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Près du front en Ukraine, des mariages en treillis au son des sirènes

juin 12, 2022
Pres du front en Ukraine, des mariages en treillis au son des sirenes
Près du front en Ukraine, des mariages en treillis au son des sirènes© AFP/ARIS MESSINIS

Les sirènes anti-bombardement se font entendre et la mariée est en tenue de camouflage: dans le petit village de Droujkivka dimanche, à une quarantaine de kilomètres du front dans l’est de l’Ukraine, deux jeunes couples de soldats ukrainiens se sont dit « oui ».

Sous un soleil radieux, les compagnons d’armes des mariés ont apporté des bouquets de fleurs pour les deux couples, qui se sont rencontrés il y a peu au sein de l’armée combattant l’invasion toute proche des troupes russes, lancée le 24 février.

L’une des deux mariées, Kristina Liouta, 23 ans, n’a pas quitté son attirail militaire: elle s’est présentée en treillis couleur camouflage et bottes de l’armée, vêtue d’une blouse ukrainienne traditionnelle fleurie. « Je me suis habituée à cet uniforme », justifie-t-elle.

Kristina a rencontré son mari Volodymyr, 28 ans, il y a deux mois, lorsque celui-ci a été mobilisé. Ils habitaient à seulement cinq kilomètres l’un de l’autre, dans la région de Vinnytska, dans le sud-ouest de l’Ukraine, mais auraient pu ne jamais se rencontrer s’il n’y avait pas eu la guerre.

« La guerre, c’est la guerre, mais la vie continue », explique Kristina. Son mari se défend de toute « décision hâtive »: « Le principal, c’est qu’on s’aime et qu’on veut être ensemble », dit-il.

L’autre mariée, également prénommée Kristina et également âgée de 23 ans, travaille dans les communications militaires et a opté pour une robe blanche classique avec de la broderie rouge traditionnelle. Elle épouse Vitali Orlitch, 23 ans.

« Il s’agit de construire une nouvelle famille. Peu importe où et comment cela arrive », affirme-t-elle.

Les deux mariés, eux, sont en uniforme militaire. Aucun membre de famille n’était présent, mais les époux assurent qu’ils sont compréhensifs.

Le même jour, les deux couples doivent retourner en zone de guerre.

« Je ne peux pas leur donner de congés. La seule chose, c’est qu’ils ne seront pas au front. Ils resteront à l’arrière », assure le commandant de brigade Oleksandre Okhrimenko. Grâce à la loi martiale en vigueur, il a le droit de certifier les mariages.

« Pas le temps »

Ils sont tous de la 14e brigade mécanisée séparée, qui combat les forces russes et prorusses depuis mai dans l’Est. Les jeunes couples se sont mariés devant les bureaux locaux de l’état civil, fermés en raison de la guerre.

Dans les rues, peu de trafic et des sacs de sable protègent les devantures des cafés et des magasins.

Au cours de la cérémonie, les jeunes couples, comme le veut la tradition, ont été enveloppés dans une serviette à motif pour symboliser leur union. Et le chapelain militaire les a aspergés d’eau bénite et a placé des couronnes sur leur têtes.

Selon l’ecclésiastique, Iouri Zdebsky, il s’agit du premier mariage au sein de la brigade depuis le début du conflit. « C’est la guerre, et on n’a pas le temps pour de grandes célébrations », expliq Liouta ()ue-t-il.

Droujkivka est à 40 kilomètres à vol d’oiseau de trois fronts, les troupes russes menaçant les villes de Sloviansk au nord-est, de Bakhmout à l’est et de Gorlivka au sud-est.

Quelques heures après la cérémonie, les journalistes de l’AFP ont constaté des bombardements dans la zone et vu de la fumée grise s’élever, sur fond de duel d’artillerie en direction de Bakhmout.

Si la petite ville a été relativement épargnée par les combats, des maisons ont été détruites plus tôt en juin et un obus a ravagé le toit d’une église.

Pendant le mariage, des sirènes d’alerte anti-bombardement se sont fait entendre à trois reprises, sans susciter de réactions chez les personnes présentes, endurcies par la guerre.

Par Le Point avec AFP

Mali : trois camps de l’armée attaqués par des terroristes

avril 24, 2022

Les forces armées ont annoncé dimanche la mort de six soldats dans trois attaques simultanées de groupes « terroristes » ayant utilisé des « véhicules bourrés d’explosifs » contre trois camps des Fama dans le centre du pays.

Une colonne de pick-up des Forces armées maliennes (FAMA) qui participent à une opération militaire contre les groupes armés terroristes (GAT). © FREDERIC PETRY/Hans Lucas via AFP

Ces attaques ont fait « six morts » et vingt blessés dans les trois camps visés à Sévaré, Bapho et Niono par des « groupes armés terroristes qui ont utilisé des véhicules kamikazes bourrés d’explosifs », a affirmé l’armée malienne dans un communiqué.

Elles ont été revendiquées par la katiba du Macina du prédicateur peul Amadou Koufa, dans un message audio. « Ce dimanche matin, les moujahidines de la katiba de Macina ont frappé trois camps des Fama », citant Ségou, Bapho et Niono, selon ce message audio en langue bambara. « Nous avons frappé ces camps au même moment avec un intervalle de cinq minutes. [Outre les] morts, on leur a causé des dégâts matériels », ont ajouté les jihadistes.

Ségou, localité dans le centre du Mali, ne fait pas partie des camps ciblés cités par l’armée malienne qui a mentionné Sévaré parmi les camps attaqués, contrairement aux auteurs de la revendication.

Ces assauts ont aussi provoqué d’importants dégâts matériels. Selon des sources militaires, des bâtiments et des véhicules, dans le camp de Sévaré, ont été détruits et calcinés. Des débris jonchaient le sol où étaient visibles des traces de feu, et les vitres d’une église du voisinage ont été soufflées. À Bapho, un hélicoptère a été endommagé.

Des milliers de morts civils et de combattants

Plongé depuis 2012 dans une crise sécuritaire profonde que le déploiement de forces étrangères n’a pas permis de régler, le Mali a connu deux coups d’État militaire depuis août 2020. Parties du nord du pays, les violences jihadistes se sont étendues vers le centre et le sud avant que le conflit ne se complique avec l’apparition de milices communautaires et de bandes criminelles. Ces rivalités ont fait des milliers de morts civils et de combattants, et le centre du Mali est actuellement un des principaux foyers de la crise sahélienne.

