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Conte : Le Roi de la forêt et la Musaraigne

juillet 18, 2010

Un jour, le Roi de la forêt rassembla sa maisonnée, sous l’ombre d’un grand arbre à palabre au feuillage luisant et verdoyant. Il invita pour la circonstance tout le monde : dignitaires et esclaves.

Ayant pris connaissance de la dure sentence à perpétuité retenue contre la Musaraigne de sentir mauvais à vie pour crime « d’animacide volontaire ». Il voulut trouver une juste mesure de soulager cette peine grâce à ses relations fort importantes dans la société. Il fit recours au Gorille qui faisait office de grand prêtre exorciste pour la purifier de sa puanteur très prononcée. Le grand prêtre vêtu de sa soutane noire prononça toutes les grandes oraisons pour l’exorciser. Il ne réussit pas à la laver de ce parfum fortement ancré dans sa chair. En vain ! Le Gorille dit au Lion que cette sentence était incarnée en elle et à toutes ses générations. Et aucune puissance du monde ne pouvait l’en extraire. Il frappa ses fesses pour repousser les effets malveillants de l’exorcisme. Il rangea sa soutane dans son sac et rentra chez-lui.

Devant l’échec de l’exorcisme, le Lion qui était le chef de tous les animaux resta pensif et voulait, à tout prix, responsabiliser la Musaraigne pour devenir le superviseur de ses entreprises de fabrication de chaussures, de sa boulangerie de pain de manioc et de son grenier. Il l’appela en présence de sa cour royale et lui confia cette noble tâche. Désormais, je te nomme : Haut-superviseur de mon entreprise. La Musaraigne accueillit sa nomination avec satisfaction sous les applaudissements de tous les ouvriers.

Les ouvriers qui travaillaient à la fabrique de chaussures étaient des Insectes arrêtés et réduits en esclavage pour avoir dévasté des champs de maïs et d’arachides du roi de la forêt. Ceux qui travaillaient à la boulangerie étaient des Vers de terre qui avaient rongé les racines des pommes de terre dans les champs de cultures vivrières. Et ceux qui avaient la charge du grenier et de la conservation des récoltes et de la cueillette étaient des Fourmis.

La Musaraigne par son autorité et sa respectabilité dégageait de la prestance lui permettant de faire le tour des ateliers pour contrôler et superviser la production de la chaîne industrielle du Roi de la forêt.

Chaque fois quand elle entrait furtivement dans le hangar de l’usine, la discipline régnait dans l’esprit de tous les ouvriers. Des toussotements signalétiques se répercutaient d’une bouche à une autre pour souligner sa présence et changer d’attitude évitant d’obtenir une mauvaise note de conduite au sein de l’entreprise.

A la fin de la journée, elle rendait compte au lion et tenait parfaitement sa comptabilité avec orthodoxie. Le Roi la traitait avec beaucoup d’égards et lui renvoyait le mérite de sa considération du travail bien accompli. Elle recevait un gros salaire grâce à ses compétences et à ses qualités remarquables qui la distinguaient dans la société même au-delà des frontières nationales. La Musaraigne avait acquis une forte réputation. Elle était sollicitée partout même lors des festivités familiales de mariage et de retrait de deuil pour organiser les équipes chargées de la préparation, de la distribution et de la discipline durant toutes les cérémonies. Cette énergie de son savoir-faire, de son imagination et son talent commençait à lui créer des jalousies et lui attirer les foudres de la calomnie au sein de l’entreprise.

Les ouvriers au service du lion médisaient contre la Musaraigne l’exposant au détournement d’une bonne partie de la production du pain de manioc qu’elle vendait, à son insu, aux Souris qui partaient revendre la marchandise au marché public pour son compte personnel. Pour plus d’assurance, le Lion plaça une vidéo-surveillance pour l’attraper la main dans le sac. Mais la Musaraigne creusa un long tunnel depuis l’entrepôt qui alla sortir jusque sous les tables des Souris au marché à la grande discrétion du portail où était placé l’instrument de contre espionnage.

