Posts Tagged ‘monuments’

L’Église d’Angleterre s’attaque à ses monuments célébrant l’esclavage

mai 10, 2021

L’institution anglicane s’apprête à publier des directives demandant à chaque paroisse et cathédrale d’examiner ses monuments potentiellement problématiques.

Dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, contestations, questionnement et introspection ont essaimé aux États-Unis, en Europe et particulièrement au Royaume-Uni, où une importante vague de remise en question s’articule depuis autour du passé colonial du pays et de sa représentation. Mi-septembre, le National Trust, association chargée de la conservation de grands sites britanniques, avait indiqué qu’un tiers des monuments historiques dont elle avait la charge présentaient des liens avec le colonialisme ou l’esclavage.

Mais en juin dernier, deux vieilles institutions britanniques, l’Église anglicane et la Banque d’Angleterre, ont marqué les esprits en exprimant un repentir quant au rôle historique de certains de leurs membres dans l’esclavage. Ce repentir est une réponse aux travaux de l’University College London (UCL) montrant que des responsables de ces institutions avaient tiré profit de la traite d’êtres humains. « Si nous reconnaissons le rôle moteur qu’ont joué le clergé et les membres actifs de l’Église anglicane pour obtenir l’abolition de l’esclavage, c’est une source de honte que d’autres au sein de l’Église aient activement participé à l’esclavage et en aient tiré un bénéfice », écrivait un porte-parole de l’Église.

Un examen à l’échelle nationale

Moins d’un an plus tard, l’Église d’Angleterre, institution officielle anglicane, va plus loin. Selon le Guardian, elle s’attaque désormais à un « patrimoine contesté », encourageant, via des directives à paraître cette semaine, chacune des 12 500 paroisses et 42 cathédrales du pays à examiner les monuments dédiés à l’esclavage et à prendre des mesures (modification ou retrait pur et simple) en concertation avec les communautés locales.

L’objectif de l’Église d’Angleterre est avant tout de faire face au problème sans imposer de décision ou de mesure systématique. Il conviendra à chaque paroisse de considérer les éléments patrimoniaux concernés et d’agir. Selon le Guardian, cela va du retrait d’une statue, d’une plaque, d’un monument, à un déplacement, une simple modification ou à l’ajout d’informations contextuelles, voire à rien de tout cela.

Ces nouvelles considérations de certains éléments du patrimoine ont parfois donné lieu à des tensions dans la société britannique, le Premier ministre Boris Johnson dénonçant des « extrémistes » et appelant à ne pas « censurer le passé » après des manifestations entraînant le déboulonnage de statues ou le tag d’un monument à Winston Churchill avec l’inscription « raciste ». L’actuel maire de Londres a de son côté récemment mis en place une commission visant à améliorer la diversité dans l’espace public, mesure qui prendra de l’ampleur au cœur du programme qui a, cette semaine, mené à sa réélection.

Par Le Point avec AFP

Nord-Mali: Hollande contre des négociations préalables à une action militaire

octobre 11, 2012
Nord-Mali: Hollande contre des négociations préalables à une action militaire Nord-Mali: Hollande contre des négociations préalables à une action militaire © AFP

Le président François Hollande a catégoriquement rejeté jeudi sur RFI/France24/TV5Monde toutes négociations préalables à une intervention militaire africaine au Nord-Mali, une proposition avancée la veille par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon.

« Discuter avec qui ? Avec Aqmi? Qui peut imaginer qu’il puisse y avoir là des conversations qui puissent être utiles? », a déclaré le chef de l’Etat français à la veille de son premier déplacement en Afrique depuis son élection.

M. Hollande était interrogé sur la position de M. Ban qui avait plaidé mercredi pour qu' »avant toute opération militaire, il y ait des négociations politiques et un dialogue » dans un entretien avec l’AFP.

« Discuter? Mais avec qui? avec des terroristes qui se sont installés dans le Nord-Mali? Qui imposent une loi, la charia, et qui coupent des mains, et qui détruisent des monuments jusque là considérés comme au patrimoine de l’humanité? », a insisté M. Hollande.

Il a en revanche ouvert la porte aux forces politiques maliennes « laïques qui veulent prendre part à la réconciliation nationale ».

Le président français a de nouveau plaidé, « au nom de la paix, au nom des droits humains », pour « une résolution aux Nations unies, au Conseil de sécurité, dans les jours qui viennent sur le principe d’une force qui pourrait être déployée si les Africains en décidaient ».

« Et ensuite il y aurait une autre résolution du conseil de sécurité pour mettre en oeuvre ce que pourrait être cette force », a-t-il ajouté.

M. Hollande a rappelé que la France offrirait si on lui demande un « soutien logistique », « mais pas d’hommes au sol ».

François Hollande sera cette fin de semaine en Afrique, vendredi à Dakar puis samedi au Sommet de la francophonie, à Kinshasa.

Jeuneafrique.com avec AFP

Nord-Mali : nouvelle destruction d’un mausolée par les islamistes

septembre 29, 2012

Capture d'écran montrant des islamistes détruisant le mausolée d'un saint à Tombouctou. Capture d’écran montrant des islamistes détruisant le mausolée d’un saint à Tombouctou. © AFP

Des islamistes armés ont détruit samedi avec des haches le mausolée d’un saint musulman dans une localité du Nord-Mali, près de trois mois après avoir entamé les premières destructions de ces monuments à Tombouctou qui avaient suscité un tollé international, ont rapporté des témoins.

