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Namibie : la réparation du génocide, dernier combat de Vekuii Rukoro

juin 27, 2021
L’avocat Kenneth McCallion (à gauche) et le chef Herero Vekuii Rukoro (à droite), le 16 mars 2017, à New York.

Obtenir réparation pour le génocide commis par l’Allemagne en Namibie était le combat d’une vie pour Vekuii Rukoro. Il n’en verra cependant pas l’issue : le « chef suprême » herero est décédé le 18 juin dernier.

580 millions de dollars par an, pendant 40 ans. C’est le montant des réparations que réclamait à Berlin le leader charismatique de la communauté herero, Vekuii Rukoro, pour le génocide commis en Namibie par l’Empire Allemand entre 1904 et 1908. Longtemps qualifié de « génocide oublié », le génocide des Herero et des Nama est considéré comme le premier du XXe siècle. Il a fait 70 000 victimes, dont 60 000 Herero et 10 000 Nama, selon les historiens. En 1985, le rapport Whitaker présenté devant les Nations unies, a établi qu’entre 1904 et 1908, 80 % des Herero et 50 % des Nama ont été exterminés par les Allemands.

Élu chef suprême des Ova Herero en 2014, l’activiste décédé des suites du Covid-19 le 18 juin dernier à l’âge de 66 ans, avait porté son combat jusque dans les Cours de justice internationales. Son activisme lui avait même valu d’être exclu des discussions entamées entre les gouvernements namibien et allemand qui avaient débouché sur la reconnaissance par l’Allemagne, dès 2015, du génocide perpétré à l’époque, et, plus récemment, sur la demande de « pardon » adressée à la Namibie par le ministre allemand des Affaires étrangères, le 28 mai dernier.

« Insulte phénoménale »

Des crânes de Hereros et Namas victimes de l’oppression du colonisateur allemand, exposé à Berlin le 29 septembre 2011.

« Nous qualifions officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide, avait alors déclaré Heiko Maas. À la lumière de la responsabilité historique et morale de l’Allemagne, nous allons demander pardon à la Namibie et aux descendants des victimes. » Outre ces excuses symboliques, l’Allemagne s’est également engagée à verser 1 milliard d’euros d’aides – sur une période de 30 ans… – , somme qui ne correspond en aucun cas à des « réparations », s’est cependant empressé de préciser le ministre allemand.

Au Werderscher Markt, siège du ministère allemand des Affaires étrangères, on argue que le montant des 800 millions d’euros d’aide au développement versés à la Namibie depuis son indépendance acquise en 1990 – plus important que celui alloué aux autres pays de la région – est le témoignage d’une « attention particulière » envers Windhoek. Additionnés au 1,1 milliard d’euros de soutien aux infrastructures du pays, c’est, selon Berlin, amplement suffisant.

Vekuii Rukoro n’avait pas caché sa colère, au lendemain de cette déclaration des autorités allemandes. Pour le leader herero, si l’Allemagne reconnaissait vraiment avoir commis un génocide, « cela devrait mener au paiement de véritables réparations ». En 2016, déjà, l’activiste avait dénoncé dans ces négociations un simple « show », et dénoncé les sommes évoquées comme une « insulte phénoménale », comparée aux « 75 milliards d’euros de pensions et de prestations sociales payées aux Juifs ».

Visite du président allemand

Hereros ayant fui les troupes allemandes dans le désert d’Omaheke (1907).

Un an plus tard, il avait joint sa signature à un recours collectif contre l’Allemagne pour obtenir réparation du génocide déposé devant la justice américaine, qui autorise à engager des poursuites à l’encontre d’auteurs présumés de génocide hors des frontières des États-Unis. Mais, après deux ans de procédure, le juge new-yorkais avait finalement rejeté la demande formulée par les associations Herero et Nama. Vekuii Rukoro avait également engagé des procédures devant les Nations unies, en s’appuyant sur la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de 2007.

Jusqu’au bout, Vekuii Rukoro se sera battu pour obtenir une réelle réparation pour l’extermination méthodique d’hommes, de femmes et d’enfants, par le général allemand Lothar Von Trotha dans ce qui était alors l’Allemagne de l’Afrique du Sud-Ouest. Le mot d’ordre de l’époque ? « Tout Herero avec ou sans arme, avec ou sans bétail, doit être abattu ». Consigne tristement appliquée à la lettre, avec son lot de tueries de masse, de camps de concentration. Des crânes humains avaient même été envoyées en Allemagne, pour des « études » destinées à alimenter les théories raciales, alors répandues en Europe. Ossements restitués en 2019, année qu’a choisie Michelle Müntefering, secrétaire d’État aux Affaires étrangères d’alors, pour demander « pardon du fond du cœur » au nom de l’Allemagne.

À Windhoek, l’accord trouvé avec l’Allemagne est un « premier pas dans la bonne direction », selon le président namibien, Hage Geingob. Mais la posture de Berlin dans ce dossier est cependant jugée « choquante » par Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la fondation Ova Herero Genocide. Le pacte qui vient d’être conclu, et qui doit encore être être signé par les deux gouvernements et ratifié par les deux Parlements pour devenir effectif, donnera lieu à une visite officielle du président Frank-Walter Steinmeier en Namibie. Il devra y présenter solennellement ses excuses au nom du peuple allemand. Une allocution que Vekuii Rukoro avait prévu de boycotter.

Avec Jeune Afrique par Achraf Tijani

Diaspora : Pap Ndiaye, à la tête du musée de l’histoire de l’immigration en France

février 19, 2021

L’historien Pap Ndiaye, frère de l’écrivaine Marie Ndiaye (prix Goncourt en 2009 pour son roman « Trois femmes puissantes »), est nommé à la direction générale du Palais de la Porte Dorée, qui chapeaute le « Musée national de l’histoire de l’immigration », et « l’Aquarium Tropical », à Paris.

Photo1: Pap Ndiaye

Né en France en 1965, d’un père sénégalais et d’une mère française, cet intellectuel noir est agrégé d’histoire. Spécialiste de la condition noire et des minorités, il est aussi spécialiste de l’histoire sociale des États-Unis et de ses minorités. Ses travaux s’intéressent également à l’histoire et à la sociologie des populations noires en France. 

A propos de sa nomination, Pap Ndiaye, qui est l’auteur d’un essai publié en 2009 sur les minorités françaises intitulé : « La Condition noire »a déclaré à la presse : « Je suis honoré de cette nomination. Je suis très content de pouvoir travailler pour une question qui est d’importance »Même si ce dernier dévoilera les détails de son projet seulement lors de sa prise de fonction le mois prochain, on sait déjà qu’il souhaite faire du Musée national de l’histoire de l’immigration un lieu de débats, en lien avec les universités, développer les échanges internationaux avec d’autres lieux consacrés au thème de l’immigration, et renforcer la présence des questions coloniales au sein de l’exposition permanente.