La junte, au pouvoir depuis 2020, s’est rapprochée de Moscou en même temps qu’elle se détournait de la France, engagée militairement dans le pays contre les jihadistes depuis 2013. Sur fond de crise diplomatique avec la junte, Paris avait annoncé en février le retrait de ses soldats déployés au Mali, l’opération devant s’achever cet été.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Ukraine: Volodymyr Zelensky dénonce « des centaines de viols »

avril 12, 2022

Une Ukrainienne réfugiée en Pologne, lors d’une manifestation visant à dénoncer les violences commises par l’armée russe en Ukraine, à Cracovie, samedi dernier. Photo: Getty Images/Omar Marques

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé mardi « des centaines de viols » constatés dans les zones précédemment occupées par l’armée russe, « y compris sur de jeunes filles mineures et de tout petits enfants ».

Dans les zones libérées des occupants, l’enregistrement et l’enquête sur des crimes de guerre commis par la Russie se poursuivent. Presque quotidiennement, on retrouve de nouvelles fosses communes, a-t-il déclaré, s’adressant au Parlement lituanien grâce à une liaison vidéo.

Des milliers et des milliers de victimes. Des centaines de cas de tortures. On continue de retrouver des corps dans les canalisations et les caves, a-t-il poursuivi.

« Des centaines de cas de viol ont été enregistrés, y compris ceux de jeunes filles mineures et de tout petits enfants. Même d’un bébé! Cela fait peur rien que d’en parler. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Il a évoqué, sans entrer dans les détails, une vidéo envoyée, selon lui, par un parachutiste ou membre de services spéciaux russes, identifié, où l’on voit ce qu’il fait à ce bébé, comment il le torture. Cette information n’a pu être vérifiée de source indépendante.

Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a réagi avec émotion à ces paroles. Il est tout simplement impossible d’imaginer de plus grandes horreurs : le président Zelensky a parlé aujourd’hui d’un bébé violé, a-t-il dit.

M. Zelensky a déploré, par ailleurs, que certains pays de l’Union européenne n’osent toujours pas décider quand ils vont ne serait-ce que limiter les achats d’hydrocarbures russes, en dépit des meurtres massifs à Boutcha, des déportations des populations et de la destruction préméditée de villes pacifiques par des missiles et des bombes russes.

Des témoignages rapportés par les médias corroborent les craintes d’organisations non gouvernementales (ONG), qui relèvent des indices d’utilisation du viol comme arme de guerre.

Une Ukrainienne a notamment raconté à l’Agence France-Presse avoir été violée par deux soldats russes après qu’ils ont appris qu’elle était l’épouse d’un militaire ukrainien.

Radio-Canada par Agence France-Presse

Canada-Refus du vaccin : 58 militaires expulsés, 246 autres en sursis

février 3, 2022

Ces « libérations » pourraient exacerber la pénurie continue de personnel dans les Forces armées canadiennes.

Des soldats canadiens s'apprêtant à monter dans un avion, en hiver.

Les Forces armées canadiennes manquent de personnel, alors qu’elles ont rarement été aussi sollicitées. Photo: Radio-Canada /Tyson Koschik

Le ministère de la Défense nationale affirme qu’une soixantaine de militaires qui refusaient de se faire vacciner ont été expulsés de l’armée jusqu’ici et que des centaines d’autres risquent de subir le même sort.

Le chef d’état-major de la défense, le général Wayne Eyre, avait ordonné l’automne dernier que tous les militaires canadiens soient pleinement vaccinés d’ici la mi-octobre. Cet échéancier avait été ensuite repoussé à la mi-décembre.

Le ministère de la Défense indique que plus de 98 % des militaires sont vaccinés, mais des centaines d’autres ne le sont pas. Ces soldats sont maintenant obligés de quitter l’armée.

Le porte-parole du ministère de la Défense, Daniel Le Bouthillier, a indiqué jeudi dans un courriel qu’en date de mercredi, 58 militaires avaient été expulsés de l’armée pour avoir refusé de se faire vacciner. De plus, des avis d’intention ont été remis à 246 autres militaires non vaccinés, ce qui signifie que le processus officiel a maintenant commencé pour les expulser s’ils ne changent pas d’avis d’ici là, a indiqué M. Le Bouthillier.

Par ailleurs, 66 autres militaires non vaccinés ont volontairement quitté les Forces armées canadiennes, a ajouté le porte-parole. Les données n’étaient pas disponibles jeudi sur le nombre de réservistes qui ont été expulsés de l’armée ou qui risquent de l’être.

Ces mesures sans précédent font suite à des mois d’avertissements, de rencontres avec les non-vaccinés et d’autres efforts pour convaincre ces militaires de changer d’avis. Plus tôt ce mois-ci, des responsables de la Défense nationale déclaraient qu’un millier de militaires avaient reçu de tels avertissements.

Rien pour régler le manque d’effectifs

Ces libérations ne manqueront pas d’exacerber par ailleurs la pénurie continue de personnel militaire, qui s’est aggravée encore pendant la pandémie – les centres de recrutement et les écoles de formation ont été contraints de fermer ou de restreindre leurs activités.

Alors que les Forces armées canadiennes devraient pouvoir compter sur environ 100 000 militaires, les chiffres du ministère de la Défense montrent qu’à la fin novembre, il manquait environ 10 000 soldats. En même temps, 10 000 autres soldats ont été répertoriés comme indisponibles pour le service parce qu’ils n’étaient pas adéquatement entraînés, qu’ils étaient malades ou encore blessés.

Ces pénuries surviennent à un moment où la pandémie et l’instabilité croissante dans le monde font que les militaires sont de plus en plus sollicités au Canada et à l’étranger.

Dans une entrevue en novembre, le chef d’état-major Eyre reconnaissait que les Forces armées canadiennes étaient une organisation fragile en ce moment à cause de nos effectifs en baisse, à cause du rythme [opérationnel], à cause de cette crise d’inconduites sexuelles.

L’avocat et colonel à la retraite Michel Drapeau soutient que les militaires qui refusent de se faire vacciner pourraient faire l’objet d’accusations, mais M. Le Bouthillier n’a pas pu dire dans l’immédiat s’il y en avait eu.

Quoi qu’il en soit, M. Drapeau, qui se spécialise en droit militaire, a rappelé qu’il y avait des implications importantes, et à long terme, sur les pensions et autres avantages financiers des militaires qui quittent l’armée avant d’avoir servi pendant 25 ans.

