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Ukraine : salve de missiles russes après l’annonce d’envoi de chars occidentaux

janvier 26, 2023
Un homme aidant une femme à sortir d'un cratère après un bombardement russe dans la région de Kiev.

Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a tiré jeudi 55 missiles aux abords de Kiev. Photo: Getty Images/Roman Pilipey

L’Ukraine a été la cible jeudi de nouveaux bombardements russes d’ampleur, qui ont fait au moins 11 morts et 11 blessés et provoqué des pannes de courant, au lendemain de la décision des Occidentaux de livrer des chars lourds à l’armée ukrainienne.

Mercredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait appelé à fournir ces blindés le plus vite possible, son ministère de la Défense prévenant que les troupes russes, en supériorité numériqueintensifiaient les combats dans l’est de l’Ukraine.

À Bakhmout, à l’épicentre des affrontements dans l’est de l’Ukraine, Lisa, une médecin, regrettait jeudi matin auprès de l’AFP les tergiversations occidentales sur les chars, estimant que le feu vert aurait dû être donné plus tôt et pour une plus grande quantité de ces matériels.

Mais, bien sûr, nous sommes très reconnaissants de ce que nous avons obtenu, ajoutait-elle.

Dans l’immédiat, 11 personnes ont été blessées et, malheureusement, 11 autres sont décédées, a déclaré à la télévision le porte-parole des secours ukrainiens, Oleksandre Khorounejy, selon qui les dégâts les plus importants sont dans la région de Kiev. Un précédent bilan local faisait état d’un mort et de deux blessés dans la capitale, selon son maire, Vitali Klitschko.

Plusieurs dizaines de missiles

Un lance-missiles fait feu durant des exercices en Crimée.

Les salves de missiles tirés sur des infrastructures électriques névralgiques pendant l’hiver sont devenues la principale stratégie du Kremlin en attendant les offensives du printemps. Photo: via Reuters/Ministère de la Défense de la Russie

Selon le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valery Zaloujny, la Russie a tiré jeudi 55 missiles sur l’Ukraine et 47 ont été détruits, dont 20 aux abords de Kiev.

L’Ukraine a également dit avoir abattu dans la nuit 24 drones explosifs Shahed, de fabrication iranienne. Un premier bilan a fait état d’un mort et de deux blessés dans la capitale, selon son maire, Vitali Klitschko.

Des coupures d’électricité d’urgence ont été imposées à Kiev et dans d’autres régions après que des sites énergétiques ont été touchés, la Russie essayant de causer une défaillance systémique du réseau national, selon le ministre de l’Énergie, Guerman Galouchtchenko.

La situation reste maîtrisée, a assuré le premier ministre Denys Chmygal.

À Odessa (sud-ouest), malgré des difficultés, le courant était rétabli en milieu de journée dans les hôpitaux et les autres infrastructures essentielles de la ville, a annoncé la compagnie d’électricité privée DTEK.

Les frappes près de cette grande ville portuaire ont eu lieu peu avant que la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, n’y arrive dans la matinée pour discuter avec son homologue ukrainien, Dmytro Kouleba.

Après une série de revers militaires sur le terrain à la fin de l’été et à l’automne, le Kremlin a commencé en octobre à régulièrement frapper les transformateurs et les centrales électriques de l’Ukraine, plongeant à chaque fois des millions de civils dans le noir et le froid.

En attendant les chars occidentaux

Des chars d'assaut embarqués sur un train.

Les États-Unis ont promis cette semaine 31 chars d’assaut Abrams aux Ukrainiens. Photo: AFP/Petras Malukas

Cette nouvelle vague de bombardements intervient au lendemain du feu vert de Washington et de Berlin au transfert de dizaines de chars lourds à Kiev, une décision inédite en 11 mois de guerre. L’Allemagne compte livrer fin mars ou début avril les premiers Leopard 2 promis.

Volodymyr Zelensky, selon lequel il s’agit d’une étape importante pour la victoire finale, a remercié ses alliés. Mais il a relevé que la clé du succès était désormais la vitesse et le volume des livraisons, Kiev demandant des centaines de blindés pour entamer la reconquête des territoires sous occupation dans l’est et le sud.

Le président ukrainien a aussi réclamé des avions de combat et des missiles de longue portée, autant d’armes que les Occidentaux refusent jusqu’ici de fournir, de peur de provoquer une escalade militaire.

Engagement direct dans le conflit

D’ores et déjà, le Kremlin considère que la livraison de chars est la preuve de l’engagement direct dans le conflit des Occidentaux. Et nous voyons que [cet engagement] grandit, a relevé jeudi face à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Pour l’Ukraine, l’obtention d’armements est vitale pour reprendre les territoires dont la Russie revendique l’annexion. D’autant que, dans l’est, les combats s’intensifient, a relevé mercredi soir la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar.

Un char d'assaut dans l'eau.

Une douzaine de pays possèdent des chars d’assaut de type Leopard-2, fabriqués en Allemagne. Photo : Getty Images/Sean Gallup

Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie et aucun de nos partenaires ne l’est, a répliqué la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Anne-Claire Legendre. La livraison d’équipements militaires dans le cadre de l’exercice de sa légitime défense ne constitue pas une co-belligérance, a-t-elle soutenu face à la presse.

Cette mise au point intervient également après une déclaration maladroite de la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, qui, alors que son pays a été très critiqué pour ses atermoiements, avait dit mercredi : Nous combattons dans une guerre contre la Russie et non entre nous.

Pour l’heure, dans l’est, les combats s’intensifient, a souligné mercredi soir Ganna Maliar.

Les forces russes y sont en supériorité numérique, a-t-elle noté, citant la zone de Bakhmout, dont les troupes de Moscou tentent de s’emparer depuis plusieurs mois, mais aussi celle autour de Vougledar, une localité au sud-ouest de Donetsk.

Un homme marche près d'un pylône électrique.

Les infrastructures électriques ukrainiennes sont les cibles prioritaires des missiles et drones russes en plein hiver. Photo : Getty Images/Spencer Platt

Par ailleurs, l’Ukraine a admis mercredi avoir dû abandonner Soledar – au nord-est de Bakhmout –, dont les Russes revendiquaient la prise depuis une semaine.

Selon un sergent, qui répond au nom de guerre d’Alkorla bataille a été rude, car les Ukrainiens étaient moins nombreux.

Nous tirons, encore et encore, mais, après cinq minutes, une nouvelle vague de 20 ennemis nous arrive dessus, dit-il. Leur nombre est énorme. Ils utilisent leurs soldats comme de la chair à canon.

Selon l’Institute for the Study of War, la Russie semble multiplier les offensives sur la ligne de front pour disperser les forces ukrainiennes afin de créer les conditions d’une opération offensive décisive.

Avec Radio-Canada par Agence France-Presse

Washington et Moscou auraient eu des entretiens confidentiels sur l’Ukraine

novembre 7, 2022
Quatre camions dont la cabine est recouverte d'un filet de camouflage déploient des tubes lance-missiles contenant des missiles S-400 russes.

Des missiles antiaériens russes S-400 déployés sur une base militaire près de Kaliningrad. Photo: Reuters/Vitaly Nevar

De hauts responsables américains auraient eu plusieurs conversations avec des conseillers du président russe Vladimir Poutine pour éviter notamment une escalade dans le conflit en Ukraine. Le Kremlin et la Maison-Blanche ont refusé tout commentaire à ce sujet.

Selon un article du Wall Street Journal, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, a eu plusieurs entretiens avec des conseillers de Vladimir Poutine sur le scénario redouté d’une attaque nucléaire en Ukraine.