Donner un nouveau départ au musée de l’immigration

Le musée de l’Histoire de l’immigration est le nom adopté depuis janvier 2012 pour désigner les instances de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Ce « musée des Migrations  français » est aménagé dans le palais de la Porte-Dorée à l’est de Paris et ouvert au public depuis octobre 2007. Crée sous la présidence de Jacques Chirac, il a été officiellement inauguré le 15 décembre 2014, par François Hollande, sept ans après son ouverture par Nicolas Sarkozy.

Tout d’abord « musée des Colonies » de 1931 à 1935 avec sa dédicace d’inauguration « À la France colonisatrice et civilisatrice », il change plusieurs fois de nom : « musée des Colonies et de la France extérieure » en 1932, « musée de la France d’outre-mer » en 1935, « musée des Arts africains et océaniens » en 1960 et « musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie » de 1990 à 2003, année au cours de laquelle le musée ferme ses portes. Ses collections partent rejoindre celles du musée du quai Branly qui sera inauguré par l’ancien président Jacques Chirac en juin 2006, tandis qu’en juillet 2004, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, affecte le palais de la Porte-Dorée à la future Cité nationale de l’histoire de l’immigration. De nouveaux travaux sont entamés en 2005 qui aboutiront à l’ouverture du musée de l’Histoire de l’immigration en 2007.

Selon ses statuts, ce dernier a pour mission de « rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le XIXe siècle ; contribuer ainsi à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France ». Le musée de l’Histoire de l’immigration est le seul musée national français consacré à l’histoire et aux cultures de l’immigration en France. À travers l’exposition permanente « Repères », le musée présente deux siècles de l’histoire de l’immigration sous un angle neuf en croisant les points de vue historique, anthropologique et artistique. En complément, le musée propose régulièrement une programmation artistique et culturelle : expositions, conférences, concerts, cinéma, théâtre, ateliers, etc.

Avec Adiac-Congo par Boris Karl Ebaka

Canada-Toronto: Encourager les communautés noires à se faire vacciner contre la COVID-19

février 14, 2021

Le Dr Akwatu Khenti mène un groupe de travail qui veut s'attaquer à la méfiance envers les vaccins dans les communautés noires.

© Adam Coish/Université de Toronto Le Dr Akwatu Khenti mène un groupe de travail qui veut s’attaquer à la méfiance envers les vaccins dans les communautés noires.

Une équipe d’experts en santé de Toronto s’est donné pour mission de persuader un plus grand nombre de citoyens Noirs de se faire vacciner contre la COVID-19. Elle organise samedi une assemblée virtuelle.

Le Groupe de travail des scientifiques noirs de Toronto sur l’équité en matière de vaccins (Toronto’s Black Scientists’ Task Force on Vaccine Equity) veut réparer des dommages qui remontent à plusieurs générations et qui ont causé une méfiance des communautés noires envers les vaccins.

L’équipe regroupe des immunologistes, médecins de famille, naturopathes, infirmières et experts en santé mentale.

«Les professionnels noirs, en particulier les scientifiques noirs, peuvent aussi parler en tant que victimes. Nous aussi, nous sommes passés par là», souligne le Dr Akwatu Khenti, président du groupe de travail.

La méfiance des Noirs envers les vaccins et les professionnels de la santé en général trouve ses racines dans des événements historiques : par exemple, l’Étude de Tuskegee sur la syphilis en Alabama, lors de laquelle des hommes noirs ont été soumis à leur insu à une expérience médicale non éthique, menée par des médecins blancs.

Des chercheurs, activistes et patients ont aussi maintes fois dénoncé le racisme anti-Noirs dans le système de santé canadien.

Les personnes noires sont donc parmi les plus susceptibles de rejeter la vaccination, selon des experts. Le bureau de santé publique de Toronto a évalué que les résidents noirs de descendance africaine et caribéenne présentent, d’une part, les taux les plus élevés d’infection à la COVID-19, et d’autre part, les taux les plus élevés d’hésitation par rapport à la vaccination.

«C’est en grande partie lié à l’érosion de la confiance, en raison d’agissements et de mauvaises expériences dans le passé », a déclaré le maire John Tory la semaine dernière, alors qu’il annonçait une stratégie pour mieux protéger les populations noires de Toronto face à la COVID-19.

Cinq réunions à venir

L’assemblée virtuelle de samedi – la première d’une série de cinq – abordera donc les «problèmes de confiance historiques et contemporains » autour des vaccins. Lors des prochaines réunions, le groupe de travail compte parler de sujets comme le fonctionnement des vaccins, la désinformation et les théories du complot.

Selon un sondage réalisé en novembre par la santé publique de Toronto, 16 % des résidents de la ville disaient qu’ils n’avaient pas l’intention de prendre le vaccin de la COVID-19, et 11 % étaient indécis.

Toronto n’a pas encore récolté de données raciales sur l’hésitation des citoyens par rapport aux vaccins, mais la Dre Vinita Dubey, médecin hygiéniste adjointe, déclare dans un courriel à CBC que la Ville mènera bientôt «de plus amples recherches sur cet enjeu important».

Des experts soulignent que des théories du complot au sujet des vaccins circulent en ce moment.

© Amir Cohen/Reuters Des experts soulignent que des théories du complot au sujet des vaccins circulent en ce moment.

Le Dr Akwatu Khenti, qui est aussi professeur adjoint à l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, dit qu’il a lui-même rencontré un nombre surprenant de Noirs qui lui ont dit qu’il ne prévoyaient pas de se faire vacciner.

D’autres experts en santé publique ont aussi exprimé leur inquiétude face aux théories du complot qui circulent sur les médias sociaux, au sujet du vaccin et des étapes de développement.

Le Dr Khenti s’inquiète surtout de rumeurs selon lesquelles le vaccin modifierait l’ADN du receveur ou l’infecterait avec de petites doses du nouveau coronavirus ou du VIH.

Il dit que pour lutter contre la méfiance et la désinformation, il faut passer par l’empathie et établir un lien de confiance, en plus d’exposer les faits et la science.

Le groupe de travail s’appuiera sur l’utilisation de métaphores et d’expressions culturellement appropriées et sur la reconnaissance des expériences historiques de différents groupes.

Il souligne qu’il faut aussi s’adapter d’une personne à l’autre, selon ses origines et sa situation.

