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[Série]-Afrique-Sauve qui peut : quand les hommes de pouvoir prennent leurs jambes à leur cou !

novembre 29, 2021
« Jeune Afrique » © JA

Bozizé et Patassé, Mobutu, Bédié, Amadou Toumani Touré, Mnangagwa, Atangana Kouna… Tous ces hommes qui ont un jour été puissants, et qui parfois le sont redevenus, ont un point commun : ils ont été contraints de quitter leur pays. Toute la semaine, « Jeune Afrique » vous fait le récit de ces fuite inattendues, et parfois rocambolesques.

Il y a quelque chose de fascinant dans la fragilité du pouvoir. Un jour, on est tout-puissant et le lendemain, on n’est plus rien. Il faut fuir pour sa vie ou pour sa liberté. Le téléphone ne sonne plus, les privilèges se réduisent à peau de chagrin, parfois même on s’ennuie.

À quoi cela tient-il ? Quand des erreurs ont-elles été commises ? À quel moment le rapport de force s’est-il inversé ? Ce sont quelques-unes de ces histoires que Jeune Afrique a décidé de vous raconter tout au long de cette semaine.

Il y a ce jour de 2012 où le président malien Amadou Toumani Touré n’a eu d’autre choix que de dévaler à pied, le genou douloureux, la colline de Koulouba pour échapper aux putschistes qui tiraient sur le palais présidentiel. Preuve, s’il en fallait, que quand il s’agit de sauver sa peau, beaucoup sont prêts à tout et rivalisent d’ingéniosité.

EN 2017, EMMERSON MNANGAGWA REDEVIENT LE JEUNE MAQUISARD QU’IL FUT, MARCHANT ET RAMPANT DANS LES MARAIS

En témoigne l’histoire du Centrafricain Ange-Félix Patassé qui, en 1982, n’hésite pas à enfiler un boubou pour échapper aux hommes de Kolingba, tandis que son complice, François Bozizé, trouve son salut dans un faux plafond. En 2017, Emmerson Mnangagwa, exclu du pouvoir par Robert (et Grace !) Mugabe, redevient le jeune maquisard qu’il fut, marchant et rampant dans les marais pour parvenir à quitter le Zimbabwe. Quant à l’ancien ministre camerounais Basile Atangana Kouna, il fut contraint de fuir en voiture, nuitamment et par la route, pour être finalement rattrapé dans un hôtel au Nigeria. Il croupit depuis en prison.

Symbole

Il y a aussi ces présidents, le Congolais Mobutu Sese Seko en berline, l’Ivoirien Henri Konan Bédié en hélicoptère, devenus aveugles aux signaux et sourds aux alertes, qui durent quitter leur pays en riches et vilipendés fuyards.

Cette série ne prétend absolument pas à l’exhaustivité. Nous aurions pu faire le récit de la fuite en pirogue de l’Ivoirien Guillaume Soro travesti lors du coup d’État manqué de 2002, de celle du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, en 2011, ou plus récemment, en juin dernier, de celle du conseiller de Joseph Kabila, Kikaya Bin Karubi, qui se cacha dans un bateau et puis dans un avion pour quitter la RDC.

Mais les récits que nous vous livrerons chaque jour de la semaine ont sans doute valeur de symbole – et peut-être de morale. Certains de nos fugitifs ont mis des années à revenir au pays, d’autres y sont devenus plus puissants encore que quand ils en étaient parti

Avec Jeune Afrique

RDC : le 16 mai 1997, jour de la chute de Mobutu

mai 16, 2017

Le maréchal-président du Congo-Zaïre Joseph-Désiré Mobutu, en juin 1983, à Lubumbashi. © Pascal Maitre pour J.A.

Alors que Laurent-Désiré Kabila est aux portes de Kinshasa, Mobutu Sese seko s’enfuit vers Gbadolite, puis vers le Togo et le Maroc. Le 16 mai 1997 marque le début de la fin du Léopard, qui mourra moins de quatre mois plus tard.