Le Journal, qui cite des sources américaines et alliées, affirme que Jake Sullivan, qui conseille le président américain Joe Biden, aurait eu ces derniers mois des échanges téléphoniques confidentiels avec un conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, et son homologue russe, le secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev.

Questionné par des journalistes sur ces discussions secrètes entre Washington et Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré : nous n’avons rien à dire sur cet article.

Une fois encore, je répète qu’il y a des informations véridiques, mais que la plupart des autres relèvent de la pure spéculation, a-t-il ajouté.

D’après Dmitri Peskov, Moscou est toujours ouvert à des pourparlers avec le gouvernement ukrainien, mais le refus de négocier de Kiev bloquerait, selon lui, toute possibilité de dialogue entre les belligérants.

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) se tient à côté du ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

Vladimir Poutine à côté du ministre de la Défense Sergueï Choïgou. Photo: Getty Images/AFP/Mikhail Klimentyev

À Washington, la Maison-Blanche n’a pas non plus fait de commentaire, déclarant simplement : les gens racontent beaucoup de choses, a seulement déclaré une porte-parole du Conseil de sécurité nationale.

Jake Sullivan se trouvait vendredi dernier à Kiev, où il a rencontré le président Volodymyr Zelensky et souligné la nécessité d’une défense antiaérienne renforcée pour l’Ukraine.

Selon le Washington Post, l’administration Biden encouragerait en coulisses les dirigeants ukrainiens à renouer avec un processus de négociation avec Moscou afin de ne pas s’aliéner des alliés potentiels ou existants.

Livraisons de nouveaux systèmes antiaériens occidentaux

Pendant ce temps, en Ukraine, les forces de Kiev ont reçu lundi de nouveaux systèmes de défense antiaérienne occidentaux pour intercepter les nombreux missiles et drones russes qui s’abattent sur les grandes villes du pays.

Ces attaques qui visent essentiellement les infrastructures électriques et énergétiques visent à priver le plus d’Ukrainiens possible de chauffage, d’éclairage et d’eau potable à quelques semaines de l’arrivée de l’hiver.

Le 31 octobre dernier, une vague de drones et de missiles tirés par la Russie avait notamment privé d’eau potable 80 % des habitants de Kiev et laissé 350 000 foyers sans électricité.

Pour tenter de protéger ces infrastructures vitales à l’arrivée de l’hiver, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé aux pays occidentaux la création d’un bouclier antiaérien.

Selon Kiev, les forces ukrainiennes ont reçu lundi des systèmes de défense antiaérienne NASAMS et Aspide, fournis par les États-Unis, l’Espagne et la Norvège.

Une batterie de missiles HIMARS.

Les USA ont livré plusieurs systèmes de missiles aux forces ukrainiennes, dont le système Himars. Photo: AFP via Getty Images/Gints Ivuskans

Ces armes renforceront considérablement l’armée ukrainienne et rendront notre ciel plus sûr, a écrit le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, sur son compte Twitter.

Ces livraisons suivent celles, notamment, du système allemand de dernière génération Iris-T ou encore des missiles sol-air français Crotale. Le Royaume-Uni a annoncé l’envoi de missiles AMRAAM.

Face aux bombardements russes, les Occidentaux espèrent doter l’Ukraine d’une défense antiaérienne patchwork [courtepointe] à partir d’équipements pour certains modernes et pour d’autres plus anciens.

Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a détruit environ 40 % des infrastructures énergétiques ukrainiennes depuis début octobre, utilisant notamment des drones-suicides de fabrication iranienne.

Si les quatre derniers débuts de semaine ont été marqués par des bombardements russes massifs sur les villes ukrainiennes, la matinée de lundi a été relativement calme, avec un ciel gris et brumeux à Kiev peu propice aux raids aériens.

Selon l’armée ukrainienne, les forces russes ont lancé 4 missiles et 24 bombardements aériens ces dernières 24 heures dans l’ensemble du pays.

Au moins une personne a été tuée dans les bombardements dans la région de Zaporijia, dans le Sud, une a été blessée dans celle voisine de Kherson et une autre tuée dans celle de Soumy, dans le Nord, selon les autorités régionales respectives.

L’armée russe a, elle, accusé une nouvelle fois les forces ukrainiennes d’avoir tiré sept obus de gros calibre sur la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe, occupée par Moscou depuis mars, sans provoquer de hausse des radiations.

À Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine, les habitants ayant fui l’occupation russe ont raconté aux journalistes de l’AFP une atmosphère de paranoïa faite de fouilles et de confiscations de téléphones.

On devait effacer tous nos messages. Dieu nous garde si nous disions quelque chose contre la Russie. Personne ne se sentait en sécurité, a raconté Irina Mykhaïlena, originaire de la ville occupée de Berdiansk.

Par Radio-Canada avec AFP

Corée du Nord : tout savoir sur les tirs de missiles

novembre 2, 2022

Un missile nord-coréen est tombé tout près des eaux sud-coréennes, pour la première fois depuis 70 ans. Voici ce qu’il faut en retenir.

Les autorites de la Coree du Sud ont demande mercredi aux habitants de l'ile d'Ulleungdo, au large de sa cote orientale, d'evacuer vers des bunkers. (Image d'illustration)
Les autorités de la Corée du Sud ont demandé mercredi aux habitants de l’île d’Ulleungdo, au large de sa côte orientale, d’évacuer vers des bunkers. (Image d’illustration)© ¿Øvª?? / MAXPPP / Yonhap News Agency/MAXPPP

La Corée du Nord a tiré mercredi au moins 23 missiles de types variés, dont l’un tombant près des eaux territoriales sud-coréennes, et ce, pour « la première fois » depuis soixante-dix ans selon l’armée de Séoul, occasionnant une rare alerte au raid aérien sur une île sud-coréenne. La Corée du Sud a promis une réponse « décisive ». Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a fustigé la « provocation » de Pyongyang, dénonçant une « invasion territoriale de fait ». Voici ce qu’il faut savoir.

Aucun missile n’a atteint la Corée du Sud. Mais un missile balistique de courte portée est tombé très près des eaux territoriales sud-coréennes pour la première fois depuis la fin de la guerre de Corée, en 1953. Ce missile a amerri dans des eaux internationales, à 57 km à l’est de la Corée du Sud continentale, a indiqué l’armée sud-coréenne. S’il s’est abîmé en mer en dehors des eaux territoriales sud-coréennes (12 milles marins, soit 22,2 km), le missile est tout de même tombé à 26 km au sud de la « ligne de limite du Nord  » (NLL), qui prolonge en mer la ligne de démarcation intercoréenne des deux côtés de la péninsule.

Une controverse autour de la frontière

La NLL a été tracée par le commandement des Nations unies dirigé par les États-Unis à la fin de la guerre de Corée (1950-1953) dans le but d’empêcher des affrontements accidentels entre le Nord et le Sud. Pyongyang qualifie d’invalide la démarcation reconnue par le Sud, considérant qu’elle a été établie unilatéralement par les forces de l’ONU. À la place, la Corée du Nord reconnaît une « ligne militaire de démilitarisation  », au sud de la NLL.

« Encouragée par ses propres capacités nucléaires d’aujourd’hui, (Pyongyang) pourrait déclarer nulle et non avenue la NLL – dont elle pense qu’elle a constitué pour elle un désavantage important  », estime Cheong Seong-chang, chercheur à l’institut Sejong.

La frontière maritime intercoréenne a été le théâtre d’affrontements brefs mais violents ces dernières années. En 1999, un patrouilleur nord-coréen s’est aventuré à près de 10 km au sud de la NLL, mais a battu en retraite après un échange de tirs qui a coûté la vie à plusieurs Nord-Coréens. En novembre 2010, Pyongyang a bombardé l’île de Yeonpyeong, près de la NLL, tuant quatre Sud-Coréens et faisant brièvement craindre un conflit à grande échelle.

