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Mozambique : face aux jihadistes, les troupes de la SADC peuvent-elles pallier l’échec de l’armée ?

juillet 7, 2021
Journée de distribution de nourriture, le 28 avril 2021, dans la région de Cabo Delgado, où 700 000 personnes ont été déplacées, à cause des attaques jihadistes.

Les chefs d’État de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont décidé d’intervenir militairement dans le pays. Cependant, ce soutien extérieur risque de ne pas suffire.

Fragilisé par la crise sécuritaire au Cabo Delgado, sa région d’origine, le président Filipe Nyusi a finalement changé d’avis. Bien que, depuis 2017, le nord-est du Mozambique fait figure de nouvelle brèche du jihadisme en Afrique, le président mozambicain avait toujours refusé la moindre intervention militaire étrangère. « Ce n’est pas une question de fierté, c’est une question de souveraineté », plastronnait-il encore début avril, quelques jours après la prise du très stratégique port de Palma par les jihadistes d’Al-Shabab, groupe affilié à l’État islamique. Pour répondre à la crise, Nyusi affirmait alors pouvoir s’appuyer sur ses propres forces armées – à la puissance pourtant limitée – et recourir aux services d’agences de sécurité paramilitaires.

Mais les mercenaires russes de Wagner et sud-africains de Dick Adisory Group, recrutés par Maputo, ne sont pas parvenus à empêcher la dégradation de la situation sécuritaire. En trois ans, le conflit a fait plus de 2 800 morts, et 800 000 déplacés, dont certains ont trouvé refuge en Tanzanie. Soumis à une très forte pression de la part de ses homologues, inquiets de voir se développer un nouveau point d’instabilité, le chef de l’État mozambicain a donc fini par céder. Le 23 juin, à l’issue du sommet extraordinaire de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) qui s’est tenu à Maputo, les chefs d’État ont « approuvé la mission de la force d’attente de la SADC pour soutenir le Mozambique dans son combat contre le terrorisme et les violences extrémistes au Cabo Delgado », a annoncé Stergomena Tax, la secrétaire exécutive de l’organisation. 

Pénuries de carburant et de munitions

Auparavant, Nyusi a tout fait pour éviter cette issue, sans succès. En acceptant notamment de nouer des partenariats militaires avec des puissances étrangères. Les États-Unis avaient annoncé l’envoi, dès la mi-mars, d’un contingent de formateurs, déployés pour une période de deux mois dans le cadre du programme Joint Combined Exchange Training. Objectif : former les fusiliers marins aux techniques de contre-guerilla pour tenter de reprendre le nord-est. 

« Le gouvernement a augmenté le budget de la défense ces dernières années, mais cet effort financier ne s’est pas encore concrétisé sur le terrain. L’armée est confrontée à des pénuries de carburant et de munitions, et le problème perdure », constate le Britannique Nathan Hayes, analyste pays au sein de The Economist Intelligence Unit, un organisme rattaché au célèbre magazine économique. « Résoudre ces problèmes prendra du temps. Un soutien extérieur est donc indispensable », juge l’analyste. 

La meilleure preuve de la nécessité de cette implication étrangère est venu le jour même de l’annonce de la SADC d’envoyer des troupes sur place. Lors d’un accrochage avec les milices jihadistes Al-Shabab, un hélicoptère de l’armée qui transportait des troupes sur une zone d’opération, a été victime d’une avarie technique qui l’a forcé à atterrir en urgence près du site d’Afungi, l’un des nombreux sites d’extraction offshore au large des côtes du Mozambique dont la richesse en gaz lui vaut le surnom de « Qatar de l’Afrique ».

« Le manque de moyens aériens – avions, hélicoptères et drones – est l’un des principaux problèmes auxquels est confronté l’armée mozambicaine », souligne Éric Morier-Genoud, professeur à la Queen’s University de Belfast et spécialiste du pays. Mais le chercheur insiste : il est loin d’être le seul. La riposte sécuritaire mozambicaine est aussi minée par les conflits au sein de la chaîne hiérarchique entre les différents acteurs présents sur le terrain.

« Les forces qui combattent au Cabo Delgado sont constituées de l’armée et de la police, cela complique les choses », explique Éric Morier-Genoud. D’autant que « les rivalités entre le ministère de l’Intérieur et la police, d’un côté, et le ministère de la Défense et l’armée, de l’autre, portent préjudice à la lutte contre les milices Al-Shabab », estime en écho Nathan Hayes. Dans ce contexte, Éric Morier-Genoud en vient même à défendre le recours de Maputo aux société militaires privées. « Elles présentent l’avantage d’être moins dépendantes des pouvoirs politiques et sont relativement discrètes », glisse le chercheur. 

Crainte d’un conflit sans fin

Mais le constat est là. Forte de quelque 12 000 hommes, l’armée mozambicaine, même soutenue par les supplétifs privés, n’est pas parvenue à mettre en échec les jihadistes d’Al-Shabab, qui comptent de 1 500 à 4 000 combattants, selon des estimations toujours difficiles à établir. L’appui militaire des pays de la région permettra-t-il de palier aux défaillances de l’armée mozambicaine ? Alors que les contours, l’ampleur et le calendrier du déploiement de la force d’attente promise par la SADC ne sont pour l’heure pas connus, le doute est permis. « Les membres de la SADC veulent une intervention, mais craignent de s’enliser dans un conflit sans fin. En face, les autorités mozambicaines vont faire leur possible pour cantonner le soutien de la coalition à la protection des installations gazières qui représentent une manne financière pour le pays », juge Nathan Hayes.