 CBC/Radio-Canada avec les informations de Nick Boisvert

Canada: Le traitement que réserve la police aux Noirs serait différent, selon un récent sondage

février 14, 2021

La perception des Torontois envers la relation entre la police et la communauté noire de la ville évolue.

De plus en plus de résidents affirment que le traitement que réserve la police aux Noirs est différent vis-à-vis les autres Torontois, selon un sondage. (archives)

© Rozenn Nicolle/Radio-Canada De plus en plus de résidents affirment que le traitement que réserve la police aux Noirs est différent vis-à-vis les autres Torontois, selon un sondage. (archives)

De plus en plus de Torontois affirment que le traitement que réserve la police aux Noirs est différent de celui généralement reçu par le reste de la communauté. C’est ce que conclut une étude de l’Association des avocats noirs du Canada (CABL) et récemment publiée par l’Université Ryerson.

L’étude compare trois sondages. Le premier a été mené en 1994, le second en 2007, puis le troisième en 2019. Dans les trois cas, ils ont été menés auprès de trois groupes démographiques : les Noirs (450 répondants), les Asiatiques (450 répondants) et les Blancs (550 répondants).

Les résultats de la plus récente enquête ont démontré que de plus en plus de personnes estiment que les Noirs sont moins bien traités par la police. Les Blancs sont désormais 62 % à le penser, contre 51 % il y a 25 ans.

Selon le sondage, les trois groupes ethniques estiment que les Noirs sont moins bien traités que les Blancs par la police.

© Camile Gauthier/Radio-Canada Selon le sondage, les trois groupes ethniques estiment que les Noirs sont moins bien traités que les Blancs par la police.

La perception du biais racial est également en augmentation concernant les tribunaux. La part de répondants Blancs estimant qu’un Noir aura une sentence plus dure qu’un Blanc pour le même crime a presque doublé en 25 ans, passant de 28 % en 1994 à 49 % en 2019.

Ce chiffre est passé de 48 % à 79 % pour les répondants Noirs.

Le dernier sondage a été réalisé avant les événements qui ont suivi la mort de George Floyd aux États-Unis, prévient l’auteur principal de l’étude, Scot Wortley.

Scot Wortley, professeur au Centre de criminologie de l'Université de Toronto, étudie et compile depuis des années les données raciales dans le système de justice de différentes jurisdiction du Canada.

© /Radio-Canada Scot Wortley, professeur au Centre de criminologie de l’Université de Toronto, étudie et compile depuis des années les données raciales dans le système de justice de différentes jurisdiction du Canada.

«Nous pouvons relier ces perceptions de l’injustice à des expériences personnelles réelles», ajoute par ailleurs le chercheur.

Les personnes racisées plus souvent interceptées

Les résultats montrent que plus d’un quart des répondants Noirs disent avoir été interceptés et questionnés par la police au moins deux fois au cours des deux dernières années.

Ce chiffre est deux fois et demi plus élevé que pour les répondants Blancs, et près de deux fois plus que pour les répondants asiatiques.

Une plus grande part des répondants Noirs rapportent avoir été interceptés à deux reprises ou plus par la police au cours des deux dernières années.

© Camile Gauthier/Radio-Canada Une plus grande part des répondants Noirs rapportent avoir été interceptés à deux reprises ou plus par la police au cours des deux dernières années.

Un rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) rendu public l’été dernier confirmait cette perception. Selon le document, à Toronto, les Noirs sont disproportionnellement arrêtés et inculpés.

Pas surprenant, selon la CABL

Rien de ce rapport surprend Jacqueline Beckles, la secrétaire de la CABL, qui a commandité l’étude.

«Ça fait très longtemps que la communauté noire à Toronto et ailleurs partout au Canada, on essaye de s’exprimer et d’expliquer aux gens qui ne sont pas de la même ethnicité qu’il y a des problèmes», raconte-t-elle.

Elle ajoute toutefois que la prise de conscience de la population générale est une bonne avancée, et qu’elle a été remarquée davantage lors des dernières manifestations antiracistes.

Jacqueline Beckles, secrétaire de l’Association des avocats noirs du Canada

© /Radio-Canada Jacqueline Beckles, secrétaire de l’Association des avocats noirs du Canada

«La plupart du monde qui sont dans les manifestations ne sont pas de race noire. Donc on voit les alliés, ils prennent la parole un peu plus, et ils nous soutiennent», a déclaré Mme Beckles.

Changement culturel

Contactée par Radio-Canada, la police Toronto a déclaré que ses «efforts pour évoluer en tant qu’organisation ont commencé il y a plusieurs années et se poursuivent aujourd’hui».

Au courant de l’été, la Commission des services de police de Toronto a adopté à l’unanimité plus de 80 recommandations sur les façons de réformer la police, rappelle la porte-parole Connie Osbourne.

Elle ajoute que le Comité d’examen de l’engagement de la police et de la communauté a été remis sur pied pour s’assurer que le Service de police de Toronto est tenu responsable de la mise en place de ces changements.

Pour l’avocate et activiste Saron Gebresselassi, les événements de 2020 ont entraîné un changement culturel majeur.

L'avocate Saron Gebresellassi.

© /Radio-Canada L’avocate Saron Gebresellassi.

«C’est un changement intégral, et on ne peut pas le faire sans la coopération de toute la société», explique l’avocate.

Selon Scot Wortley, si le problème existe toujours depuis 25 ans, c’est en partie parce que les initiatives antiracistes mises en place ne sont souvent pas évaluées. «Nous devons commencer à mesurer nos efforts», dit-il.

Avec Radio-Canada par Rozenn Nicolle

Canada: Une infirmière met en valeur des scientifiques noirs qui ont fait avancer la société

février 6, 2021

MONTRÉAL — C’est une absence qui a choqué, puis fait réfléchir Stephanie Bumba, une infirmière clinicienne de Montréal. L’absence de scientifiques et de professionnels de la santé noirs dans ses manuels scolaires. En les cherchant pour les faire rayonner, elle a découvert, parmi d’autres, cette docteure qui a fait avancer la science et la médecine à grands pas: Yvette Bonny.

© Fournis par La Presse Canadienne

Stephanie Bumba, 25 ans, faisait tout bonnement du ménage dans ses livres de science et de santé quand elle a réalisé ce fait: aucune personne afro-descendante n’y figurait — si on omet les brèves mentions en caractères minuscules, dit-elle.

«Ce n’est pas normal, a-t-elle relaté. «Car c’était impossible pour moi qu’il n’y en ait pas».