La guerre de Corée s’étant achevée sur un cessez-le-feu et non un traité de paix. Nord et Sud demeurent techniquement en guerre. En octobre, les deux pays ont échangé des coups de semonce, s’accusant mutuellement d’avoir enfreint la frontière maritime.

La « zone tampon »

Lors d’un sommet historique à Pyongyang en 2018, le président sud-coréen de l’époque, Moon Jae-in, et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un s’étaient accordés pour établir des « zones tampons » le long de leurs frontières terrestres et maritimes, notamment de la NLL, afin de réduire les tensions et de prévenir toute confrontation accidentelle.

Ces zones s’étendent sur une largeur de 5 km de part et d’autre de la ligne de démarcation. Séoul et Pyongyang s’y étaient engagées à ne pas y mener de manœuvres militaires de grande ampleur, et à n’y pratiquer aucun tir d’artillerie à munitions réelles. Séoul a affirmé que les exercices d’artillerie nord-coréens récents constituent une « violation claire  » de l’accord de 2018.

Les derniers tirs de la Corée du Nord sont survenus au moment où Séoul et Washington mènent le plus grand exercice aérien conjoint de leur histoire, baptisé Tempête vigilante, auquel participent des centaines d’avions des deux armées. « Tous les derniers essais d’armements, y compris le barrage d’artillerie, sont essentiellement une provocation délibérée destinée à […] démontrer qu’ils sont capables de détruire le Sud s’ils le veulent  », affirme à l’AFP Ahn Chan-il, spécialiste de la Corée du Nord.

«Des événements de précélébration en amont de leur essai nucléaire à venir  »

Les manœuvres américano-sud-coréennes suscitent la colère de Pyongyang, qui les considère comme des répétitions générales à une invasion de son territoire. Kim Jong-un utilise cet argument pour défendre ses lancements de missiles, les qualifiant de « contre-mesures » nécessaires face à ce qu’il juge être une agression américaine.

Les négociations autour de l’arme nucléaire et les relations diplomatiques entre Pyongyang et Washington se sont enlisées depuis 2019, au sujet de l’allègement des sanctions et de ce que le Nord serait prêt à abandonner en retour.

La Corée du Nord a adopté une nouvelle doctrine en septembre, rendant « irréversible  » son statut de puissance nucléaire et mettant de fait fin aux négociations autour de ses programmes d’armements illégaux.

« La Corée du Nord est un État paria  », estime Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha de Séoul. Selon lui, Pyongyang a développé ses programmes d’armement « en premier lieu en raison des intentions agressives du régime de Kim envers Séoul, et non de ce que Washington fait ou ne fait pas  ».

Par Le Point avec AFP

Moscou déploie des missiles hypersoniques à Minsk

novembre 2, 2022

Le Kremlin a installé des MiG-31 et leurs missiles Kinjal sur une base biélorusse, un « message adressé à l’Ouest », selon le ministère britannique de la Défense.

Un MiG-31 des forces aerospatiales russes, photo d'illustration.
Un MiG-31 des forces aérospatiales russes, photo d’illustration.© Photo sous licence libre Creative Commons by-nc-nd / Pavel Vanka via Flickr

Moscou a déployé en Biélorussie deux chasseurs MiG-31K, la version la plus moderne d’un avion développé dans les années 1970 pour intercepter les cibles à haute vitesse. Capable de voler à 3 200 km/h, cet appareil biplace est, lorsqu’il emporte un missile hypersonique Kinjal, le vecteur idéal pour frapper n’importe quelle capitale européenne en quelques minutes, y compris avec une tête nucléaire. Le missile Kinjal, qui peut dépasser les 11 000 km/h, est aujourd’hui quasiment impossible à intercepter.

L’apport stratégique de ce déploiement pour Moscou n’est pas évident, dans la mesure où les forces aérospatiales russes (VKS) disposent déjà depuis août 2022 d’une paire de MiG-31K et de missiles Kinjal à Kaliningrad, enclave russe aux portes du territoire européen. Il s’agit ainsi d’une mesure essentiellement symbolique pour le Kremlin, qui marque sa coopération sans faille avec l’allié biélorusse, dont le territoire sert de base arrière à l’offensive de Vladimir Poutine en Ukraine.

Un MiG-31K russe défile au-dessus de Moscou le 7 mai 2022, équipé d’un missile Kinjal (ou d’une réplique).© SEFA KARACAN / Anadolu Agency via AFP

L’intérêt de ce déploiement pour le conflit en Ukraine semble quasiment nul, dans la mesure où le stock de missiles Kinjal est très faible et il est hautement improbable que l’armée russe les « gâche » pour frapper le territoire ukrainien, déjà vulnérable à d’autres armes plus classiques comme les missiles de croisière, ou franchement rustiques comme les bombes lisses et les frappes d’artillerie « à l’aveugle ». « Il s’agit sans doute essentiellement d’un message adressé à l’Ouest », commente ainsi le ministère de la Défense britannique. L’arrivée des MiG-31K aurait d’ailleurs eu lieu dans le cadre de la création d’un groupement militaire régional commun avec Minsk, dans le but de renforcer les frontières face aux Européens et à l’Otan.

Avec Le Point par Guerric Poncet

Kamala Harris en Corée du Sud, Pyongyang tire des missiles

septembre 29, 2022
Kamala Harris en Coree du Sud, Pyongyang tire des missiles
Kamala Harris en Corée du Sud, Pyongyang tire des missiles© POOL/AFP/LEAH MILLIS

La vice-présidente américaine Kamala Harris a achevé jeudi une visite en Corée du sud destinée à renforcer les liens avec Séoul en matière de défense, précédée et suivie de tirs de missiles nord-coréens.

L’armée sud-coréenne a fait état de « deux tirs de missiles balistiques de courte portée tirés depuis le secteur de Sunchon, dans la province de Pyongan du Sud », peu après le départ de la responsable américaine.

Les jours précédant son arrivée avaient déjà été marqués par deux tirs de missiles balistiques par Pyongyang, engagé dans une série record de tests d’armes depuis le début de l’année.

Mme Harris a visité jeudi la frontière sud-coréenne, lourdement fortifiée, lors de ce voyage visant à renforcer l’alliance de sécurité avec Séoul.

Dans un poste d’observation situé au sommet d’une colline escarpée surplombant la Corée du Nord, elle a pu observer la frontière à l’aide de jumelles.

L’engagement des États-Unis pour la défense de la Corée du Sud est « inébranlable », a-t-elle déclaré, assurant que Washington et Séoul étaient « alignés » dans leur réponse à la menace croissante que représentent les programmes d’armement du Nord.

Les Etats-Unis disposent de quelque 28.500 soldats en Corée du sud.

S’ils souhaitent tous deux « une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », a-t-elle poursuivi, les deux pays alliés sont, en attendant, « prêts à faire face à toute éventualité ».

La vice-présidente a également visité le village de la trêve de Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux pays, où Donald Trump, alors président des Etats-Unis, avait rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en 2019. Elle s’est aussi entretenue avec des soldats américains au Camp Bonifas, un poste militaire des Nations unies.

La vice-présidente américaine s’était préalablement rendue au Japon pour assister aux funérailles nationales de l’ancien premier ministre assassiné, Shinzo Abe.

A Séoul, elle a rencontré le président sud-coréen Yoon Suk-yeol, qui a pris ses fonctions en mai, pour des entretiens dominés par les questions de sécurité, les responsables sud-coréens et américains avertissant depuis des mois que Pyongyang se prépare à effectuer un nouvel essai nucléaire.

Mercredi, le Service national du renseignement (NIS) sud-coréen a estimé que ce test pourrait avoir lieu en octobre.

