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L’ex-procureure dénonce la « mort du droit » au Venezuela et accuse Maduro

août 23, 2017

L’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega à son arrivée à l’aéroport de Brasilia, le 23 août 2017 / © AFP / Sergio LIMA

L’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega a dénoncé « la mort du droit » dans son pays lors d’une réunion du Mercosur mercredi à Brasilia, où elle a dit détenir « beaucoup de preuves » de la corruption du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Arrivée tard mardi en provenance de Colombie, première étape de sa fuite du Venezuela, Mme Ortega, dont M. Maduro réclame l’arrestation, s’est également dite menacée de mort.

L’opposante a profité de la tribune d’une réunion des procureurs des pays du Mercosur, le marché commun sud-américain, dans la capitale brésilienne, pour fustiger le pouvoir.

« Ce qui se passe au Venezuela, c’est la mort du droit. La stabilité de la région est en danger », a-t-elle affirmé.

M. Maduro, élu en 2013, est confronté depuis cinq mois à une vague de manifestations pour exiger son départ qui ont fait 125 morts, sur fond de naufrage économique.

L’ex-procureure, relevée de ses fonctions par le pouvoir, a fui vendredi le Venezuela, où elle se considère victime d’une « persécution politique », et, désormais, menacée physiquement.

« J’ai reçu des menaces sur ma vie et je (tiendrais) le gouvernement vénézuélien responsable si quelque chose devait arriver », a-t-elle affirmé.

Comme elle l’avait annoncé, elle a attaqué l’intégrité des hauts responsables de son pays.

« J’ai beaucoup de preuves (…) qui mettent en cause de nombreux hauts fonctionnaires vénézuéliens, y compris le président de la République », a lancé Mme Ortega.

Elle a affirmé détenir des preuves de paiements illégaux effectués par le groupe brésilien de BTP Odebrecht au bénéfice de responsables vénézuéliens, dont le président.

L’un des plus grands groupes de construction d’Amérique latine est au coeur d’un scandale de corruption qui a secoué tout le continent, avec la constitution d’un cartel ayant truqué des marchés de sous-traitance de la compagnie étatique Petrobras, distribuant des pots-de-vin à des hommes politiques.

« Beaucoup d’intérêts se liguent au Venezuela pour qu’il n’y ait pas d’enquête sur les faits de corruption », a déploré Mme Ortega.

– Soutien inconditionnel –

Le procureur général du Brésil a indiqué avoir personnellement invité à la réunion de Brasilia Mme Ortega, qui y a reçu le soutien inconditionnel de ses pairs.

« Nous te reconnaissons comme la procureure générale du Venezuela. Tu peux compter sur le soutien de tous les parquets de la région », a déclaré le procureur paraguayen Javier Díaz Verón, évoquant une « gifle à la démocratie » au Venezuela.

Le président socialiste Nicolas Maduro a annoncé mardi que Caracas allait officiellement réclamer l’arrestation de Mme Ortega, devenue une de ses principales opposantes.

« Le Venezuela va solliciter auprès d’Interpol une notice rouge contre ces personnes impliquées dans des délits graves », a-t-il déclaré.

Il faisait référence à Mme Ortega et à son mari German Ferrer, député chaviste (du nom d’Hugo Chavez qui fut président de 1999 à sa mort en 2013 et le mentor de Nicolas Maduro) passé à l’opposition.

Accompagnée de son époux, l’ex-procureure était arrivée le 19 août à Bogota, bravant une interdiction de sortie du territoire vénézuélien.

Mme Ortega n’a pas cessé de dénoncer la radicalisation du gouvernement vénézuélien ces derniers mois.

On ignorait quelle serait sa prochaine destination.

« Je continuerai de lutter et de parcourir le monde pour dénoncer ce qui se passe au Venezuela et les violations des droits de l’Homme », a-t-elle dit.

Largement isolé sur la scène internationale, le président Maduro compte toutefois encore un allié de poids: la Russie.

Mais comme la Colombie, le Brésil a condamné la gestion de la crise par M. Maduro, dont le pays a été suspendu du Mercosur lors d’une réunion récente à Sao Paulo. Le ministre des Affaires étrangères Aloysio Nunes a d’ailleurs reçu Mme Ortega mercredi.

Ancienne chaviste devenue dissidente, l’ex-procureure de 59 ans a été démise le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante acquise au chef de l’État.

Dotée de super-pouvoirs, cette assemblée s’est également attribué vendredi l’essentiel des pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.

Onze pays d’Amérique latine et le Canada ont récemment condamné la « rupture démocratique » au Venezuela, s’ajoutant aux critiques de Washington, de l’ONU et de l’Union européenne.

Romandie.com avec(©AFP / 23 août 2017 18h15)                

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États-Unis: Trump évoque une possible option militaire au Venezuela

août 12, 2017

Donald Trump (d) a évoqué une éventuelle option militaire au Venezuela, où le président Nicolas Maduro (g), mis au ban de la communauté internationale, avait promis la veille de répondre « les armes à la main » à une agression américaine. / © AFP/Archives / FEDERICO PARRA, JIM WATSON

Donald Trump a évoqué une éventuelle option militaire au Venezuela, où le président Nicolas Maduro, mis au ban de la communauté internationale, avait promis la veille de répondre « les armes à la main » à une agression américaine.

« Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible option militaire si nécessaire », a lancé vendredi le président américain, lors d’un échange avec des journalistes dans son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il est en vacances.

Appelé à donner des précisions sur cette annonce, qui intervient dans une période d’extrême tension avec la Corée du Nord, le président américain est resté évasif.

« Nous avons des troupes dans le monde entier qui sont parfois très loin. Le Venezuela n’est pas très éloigné et les gens souffrent et les gens meurent », a-t-il simplement ajouté, entouré du secrétaire d’Etat Rex Tillerson et de l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley.

Interrogé sur cette annonce, le Pentagone s’est borné à indiquer, par la voix de son porte-parole Eric Pahon, qu’il n’avait « à ce stade » reçu aucune consigne sur ce dossier.

Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino, a qualifié d' »acte de folie » cette déclaration du président Trump.

En cas d’agression, « nous serons tous au premier rang pour défendre les intérêts et la souveraineté de notre Venezuela bien-aimé », a déclaré M. Padrino.

Washington et Caracas, qui n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010 mais dont les relations s’étaient quelque peu améliorées à la fin du mandat de Barack Obama, conservent des liens économiques et commerciaux étroits, avant tout dans l’industrie pétrolière.

Début août, les Etats-Unis ont infligé des sanctions au président vénézuélien qu’ils ont qualifié de « dictateur ».

La réaction de Washington est survenue au lendemain de l’élection controversée de l’Assemblée constituante voulue par le président socialiste, un scrutin marqué par des violences qui ont fait dix morts.

Rejetée par l’opposition et des pays occidentaux, cette assemblée l’a confirmé à l’unanimité dans ses fonctions de « président constitutionnel de la république bolivarienne du Venezuela ».

Il est extrêmement rare que le gouvernement américain prenne des sanctions contre un chef d’Etat étranger en exercice. M. Maduro est seulement le quatrième à être ainsi sanctionné par Washington, rejoignant un groupe composé du président syrien Bachar al-Assad, du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et du président zimbabwéen Robert Mugabe.

– « Régime inacceptable » –

Une nouvelle série de sanctions américaines ont par ailleurs été adoptées cette semaine à l’encontre de huit responsables vénézuéliens impliqués dans la mise en place d’une Assemblée constituante jugée « illégitime ».

« Ce régime est inacceptable et les Etats-Unis se tiendront au côté de l’opposition (qui se bat) contre la tyrannie jusqu’à ce que le Venezuela restaure une démocratie prospère et pacifique », a lancé à cette occasion le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Jeudi, M. Maduro a dit souhaiter « une conversation » avec son homologue américain. « S’il est autant intéressé par le Venezuela, je suis là, je suis le chef de ce qui l’intéresse », a-t-il affirmé lors d’un discours devant l’Assemblée constituante.

M. Maduro souhaite que cette discussion ait lieu par téléphone ou qu’elle se tienne à New York à l’occasion de l’assemblée générale des Nations unies à la mi-septembre.

La Maison Blanche a révélé que M. Maduro avait effectivement sollicité une conversation avec M. Trump vendredi, mais a implicitement indiqué que sa demande n’avait pas été acceptée.

« Les Etats-Unis se tiennent avec le peuple du Venezuela face à la répression permanente exercée par le régime Maduro. Le président Trump parlera volontiers avec le dirigeant du Venezuela dès que la démocratie sera restaurée dans ce pays », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.

Tout en disant souhaiter avoir des relations « normales » avec les Etats-Unis, M. Maduro a averti jeudi M. Trump que son pays répondrait « les armes à la main » à une éventuelle agression et « ne se rendra jamais ».

Il intervenait devant les 545 membres de la nouvelle assemblée chargée notamment de réécrire la Constitution de 1999. Elle régira le pays durant au moins deux ans, le mandat du président s’achevant en janvier 2019.

Les manifestations contre M. Maduro ont fait plus de 125 morts depuis début avril dans un contexte de grave crise économique et institutionnelle.

Le ministre de la Défense Vladimir Padrino a annoncé vendredi que les chefs d’une attaque menée le 6 août contre une base militaire du nord du Venezuela avaient été capturés par les forces de sécurité. Ces deux hommes, un capitaine chassé de l’armée en 2014 et un lieutenant, recevront « un châtiment exemplaire », a promis le ministre.

La base avait été attaquée par une vingtaine d’hommes. Deux avaient été abattus et huit capturés.

Romandie.com avec(©AFP / 12 août 2017 14h34)

Venezuela: le Vatican estime que l’Assemblée constituante doit être suspendue

août 4, 2017

Rome – Le Saint-Siège a estimé vendredi que l’inauguration de l’Assemblée constituante, prévue le même jour par le président vénézuélien Nicolas Maduro mais vivement contestée par l’opposition, devait être « évitée ou suspendue ».