La jeune femme, qui étudie aussi pour obtenir une maîtrise en administration des services de santé à l’Université de Montréal, s’est mise à faire des recherches. Ce fut le «choc» et ensuite, la «fierté».

Car elle en a trouvé. Et plusieurs.

Dans la foulée du mouvement «Black Lives Matters» et de la mort atroce de George Floyd aux États-Unis, elle a vu une occasion de réaliser une action citoyenne. 

La jeune femme, rencontrée par La Presse Canadienne dans le cadre d’une série d’entretiens réalisés à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, a alors créé une websérie, Ces afro-scientifiques d’hier à aujourd’hui, et met en ligne des capsules dans lesquelles elle présente des gens de science, inventeurs, chercheurs et médecins.

«Malgré toute l’adversité, la ségrégation du passé, ces gens-là ont fait des choses incroyables pour l’avancement de la science», dit-elle aujourd’hui, encore émerveillée.

Ce qui l’a menée à découvrir Dre Yvette Bonny.

Yvette Bonny

La femme, née en Haïti en 1938, est arrivée au Québec en 1962. Elle est une pédiatre-hématologue qui a aussi été professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Fait notable: elle a réalisé la première greffe de moelle osseuse chez un enfant au Québec en 1980.

À l’époque, elle est la seule pédiatre-hématologue de l’Est du Canada à faire de telles greffes. «Elle soignait des enfants d’Ottawa, du Nouveau-Brunswick, d’un peu partout», a souligné Mme Bumba. Des enfants très malades, souvent atteints de leucémie.

Cette intervention, alors une technique de pointe peu répandue, sera, 30 ans plus tard, indiquée pour traiter certains cancers ainsi que des maladies hématologiques comme les leucémies et la drépanocytose. Cette dernière maladie, dont l’avancement du traitement tient particulièrement à cœur à la Dre Bonny, touche surtout les personnes noires, est-il mentionné dans sa biographie sur le site de l’Ordre du Québec, dont elle a joint les rangs en 2007. Elle recevra l’Ordre du Canada l’année suivante.

Dre Bonny mène de plus des travaux de recherche sur différentes maladies infantiles telles que la leucémie. Elle a dirigé l’Unité provinciale de transplantation médullaire pédiatrique de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, de1980 à 1998. 

On l’a surnommée la «Patch Adams» de l’hôpital, du nom du médecin américain qui a fait sa renommée par son approche fondée sur la compassion et l’humour, souligne aussi le site de l’Ordre du Québec.

Pour Stéphanie Bumba, elle est une inspiration.

«C’est un modèle. Car ses contributions ont permis aux soins de santé de s’améliorer». 

Elle dit qu’elle ne peut que s’imaginer les obstacles qu’elle a dû rencontrer. Car elle était une minorité sous plusieurs aspects, a-t-elle relevé. Femme, noire, hématologue, une spécialité qui ne comptait que peu de spécialistes à l’époque, dit-elle. 

La websérie

Son but? Faire reconnaître l’apport très concret de ces scientifiques pour que les stéréotypes s’effacent peu à peu, jusqu’à ce qu’ils n’existent plus.

La websérie sur «Nurse Stephie TV» «montre aux gens que nous sommes une partie importante de la société et de son avancement. Que l’Histoire des Noirs, ce n’est pas que la guerre et l’esclavage.»

«C’est d’autant plus important pour les jeunes, ajoute-t-elle. Ils peuvent se dire: moi aussi je peux réaliser des choses exceptionnelles et la couleur de la peau n’est pas un obstacle pour se réaliser».

Déjà, des enseignants du secondaire se servent de ses capsules en classe. Et elle a reçu des mots de remerciement touchants d’élèves, dont un qui disait: «On en avait besoin».

— Site de la websérie: https://www.youtube.com/c/NurseStephieTV

Autres scientifiques présentés dans les capsules

– Dre Patricia Bath, une ophtalmologue, pionnière de la chirurgie au laser pour les cataractes, qui a obtenu de nombreux brevets pour ses inventions.

– Dr Charles Richard Drew, considéré comme le père des banques de sang à l’échelle mondiale.

– Marie Van Brittan Brown, une infirmière du Bronx, qui a conçu dans les années 1960 le premier système de caméras de surveillance pour la maison à l’aide de deux télévisions.

– Dr Daniel Hale Williams, qui a réalisé en 1893 la première opération à coeur ouvert.

Avec Stéphanie Marin, La Presse Canadienne

Lilian Thuram : « La pensée blanche imprègne également les Noirs »

décembre 7, 2020
Lilian Thuram au siège de sa fondation à Paris, le 19 octobre 2020

Profondément impliqué dans l’éducation des jeunes générations face au racisme, l’ancien footballeur Lilian Thuram décrypte dans un livre l’histoire de la hiérarchisation des races et la perpétuation d’une « pensée blanche ». Entretien.

Du quartier des Fougères, en région parisienne, où il a passé une partie de son enfance, au mythique stade du Camp Nou, à Barcelone, où il a achevé sa carrière de footballeur, une obsession n’a jamais cessé de tenailler Lilian Thuram : comment et pourquoi devient-on raciste ? Lorsqu’à 9 ans, à peine débarqué de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), il avait été traité de « sale Noir », sa mère, Mariana, n’avait pas su trouver les mots justes : « C’est comme ça… Les gens sont racistes et on ne peut rien y changer ». « Ce fut violent », résume l’ancien défenseur, deuxième joueur le plus capé de l’équipe de France.

Lilian Thuram n’aura dès lors de cesse de chercher une réponse à cette interrogation en se plongeant dans les ouvrages d’intellectuels, de Frantz Fanon à Eduardo Galeano, d’Aimé Césaire à Rosa Amélia Plumelle-Uribe. Au risque, souvent, de passer pour un Martien parmi ses frères du ballon rond, intrigués par cet intello militant aux accents de prédicateur.

Devenu jeune retraité, Lilian Thuram lance en 2008 une Fondation consacrée à l’éducation contre le racisme, puis prend à son tour la plume pour transmettre ce qu’il a appris. Après un premier ouvrage, en 2010, consacré aux figures de la négritude qui l’ont aidé à se construire (Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama, éd. Philippe Rey), il vient de consacrer, à 48 ans, un nouvel ouvrage, dense et érudit, à la perpétuation, à travers les siècles, d’une « pensée blanche » : cette « norme » que personne ne prend plus la peine de questionner et qui « signifie aux Blancs et aux non-Blancs ce qu’ils doivent être, quelle est leur place».