Kinshasa se réveille la peur au ventre. Chacun se demande si l’épilogue de la guerre éclair menée par Laurent-Désiré Kabila, soutenu par ses parrains rwandais et ougandais, est pour bientôt. Certains espèrent que les Forces armées zaïroises (FAZ) relèveront la tête pour défendre la capitale. Les rebelles sont déjà à Kenge, à quelques kilomètres. Mais la bataille de Kinshasa n’aura pas lieu. Sur recommandations américaines, les hommes de Kabila n’entreront dans la ville qu’après le départ de Mobutu Sese Seko. Ce matin du 16 mai 1997, une longue escorte quitte le camp Tshatshi, la résidence officielle du président Mobutu, et se dirige à vive allure vers l’aéroport de Ndjili.

 

Quelques minutes plus tard, le Léopard embarque dans un avion à destination de ses terres de Gbadolite, dans la province de l’Équateur (Nord-Ouest), aux confins de la frontière avec la République centrafricaine. Une tragédie se dénoue. Mais Gbadolite ne sera qu’une étape. Le lendemain, Mobutu Sese Seko, sous la pression des événements, est contraint de prendre un autre vol pour Lomé. À l’aéroport de Moanda, près de Gbadolite, des soldats désespérés tirent sur l’appareil, sans pouvoir l’endommager. Le même jour, en fin d’après-midi, les rebelles prennent Kinshasa. Le 7 septembre 1997, l’ex-président s’éteint à Rabat, au Maroc. Il était arrivé au pouvoir en novembre 1965.

Règne sans partage ?

En réalité, Mobutu n’était plus le « maître du Zaïre » depuis ce jour d’avril 1990 où il avait annoncé, la larme à l’oeil, la voix brisée par l’émotion, la fin du parti-État, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), à la manière d’un père qui abandonne son enfant.

On a dit et écrit, un peu trop facilement, que « l’Homme seul » (ainsi l’avait surnommé, au tout début des années 1960, un de ses amis, le journaliste belge Francis Monheim) avait régné sans partage. Mobutu Sese Seko fut un homme à poigne. C’est incontestable. Mais en réalité, il n’était plus le « maître du Zaïre » depuis ce jour d’avril 1990 où il avait annoncé, la larme à l’oeil, la voix brisée par l’émotion, la fin du parti-État, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), à la manière d’un père qui abandonne son enfant. Dès lors, les rangs se fissurent, des proches collaborateurs de longue date s’émancipent et basculent dans l’opposition. Les temps sont durs, tellement durs que, pendant les travaux de la Conférence nationale souveraine, le Léopard est vilipendé. Touché dans son amour-propre, il quitte Kinshasa, le centre du pouvoir, et s’exile à Gbadolite. Erreur fatale, sans doute, car il ne contrôlera plus rien, en réalité. Tout le reste, six ou sept années durant, ne sera plus que gesticulations, manoeuvres dilatoires, querelles byzantines face à une opposition faussement radicale et ivre de mots. Mobutu, miné par un cancer de la prostate, n’était plus Mobutu, la bête politique. On le verra sur des images restées célèbres lorsqu’un notable de Gbadolite le supplie de regagner Kinshasa afin de « reprendre le pouvoir ». En vain.

La chute de Mobutu, après une guerre venue de l’extérieur, a traumatisé son camp. « Vaincus militairement, la peur nous a gagnés. Nous avons alors choisi de nous taire pour éviter les représailles. Seule la vérité des vainqueurs comptait », résume un ancien vice-président du MPR sous le couvert de l’anonymat. Un autre ancien du MPR, Louis Koyagialo Ngbase te Gerengbo, qui fut gouverneur du Shaba (l’actuel Katanga) sous Mobutu et tout récemment vice-Premier ministre du gouvernement Muzito et Premier ministre intérimaire (entre mars et avril derniers), désormais dans la majorité présidentielle, n’en pense pas moins. Pour lui, « le maréchal Mobutu a été diabolisé dans l’opinion. Il était difficile de se réclamer de son héritage et d’en tirer des dividendes politiques ». Détail important, après la perte de son statut de parti-État, le MPR n’avait plus les moyens financiers nécessaires à un rebondissement.

