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Conte : La Corneille et le Lézard

avril 6, 2013

Mireille la Corneille noire d’Ottawa, du pays des Algonquins, avait fait la rencontre sur internet de Lazare le Lézard brun d’Abidjan du territoire des Ébriés.

Un jour pendant qu’ils se correspondaient, Lazare le Lézard émit à son ami le vœu de voyager pour découvrir son beau pays. Le sujet de la conversation n’était pas tombé dans les oreilles d’une sourde. Celle-ci dans la rapidité de l’échange virtuel trouva la demande intéressante et lui proposa  de l’inviter au mariage de sa fille, reporté de l’été pour l’automne.

Quand arriva la belle saison, au moment où feuilles se maquillent et changent de couleur avant leur mort. Elle envoya une prise en charge à son ami. Celui-ci la reçut joyeusement et fièrement puis partit à l’ambassade. Il présenta la lettre d’invitation et retira le formulaire pour remplir les informations d’usage : d’une part celles de son identité, d’autre part celles concernant la raison et le motif de son voyage.

La demande de Lazare le Lézard fut examinée dans un court délai et obtint un avis favorable. Mireille la Corneille envoya le billet à son correspondant. Il se présenta à la chancellerie pour déposer sa demande de visa. Il la reçut sans difficulté au regard du motif évoqué. Il portait la mention pour une durée de trois mois, renouvelable une fois.

Lazare le Lézard acheta des cadeaux à donner pour son ami et d’autres à offrir à la mariée : des statuettes sculptées en bois brun et noir, représentant l’escargot, le lion et l’éléphant ainsi qu’une belle robe bleu de bazin brodé de fils bancs, à manches longues et une montre, en argent, pour le gendre.

Le jour du voyage, il se présenta à l’aéroport, remplit ses formalités de voyage et prit le vol du soir qui marqua une brève escale à Paris où il continua la destination jusqu’à Ottawa.

Arrivée à l’aéroport, Mireille la Corneille qui était partie accueillir son ami, demanda aux autorités un panneau où il dessina Lazare le Lézard avec sa belle queue, ses petits yeux, à fleurs de peau. A la sortie de chaque passager, elle le brandissait du haut de sa main ailée. Dès que l’image de sa forme physique frappa à ses yeux, il s’orienta vers eux, en s’écriant: « me voici, chère amie! ». Ils s’embrassèrent, prirent sa valise pour les dernières formalités douanières et de la police des frontières. Elle le conduisit dehors et montèrent dans sa voiture noire.

Sur l’itinéraire de la route, Lazare le Lézard avait le regard constamment levé sur les immeubles de la ville. Il ne cessait de poser des questions de curiosité à son amie. Il se plut aussi à dire que chez-lui à Abidjan, des constructions analogues se trouvent au Centre-ville de la capitale.

Lorsque la voiture s’arrêta devant le garage de la maison, ils descendirent. Il retira ses bagages, à l’arrière puis rentrèrent dans la maison. Mireille la Corneille présenta son ami Lazare le Lézard à son oncle Thibault le Corbeau qui les attendait au salon. Lazare le Lézard en regardant son oncle douta de son appellation. Il répliqua :

–         « Ton oncle n’est pas un Corbeau ».

–         Pourquoi ?

–         En Afrique, le Corbeau porte un bandeau de plumage blanc à l’avant du cou.

–         Ah, bon ! mais chez-nous, il me ressemble de la tête jusqu’aux pieds à la seule différence qu’il est un peu plus gros que moi.

Ils s’embrassèrent et se photographièrent pour aller montrer les images, à son retour, en Afrique.

Ils dormirent, se réveillèrent et se promenèrent pour une belle tournée en la découverte de certains sites touristiques. Il était émerveillé par la beauté des feuilles des érables qui offraient à sa vue toutes les belles couleurs du feuillage. Il dit que ces arbres avaient des mains artistiques et techniques comme celles des fabricants de pagnes kita, tissés de fils de coton et de soie aux multiples couleurs (or, jaune, blanc, argent, rose, violet, marron, bleu, vert, noir), spécialités du peuple Akan, originaire de Côte d’Ivoire et du Ghana.