« Il faut trois ans pour lancer une guérilla et dix ans, au minimum, pour y mettre fin, tranche Eric Morier-Genoud. Et dans cette région, le terrain est extrêmement difficile, avec des forêts très denses. Il ne faut pas mettre trop d’espoir dans une résolution rapide grâce à l’intervention promise par la SADC. » Le chercheur est d’autant plus prudent que l’intervention sera de faible ampleur, « probablement moins de 3 000 hommes », estime-t-il.

Les interventions étrangères et les pressions de la communauté internationale ne sont également pas exemptes d’arrière-pensées. « Nyusi a fini par reconnaître qu’Al-Shabab représente une menace grave qu’après avoir rencontré le président Emmanuel Macron et le PDG de Total, Patrick Pouyanné », rappelle Nathan Hayes. Initialement prévue pour 2021, « la reprise des travaux sur le site Area 1 de Total est prévue pour 2023 », ajoute l’analyste. De là à considérer que la France s’est employée à ce que l’Union européenne envoie des formateurs militaires, comme cela a été annoncé le 30 juin, il n’y a qu’un pas. Quoiqu’il en soit, ce soutien supplémentaire ne sera pas de trop pour Maputo.

Avec Jeune Afrique par Achraf Tijani

Mozambique: un nombre «important» de rebelles abattus à Palma

avril 4, 2021

Un nombre «important» de rebelles ont été abattus par les forces mozambicaines dans les opérations visant à reprendre la ville de Palma (nord-est), tombée aux mains de groupes djihadistes après une sanglante attaque le 24 mars, ont déclaré dimanche les militaires sur place. «Ce n’est pas encore terminé (…) mais un nombre important de terroristes ont été abattus», a déclaré devant les caméras de journalistes embarqués le commandant des opérations à Palma, Chongo Vidigal.

Il y a onze jours, des groupes armés ont attaqué la ville portuaire stratégique dans un raid soigneusement préparé, lancé à seulement quelques kilomètres d’un méga projet gazier de plusieurs milliards d’euros piloté par le groupe français Total. L’attaque, revendiquée par le groupe État islamique (EI) a tué officiellement des dizaines de civils, policiers et militaires. Le nombre réel de victimes n’est pas encore connu. Le groupe français Total a évacué le personnel de son site gazier sur la péninsule d’Afungi et le projet de plusieurs milliards d’euros est à l’arrêt complet.

Dans la ville ravagée de 75.000 habitants, dont les premières images depuis l’attaque ont été diffusées à la télévision locale, le responsable militaire a ajouté pouvoir sentir «l’odeur des cadavres des terroristes». Les images ont montré quelques corps gisant encore dans les rues, des maisons en ruines et des véhicules en cendres. Quelques civils aussi, récupérant de la nourriture.

Depuis plusieurs jours, les militaires tentent de reprendre Palma, tombée aux mains des rebelles dans la nuit du 26 au 27 mars après une attaque considérée comme la plus grande escalade depuis le début des violences il y a plus de trois ans. Des milliers de soldats ont été déployés mais depuis les premières attaques en 2017, les forces gouvernementales se sont montrées incapables de combattre efficacement les rebelles qui terrorisent la province pauvre du Cabo Delgado, frontalière de la Tanzanie. Désignés localement sous le nom d’Al-Shabab («les jeunes», en arabe), ils ont prêté allégeance au groupe EI.

Environ 11.000 personnes ont été déplacées par la dernière attaque, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Plus de 670.000 personnes avaient déjà été forcées à quitter leur foyer à cause des violences dans la région, selon l’Onu. L’ONG Acled recensait déjà 2.600 morts avant l’attaque de Palma, dont la moitié de civils.

Par Le Figaro avec AFP

Mozambique : à Palma, l’attaque minutieusement préparée de l’État islamique

mars 30, 2021
Des bateaux de toutes tailles ont été déroutés vers le port de Palma pour secourir les habitants réfugiés sur la plage.

Depuis le 24 mars, les terroristes du groupe Al-Shabab mènent une vaste offensive contre la ville de Palma, dans le Cabo Delgado. L’État islamique a revendiqué l’attaque et des milliers de personnes cherchent toujours à fuir la zone.

Mercredi 24 mars. Il est environ 15h30 quand la cheffe d’une entreprise de construction reçoit un appel téléphonique de ses employés. « Ils m’ont dit qu’ils venaient de quitter les bureaux, qu’il y avait une attaque », raconte-t-elle. Ce jour-là, elle-même est en déplacement à Pemba, la capitale régionale de la province du Cabo Delgado située à 400 km au sud de Palma. « Ils ne savaient pas où aller, certains étaient très paniqués. » Une heure plus tard, les télécommunications sont coupées. « Depuis, nous n’avons plus de nouvelles », soupire-t-elle, préoccupée par le sort de ses 120 employés.

