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Suède: huis clos au procès d’un Français accusé de viols sur fonds de scandale Nobel

septembre 19, 2018

Le Français Jean-Claude Arnault arrive au tribunal de Stockholm, le 19 septembre 2018 / © TT NEWS AGENCY/AFP / Fredrik SANDBERG

Le procès d’un Français, figure de la scène culturelle suédoise jugé pour deux viols révélés en pleine tempête #MeToo qui ont entraîné le report du Nobel de littérature, s’est ouvert mercredi devant le tribunal de Stockholm.

Accompagné de son avocat, Jean-Claude Arnault est arrivé au tribunal peu après 08H00. Écharpe grise nouée autour du cou, lunettes de vue à monture noire, veste sombre, il n’a fait aucune déclaration.

« Il conteste les accusations », a annoncé devant les juges son conseil, Björn Hurtig, dont le client encourt de deux à six ans de prison.

Comme souvent dans les affaires d’agressions sexuelles, le tribunal a ensuite ordonné le huis clos à la demande de la partie civile et les journalistes ont été priés de sortir.

La victime présumée, dont l’identité n’a pas été dévoilée, est allée déposer après la décision de huis clos, protégeant de ses mains son visage face au mur de caméras et d’appareils photo.

« C’est une journée difficile pour ma cliente, mais elle va bien », a déclaré à la mi-journée son conseil, Elisabeth Massi Fritz, ténor du barreau suédois spécialisée dans la défense des femmes.

Marié à une membre de l’Académie suédoise, qui décerne depuis 1901 le prix Nobel de littérature, Jean-Claude Arnault, 72 ans, fut une personnalité influente de la scène culturelle à Stockholm jusqu’à la déflagration provoquée par l’affaire Weinstein.

Le Tout-Stockholm courait Forum, son club très sélect. Y gravitaient de nombreuses jeunes femmes férues de lettres et rêvant, entre un concert de jazz et une lecture de Proust, d’approcher un éditeur, un écrivain en vue.

Elisabeth Massi Fritz, avocate de la partie civile dans le procès pour viols du Français Jean-Claude Arnault, accusé de viols, le 19 septembre à Stockholm / © AFP / Jonathan NACKSTRAND

Un mois après les révélations en octobre 2017 des viols et abus sexuels commis par le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, le quotidien Dagens Nyheter publiait le témoignage anonyme de 18 femmes affirmant avoir été violentées ou harcelées par Jean-Claude Arnault.

Le scandale a provoqué un cataclysme au sein de l’académie, avec laquelle M. Arnault entretenait des liens étroits.

Une enquête interne a établi que plusieurs académiciennes, conjointes ou filles d’académiciens, avaient elles aussi subi « l’intimité non désirée » et les comportements « inappropriés » de l’accusé.

– « Peur intense » –

Le 5 octobre 2011 dans un appartement stockholmois, Jean-Claude Arnault a contraint la plaignante à un « rapport oral » puis à une pénétration vaginale alors que la jeune femme se trouvait dans un « état de vulnérabilité » et « de peur intense » l’empêchant de se défendre, selon l’acte de mise en accusation consulté par l’AFP.

Les faits se seraient répétés dans la nuit du 2 au 3 décembre 2011, dans le même appartement, tandis que la victime dormait.

Si pour la défense c’est parole contre parole, Me Massi Fritz souligne au contraire « les éléments de preuve » et la « crédibilité » du récit de sa cliente, « soutenu par sept témoins » appelés à la barre jeudi.

Stockholm: procès de Jean-Claude Arnault, jugé pour viols / © AFP /

Une partie de l’enquête préliminaire ouverte contre le Français pour d’autres viols et agressions sexuelles présumés commis entre 2013 et avril 2015 a été classée sans suite, frappée par la prescription ou faute de preuves.

– Académie en ruine –

Selon une enquête du quotidien Svenska Dagbladet, Jean-Claude Arnault est né en 1946 à Marseille de parents réfugiés russes. Il serait arrivé en Suède à la fin des années 1960 pour étudier la photographie.

Dans un entretien donné à Dagens Nyheter en 2006, il affirmait être monté sur les barricades parisiennes en mai 1968 contre « la direction réactionnaire de l’université ». « L’étincelle a été l’interdiction faite aux étudiants de partager les chambres des étudiantes », se souvenait-il.

Il se vantait d’être le « 19e membre » de l’Académie. Selon des témoins, il soufflait le nom des futurs lauréats Nobel à ses amis.

L’affaire a mis au jour le fonctionnement opaque de l’Académie, riche institution privée fondée en 1786 sur le modèle de son homologue française, ses conflits d’intérêt, ses jeux d’influence et la « culture du silence » qui y régnait.

Huit académiciens se sont mis en congé provisoire ou définitif, dont la secrétaire perpétuelle Sara Danius. L’attribution du Nobel de littérature 2018 a été reportée à 2019, et le prestigieux conclave, en ruines, s’efforce depuis de se reconstruire.

L’Académie doit élire dans les mois à venir de nouveaux membres, qui devront lire des dizaines d’auteurs parmi lesquels ils désigneront deux lauréats Nobel, 2018 et 2019.

