Posts Tagged ‘Miroslava Breach’

Mexique: un ancien maire arrêté pour complicité dans l’assassinat d’une journaliste

décembre 17, 2020

Un ancien maire de l’Etat de Chihuahua, dans le nord du Mexique, a été arrêté jeudi 17 décembre pour «complicité» dans l’assassinat en 2017 de la journaliste Miroslava Breach, a indiqué le bureau du procureur général. Un tribunal de Chihuahua «est parvenu à établir la probable responsabilité» de Hugo Amed Shultz, ancien maire de la municipalité de Chinipas, pour avoir «recherché et fourni des informations à un groupe du crime organisé qui a ordonné et exécuté le meurtre», a déclaré le bureau du procureur dans un communiqué, sans apporter plus de détails.

Pour ce crime, un juge fédéral a condamné à 50 ans de prison Juan Carlos Moreno, dit «El Larry», accusé d’être l’un des auteurs matériels du meurtre de la journaliste spécialisée dans les questions de droits de l’homme, de trafic de drogue et de corruption.

Lors de l’audition de Carlos Moreno, il a été révélé que des politiciens avaient enregistré des conversations téléphoniques avec la journaliste, correspondante du quotidien La Jornada, qui auraient été remises à Hugo Amed Shultz, membre du Parti d’action nationale (PAN, conservateur). L’ancien maire de Chinipas, «avec le soutien des anciens dirigeants du PAN dans l’Etat de Chihuahua, a fait pression sur Miroslava Breach pour qu’elle révèle ses sources concernant un reportage qui indiquait que des membres de diverses organisations criminelles (…) étaient candidats à des fonctions électives», a indiqué La Jornada jeudi après l’arrestation de Hugo Amed Shultz.

La journaliste, originaire de Chinipas, a reçu huit balles dans la tête le 23 mars 2017, alors qu’elle quittait sa maison pour emmener son fils à l’école.

Le Mexique est considéré comme l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes, avec plus d’une centaine d’assassinats depuis 2000, dont sept cette année. Plus de 90% de ces crimes restent impunis, selon les organisations de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) et Article 19. Le dernier meurtre en date est celui d’Israel Vazquez du quotidien El Salmantino. Des inconnus ont ouvert le feu sur lui le 9 novembre alors qu’il couvrait la découverte de restes humains dans l’Etat violent de Guanajuato.

Par Le Figaro avec AFP

Au Mexique, meurtres et agressions de journalistes en série

mars 30, 2017

Des journalistes ont manifesté hier à Tijuana, au nord-ouest du Mexique, pour dénoncer l'assassinat de leur confrère Miroslava Breach.

Des journalistes ont manifesté hier à Tijuana, au nord-ouest du Mexique, pour dénoncer l’assassinat de leur confrère Miroslava Breach. Crédits photo : GUILLERMO ARIAS/AFP

Un journaliste a été blessé par balles mercredi, dans l’est du pays. Depuis le début du mois, trois autres ont été tués. Seulement 0,25% des crimes contre les professionnels de la presse sont élucidés, selon une ONG.

Le mois de mars aura été sanglant pour les journalistes mexicains. Mercredi, le rédacteur en chef du quotidien La Opinion été blessé par balles «quasiment à bout portant», devant son domicile. Armando Arrieta est «dans un état très grave», selon Jorge Morales, secrétaire exécutif de la Commission de protection des journalistes de l’Etat de Veracruz.

La veille, en Basse-Californie, l’ancien journaliste du site 911 Noticias, Julio Omar Gomez, a été victime d’une tentative d’agression. Sa maison a été incendiée et son garde du corps tué en le protégeant, rapporte le Washington Post. Il avait pris sa retraite il y a quelques semaines suite à des menaces en décembre 2016 et février 2017, selon l’hebdomadaire Proceso.

La série noire a débuté le 3 mars, dans l’Etat de Guerrero, lui aussi gangrené par la corruption. Cecilio Pineda Brito, directeur du quotidien La Voz de la Tierra Caliente et journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, est criblé de balles par un commando. Victime de menaces et de tentatives d’assassinat depuis 2015, il était sous protection judiciaire jusqu’en octobre 2016 et a refusé plusieurs fois de s’exiler, précise Reporters sans frontières.

Dans l’Etat de Veracruz, le directeur du quotidien El Politico, Ricardo Monlui Cabrera, a été tué le 19 mars. Il a été abattu par des tueurs à moto alors qu’il sortait d’un restaurant avec sa femme et son fils, indemnes, d’après l’ONG Comité de protection des journalistes. Veracruz est particulièrement touché par le narcotrafic et la corruption, et les journalistes y sont souvent attaqués en représailles.

Le 23 mars, Miroslava Breach a été tuée par balles à Chihuahua, dans le nord du pays. Journaliste pour La Jordana, elle travaillait sur le crime organisé, le trafic de drogue et la corruption. Son assassinat, le troisième ce mois-ci, a provoqué la colère des journalistes. Devant le Congrès, ils ont réclamé que le crime soit élucidé et que l’Etat garantisse leur sécurité.

Seulement 0,25% des crimes contre la presse sont élucidés au Mexique, selon Ana Cristina Ruelas, directrice de l’ONG Artículo 19. Un mécanisme fédéral de protection des journalistes existe, mais il est très critiqué pour son inadaptation. Selon Ana Cristina Ruelas, il se limite à des gardes du corps, mais «ça ne prend pas en compte le fait que pour protéger, tu as surtout besoin d’enquêter et de sanctionner».

Dans son célèbre classement mondial de la liberté de la presse, RSF classe le Mexique 149ème sur 180. Après la Syrie et l’Afghanistan, l’ONG le classe à la troisième place pour le nombre de journalistes assassinés derrière la Syrie et l’Afghanistan.

Lefigaro.fr par Léo Caravagna