« Je suis totalement d’accord avec la décision de l’armée canadienne de libérer les militaires qui refusent d’être vaccinés, parce qu’ils ne sont plus universellement employables et déployables, ce qui est au cœur même de la profession militaire. »— Une citation de  Michel Drapeau, spécialiste en droit militaire

Plusieurs militaires ont tenté de contester la vaccination obligatoire en Cour fédérale, le mois dernier. Mais dans un nouveau revers judiciaire pour les employés fédéraux qui contestent la vaccination obligatoire, la juge Janet Fuhrer a rejeté leurs arguments.

Avec La Presse canadienne

Ce que l’on sait de la tentative de coup d’Etat au Burkina Faso

janvier 24, 2022

Les informations en provenance du Burkina Faso sont encore floues. Le président Kaboré aurait été arrêté après des mutineries qui se sont déclenchées partout dans le pays le 23 janvier 2022. Article rédigé par

Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l'armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)
Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l’armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

La situation politique au Burkina Faso reste incertaine ce 24 janvier 2022. Le président Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est détenu, selon des sources sécuritaires contactées par l’AFP, à la caserne Sangoulé Lamizana, située dans la capitale Ouagadougou, ainsi que le chef du Parlement et des ministres. Une déclaration des auteurs de cette tentative de coup d’Etat, dont l’identité n’est pas encore confirmée, est attendue depuis plusieurs heures. Selon les médias burkinabè, la télévision nationale est aux mains d’hommes armés. En attendant, voici ce que l’on sait. 

Le fil des événements 

L’arrestation probable du président Kaboré, annoncée lundi 24 janvier, est l’épilogue d’une mutinerie qui s’est déclarée dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des « moyens adaptés » à la lutte contre les jihadistes qui frappent ce pays depuis 2015. Des tirs ont été ainsi entendus toute la journée du dimanche 23 janvier 2022 dans plusieurs camps militaires, notamment ceux de Sangoulé Lamizana, de Baba Sy et sur la base aérienne à Ouagadougou. Des mutineries ont également éclaté à Kaya et Ouahigouya, dans le nord du Burkina, où sont concentrées la majorité des attaques jihadistes, selon des habitants et des sources militaires. En fin de journée, des tirs ont été entendus près de la résidence du chef de l’Etat.

Dans un communiqué pointant les informations diffusées sur les réseaux sociaux, rapporte Le Faso.net, le gouvernement avait reconnu dans la journée du 23 janvier des tirs dans plusieurs casernes, tout en démentant « une prise de pouvoir par l’armée ». Dans la soirée, le président Kaboré avait décrété « jusqu’à nouvel ordre » un couvre-feu de 20h à 5h30 (locales et GMT) et le gouvernement avait annoncé la fermeture des écoles lundi et mardi.

Sans nouvelles du président burkinabè

Le chef de l’Etat burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est en détention au camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou qui abrite la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca), une prison militaire. « Le président Kaboré, le chef du Parlement (Alassane Bala Sakandé) et des ministres sont effectivement aux mains des soldats », à la caserne Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, a déclaré à l’AFP une source sécuritaire, information confirmée par une autre source au sein des services de sécurité.

Dans un communiqué diffusé le 24 janvier, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui s’était dite de nouveau préoccupée par la situation au Burkina Faso a déclaré qu’elle tenait « les militaires responsables de l’intégrité physique » du président burkinabè.

Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 est aussi détenu dans la prison du camp Sangoulé Lamizana. L’officier a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 contre le président Kaboré, et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l’assassinat en 1987 de l’ancien président Thomas Sankara. C’est également dans ce camp qu’est emprisonné, depuis le 14 janvier, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, soupçonné par le pouvoir burkinabè d’être à l’origine d’une tentative de coup d’Etat. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été accusé d’avoir projeté de « déstabiliser les institutions ».

Des militaires en colère 

« Nous voulons des moyens adaptés à la lutte » anti-jihadiste « et des effectifs conséquents », ainsi que le « remplacement » des plus hauts gradés de l’armée nationale, a affirmé dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat. Il a en outre souhaité « une meilleure prise en charge des blessés » lors des attaques et des combats avec les jihadistes, ainsi que « des familles des défunts ». Le dénuement dans lequel semblent se trouver les soldats burkinabè fait écho à la situation décrite par les soldats maliens au nord de leur pays, également occupé par les jihadistes, et qui a conduit à un coup d’Etat dans ce pays en 2012.  

Autre élément de mécontentement pour l’armée burkinabè qui aurait pu justifier ce coup de force : la récente arrestation du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. « En rappel, cet officier supérieur, dont on dit à tort ou à raison, qu’il est aimé des troupes et qui commandait les forces anti-terroristes dans le front Nord, vient d’être arrêté pour soupçon de coup d’Etat », soulignait dans un article le journal burkinabè Le Pays. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été mis aux arrêts alors qu’il attendait, à Ouagadougou,  une nouvelle affectation. Basé à Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, le lieutenant-colonel Zoungrana, âgé de 41 ans, avait quitté son dernier poste le 21 décembre. Il était commandant du groupement des forces du secteur Ouest, engagées dans la lutte antiterroriste. L’officier avait été décoré pour ses faits d’armes, notamment pour avoir repris des localités assiégées.  

Des citoyens excédés par l’insécurité 

Au pouvoir depuis 2015, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte anti-jihadiste sa priorité. Un défi qu’il n’aurait pas relevé selon les Burkinabè qui manifestent depuis plusieurs semaines. La formation d’un nouveau gouvernement en décembre dernier n’aura rien changé au mécontentement général. Outre les accusations d’une partie de la population qui le trouve « incapable » de contrer les groupes terroristes, plusieurs partis d’opposition étaient montés au créneau pour demander son départ en raison d’une gestion du pays décrite par certains, peut-on lire sur Le Faso.net, comme « calamiteuse ». Tout au long de la journée du 23 janvier, des manifestants ont apporté leur soutien aux mutins et ont dressé des barrages de fortune dans plusieurs avenues de la capitale, avant d’être dispersés par la police, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La veille, des incidents avaient éclaté à Ouagadougou et dans d’autres villes du Burkina Faso entre les forces de l’ordre et des manifestants qui ont bravé une nouvelle fois l’interdiction de se rassembler pour protester contre l’impuissance des autorités face à la violence jihadiste.  