Selon le NIS, Kim Jong-un choisira probablement la période comprise entre le prochain congrès du Parti communiste chinois, le 16 octobre, et les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le 7 novembre.

Durant la rencontre, Séoul a également fait part de ses préoccupations quant à une nouvelle loi signée par le président américain Joe Biden, qui supprime les subventions pour les voitures électriques construites en dehors des Etats-Unis, ce qui affecte les constructeurs sud-coréens comme Hyundai et Kia.

Mme Harris, première femme vice-présidente des Etats-Unis, a également rencontré ce que la Maison Blanche a appelé des « dirigeantes innovatrices » de Corée du Sud afin d’aborder des questions liées à l’égalité des sexes, sujet qu’elle dit avoir abordé avec M. Yoon.

M. Yoon, qui s’est engagé à abolir le ministère de l’Egalité des sexes, a été critiqué dans son pays pour le manque de femmes dans son gouvernement.

Essai nucléaire ?

La Corée du Nord, qui fait l’objet de multiples sanctions de l’ONU pour ses programmes d’armement, cherche généralement à maximiser l’impact géopolitique de ses essais en choisissant le moment qui lui semble le plus opportun.

Le pays communiste a testé des armes nucléaires à six reprises depuis 2006. Son dernier essai, le plus puissant, réalisé en 2017 – qui, selon Pyongyang, était une bombe à hydrogène – avait une puissance estimée à 250 kilotonnes.

Sous le président Yoon, Séoul et Washington ont intensifié leurs exercices militaires conjoints, dont ils insistent sur le caractère purement défensif. De son côté, la Corée du Nord les dénonce systématiquement comme une répétition d’invasion.

Les deux alliés organisent cette semaine un exercice naval conjoint de grande envergure considéré comme une démonstration de force face aux provocations croissantes du Nord.

Séoul a annoncé jeudi l’organisation d’exercices trilatéraux anti-sous-marins avec Tokyo et Washington, les premières manoeuvres de ce type depuis 2017, après que des officiels ont indiqué ce week-end avoir détecté des signes que Pyongyang pourrait préparer un tir d’essai de missile balistique lancé depuis un sous-marin.

Par Le Point avec AFP

Le président biélorusse accuse Kiev de tirer des missiles sur son pays

juillet 2, 2022

« On nous provoque », affirme Alexandre Loukachenko, qui révèle que son armée a intercepté des missiles tirés depuis l’Ukraine sur la Biélorussie.

Le president bielorusse Alexandre Loukachenko est en alerte. (Photo d'illustration)
Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est en alerte. (Photo d’illustration)© MIKHAIL METZEL / Sputnik / Sputnik via AFP

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a affirmé, samedi 2 juillet, que son armée avait abattu des missiles tirés depuis l’Ukraine sur la Biélorussie, en pleine spéculation sur une implication grandissante de Minsk dans le conflit entre Kiev et Moscou.

« On nous provoque. Je dois vous dire qu’il y a environ trois jours, peut-être plus, on a essayé depuis l’Ukraine de frapper des cibles militaires en Biélorussie. Dieu soit loué, nos systèmes anti-aériens Pantsir ont intercepté tous les missiles tirés par les forces ukrainiennes », a-t-il affirmé, cité par l’agence de presse d’Etat Belta.

« Nous n’avons pas l’intention de combattre en Ukraine »

« Je vous le répète, comme je l’ai dit il y a plus d’un an, nous n’avons pas l’intention de combattre en Ukraine », a-t-il toutefois assuré. Depuis l’attaque du Kremlin contre l’Ukraine, le 24 février, la Biélorusse, alliée de la Russie, a servi de base arrière aux forces russes. Les troupes russes s’étaient notamment élancées de la Biélorussie pour tenter de prendre la capitale Kiev, avant de renoncer fin mars face à la résistance ukrainienne et de se retirer.

Le régime de Alexandre Loukachenko, sous lourdes sanctions occidentales, est très dépendant militairement et économiquement de la Russie. La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que Moscou allait livrer « dans les prochains mois » au Bélarus des missiles Iskander-M capables de transporter des charges nucléaires.

Par Le Point avec AFP

Poutine promet au Bélarus des missiles capables de transporter des charges nucléaires

juin 25, 2022
Vladimir Poutine (à droite) au moment de recevoir le dirigeant bélarusse Alexandre Loukachenko.

Cette annonce survient au moment où la Russie et son allié, le Bélarus, sont en crise ouverte avec les pays occidentaux depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces russes. Photo: AP/Maxim Blinov

La Russie va livrer au Bélarus, pays voisin de l’Ukraine, des missiles capables de transporter des charges nucléaires, a annoncé Vladimir Poutine samedi.

Au cours des prochains mois, nous allons transférer au Bélarus des systèmes de missiles tactiques Iskander-M, qui peuvent utiliser des missiles balistiques ou de croisière, dans leurs versions conventionnelle et nucléaire, a déclaré M. Poutine lors d’une rencontre avec son homologue bélarusse, Alexandre Loukachenko, à Saint-Pétersbourg.

Le président russe a promis de moderniser les avions Su-25 du Bélarus dans des usines de son pays et de procéder aussi à l’entraînement du personnel militaire après que M. Loukachenko lui eut demandé d’adapter ses appareils capables de transporter des armes nucléaires.

Nous nous mettrons d’accord sur la façon d’accomplir cela, a assuré M. Poutine à son homologue bélarusse.

Ces nouvelles annoncent de Poutine risquent de tendre encore ses rapports avec les dirigeants occidentaux, déjà détériorés depuis que Moscou a envoyé des troupes en Ukraine.

L’Iskander-M est un système guidé mobile nommé SS-26 Stone par l’OTAN, qui a remplacé le Scud soviétique. Ses deux missiles guidés ont une portée allant jusqu’à 500 km et peuvent transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires.

Cet échange survient au moment où la Russie et son allié, le Bélarus, sont en crise ouverte avec les pays occidentaux depuis que Moscou a lancé, avec l’appui diplomatique et logistique de Minsk, une offensive militaire contre l’Ukraine.

Le Bélarus, frontalier de l’Ukraine et de plusieurs pays membres de l’OTAN, avait déjà annoncé le mois dernier avoir acheté des systèmes Iskander, capables de transporter des charges nucléaires.

Lors d’une rencontre à Saint-Pétersbourg avec Vladimir Poutine, le président bélarusse Alexandre Loukachenko avait fait part à son homologue russe de ses préoccupations et des inquiétudes face aux politiques agressives et conflictuelles de ses voisins lituaniens et polonais.

La Russie lance des missiles sur l’Ukraine à partir de la Biélorussie

Avant la rencontre de Vladimir Poutine et d’Alexandre Loukachenko, Kiev avait accusé Moscou samedi de vouloir attirer Minsk, son allié diplomatique, dans la guerre en Ukraine après avoir fait état, plus tôt en matinée, de missiles russes tirés depuis le Bélarus voisin sur un village ukrainien.

La frappe d’aujourd’hui est directement liée aux efforts du Kremlin pour attirer le Bélarus dans la guerre en Ukraine en tant que cobelligérant, a affirmé sur Telegram la Direction générale du renseignement ukrainien, rattachée au ministère de la Défense.

Vers 5 h du matin [heure locale], la région de Tcherniguiv a subi un bombardement massif de missiles. Vingt roquettes ont visé le village de Desna, tirées depuis le territoire du Bélarus [et aussi] depuis les airs, avait indiqué dans la matinée sur Facebook le commandement Nord des troupes ukrainiennes, précisant qu’il n’y avait pas de victimes à ce stade.