Jeudi 25 mars. Pris au piège dans un hôtel avec 180 clients, un homme se filme à l’aide de son téléphone pour faire le point sur la situation au deuxième jour de l’assaut. « Ils ont commencé les attaques vers 9 heures du matin, armés de katanas, ils s’en sont pris à différentes personnes. Des attaques à l’arme à feu ont commencé à partir de 15 heures. Cela fait 24 heures que l’on est reclus dans cet hôtel. On ne sait pas comment on va sortir d’ici », relate-t-il. En fond sonore, le bruit des hélicoptères qui patrouillent au-dessus de l’hôtel.

Opération d’exfiltration

Quelques opérations de sauvetage vont pouvoir être réalisées grâce aux appareils de l’entreprise paramilitaire sud-africaine D.A.G. Sous contrat avec le gouvernement mozambicain, ses mercenaires couvrent la région depuis un an. Une vingtaine de personnes sont ainsi évacuées de l’hôtel Amarula, sur la pelouse duquel elles avaient écrit les lettres SOS. Mais la capacité en sièges et en carburant des hélicoptères est limitée. Beaucoup doivent être laissés sur place.

Vendredi 26 mars. Au troisième jour de l’assaut, une opération d’exfiltration est tentée par la route. En quittant l’Amarula, la colonne de 17 camions est attaquée par les insurgés. Sept civils sont tués, selon le porte-parole de l’armée mozambicaine. Un Britannique et un Sud-Africain font partie des victimes confirmées.

Ce dernier conduisait l’un des camions de ce convoi désespéré. Son père et son frère étaient à bord. Après avoir essuyé des tirs, ces derniers ont abandonné le camion et se sont cachés dans la végétation. Les deux miraculés ont veillé le corps de leur fils et frère une nuit entière, dissimulés dans la nature, avant d’être secourus.

En envahissant la ville, les terroristes ont également tué au moins une douzaine de personnes d’après l’armée mozambicaine, mais les liaisons téléphoniques n’ayant toujours pas été rétablies, il est difficile d’établir un bilan précis. Sans doute sera-t-il bien plus lourd.

Cible d’attaques jihadistes depuis 2017

Le groupe Al-Shabab (« les jeunes », en arabe, différent du groupe homonyme qui sévit en Somalie) mène des attaques depuis 2017 dans le Cabo Delgado. Cette province pauvre à majorité musulmane se situe à l’extrême-nord du Mozambique, près de la frontière avec la Tanzanie.

« [Beaucoup sont] des jeunes frustrés, y compris des petits commerçants et des pêcheurs pauvres, qui ont commencé à construire leurs propres mosquées dans la province de Cabo Delgado et à défier les chefs religieux qu’ils considéraient comme trop proches du pouvoir », explique International Crisis Group dans une étude qui leur est consacrée.

LE GROUPE AL-SHABAB AFFIRME AVOIR TUÉ 55 PERSONNES, DONT DES SOLDATS MOZAMBICAINS, DES CHRÉTIENS ET DES OCCIDENTAUX.

Ils s’en prennent volontiers aux bâtiments publics et aux symboles de l’État, mais n’oublient pas de piller les banques. Le groupe Al-Shabab a fait allégeance au groupe État islamique, qui a revendiqué l’attaque de Palma, le 29 mars, et affirmé avoir tué 55 personnes, dont des soldats mozambicains, des Chrétiens et des Occidentaux.

De nombreux étrangers sont présents dans la zone. Ils travaillent notamment pour les entreprises qui opèrent sur l’immense site gazier sécurisé d’Afungi, à 20 km au sud de Palma. Le français Total y développe un projet de 20 milliards de dollars pour extraire du gaz naturel liquéfié.

Le groupe avait mis ses activités en pause depuis le mois de décembre en raison de la menace terroriste. Coïncidence malheureuse, il venait d’annoncer son retour, le 24 mars, le jour de l’attaque terroriste. Depuis l’assaut, Total a fait machine arrière et réduit au strict minimum le personnel sur place. Des milliers d’employés ont été renvoyés par bateaux vers la ville de Pemba.

ENTRE 6 000 ET 10 000 PERSONNES ATTENDENT TOUJOURS D’ÊTRE ÉVACUÉES

La majorité des évacuations en cours se fait par la mer. D’après des données GPS, des bateaux de toutes tailles et de tous types ont été déroutés vers Palma pour secourir les habitants réfugiés sur la plage. La presse a comparé ces mouvements à l’opération Dynamo qui a permis l’évacuation de Dunkerque dans le nord de la France pendant la seconde guerre mondiale.

« Des pétroliers, des ferrys, des remorqueurs et des bateaux de plaisance ont secouru des gens à leurs propres risques », a commenté l’internaute qui a mis ces manœuvres en évidence. Entre 6 000 et 10 000 personnes attendent toujours d’être évacuées selon des agences d’aide internationales.

« Un gouvernement incapable de contrôler l’insurrection »

L’armée est de retour à Palma et fait face à des poches de résistances. Pourra-t-elle libérer cette ville de 75 000 habitants ? En août 2020, les forces de sécurité mozambicaines ont été contraintes d’abandonner la localité portuaire de Mocímboa da Praia, à 80 km au sud de Palma. Aujourd’hui, celle-ci serait encore en partie contrôlée par les terroristes. C’est d’ailleurs une photo prise dans les environs de Mocímboa da Praia qui illustre la revendication du groupe État islamique.