« Effet de contagion »

La tentative de coup d’Etat que connaît le Burkina Faso était au cœur de rumeurs persistantes depuis plusieurs semaines. La restriction récente de Facebook via les données mobiles, expliquée pour des raisons sécuritaires par le pouvoir, la coupure de l’internet mobile plus généralement et les difficultés pour joindre le Burkina ces derniers jours semblent avoir été des signes avant-coureurs d’une situation politique qui se détériorait.

Ce 24 janvier, comme a pu le constater franceinfo Afrique, il est toujours difficile de joindre quelqu’un au Burkina Faso. Les conversations sont souvent inaudibles. Après le Mali et la Guinée, « un troisième coup d’Etat réussi en Afrique de l’Ouest compliquerait la tâche pour la Cédéao et les dirigeants ouest-africains, car il pourrait y avoir un effet de contagion », a confié à franceinfo le Guinéen Issaka Souaréexpert international sur les questions de paix, de sécurité et de gouvernance et enseignant à l’université Général Lansana Conté.

Dans un communiqué publié le 23 janvier, la Cédéao avait souligné qu’elle suivait « avec une grande préoccupation » la situation au Burkina Faso, avait réaffirmé son soutien au président Kaboré et avait « (appelé) au calme » tout en invitant les militaires à demeurer « dans une posture républicaine ». L’organisation sous-régionale, qui a pris des sanctions décriées contre le Mali où les putschistes souhaitent une transition de cinq ans, s’est dotée d’instruments pour en finir avec les coups d’Etats, récurrents dans la région dans les années 70-80.

Avec France Télévisions  Rédaction Afrique par

Falila Gbadamassi avec AFP 

Canada-Québec/Des militaires au centre de vaccination : les « jokers » du système de santé

janvier 23, 2022

Après l’appel aux retraités, c’était le dernier recours : demander l’assistance de l’Armée canadienne. Dans un système de santé qui manque cruellement de main d’œuvre, les militaires, tels les jokers d’un jeu de cartes, peuvent jouer n’importe quel rôle qu’on a besoin de leur attribuer.

Trois militaires discutent.

La présence de soldats réservistes permet aux membres du personnel de la santé de se concentrer sur leurs tâches médicales. Photo: Radio-Canada/Myriam Fimbry

Depuis le début de janvier, des soldats réservistes de l’armée canadienne travaillent dans plusieurs sites de vaccination au Québec. Ils ont quitté leurs études ou leur emploi au civil, sur une base volontaire, pour « prêter main-forte », une expression souvent entendue depuis deux ans de pandémie.

Ils permettent aux infirmières ou aux médecins de se concentrer sur leurs fonctions. Leur présence est fort appréciée pour soulager le personnel, même si elle signifie, aussi, que notre système de santé souffre en ce moment d’un terrible manque de ressources.

Ils ne font pas de piqûres, mais ils contribuent à maintenir la cadence. Leurs tâches sont logistiques et administratives, très répétitives, comme c’est souvent le cas dans un centre de vaccination. Il faut entrer 20 fois, 30 fois par heure le même type d’information dans la base de données de Clic Santé, poser les mêmes questions. Il faut désinfecter 20 fois la même chaise. Tendre un nouveau masque à l’entrée, dire c’est par icisuivez cette ligne-là.

Mais pour eux, c’est une mission comme une autre, même s’il n’y a pas de chars blindés à conduire, de sacs de sable à soulever ou d’enfants à sortir d’une maison inondée.

Ils ont déjà retroussé leurs manches pour le déluge du Saguenay de 1996, la crise du verglas de 1998, les inondations de 2017 et de 2019, la crise dans les Centre d’hébergement et de soins de longue duréeCHSLD de 2020, au début de la pandémie… Ils rappellent que c’est leur mandat premier : protéger la population civile canadienne.

Portrait de quelques-uns d’entre eux, rencontrés dans un centre de vaccination de Trois-Rivières.

Écoutez le reportage de Myriam Fimbry à ce sujet à l’émission Désautels le dimanche du 23 janvier 2022, à 10 h.

Cavalier Ève Gauvreau, étudiante en techniques policières

Portrait d'Ève Gauvreau.

Le cavalier Ève Gauvreau est âgée de 21 ans. Photo: Radio-Canada/Myriam Fimbry

C’est sa toute première opération sur le terrain. En tenue de camouflage kaki, avec un petit drapeau canadien sur le bras, Ève Gauvreau est une nouvelle réserviste de la division blindée de Trois-Rivières.

Cavalier, c’est son grade, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec un cheval. Elle conduit plutôt des véhicules blindés lors de ses entraînements. Originaire de Joliette, elle étudie à Nicolet en techniques policières. Quand les Forces armées canadiennes ont cherché des volontaires pour aider les équipes de vaccination, elle a levé la main : Tout de suite, j’ai donné mon nom. J’espérais être choisie.

Tout le monde y donne du cœur et travaille vraiment fort, insiste-t-elle. Je trouvais ça poche un peu de ne pas pouvoir participer. De pouvoir enfin aider, je suis contente.

Assise à une table d’inscription, elle demande la carte d’assurance maladie et vérifie les données dans Clic Santé. Elle règle l’aspect administratif du rendez-vous, pendant que l’infirmière à ses côtés pose les questions d’ordre médical. En deux ou trois minutes, elles passent au suivant. Les gens défilent sans arrêt.Ève Gauvreau travaille sur un ordinateur à côté d'une infirmière.

Les militaires et les travailleurs de la santé travaillent en étroite collaboration. Photo : Radio-Canada/Myriam Fimbry

Comme tous ses collègues de l’armée ici présents, elle peut aussi désinfecter des tables et des chaises. Ce n’est pas comme conduire un char blindé, mais la volonté de se dévouer à une tâche l’emporte. Tout le monde ici a le même objectif : c’est de faire une différence, souligne Ève Gauvreau. Peu importe le travail. Tsé, tout le monde est ici volontiers et arrive à avoir du fun. L’ambiance est vraiment bonne.

Le cavalier Gauvreau (les grades de l’Armée canadienne sont encore toujours masculins) est là depuis une semaine. Elle reconnaît que ce travail administratif répétitif peut sembler bien éloigné de l’esprit d’aventure et de bravoure qui incite parfois les jeunes à revêtir l’uniforme de soldat.

Non, c’est pas comme conduire un véhicule blindé, convient-elle, mais on va être là. Si tout le monde se tannait après une semaine, il n’y aurait plus personne. Puis ça prend du monde tout le temps pour faire ce travail-là.

