualifié à cette occasion par le président russe Vladimir Poutine d' »homme d’État exceptionnel » ayant influencé le cours de l’histoire.

Mikhaïl Gorbatchev, défenseur du contrôle des armements et des réformes axées sur la démocratie dans les années 1980, a été largement crédité d’avoir contribué à mettre fin à la Guerre froide, mais critiqué pour l’éclatement, jugé par ses détracteurs russes inutile et douloureux, de l’Union soviétique en 1991.

Le lauréat du prix Nobel de la paix en 1990, qui a passé plusieurs mois isolé à l’hôpital par précaution pendant la pandémie, organisera un rassemblement virtuel avec des amis proches et le personnel de sa fondation, a déclaré son porte-parole Vladimir Polyakov.

« Nous lèverons nos verres », a-t-il dit. « Nous nous rassemblerons ici et (Gorbatchev) sera là et nous nous verrons et porterons des toasts. »

Selon Vladimir Polyakov, des messages de félicitations avaient été envoyés par des dirigeants mondiaux, notamment le Premier ministre britannique Boris Johnson, le président américain Joe Biden et la chancelière allemande Angela Merkel.

Le président russe Vladimir Poutine, qui compte parmi ceux qui ont déploré l’éclatement de l’Union soviétique, a envoyé à Mikhaïl Gorbatchev un télégramme de félicitations, publié sur le site internet du Kremlin.

« Vous appartenez à juste titre à la galaxie des gens brillants et extraordinaires, des hommes d’État exceptionnels de notre temps qui ont eu une influence significative sur le cours de l’histoire nationale et mondiale », a-t-il écrit.

L’héritage de Mikhaïl Gorbatchev a été partiellement effacé ces dernières années alors que les relations entre Moscou et Washington se détérioraient pour atteindre leur niveau de l’après-guerre froide, précipitant la disparition d’un traité qui interdisait aux deux nations de déployer des missiles balistiques terrestres d’une certaine portée.

L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et les différends concernant les sanctions, les accusations d’ingérence politique et la géopolitique ont encore envenimé les relations entre les États-Unis et la Russie.

Mikhaïl Gorbatchev a mis en garde contre un retour à la guerre froide et a exhorté Moscou et Washington à poursuivre le dialogue, quelles que soient leurs divergences.

Le ministre des Affaires étrangères de Lituanie, Edgars Rinkevics, a fait état dans un tweet de la reconnaissance des Lettons envers l’ancien dirigeant soviétique.

« (Ses réformes) perestroïka et (glasnost) étaient destinées à sauver l’Union soviétique, au lieu de cela elles ont accéléré l’effondrement de l’empire communiste ouvrant la voie à la liberté pour des millions de personnes », a-t-il écrit.

Une pièce de théâtre retraçant la vie de Mikhaïl Gorbatchev mise en scène à Moscou le mois dernier a recueilli les éloges de nombreux spectateurs, admiratifs de l’homme.

« C’est un homme de son temps. Il a changé notre pays. C’est un homme audacieux », a déclaré Jamila Iskandera.

Pourtant, dans les rues de Moscou, beaucoup ont adopté une attitude plus dure envers lui.

« C’est un moulin à paroles (…) Il n’était pas prêt à guider un si grand et si éminent État », a commenté Viatcheslav Sokolov.

« Je suis né en Union soviétique et je pense que c’était une grosse erreur de ruiner l’Union soviétique », a ajouté Irina Baychenko, une autre Moscovite.

Avec Reuters (Tom Balmforth, version française Dagmarah Mackos, édité par Jean-Michel Bélot)

Pour Gorbatchev, le monde est au bord d’une nouvelle Guerre froide

novembre 8, 2014

Berlin – Le dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a estimé samedi que le monde était au bord d’une nouvelle Guerre froide, en marge des célébrations marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, selon des propos rapportés par l’agence allemande dpa.

Le monde est au bord d’une nouvelle Guerre froide, a affirmé l’ancien responsable de 83 ans, dans une allusion manifeste à la crise ukrainienne. Certains disent qu’elle a déjà commencé, a-t-il ajouté, selon des propos rapportés en allemand par dpa.

Au cours des derniers mois, la confiance s’est rompue, selon lui.

Souvenons-nous qu’il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans le partenariat germano-russe, a-t-il encore insisté au cours d’une manifestation organisée par la Fondation Cinema for peace à laquelle il appartient.

Dans un entretien à la Radio Télévision suisse (RTS) qui doit être diffusé dimanche, Gorbatchev a également estimé: On essaie de nous attirer dans une nouvelle Guerre froide. On voit de nouveaux murs. En Ukraine c’est un fossé énorme qu’ils veulent creuser.

Le danger est toujours là, selon lui. Eux, ils croient qu’ils ont gagné la Guerre froide. Il n’y a pas eu de vainqueur, tout le monde a gagné, a-t-il jugé. Mais aujourd’hui, ils veulent commencer une nouvelle course aux armements.