UNE ATTAQUE PAREILLE NÉCESSITE DEUX À TROIS MOIS DE PRÉPARATION

L’invasion de Palma et son évidente préparation ont de quoi inquiéter. « La plupart des Sud-Africains qui travaillent ici ont fait l’armée, raconte un témoin qui a pu échanger avec des rescapés. Selon eux, une attaque pareille nécessite deux à trois mois de préparation. Les terroristes étaient très bien armés, ils avaient beaucoup de munitions et des armes lourdes. »

Les défaites de l’armée mozambicaine ont nourri l’arsenal des terroristes. Historicoblog, spécialiste français des mouvements djihadistes, a répertorié les armes récupérées sur les forces armées nationales. Ses tableaux racontent autant les déroutes des soldats mozambicains que la montée en puissance du groupe Al-Shabab.

« Ce qu’il faut retenir de cette attaque, c’est la destruction des infrastructures, la sophistication de l’attaque et sa brutalité », résume Jasmine Opperman, analyste pour l’ONG. Mais cette spécialiste du conflit dans le Cabo Delgado veut aussi attirer l’attention sur la faillite de l’État mozambicain et sur « la mise à nue d’un gouvernement incapable de contrôler l’insurrection » : « Pour combien de temps encore, la communauté internationale va-t-elle rester sans rien dire et accepter la petite histoire qui veut que le Mozambique ne peut pas protéger sa propre souveraineté ? »

Avec Jeune Afrique Romain Chanson

Attaque au Mozambique: Palma aux mains des djihadistes

mars 27, 2021

La ville de Palma, située dans le nord-est du Mozambique et seulement à dix kilomètres du mégaprojet gazier piloté par le groupe français Total, est désormais aux mains des djihadistes à l’issue de trois jours de combats, a-t-on appris samedi auprès de sources sécuritaires.

«Les forces gouvernementales se sont retirées de Palma, donc la ville est de fait saisie» par les groupes armés jihadistes depuis la nuit dernière, a affirmé à l’AFP l’une de ces sources. «Palma est tenue par les assaillants», a ajouté une autre source qui a requis l’anonymat, affirmant que des combats se poursuivaient dans la zone.

La province musulmane de Cabo Delgago, riche en gaz naturel, est confrontée à une violente guérilla depuis plus de trois ans. Palma, où des milliers de personnes fuyant ces violences dans leurs villages se sont réfugiées, compte actuellement 75.000 habitants.

Mercredi après-midi, ces groupes armés djihadistes qui s’étaient montrés plus discrets ces derniers mois, ont lancé une attaque d’envergure contre la ville, le jour même où le géant français annonçait la reprise des travaux du site d’exploitation gazière, censé être opérationnel en 2024.

Selon plusieurs experts, vu l’ampleur de l’attaque et sa préparation minutieuse, il semble peu probable qu’elle soit liée à l’annonce de Total le même jour.

Et l’accalmie des groupes armés, attribuée dans un premier temps à la réplique militaire mozambicaine, semble désormais être plus vraisemblablement attribuable à la saison des pluies, qui ralentit tout, mais aussi à la préparation de nouvelles attaques.

A Palma, «presque tout a été détruit et beaucoup de gens sont morts», affirmait vendredi à l’AFP un salarié du site gazier évacué, sans autre détail sur les victimes ou leur nationalité.

Plusieurs personnes ont été tuées, affirme l’ONG Human Rights Watch, citant des témoins «qui nous disent avoir vu des corps dans les rues». Parmi eux, au moins un citoyen sud-africain, a-t-on appris auprès d’une source gouvernementale à Johannesburg.

Piégés dans un hôtel

L’attaque surprise mercredi a fait fuir des gens terrifiés vers la forêt environnante tandis que des travailleurs du site, parmi lesquels des étrangers, et des fonctionnaires mozambicains se réfugiaient à l’intérieur du site voisin mais aussi dans un hôtel de Palma.

Près de 180 personnes y ont passé plus de 48 heures terrifiantes, assiégés sans savoir si des secours arriveraient à temps pour les sauver, dans le boucan des hélicoptères survolant la zone. Vendredi, en fin de journée, ils ont enfin été évacués mais plusieurs personnes ont ensuite été tuées dans une embuscade.

Les détails sur l’évacuation restaient confus. Et la communication via téléphone portable particulièrement aléatoire dans la zone, peut-être en raison de brouillages intentionnels par les autorités.

Un premier groupe de 80 personnes a quitté l’hôtel Amarula à bord de camions de l’armée, selon une source sécuritaire qui participe aux opérations. Mais «le convoi de 17 camions a été attaqué peu après avoir quitté l’hôtel. Plusieurs ont été tués mais la plupart ont réussi à s’échapper», a affirmé cette source.

La centaine d’autres assiégés, aux abois, ont quitté l’hôtel à pied pour rejoindre la plage. Les militaires les ont trouvés là, en pleine nuit, et les ont évacués en bateau.