« Le Saint-Siège demande à tous les acteurs politiques, et en particulier au gouvernement, que soit assuré le plein respect des droits humains et des libertés fondamentales, ainsi que de la Constitution en vigueur », selon le texte publié au Vatican.

Il leur demande également « d’éviter ou suspendre les initiatives en cours comme la nouvelle Assemblée constituante, qui au lieu de favoriser la réconciliation et la paix, fomentent un climat de tension et d’affrontement ».

Le Vatican a aussi lancé « un appel vibrant à toute la société pour que soit évité toute forme de violence, en invitant en particulier les forces de sécurité à s’abstenir de l’usage excessif et disproportionné de la force ».

Il exprime « sa profonde préoccupation face à la radicalisation et l’aggravation de la crise » au Venezuela, marquée par l’augmentation des morts, des blessés et du nombre de détenus. Le pape François suit de près la situation et prie pour le pays, est-il précisé.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro doit inaugurer vendredi une Assemblée constituante qui lui est toute acquise, au milieu de polémiques sur sa légitimité et des contestations de l’opposition, qui a appelé à manifester à Caracas, faisant craindre de nouvelles violences.

L’Assemblée constituante se situe au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du chef de l’Etat. Elle aura pour mission de réécrire la Constitution du Venezuela de 1999, promulguée par Hugo Chavez.

Son élection dimanche, entachée par des violences qui ont fait dix morts, a suscité un tollé international. Plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations contre le président.

En juin dernier, la diplomatie vaticane avait estimé que le projet d’Assemblée constituante mettait en péril la démocratie dans le pays, dans une lettre à l’Organisation des Etats Américains.

Le pape a manifesté publiquement à plusieurs occasions sa grande préoccupation à propos du Venezuela.

Un dialogue politique entre pouvoir et opposition avait été entamé en octobre 2016 sous l’égide du Vatican et de l’Union des nations sud-américaines (Unasur). Mais la coalition de l’opposition vénézuélienne(MUD) avait gelé ces négociations en décembre, accusant le pouvoir de ne pas appliquer des accords déjà conclus sur un calendrier électoral et sur la libération d’opposants emprisonnés.

Fin avril, le pape avait assuré que le Saint-Siège était disposé à intervenir en tant que « facilitateur » face à la crise que traverse le Venezuela, mais dans « des conditions claires ». L’opposition s’y était refusée.

(©AFP / 04 août 2017 14h26)                                            

Crise au Venezuela: les États-Unis sanctionnent le « dictateur » Maduro

juillet 31, 2017

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 31 juillet 2017 à Caracas / © AFP / RONALDO SCHEMIDT

Les Etats-Unis ont traité lundi le président vénézuélien Nicolas Maduro de « dictateur » en le comparant aux dirigeants syrien Bachar al-Assad et nord-coréen Kim Jong-Un et lui ont imposé des sanctions sans précédent en riposte à l’élection dans le sang d’une Assemblée constituante.

« Les élections illégitimes d’hier confirment que Maduro est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien », a tonné le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin en annonçant devant la presse à la Maison Blanche un « gel » des « tous les avoirs » que possèderait le président du Venezuela aux Etats-Unis.

« Maduro n »est pas seulement un mauvais dirigeant, il est dorénavant un dictateur », a martelé aux côtés de M. Mnuchin le conseiller à la Sécurité nationale du président Donald Trump, le général H.R. McMaster.

Il est extrêmement rare que le gouvernement américain prenne des sanctions contre un chef d’Etat étranger en exercice.

MM. Munchin et McMaster ont souligné que M. Maduro était seulement le quatrième président à être ainsi sanctionné par Washington, rejoignant un « club exclusif » composé des présidents syrien Bachar al-Assad, nord-coréen Kim Jong-Un et zimbabwéen Robert Mugabe.

C’est la première fois que l’administration américaine qualifie aussi directement le chef de l’Etat vénézuélien de « dictateur ». Donald Trump avait estimé il y a quelques semaines que le socialiste Nicolas Maduro « rêvait d’être un dictateur » et la diplomatie américaine avait dénoncé dimanche un « pas vers la dictature » et « les architectes de l’autoritarisme » du régime de Caracas.

Interrogé sur la perspective d’un changement de régime à Caracas, le général McMaster a indiqué qu’il n’y avait pas de « coup d’Etat » en cours au Venezuela mais « une oppression brutale contre (son) peuple ».

« En prenant des sanctions contre Maduro, les Etats-Unis affirment clairement (leur) opposition aux politiques conduites par son régime et (leur) soutien au peuple vénézuélien qui cherche le retour pour son pays d’une démocratie pleine, entière et prospère », a ajouté le ministre Mnuchin.

Outre des sanctions visant le président Maduro – gel des avoirs et interdiction à tout ressortissant américain de commercer avec lui – « quiconque participerait à cette Assemblée constituante illégitime s’exposerait à d’autres sanctions américaines pour saper les processus et institutions démocratiques au Venezuela », a mis en garde le secrétaire au Trésor.

Le Trésor a également accusé Caracas, dans un communiqué, d' »atteintes de grande ampleur aux droits de l’homme (…) de mauvaise gestion de l’économie et (…) d’une corruption érigée en système ».

Le Venezuela était lundi plus divisé que jamais, au lendemain de l’élection dans le sang d’une toute puissante Assemblée constituante à la main du président Maduro, l’opposition majoritaire au Parlement assurant qu’elle continuerait à siéger.

Les Etats-Unis ont pris depuis longtemps fait et cause pour l’opposition vénézuélienne et ont imposé la semaine dernière des sanctions contre 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux. Le département d’Etat avait également ordonné jeudi aux familles de ses diplomates de quitter le pays.

Washington et Caracas, qui n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010 mais dont les relations s’étaient quelque peu améliorées à la fin du mandat de Barack Obama, conservent des liens économiques et commerciaux étroits, avant tout dans l’industrie pétrolière.

Interrogés sur des sanctions supplémentaires, notamment économiques, MM. Mnuchin et McMaster se sont bornés à dire que « toutes les options étaient sur la table » et que Washington « continuerait de surveiller la situation ». Le secrétaire au Trésor a toutefois précisé que l’administration Trump « ne ferait rien qui puisse affecter le peuple du Venezuela ».

Romandie.com avec(©AFP / 31 juillet 2017 23h08)                

Cuba écarte toute participation à une médiation au Venezuela

juillet 26, 2017

Pinar del Río (Cuba) – Les autorités cubaines ont rejeté mercredi toute participation à une médiation au Venezuela, proche allié de l’île communiste, arguant de la légitimité du président Nicolas Maduro, confronté depuis quatre mois à une vague de contestation ayant déjà fait une centaine de morts.

Le vice-président cubain Jose Ramon Machado a « catégoriquement rejeté les insinuations » de certains journaux étrangers sur l’éventualité d’une participation de Cuba à une médiation internationale entre M. Maduro et l’opposition vénézuélienne, dans un discours prononcé à Pinar del Rio (sud-ouest).

« Cuba réclame le respect absolu de la souveraineté » du Venezuela. « Ceux qui tentent depuis l’extérieur de donner des leçons de démocratie et de droits de l’homme, tout en encourageant la violence et le terrorisme, doivent laisser cette nation tranquille », a-t-il ajouté après avoir évoqué les « menaces de sanctions économiques des États-Unis » contre le gouvernement Maduro.

Dénonçant aussi des « manœuvres d’ingérence et déstabilisatrices » contre Caracas, M. Machado a jugé qu’il « appartient uniquement au peuple et au gouvernement (du Venezuela) de surmonter leurs difficultés », dans une allocution à l’occasion des cérémonies du 26 juillet, « jour de la rébellion nationale » qui commémore l’acte de naissance de la révolution castriste.

Ces festivités se tenaient pour la première fois en l’absence du père de la révolution Fidel Castro, décédé en novembre dernier. Il s’agissait également d’une dernière pour son frère cadet Raul Castro, qui ne s’est pas exprimé à cette occasion.

A 86 ans, son deuxième mandat touche à sa fin et il a déjà annoncé qu’il se retirerait à partir du 24 février prochain pour laisser la main à la nouvelle génération.

Au Venezuela, l’opposition a appelé à une grève générale de 48 heures mercredi et jeudi pour protester contre l’élection prévue dimanche d’une Assemblée constituante.

Les opposants voient dans ce projet de réécrire la Constitution un moyen pour M. Maduro de se cramponner au pouvoir, de contourner le Parlement élu, où l’opposition est majoritaire, et d’éviter l’élection présidentielle de fin 2018.

Romandie.com avec(©AFP / 26 juillet 2017 15h47)

Venezuela: 100 morts depuis le début des manifestations de l’opposition

juillet 21, 2017

Un opposant au président Nicolas Maduro, lors d’affrontements avec la police venezuelienne, à Caracas le 20 juillet 2017 / © AFP / CARLOS BECERRA

La vague de protestations violentes contre le président vénézuélien Nicolas Maduro a fait 100 morts depuis début avril, a annoncé le parquet vendredi.

Le 100e mort est un jeune de 15 ans décédé jeudi aux cours d’une manifestation dans l’Etat de Zulia (ouest), durant la grève générale de 24 heures à l’appel de l’opposition.

L’opposition manifeste quasi-quotidiennement dans les rues du pays depuis trois mois et demi pour dénoncer la gestion de M. Maduro, qu’elle juge désastreuse, et réclamer une élection présidentielle anticipée. Les manifestations ont souvent été émaillées de confrontations entre protestataires et forces de l’ordre.

L’appel à la grève générale a été lancé par l’opposition pour dénoncer le projet du chef de l’Etat de convoquer une Assemblée constituante.

Avec des barricades, des commerces fermés et les transports à l’arrêt, le Venezuela a été en partie paralysé jeudi par cette grève. Lors de nombreux incidents, policiers et militaires ont lancé des grenades lacrymogènes et tiré du plomb de chasse pour disperser des manifestants qui barraient les rues en élevant des barricades.

Les blocages de rues se sont poursuivis dans la soirée de jeudi et la grève générale a pris fin vendredi à 10h00 GMT.

Les antichavistes – du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l’héritier – sont catégoriquement opposés à la désignation d’une Assemblée constituante. Elle permettra selon eux de contourner le Parlement, où ils sont majoritaires depuis les élections de décembre 2015.

Le 30 juillet, les 545 membres de l’Assemblée constituante doivent être élus avec pour mission de réécrire la Constitution.

Pour le gouvernement, cette future assemblée sera un « super pouvoir » qui pourra dissoudre le Parlement et dont la durée du mandat n’est pas définie.

Estimant le mode de désignation des candidats à l’assemblée constituante verrouillé et trop favorable au chavisme, l’opposition a choisi de boycotter le processus électoral.

70% des Vénézuéliens rejettent l’Assemblée constituante, selon l’institut Datanalisis. Un rejet confirmé par le vote massif de 7,6 millions de personnes à la consultation symbolique organisée par l’opposition dimanche.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juillet 2017 16h29)                

Le Venezuela en partie paralysé par une grève générale

juillet 20, 2017

Heurts entre opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro et les forces de police, le 20 juillet 2017 à Caracas / © AFP / JUAN BARRETO

Barricades, commerces fermés, transports à l’arrêt: le Venezuela était en partie paralysé jeudi par une grève générale à l’appel de l’opposition contre le projet du président Maduro de modifier la Constitution, après bientôt quatre mois de manifestations qui ont fait une centaine de morts.

Les antichavistes — du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l’héritier — sont farouchement opposés à la désignation d’une Assemblée constituante: elle permettra, selon eux, de contourner le Parlement élu où ils sont majoritaires.

Dans plusieurs quartiers de Caracas et d’autres villes comme Maracaibo, dans l’ouest du pays, les rues étaient bloquées par des barricades depuis le matin. Des affrontements sporadiques entre les deux camps ou avec la police ont éclaté à divers endroits.

L’opposition est lancée dans un contre-la-montre: le 30 juillet, les 545 membres de l’assemblée constituante doivent être élus avec pour mission de réécrire la Constitution.

Le chef de l’Etat compte y inscrire les programmes sociaux, le contrôle des prix pour limiter l’inflation –estimée à 720% pour 2017 par le FMI–, et la distribution d’aliments subventionnés afin de combattre la pénurie.

Pour le gouvernement, cette future assemblée sera aussi un « super pouvoir » qui pourra dissoudre le Parlement et dont la durée du mandat n’est pas définie.

Estimant le mode de désignation des candidats à l’Assemblée constituante verrouillé et trop favorable au chavisme, l’opposition a choisi de boycotter le processus électoral.

« Peu importe de perdre une journée de travail quand on est en train de perdre un pays. Je rejoins la mobilisation pour essayer de sauver le peu qui nous reste, pour accroître la pression », a expliqué à l’AFP Omar, 34 ans, patron d’une petite entreprise de bâtiment au sud-est de Caracas.

– ‘Grève absurde’ –

« Nous avons de nouveau gagné (…). Les seuls qui peuvent paralyser ce pays sont les chavistes », s’est félicité M. Maduro en assurant que les secteurs clés de l’économie tournaient « à 100% ».

Confronté à une intense pression diplomatique, le chef de l’Etat socialiste assure que le projet de Constituante sera maintenu « pour la paix et le redressement économique » du pays et rejette les menaces de sanctions économiques « fortes » de Donald Trump en cas d’élection de cette assemblée.

La grève générale est soutenue par le patronat, les chambres de commerce et d’industrie, une partie des syndicats, les étudiants et les entreprises de transport.

Certains secteurs économiques, accusés par le président de mener une « guerre économique », craignent l’instauration, via la Constituante, d’un modèle économique « à la cubaine », qui aggraverait la situation économique, selon eux.

Lors des législatives de fin 2015, les antichavistes se sont largement imposés avec 2,1 millions de voix d’avance sur le camp présidentiel. Devenus majoritaires au Parlement, ils ont mis fin à 17 ans d’hégémonie chaviste et réclament une élection présidentielle anticipée.

– Industrie pétrolière stratégique –

Mais le gouvernement, qui a menacé de sanctions les entreprises participant à la grève, contrôle la très stratégique industrie pétrolière et la fonction publique, qui compte près de trois millions d’employés.

Entre décembre 2002 et janvier 2003, une grève générale convoquée par l’opposition à Hugo Chavez avait paralysé pendant deux mois la production de la compagnie nationale des pétroles, la PDVSA. Quelque 17.000 grévistes de PDVSA avaient alors été licenciés.

L’entreprise a dit fonctionner normalement jeudi.

« Une grève dans un pays pétrolier où le gouvernement contrôle cette production revient à un bras de fer financier opposant l’entrepreneuriat et une population affamée et appauvrie à un gouvernement également ruiné, mais qui contrôle les maigres ressources », analyse Luis Vicente Leon, de l’institut Datanalisis.

Frappé par une grave pénurie d’aliments et de médicaments et une inflation galopante, le Venezuela a perdu 70% des ses entreprises ces dix dernières années, et celles qui restent fonctionnent à 30% de leurs capacités, selon le syndicat patronal Fedecamaras.

Si la tension se poursuit jusqu’à la fin de l’année, le PIB pourrait se contracter de 9% en 2017, contre une prévision originale de -4,3%, a déclaré à l’AFP Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet Ecoanalitica.

70% des Vénézuéliens rejettent l’assemblée constituante, selon l’institut Datanalisis. Un rejet confirmé par le vote massif de 7,6 millions de personnes à la consultation symbolique organisée par l’opposition dimanche.

Seule l’armée, soutien inconditionnel de M. Maduro, pourrait faire pencher la balance, juge le politologue Luis Salamanca. Mais cela semble peu probable: mercredi encore, en rejetant les menaces de Donald Trump, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, a promis de défendre l’élection de cette assemblée controversée.

Romandie.com avec(©AFP / 20 juillet 2017 22h22)                

Venezuela: l’opposition aux urnes contre la Constituante de Maduro

juillet 16, 2017

Les Vénézuéliens ont commencé à voter lors d’une consultation populaire organisée par l’opposition contre le gouvernement du président Nicolas Maduro. / © AFP / FEDERICO PARRA

Les Vénézuéliens votaient dimanche dans le calme lors d’une consultation populaire symbolique organisée par l’opposition sur le projet de Constituante du président Nicolas Maduro, après plus de trois mois de manifestations violentes, ont annoncé les organisateurs.

Les électeurs, beaucoup vêtus de blanc ou avec aux couleurs du drapeau jaune, bleu, rouge du Venezuela, sont venus nombreux glisser leur bulletin dès l’ouverture, dans des boîtes en carton installées dans des bureaux de vote par la coalition d’opposition appelée Table de l’unité démocratique (MUD).

« Liberté ! », lancent certains électeurs.

« Je manifeste mon mécontentement contre le gouvernement. Nous ne trouvons pas de médicaments, nous avons chaque fois moins d’argent pour acheter de la nourriture. Et eux, ils veulent juste rester au pouvoir, nous votons pour qu’ils le quittent », déclare Tibisay Méndez, 49 ans, dans un bureau de vote due sud-est de Caracas.

Présenté comme un acte de « désobéissance civile », ce vote, qui se déroule sans l’aval des autorités, a pour but de manifester le rejet par la population de la future Assemblée constituante, selon la coalition des antichavistes – du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013 – réunis au sein de la MUD.

Selon l’institut de sondages Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion par M. Maduro d’un pays en partie paralysé et traumatisé par des manifestations au cours desquelles 95 personnes ont été tuées depuis le 1er avril.

Cette crise politique survient par ailleurs sur fond de chute depuis 2014 des cours du pétrole qui frappe de plein fouet l’économie, dont 95% des devises proviennent de l’exportation de l’or noir.

La Constituante voulue par M. Maduro, et dont les 545 membres seront élus le 30 juillet, aura pour mission de modifier la Constitution en vigueur pour assurer, selon lui, la « paix et la stabilité économique » du Venezuela.

Le projet est fermement rejeté par les antichavistes qui y voient un moyen pour le gouvernement de rester au pouvoir, en contournant l’Assemblée nationale où l’opposition est majoritaire depuis 2016.

« Le pays va non seulement rejeter la Constituante mais aussi donner un mandat pour exiger un changement de régime, la sortie de la dictature et l’ouverture d’une transition avec un gouvernement d’union nationale », a déclaré samedi à l’AFP une responsable de l’opposition, Maria Corina Machado.

– ‘Show international’ –

D’après les projections de l’institut de sondages Datanalisis, quelque 10,5 millions de personnes, sur 19 millions d’électeurs, seraient prêts à voter lors de la consultation qui a reçu le soutien de l’Eglise catholique, des Nations unies, de plusieurs pays d’Amérique latine et d’Europe ainsi que des Etats-Unis.

« Cela va marquer un avant et un après. Aujourd’hui comme jamais nous allons montrer au monde entier et à ceux qui ont le pouvoir que le peuple vénézuélien est maître de son destin », a déclaré Julio Borges, le président du Parlement (opposition), au cours d’une conférence de presse.

Le chef de l’Etat a appelé ses adversaires à réaliser leur consultation dans un climat de « paix ». Ce « show international (…) faites-le, mais en paix », a déclaré le M. Maduro, qui jouit du soutien de l’armée, acteur incontournable du jeu politique.

Dimanche également, le gouvernement a invité les citoyens à venir tester les machines de vote qui seront mises en place pour élire les membres de la Constituante le 30 juillet. Objectif: ne pas laisser le champ libre à l’opposition ce jour

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait exprimé vendredi son inquiétude. « Il y a un besoin urgent d’un dialogue national au Venezuela entre le gouvernement et l’opposition ».

Au même moment, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) avait publié des chiffres de demandes d’asile déposées par des Vénézuéliens: 52.000 demandes depuis janvier, soit plus du double de celles recensées l’an dernier.

– ‘Observateurs internationaux

Samedi, cinq anciens présidents latino-américains sont arrivés à Caracas pour assister à la consultation de l’opposition en tant qu' »observateurs internationaux ».

A son arrivée, le Mexicain Vicente Fox a jugé que la consultation de l’opposition marquait le début « du chemin vers la fin » du gouvernement Maduro, qui « doit comprendre que personne n’en veut et qu’il ne peut pas continuer à détruire l’économie » du Venezuela.

M. Fox est accompagné des anciens présidents colombien Andres Pastrana, costariciens Laura Chinchilla et Miguel Angel Rodriguez et bolivien Jorge Quiroga.

Ces dernières semaines, le camp gouvernemental a laissé entrevoir des fêlures, avec les prises de position critiques de la procureure générale Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence et menacée d’un procès qui pourrait conduire à sa destitution.

Romandie.com avec(©AFP / 16 juillet 2017 16h06)                

Venezuela: des pro-Maduro envahissent le Parlement, 5 députés blessés

juillet 5, 2017

Des partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro pénètrent violemment dans l’enceinte du Parlement à Caracas le 5 juillet 2017 alors que les députés de l’opposition tiennent une session spéciale le jour de l’indépendance / © AFP / Juan BARRETO

Des partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro ont pénétré violemment mercredi dans l’enceinte du Parlement, unique institution du pays contrôlée par l’opposition, déclenchant une bagarre générale dans laquelle au moins cinq députés ont été blessés.

Près d’une centaine de personnes, certaines cagoulées, portant des bâtons et vêtues de rouge – la couleur du parti socialiste au pouvoir -, ont forcé le portail d’entrée du bâtiment et pénétré dans les jardins et les couloirs.

Elles ont lancé des pétards et grenades assourdissantes, provoquant le chaos et la panique, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Au milieu d’une épaisse fumée, les partisans du gouvernement ont alors agressé des députés d’opposition, obligeant les reporters à arrêter de filmer et photographier puis à quitter les lieux.

L’incident est survenu alors que le Venezuela traverse sa pire crise économique et politique depuis des décennies, avec une vague de manifestations demandant le départ du président Maduro et qui a fait 91 morts en trois mois.

Julio Borges, président de l’Assemblée où l’opposition de centre droit est majoritaire depuis début 2016, a annoncé sur Twitter que « l’attaque » avait fait cinq blessés parmi les députés.

Trois d’entre eux ont souffert de coupures à la tête. Le député Américo de Grazia « a eu des convulsions » et a été transporté à l’hôpital, a indiqué son collègue Juan Guaido, affirmant que les agresseurs avaient « des pierres, des bâtons et des couteaux ».

Au moins deux employés du Parlement ont été blessés, selon plusieurs députés.

– Cérémonie improvisée –

M. Borges a attribué cette irruption à des « colectivos », des groupes de civils pro-gouvernement et, selon l’opposition, armés par l’exécutif.

« Cela nous fait encore plus mal que de voir tous les jours comment nous perdons le pays », a commenté le député Armando Armas avant de monter dans une ambulance, la tête couverte de bandages ensanglantés.

« Le gouvernement a toujours recours à la violence », a dénoncé le député d’opposition Stalin Gonzalez. « Nous allons continuer à affronter ces sauvages », a promis son collègue Simon Calzadilla.

Plus tôt dans la matinée, avant l’arrivée des députés, le gouvernement avait improvisé une cérémonie dans l’hémicycle à l’occasion du jour de l’indépendance, suscitant l’indignation de l’opposition.

L’armée a gardé le bâtiment du Parlement pendant la cérémonie, au cours de laquelle le vice-président Tareck El Aissami, accompagné du ministre de la Défense et chef des armées Vladimir Padrino Lopez et de militants chavistes, a prononcé un discours de 15 minutes.

« Ici, nous avons un président digne qui ne se rendra jamais et qui ne permettra pas non plus que le Venezuela soit la colonie d’une puissance étrangère », a-t-il lancé.

Le chef de l’Etat, qui dénonce des projets visant à le renverser avec le soutien de Washington, a récemment lancé un projet d’assemblée Constituante, dont les membres seront élus le 30 juillet.

Selon lui, changer la Constitution permettra d' »assurer définitivement l’indépendance » du Venezuela, alors que pour l’opposition, c’est une manoeuvre pour s’accrocher au pouvoir.

– ‘Gouvernement en phase terminale’ –

La cérémonie est « une agression », a dénoncé le député Tomas Guanipa.

Le député et ex-président du Parlement Henry Ramos Allup s’est dit peu surpris de cette « provocation », le gouvernement étant selon lui prêt à tout.

« C’est un gouvernement en phase terminale, soutenu par les baïonnettes et les décisions de la Cour suprême », qui annule systématiquement tous les votes du Parlement depuis qu’il a basculé dans l’opposition, a-t-il affirmé.

Même s’il bénéficie du soutien de l’armée, M. Maduro est sous pression, critiqué jusque dans son propre camp par la procureure générale Luisa Ortega, dont la Cour suprême pourrait bientôt prononcer la destitution.

Dans ce contexte tendu, un pilote d’hélicoptère accusé de tentative de coup d’Etat a appelé dans une nouvelle vidéo à poursuivre les manifestations contre le pouvoir.

Activement recherché, Oscar Pérez, un drapeau vénézuélien déployé derrière lui, y affirme : « le moment de nous réveiller est venu (…) restons fermement mobilisés dans la rue ».

Le 27 juin, ce policier pilotait un hélicoptère qui, selon le gouvernement, a lancé quatre grenades sur la Cour suprême et tiré 15 coups de feu contre le ministère de l’Intérieur, sans faire de victime. Une version des faits mise en doute par l’opposition et des analystes, qui suspectent un coup monté de l’exécutif.

Romandie.com avec(©AFP / 05 juillet 2017 20h29)                

Venezuela: la procureure qui défie Maduro face à la Cour suprême

juillet 4, 2017

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, lors d’une session à l’Assemblée nationale, le 3 juillet 2017 à Caracas / © AFP / Federico PARRA

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, chaviste entrée en rébellion contre le président Nicolas Maduro, comparaît mardi devant la Cour suprême, qui décidera si elle ouvre un procès à son encontre, pouvant mener à sa destitution.

Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, plus haute figure institutionnelle à défier le chef de l’Etat, est entre les mains de la Cour suprême (TSJ), organisme réputé proche de l’exécutif.

L’audience, prévue à 14h00 GMT, pourrait être retardée car la procureure a récusé lundi soir 17 magistrats du TSJ, ce dernier annonçant aussi qu’il ferait une déclaration sur « des thèmes d’intérêt national » avant l’audience.

Mardi matin, le bâtiment de la Cour suprême était gardé par les militaires de la Garde nationale.

Le député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, qui a engagé la procédure et sera entendu à l’audience, lui reproche d’avoir commis des « fautes graves dans l’exercice de sa fonction ». Il exige aussi d’évaluer la santé mentale de la procureure car « il est clair que cette dame n’a pas toute sa tête ».

En attendant sa comparution, elle a été frappée d’une interdiction de sortie du territoire et a vu ses biens et actifs gelés.

En toile de fond, c’est son discours étonnamment critique envers le président Maduro, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d’approfondir encore les fractures entre chavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013).

S’il bénéficie toujours du soutien précieux de l’armée, le chef de l’Etat est confronté depuis trois mois à des manifestants qui l’accusent du naufrage économique du pays, pourtant riche en pétrole. Ils exigent son départ immédiat.

Les violences autour de ces rassemblements ont fait jusqu’à présent 89 morts, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale.

« Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n’aura pas retrouvé le chemin des libertés », a lancé lundi Luisa Ortega face au Parlement, seule instance dominée par l’opposition depuis début 2016, appelant à « lutter pour la démocratie ».

Elle s’exprimait quelques heures après une nouvelle offensive du pouvoir, qui a diligenté un audit dans ses bureaux pour y chercher d’éventuelles irrégularités administratives ou budgétaires.

– « Radicalisation de la crise » –

Si la Cour suprême décide mardi d’ouvrir un procès et si elle est reconnue coupable, Mme Ortega pourrait être destituée.

La décision nécessitera toutefois le feu vert du Parlement. Une perspective difficile à envisager: les députés d’opposition ont en effet ovationné Mme Ortega dans l’hémicycle lundi.

« Nous sommes face à une tentative de coup d’Etat contre la procureure, qu’on essaie d’écarter de son poste de façon frauduleuse », estime l’expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez.

« Cela montre l’utilisation politique du TSJ et la fracture interne au sein du pouvoir », ajoute-t-il, prédisant une « radicalisation de la crise ».

Pour le politologue Luis Salamanca, Luisa Ortega cherche à priver M. Maduro de « la légitimité que lui donne Chavez », son mentor politique. Si elle y parvient cela renforcera les divisions au sein du chavisme et laissera le président « très affaibli ».

Au final, « la stratégie plus agressive de Maduro envers les dissidents chavistes va probablement se retourner contre lui », observent les analystes du cabinet Eurasia dans une note.

« En s’en prenant à Ortega, le gouvernement ne fera que l’inciter encore plus à s’exprimer publiquement et de façon plus agressive contre le régime », poursuivent-ils. Et cette « persécution des dissidents chavistes va encourager l’opposition à continuer ses manifestations ».

Mardi, l’opposition a d’ailleurs prévu une nouvelle opération de blocage des routes du pays, pendant six heures, pour rejeter le projet d’Assemblée constituante, dont les membres doivent être élus le 30 juillet et qu’elle perçoit comme une tactique du président Maduro pour s’accrocher au pouvoir.

Elle organisera à ce sujet une consultation populaire le 16 juillet, dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays, pour marquer « l’heure zéro » de son « soulèvement » massif contre le pouvoir.

Romandie.com avec(©AFP / 04 juillet 2017 15h52)