Arrivée depuis une semaine au site de vaccination de Trois-Rivières, elle est déjà chargée de former une collègue : Marie-Andrée Robitaille, une réserviste de Québec.

Caporal Marie-Andrée Robitaille, musicienne

Portrait de Marie-Andrée Robitaille.

Le caporal Marie-Andrée Robitaille est dans l’Armée canadienne près de 20 ans. Photo: Radio-Canada/Myriam Fimbry

Diplômée du conservatoire de musique de Québec, Marie-Andrée Robitaille joue de la clarinette. Je suis rentrée dans les Forces armées par la musique. Une audition nationale à Ottawa pour un travail d’été, puis un cours de recrue.

Alors qu’elle ne pensait pas rester dans l’armée très longtemps, elle s’y trouve depuis maintenant près de 20 ans, au sein des Voltigeurs de Québec. Les valeurs militaires de travail d’équipe, d’entraide, d’engagement et de loyauté l’ont séduite. J’ai vraiment développé un grand sentiment d’appartenance avec mon unité, qui est le premier régiment canadien-français.

Elle a participé à des parades, à des concerts, à des tattoos, ces grands rassemblements de musiciens militaires venus de partout au Canada.

La voici en formation une journée à Trois-Rivières dans un cubicule de vérification des rendez-vous, en jumelage avec Ève Gauvreau. Beaucoup de choses à apprendre, mais ça se fait très bien.

Partie de Québec à 6 h du matin, la femme de 40 ans rentrera ce soir chez elle, avant de connaître son affectation des prochains jours.

« C’est un travail très répétitif. Je suis vraiment en admiration devant les gens qui font ça depuis des mois. On est vraiment contents de pouvoir libérer un peu ces gens-là. »— Une citation de  Caporal Marie-Andrée RobitailleDes militaires à Trois-Rivières.

L’armée est arrivée en renfort à Trois-Rivières au début du mois. Photo : Radio-Canada/François Genest

Elle voit défiler beaucoup de monde en une journée, sans arrêt. Je me sens très utile, affirme-t-elle. Je suis vraiment contente d’être là, à voir tous les gens qui sont vaccinés ici.

Sa vie civile est bien remplie, notamment en tant que mère d’un garçon de deux ans et demi. Elle s’est proposé de venir en renfort, parce que la vaccination est une cause qui lui tient particulièrement à cœur. En tant que musicienne et en tant que mère. Idéalement, on espère un retour à la vie normale, que les activités culturelles puissent recommencer.

À cause de la pandémie, elle envoie très peu son garçon à la garderie, pour ne pas risquer d’attraper la COVID, mais ça le coupe de la vie sociale, importante à son âge pour son développement. J’ai hâte de pouvoir socialiser mon jeune garçon davantage.

L’opération VECTOR

  • Quelque 250 militaires contribuent présentement à l’effort de vaccination au Québec;
  • Ils sont répartis dans les régions de Montréal, Mauricie–Centre-du-Québec, Estrie, Chaudière-Appalaches et Côte-Nord, dans un total de 14 centres de vaccination;
  • L’opération a été lancée le 3 janvier pour une durée de 30 jours, mais les besoins sont réévalués constamment.

Caporal-chef Pierrick Rouat, avocat en droit international

Portrait de Pierrick Rouat.

C’est le caporal-chef Pierrick Rouat qui a comparé le rôle variable des militaires à celui des jokers d’un jeu de cartes. Photo: Radio-Canada/Myriam Fimbry

Pierrick Rouat a un nom breton; son père est originaire de Brest. Il est réserviste à Trois-Rivières au sein du 12e Régiment blindé du Canada.

D’habitude, dans la vie civile, il est avocat en droit international. Il a longtemps travaillé pour une organisation non gouvernementale, Avocats sans frontières Canada. C’est ainsi qu’il a passé un an au Mali (en 2018-2019) comme conseiller juridique volontaire au sein de la Commission vérité, justice et réconciliation, pour appuyer des enquêtes sur les crimes de guerre et la défense des droits de la personne.

Comme réserviste, l’homme de 28 ans travaille une fin de semaine par mois minimum pour les Forces armées. Il participe à des entraînements pour se maintenir à niveau et à des cours à temps plein pour élargir ses compétences et passer au prochain grade. Même quand on pense qu’on sait, on a encore des choses à apprendre. C’est des défis en continu.

Tous les jeunes militaires rêvent d’être un jour déployés outre-mer. Pierrick Rouat revient justement d’une mission de six mois en Lettonie, dans le cadre de l’opération Réassurance de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN en Europe centrale et en Europe de l’Est. Il était chargé de la coopération civilomilitaire. Un peu comme ici, sur le site de vaccination de Trois-Rivières.

« Je fais de la coordination entre les autorités civiles et l’armée. La mission qu’on a, d’accélérer la campagne de vaccination pour mieux protéger la population, je vais m’y dévouer totalement. »— Une citation de  Caporal-chef Pierrick RouatDes militaires des Forces armées canadiennes, la plupart portant un masque.

Des centaines de militaires avaient déjà été déployés dans des CHSLD de la région de Montréal au printemps 2020. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

C’est la première fois qu’il travaille pour le système de santé du Québec et il ne s’ennuie pas depuis son arrivée, il y a une semaine.

J’ai appris à gérer une équipe sur le plancher de 10 personnes, préparer des horaires, des congés, note-t-il. C’est de la résolution de problèmes personnels et professionnels. J’ai appris à faire la liaison avec les autorités civiles, pour déplacer les membres de mon équipe en fonction des priorités. J’ai appris à utiliser les logiciels d’enregistrement de Clic Santé. J’apprends tous les jours!

Selon lui, l’atout des militaires, c’est d’être capables de faire n’importe quelle tâche, avec le sourire, tout simplement parce que c’est ce qu’on leur demande de faire. Les gestionnaires de la santé apprécient cette flexibilité.

« Dans un jeu de cartes, on est comme les jokers : on peut faire toutes les tâches! Évidemment, toutes les tâches dans le cadre de notre mandat. »— Une citation de  Caporal-chef Pierrick Rouat

L’accueil de la population est excellent, assure Pierrick Rouat. Les gens sont reconnaissants. Ils nous remercient régulièrement. Quand ils ont le temps, ils nous posent des questions.

Par exemple, certains demandent des explications sur les divers symboles cousus sur l’uniforme, sur les grades… Ça fait drôle de voir l’armée, admet un monsieur. On n’est pas habitués. Mais ils sont là pour nous aider.