Vendredi dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, qui n’a pas pu être vérifiée, l’un des assiégés de l’hôtel, un homme visiblement ému, qualifiait en portugais la situation de «critique»: «Nous ne savons pas si nous allons être sauvés», dit-il mâchoire serrée, face à son téléphone portable. Comme le SOS d’un naufragé.

Le gouvernement mozambicain ne s’est pas exprimé depuis jeudi, quand il a annoncé répliquer militairement à l’attaque.

Les attaques des djihadistes armés, connus sous le nom d’Al Shabab («les jeunes» en arabe) et qui ont fait allégeance au groupe Etat islamique en 2019, ont forcé plus de 670.000 personnes à quitter leur foyer, selon l’ONU.

Le conflit a fait au moins 2.600 morts, dont plus de la moitié de civils, selon l’ONG Acled.

Par Le Figaro avec AFP

Des djihadistes s’emparent d’un port important dans le nord gazier du Mozambique

août 12, 2020

Le port de Mocimboa da Praia est situé à environ 80 km de la péninsule d’Afungi, qui abrite d’importantes installations pour le développement de gaz naturel liquéfié (GNL), auquel participe le groupe Total.

Photo d'illustration.
Photo d’illustration. ADRIEN BARBIER / AFP

Des djihadistes se sont emparé mercredi de Mocimboa da Praia, dans le nord du Mozambique riche en gaz, après une série de récentes attaques dans cette région, selon un site d’information local, ce qu’a confirmé une source militaire à l’AFP. «Le port de Mocimboa da Praia a été pris par des terroristes à l’aube» mercredi, selon le site Moz24Horas, information confirmée à l’AFP par une source militaire qui a indiqué que «Mocimboa da Praia est tombé» aux mains des djihadistes. Utilisant un lance-roquette, les djihadistes ont touché un bateau dans le port, selon la source militaire qui a reconnu que «la situation est compliquée».

Les Forces de défense du Mozambique (FDS) ont confirmé dans la soirée que des «terroristes» avaient lancé la semaine dernière des «attaques coordonnées» sur plusieurs villages proches du port pour tenter d’occuper la ville. «En ce moment des opérations sont en cours pour neutraliser les terroristes qui utilisent les populations de ces régions comme boucliers», ont indiqué les FDS dans un communiqué.

Le port de Mocimboa da Praia, situé dans la province de Cabo Delgado, se trouve à environ 80 km au sud de la péninsule d’Afungi qui abrite d’importantes installations pour le développement de gaz naturel liquéfié (GNL), l’un des plus gros investissements en Afrique auquel participe le groupe français Total. Le port est actuellement utilisé dans le cadre de ces activités gazières, d’où son importance dans la région.

Fin juin, des hommes armés avaient tué 8 ouvriers d’une entreprise privée de BTP travaillant pour Total sur son projet gazier de plusieurs milliards de dollars dans la province de Cabo Delgado. Au même moment, des djihadistes avaient déjà attaqué et occupé temporairement Mocimboa da Praia. Une précédente occupation de la ville quelques mois auparavant avait provoqué un exode massif de ses habitants..

Un millier de morts depuis 2017

Le nord du Mozambique est le théâtre depuis 2017 d’une insurrection djihadiste qui a fait un millier de morts et entravé le développement de l’exploitation de ses réserves de gaz offshore. Les attaques d’ouvriers travaillant sur les projets de développement de gaz naturel liquéfié avaient pourtant été rares jusqu’à présent. Les attaques dans cette région ont déjà fait au moins 1300 morts, selon l’ONG The Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED).

Dans son dernier rapport publié mercredi, ACLED écrit que «les insurgés et les forces de sécurité gouvernementales se sont affrontés de manière plus ou moins constante dans a région depuis la soirée du 5 août». En mai, l’ONU a estimé le nombre des déplacés dus à ces attaques à au moins 210.000. En dépit des troubles dans la région, Total a affirmé qu’il irait de l’avant avec son projet gazier de 23 milliards de dollars.

Par Le Figaro avec AFP

Explosions à Beyrouth : le Mozambique nie avoir eu connaissance de l’arrivée du navire chargé de nitrate d’ammonium

août 8, 2020

 Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août.

Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août. © Hassan Ammar/AP/SIPA

 

Les autorités portuaires du Mozambique ont officiellement nié jeudi avoir eu connaissance du navire et de sa cargaison de nitrate d’ammonium qui a explosé à Beyrouth, faisant au moins 137 morts et 5 000 blessés. Des sources libanaises assurent que le bateau était à l’origine en route vers le port mozambicain de Beira.

Une source de sécurité libanaise a assuré qu’en 2013, le Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, a fait escale à Beyrouth alors qu’il était en route pour le port mozambicain de Beira. Il transportait 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit qui peut entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil, mais également être utilisé comme engrais. C’est l’explosion de cette cargaison qui, selon les premiers éléments de l’enquête a provoqué le drame qui a coûté la vie à au moins 137 personnes et causé plus de 5 000 blessés à Beyrouth.

« Les autorités portuaires de Beira n’étaient pas informés de l’arrivée du Rhosus », a cependant indiqué le port de Beira dans un communiqué, ce jeudi, ajoutant que « l’arrivée d’un navire dans ce port est annoncée de 7 à 15 jours à l’avance ».