Jeune Afrique : Dans votre livre, La pensée blanche, vous faites défiler l’histoire des idées, des sciences ou des arts à la recherche des origines et des manifestations de cette construction identitaire. Quand cette quête a-t-elle débuté ?

Lilian Thuram : Depuis l’âge de neuf ans, je tente de comprendre pourquoi des camarades de classe, en CM2, ont pu me traiter de « sale Noir » peu après mon arrivée en métropole. À quel âge avaient-ils intériorisé qu’eux-mêmes étaient blancs, donc supérieurs à moi ?

Adolescent puis adulte, je me suis trouvé dans l’obligation de comprendre. C’était comme une thérapie face à cette violence existentielle que j’avais subie. Ce processus m’a conduit à découvrir des intellectuels, de Jiddu Krishnamurti à Eduardo Galeano, et à me plonger dans leurs livres. Lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai par ailleurs rencontré Aimé Césaire à Fort-de-France, puis, à deux reprises, Nelson Mandela. Ce sont des expériences qui vous marquent et changent votre vie.

POURQUOI DES ENFANTS À LA PEAU BRUNE ONT-ILS LA CERTITUDE QUE DIEU EST BLANC ?

Ce traumatisme fondateur est donc à l’origine du livre ?

Longtemps je suis resté focalisé sur ce garçon de 9 ans victime du racisme. Mais depuis quelques années, j’ai renversé l’objectif et changé de point de vue : je me suis intéressé à ses camarades de l’époque, et plus généralement à ceux qui perpétuent ce type de préjugés. La question est alors venue naturellement : par quel processus intériorise-t-on dès l’enfance qu’on est assigné à une identité blanche qui surplomberait les autres ?

Personne n’envisage, dites-vous parmi d’autres exemples, que Dieu n’ait pas la peau blanche…

Cet exemple provient d’expériences vécues auprès d’enfants à qui j’ai demandé comment ils s’imaginaient Dieu. J’ai découvert que pour eux, celui-ci est forcément blanc. Or on dit que Dieu a fait l’homme à son image. Alors pourquoi des enfants à la peau brune auraient-ils cette certitude ? Imaginons un instant que dans une église on représente Jésus ou la Vierge Marie avec une peau sombre. Je pense que cela choquerait où que ce soit sur terre. Car la pensée blanche est devenue une « pensée-monde », qui imprègne également les Noirs.

Une carte, dans l’ouvrage, représente l’Afrique au centre du monde, la tête en bas, ce qui lui confère une superficie nettement supérieure à celle que nous connaissons…

Cette carte est inspirée des travaux de l’Allemand Arno Peters qui, en 1974, a choisi de représenter un planisphère en respectant la superficie de chaque continent. C’est un cadeau que j’avais apporté au Sénégal, où j’étais invité par la Fondation Kéba Mbaye, qui devait me remettre un prix.

IL EST IMPORTANT DE REMONTER LE TEMPS SI L’ON VEUT COMPRENDRE LES DISCRIMINATIONS

Par la suite, je l’ai présentée en de nombreuses occasions, dans des écoles, des universités… Et j’ai réalisé que beaucoup de gens n’ont pas l’habitude de décentrer leur regard. Lorsque j’indique que le planisphère traditionnel que nous connaissons ne respecte pas les véritables proportions des continents, contrairement à cette carte, ils sont déstabilisés et mettent en doute cette information.

Vos deux fils ont pour prénom Marcus (en référence à Marcus Garvey) et Khéphren (du nom du roi égyptien). Est-ce une manière de les inscrire dans cette histoire ?

Je tenais à éduquer mes enfants sur ces questions, à avoir une histoire à leur raconter quand ils s’interrogeraient. Je voulais qu’ils aillent consulter des livres sur Marcus Garvey ou sur l’Égypte antique. Inciter les enfants à se questionner est salutaire. Il est important de tirer le fil et de remonter le temps si l’on veut comprendre les discriminations qui sévissent aujourd’hui encore.

Vous remontez à l’Antiquité, à la recherche des racines de cette pensée blanche. Et vous déconstruisez notamment le mythe d’une civilisation égyptienne blanche…

La hiérarchisation des races ne date pas de l’Antiquité. Par contre, le blanchiment de l’histoire, cette relecture a posteriori, remonte jusque-là. Dire que toutes les grandes civilisations antiques avaient pour origine les Blancs, prétendre que Christophe Colomb a « découvert l’Amérique », ce n’est pas anodin. On réécrit l’histoire selon son propre point de vue.

À la fin de 2019, vous avez fait l’objet d’attaques virulentes lorsque vous avez évoqué de manière plus lapidaire la pensée blanche dans une interview au Corriere dello Sport, à propos du racisme dans les stades. Votre livre suscite-t-il des réactions du même type ?

Il faut savoir qu’en France, les gens ont réagi à une traduction qui a été déformée. J’expliquais en italien que les supporters ont un complexe de supériorité qui les amène à imiter le cri du singe face aux joueurs noirs de l’équipe adverse, en se pensant supérieurs. Dans la traduction, on a simplement retenu : « Les blancs s’estiment supérieurs ».

La Pensée blanche, par Liliam Thuram, aux éditions Philippe Rey (2020).

CETTE PENSÉE QUI HIÉRARCHISE LES GENS EN FONCTION DE LA COULEUR DE LEUR PEAU N’EST PAS L’APANAGE DES BLANCS

Concernant le livre, les gens qui sont dérangés par le titre ont tendance à traduire : « La pensée des Blancs », et non pas « La pensée blanche ». Ma mère elle-même m’a dit que j’aurais des problèmes car, selon elle, « les Blancs n’aiment pas qu’on parle d’eux ». Or cette pensée qui hiérarchise les gens en fonction de la couleur de leur peau n’est pas l’apanage des Blancs, comme je l’ai dit plus tôt : c’est devenu une pensée-monde. Aux États-Unis ou au Canada, par exemple, des expériences ont montré qu’une petite fille s’identifiait davantage à une poupée blanche qu’à une poupée noire, même si elle-même est noire.

Pendant toutes ces années passées dans des clubs de football au plus haut niveau, votre conscientisation était-elle comprise par vos coéquipiers ?

Je crois qu’il y avait une part d’incompréhension. Je me souviens par exemple qu’à l’époque où je jouais en Italie, j’étais très ami avec Fabio Cannavaro et Gianluigi Buffon. Et régulièrement, l’un ou l’autre me lançait : « Lilian, il faut que tu arrêtes de lire ce livre ! » Ils ne savaient même pas de quoi ça parlait mais régulièrement ils sentaient que j’étais énervé, tendu, par ce que j’apprenais dans mes lectures.