Caporal-chef Samuel Plamondon, réserviste à temps plein

Portrait de Samuel Plamondon.

Âgé de 22 ans, le caporal-chef Samuel Plamondon rêve d’être envoyé en mission à l’étranger. Photo: Radio-Canada/Myriam Fimbry

Samuel Plamondon ajuste son béret. C’est comme une famille. Je veux montrer à quelle famille j’appartiens, quel régiment. Je suis fier de le montrer. On peut lire sur son béret que cette famille, c’est le 12e Régiment blindé du Canada.

Basé à Trois-Rivières, où il est réserviste à temps plein, il a participé à l’intervention de l’armée lors des inondations de l’été 2019. Il emmenait en char blindé léger les premiers répondants vers des zones difficiles d’accès, ce qui permettait aux pompiers, ambulanciers et policiers d’apporter de la nourriture et des soins. Les populations civiles étaient très heureuses de nous accueillir, se souvient-il avec fierté.

Après ces deux missions en sol canadien, il aimerait bien un jour participer à un déploiement avec les Forces canadiennes à l’étranger : C’est comme un petit rêve d’enfant!

Par Radio-Canada

Au Soudan, « les militaires veulent faire du el-Béchir sans el-Béchir »

octobre 25, 2021
Des manifestants soudanais dans la capitale, Khartoum, pour dénoncer la détention de membres du gouvernement par l’armée, le 25 octobre 2021. © AFP

Un coup d’État est en cours au Soudan, où le Premier ministre Abdallah Hamdok et plusieurs membres du gouvernement ont été arrêtés ce 25 octobre. L’état d’urgence a été décrété par les militaires. Spécialiste du pays, le chercheur Roland Marchal décrypte la situation pour « Jeune Afrique ».

Il y a un mois, les autorités civiles de Khartoum dénonçaient une tentative de coup d’État. Ce lundi 25 octobre, le second essai des militaires semble avoir été le bon. Dans la matinée, le Premier ministre, Abdallah Hamdok, et la quasi-totalité des civils membres de son gouvernement ont été arrêtés, les communications ont été coupées dans le pays et les frontières fermées.

À la manœuvre, les hauts gradés militaires, au premier rang desquels le général Abdel Fattah al-Burhane, président militaire du Conseil de souveraineté. Il a annoncé la dissolution des autorités de transition et l’instauration de l’état d’urgence dans tout le pays, tout en promettant des élections en 2023.

Ces militaires, qui ont gouverné le Soudan avec Omar el-Béchir pendant trente ans, partageaient le pouvoir avec les civils depuis le début de la transition, en 2019. Mais ils devaient le rendre dans quelques mois. Roland Marchal, chercheur au CNRS, analyse pour Jeune Afrique les évènements en cours à Khartoum.

Jeune Afrique : Ce lundi 25 octobre au matin, nous avons appris l’arrestation d’une partie du gouvernement par les militaires. Qui est entre leurs mains ? 

Roland Marchal, chercheur au CNRS.
Roland Marchal, chercheur au CNRS. © DOC TV5 MONDE via YOUTUBE

Roland Marchal : Abdallah Hamdok, le Premier ministre, a été interpellé, mais aussi des figures des Forces de la liberté et du changement [FCC]. Cette coalition était l’incarnation politique du mouvement de protestation qui a causé la chute d’Omar el-Béchir, en avril 2019. Fayçal Mohamed Saleh, porte-parole du gouvernement, ou encore Mohamed al-Faki Soleiman, un des membres du Conseil de souveraineté, qui étaient tous deux très critiques envers les militaires, sont désormais aux arrêts.  

Que reprochent les militaires au Premier ministre, Abdallah Hamdok ?  

Paradoxalement, Abdallah Hamdok n’était pas celui qui dérangeait le plus le camp des militaires. Il était, au contraire, assez naïf, car il les a laissés garder toute leur influence. C’est bien ce qui leur a permis d’agir comme ils l’ont fait ce 25 octobre. Il n’est pas vu comme un réel ennemi, contrairement à Mohamed al-Faki Soleiman ou Fayçal Mohamed Saleh, qu’ils estimaient plus gênants. Mais les militaires, aux manettes pendant trente ans, ne veulent rien perdre du pouvoir. Ils veulent faire du el-Béchir sans el-Béchir, à savoir garder la mainmise sur les affaires politiques du pays.

Pourquoi les militaires soudanais font-ils ce coup de force ?

Il y a plusieurs facteurs d’explication. D’abord, ils étaient sur le point de rendre le pouvoir. D’après le calendrier de la transition, Abdel Fattah al-Burhane devait quitter son poste de président du Conseil de Souveraineté en 2023 pour laisser place à un pouvoir exclusivement civil.

Le général Abdel Fattah al-Burhane s’adressant au peuple soudanais à la télévision, le 25 octobre 2021.
Le général Abdel Fattah al-Burhane s’adressant au peuple soudanais à la télévision, le 25 octobre 2021. © Sudan TV / AFP

Ensuite, de plus en plus de menaces pesaient sur eux. Il y avait des enquêtes en cours sur des exactions commises par l’armée et les Forces de soutien rapide [FSR], une force paramilitaire soudanaise qui agit sous le commandement des services secrets [NISS]. Ces procédures inquiétaient une partie des militaires.

ILS VIVAIENT SOUS LA MENACE DE TOUT PERDRE

Certains d’entre eux étaient aussi « tapés aux portefeuille » : de nombreuses entreprises leur appartenant, notamment dans le domaine de la sécurité, étaient taxées et confisquées. 

Enfin, ces derniers mois, ils ont perçu des divisions et des faiblesses au sein du gouvernement. Ils ont constaté que sa base électorale était assez réduite. Peut-être y ont-ils vu une opportunité. Et espéré que ces civils bénéficieraient de peu de soutien de la part de la population.  

Pourquoi agissent-ils maintenant ? 

Le 21 septembre dernier, une tentative de coup d’État avait déjà eu lieu, selon les autorités civils, qui pointaient du doigt les proches d’Omar el-Béchir. Depuis, des rumeurs persistantes faisaient état d’arrestations et de purges dans les rangs de l’armée.

Contrairement au début du processus de transition, où ils avaient obtenu des garanties, ils vivaient sous la menace de tout perdre. Ils ont senti que l’étau se resserrait et ont sans doute voulu agir avant qu’il ne soit trop tard.