Un haut responsable du port de Beira, qui a demandé à rester anonyme, a cependant indiqué à l’AFP que « bien que la destination du navire était Beira, la destination finale de la cargaison n’était pas le Mozambique mais le Zimbabwe ou la Zambie parce que le nitrate d’ammonium sert à fabriquer des explosifs pour l’industrie minière ». « Et apparemment ce type de nitrate d’ammonium n’était pas celui utilisé dans l’agriculture (comme engrais) mais dans l’industrie minière », a-t-il poursuivi.

Arrivé à Beyrouth en 2013

Selon le site Marine Traffic, le navire est arrivé le 20 novembre 2013 dans le port de Beyrouth et n’est jamais reparti. Il avait rencontré des problèmes techniques. D’après des sources sécuritaires libanaises, alors que le Rhosus était en transit à Beyrouth, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le bateau appartenait, poussant la justice locale à saisir l’embarcation. La cargaison a été placée dans le hangar numéro 12, consacré aux marchandises saisies. Quant au bateau, endommagé, il a fini par couler.

En juin 2019, la sûreté de l’État, un des plus hauts organismes de sécurité au Liban, a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Dans son rapport, elle a signalé que l’entrepôt contenait « des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer ». Elle a aussi indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées, ce qui rendait un vol possible, et recommandé qu’il soit réparé

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame.

Le nitrate d’ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en France en 2001.

L’équivalent de 1 200 à 1 300 tonnes de TNT

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale.
Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale. © AP SIPA /Hussein Malla

Selon une autre source de sécurité, « la capacité de destruction de cette quantité de nitrate d’ammonium équivaut à entre 1 200 et 1 300 tonnes de TNT ». Après les explosions, le directeur des douanes, Badri Daher, s’est empressé de rendre publique une lettre qu’il avait adressée en décembre 2017 au procureur, dans laquelle il demandait comme dans des missives précédentes soit de transférer la cargaison à l’étranger, soit de la vendre à une compagnie locale, l’armée ayant affirmé n’en avoir pas besoin.

Selon Riad Kobaissi, un journaliste d’investigation libanais spécialisé dans les affaires de corruption et qui a beaucoup enquêté sur le port de Beyrouth, les services des douanes cherchent à se décharger de toute responsabilité. Soulignant qu’à la base il est interdit d’introduire de tels produits chimiques au Liban sans autorisation, il estime que cette affaire « met en lumière l’état de délabrement et la corruption au sein des douanes, qui assument en premier lieu, mais pas exclusivement, la responsabilité » du drame.

Par Le Figaro avec AFP

Mozambique : l’opposition appelle à de nouvelles élections

octobre 19, 2019

Filipe Nyusi © Ferhat/AP/SIPA

 

Les premiers résultats partiels des élections présidentielle et législatives de mardi donnent sans surprise une large avance au président sortant et son parti. L’opposition a appelé samedi 19 octobre à l’annulation des élections générales et accuse le pouvoir d’avoir violé l’accord de paix.

Les Mozambicains ont voté mardi dans un climat de vives tensions, au terme d’une campagne violente alimentée par des accusations de fraudes au profit du régime lancées par l’opposition et la société civile.

Après dépouillement de 830 000 bulletins exprimés, soit à peine plus de 6% des 13,1 millions d’électeurs inscrits, l’actuel chef de l’État Filipe Nyusi, qui brigue un deuxième mandat, était crédité de près de 75% des suffrages, selon les résultats publiés par la CNE sur son site internet vendredi.

Accusations de la Renamo

Il devance largement son concurrent Ossufo Momade, le chef du principal parti d’opposition la Renamo, l’ex-rébellion de la guerre civile (1975-1992), créditée de 20% des voix, selon ces mêmes résultats.

« Le Front de libération du Mozambique (Frelimo, au pouvoir) (…) a violé l’accord de cessation des hostilités qui dit qu’il ne faut pas commettre d’actes de violence et d’intimidation dans la poursuite d’objectifs politiques », écrit la Résistance nationale du Mozambique (Renamo) dans un communiqué publié samedi.

La Renamo affirme que certains de ses délégués ont été arrêtés après avoir surpris des organisateurs du scrutin qui distribuaient plus d’un bulletin de vote pour le Frelimo aux électeurs.

« Il y a eu des arrestations arbitraires d’agents (…) et des électeurs qui ont essayé de se plaindre de tout, du bourrage d’urnes électorales, n’ont pas été en mesure d’exercer leur droit de vote », poursuit la Renamo.

La Renamo a appelé à la tenue de « nouvelles élections ». Des responsables gouvernementaux n’étaient pas joignables dans l’immédiat pour commenter ces accusations.

Le MDM rejette le processus

À la dernière présidentielle, Filipe Nyusi l’avait emporté avec 58% des voix devant le chef historique de la Renamo Afonso Dhlakama (37%). Pour les élections législatives, le parti présidentiel du Frelimo, qui dirige le Mozambique sans partage depuis son indépendance sur le Portugal en 1975, pointe largement en tête avec 70% des voix après dépouillement de 750 000 bulletins, devant la Renamo avec 22% des suffrages.

Affaibli par une crise financière, un scandale de corruption et une insurrection jihadiste dans le nord du pays, le Frelimo avait réalisé sa plus mauvaise performance de son histoire en 2018 aux élections locales, avec un score national de 51,8%.

