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Conte : L’Abeille, la Mouche et le Cultivateur

août 29, 2010

Il était une fois, l’Abeille fut invitée seule et sollicita encore la compagnie de la Mouche au mariage de Tâ Nkouka, le Cultivateur, dans la ville de Mbanza Bitala, à cinq cents mètres du village de Kingoma.

Le jour de la cérémonie nuptiale, avant l’heure du départ à la fête, l’Abeille demanda à la Mouche de l’accompagner au jardin et aux champs pour préparer des cadeaux du Cultivateur. Elle apprêta du miel recueilli de ses ruches et du vin de palme récolté des jeunes palmiers qui s’égouttait dans des calebasses. Elles transvasèrent le vin dans des dames-jeannes, aux pieds des arbres. L’Abeille pria la Mouche à transporter le vin. Elle accepta car elle n’avait pas de présents à offrir. L’Abeille fît gouter à sa compagne le vin blanc qu’elle apprécia fort bien car celui-ci était bien sucré. Elle coupa un rameau de palmier, tissa les feuilles vertes en entrelacs et forma un osier facilitant le transport du miel.

Quant à la Mouche, elle arracha des fougères vertes, en bordure du ruisseau, les rassembla, tint les tiges et forma un nœud de serpent servant de coussinet végétal pour soulager le frottement de la dame-jeanne contre le cuir chevelu. Elle demanda, en plus, à l’Abeille de lui placer la dame-jeanne sur la tête. Elle prit son osier qu’elle épaula et quittèrent toutes deux les champs.

Elles empruntèrent les pistes herbacées jonchées de souches mal arrachées comme des cornes plantées et dressées durement au sol qu’il fallait éviter dans la prudence de la marche et l’agilité des pattes.

Avant d’atteindre la route principale conduisant au lieu du mariage, la Mouche se heurta sur une racine morte qui la déséquilibra avec son fardeau, tituba, à grands pas, avant que celui-ci ne fût amorti par le dos de l’Abeille qui s’arc-bouta sur ses pattes supérieures. Elles se relevèrent et arrivèrent à la grand-route. Là, elles virent l’Ane du Cultivateur revenant d’une mission de transport des biens dotaux du Cultivateur. L’Abeille lui sollicita un service pour leur écourter la distance car elle aussi partait au mariage. Elle acquiesça de sa tête docile, chargeant les bagages dans la charrette et les invita à monter derrière au lieu de marcher à sa suite.

L’âne marchait doucement, sa clochette attachée au cou résonnait durant le trajet dans le balancement rythmé de sa tête. Malonga, le secrétaire du Cultivateur, chargé de grands secrets de la production et de la commercialisation des agrumes était à l’entrée de la porte pour attendre l’Âne. Dès qu’il entendît les sons, à son approche, et vît l’animal porteur, il courut les accueillir. Il déchargea le contenu de la charrette, récupéra les biens dotaux ainsi que les cadeaux apportés par l’Abeille. Il les plaça au centre du carré de la manifestation autour duquel se trouvaient des dignitaires et des hôtes de marque : le Lion, l’Éléphant, la Panthère, le Tigre, la Girafe, l’Hippopotame, le Caïman et le Lièvre.

La cérémonie commença dans une ambiance de remerciements de tous les invités. Le mariage débuta selon les us et coutumes de la tradition Kongo. La femme montra son mari à son père. Le père accueillit son gendre, le Cultivateur. Le Lièvre se précipita au centre, prit une belle coupe métallique versa le vin de palme et remit à la fille qui la porta dans les mains de son père en guise d’acceptation de son mari. Le père en recevant sa coupe prononça une parole solennelle: « si seulement ce vin que tu me fais boire est véritablement celui de ton choix, que je le boive et ne le rejette point.».

Dès qu’il eût terminé de prononcer ces paroles et qu’il voulût approcher la coupe de ses lèvres, la Mouche plongea dans la coupe. Le père sentant la présence de la Mouche, cracha le contenu et repoussa avec force la coupe qui alla cogner sur la dame-jeanne de vin de palme. Elle explosa comme un coup de grisou, mouilla tous les invités et se vida au sol. Les gens sentaient l’odeur du vin de palme dans leurs beaux vêtements de fête. Le père qui ne put boire le vin, manifesta sa désapprobation. Le Cultivateur était aussi confus devant la cour car son vin, gage du mariage, ne put être bu. La dot ne fut pas versée. Tout le monde fut consterné. La foule grogna et grommela:« c’est une honte, c’est une grande honte!»

Les Fourmis qui assuraient la sécurité de la cérémonie maîtrisèrent la Mouche et partirent la manger. Le mariage fut reporté à une date ultérieure.

Le Cultivateur reprocha à l’Abeille d’avoir emmené la Mouche qui n’était pas invitée au mariage. Elle est souvent un trouble fête et dérange régulièrement car il n’est pas de bon usage de venir avec des étrangers qui ne sont pas attendus pouvant perturber le bon déroulement de la cérémonie.

© Bernard NKOUNKOU