Cendres

Grâce à la normalisation politique qui va conduire au dialogue intercongolais en Afrique du Sud, le MPR tente de renaître de ses cendres à partir du début des années 2000. Mais la guerre des chefs va faire rage entre deux fidèles, Catherine Nzuzi wa Mbombo – ancienne vice-présidente du MPR et candidate à l’élection présidentielle de 2006 – et Félix Vunduawe te Pemako – vice-Premier ministre, ministre, directeur de cabinet de Mobutu, avant d’être élu député en 2006. Le parti se divise en deux tendances : le MPR-Fait privé, créé en 1991 après la disparition du parti-État, que revendique Nzuzi wa Mbombo, et le MPR « canal historique » du côté de Vunduawe. « Cette dualité entretenue par le pouvoir en place n’a pas permis l’émergence du MPR dans la nouvelle configuration politique et a déshonoré la mémoire du maréchal Mobutu », déplore Vunduawe te Pemako.

On aurait pu croire que Nzanga Mobutu, en créant avec ses amis l’Union des démocrates mobutistes (Udemo), se poserait en héritier politique de son père. Paradoxalement, il a toujours affirmé que son géniteur appartenait au siècle passé et que lui est un homme de ce siècle. À moins que la vérité ne se trouve du côté de cet observateur qui affirme : « Les gens s’attachent plus aux individus eux-mêmes qu’à ceux qui prétendent les représenter. » Et de rappeler que les enfants de Patrice Lumumba (dont l’une fut ministre de Laurent-Désiré Kabila), de Joseph Kasa-Vubu (dont deux filles étaient candidates à la présidentielle de 2006) et de Moïse Tshombe (une de ses filles est conseillère à la Francophonie de Joseph Kabila) n’ont jamais réussi en politique.

Du temps de sa splendeur, il rassurait et incarnait l’idéal de grandeur.

Dignité

Le mobutisme en tant que vision du monde est-il mort pour autant ? « Non », répond André-Alain Atundu Liongo, président de la Convention pour la République et la démocratie (CRD, majorité présidentielle), qui fut chef des services de renseignements sous Mobutu. Selon lui, « le mobutisme a survécu à travers les idées d’intégrité du territoire national, de cohésion nationale, de dignité face à l’adversité. Bref, c’est l’esprit de la nation qu’on retrouve dans tous les partis aujourd’hui. Les gens se réfèrent désormais au mobutisme sans complexe ».

Il n’empêche, l’oeuvre de Mobutu est diversement appréciée. Ses plus farouches détracteurs l’accusent d’être resté trop longtemps au pouvoir, de n’avoir rien construit, d’avoir pillé et ruiné le pays. Cet état d’esprit transparaît à travers une anecdote que raconte un ancien ministre des Affaires étrangères du régime actuel. « Un jour, je recevais au ministère Nkosazana Dlamini-Zuma, alors chef de la diplomatie sud-africaine. Elle a estimé que le bâtiment était beau et cherché à savoir à quand remontait sa construction. Je lui ai répondu qu’il datait de l’époque de Mobutu. Elle s’est alors exclamée : « Ce n’est pas possible ! Vous avez pourtant toujours affirmé que ce monsieur n’avait rien construit. » »

Pour Vunduawe, tout ce qu’on dit sur Mobutu n’est pas juste. « Je constate avec regret que les gens ont l’habitude de juger le bilan du maréchal sur ses cinq dernières années, caractérisées par une forte crise consécutive à la fin de la guerre froide, clame-t-il. Le bilan global des trente-deux années de pouvoir montre qu’il a réalisé beaucoup de choses, notamment l’unité et la concorde nationales, la conscience et la fierté nationales, la paix, sans oublier la démocratie, qu’il nous a léguée. »

Croyance

Indulgence exagérée ? D’une manière générale, beaucoup de Congolais se montrent nostalgiques de l’ère Mobutu. C’était l’époque où le Zaïre était craint et respecté par tous ses voisins. « En ce temps-là, affirment-ils, nous vivions en paix et personne ne venait nous humilier chez nous. » La Gécamines était florissante et le Zaïre était le premier pays d’Afrique subsaharienne à participer à la Coupe du monde de football (en 1974). Il pouvait organiser le combat de boxe Ali-Foreman à Kinshasa, financer la construction de l’université de Nouakchott, payer les fonctionnaires de certains pays frères en difficulté, former les militaires des armées de quelques États africains. Ils se souviennent de leur musique qui faisait danser tout le continent et brillait par sa qualité.

« Aujourd’hui, nous sommes tombés très bas », se lamente un chauffeur kinois. Ils n’ont pas oublié le « grand chef » qui rassurait et incarnait l’idéal de grandeur, la fierté d’être soi-même, africain, dans la dignité. Les références, aujourd’hui, semblent provenir d’ailleurs. Mobutu Sese Seko demeure également l’artisan de l’unité nationale. « Les aspects positifs de son oeuvre politique demeurent. Tôt ou tard, ils seront sauvegardés », veut croire Vunduawe te Pemako. Le mobutisme a toujours été une forme de croyance.

 

Jeuneafrique.com par

Mobutu, Bédié, Ben Ali… Ces chefs d’État africains qui ont fui leurs palais

septembre 4, 2014

Mobutu Sese Seko (g), Henri Konan Bédié (c), et Zine el-Abidine Ben Ali (d).
Mobutu Sese Seko (g), Henri Konan Bédié (c), et Zine el-Abidine Ben Ali (d). © Montage Jeune Afrique

Délogés par des coups d’État, des rébellions ou des révolutions, de nombreux chefs d’État africains ont définitivement quitté leurs palais dans des conditions parfois rocambolesques. De Mobutu à Amadou Toumani Touré en passant par Ben Ali, voici quelques-uns des dirigeants « fuyards » les plus célèbres du continent.

Mobutu Sese Seko quittant Kinshasa à bord d’un imposant cortège de berlines, Henri Konan Bédié fonçant sur la lagune d’Abidjan à bord d’un zodiac, ou, plus récemment, Amadou Toumani Touré dévalant la colline de Koulouba à Bamako… Ces dernières années, plusieurs chefs d’État africains ont été contraints de quitter le pouvoir en catastrophe, poussés vers la sortie par des putschistes, des rebelles, ou encore leur propre peuple. Jeune Afrique vous propose de revenir sur l’histoire mouvementée de certains d’entre eux, sans aucune prétention d’exhaustivité.

Amadou Toumani Touré, Mali

Amadou Toumani Touré a été président du Mali de 2002 à 2012. © AFP

Il a quitté le pouvoir en courant. Ou plus précisément en dévalant la côte de Koulouba, l’une des collines dominant Bamako et sur laquelle est érigé le palais présidentiel malien. Le 21 mars 2012, un groupe d’officiers, excédés par l’inaction des autorités face à la rébellion touarègue dans le Nord, prend le siège de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) avant de foncer vers la présidence.

Au courant de mécontentements grandissants au sein de l’armée, Amadou Toumani Touré (ATT) est persuadé, jusqu’en fin d’après-midi, qu’il peut retourner les mutins et garder la main. Peu avant 18 heures, les assaillants attaquent le palais à coup de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes. Le président n’a plus le choix : il faut fuir. Accompagné de son aide de camp et de trois autres militaires, il évite l’unique route desservant Koulouba et descend la colline par l’ouest – parfois porté par ses guides, en raison d’un genou douloureux. Après avoir braqué une Mercedes plus discrète qu’un véhicule officiel, le petit groupe gagne finalement le camp de parachutistes de Djicoroni, fidèle au désormais ex-chef d’État.

François Bozizé, Centrafrique

François Bozizé a été président de la République centrafricaine de 2003 à 2013. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Le 22 mars 2013, quatre mois après le début de leur rébellion contre le régime de François Bozizé, deux colonnes de rebelles de la Séléka, fortes chacune d’environ deux mille hommes, fondent sur Bangui. Deux jours plus tard, à l’aube, elles pointent leurs canons sur le palais présidentiel de la Renaissance.

À 8 heures, alors que les tirs résonnent, le président Bozizé se résout à fuir les lieux. Trente minutes plus tard, sa garde rapproché rend les armes. Lui a pris la direction du camp de Roux tout proche, où est stationné son hélicoptère de commandement Dauphin. Avec son aide de camp et deux de ses fils, il s’envole vers l’ouest. L’équipage gagne Batouri, dans l’est du Cameroun, d’où le président déchu sera ensuite amené à Yaoundé.

Mobutu Sese Seko, RDC

Le maréchal Mobutu Sese Seko a dirigé l’ex-Zaïre (RDC) de 1965 à 1997. © Pascal Maitre pour Jeune Afrique

Comme d’autre avant lui, le Léopard a été contraint de fuire le pouvoir. En ce début de mois de mai 1997, les rebelles de Laurent-Désiré Kabila, soutenus par le Rwanda et l’Ouganda, sont aux portes de Kinshasa. Leur offensive a été fulgurante. En neuf mois, ils ont traversé le pays d’est en ouest, faisant tomber successivement Goma, Kisangani et Lubumbashi. Le 16 mai, les assaillants sont à Kenge, à une poignée de kilomètres de la capitale.

 

Retranché dans son palais, Mobutu tente de s’accrocher jusqu’au bout, convaincu qu’il peut mener un régime de transition. En début de matinée, une longue escorte finit par quitter le camp Tshatshi, sa résidence officielle, et se dirige à vive allure vers l’aéroport de Ndjili. Quelques minutes plus tard, le chef de l’État embarque dans un avion à destination de son bastion de Gbadolite, dans la province de l’Équateur (Nord-Ouest). Le lendemain, le 17 mai, le Léopard s’envole pour le Togo tandis que Laurent-Désiré Kabila et ses hommes entrent dans Kinshasa.

Mouammar Kadhafi, Libye

Mouammar Kadhafi a régné sur la Libye de 1969 à 2011. © Reuters

« Bab el-Aziziya n’était plus qu’un tas de décombres après avoir été la cible de 64 missiles de l’Otan (depuis le début du conflit) et nous nous en sommes retirés pour des raisons tactiques ». Le 23 août 2011, Mouammar Kadhafi apparaît à la télévision en pleine bataille de Tripoli. Oui, il a quitté sa forteresse retranchée désormais aux mains des rebelles, qu’il surnomme « les rats ». Non, il n’est pas mort et n’entend pas se rendre.

Alors que les combattants du Conseil national de transition (CNT) paradent dans les rues de la capitale, l’ex-« Guide » et son clan s’évanouissent dans la nature, fuyant la déferlante révolutionnaire. Leurs parcours reste flou, mais ils finissent par gagner Syrte, une de leur dernière place forte. C’est à la sortie de cette ville côtière que Kadhafi sera « cueilli », deux mois plus tard, par ses ennemis. Le 20 octobre, tentant de sortir de ce bastion assiégé, son convoi est stoppé un tir aérien des forces de l’Otan. Épaulé par ses gardes du corps, l’ancien dictateur se réfugie dans un tunnel avant d’être capturé par des révolutionnaires. Lynché, peut-être victime d’une exécution sommaire, Kadhafi est déclaré mort quelques heures plus tard à l’hôpital de Misrata.

Zine el-Abidine Ben Ali, Tunisie

Zine el-Abidine Ben Ali, président de la république tunisienne de 1987 à 2011. © Reuters

Cela fait près d’un mois qu’un air révolutionnaire flotte sur la Tunisie. Le 14 janvier 2011, la tension est à son comble. Des dizaines milliers de manifestants battent le pavé à Tunis, réclamant le départ de Ben Ali. Le « raïs » reste impassible : il ne veut pas quitter le pouvoir. Le général Ali Seriati, le chef de la garde présidentielle, ne cesse de fournir des informations alarmantes. Il finit par convaincre le président de partir, le temps de mater la révolte populaire et de lui préparer un retour triomphal.

Juste avant 15 heures, Ben Ali téléphone à son vieil ami Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud, le ministre saoudien de l’Intérieur, qui accepte de l’accueillir. Moins de deux heures plus tard, accompagné de son épouse Leïla Trabelsi, de leur fils Mohamed (6 ans), de leur fille Halima (18 ans) et de son fiancé, ainsi que de la gouvernante, il embarque dans le Boeing 737 présidentiel sur la base aérienne d’El-Aouina. À 17h45, l’avion décolle. Ben Ali s’installe rapidement dans le cockpit. Il ne le quittera à aucun moment, pour s’assurer que l’équipage fait bien route vers Djeddah, où ils atterriront vers 1h00 du matin heure locale.

Henri Konan Bédié, Côte d’Ivoire

Henri Konan Bédié, président ivoirien de 1993 à 1999. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Jeudi 23 décembre 1999, Abidjan. Alors que la ville se réveille pour entamer les derniers préparatifs de Noël, des coups de feu retentissent. Quelques heures plus tôt, un petit groupe de soldats de la caserne d’Akouédo a pris les armes pour réclamer le paiement de primes et d’arriérés de salaires. Informé de la mutinerie naissante, Henri Konan Bédié refuse toutefois d’annuler une visite dans son village de Daoukro.

En début d’après-midi, le président est rattrapé par la réalité. À Abidjan, les mutins ont pris la radio, la télévision, et ne semblent rencontrer aucune résistance. Bédié accepte de revenir dans la capitale. Dans la nuit, les soldats vont aller jusqu’à Kabacouma, dans l’ouest du pays, chercher leur homme : le général Robert Gueï. Lequel annonce le lendemain matin, vendredi 24 décembre, à la radio, la destitution du chef de l’État et la création d’un Comité national de salut public. Vers midi, Bédié comprend que la partie est jouée. Il quitte le palais pour la résidence de l’ambassadeur de France, via le célèbre tunnel construit entre les deux édifices. Avec quelques proches, dont son épouse, Henriette, il sera ensuite évacué par zodiac vers la base française de Port-Bouët, avant de gagner le Togo en hélicoptère.

Pascal Lissouba, Congo

Pascal Lissouba, président du Congo Brazzaville de 1992 à 1997. © AFP

Début juin 1997, le Congo sombre dans une guerre civile opposant les partisans de Denis Sassou Nguesso aux forces du président Pascal Lissouba. Cinq mois plus tard, à la mi-octobre, le pouvoir en place est chancelant. Le 10 octobre, les « Cobras » de Sassou lancent l’assaut final sur Brazzaville. De retour dans son palais après une tournée en Afrique australe, où il est allé chercher des soutiens de la dernière chance, le président Lissouba déclare, le 11, devant les caméras de CNN : « I am at home ».

S’en suivent trois jours de combats. Appuyé par des centaines de combattants angolais, le camp Sassou prend l’avantage. Le 14, à 3 heures du matin, un convoi de 4×4 exfiltre le président et ses derniers fidèles hors de la capitale. Destination : son fief de Dolisie, sa ville natale située à deux-cent kilomètres, d’où ils gagneront la frontière gabonaise dans la nuit du 17 au 18 octobre.

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Jeuneafrique.com par Benjamin Roger

RDC : Joseph Kabila promet de rapatrier la dépouille de Mobutu

octobre 23, 2013

La dépouille de l’ancien président congolais, Mobutu Sese Seko, mais aussi celle de l’ancien Premier ministre Moïse Tshombe, vont être rapatriées en RDC, a déclaré, mercredi, le président Joseph Kabila.