Quoique non belligérant dans le conflit avec l’Ukraine à ce stade, le Bélarus a servi de soutien logistique aux troupes de Moscou, notamment lors des premières semaines de l’offensive russe.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Une pluie de missiles russes s’abat sur plusieurs grandes villes de l’Ukraine

avril 18, 2022

Des pompiers tentent d’éteindre l’incendie provoqué par une frappe de missile dans un garage de Lviv, lundi. Photo : Getty Images/Joe Raedle

La Russie poursuit son offensive massive en Ukraine, lundi, visant des centaines de cibles un peu partout, notamment à Kharkiv, Zaporijjia, Donetsk, Dnipropetrovsk, Mikolaïv et Lviv, une ville refuge située tout près de la frontière polonaise et qui est généralement épargnée par les bombardements.

Le gouverneur de la région, Maksym Kozitsky, a évoqué quatre frappes de missiles de croisière, tirés depuis la Caspienne : trois sur des infrastructures militaires et une sur un garage de pneumatiques, qui ont provoqué des incendies. Toutes les cibles sont gravement endommagées, selon lui.

À cette heure, sept morts sont connus, a-t-il ajouté, évoquant également 11 blessés, dont un enfant, et précisant que trois blessés se trouvent dans un état grave.

Selon M. Kozitsky, il s’agit des premières victimes du conflit dans la ville. Et les autorités craignent que d’autres personnes soient coincées dans les ruines.

« Les Russes continuent d’attaquer en barbares les villes ukrainiennes depuis les airs, déclarant cyniquement au monde entier leur « droit » de tuer des Ukrainiens. »— Une citation de  Mikhaïlo Podoliak, conseiller du président Volodymyr Zelensky

Sur les lieux de la frappe contre le garage, à environ quatre kilomètres du centre de la ville, des journalistes de l’Agence France-PresseAFP ont vu le bâtiment en feu, avec des carcasses de voitures dans un cratère près d’une voie ferrée.

Le maire de Lviv a indiqué qu’au moins un enfant figurait parmi les victimes des frappes survenues lundi sur sa ville. Photo : Twitter/Andriy Sadovyi

Les chemins de fer ukrainiens ont de leur côté indiqué sur Telegram que plusieurs missiles sont tombés à proximité des installations ferroviaires sans faire de victimes et sans entraver la circulation.

Nous réparerons notre infrastructure endommagée. Le chemin de fer continue de fonctionner, a affirmé le président du conseil d’administration de la compagnie, Alexandre Kamychine.

Située loin du front, à 60 kilomètres de la frontière polonaise, Lviv s’est convertie en ville refuge pour les personnes déplacées et a accueilli au début de la guerre plusieurs ambassades occidentales transférées à partir de Kiev.

Plus de 4,9 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays 54 jours après l’invasion russe du 24 février, selon les chiffres publiés lundi par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime aussi à 7,1 millions le nombre de déplacés à l’intérieur du pays. Au total, ce sont donc environ 12 millions de personnes, soit plus du quart de la population, qui ont dû quitter leur foyer soit en traversant la frontière, soit en trouvant refuge ailleurs en Ukraine.Un train passe devant un garage en ruine d'où s'échappe de la fumée.

Un train en provenance de Dnipro passe devant des bâtiments endommagés par une frappe russe à Lviv, lundi. Photo : AP/Philip Crowther

L’une des plus vastes séries de frappes

Le ministère de la Défense russe a annoncé lundi avoir lancé des frappes massives contre plusieurs centaines de cibles militaires ukrainiennes en mobilisant simultanément son artillerie, son aviation et son arsenal de missiles.

Il s’agit d’une des plus vastes séries de frappes signalées ces dernières semaines en Ukraine.

La plupart de ces frappes, menées dans l’est du pays, ont visé plus de 315 cibles militaires, selon le ministère de la Défense russe. Les autorités ukrainiennes, elles, accusent plutôt la Russie de viser des infrastructures civiles.

Les frappes ont principalement eu lieu dans les régions de Kharkiv, Zaporijjia, Donetsk et Dnipropetrovsk et dans le port de Mikolaïv, dans l’est du pays. Kiev et ses environ ont aussi été visés.Une femme pleure à genoux près d'un corps. Deux personnes l'entourent.

Une femme soutient sa mère, qui pleure près de la dépouille de son mari, à Kharkiv, lundi. Photo: Reuters/Alkis Konstantinidis

À Kharkiv, des journalistes de l’Agence France-PresseAFP ont entendu une série d’explosions dans la matinée de lundi. Les autorités locales, qui ont évoqué une frappe sur un centre de distribution d’aide humanitaire et un obus tombé sur un terrain de jeu pour enfants dans une zone résidentielle, ont rapporté trois morts et six blessés.

La Russie mène cette série d’attaques contre des cibles stratégiques ukrainiennes pour épuiser la capacité du pays à résister à une offensive terrestre majeure dans le Donbass, région disputée de l’est, à majorité russophone.

Le président Vladimir Poutine a choisi d’y concentrer ses efforts après que son armée eut été repoussée par la résistance ukrainienne dans le nord, d’où elle s’est récemment retirée. Les autorités ukrainiennes ont prévenu à plusieurs reprises dans les derniers jours qu’une offensive majeure est imminente dans le Donbass.

L’armée russe entre à Kreminna

Les troupes russes sont par ailleurs entrées lundi dans la ville de Kreminna, dans l’est de l’Ukraine, selon les autorités locales.

Il y a eu une importante attaque dans la nuit de dimanche à lundi à Kreminna, a déclaré le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, sur sa page Facebook.

L’armée russe y est déjà entrée, avec une énorme quantité de matériel de guerre […]. Nos défenseurs se sont repliés sur de nouvelles positions, a-t-il ajouté.

Kreminna, qui compte environ 18 000 habitants, se trouve à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kramatorsk, la capitale ukrainienne du Donbass et l’une des cibles de Moscou dans cette région.

La ville est aussi voisine de celle de Roubijné, qui était sous le feu intense de l’artillerie et des mortiers ukrainiens, ont constaté lundi des journalistes de l’Agence France-PresseAFP.

Le 13 avril, le chef des séparatistes prorusses de Lougansk, Léonid Passetchnik, avait indiqué que les Ukrainiens contrôlaient encore une partie de la ville de Roubijné.

Dès que nous aurons libéré [toute la région], nous prendrons une décision pour fournir une aide éventuelle à nos frères de Donetsk et éventuellement à la Russie, avait-il ajouté.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé dimanche soir la Russie de vouloir détruire toute la région orientale du Donbass et de se préparer à une offensive dans l’est du pays.

Pas de corridors humanitaires, y compris à Marioupol

Pour aujourd’hui, le 18 avril, il n’y aura malheureusement pas de couloirs humanitaires, a indiqué sur Telegram la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk.

Selon Mme Verechtchouk, les négociations avec l’armée russe sont longues et complexes, notamment pour la ville dévastée de Marioupol, en grande partie sous contrôle de Moscou, et d’autres localités où se déroulent des combats.

« Les occupants russes ne cessent de bloquer et de bombarder les routes humanitaires. Par conséquent, pour des raisons de sécurité, il a été décidé de ne pas ouvrir de couloirs. »— Une citation de  Iryna Verechtchouk, vice-première ministre de l’Ukraine

À Marioupol, les derniers défenseurs ukrainiens tiennent toujours des secteurs de la ville et ont refusé l’ultimatum lancé par les Russes qui expirait dimanche à la mi-journée.

Aucun bilan global récent des victimes n’est disponible, mais il est à l’évidence très lourd. Rien qu’à Marioupol, Kiev évoque 20 000 morts. Selon le directeur du Programme alimentaire mondial, David Beasley, plus de 100 000 personnes y sont au bord de la famine, manquant également d’eau et de sources de chauffage.Des rangées de tombes où sont posées des fleurs.