Le rythme de la production était toujours le même mais les recettes diminuaient. Le Lion et les Fourmis étaient déroutés; les Vers de terre ainsi que les Insectes furent confus malgré leur accusation contre la Musaraigne.

A la fin du mois, le lion paya tout son personnel sauf la Musaraigne. Pris dans un rictus de colère, elle mit en place un stratagème de déstabilisation de l’entreprise. Elle ferma toutes les portes de l’usine, les attrapa un à un, les mordu jusqu’à leur dernier soupir et invita les Souris du marché au festin et mangea à tour de rôle tous les ouvriers : Insectes, Fourmis et Vers de terre. Il enfouit leurs ossements dans son trou du tunnel qui la conduisait au marché auprès des belles souris qui étaient en connivence de ses achats.

Dans l’après-midi, le patron reçut une commande pour livrer une bonne quantité de marchandise aux clients des villages limitrophes. Il fit un tour dans l’entreprise et ne trouva aucun employé.
– Musaraigne où sont mes ouvriers ?
– Je ne sais pas patron…
– Comment ne sais-tu pas où sont-ils partis ?
– Après le déjeuner, je ne les ai pas vus rentrer dans l’entreprise…
– Vite va me téléphoner la police pour venir mener l’enquête ici.

Un escadron de Courtilière arriva armé jusqu’aux dents. Lesdites policières en pantalons bleus dessinant les rondeurs de leurs fesses inspectèrent le lieu, le fouillèrent de fond en comble et l’une d’entre elles découvrit une trace de sang. Cet indice lui permit de remonter la piste de l’entrepôt où elle vit un trou qu’elle longea. Et à l’intérieur de celui-ci une odeur de sang frais se répandait avec des ossements éparpillés le long du tunnel jusqu’à sa sortie sous les tables du marché où étaient assises des Souris qui ventilaient l’air frais de leur éventail aux causeries qui tournaient sur l’invitation de la Musaraigne sous le tunnel.

Lorsqu’elle revient vers les autres membres de son équipe, elle fit part de sa découverte et invita tout le monde à descendre sous le tunnel pour une investigation. La stupéfaction était au comble du massacre de la Musaraigne. Le lion était abasourdi et ne comprenait pas cette réaction de méchanceté et de cruauté. Elle fit savoir devant les policiers sa désapprobation pour la fin du mois impayé et le climat d’indignation qu’elle commençait à connaître au sein de l’entreprise.

Le Lion reconnut son tort de ne lui avoir pas payé même s’il détournait de la marchandise. Il ne l’avait jamais attrapé la main dans le sac malgré l’installation de sa vidéo-surveillance.

Furieux, il secoua sa crinière, poussa un grand et long rugissement exposant ses belles dents blanches et licencia la Musaraigne pour faute lourde professionnelle sans indemnités de préavis.

La Musaraigne sortit de l’entreprise sans un sou dans sa poche et alla informer les Souris du marché qu’elle était congédiée, en partie, à cause d’elles. Elle pleurait sur toute la robe de ses poils. Et celles-ci l’accueillirent dans leur résidence de la cité pour la consoler et lui servir d’hospitalité. C’est pourquoi, depuis lors, la Musaraigne cohabite parfois avec les Souris dans la même maison lui disant toujours de faire attention car le maître de maison leur avait averti de ne jamais accepter la Musaraigne dans leur compagnie pour sa puanteur.

Quand elle habite dans une maison, la Musaraigne fait toujours l’objet de méfiance et de mauvaise présence contrairement aux Souris. Son odeur est parfois synonyme de malchance auprès des habitants. Mieux vaut être insulté de Souris que de Musaraigne, car la Musaraigne ne change jamais de comportement. Elle n’a pas de pitié dans la confiance.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Crapaud, la Musaraigne et le Serpent

mai 29, 2010

Un Crapaud vivait dans l’hémisphère sud, entre les tropiques du cancer et du capricorne, traversé par la ceinture équatoriale, dans un pays où la saison des pluies est favorable à la reproduction des espèces.

Ce jour-là, une pluie abondante était tombée dans le village laissant des mares d’eau, par endroits. Yâ Tsoula, le Crapaud gris, à la peau verruqueuse, aux cuisses retroussées en arrière, sous forme des coudes pliés, croassait en compagnie de Mâ Tsoula, la Crapaude, au ventre bedonnant qui touchait le sol. Le couple de batraciens se livrait aux ébats amoureux dans leur piscine, à même le sol, soutenue par une couche argileuse permettant de retenir l’eau pendant de longs jours.

Un soir, à la tombée de la nuit, après leur chant cacophonique, Ya Tsoula sortit de l’eau pour contempler une belle hostie de pleine lune entourée d’une myriade d’étoiles qui scintillaient dans le ciel comme un feu d’artifices. Pendant qu’il était plongé dans cette attitude d’extase, il fut surpris par Mounoundzi, la Musaraigne, au museau hérissé de poils et au regard scrutateur et espiègle; chasseur rageur qui se mit à le suivre, dans sa fuite, à grands sauts, avant qu’il ne fut rattrapé, mordu et traîné dans son repaire afin d’être dévoré, à l’insu de Mâ Tsoula, la femelle du Crapaud.

Mâ Tsoula continuait à croasser pour appeler son mari. Mais celui-ci ne lui répondait plus car pris entre les crocs de la Musaraigne. Il entendait le chant de sa femelle mais il était impuissant de retourner la scansion de sa cacophonie lui permettant de signaler la vitalité de sa présence.

Mâ Tsoula, la Crapaude, croassa toute la nuit. En vain ! Yâ Tsoula, le Crapaud, ne fit aucun signe de vie. Elle dormit toute seule dans son trou au bord de la mare, sous les racines des herbes sauvages.

Le lendemain matin, Mâ Tsoula, se promena dans tout le village à la recherche de son mari. Elle interrogea tous ses voisins, si par hasard, ils avaient vu Tâ Tsoula. Les réponses furent négatives dans toutes les bouches amicales. Fatiguée de rechercher son mari, sur le chemin de retour, au carrefour des chemins conduisant en directions de nombreux villages, elle rencontra, une Fourmi docteur, Mâ Kami, aux pinces crochues, qui l’approcha dans un souci d’humanité élémentaire pour compatir à sa complainte. Celle-ci lui dit avoir vu, en descendant le figuier, aux fruits mûrs, qu’une Musaraigne était entrain de dévorer un gros Crapaud, à belles dents. Aussitôt, elle pensa à son mari disparu, qui ne répondait plus à l’appel.

Avant d’arriver chez-elle, Mâ Tsoula, la Crapaude, passa au palais de justice où Tâ Nioka, le Serpent, jugeait des affaires criminelles contre les brigands sauvages de la forêt. Dès qu’il fît part de sa plainte au Serpent, celui-ci reconnut que Mounoudzi, la Musaraigne, était à la fois, un brigand irréductible de grands chemins et un criminel récidiviste.

Le Serpent reçut volontiers la plainte de la Crapaude, pris connaissance du dossier, l’instruisit, avec diligence, et, convoqua, la Musaraigne au tribunal correctionnel pour crime prémédité « d’animacide volontaire ».

Quand le jour du jugement arriva, Mounoundzi, la Musaraigne, se présenta devant la barre, sans aucune assistance judiciaire. Elle se défendit seule. Le tribunal présidé par Tâ Nioka, le Serpent, en toges rouges, et, ses assesseurs, prit acte de sa déposition en retenant contre elle une peine à vie consistant de sentir mauvais durant toute son existence jusqu’à sa mort.