Lors de son discours devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès, mercredi 23 octobre, le chef de l’État, Joseph Kabila a annoncé que des dispositions allaient être prises « afin de procéder au rapatriement de la dépouille mortelle de l’ancien président [. . . ] Mobutu Sese Seko ».

La dépouille de l’ancien Premier ministre Moïse Tshombe sera également rapatriée.

Le rapatriement des sépultures de ces deux anciens dirigeants congolais faisait partie des recommandations adressées au début du mois au président Kabila par les « concertations nationales ».

>>> À lire aussi : La Nostalgie Mobutu

L’ex-président du Zaïre est décédé le 7 septembre 1997 à Rabat, au Maroc, où il a été inhumé. Cette mort en exil était l’épilogue d’une lente agonie. Joseph Mobutu avait pris le pouvoir en 1965, cinq ans après que le pays avait reçu son indépendance de la Belgique. Il s’y était maintenu jusqu’en 1997 en utilisant le pays, qu’il avait rebaptisé Zaïre, comme sa propriété personnelle.

Il en avait été chassé par Laurent-Désiré Kabila, dont la guérilla, qui vivotait depuis plusieurs décennies avait été remise en selle avec l’aide du Rwanda.

Moïse Tshombe, de son côté, avait été l’instigateur de la sécession du Katanga (riche province minière du Sud-Est de la RDC) à l’indépendance du pays en 1960.

Il avait connu un premier exil en 1963 après le rattachement de cette province au reste du pays mais avait pris la tête d’un bref gouvernement de coalition l’année suivante. Accusé de haute trahison par Mobutu, il est mort en Algérie en 1969.

Vers un maintien de Matata ?

Devant les deux chambres, Joseph Kabila a également annoncé la mise en place d’un « gouvernement d’union nationale ». « Ce gouvernement comprendra aussi bien des représentants de la majorité, que ceux de l’opposition et de la société civile », a ajouté le chef de l’État qui n’a en revanche pas précisé si l’actuel Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, serait maintenu.

Mais selon une source gouvernementale, ce dernier est assuré de rester à son poste et le remaniement doit permettre à certains poids lourds politiques de revenir aux affaires.

Jeuneafrique.com avec AFP

Commémoration en RDC des 16 ans de prise du pouvoir par le régime Kabila

mai 17, 2013

La République démocratique du Congo (RDC) a célébré vendredi le seizième anniversaire de la prise du pouvoir par le régime Kabila et la fin des 33 ans de règne sans partage du régime Mobutu.

Des cultes d’actions de grâce ont ainsi été organisés en cette journée fériée à travers le pays, notamment à la cathédrale du centenaire protestant de Kinshasa où se sont retrouvées les différentes autorités du pays.

Ils ont été l’occasion d’exalter la bravoure de Laurent-Désiré Kabila, « soldat du peuple », qui a mené en 1996 une rébellion partie de l’Est du pays pour chasser du pays le président Mobutu Sese Seko et prendre le pouvoir le 17 mai 1997 par son entrée triomphale à Kinshasa.

Les Congolais retiennent du règne du président Laurent-Désiré Kabila sa volonté de voir son peuple se prendre en charge sans trop compter sur l’extérieur.

Une fois au pouvoir à Kinshasa, l’ancien dirigeant de la rébellion de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) ne cessera de demander à ses compatriotes de compter d’abord sur eux-mêmes.

Laurent-Désiré Kabila sera assassiné dans son palais à Kinshasa le 16 janvier 2001.

Il sera remplacé par son fils Joseph Kabila Kabange qui assumait dans l’armée congolaise les fonctions de chef d’état-major des forces terrestres.

Le parlement congolais décidera d’honorer la mémoire de Laurent-Désiré Kabila en le proclamant héros national.

Joseph Kabila, investi le 26 janvier de la même année, est encore à la tête de la RDC grâce à ses victoires à l’élection présidentielle de 2006 et à celle de 2011.

APA-Kinshasa (RD Congo)