De nouvelles tombes ont été creusées à Irpin, en banlieue de Kiev, pour enterrer les dépouilles des personnes tuées depuis le début de l’invasion russe, le 24 février. Photo: Reuters/Zohra Bensemra

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Les livraisons d’armes occidentales feront-elles pencher la balance en Ukraine?

mars 25, 2022

L’arsenal de missiles antichars occidentaux livré aux Ukrainiens permet de détruire des blindés. Des soldats ukrainiens tirent ici un Javelin de fabrication américaine lors d’un exercice, en décembre dernier. Photo : AP

Depuis un mois, les forces terrestres russes se butent à une résistance acharnée des Ukrainiens sur le champ de bataille où les missiles portatifs occidentaux comme le Javelin, le NLAW ou le Stinger infligent de lourds dégâts à leurs colonnes de blindés et à leurs hélicoptères de combat.

Mais en dépit de ce succès incontestable contre le fer de lance des forces d’invasion russes, ces armes légères peuvent-elles vraiment changer la donne durablement en Ukraine?

La question ne laisse aucun doute dans mon esprit. Oui, ces armes-là ont un effet important, estime Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.

Il est clair, poursuit-il, que l’état-major russe a largement sous-estimé le potentiel que les Ukrainiens allaient tirer de ces missiles sur le terrain.

Fabriqués par Lockheed Martin, Raytheon et SAAB, ces petits missiles, dont le prix varie de 30 000 $ à 80 000 $ pièce, se transportent en bandoulière et permettent à un soldat, seul, de détruire à peu près n’importe quel véhicule blindé, bâtiment ou position ennemie jusqu’à une distance de 2 à 3,5 kilomètres, selon le modèle.

Même les récents chars russes T90, dotés des blindages les plus sophistiqués, n’y résistent pas.

Au début de mars, le département américain de la Défense estimait que la Russie perdait en moyenne une cinquantaine de véhicules par jour en Ukraine.

La puissance de feu que confèrent les armes antichars occidentales et l’agilité des unités ukrainiennes semblent avoir pris les forces russes par surprise. Photo: AFP via Getty Images/Anatolii Stepanov

Auparavant, détruire un char de combat moderne nécessitait la forte puissance de feu qu’apportent les canons, les bombardements aériens ou encore les mines terrestres. Les soldats au sol n’avaient que peu de chances de détruire un char d’assaut sauf, peut-être, lors d’embuscades en combat rapproché. Et encore, les risques étaient très importants pour ceux qui se lançaient dans une telle entreprise.

Au fil de leur évolution technologique, les armes antichars occidentales sont devenues de plus en plus précises et faciles à transporter.

Si, au début des années 2000, il fallait en général trois hommes pour tirer un missile antichar TOW sur le champ de bataille, un soldat suffit aujourd’hui pour lancer un Javelin ou un NLAW et obtenir le même résultat.

Dans un bilan publié mercredi, l’état-major ukrainien affirme avoir détruit 517 chars d’assaut, 1578 blindés, 267 pièces d’artillerie et une cinquantaine de lanceurs de missiles antiaériens. Depuis le début de l’invasion, Moscou n’a reconnu de son côté que la perte de 1351 soldats et 3825 blessés. Selon les dernières estimations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, entre 30 000 et 40 000 soldats russes ne seraient plus en état de combattre. Des données à traiter avec prudence, bien entendu.

Mobiles, discrètes et précises

Tout le succès de ces armes intelligentes, livrées par milliers en Ukraine, repose sur le fait qu’elles touchent leur cible à la verticale, frappant le dessus des véhicules, là où leur blindage est le plus faible.

Une fois la cible verrouillée et le tir effectué, le missile de type autonome après tir (fire and forget) trouve lui-même son chemin jusqu’au blindé sans que l’opérateur ait à rester sur place pour le guider, au risque de devenir une cible à son tour.

Une unité de soldats munie de missiles antichars NLAW en déploiement près de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Photo: AP/Pavlo Palamarchuk

Avec de telles armes, il est désormais possible pour une petite unité de combattants à pied de détruire des mastodontes blindés de plusieurs millions de dollars sans trop s’exposer à leur tir meurtrier.

Faciles à cacher et à transporter dans des coffres de voitures, ces lance-missiles d’à peine 1,2 mètre de longueur peuvent aussi être utilisés depuis l’intérieur d’un bâtiment, ce qui les rend redoutables dans les combats urbains.

Les images relayées sur les réseaux sociaux et les télévisions occidentales qui montrent la destruction de chars et de blindés russes lors d’embuscades ukrainiennes parlent d’elles-mêmes.

Je pense que ça constitue vraiment un game changer, insiste Charles-Philippe David. La preuve est dans le résultat. Les Russes n’ont pas conquis de villes, outre Marioupol [qui résiste encore], et peut-être Kherson et quelques autres dans le sud.

Outre les Javelin, les drones Bayraktar TB2 fournis à l’Ukraine par la Turquie – de petits engins volants commandés à distance, dotés de caméras et de missiles – causent aussi beaucoup de maux de tête aux forces mécanisées russes, pourtant cinq fois supérieures à celles des Ukrainiens.

Ces drones ont connu un tel succès que Vladimir Poutine en a même commandé à la Chine, ironise Charles-Philippe David.

La Turquie, qui est membre de l’OTAN, a livré en 2019 aux Ukrainiens plusieurs exemplaires de ses drones de combat Bayraktar TB2 qui se sont particulièrement illustrés contre les colonnes de blindés russes. Photo : The AP

Pas assez pour gagner la guerre

Moins catégorique que son collègue, le major canadien à la retraite Michael Boire, professeur adjoint au Collège militaire royal du Canada à Kingston, reconnaît l’apport indéniable de ces missiles, mais il n’est pas certain que les conditions soient réunies sur le terrain pour qu’ils changent définitivement la donne face à une invasion aussi puissante et coordonnée.

On ne peut pas se contenter de dire : « Ces armes vont arriver, elles seront déployées par les Ukrainiens et il y aura aussitôt des effets positifs. » Les Ukrainiens peuvent créer des conditions très difficiles pour les Russes, poursuit-il, et on espère que ça arrivera, mais il y a beaucoup de conditions à remplir.

Et il n’est pas sûr que ce soit le cas pour l’instant, selon les informations accessibles.

Malgré ce qu’on peut entendre et voir à la télévision, les Russes, jusqu’à maintenant, n’ont pas arrêté. Ils ont été stoppés à plusieurs reprises, mais ils sont toujours en mouvement, soutient Michael Boire.

Selon l’ancien officier qui a servi plusieurs années au quartier général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, où il étudiait la stratégie militaire russe, les cargaisons de Javelin, de NLAW et de Stinger doivent pouvoir continuer à se rendre jusqu’aux champs de bataille.

Or, cela est de moins en moins évident, dans la mesure où les Russes bombardent les lignes d’approvisionnement ukrainiennes près des frontières roumaines et polonaises.

De plus, une fois livrées, les armes doivent être protégées et distribuées aux unités de combat dans tout le pays, surtout aux endroits où elles joueront un rôle déterminant, ce qui n’est pas gagné d’avance quand les lignes de communication sont coupées et les villes assiégées. Ça demande de la logistique et de l’information terrain.

Une autre condition à remplir, précise Michael Boire, est la formation des soldats appelés à utiliser ces armes. En effet, dans la mesure où les forces ukrainiennes sont composées d’une part importante de réservistes et de volontaires, il faut leur apprendre à les manier, et à le faire de concert avec l’artillerie et le reste des forces ukrainiennes.