A la sortie de l’audience depuis les majestueuses colonnes gothiques du palais de justice jusqu’aux dernières marches de l’estrade, la Musaraigne ne cessait de vociférer des paroles agressives en de termes, peu courtois, frisant la méchanceté et la vengeance, une fois arrivées au village.

Sur le chemin du retour, Mounoundzi, la Musaraigne était viscéralement fâchée contre Mâ Tsoula car tous ses amis ne l’approchaient plus, sentant une odeur forte de répulsion. Les gens la fuyaient. Elle dégageait un relent exécrable de pestiféré. Cette sentence exacerbait sa colère. Non seulement, elle portait la malédiction d’une sentence spéciale mais elle devenait, en plus, la risée de tout le village.

Un mois après cette condamnation, lors d’une pluie torrentielle, Mâ Tsoula, qui était enceinte de son défunt mari, descendit à l’eau pour pondre ses œufs, croassant et échangeant ses paroles solitaires qui reçurent un écho retentissant et familier.

Mounoundzi, la Musaraigne, comprit que la Crapaude était dans l’eau et vint se cacher dans un buisson proche de la route qui conduisait au domicile de Mâ Tsoula. Le souffle du vent trahissait la présence de la Musaraigne par la propagation de l’odeur répugnante. Quand la Crapaude finit de se baigner et de pondre ses œufs, au moment où elle sortait de la mare d’eau – la peur dans le ventre – elle entendit un bruit d’animal qui remua les folles herbes du buisson et vit une ombre qui la suivait d’une rapidité effrayante. Elle gagna vite son trou. Soudain, elle se retourna et ouvrit sa bouche en direction de l’entrée de son trou. Dès que la Musaraigne su que la Crapaude était entrée dans son gîte. Sans réfléchir, elle introduisit son museau allongé pour rentrer dans le trou afin d’aller sévir la Crapaude. Ne sachant pas que l’obscurité du trou était le fond de la gueule de Mâ Tsoula. Aux premiers contacts de la mandibule de la Crapaude, elle fut saisie et bloquée jusqu’à l’étouffement.

Tâ Nioka, le Serpent, qui se promenait aux alentours, pour veiller à la sécurité de la population des habitants de la forêt constata devant la porte d’entrée de Mâ Tsoula, que Mounoundzi, la Musaraigne, était bloquée, sa tête à l’intérieur du trou et ses pattes dehors. Elle avait déjà déféqué dans sa jupe arrosée d’urine et entourée d’une colonie de Mouches volantes qui chantaient un requiem post-mortem. Il essaya de l’appeler par son nom, la connaissant très bien.
– Mounoundzi, Mounoundzi, dit-il ?
Celle-ci ne répondait pas. Nioka, le Serpent, tenta de la remuer, la Musaraigne était inerte. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé car l’entrée du trou de la Crapaude était obstruée par le corps de Mounoundzi.

Nioka, frappa sa queue au sol et siffla trois fois pour signaler sa présence auprès de Mâ Tsoula lui demanda de lâcher prise car son adversaire était morte et qu’il pouvait l’aider à s’en débarrasser et la sortir du trou.

Mâ Tsoula accepta la proposition du Serpent qui retira Mounoundzi par la queue, la plaça au bord de la route. Lorsque le Serpent traîna la Musaraigne pour ses obsèques; Mâ Tsoula ferma sa porte avec de la terre molle.

Tâ Nioka, le Serpent alla dans la mare où se baignait Mâ Tsoula, la Crapaude, pour boire une bonne gorgée d’eau puis revint vers la dépouille mortelle de Mounoundzi, la Musaraigne, qu’elle arrosa de tout son corps, la redressa en position allongée et l’avala de la tête jusqu’aux pattes.

Mounoundzi, la Musaraigne est morte puant d’une odeur désagréable qu’elle continue à sentir jusqu’à nos jours pour sa condamnation à perpétuité.

© Bernard NKOUNKOU