En 2002, à l’occasion d’un déplacement au Portugal, j’avais offert aux joueurs de l’équipe de France Peaux noires, masques blancs de Frantz Fanon. Dernièrement, j’ai déjeuné avec un ancien joueur des Bleus et on en a reparlé. Il m’a dit : « Tu sais Lilian, avant on te prenait un peu pour un fou. » J’ai appris que certains me surnommaient « le Révérend». Bref, ils se foutaient de moi. Mais il m’a confié que désormais il comprenait mieux ma démarche, d’autant que ma manière d’en parler est sans doute plus sereine.

CELUI QUI ME DIT : « JE NE VOIS PAS TA COULEUR » ME DIT EN RÉALITÉ : « JE NE TE VOIS PAS »

Vous évoquez le concept de colour-blindness, issu de la sociologie anglo-saxonne, et critiquez le credo très français selon lequel la République ne verrait pas la couleur de peau de ses citoyens…

C’est effectivement très français. Si on ne voit pas ma couleur, alors on ne peut pas être sensible aux souffrances que je suis susceptible d’endurer en raison de cette couleur. Ne pas voir la couleur de peau de ceux qui sont discriminés, c’est un luxe extraordinaire ! Celui qui me dit : « Je ne vois pas ta couleur » me dit en réalité : « Je ne te vois pas. »

Avec votre fondation, vous tentez de sensibiliser les jeunes générations. Mais cette approche est-elle suffisante s’ils évoluent dans un monde où la pensée blanche est omniprésente et tue par les adultes ?

Il faut développer une réflexion sur le temps long. Mon grand-père est né en 1908, soixante ans après l’abolition de l’esclavage. Ma grand-mère est née en 1947, alors que les États-Unis étaient encore ségrégationnistes. Je suis moi-même né en 1972 et l’apartheid était toujours en vigueur en Afrique du Sud… Depuis, les combats citoyens ont fait évoluer les choses.

Aujourd’hui, en France, on voit bien que certains se radicalisent pour défendre cette pensée blanche, tout en reprochant aux pourfendeurs de cette même pensée leur radicalisation, comme  Nelson Mandela ou à Martin Luther King avaient été critiqués en leur temps. Cela traduit leur peur du changement. Car il y a aujourd’hui une volonté de changer de société, ce qui est mauvais signe pour certains. Mais au fond, pourquoi se sentent-ils agressés en entendant l’adjectif « blanc » accolé à un nom ? On parle bien de « musique black », de l’« art nègre », des « littératures noires »… Il ne tient qu’à nous de sortir de ces prisons identitaires.

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba

Chine: excuses de McDonald’s pour avoir interdit un restaurant aux Noirs

avril 14, 2020

 

McDonald’s a dû présenter des excuses pour avoir interdit aux Noirs l’entrée d’un de ses restaurants du sud de la Chine, où des Africains se plaignent de discriminations sur fond de lutte contre le coronavirus.

Après plusieurs cas positifs au Covid-19 parmi la communauté nigériane de la métropole de Canton, des Africains se sont dit victimes d’expulsions, d’interdictions d’entrer dans des commerces, de placements en quarantaine et de dépistages abusifs. L’Union africaine a fait part samedi de son «extrême préoccupation».

Dans ce contexte, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux a montré un avis expliquant en anglais à la porte d’un restaurant que «les Noirs n’ont pas le droit d’entrer» dans un McDo de la ville. La chaîne américaine de restauration rapide a présenté des excuses et un des ses porte-parole a précisé mardi à l’AFP que l’établissement avait été fermé temporairement dimanche pour une séance de formation du personnel.

Parallèlement, une vingtaine d’ambassadeurs africains ont été reçus lundi à Pékin au ministère des Affaires étrangères par un secrétaire d’Etat, Chen Xiaodong. M. Chen a promis à cette occasion de «lever les mesures sanitaires concernant les Africains, à l’exception des patients confirmés» du Covid-19, selon un compte-rendu de la diplomatie chinoise. Il a appelé les ambassadeurs à «expliquer la vérité objectivement» et de façon «rationnelle» à leur pays.

Par Le Figaro avec AFP

Canada: Seulement cinq députés noirs élus à la Chambre des communes

novembre 1, 2019
© Sean Kilpatrick
 

Moins de 11 % des candidats noirs ont remporté leurs élections. Le nombre de députés noirs a diminué à Ottawa.

Les Noirs représentent 3,5 % de la population canadienne. Il faudrait donc que 12 députés soient élus pour atteindre la représentativité à Ottawa.

Le nombre de candidats noirs au sein des cinq principaux partis était tout de même passé de 31 à 44 cette année, mais seuls 11 % ont été élus.

Nous sommes extrêmement déçus. Sans la représentation, nos voix ne peuvent être entendues.

Velma Morgan, présidente de Operation Black Vote Canada

La raison? Les deux grands partis n’ont pas consacré assez d’efforts pour présenter plus de candidats noirs dans des circonscriptions gagnables, estime Operation Black Vote Canada, un organisme non partisan qui encourage les Noirs à s’engager politiquement.

Quatre des cinq députés noirs sont en effet des libéraux réélus, incluant la doyenne Hedy Fry de Vancouver-Centre. Le néo-démocrate Matthew Green de Hamilton-Centre est le seul nouveau venu à la Chambre des communes.

Le libéral Ahmed Hussen a été réélu dans sa circonscription de York-Sud–Weston, à Toronto.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le libéral Ahmed Hussen a été réélu dans sa circonscription de York-Sud–Weston, à Toronto.
Les conservateurs n’ont présenté que deux candidats noirs et les libéraux n’en avaient que sept, déplore Velma Morgan. Les deux candidates noires du Bloc Québécois se présentaient dans des châteaux forts libéraux et n’ont pas été élues.

En contrepartie, le NPD a présenté 22 candidats dans des circonscriptions où ils avaient au moins des chances de gagner, estime Velma Morgan.

La militante exhorte Justin Trudeau d’augmenter la représentation noire au sein de son conseil des ministres. À la dissolution de la Chambre, Ahmed Hussen était le seul ministre noir.

Mea culpa

Le député libéral sortant de Hull–Aylmer et président du caucus des parlementaires noirs, Greg Fergus, concédait lors de la campagne que son parti aurait pu recruter plus de candidats noirs.

C’est regrettable, a réagi Greg Fergus lorsque joint à nouveau par Radio-Canada après les élections. Mais ça n’empêche pas le fait que le gouvernement libéral a pris des engagements qui s’additionnent à presque 291 millions de dollars pour faire avancer l’agenda des Noirs et lutter contre l’intolérance.