L’ex-officier émet également des réserves quant à l’efficacité réelle de ces armes de haute technologie en situation de combat, avec tout le stress et les imprévus que cela implique.Des soldats apprennent à un volontaire ukrainien comment utiliser un lance-missile NLAW.

Malgré la simplicité et l’efficacité de ces armes, leur maniement doit être appris aux combattants pour qu’elles soient pleinement efficaces sur le champ de bataille. Photo: AP/Efrem Lukatsky

« Quand on parle de 85 % ou 90 % d’efficacité, on parle d’un soldat qui tire un missile sur une cible qui ne se déplace pas dans une ambiance où il peut se concentrer sur son tir. »— Une citation de  Michael Boire, professeur adjoint au Collège militaire royal du Canada à Kingston

Il en va autrement lorsqu’on est sous le feu de l’ennemi sur un champ de bataille où les cibles sont en mouvement, souligne-t-il. En tant que chef, si mes missiles frappaient une fois sur deux, je serais content.

Et les Russes vont s’adapter… Face à ce problème, ils vont commencer à faire des tirs spéculatifs pour trouver les missiles en engageant les meilleures positions de tir. Sans compter le nettoyage des sites de tir ukrainiens les plus probables avec des barrages d’artillerie.

Mais Charles-Philippe David n’en démord pas : l’aide militaire occidentale et la combativité des Ukrainiens, déterminés à défendre leur pays coûte que coûte, ont profondément ébranlé la confiance et les plans de l’état-major russe.

C’est vraiment une défaite pour Poutine, avance-t-il, dans l’optique où le Kremlin croyait prendre le contrôle de l’Ukraine probablement en moins d’une semaine. Ce qui constitue d’autant plus une erreur, selon lui, que Moscou savait qu’il devrait affronter ce type d’armes occidentales sur le terrain.

Les Javelin, les NLAW et autres missiles du genre ne sont pas une nouveauté pour les Ukrainiens, rappelle-t-il. Kiev s’était déjà dotée de stocks de missiles antichars modernes et de drones turcs après l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014.

Plusieurs pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, dont le Canada, ont également fourni des instructeurs militaires à l’Ukraine pendant près de huit ans pour leur apprendre à utiliser ces armes, rappelle le fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les Russes ont agi en amateurs en envahissant l’Ukraine, analyse Charles-Philippe David.

C’est bizarre à dire, Poutine va tuer énormément de civils, mais il va peut-être perdre plus de soldats que l’Ukraine perd de civils, souligne le chercheur. Pour l’instant, on n’a pas de chiffres exacts et on ne peut pas vérifier. On parle de presque 10 000 soldats russes qui auraient peut-être péri jusqu’ici.

Le défi des grandes villes

Les bombes et les missiles pleuvent sur les grandes villes ukrainiennes depuis le tout début de l’invasion russe. Photo : (Mstylav Chernov/The AP)

S’il est un point sur lequel les deux experts se rejoignent, c’est sur l’efficacité redoutable qu’auront ces missiles portatifs contre les Russes dans les grandes villes, en raison du coût élevé en hommes et en matériel que représente une telle campagne pour l’armée russe.

Ces missiles antichars peuvent être super efficaces dans une agglomération urbaine, assure le major Boire, qui souligne que, depuis la Tchétchénie, les forces russes ont renoncé aux combats urbains à la faveur d’une stratégie de siège et de bombardements à distance.

Pourquoi perdre des soldats inutilement quand on peut prendre des semaines pour bombarder et assiéger les villes sans menace aérienne? souligne le major à la retraite.

Kiev, les Russes ne vont pas la conquérir. Ils vont peut-être la détruire, mais ils ne vont pas la conquérir, renchérit Charles-Philippe David.

Ils n’ont pas assez de troupes, ils n’ont pas assez d’équipement et ils n’ont pas la maîtrise complète du ciel, poursuit-il, rappelant qu’après un mois de bataille, aucun grand centre urbain d’Ukraine n’est encore sous contrôle russe.

Depuis des jours maintenant, les troupes russes assiègent et bombardent Marioupol, dans le sud de l’Ukraine, sans toutefois en détenir le contrôle. Photo : AP/Evgeniy Malolekta

Tout ce qui reste à Vladimir Poutine, c’est de bombarder et tirer sur les civils jusqu’à ce qu’il y ait assez d’Ukrainiens qui soient morts pour que [le président] Zelensky plie. C’est ce qu’il a fait à Grozny, c’est ce qu’il a fait à Alep [en Syrie]. Pourquoi penser que ce serait différent cette fois? Allez demander aux Syriens qui vivaient à Alep comment ils voient leur ville. C’est pareil aux photos qui nous viennent de Marioupol.

Le Canada, qui est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, a annoncé récemment l’envoi en Ukraine de 4500 roquettes antichars M72 LAW ainsi que d’une centaine de canons antichars sans recul Carl Gutav M2 et de 2000 projectiles de 84 millimètres pour les alimenter. Le tout provient de l’arsenal des Forces canadiennes. Malgré leur efficacité démontrée, ces armes accusent un certain retard face aux nouvelles générations de véhicules blindés.

Le problème du ciel demeure entier

La Pologne a proposé de céder sa flotte de chasseurs Mig-29 aux pilotes ukrainiens qui sont formés pour combattre dans ce type d’appareil. Photo: Reuters/Peters Andrews

En dépit de l’efficacité démontrée des armes légères livrées par l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN et de la ténacité avérée des combattants ukrainiens depuis un mois maintenant, les villes ukrainiennes ne pourront tenir longtemps encore sous les bombes et les missiles de croisière russes sans une défense aérienne adéquate.

Conscient de cet état de fait depuis le premier jour de l’invasion, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de réclamer à ses alliés une zone d’exclusion aérienne que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN n’ose pas instaurer, de peur d’aggraver ce conflit avec la première puissance nucléaire du monde.

Une position qui irrite de plus en plus d’observateurs pour qui un affrontement avec la Russie deviendrait de toute façon inévitable si le conflit s’enlisait et, surtout, si Vladimir Poutine décidait de recourir à des armes non conventionnelles (chimiques ou nucléaires) pour avoir le dernier mot en Ukraine.

Comment, en effet, protéger le ciel des villes ukrainiennes sans y déployer des armes plus lourdes ou des forces aériennes que seule l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN pourrait fournir, sans entrer automatiquement en guerre contre la Russie? Cette question, tous les membres de l’Alliance atlantique se la posent. Et certains, voisins de l’Ukraine, sont déjà prêts à en faire plus.

Après la Pologne qui a récemment essuyé un refus catégorique de Washington d’offrir sa flotte de 27 chasseurs Mig-29 à l’Ukraine, la Slovaquie a proposé le 17 mars dernier de fournir des missiles antiaériens S300 à l’Ukraine. De conception russe, ces systèmes de missiles lourds peuvent abattre des cibles en vol jusqu’à une distance de 120 kilomètres.

Le déploiement de telles armes autour des grandes villes d’Ukraine – que les soldats ukrainiens connaissent bien – serait en effet efficace, croit Charles-Philippe David. Mais il en faudrait, selon lui, beaucoup, et le gros problème serait bien entendu d’acheminer ces volumineux systèmes sur le terrain sans que les Russes les détruisent.

La Slovaquie s’est récemment dite prête à fournir aux Ukrainiens ses missiles S300 pour les aider à se défendre contre les missiles de croisière et les bombardiers russes. Photo: AFP via Getty Images/AFP

Pour le major à la retraite Michael Boire, on marcherait carrément sur la ligne rouge tracée par les Russes si l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN devait entreprendre de déployer de telles batteries antiaériennes en Ukraine.

C’est un casus belli [un acte de nature à motiver une déclaration de guerre]. C’est une autre version de la zone d’exclusion aérienne. Les Russes ne l’accepteront pas.