Le jour du mariage, avant le départ, à la cérémonie, il offrit à son amie ses cadeaux emballés d’objets d’art puis après la cérémonie nuptiale, il remit ceux de la mariée et une belle montre bracelet au gendre. L’ambiance était à la hauteur de la fête. Tous les parents des deux familles venaient le saluer car il était l’étranger venu d’un autre continent pour assister à cette heureuse fête des époux.

A l’approche de la fin de son séjour, son ami lui proposa de le prolonger et de renouveler son visa pour trois mois encore car celui-ci arrivait à son terme d’expiration. Il obtint facilement le renouvellement du visa pour goûter aux joies de l’hiver.

La température à l’automne commençait à descendre peu à peu. Rien qu’à 11 degrés, il grelotait. Les arbres qu’il admirait avaient perdu toutes leurs feuilles. Il pensait qu’ils étaient devenus du bois sec comme il les voit chez-lui qui sont désormais bons pour l’abattage et le chauffage. Mais on lui dit que c’était une simple phase de mutation pour accueillir l’hiver sur leurs bras valides à la sève cachée dans l’attente d’une renaissance végétale.

Le journal de la météo annonça pour cette année la tombée de la neige au cours du mois de novembre. Mireille la Corneille lui avait acheté des manteaux à fourrure, des combinaisons d’esquimaux, des mitaines, des tuques à oreilles, des bottes, des bas en laine, pour bien affronter la saison à venir.

Ce jour-là pendant qu’il ronflait dans un sommeil profond avec ses narines au point d’éclater; dehors, la neige tombait furtivement à son insu. Le matin au réveil, en tirant les rideaux et levant les stores, des flocons tout blancs avaient tracé une ligne de délimitation après leur projection sur la baie vitrée. Le sol était d’une blancheur éclatante. Il courut au salon dans la joie d’en parler à son amie Mireille la Corneille qui partagea ce bon moment de sa surprise par une accolade amicale : j’ai vu ma première neige, hourrah, hourrah, hourrah ! Que c’est beau. Mireille la Corneille d’ajouter : c’est de toute beauté, tu vois maintenant ce que je voulais te faire découvrir. Ils s’approchèrent tous les deux de la fenêtre et regardaient ensemble la neige qui continuait de s’amonceler au sol, au balcon et un peu partout. Il demanda s’il pouvait ouvrir la porte pour toucher la neige et vivre les sensations dans ses mains. Il éprouva le plaisir de laisser ses empreintes dans la peau blanche de la neige pour marquer sa présence. Une photo souvenir fut prise de cette gravure éphémère.

Chaque fois quand on lui demandait de s’habiller, il passait plus de temps à porter tous ses accessoires qui rentraient lentement dans ses membres pour sa protection contre le froid. A la fin en se plaçant devant le miroir, il s’écriait : je ressemble à un Michelin et ma démarche a même changé. 

Au fur à mesure que les mois passaient, dans la soudure de fin janvier à mi-février, le froid redoublait d’intensité atteignant des records de -38 degrés. Il ne le supportait pas. Son amie Mireille la Corneille l’invita à une petite promenade pour un baptême afin d’aller y témoigner, à son retour, au pays natal. Malgré qu’il fût vêtu comme un esquimau, la morve qui coulait régulièrement de ses narines, lui collait au contact de l’air, formant des crottes de glace, à la pointe de son nez. Voulant essayer de laisser ses oreilles, sans rabats, il sentit comme si elles avaient perdu de sensibilité.

Au dîner comme au souper, ils mangeaient souvent de la soupe aux pois, des rôtis de lard aux pommes de terre avec des carottes et poireaux, de la bouillie aux légumes aromatisés et du grand-père au sirop d’érable. Ils avaient aussi d’autres provisions qu’ils prenaient pendant le goûter comme des raisins secs, des amandes, des graines de citrouilles, de pacanes et d’abricots. Il constatait durant cette saison que les gens mangeaient beaucoup et gagnaient du poids.