Avant même la publication de ces résultats provisoires, le Mouvement démocratique du Mozambique (MDM, opposition) a dénoncé vendredi un « processus électoral honteux ». Dans un communiqué, le MDM a exprimé son « indignation » et son « rejet » du processus électoral. « Nous affirmons qu’il y a eu fraude », a ajouté le parti, « ces élections n’ont été ni justes, ni libres, ni transparentes ».

Une campagne inéquitable ?

Si elles ont salué le déroulement « globalement normal » du scrutin mardi, les principales missions internationales d’observateurs ont émis de nombreuses réserves sur l’équité et la régularité de la campagne et sur le dépouillement du vote.

La CNE doit annoncer lundi les résultats des élections provinciales qui se sont également déroulées mardi. La Renamo espérait, avant le scrutin, prendre le contrôle de plusieurs des dix provinces du pays. Elle s’est abstenue de tout commentaire officiel depuis mardi.

Le gouvernement et l’ex-rébellion ont signé en août un accord de paix et de désarmement censé mettre un point final à leurs affrontements, récurrents depuis plus de quarante ans. Mais la campagne électorale a ravivé les tensions entre les deux camps.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

Mozambique: 16 personnes tuées dans une embuscade attribuée à des islamistes

mai 31, 2019

 

Seize personnes ont été tuées dans une embuscade tendue par des islamistes présumés mardi sur une route du nord du Mozambique, l’attaque la plus meurtrière commise par ce groupe qui sème la terreur depuis 2017, a appris l’AFP de sources locales.

«Huit personnes ont été tuées dans le véhicule et sept autres ont été tuées sur place alors qu’elles tentaient de s’enfuir», a déclaré vendredi un enseignant qui a perdu un collègue dans l’attaque. Une autre personne a succombé à ses blessures mercredi. Le bilan a été confirmé par un responsable local sous couvert d’anonymat.

Publiée par Le Figaro.fr avec AFP

Dans le nord du Mozambique, la face cachée de la fièvre du rubis

octobre 7, 2018

Des mineurs illégaux au bord d’un trou dans lequel ils espèrent trouver des rubis, près de Montepuez, le 3 août 2018 au Mozambique / © AFP / EMIDIO JOSINE

Sous la canopée de la forêt tropicale, ils se faufilent un à un dans les galeries puis en ressortent, essoufflés, les bras chargés de sacs d’une terre sablonneuse dont ils espèrent extraire les quelques éclats de pierres précieuses qui leur permettront de survivre.

Dans le nord du Mozambique, qui fournit 80% de la production mondiale de rubis, des centaines de mineurs informels défient jour et nuit la faim, la police et une multinationale pour grappiller les miettes illégales du commerce de cette pierre.

Faque Almeida, 46 ans, est l’un de ces damnés de la terre. Depuis huit ans, il creuse les sous-bois du district de Montepuez en quête de petites brisures rouges.

« Je suis là parce que je suis pauvre », confie ce musulman de Nampula (centre). Amputé d’une jambe depuis un accident, Faque Almeida doit nourrir quatre femmes et 22 enfants. « Je survivais en cultivant un petit lopin de terre pour ma famille quand j’ai entendu dire qu’il y avait des pierres précieuses à Montepuez. Depuis, je suis là. »

La découverte fortuite il y a dix ans des premiers rubis a donné la fièvre à toute la région. Des milliers de personnes y ont accouru pour arracher quelques gemmes avant que le gouvernement mozambicain ne s’en mêle.

– Violences –

En 2011, il a accordé une concession de 36.000 hectares à la société Montepuez Ruby Mining (MRM), détenue aux trois-quarts par le groupe britannique Gemfields et pour le reste par un général bien en cour à Maputo.

Aux yeux de la loi, MRM est la seule autorisée à extraire et à vendre les rubis de Montepuez, un commerce qui lui a officiellement rapporté 350 millions d’euros depuis 2012.

Un mineur illégal à la recherche de rubis près de Montepuez, le 3 août 2018 au Mozambique / © AFP / EMIDIO JOSINE

Mais l’arrivée du géant britannique, de ses barbelés et de ses agents de sécurité armés n’a pas fait partir les « garimpeiros ». La police, accusée par les mineurs de brutalités et même d’exécutions sommaires, non plus.

« Nous creusons des trous de plus de 5 m qui parfois s’effondrent sur nous. J’ai perdu de nombreux amis et un frère comme ça », confie Fernando Zulu.

« Mais notre plus grande crainte, c’est la police et la sécurité privée. Ils viennent, nous arrêtent, nous torturent et parfois même nous enterrent vivants », affirme-t-il.

Ces pratiques ont été documentées par plusieurs ONG. L’an dernier, l’association des avocats du pays a dénoncé les « actes de torture, violences (…), persécutions et menaces menés par différents éléments de forces de sécurité ».

La police et Gemfields démentent tolérer la moindre violence dans leurs rangs.