Réunis jeudi à Bruxelles, en Belgique, les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord semblent arriver aux mêmes conclusions.

L’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN garde ses distances

Se disant déterminée à tout faire ce qu’elle peut pour aider l’Ukraine, l’Alliance atlantique a répété qu’elle veillera à éviter toute escalade susceptible d’entraîner les alliés dans une guerre totale contre la Russie.

L’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN s’engage, au mieux, pour l’instant, à continuer de fournir des armes antichars, des systèmes de défense antiaériens, des drones et de l’aide humanitaire.

Traçant à son tour une ligne rouge, le président des États-Unis, Joe Biden, a cependant clairement prévenu que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN répliquerait si la Russie s’avisait de recourir à des armes chimiques en Ukraine.

Tous ces palabres et ces mises en garde de dernière minute pour défendre l’Ukraine arrivent bien tard, déplorent en conclusion Charles-Philippe David et Michael Boire. D’autant plus, souligne ce dernier, que la stratégie de sécurité nationale de la Russie sur la question ukrainienne était bien connue de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN et accessible depuis au moins cinq ans sur Internet.

C’est à cette époque qu’il fallait selon lui déployer de réelles mesures dissuasives en Ukraine.

Que tout cet imbroglio soit aujourd’hui une surprise, ça m’échappe, conclut-il, dubitatif.

Avec Radio-Canada par Stéphane Bordeleau

La Russie reconnaît avoir détruit un satellite avec un missile

novembre 16, 2021

Les Etats-Unis avaient accusé lundi la Russie d’avoir mené un tir de missile antisatellite « dangereux et irresponsable ». Les astronautes de l’ISS se sont préparés à une éventuelle évacuation d’urgence.

La Station spatiale internationale, le 4 octobre 2018.
La Station spatiale internationale, le 4 octobre 2018. HANDOUT / REUTERS

La Russie a reconnu, mardi 16 novembre, avoir effectué un tir d’essai contre l’un de ses vieux satellites en orbite, confirmant des accusations portées plus tôt par Washington. « Le 15 novembre, le ministère russe de la défense a mené avec succès un test à l’issue duquel l’engin spatial Tselina-D, en orbite depuis 1982 et inactif, a été détruit », a écrit l’armée russe dans un communiqué.

Les Etats-Unis avaient accusé lundi la Russie d’avoir mené un tir de missile antisatellite « dangereux et irresponsable » dans une démonstration de force ayant eu pour conséquence directe de menacer la sécurité des astronautes à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

« La Russie a conduit de façon irresponsable un test destructeur de missile antisatellite à ascension directe à l’encontre de l’un de ses propres satellites », avait déclaré le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, dans un communiqué.

« Ce test a jusqu’ici généré plus de 1 500 débris orbitaux traçables, et va probablement générer des centaines de milliers de morceaux plus petits de débris orbitaux. »

Les astronautes préparés à une éventuelle évacuation d’urgence

La Station spatiale passe « à travers ou près du nuage [de débris] toutes les quatre-vingt-dix minutes », avait précisé la NASA dans un communiqué.

Lors des deuxième et troisième passages – entre environ 8 heures du matin (heure de Paris) et 10 heures –, les sept personnes actuellement à bord de l’ISS se sont réfugiées dans leurs vaisseaux amarrés à la station, afin de se préparer à une éventuelle évacuation d’urgence. Il s’agit de quatre astronautes américains, un Allemand et deux cosmonautes russes. Cette mesure a été prise spécifiquement lors de ces passages sur la base d’une évaluation des risques par la NASA.

« Je suis scandalisé par cette action irresponsable et déstabilisatrice, a déclaré dans un communiqué le patron de l’agence spatiale américaine, Bill Nelson. Il est impensable que la Russie mette en danger non seulement les astronautes américains et des partenaires internationaux dans l’ISS, mais aussi ses propres cosmonautes. »

De nombreuses écoutilles restent actuellement fermées entre différents modules par mesure de précaution (mais pas entre le segment russe et américain).

Les astronautes hors de danger, selon Moscou

« Les débris créés par ce test dangereux et irresponsable menaceront désormais pour les décennies à venir les satellites et autres objets spatiaux vitaux pour la sécurité, l’économie, et les intérêts scientifiques d’autres nations », a accusé Antony Blinken. Il a promis que les Etats-Unis allaient « travailler avec [leurs] alliés et partenaires pour chercher à répondre à cet acte irresponsable ».

A quoi le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a rétorqué mardi : « Déclarer que la Fédération de Russie crée des risques pour l’exploitation à des fins civiles de l’espace est pour le moins hypocrite. Il n’y a aucun fait en ce sens. »

Lundi, l’agence spatiale russe Roscosmos avait déclaré que les astronautes à bord de l’ISS étaient hors de danger, sans faire mention d’un test de missile. « L’orbite de l’objet, qui a forcé l’équipage aujourd’hui à se rendre dans le vaisseau selon les procédures standards, s’est éloignée de l’orbite de l’ISS », avait tweeté Roscosmos. « Les amis, tout est en ordre chez nous. On continue le travail selon notre programme », avait tweeté le cosmonaute russe Anton Shkaplerov. Mardi, dans un communiqué, l’agence spatiale russe a ajouté que « la sécurité de l’équipage » de l’ISS était sa « priorité principale ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a dénoncé mardi, à Bruxelles, un « acte irresponsable ». Pour lui, cette destruction est une « source d’inquiétude » car « elle démontre que la Russie développe de nouveaux systèmes d’armement qui peuvent détruire des satellites ainsi que des capacités spatiales utilisées pour des infrastructures de base sur Terre, comme des communications, la navigation ou des systèmes d’alerte de tir de missile ».

Le Pentagone a déclaré travailler « activement pour caractériser le champ de débris ». Il s’agit notamment d’identifier la trajectoire de chacun des objets, afin d’identifier les menaces de collision potentielles. « Nous regardons de près le type de moyens que la Russie semble vouloir développer », a ajouté John Kirby, le porte-parole du Pentagone, précisant que Moscou n’avait pas prévenu Washington à l’avance.

Appels à une plus grande régulation

Des tirs antisatellites ont déjà été menés par seulement quatre nations (Etats-Unis, Chine, Inde et Russie). Ils sont très critiqués à cause des nombreux débris générés, qui deviennent de dangereux projectiles. Ils peuvent alors notamment heurter les milliers d’autres satellites en orbite, sur lesquels les pays comptent pour de très nombreuses activités, par exemple de communication ou encore de localisation. Pouvoir détruire des satellites d’autres pays peut donc se révéler un atout militaire stratégique.

« Des événements de débris causés par des tests antisatellites n’arrivent pas souvent, le dernier était un test indien » en mars 2019, a rappelé l’astronome Jonathan McDowell, interrogé par l’Agence France-Presse. Selon lui, en déduisant les trajectoires de l’ISS et des objets connus, le satellite visé par la Russie pourrait être un satellite nommé Cosmos-1408, qui n’est plus actif depuis les années 1980. « Le détruire n’était absolument pas nécessaire, a jugé le spécialiste. Il s’agit purement d’un test militaire. »

« Nous avons déjà beaucoup trop de débris là-haut pour délibérément en générer d’autres, c’est inexcusable », a-t-il ajouté. Selon lui, certains débris provoqués par ce test se désintégreront en entrant dans l’atmosphère « dans les mois qui viennent », mais d’autres pourraient rester en orbite jusqu’à pendant dix ans.

De nombreux experts réclament une plus grande régulation face à ces risques. « Nous appelons toutes les nations spatiales responsables à nous rejoindre dans nos efforts pour développer des normes de comportement responsables », a appuyé lundi Antony Blinken.

Par Le Monde avec AFP