La communauté internationale a appelé à rendre le pouvoir aux civils. Quelle peut-être son influence ? 

La communauté internationale, États-Unis en tête, a activement travaillé à réintégrer le Soudan en son sein. L’aide financière américaine, les conférences internationales pour soutenir la transition au Soudan à Paris [mai 2021] et Berlin [juin 2021], en sont les illustrations. Sans ces initiatives pour soutenir l’économie, le régime – qu’il soit militaire ou civil – est condamné. C’est pour rassurer la communauté internationale qu’al-Burhane a exprimé, juste après le coup d’État, sa volonté d’aboutir à des élections libres en 2023. Il sait à quel point son pays est, économiquement, sous assistance respiratoire.

Toutefois, il y a différentes forces au sein de la communauté internationale et les militaires soudanais peuvent en jouer. Le pays peut compter sur ses alliés : l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Par Jeune Afrique avec Achraf Tijani

L’Équateur décrète l’état d’exception après une vague de violence

octobre 18, 2021

L’état d’exception ordonne la mobilisation des policiers et des militaires dans les rues pour lutter contre la violence engendrée par le trafic de drogue.

Le president Guillermo Lasso a decrete l'etat d'exception pour lutter contre les violences.
Le président Guillermo Lasso a décrété l’état d’exception pour lutter contre les violences. © RODRIGO BUENDIA / AFP

Le président équatorien Guillermo Lasso a annoncé lundi avoir décrété l’état d’exception pour l’ensemble du pays en raison d’une vague de violence due au trafic de drogue, ordonnant la mobilisation dans les rues de policiers et militaires. « Dès maintenant, nos forces armées et notre police seront massivement mobilisées dans les rues car nous décrétons un état d’exception sur tout le territoire national », a lancé le chef de l’Etat dans une allocution diffusée par la chaîne publique EcuadorTV. « Dans les rues de l’Equateur, il n’y a qu’un ennem i: le trafic de drogue », et « ces dernières années, l’Equateur est passé de pays de trafic de drogue à pays qui consomme également de la drogue », a dit Guillermo Lasso, qui a pris ses fonctions en mai dernier.

Le dirigeant de droite avait décidé plus tôt ce lundi de changer de ministre de la Défense, dans un contexte de crise carcérale, en nommant un général à la retraite, Luis Hernandez. Entre janvier et août 2021, 1 427 homicides volontaires ont été enregistrés dans le pays, soit 55 meurtres de plus que ceux signalés sur l’ensemble de l’année 2020, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Des affrontements d’une violence rare

Fin septembre, une prison du sud-ouest de l’Equateur a été le théâtre du massacre de 119 détenus, dont certains avaient été démembrés ou brûlés, dans de violents affrontements entre gangs rivaux liés aux narcotrafics et aux cartels mexicains et colombiens, une des pires tueries pénitentiaires de l’histoire d’Amérique latine.

Selon des chiffres officiels, au moins 238 prisonniers ont trouvé la mort depuis début 2021 dans les prisons équatoriennes, surpeuplées et soumises à des violences récurrentes depuis des années.

Par Le Point avec AFP

Guinée : pourquoi les militaires doivent retenir les groupes miniers

septembre 9, 2021

Travailleur du consortium franco-sino-singapourien SMB, dans le port minéralier de Katougouma, près de Boké,en Guinée, en janvier 2019 .

Le nouveau régime à Conakry doit préserver la production de bauxite – dont le pays possède d’immenses réserves. Mais le rapport de force n’est pas aussi équilibré qu’on l’imagine.

La Guinée fournit environ un quart de la bauxite mondiale, utilisée dans la fabrication de l’aluminium. Elle dispose également d’importantes réserves inexploitées de minerai de fer dans la chaîne de Simandou, dans le sud-est du pays. De fait, le coup de force qui a eu lieu le 5 septembre, portant au pouvoir le colonel Mamady Doumdouya, inquiète producteurs et acheteurs.

Pour autant, la junte militaire a tenté de rassurer les mineurs en annonçant être « très désireuse de consolider les relations avec ce qui constitue des contributeurs très importants aux revenus fiscaux et aux recettes étrangères en Guinée », explique Simon Hudson-Peacock, analyste des investissements miniers chez S2 Research au Cap. « Il est possible que le régime fiscal soit révisé, mais l’expropriation est peu probable », poursuit-il.

CETTE GUINÉE QUE LES OPÉRATEURS CONSIDÉRAIENT AUTREFOIS COMME UN ENVIRONNEMENT OPÉRATIONNEL STATIQUE ET STABLE A VÉCU

Ainsi, la junte militaire a maintenu les portes ouverts aux exportations, levé le couvre-feu dans les zones minières et exhorté les mineurs à poursuivre leurs activités. Enfin, cette dernière a promis la poursuite des contrats signés sous l’administration Condé. « Il n’y a aucune raison de penser que les contrats sont sur le point d’être rompus », affirme Indigo Ellis, directrice associée d’Africa Matters à Londres.

Pénurie de nouveaux capitaux ?

Pour autant, de nombreuses interrogations subsistent. « Cette Guinée que les opérateurs considéraient autrefois comme un environnement opérationnel statique et stable – avec un leadership relativement prévisible malgré une mauvaise gouvernance – a vécu », déplore pour sa part l’analyste Indigo Ellis.

Au demeurant, le financement de projets dans le pays sera plus difficile à court terme car le profil de risque-pays est très élevé, complète Simon Hudson-Peacock. En dehors du secteur minier, le pays dispose de peu de sources de devises étrangères. « Les nouveaux dirigeants manqueraient de perspicacité s’ils n’adoptaient pas une approche financièrement pragmatique de la « poule aux œufs d’or », a expliqué l’analyste.

LES DÉTENTEURS DE LICENCES RÉFLÉCHIRONT « DEUX FOIS PLUS » AVANT D’ENGAGER DE NOUVEAUX CAPITAUX DANS LE PAYS

Il n’en reste pas moins que les accords négociés par les groupes miniers en Guinée sont désormais soumis au bon vouloir d’un nouvel exécutif autoproclamé. Les détenteurs actuels de concessions sont « certainement nerveux à l’idée de perdre leurs droits », estime François Conradie, économiste politique principal chez NKC African Economics, en Afrique du Sud.