Le chef libéral Justin Trudeau et le député Emmanuel Dubourg lors de la victoire de ce dernier dans Bourassa lors de l'élection partielle de 2013.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le chef libéral Justin Trudeau et le député Emmanuel Dubourg lors de la victoire de ce dernier dans Bourassa lors de l’élection partielle de 2013.
Son collègue Emmanuel Dubourg, qui a été réélu pour un troisième mandat dans Bourassa, dit avoir tenté personnellement de convaincre plusieurs Noirs de se présenter sous la bannière libérale.

Pour les Noirs, je trouve cela bien dommage.

Emmanuel Dubourg, député libéral de Bourassa

La communauté haïtienne s’intéresse beaucoup à la politique, observe le député d’origine haïtienne, mais quand on rentre dans le processus même, il peut y avoir une certaine réticence.

L’aspect économique est une grande barrière selon lui, mais la forte capacité de mobilisation de la communauté est sa principale force.

Réussir à faire des collectes de fonds est un obstacle extrêmement important, mais une fois que ces gens-là se présentent, on fait aller les téléphones et on trouve beaucoup de bénévoles. Les chauffeurs de taxi de la communauté sont très généreux et donnent leurs journées de travail pour amener les gens voter.

Recruter plus tôt

S’ils espèrent faire élire plus de Noirs, les partis devront à l’avenir prioriser le recrutement de candidats beaucoup plus tôt, selon Verma Morgan.

Il ne faut pas attendre à trois ou quatre mois avant les élections pour nommer des candidats noirs. Ça ne leur donne pas assez de temps pour s’organiser et se faire connaître dans leur circonscription.

Greg Fergus, député libéral sortant de Hull–Aylmer

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Greg Fergus, député libéral sortant de Hull–Aylmer
Greg Fergus compte sillonner le pays pour encourager les Canadiens noirs à commencer leur réflexion dès maintenant. Ça prend deux ans pour faire le travail sur le terrain, pour faire rayonner son nom et s’assurer qu’on a de bonnes chances de gagner.

Tous les partis doivent mettre la main à la pâte, souligne-t-il, et promouvoir la représentativité sans tomber dans la partisanerie.

Réaction des conservateurs

L’attachée de presse du Parti conservateur, Josée Morissette, n’a pas expliqué pourquoi le parti n’avait aucun député noir, mais a indiqué par courriel que le processus de nomination dans les 338 circonscriptions était ouvert pour tous.

Nous travaillons sans relâche pour encourager le plus grand nombre possible de personnes à envisager de se présenter comme candidat pour le Parti conservateur du Canada.

Radio-Canada.ca par Natasha MacDonald-Dupuis

Racisme en Tunisie : « On nous donne l’impression d’être des sous-hommes »

décembre 29, 2016

Des étudiants, Tunisiens et étrangers, témoignent du racisme qui sévit en Tunisie © Elvert Barnes/Flickr

La violente attaque de trois personnes d’origine congolaise samedi à Tunis a choqué une partie de la population et relancé le débat autour du racisme anti-noir en Tunisie. Contactés par Jeune Afrique, quatre étudiants noirs témoignent.

Le président de l’Assemblée des représentants du peuple (APR), Mohamed Ennaceur, a reçu le 27 décembre au Bardo des proches des étudiants congolais agressés au couteau trois jours plus tôt dans le centre-ville de Tunis, condamnant un « acte raciste » et rejetant « toutes les formes de discrimination raciale ». La veille, journée nationale contre la discrimination raciale, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, avait appelé à l’examen « en urgence » par le Parlement d’un projet de loi pénalisant le racisme. « Il faut une stratégie nationale afin de changer les mentalités, [et] une loi qui criminalise la discrimination », a-t-il déclaré.

Doit-on pour autant faire de ce racisme une généralité ? Jusqu’où peuvent aller ces actes et mots discriminatoires ? Paul Laurent, Imen, Corneil et Rania nous font part de leurs expériences et leur ressenti à ce sujet.

  • Paul Laurent Nyobe Lipot, 24 ans, étudiant camerounais à Sfax

« Étudiant en génie pétrolier dans une école d’ingénieurs à Sfax, je suis également vice-président de l’association des étudiants et stagiaire camerounais en Tunisie (AESCT) et je souffre malheureusement régulièrement  d’actes, d’agressions et de paroles racistes à cause de ma couleur de peau. Ceux-ci peuvent aller de l’injure publique (« guira-guira » en référence au singe, « kahlouch » qui signifie « noir » au sens péjoratif, et j’en passe) à l’humiliation (pincement du nez pour signifier qu’on sent mauvais, moqueries gratuites, refus de s’asseoir à côté « du noir », des chauffeurs de taxis qui ne veulent pas faire monter de noirs, etc.)

Tout cela nous donne l’impression d’être des sous-hommes en Tunisie.

Un matin, alors que j’allais en cours, des jeunes sur une moto se sont mis à m’insulter. Habitué à ces mots, je n’ai pas daigné répondre aux provocations. Ils sont alors revenus vers moi et m’ont lancé des œufs pourris. Je n’ai pas eu la force d’aller en cours ce jour-là… Et ce racisme se fait aussi parfois ressentir dans le domaine de la santé. Un jour par exemple, j’ai dû conduire une jeune étudiante camerounaise dans un centre spécialisé pour interrompre une grossesse non désirée – l’interruption volontaire de grossesse est légale en Tunisie depuis 1973. Les médecins ont refusé de lui prescrire des pilules abortives pour la simple raison qu’elle n’était pas, je cite, « arabe ».

Tout cela nous donne l’impression d’être des sous-hommes en Tunisie. Il est affligeant d’entendre les Tunisiens parler de l’Afrique comme si la Tunisie était un pays non-africain, ou de percevoir encore l’Afrique subsaharienne comme une zone de pauvreté dans laquelle les habitants n’ont aucun pouvoir d’achat. Loin de moi l’idée d’accabler tous les Tunisiens, et je garde aussi de bons souvenirs de l’hospitalité avec laquelle j’ai été accueilli, je suis fier d’apprendre auprès de ce peuple révolutionnaire.

Aujourd’hui, la Tunisie a le courage de prendre le problème au sérieux et la société civile agit pour tenter de faciliter notre intégration. La récente réaction du gouvernement est à louer, car il a enfin décidé de rompre avec la pratique du mutisme. Mais beaucoup reste encore à faire… »

  • Imen Guenich, 21 ans, étudiante tunisienne à Tunis

« Ma couleur de peau n’a jamais représenté un handicap pour moi, mon quotidien ressemble à celui de toutes les jeunes Tunisiennes de mon âge. On me prend par contre souvent pour une étrangère. Plus petite, je subissais les moqueries de mes camarades de classe sur ma couleur de peau. Je sentais bien que j’étais différente et je trouvais cela injuste. Je reçois aussi parfois des réflexions et des surnoms désagréables dans la rue.

Pourquoi le Tunisien a-t-il une image unidimensionnelle de la Tunisie ?

Mais avec le temps, je m’y suis habituée et j’ai même appris à en rire. Cela m’a poussé à constamment m’interroger : pourquoi le Tunisien a-t-il une image unidimensionnelle de la Tunisie ? Pourquoi, avec mes cheveux frisés et ma peau ébène, je ne peux représenter la beauté tunisienne ou arabe ? La lutte contre la discrimination raciale est principalement une lutte contre des mentalités individuelles et collective (société civile, médias, État). L’État doit d’ailleurs intervenir en premier lieu au niveau de l’éducation, car je me souviens d’ « Amadou », l’unique personnage noir des manuels scolaires désigné comme un « Africain »… comme si la Tunisie faisait partie de l’Union européenne !

La Tunisie doit pénaliser la discrimination raciale car aujourd’hui encore, au nom du racisme, des personnes agressent, volent, braquent, insultent, humilient et ségrèguent des personnes compétentes qui ont du mal à pratiquer certains métiers comme animateur télé ou hôtesse par exemple. »

  • Corneil Bilolo, 25 ans, étudiant congolais à Tunis

« Je viens de Kinshasa et fais des études de génie informatique à l’école polytechnique méditerranéenne de Tunis. Le racisme, c’est mon pain quotidien, je suis habitué à l’injustice à cause de ma couleur de peau. Durant ma première année ici, je me mettais en colère, mais à force je ne réagis plus. Je fais semblant de ne pas entendre car le silence est la meilleure réponse à tout cela. J’ai juste envie de finir mes études pour pouvoir rentrer chez moi. Je n’ai personnellement jamais été victime d’actes physiques, mais j’ai déjà été poursuivi par deux jeunes garçons à moto. Je reçois surtout des insultes, des surnoms (« guerd » -« singe »-, « kahlouch », Shrek, etc.) et des moqueries dans la rue ou dans des magasins. Mais j’ai aussi rencontré des Tunisiens très bons. On doit enseigner dès le plus jeune âge qu’une personne ne se résume pas à sa couleur de peau mais à son cœur.

Je n’ai pas choisi de naître noir.

Le drame qui s’est produit le samedi 24 décembre m’a laissé sans voix. On se dit que nous ne sommes plus en sécurité et qu’on pourrait mourir dans l’indifférence totale devant les forces de l’ordre et d’autres citoyens tunisiens. Ça fait mal… J’aime la Tunisie, je ne serais pas venu sinon. Mais je ne veux plus être condamné pour quelque chose dont je ne suis pas responsable. Je n’ai pas choisi de naître noir.

Dans les saintes écritures du Coran il est mentionné, sourate 35, versets 27-28 : « N’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. »  »

  • Rania Belhaj Romdhane, 21 ans, originaire de Gabès et étudiante à Tunis

Je suis étudiante en anglais et relations internationales à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis, et activiste au sein de l’association M’nemty pour la lutte contre la discrimination raciale. Je subis des actes et des propos racistes quasi-quotidiennement à cause de ma couleur de peau. Un de mes pires souvenirs remonte à mon enfance, lorsque ma maîtresse à l’école primaire m’asseyait au fond de la classe parce que ma couleur de peau la dérangeait. Elle me l’avait dit franchement, de manière humiliante et blessante, et j’ai dû supporter ce traitement durant tout l’année, à l’âge de neuf ans.

Plus tard, au lycée, une des professeurs m’appelait « oussifa » (esclave en arabe) devant le reste de la classe. Ces événements à l’école ont profondément marqué l’enfant et l’adolescente que j’étais, car les personnes qui étaient supposées me protéger et m’apprendre des choses m’avaient en fait humiliée.

Ma maîtresse à l’école primaire m’asseyait au fond de la classe parce que ma couleur de peau la dérangeait.

Sans oublier la mentalité de certains Tunisiens, qui réduisent les femmes noires à des créatures sexuelles par exemple. Le racisme peut aussi être plus violent, comme ce jour où un enfant  m’a jeté des cailloux en criant « retourne dans ton pays guira-guira ! Retourne en Afrique, la kahloucha (noire) ! » J’étais choquée.

Le rôle du gouvernement est de protéger tous ces citoyens via des lois protégeant les minorités, mais aussi en modifiant les programmes scolaires pour enseigner l’importance de la diversité. Mais c’est surtout un travail sur les mentalités qui doit être fait. Nous devons répandre l’amour et non la haine, et faire comprendre qu’une personne à la peau noire est une citoyenne comme une autre qui a le droit de vivre en paix dans ce pays. A l’attention du gouvernement tunisien : commencez à agir, et assez des fausses promesses ! »

Jeuneafrique.com par Rebecca Chaouch

Un policier blanc qui avait abattu deux Noirs acquitté à Cleveland

mai 23, 2015

Un juge américain a acquitté samedi un policier blanc jugé pour avoir abattu deux Noirs non armés dans leur voiture à la suite d’une course-poursuite en 2012 à Cleveland. Inculpé de deux homicides volontaires, le policier risquait jusqu’à 22 ans de prison.

Le juge John O’Donnell a expliqué avant de prononcer son verdict qu’il « ne sacrifierait pas » le policier si les indices ne justifiaient pas sa culpabilité. Au total, treize policiers avaient tiré 137 balles sur la voiture de Timothy Russell et de Malissa Williams qui ne s’était pas arrêtés et avaient été pris en chasse longuement.

Le policier Michael Brelo, 31 ans, avait été inculpé car il avait attendu que le véhicule soit à l’arrêt pour tirer debout sur le capot à quinze reprises contre le pare-brise. Aucune arme n’a été retrouvée dans la voiture.

« Il n’y a pas de justice »
Après l’énoncé du verdict, un petit groupe de manifestants s’est rassemblé près du tribunal scandant « il n’y a pas de justice ».

Une autre enquête sur un policier blanc débutant de cette ville, qui avait tué en novembre un enfant noir de douze ans Tamir Rice alors qu’il pointait un jouet en forme de pistolet dans un parc, n’a toujours pas abouti.

Le ministère de la Justice avait déterminé à la suite de ce drame que la police de Cleveland avait tendance à faire « un usage excessif à la force ».

Romandie.com