L’ennui du manque d’activités le hantait. Il se plaignait que chez-lui, il était toujours entrain de travailler ou plonger dans une mobilité permanente. Le chauffage dans la maison était constamment augmenté. La nuit il transpirait à grosses gouttes. Se métamorphosant, par des mues sans arrêt, changeant continuellement de peau. Il devenait de plus en plus clair. Il n’en pouvait plus car il trouvait la situation de mélange entre le froid et le chaud très contradictoire. Il avoua lui-même que chez-lui en Afrique, des chaleurs de 38 degrés poussent aussi les habitants à dormir dehors car les briques des murs qui emmagasinent la chaleur le jour, la répandent la nuit tout en la rendant insupportable auprès des humains. Des bébés pleurent dans les bras de leurs mamans. Pour ceux qui osent dormir dans les chambres, ils placent des serviettes en-dessous qui finissent par être trempées de sueur. Ils sont poussés à boire de l’eau au rythme de la transpiration. Il conclut avant son retour que dans toute saison des inconvénients extrêmes de climat existent toujours causant des maux d’inadaptation aux uns et aux autres.

Mireille la Corneille heureuse d’avoir réservé un accueil chaleureux à son correspondant, organisa un repas de famille et l’accompagnant à l’aéroport avec une forte délégation. Lazare le Lézard repartit le cœur en joie, plein de bons souvenirs pour son long séjour au pays du froid boréal.

Les bons amis sont ceux qui vous accueillent sans un calcul de bénéfice à récupérer à court ou moyen terme.

© Bernard NKOUNKOU

LES FORÇATS DU CONGO BRAZZAVILLE

juin 10, 2012

Casseuses de Pierres à Mafouta et Kombé

Une mine d’or pour les femmes en quête de travail

Situées dans à la sortie-Sud de Brazzaville, les carrières des quartiers Mafouta et Kombé sont devenues des véritables mines d’or pour les femmes en quête de travail. Bien décidées à y faire carrière, ces « caillouteuses » sont devenues les piliers de leur famille. La crise économique, la précarité sociale, la nécessité de joindre les deux bouts voici quelques raisons évoquées par ces femmes soucieuses de donner une vie meilleure à leur progéniture.

Assisses à même le sol, les foulards négligemment noués sur leur tête pour se protéger du soleil, elles frappent inlassablement sur la caillasse. La plupart célibataires ou mères, elles sont souvent accompagnées de leurs enfants. Silencieuses, elles exécutent mécaniquement des frappes, parfois lentes ou rapides mais toujours concentrées sur leur labeur, elles ne voient pas le temps passer.

Au loin, on aperçoit des corps, ce sont des femmes éparpillées en groupes qui cassent des pierres sous un implacable soleil pour « subvenir aux besoins de leur famille », comme l’indiquent à l’unisson Viviane et Rolande.

Ces sites, hormis la musicalité des pioches et marteaux sur la pierre ressembleraient presque à des îles touristiques. Des tentes grossièrement aménagées ça et là en pagnes et palmes servent d’abri le temps d’une pause ou d’un couffin pour les nourrissons. « Je suis ici parce que mon mari m’a quittée et il m’a laissée avec les trois enfants. C’est une copine qui m’a emmenée ici. Grâce à ce que je gagne j’ai pu inscrire mon enfant à l’école cette année », explique Mireille, 27 ans.
Ces femmes aux mains sèches et calleuses, pleines de cicatrices et parfois d’éraflures n’ont d’autres choix que de travailler dans ces carrières pour subvenir aux besoins de leur famille.