« Nous concédons que les relations entre nos agents de sécurité et les mineurs illégaux ne sont pas forcément amicales », concède le PDG de Gemfields, Sean Gilbertson, « mais nous faisons tout pour respecter les droits de l’Homme. »

– Revendeurs –

L’entrée de la société Montepuez Ruby Mining (MRM) à Montepuez, le 3 août 2018 au Mozambique / © AFP / EMIDIO JOSINE

Ce jour-là, les mineurs illégaux sont une centaine à butiner le sol à coups de pioche. S’ils continuent, c’est qu’une partie du butin extrait du sous-sol alimente le marché noir.

Selon les témoignages recueillis par l’AFP, les pierres déterrées par les mineurs informels sont écoulées auprès de négociants venus du Sénégal, du Nigeria ou du Mali, qui font leurs affaires le long de la route qui mène à la concession.

La marchandise tombe ensuite entre les mains de « grossistes » venus de Thaïlande, du Sri Lanka ou du Vietnam. « Je séjourne ici pendant un mois ou deux pour acheter des rubis. Une fois que j’en ai assez, je repars dans mon pays pour les vendre », explique l’un d’eux sous couvert de l’anonymat.

Ce circuit garantit aux « garimpeiros » de quoi survivre.

Originaire d’un village de la Tanzanie voisine, Cassiano Johane s’est installé à Montepuez en 2011 et y creuse toujours. « J’ai quitté ma famille pour les rubis », plaide-t-il, « j’en ai trouvé plusieurs, je les ai vendus et j’ai envoyé l’argent à ma famille ».

Si la police tolère ce marché noir, affirment en chœur les mineurs, c’est qu’elle en profite largement. « Lorsqu’on est arrêtés (…), la police nous libère souvent en échange d’un bakchich. Seuls ceux qui n’ont pas les moyens restent en prison », témoigne Leonardo Vaneque, 23 ans.

– « Pot-de-vin » –

Une rue de Montepuez, le 3 août 2018 au Mozambique / © AFP / EMIDIO JOSINE

« Et tous ces étrangers qui achètent les pierres à Montepuez, comment croyez-vous qu’ils arrivent jusqu’ici ? Comment réussissent-ils à sortir les rubis du pays ? », interroge-t-il: « Eux aussi paient des pots-de-vin. »

Le patron de Gemfields reconnaît la corruption des agents de l’Etat. « Malheureusement nous avons des exemples », lâche-t-il, « ils sont une minorité mais (…) c’est très inquiétant. »

La police affirme avoir pris le problème des mineurs illégaux à bras-le-corps.

« Nous faisons notre possible pour en débarrasser la province », assure le porte-parole de la police provinciale, Augusto Guta. « Nous n’arrêtons personne, les gens sont renvoyés chez eux, au Mozambique ou à l’étranger », ajoute-t-il.

« Nous préparons un plan pour combattre le commerce illégal des diamants, des métaux et des pierres précieuses », assure de son côté le ministre mozambicain des Ressources minérales, Max Tonela.

La tâche s’annonce ardue car les mineurs sont aussi déterminés que désespérés.

« Nous continuerons à +voler+ les pierres que Dieu nous offre plutôt que de voler les gens », jure Luis Elias, 42 ans. « Cette mine est assez grande pour tout le monde », insiste-t-il, « ils peuvent bien nous jeter dehors, nous continuerons parce que nous n’avons pas d’autre choix. Il n’y a pas d’autre travail ».

Romandie.com avec(©AFP / (07 octobre 2018 07h20)

Douze civils tués dans une nouvelle attaque jihadiste dans le nord du Mozambique

septembre 21, 2018

Maputo – Douze habitants d’un village du nord du Mozambique ont été tués et quatorze sérieusement blessés jeudi lors d’une nouvelle attaque attribuée à un groupe islamiste qui sème la terreur dans la région depuis des mois, a-t-on appris vendredi de source locale.

« Dix personnes ont été tuées par balle et deux sont mortes brûlées », a indiqué à l’AFP cette source qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat.

Les assaillants ont également incendié 55 maisons de ce petit village isolé, Pequeue, situé non loin de l’archipel touristique des îles Quirimbas, a-t-elle poursuivi, précisant qu’une des victimes avait également été décapitée.

« Une ambulance a été envoyée ce matin à Pequeue pour transporter les 14 blessés à l’hôpital de Macomia », le chef-lieu du district, a pour sa part indiqué à l’AFP un responsable des services de santé de la province du Cabo Delgado.

Cette attaque est la plus meurtrière commise par ces jihadistes depuis leur émergence en octobre 2017.

Désigné par la population sous le nom de « shababs » (« les jeunes » en arabe), ce groupe de jeunes musulmans radicaux a tué une cinquantaine de civils, brûlé des villages et contraint des milliers de leurs habitants à l’exode.

L’armée et la police ont déployé d’importants renforts dans le Cabo Delgado, proche de la frontière tanzanienne, où les « shababs » opèrent.

Dans un incident séparé, des éléments du même groupe ont attaqué jeudi un convoi militaire dans le secteur de Pundanhar, près de la frontière avec la Tanzanie, tuant un officier des forces armées mozambicaines, a rapporté une source policière.

« L’attaque s’est produite à la nuit tombée lors d’une patrouille des forces de sécurité. Les assaillants portaient des uniformes militaires et des armes de gros calibre », a déclaré à l’AFP ce policier qui a requis l’anonymat.

Romandie.com avec(©AFP / 21 septembre 2018 11h32)