Interrogé ensuite pour savoir si par eux, il entendait les pays de l’Otan, il a répondu: L’Otan est un instrument qui est utilisé.

Présent à Berlin tout au long d’un week-end de festivités marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur, l’ancien leader soviétique doit s’entretenir lundi avec la chancelière Angela Merkel.

Mikhaïl Gorbatchev, largement crédité d’avoir permis la Réunification allemande, avait déclaré avant son départ pour Berlin qu’il entendait défendre la position du président russe Vladimir Poutine auprès de la chancelière Angela Merkel.

Je suis absolument convaincu que Poutine défend aujourd’hui mieux que quiconque les intérêts de la Russie. Il y a bien sûr dans sa politique de quoi attirer les critiques. Mais je ne souhaite pas le faire et je ne veux pas que quelqu’un d’autre le fasse, a-t-il indiqué avant son départ pour la capitale allemande.

Romandie.com avec(©AFP / 08 novembre 2014 18h35)

L’ex-président géorgien Edouard Chevardnadzé est mort à 86 ans

juillet 7, 2014

Tbilissi – L’ex-président géorgien Edouard Chevardnadzé, l’un des artisans de la fin de la Guerre froide avec le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev, est décédé lundi à l’âge de 86 ans, a annoncé à l’AFP une proche de la famille, Marina Davitachvili.

Chevardnadzé est mort aujourd’hui à midi, a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il était malade depuis longtemps. Elle n’a pas donné davantage de précisions sur sa maladie.

Selon elle, les funérailles auront lieu dimanche.

Ministre soviétique des Affaires étrangères sous Mikhaïl Gorbatchev, élu président de la Géorgie indépendante en 1995, Edouard Chevardnadzé avait démissionné en 2003 lors de la Révolution des Roses, laissant un pays appauvri et proche du chaos.

C’était un homme très capable, talentueux, très ouvert pour travailler avec le peuple, avec toutes les couches de la société, a immédiatement réagi Mikhaïl Gorbatchev sur les ondes de la radio Echo de Moscou. Avec lui, on pouvait parler directement, on travaillait bien, a-t-il dit.

Le président géorgien Guiorgui Margvelachvili a de son côté estimé que l’ancien dirigeant était l’un des hommes politiques les plus distingués du 20e siècle. Il a loué son rôle dans la chute du régime soviétique.

En tant que ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique dans les années 1980, M. Shevardnadze a contribué avec les présidents Gorbachev et Reagan, et le secrétaire d’État George Shult, à mettre fin à la guerre froide. Il a réduit le risque de conflit nucléaire en donnant un nouvel essor aux négociations sur le contrôle des armes, a estimé le secrétaire d’État John Kerry dans un communiqué.

Mikheïl Saakachvili, qui lui avait succédé au pouvoir en 2004, a pour sa part estimé que Chevardnadzé avait été un homme d’Etat important sous l’URSS mais aussi pour la Géorgie post-soviétique, sur sa page Facebook.

Le président russe Vladimir Poutine a lui présenté ses sincères condoléances à la famille et aux proches, ainsi qu’à tout le peuple géorgien, selon son porte-parole, Dmitri Peskov, cité par les agences russes.

Edouard Chevardnadzé, né le 25 janvier 1928 dans le village géorgien de Mamati, a été considéré comme un héros en Occident pour avoir été l’un des artisans de la fin de la Guerre froide, avant de tomber en disgrâce en Géorgie.

En 1985, alors qu’il était à la tête du parti communiste de Géorgie, il avait été appelé à Moscou par Mikhaïl Gorbatchev qui lançait la perestroïka et avait fait de lui alors son ministre des Affaires étrangères.

Pendant cinq ans, il a été l’un des principaux artisans du désarmement, se forgeant de solides amitiés en Occident, notamment en Allemagne.

Edouard Chevardnadzé, qui fut pendant des années Premier secrétaire du parti communiste de Géorgie et ancien membre du Politburo de l’Union soviétique, devint un ami personnel, ce que je n’aurais jamais cru possible auparavant, a de son côté déclaré Hans-Dietrich Genscher, ministre allemand des Affaires étrangères au moment de la chute du Mur et de la Réunification, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître mardi.

Mais en 2003, alors qu’il était devenu président de Géorgie, désormais indépendante, il a dû céder le pouvoir lors de la Révolution des Roses, au profit du pro-occidental Mikheïl Saakachvili.

Après environ dix ans à la tête de cette petite république du Caucase du sud, l’image de Chevardnadzé s’était considérablement détériorée, le pays étant en pleine crise économique et la corruption omniprésente.

Sa démission en 2003 lui a permis de préserver un peu de crédit auprès de l’opinion publique.

Lors d’une interview en 2009 avec l’AFP, Chevardnadzé avait déclaré vouloir être enterré auprès de sa femme Nanouli dans le jardin de leur résidence dans la banlieue de Tbilissi.

Sa mort a probablement été l’évènement le plus tragique de ma vie. Je veux reposer à ses côtés, avait-il dit.

Romandie.com avec(©AFP / 08 juillet 2014 00h54)