« J’ai vu les islamistes de Goundam (90 km de Tombouctou, Nord-Ouest du Mali) détruire le mausolée de Alfa Mobo, aujourd’hui, à côté du cimetière de la ville. Ils avaient des haches et d’autres objets », a indiqué à l’AFP par téléphone un élu municipal de cette localité malienne, Mamadou Cissé. Un habitant de Goundam a confirmé, sous couvert de l’anonymat: « Ils ont cassé le mausolée jusqu’au niveau de la tombe, ils étaient onze et quelqu’un filmait ».

La localité de Goundam, prise en avril par les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), était ensuite passée sous le contrôle des islamistes armés. Des jihadistes se réclamant du groupe Ansar Dine (Défenseurs de l’islam) allié à la branche maghrébine d’Al-Qaïda y font appliquer, par la force, leur interprétation de la charia (loi islamique).

Contraire à l’unicité de Dieu

En juillet, les islamistes d’Ansar Dine avaient suscité un tollé international en détruisant des mausolées en terre dans l’enceinte de la plus grande mosquée de la ville de Tombouctou (nord-ouest), classée patrimoine mondial en péril. De nombreux habitants avaient assisté, impuissants, à l’opération de destruction, alors que les islamistes promettaient de détruire tous les mausolées de la région.

Récemment, le 17 septembre, des islamistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont détruit le mausolée de Cheik El Kébir, à 330 kilomètres au nord de Gao, à coups de marteaux et des pioches. Les combattants d’Ansar Dine sont guidés par une idéologie fondamentaliste rejetant les visites aux saints, pourtant très répandues. Ils s’attaquent aux mausolées – importants lieux de recueillement – car ils considèrent la vénération des saints comme « de l’idolâtrie », contraire à l’unicité de Dieu.

Jeuneafrique.com avec AFP

Samuel Sidibé : « Il faudra voir comment réhabiliter les mausolées détruits » du Nord-Mali

septembre 19, 2012
Samuel Sidibé craint que la situation au Nord-Mali ne favorise le pillage des biens culturels. Samuel Sidibé craint que la situation au Nord-Mali ne favorise le pillage des biens culturels. © DR

En marge d’un atelier sur la sensibilisation à la lutte contre le trafic illicite des biens culturels en Afrique de l’Ouest, qui s’est tenu à Dakar du 16 au 19 septembre, le directeur du Musée national du Mali, Samuel Sidibé, a répondu aux questions de Jeune Afrique. Archéologue de formation, il détaille les menaces qui pèsent sur les monuments du nord du Mali, passé sous le contrôle de groupes islamistes armés.

Jeune Afrique : Peut-on évaluer aujourd’hui l’ampleur des dégâts culturels au Nord-Mali ?

Samuel Sidibé : Des groupes islamiques armés occupent toute la région. Ils se sont mis à détruire les monuments au prétexte que leur islamisme serait authentique. Avec le départ de l’administration dans le Nord, on a de plus en plus de difficultés à évaluer exactement la situation. A priori, des situations comme celle qui prévaut sont porteuses d’anarchie et créent des conditions favorables à toutes les activités illicites. C’est cela que nous redoutons le plus aujourd’hui.

Des médiations ont été entreprises pour ramener à la raison les islamistes pilleurs. Qu’en est-il ?

Des médiations ont été faites, plusieurs organisations ont essayé, mais on n’a pas le sentiment aujourd’hui qu’elles ont apporté quelque chose. D’autant qu’en fin de semaine dernière, il y a encore eu des destructions de mausolées au nord de Gao.

Les perspectives de réhabilitation, de restauration ou de reconstruction des monuments détruits sont envisageables.

La restauration des biens détruits est-elle possible ?

Les perspectives de réhabilitation, de restauration ou de reconstruction des monuments détruits sont envisageables. Ce sont des monuments que l’on connaît, ils sont documentés. Il faudra donc voir avec les communautés comment on peut réhabiliter ces monuments ou ces mausolées pour que les populations puissent revenir à une pratique qui est essentielle pour elles.

Peut-on aujourd’hui quantifier ou évaluer le trafic illicite de biens culturels en Afrique ?

Il y a un déficit de ce point de vue. L’importance du trafic illicite s’évalue aujourd’hui à l’importance des objets africains qui sont en Europe. Si vous allez par exemple dans n’importe quel musée en Europe et dans les grandes collections privées, vous trouverez une quantité importante d’objets africains. Le trafic peut s’évaluer aussi à travers le nombre de sites archéologiques qui sont détruits. Car ceux-ci sont pillés par des gens qui exportent illicitement les objets. Mais il n’y a pas de statistiques disponibles là-dessus.

Qui sont ces pilleurs ?

Ce sont d’abord des opérateurs locaux qui sont des antiquaires. Ils payent parfois les gens pour voler ou piller les sites et, après coups, exportent illicitement les objets volés vers l’Europe.

L’époque où les européens venaient directement prospecter en Afrique pour acheter est révolue, à cause des mesures prises contre les pillages. Aujourd’hui, ils mettent en place des réseaux locaux qui peuvent éventuellement les ravitailler.

Jeuneafrique.com propos recueillis par  Nicolas Ly, à Dakar