Un labeur qui touche parfois à leur féminité puisque certaines d’entre elles, à force de dure besogne, développent un physique « d’homme » : poignes fermes et fortes, épaules et jambes musclées.
« Avant certaines remarques d’hommes me choquaient, mais à présent peu importe ce qu’ils pensent de moi, je m’en fiche éperdument, l’essentiel est que je sois à l’abri de la prostitution et que je subvienne à mes petits besoins », fait savoir Raïssa qui reconnaît toutefois que si elle avait le choix, elle laisserait tout tomber pour une autre activité.

A ses cotés, Anne-Marie BASSADIO, le Tee-shirt trempé par la sueur frappe par moment sur un bloc de pierres. A peine lève-t-elle les yeux pour scruter sa voisine qu’elle s’attelle aussitôt dans sa besogne. Elle a visiblement l’air fatigué et son nourrisson accroché à son sein s’agite. Anne-Marie sourit enfin et déclare, « elle est capricieuse ma Nelly, elle veut que je me lève, mais ce n’est pas possible, il faut que je termine cette partie ce soir », explique t-elle avant de se lever encouragée par les autres femmes.

Face à elle, Effie MBELAGANI prend une pause pour s’occuper elle-aussi de son enfant. Il est clair que pour elle, si elle trouvait mieux, elle s’en irait vite de cet endroit, mais pour l’instant elle y reste car dit-elle en souriant, « j’ai quatre bouches à nourrir et je n’ai pas le droit au repos ».

Plus loin, les habits totalement mouillés par la sueur, Solange frappe de toutes ses forces sur un bloc de pierre à une cadence lente et régulière. Toujours concentrée sur son travail, elle déclare épuisée : « C’est un métier à risques, à la moindre erreur, on a les doigts ou les mains endommagés ».

Une centaine de femmes travaille accompagnée de leurs enfants, certains encore jeunes et frêles dans ces sites. Mais leur fragilité ne constitue pas un obstacle et ne semble guère gêner les parents. Yvette la quinzaine s’exprime : « J’aide maman à la carrière car quand je travaille bien, je reçois ma part lors de la vente ».
Ces femmes, chef de famille bien que conscientes des risques qu’elles encourent (notamment pour leur santé) n’envisagent pas d’arrêter de travailler pour la simple raison que cette corvée leur est salutaire. « J’ai fait un constat, chaque fois que je rentre à la maison, je suis obligée de prendre du paracétamol pour apaiser les douleurs musculaires, mais aussi de prendre beaucoup de lait et de l’eau chaude pour atténuer les maux de gorge et de toux », témoigne OUMBA Marguerite.


Elle énumère la liste des dangers à la fin d’une journée à la

carrière : « Courbatures qui à la longue se transforme en rhumatismes chroniques, toux et grippe à répétition, blessures difficiles à cicatriser. A cela, mains rugueuses et calleuses ne donnent plus de touche tendre aux caresses » déclare-t-elle tristement.

Un travail rude, mais ont-elles vraiment le choix ?

En plus de la santé, le volume du travail dans ces sites est un autre combat que mènent les « caillouteuses » au quotidien. « Le volume de travail est très élevé par rapport à nos revenus, ce que nous gagnons passe d’abord dans la santé et la nutrition, quant à faire des économies, c’est une illusion », assure Marguerite OUMBA, la quarantaine, aidée par ses deux aînées âgées de 16 et 12 ans.

Pour ces mères majoritairement célibataires, la vente de ces caillasses est l’unique revenu pour assurer le quotidien de la famille.

« Ce n’est pas le jackpot, car pour deux mètres cubes de graviers par semaine, nous obtenons 15 à 20 000 FCFA et ce n’est pas suffisant par rapport à nos charges », rouspète mère

Suzy comme l’appellent ses amies de la carrière.
Pilier de leur famille, elles sont conscientes qu’il faudrait qu’elles mettent fin à cette carrière et s’orientent vers d’autres activités. Mais en attendant cette reconversion, elles sont bien heureuses de gagner leur pain, et leur combat pour leur autonomie est une belle leçon de morale pour celles qui n’ont pas encore compris que c’est à la sueur de leur front qu’elles mangeront.

Par Annette KOUMBA MATONDO