Romandie.com avec(©AFP / (19 septembre 2018 13h27)

Prix Nobel: cherchez la femme !

décembre 8, 2017

Une médaille sur 20 pour les femmes: les statistiques Nobel sont peu flatteuses pour celles qui représentent la moitié de l’humanité / © AFP/Archives / Jonathan NACKSTRAND

Une médaille sur 20 pour les femmes: les statistiques Nobel sont peu flatteuses pour celles qui représentent la moitié de l’humanité. Malgré un récent rééquilibrage, aucune depuis deux ans n’a reçu de prix lors des fastueuses cérémonies du 10 décembre.

Les récompenses scientifiques (médecine, physique, chimie), la littérature et l’économie sont décernées en Suède, la paix en Norvège, deux pays de Cocagne féministe qui s’enorgueillissent de guider les autres sur le chemin de l’égalité.

Or, si leur nombre ne cesse d’augmenter depuis la première édition, passant de quatre lauréates entre 1901 et 1920 à 19 entre 2001 et 2017, les femmes nobélisées (48) ne représentent au terme de la saison 2017 qu’un peu plus de 5% des 896 lauréats des deux sexes.

L’économie recueille, haut la main, le bonnet d’âne, devant les prix scientifiques. La littérature est largement une affaire d’hommes, la paix fait un peu mieux.

Des prix originels — celui d’économie a été institué en 1968 –, la physique et la chimie sont les plus « misogynes », n’ayant récompensé que deux et quatre femmes respectivement. Paradoxe: la seule femme de l’Histoire à avoir jamais été couronnée par deux fois, Marie Curie, l’a été dans ces deux catégories, en 1903 et 1911.

– Les portes des labos fermées aux femmes –

« C’est une déception, quand on prend du recul, de voir que davantage de femmes n’aient pas été primées », reconnaît le secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences à Stockholm, compétente pour les prix de physique, chimie et économie.

Göran Hansson l’assure: « Il n’y a pas de chauvinisme masculin substantiel dans les comités » de sélection Nobel, dont quatre (médecine, chimie, paix, littérature) sont présidés par des femmes.

Pour lui, si les lauréates sont si rares, c’est d’abord parce que les portes des laboratoires leur sont longtemps restées fermées.

Un effet « pyramide » confirmé par la physicienne Anne L’Huillier, membre de l’Académie royale des sciences et qui siégea au comité Nobel en 2010.

« C’est complètement évident, surtout pour les matières +dures+, moins pour les sciences de la vie », avance-t-elle.

Le palmarès du prix de médecine, désigné par le prestigieux institut Karolinska, n’est pour autant guère plus encourageant: 12 femmes sur 214 lauréats, soit 5,6%, parmi lesquelles la Française Françoise Barré-Sinoussi en 2008 pour la découverte du VIH en 1983.

Le « prix de Sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », financé par la Banque de Suède, est lui le cancre absolu avec une seule lauréate, l’Américaine Elinor Ostrom en 2009.

« Vous avez remarqué, c’est vrai, que nous sommes tous des hommes blancs, nous sommes aussi tous de vieux hommes blancs », a ironisé jeudi à Stockholm Richard Thaler, Nobel d’économie 2017.

– La place des femmes au 20e siècle –

Et la littérature dans tout ça? 14 poétesses ou romancières (12,3%) seulement ont été couronnées. La tendance leur est cependant favorable puisque 36% des prix depuis 2007 sont allés aux femmes.

« Ça va dans le bon sens et rien ne dit que les statistiques ne peuvent encore s’améliorer. Elles le peuvent et le feront », a écrit sur son blog la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise.

« L’Académie suédoise ne court pas après les statistiques pour les statistiques. La seule chose dont l’Académie se préoccupe, c’est de qualité », a aussi souligné Sara Danius, empêtrée depuis des semaines dans les révélations #metoo qui ont mis au jour les étroites relations entre l’académie et le Français Jean-Claude Arnault, marié à une académicienne et accusé d’avoir harcelé, agressé ou violé de nombreuses jeunes femmes.

Le palmarès du Nobel de la paix est celui dans lequel les femmes sont les mieux représentées: 16 lauréates sur 104 personnes (15,4%). Mais encore loin, très loin de la parité.

Une réalité qui reflète « la place des femmes dans la société au 20e siècle », selon Olav Njølstad, directeur de l’Institut Nobel norvégien.

Mais, comme pour les autres prix, les choses changent peu à peu, avec six lauréates ces 15 dernières années.

En 2011, le comité norvégien s’était même illustré en récompensant trois femmes conjointement, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, sa compatriote Leymah Gbowee et la Yéménite Tawakkol Karman, figure de proue du « printemps arabe ».

Une évolution qui fait écho à la féminisation du comité.

« Dans la durée, c’est naturellement important que l’on soit passé d’un comité dominé par les hommes à un comité où l’on est à peu près à 50-50 (hommes/femmes) », relève Olav Njølstad.

Romandie.com avec(©AFP / 08 décembre 2017 12h50)                

Le Nobel de littérature décerné à la Bélarusse Svetlana Alexievitch

octobre 8, 2015

Le prix Nobel de littérature a été attribué jeudi à la Bélarusse Svetlana Alexievitch, a annoncé l’Académie suédoise. L’auteure, dont l’œuvre se situe à la frontière entre reportage et roman, faisait figure de favorite.

L’écrivaine et journaliste a été récompensée « pour son écriture polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », a déclaré la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius.

Svetlana Alexievitch succède au Français Patrick Modiano, lauréat en 2014. Elle devient la quatorzième femme à décrocher ce prix, sur 112 lauréats depuis 1901. La dernière femme, la Canadienne Alice Munroe, a été primée en 2013.

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