Ce dernier ajoute que tout accord conclu avec le Comité national pour la réorientation et le développement (CNRD) de Doumbouya, considéré comme une « junte anticonstitutionnelle », sera plus vulnérable à une contestation ultérieure que les accords conclus avec le gouvernement déchu du président Alpha Condé. Pour François Conradie, les détenteurs de licences réfléchiront « deux fois plus » avant d’engager de nouveaux capitaux dans le pays, tant qu’un nouveau gouvernement constitutionnel ne sera pas mis en place. Ce qui selon cet économiste peut prendre au moins un an.

Le plus inquiétant pour l’industrie minière est le remplacement des gouverneurs provinciaux par des officiers militaires, juge la directrice associée d’Africa Matters. Elle s’attend à une augmentation de la recherche de rentes à bas niveau de la part des responsables militaires, probablement en utilisant des barrages routiers autour des zones d’exploitation de la bauxite.

SI LES PAYS CHOISISSENT D’ÉVITER LA GUINÉE, IL Y AURA BEAUCOUP D’AUTRES GISEMENTS À ÉVALUER

Pouvoir de négociation

L’impact du coup d’État se fera sentir sur le calendrier de l’approvisionnement, ajoute Simon Hudson-Peacock. Il faut de nombreuses années entre l’exploration et la production. De fait, cela pourra avoir un impact sur l’approvisionnement à court et moyen terme. Mais, selon cet analyste, le pouvoir de négociation appartient aux groupes miniers.

La bauxite et le minerai de fer étant parmi « les minéraux les plus omniprésents sur terre. Si les pays choisissent d’éviter la Guinée, il y aura beaucoup d’autres gisements à évaluer », explique-t-il. En conclusion : la junte militaire a plus besoin des miniers que l’inverse.

Avec Jeune Afrique par David Whitehouse

Macron mise sur Bazoum et fait du Niger le cœur du dispositif français au Sahel

juillet 9, 2021
Mohamed Bazoum et Emmanuel Macron, à l’Élysée, le 9 juillet 2021, lors de leur conférence de presse commune à l’issue du sommet virtuel du G5 Sahel.

Un mois après avoir annoncé la « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel, Emmanuel Macron a livré les grandes lignes du futur dispositif à ses homologues ouest-africains. Et Niamey y occupe une place centrale.

Quel sera le dispositif militaire français au Sahel après la fin annoncée de l’opération Barkhane ? De Paris à Bamako en passant par Niamey, la question a donné lieu à de nombreux débats et spéculations. Ce vendredi 9 juillet, à l’issue d’un sommet en visioconférence entre les chefs d’État du G5 Sahel et le président français, Emmanuel Macron a tranché : l’engagement de la France dans la zone sahélienne passera « d’une opération militaire à un dispositif de coopération », a-t-il affirmé depuis Paris, au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue nigérien Mohamed Bazoum.

La présence de ce dernier, seul président du G5 Sahel à avoir fait le déplacement, ne devait d’ailleurs rien au hasard, tant le futur dispositif fait de Niamey le pilier principal de la stratégie sécuritaire française dans la Sahel.

Fermeture progressive

Emmanuel Macron a annoncé la fermeture progressive des bases militaires françaises dans le nord du Mali, un processus qui démarrera d’ici la fin de cette année. Les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou seront concernées « d’ici le début de l’année 2022 », a précisé le président français, confirmant les annonces de Florence Parly, sa ministre des Armées. La présence militaire française va en revanche s’appuyer sur une coopération militaire renforcée avec les armées nationales, notamment via la Task Force Takuba – qui aura sa base à Niamey – et le partenariat avec la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM).

LA NATURE DE NOTRE ENNEMI COMMANDE UNE AUTRE COOPÉRATION

Cette annonce intervient un mois après celle de la fin de l’opération Barkhane. Huit ans après son lancement, en août 2014, dans la continuité de l’opération Serval au Mali, l’opération extérieure française la plus importante du XXIe siècle a enregistré des résultats plutôt mitigés, selon de nombreux observateurs.

Le président français et son homologue nigérien avaient participé, plus tôt dans la journée, à un sommet du G5 Sahel organisé par visioconférence par le Tchadien Mahamat Idriss Déby et auquel étaient présents le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et le Malien Assimi Goïta.

« Rationalisation » de l’engagement français

« Nous ne pouvons que souscrire avec ce que la France est en train de faire, nous concevons que cette voilure soit réduite », a commenté Mohamed Bazoum. « La nature de notre ennemi commande une autre coopération », a ajouté le président nigérien, évoquant une « rationalisation » de l’engagement français avec laquelle les pays du G5 Sahel sont « absolument d’accord ».

« Niamey sera très fortement musclée. Les forces françaises présentes dans le pays vont muscler le commandement actuel de la force Takuba. Les forces qui sont associées vont être intégrées à des unités de forces spéciales », a précisé pour sa part Emmanuel Macron. « Il est important qu’on ait une connaissance du terrain dans toutes les actions de coopération et de réassurance et d’avoir des forces qui savent travailler avec les armées sahéliennes », a-t-il ajouté.

Le dispositif qui prendra la suite de Barkhane – qui compte 5 100 hommes déployés dans la zone sahélienne – représentera à terme entre 2 500 et 3 000 hommes. Il s’appuiera en outre sur les forces françaises basées en Côte d’Ivoire. Le président français a d’ailleurs insisté sur le fait que le risque terroriste « se dissémine dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest » et concerne désormais tous les pays du Golfe de Guinée. Les forces françaises seront donc mobilisables pour être déployées dans l’ensemble de la région, et pourront y intervenir à la demande des pays partenaires.

IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE DES MILITAIRES PRENNENT LE POUVOIR PARCE QU’ILS ONT DES DÉBOIRES SUR LE FRONT

Interrogé sur la situation au Mali, où le colonel Goïta a mené deux coups d’État, contre Ibrahim Boubacar Keïta, puis contre Bah N’Daw, Mohammed Bazoum a assuré que les chefs d’État ouest-africains avaient été « intraitables sur la mise en œuvre les dispositions prises par la Cedeao ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas permettre que des militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front où ils devraient être et que des colonels deviennent des ministres et des chefs d’États. Qui va faire la guerre à leur place ? »

Dans leur communiqué final, au ton sensiblement moins polémique, les chefs d’État du G5 Sahel ont affirmé avoir « pris note » de la décision du président français de « transformer le dispositif militaire français déployé au Sahel ». Une décision qui « s’inscrit dans le cadre des discussions conduites depuis le sommet de Pau, en janvier 2020, et poursuivies lors du sommet de N’Djamena, en février 2021″, précise le communiqué.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo