Posts Tagged ‘Nigérians’

Pourquoi Emmanuel Macron mise sur les patrons nigérians

juillet 14, 2021
Le président Emmanuel Macron avec le businessman et économiste nigérian Tony Elumelu à Lagos en 2018.

Alors qu’il était étudiant à l’ENA, Emmanuel Macron a séjourné pendant six mois au Nigeria. Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, le président français met tout en œuvre pour rapprocher Paris et Lagos et encourager les investissements.

Lors du sommet Choose France, qui a réuni des chefs d’entreprise du monde entier le 28 juin à Versailles, le Nigéria était placé au centre de l’attention. En effet, la première puissance économique du continent est le seul pays à avoir eu droit à un évènement spécial, réunissant des industriels français et nigérians de premier plan.  Signe de l’importance que revêt pour Emmanuel Macron la diplomatie économique de la France au Nigeria.

Rapprochement avec l’Afrique

Le président français a une vision particulière de la relation de la France avec le continent. Il est à l’origine d’une diplomatie économique militante. Il reproche aux entreprises françaises leur timidité sur les marchés mondiaux au-delà de leurs zones de confort.

« Il y a 40 ans, la France occupait une position de premier plan au Nigeria », a déclaré le président français à Jeune Afrique/The Africa Report. « De grandes entreprises françaises occupaient des positions de premier plan dans les secteurs de la construction, de la fabrication et de la logistique. Plus de 10 000 ressortissants français vivaient au Nigéria à cette époque. »

Mais, dans les années 2000, les entreprises françaises se sont éclipsés face à la concurrence étrangère. Michelin et Peugeot, par exemple, avaient des usines emblématiques, respectivement à Port Harcourt et Kaduna, toutes deux fermées depuis.

Aujourd’hui, il n’y a même pas un millier de citoyens français enregistrés à l’ambassade de France d’Abuja. « L’ironie, c’est que de nombreuses entreprises étrangères [non françaises] emploient aujourd’hui des ressortissants français au Nigéria », a regretté Emmanuel Macron.

LES NIGÉRIANS N’ONT PAS DE COMPLEXE D’INFÉRIORITÉ À L’ÉGARD DE LA FRANCE PARCE QUE LE PAYS N’EST PAS SUR LEUR RADAR

C’est au Nigeria que la relation d’Emmanuel Macron avec le continent a débuté. En 2002, il réalise un stage de six mois à l’ambassade de France à Abuja. Il y découvre alors un pays qui n’a rien à voir avec les repaires les plus familiers de la France en Afrique comme Abidjan, Dakar ou Libreville.

Pas de complexe d’infériorité

« Les Nigérians n’ont pas de complexe d’infériorité à l’égard de la France parce que le pays n’est pas sur leur radar », a déclaré le président français à Antoine Glaser et Pascal Airault dans un livre récent. « J’étais très heureux [au Nigeria]. Il y avait tellement de choses à faire, avec des gens extrêmement entreprenants, très créatifs, avec lesquels j’ai pu avoir une relation d’égal à égal de manière très spontanée et naturelle. »

Pourtant, à cause de l’insécurité et des mauvaises infrastructures, les entreprises nigérianes n’ont pas la vie facile.

Le quotidien nigérian The Guardian avait, en 2007, publié un éditorial résumant bien la situation. « La sortie de Michelin met en lumière un certain nombre de problèmes. L’incapacité du gouvernement à fournir un environnement favorable aux fabricants de pneus, la crise énergétique et son effet sur le coût des affaires, ainsi que l’usage abusif de dérogations présidentielles en faveur de certains Nigérians privilégiés », écrivait le journal.

Trois défauts majeurs

Les entreprises françaises sont, quant à elles, confrontées à trois autres problèmes : manque de relations personnelles, manque d’audace et un déficit de flexibilité.

Tout d’abord, les réseaux. Au cours des dernières décennies, les multinationales françaises ont fait tourner leur personnel expatrié, empêchant ces derniers de se créer de véritables réseaux. « Le business au Nigéria est principalement une affaire de personnes et de liens entre elles. Si vous n’avez pas cela, il est difficile d’opérer », déclare Jean Haas, directeur général de Relais International Consultants.

NETFLIX ET DISNEY ONT COMPRIS QUE LE PROCHAIN BLACK PANTHERS SERA « MADE IN AFRICA »

Ensuite, le manque d’audace. Le groupe de média Canal+ a investi dans le service de streaming nigérian iROKO, créé par Jason Njoku. Le groupe français, propriété de Vivendi, avait une stratégie africaine claire : se développer en Éthiopie et au Nigéria. Pourtant, lorsque ROk Studios, la branche de production d’iROKO, a été mise sur le marché, Canal+ a hésité à l’acheter, bien que le coût soit modeste.

« Les entreprises américaines ne se posent pas de questions. Netflix et Disney ont compris que le prochain Black Panthers sera « made in Africa » », explique Jacques Eliezer, associé de Procadres International dépêché par Vivendi pour redresser ROK. « Regardez Disney qui balance des millions sur un illustrateur nigérian qui n’a écrit que quelques bandes dessinées », dit-il, en faisant référence à Iwaju, la série que Disney va créer avec le studio nigéro-ougandais Kugali.

Bien sûr, toutes les entreprises françaises ne perdent pas leur sang-froid au Nigeria. TotalEnergies a, par exemple, mis en service la plus grande plateforme offshore qu’elle ait jamais construite, sur le champ en eau profonde d’Egina. À son pic de production de 200 000 barils par jour, celui-ci représente 10 % de la production pétrolière totale du Nigeria.

Pour Mike Sangster, directeur général de Total au Nigeria, « là où Total a été courageux, c’est en poursuivant » ce projet de 16 milliards de dollars après l’effondrement des prix du pétrole en 2014.

Enfin, il y a un déficit de flexibilité. En effet, il serait plus pertinent de cibler les 195 millions d’habitants avec des revenus les plus faibles, plutôt que de se concentrer sur les cinq millions de personnes aisées.

Le géant français du lait Danone a, lui aussi, voulu s’implanter dans la première économie africaine. Mais, il a été frappé par l’interdiction d’importer des produits laitiers qui fait partie de la politique d’« intégration en amont » de la Banque centrale du Nigeria. De fait, l’entreprise a dû adopter une approche plus souple. En 2016, le géant laitier français a pris le contrôle de FanMilk (100 % du capital à la fin 2019), un fabricant de crèmes glacées, de yaourts à boire et de jus de fruits. Au début de 2021, elle a annoncé qu’elle allait construire une ferme laitière phare dans l’État d’Ogun pour approvisionner FanMilk en lait nigérian.

Choose France

Pour ramener des entreprises françaises au Nigeria, le président français a lancé durant le sommet Choose France, un nouveau conseil des affaires France-Nigeria.

Ce conseil est la réincarnation d’une précédente initiative, qui n’a pas vraiment fonctionné. En 2018, lors de la tournée présidentielle d’Emmanuel Macron au Nigeria, un dialogue d’affaires franco-nigérian avait été organisé à Lagos. « Pas un seul PDG français n’est venu », a déploré le président français. « Nous devions nous impliquer […]. Au final, Abdul Samad Rabiu [BUA Group] a signé avec nous [un contrat avec la société française Axens pour la construction d’une raffinerie]. Les Américains sont furieux que nous ayons réussi à le faire balancer ».

En effet, BUA Group est en train de signer un contrat avec le groupe français de construction Saint-Gobain pour la construction d’une usine de plaques de plâtre. Dans le secteur de l’énergie, le closing financier du train 7 de Nigeria LNG va entraîner un énorme investissement dans le gaz de la part de toutes les parties prenantes, y compris Total.

La relation d’affaire franco-nigériane n’est pourtant pas à sens unique. La banque nigériane Access Bank, ouvre une banque en France pour mieux servir ses clients d’Afrique francophone qui ont besoin de service de correspondances bancaires.

Plusieurs freins à l’investissement

Toutefois, pour investir au Nigeria, il faut du courage et un réel engagement avec les partenariats locaux. « Les défis sont exactement ceux dont vous avez entendu parler, mais en pire », assure Jean Haas, directeur général de Relais International consultants.

Par exemple, le détaillant sud-africain Shoprite est la dernière multinationale a avoir quitté le Nigeria, du fait des évolutions défavorables des taux de change et des interdictions d’importation qui mettent ses produits hors de portée des classes moyennes.

Pour remédier à ces problèmes, le pays mettra en service -au cours des deux prochaines années- une série de raffineries, de zones franches et de ports.

LA COMBINAISON D’UN PORT EN EAU PROFONDE ET D’UNE ZONE FRANCHE INTÉGRÉE EST UNE « SOLUTION MIRACLE »

De fait, ces installations pourraient libéraliser le véritable potentiel du pays. Pour s’en rendre compte, il suffit de monter dans une voiture et de braver les interminables embouteillages de la péninsule de Lekki, à l’est de Lagos. Les lotissements et les commerces se sont multipliés sur des dizaines de kilomètres jusqu’à Aja et au-delà. Tous les quelques centaines de mètres, on trouve une station-service, un supermarché et un centre commercial.

Plus loin, on retrouve une coentreprise entre le géant américain des céréales Kellogg’s et la société singapourienne Tolaram. En face, China Harbour Engineering est en passe de terminer le port en eau profonde de Lekki, qui sera exploité par le géant du transport maritime français CMA CGM. Pour Dinesh Rathi, directeur financier de Tolaram, la combinaison d’un port en eau profonde et d’une zone franche intégrée est « une solution miracle » pour les entreprises qui ont repéré le potentiel de la région mais qui ont reculé devant les obstacles infrastructurels d’Apapa et de Tin Can Island.

A Port Harcourt, une autre zone franche se prépare à accueillir une raffinerie de sucre qui ciblera les opportunités de la zone de libre-échange continentale africaine et concurrencera les importations de sucre du Brésil. Dans le nord du Nigeria, les plantations de sucre et les rizeries construites par les principaux conglomérats du pays servent de points d’ancrage à d’autres investisseurs.

Certes, les titres des journaux mettent en garde contre la désintégration de la nation, font état de conflits ethniques, de stagflation, de centaines d’écoliers kidnappés et de la compagnie pétrolière nationale qui affirme qu’elle sera « incapable de verser » de l’argent sur le compte de la fédération du gouvernement. Tout cela est vrai. Mais, l’adage ne dit-il pas : la chance sourit aux audacieux.

Avec Jeune Afrique Nicholas Norbrook

Depuis Londres, Buhari envoie un message vocal aux Nigérians pour l’Aid

juin 26, 2017

Un homme lit un journal dont la Une est consacrée au départ du président Muhammadu Buhari à Londres pour raisons médicales, le 8 mai 2017. / © AFP/Archives / PIUS UTOMI EKPEI

Malade et absent de son pays depuis des semaines, le président nigérian Muhammadu Buhari, a envoyé un message vocal pour souhaiter à ses compatriotes une joyeuse Aïd El-Fitr qui marque lundi la fin du ramadan au Nigeria, selon la présidence.

Dans le message vocal attribué au président et diffusé sur les radios nigérianes durant le week-end, une voix qui semble être la sienne, très fatiguée et hésitante, s’exprime en haoussa.

« Je suis immensément reconnaissant à Dieu pour sa miséricorde à nous guider avec succès pour achever un autre Ramadan. Mes salutations à tous les musulmans nigérians et à nos frères chrétiens à l’occasion de l’Aïd El-Fitr », affirme le message traduit en anglais par la présidence.

« Je demande encore une fois à tous les Nigérians d’éviter des déclarations ou des actions irresponsables à l’encontre de nos compatriotes », a-t-il ajouté faisant allusion aux tensions ethniques et religieuses qui ont récemment refait surface dans le pays. Le Nigeria compte près de 200 millions d’habitants avec des centaines de groupes ethniques.

« Nous devrions nous résoudre à vivre dans la paix et l’unité dans notre grand pays », a-t-il dit.

Les plus grands doutes planent sur l’état de santé de Muhammadu Buhari (74 ans), dont le Nigeria reste sans nouvelles depuis son départ à Londres début mai pour raisons médicales, même si son entourage tente de rassurer l’opinion, affirmant régulièrement qu’il n’y a pas à s’inquiéter.

Des médias locaux et les réseaux sociaux ont relayé ces derniers des rumeurs selon lesquelles le chef de l’Etat avait des diffucultés d’élocution et des trous de mémoire.

En début d’année, M. Buhari, avait déjà passé près de deux mois à Londres pour des raisons de santé. A son retour il avait confié « n’avoir jamais été aussi malade », alors que ses proches et ses porte-parole n’avaient cessé de dire qu’il était « en pleine forme ».

Les causes de sa maladie n’ont pas été dévoilées, mais il a semblé extrêmement affaibli lors de ses dernières apparitions publiques.

Romandie.com avec(©AFP / 26 juin 2017 13h52)                

30 militaires nigériens et deux soldats nigérians tués dans des combats avec Boko Haram

juin 4, 2016

Niamey – Au moins 30 militaires nigériens et deux soldats nigérians ont été tués lors d’une attaque massive lancée par le groupe islamiste nigérian Boko Haram à Bosso, une localité du Niger proche de la frontière avec le Nigeria, a annoncé samedi le ministère nigérien de la Défense.

Le vendredi 4 juin 2016 aux environs de 18H50 (17H50 GMT), des centaines d’assaillants du groupe terroriste Boko Haram ont attaqué le poste militaire de reconnaissance de Bosso, selon un communiqué du ministère nigérien de la Défense transmis à l’AFP.

Le ministère donne un bilan de trente militaires nigériens et deux militaires nigérians tués. 67 militaires nigériens et nigérians blessés.

Du coté de Boko Haram, plusieurs morts et blessés ont été emportés, poursuit le texte sans fournir de chiffres sur les pertes adverses.

La contre-attaque menée tôt ce matin par nos forces de défense et de sécurité a permis de reprendre toutes les positions dans la ville de Bosso. La situation est sous contrôle et le calme est revenu dans cette localité, ajoute le communiqué.

Le ministère nigérien a également annoncé un ratissage en cours mobilisant tous les moyens terrestres et aériens.

Depuis février 2015, le Niger est en proie à d’incessants assauts de Boko Haram dans la région du Lac Tchad, dans le sud-est du pays, proche des bastions des insurgés islamistes dans le nord-est du Nigeria.

Romandie.com avec(©AFP / 04 juin 2016 14h26)

Lutte contre Boko Haram: plus de 2.000 Nigérians expulsés jeudi du Cameroun

juillet 31, 2015

Yaoundé – Plus de 2.000 ressortissants nigérians en situation irrégulière ont été expulsés jeudi du Cameroun vers leur pays, dans le cadre des nouvelles mesures sécuritaires visant à prévenir le risque d’attentats-suicides par les islamistes de Boko Haram, selon des sources concordantes.

L’hebdomadaire régional L’Œil du Sahel parle d’environ 2.500 Nigérians illégaux +raflés+ à Kousseri, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, et renvoyés jeudi dans leur pays via des couloirs sécurisés. Il a posté sur sa page Facebook une photo montrant plusieurs camions-bennes où s’entassent des centaines de personnes sur le départ.

Une source proche des autorités régionales a confirmé que plus de 2.000 Nigérians en situation irrégulière ont été expulsés de Kousseri, sans donner plus de précisions.

Depuis qu’il y a eu des attentats (dans la région), les autorités ont expulsé de nombreux Nigérians, a confirmé un responsable d’ONG locale, Mey Aly. Selon lui, la plupart sont des Nigérians ayant fui les exactions de Boko Haram pour se réfugier au Cameroun.

Ces expulsions interviennent alors que le président nigérian Muhammadu Buhari a achevé jeudi une visite de 24 heures au Cameroun, où il a rencontré son homologue Paul Biya. Les deux chefs d’Etat se sont engagés à renforcer la coopération entre leurs pays pour combattre les insurgés islamistes.

Entre le 12 et le 25 juillet, la région de l’Extrême-nord, frontalière des fiefs nigérians de Boko Haram, a été visée par trois attentats-suicides – dont deux dans la capitale régionale, Maroua – ayant fait au moins 44 morts.

Le poste-frontière camerounais de Kousseri occupe une position stratégique, un simple pont le séparant de la capitale tchadienne N’Djamena, également frappée à deux reprises par des attentats-suicides depuis le mois de juin.

La sécurité a été considérablement renforcée dans l’Extrême-nord du Cameroun, où le port du voile islamique a été interdit pour éviter que d’éventuels kamikazes s’en servent pour dissimuler des explosifs.

Avec ces attentats, le ton des autorités a changé et s’est durci, explique une source sécuritaire à Maroua. Elles ont demandé que les étrangers (notamment les Nigérians) et les déplacés des zones frontalières (où sévit Boko Haram) rentrent chez eux, a-t-elle précisé.

En outre, vendredi, environ 300 enfants camerounais des écoles coraniques de Maroua ont été mis dans les cars qui devaient les ramener chez eux dans leurs villages, a indiqué une source proche des autorités locales. Cela s’est fait à la demande de leur encadrement, qui redoutaient que des insurgés réussissent à les approcher et tentent de les utiliser pour des attentats-suicides, selon cette source.

L’insurrection de Boko Haram ensanglante depuis 2009 le Nigeria, où elle a fait plus de 15.000 morts, et s’est étendue depuis plusieurs mois au Tchad et au Cameroun voisins, touchés à leur tour par des attentats-suicide meurtriers inédits sur leur sol.

Romandie.com avec(©AFP / 31 juillet 2015 21h24)

Au Tchad, les réfugiés nigérians, à « 100% pour Buhari », ne peuvent voter

mars 28, 2015

Au Tchad, les réfugiés nigérians, à '100% pour Buhari', ne peuvent voter
Au Tchad, les réfugiés nigérians, à « 100% pour Buhari », ne peuvent voter © AFP

La petite carte bleue brille sous le soleil écrasant de N’Djamena. De dépit, Modou Mallam brandit sa « Voter’s card ». Son pays, le Nigeria, se rend aux urnes samedi pour élire président et députés, mais, réfugié, il sait que sa carte ne lui servira à rien.

Ce jeune commerçant est arrivé au Tchad il y a trois mois après avoir fui les attaques incessantes du groupe islamiste Boko Haram contre sa ville, Gamboru, dans le nord-est du Nigeria.

Comme Modou, des dizaines de milliers de réfugiés au Tchad (18. 000), au Cameroun (74. 000) et au Niger (125. 000) ne prendront pas part aux élections législatives et présidentielle. Ce qui ne les empêche pas d’espérer que « les choses changent » après les élections.

Ils sont une centaine à la sortie sud de N’Djamena, recroquevillés sur des nattes poussiéreuses, à l’ombre de quelques rares arbustes qui ont poussé ça et là.

Et, à l’unanimité, ils disent vouloir en finir avec un pouvoir sudiste qui les a abandonnés à leur sort, dans le nord-est longtemps marginalisé et très pauvre du Nigeria.

« Nous soutenons à 100% (Muhammadu) Buhari », le candidat de l’opposition à la présidentielle, du Congrès progressiste (APC), clament en choeur une dizaine de vieillards.

M. Buhari, originaire du nord et musulman, comme la majorité des réfugiés qui ont quitté le pays, a sévèrement critiqué la gestion de la rébellion des islamistes par le président sortant et principal adversaire, Goodluck Jonathan.

– ‘Bad Luck’ –

« Le gouvernement (actuel) ou Boko Haram, c’est la même chose! Personne ne nous a protégés quand ils sont venus nous massacrer dans nos villages. Et quand les soldats les pourchassaient, ils tuaient même plus de gens » que les insurgés, affirme Mohamed Abdulahi, 70 ans.

« +Bad Luck+ (surnom donné au président) est un traitre, il ne doit pas rester au pouvoir », renchérit son voisin, Ali Ahmad.

Chauffeurs de taxi, cultivateurs, commerçants. . . Même originaires de petites localités perdues dans l’immensité de la brousse nigériane, ils disent avoir « toujours » voté jusqu’à ce que l’insurrection islamiste fasse voler leurs vies en éclats.

Awa Maidiriga a 18 ans, un petit bébé de trois mois accroché sous le bras, et aurait bien aimé, elle aussi, donner son tout premier suffrage à « Buhari ». « J’espère que mon mari – resté à Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno – a pu voter. . . « , glisse-t-elle avec un sourire juvénile.

Mais pour l’heure, Awa et ses camarades d’infortune ont bien d’autres préoccupations en tête, comme trouver des vivres. « Nous n’avons pas le minimum. Je n’ai pas de lait pour mon bébé. Depuis des mois, nous mangeons rien d’autre que du riz avec de l’huile et un peu de sel », dit-elle.

– ‘Aucune aide, aucune nourriture’ –

Les réfugiés de N’Djamena, arrivés par la route via le Cameroun, sont un cas à part. « Récupérés » par la police dans les rues de la capitale tchadienne, ils ont été conduits dans une caserne de gendarmerie en construction – un espace quasi désertique -, en périphérie de la ville.

L’immense majorité des Nigérians ayant gagné le Tchad suite aux violences des derniers mois sont arrivés plus au nord, sur les rives du Lac Tchad, où a été installé un grand camp de réfugiés qui reçoit de l’aide humanitaire internationale.

Là encore, le ressentiment est amer envers les autorités nigérianes. « Notre ambassadeur est venu ici il y a deux mois. Il a fait sortir du camp les Ibos et les Yorubas (ethnies majoritairement chrétiennes et originaires du sud du Nigeria), mais il a laissé là tous les musulmans », affirme le vieux Mohamed Abdulahi, les yeux plein de colère.

« Nous n’avons reçu aucune aide, aucune nourriture » de la part de l’ambassade nigériane, dit-il. « Les seuls qui nous donnent quelque chose, ce sont les gendarmes tchadiens qui nous gardent. Ils paient de leur poche pour qu’on ait un peu d’huile et de bois » de chauffe.

Jeuneafrique.com avec AFP

Nigeria : ouverture des bureaux de vote pour la présidentielle

mars 28, 2015

File d'attente le 28 mars 2015 devant un bureau de vote à Maiduguri.
File d’attente le 28 mars 2015 devant un bureau de vote à Maiduguri. © AFP

Les Nigérians commençaient samedi à se rendre aux urnes pour élire leur prochain président, au cours du scrutin le plus serré de l’histoire de ce pays le plus peuplé d’Afrique, marqué par les violences islamistes, la chute des cours du pétrole et la corruption endémique.

Du hub pétrolier de Port Harcourt, en plein sud chrétien, à Kano, la deuxième plus grande ville musulmane du continent, en passant par la mégalopole de Lagos, 68,8 millions d’électeurs – sur 173 millions d’habitants – sont appelés aux urnes, pour des élections présidentielle et législatives.

Les bureaux de vote devaient ouvrir officiellement à 08H00 locales (07H00 GMT), mais une demi-heure plus tard, des journalistes de l’AFP à Kano (nord), Lagos et Abuja ont cependant constaté que dans de nombreux bureaux, des responsables de la commission électorale indépendante (Inec) n’avaient toujours pas été déployés et le matériel électoral n’avait pas encore été distribué.

Le scrutin doit se dérouler en deux temps. Dans la matinée, les assesseurs procèdent à la vérification des inscriptions sur les listes. Dans un second temps, à partir de 13h30 (12H30 GMT), les électeurs devront revenir voter.

Le président sortant, Goodluck Jonathan (57 ans), brigue un second mandat, face à l’ancien général Muhammadu Buhari (72 ans), son principal adversaire et le candidat d’une opposition plus unie que jamais. Des élections législatives ont également lieu samedi. Samedi matin, de longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote, un peu partout dans le pays. Certains électeurs ont même raconté avoir passé la nuit sur place.

La sécurité assurée par des milices privées

A Kano, la plus grande ville du nord du pays, frappée à plusieurs reprises par des attentats meurtriers commis par les islamistes de Boko Haram, la plupart des votants sont arrivés dès 06H00, juste après la prière du matin.

« Les élections c’est vraiment quelque chose d’important, au Nigeria », témoigne l’un d’entre eux, Dahiru Badamasi. « Le pays a besoin d’être secouru du chaos dans lequel on se trouve actuellement. L’insécurité, le manque de soins médicaux, d’éducation… Partout, c’est la pagaille. Voilà où on en est ».

Pour déjouer les attentats, des membres de milices privées étaient chargés de fouiller les électeurs à l’aide de détecteurs de métaux, comme à l’intérieur d’une école primaire, bondée de monde.

De part et d’autre du pays, les électeurs s’apprêtaient à soutenir leur candidat. Ainsi, à Daura, le fief du leader de l’opposition, Muhammadu Buhari, Moustapha Osman était totalement investi : « Nous sommes 100% prêts à voter, et nous allons voter pour le candidat qui protègera nos vies et l’intégrité de ce pays. »

A l’inverse, à Utuoke, dans le village du candidat chrétien, où Goodluck Jonathan doit voter dans la journée, Laurence Banigo, un ingénieur de 42 ans soutenait le président sortant: « Les Nigérians qui ont pu apprécier son bon boulot devraient lui donner la chance de continuer encore pour quatre ans. »

Margaret Nwoyi, femme au foyer de 34 ans, se montrait tout aussi enthousiaste « pour le fils » du pays. Il a permis à notre communauté de se développer. (…) Nous devons le récompenser en votant massivement pour lui aujourd’hui ».

Rues désertes à Lagos

Dans la mégalopole de Lagos, d’habitude embouteillée jour et nuit, les rues étaient désertes à cause d’une interdiction pour les véhicules de circuler pendant toute la durée du vote. Des barrages de police et de soldats étaient érigés sur les grandes artères de la ville. Seuls, quelques piétons étaient visibles dans les rues.

Dans un pays où les dissensions politiques attisent souvent les tensions religieuses, le duel entre le chef de l’Etat sortant, un chrétien du Sud, et M. Buhari, un musulman du Nord, fait redouter des violences politiques.

Une myriade d’observateurs internationaux ont été déployés dans le pays pour s’assurer du bon déroulement du scrutin. L’Inec espère pouvoir éviter les fraudes électorales, un problème récurrent lors des précédentes élections, grâce à un nouveau système de lecteurs de cartes électorales électroniques, expérimenté pour la première fois. Les résultats sont attendus dans les 48 heures suivant la fermeture des bureaux de vote.

Sur le plan sécuritaire, l’armée nigériane, qui a annoncé vendredi avoir repris le fief islamiste de Gwoza, se targue d’avoir démantelé le « califat » proclamé par Boko Haram, dans le cadre d’une offensive militaire régionale, ces deux derniers mois.

Mais les victoires récentes de l’armée nigériane contre Boko Haram, avec l’aide de ses alliés régionaux, le Tchad en tête, ne permettront sans doute pas d’effacer, dans l’esprit des électeurs, le manque de réactivité du président face à la montée en puissance du groupe islamiste, dont l’insurrection, et sa répression, ont fait en six ans plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés.

Même si Boko Haram est en perte de vitesse, le groupe islamiste, désormais allié à l’organisation Etat islamique, a menacé de perturber l’élection et a prouvé ces dernières semaines avoir encore la capacité de mener des attentats-suicides meurtriers.

Jeuneafrique.com

Guinée-Bissau: Trois Nigérians lynchés à mort

octobre 8, 2013

Accusés du rapt d’une fillette, trois Nigérians ont été lynchés à mort, mardi à Bissau, par une foule de jeunes en colère. Le calme est revenu dans la capitale bissau-guinéenne après l’intervention de l’armée et des forces de la Cedeao.

La justice populaire fait des victimes à Bissau. Après la disparition d’une fillette, au petit matin du 8 cotobre, la rumeur s’est rapidement propagée dans la capitale bissau-guinéenne qu’elle avait été enlevée par des Nigérians.

Rassemblée près du centre-ville, une foule surexcitée s’est attaqué à trois Nigérians. Les infortunés ont alors été lynchés jusqu’à ce que mort s’en suive. Un journaliste de l’AFP a confirmé avoir vu deux des corps de ces Nigérians à la morgue.

« Des centaines de personnes, essentiellement des jeunes armés de cailloux et de bouteilles, ont pris à partie une voiture de police dans laquelle se trouvait un des kidnappeurs présumés qu’ils ont réussi à sortir du véhicule et qu’ils ont ensuite lynchés devant des policiers impuissants », a constaté le journaliste de l’AFP.

« Mort aux Nigérians, trop c’est trop, Basta ! Que les Nigérians s’en aillent », hurlaient la foule.

Intervention de l’armée

Outre des tirs de sommation, la police a fait usage de gaz lacrymogène, mais très vite débordée, elle a fait appel à l’armée et aux forces de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) présentes dans le pays, qui se sont déployées dans la ville et ont réussi à ramener le calme dans l’après-midi.

L’ambassade du Nigeria à Bissau, où des ressortissants nigérians ont trouvé refuge, a été cernée par les forces de sécurité. La plupart des commerçants de la ville ont fermé boutique, par crainte d’un déchaînement de violence généralisée.

Depuis deux semaines, sept rapts d’enfants ont été rapportés à la police par leurs familles et ces enlèvements sont au cœur des conversations dans tout le pays et sur les ondes des radios locales, alimentant de nombreuses rumeurs sur d’autres enlèvements présumés.

Les enfants non accompagnés ont désormais interdiction de se déplacer et des personnes en compagnie d’enfants avec lesquels ils ne peuvent justifier des liens de parenté, sont immédiatement arrêtées.

Jeuneafrique.com avec AFP