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Soudan : Omar el-Béchir, à l’heure d’un nouveau procès

juillet 21, 2020

Omar el-Béchir, dans la cage du tribunal de Khartoum, le 31 août 2019 (archives).

Omar el-Béchir, dans la cage du tribunal de Khartoum, le 31 août 2019 (archives). © Mohamed Nureldin Abdallah/REUTERS

 

L’ancien président soudanais était devant ses juges, ce lundi. Accusé d’avoir violé l’ordre constitutionnel lors du coup d’État qui l’a porté au pouvoir en 1989, il risque la peine de mort.

Omar el-Béchir a repris le 21 juillet le chemin du tribunal. Déjà condamné à deux ans d’emprisonnement pour corruption en décembre dernier, l’ancien président soudanais, destitué le 11 avril, doit cette fois s’expliquer sur le coup d’État qui l’a amené au pouvoir en 1989.

Accusé d’avoir violé à l’époque l’ordre constitutionnel, il risque, à 76 ans, la peine de mort. Seize autres personnes, civiles et militaires, sont également jugées, dont l’ancien vice-président Ali Osmane Taha et le général Bakri Hassan Saleh.

Près de 200 avocats

Pour ce procès sans précédent dans le pays un tribunal spécial de trois juges a été constitué, dont le président de la Cour suprême. Près de 200 avocats sont attendus pour défendre les accusés tout au long des prochaines semaines. Fidèle à sa ligne de défense, Omar el-Béchir devrait garder le silence, invoquant la prescription des faits.

L’audience de ce lundi, qui n’aura duré qu’une heure, a d’ailleurs été presqu’immédiatement levée en raison du nombre d’avocats présents. « La salle du tribunal n’est pas assez grande pour accueillir tous les avocats de la défense qui sont 191. Nous devons prendre des mesures pour permettre l’accueil de tous les avocats », a précisé le président du tribunal, qui a fixé la prochaine audience au 11 août prochain.

L’ex-dictateur, déchu après trois décennies au pouvoir, est également visé par deux autres procédures judiciaires. La première, pour laquelle il a été formellement accusé en mai 2019, et dont le procès se tiendra à Khartoum dans les prochains mois, porte sur la répression des manifestations qui ont entraîné sa chute.

La seconde, peut-être la plus emblématique, a été lancée depuis 2009 par la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre de la guerre du Darfour. Omar el-Béchir devra répondre de crimes de guerre et de génocide, dans ce conflit qui a fait plus de 300 000 morts et des millions de déplacés entre 2003 et 2008.

Si le pouvoir actuel à Khartoum s’est engagé en février à livrer l’ancien chef d’État à la CPI, il reste un doute quant à son extradition à la Haye, le Soudan ne reconnaissant toujours pas la CPI.

La prison de Kober

En attendant, Omar el-Béchir restera emprisonné derrière les murs en béton du centre de Kober, où il a été placé en détention au lendemain de sa chute. Tout un symbole, puisque c’est dans cette prison construite à Khartoum par le colonisateur anglais que l’ancien président faisait incarcérer ses opposants.

« Tous ses droits sont garantis, comme pour n’importe quel prisonnier, affirme une source judiciaire proche du dossier. Il n’a jamais été mis en cellule d’isolement, mais placé dans une aile de la prison, avec une douzaine de personnes également incarcérées suite au changement de régime ». En attendant, donc, son éventuel transfert aux Pays-Bas. Seule certitude, que ce soit à Kober ou à La Haye, Omar el-Béchir risque de passer de nombreuses années derrière les barreaux.

Avec Jeune Afrique

Soudan : Omar el-Béchir jugé la semaine prochaine pour corruption

juin 16, 2019

Omar el-Béchir, ex-président soudanais, à Johannesburg, le 14 juin 2015. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA 

L’ex-chef de l’État Omar el-Béchir, renversé en avril par un mouvement de contestation massif, comparaîtra la semaine prochaine devant un tribunal pour corruption et possession illégale de devises étrangères.

Omar el-Béchir, qui n’a plus été vu publiquement depuis sa mise à l’écart, « comparaîtra devant un tribunal la semaine prochaine », a affirmé samedi le procureur général, Al-Walid Sayyed Ahmed, sans indiquer la date précise de l’audience.

Jeudi, l’agence de presse officielle soudanaise SUNA a indiqué que l’ancien président était accusé « de possession de devises étrangères, d’avoir acquis des richesses de façon suspecte et illégale et d’avoir ordonné (l’état) d’urgence ».

Le Procureur général a lui précisé que Omar el-Béchir devrait répondre de « corruption et possession illégale de devises étrangères ».

En avril, le chef du Conseil militaire de transition, Abdel Fattah al-Burhane, a affirmé que l’équivalent de plus de 113 millions de dollars avaient été saisis en liquide dans la résidence de l’ex chef de l’État à Khartoum. Cette somme était constituée de livres soudanaises, ainsi que de 350.000 dollars et sept millions d’euros.

Or, en décrétant l’état d’urgence face à la contestation populaire, l’ex-président avait rendu illégale la possession de l’équivalent de plus de 5.000 dollars en devises.

Cour pénale internationale

Outre l’inculpation pour corruption, Omar el-Béchir fait aussi l’objet de poursuites pour les meurtres de manifestants durant la répression de la contestation née en décembre. Son régime avait tenté de juguler ce mouvement en décrétant l’état d’urgence le 22 février.

Le procureur général a précisé que l’ex-président était aussi interrogé au sujet de suspicions de blanchiment d’argent et de « financement du terrorisme ».

Omar el-Béchir fait aussi l’objet de mandats d’arrêts par la Cour pénale internationale (CPI) qui veut le voir répondre à La Haye de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour le conflit au Darfour (ouest). Mais les militaires au pouvoir ont indiqué qu’ils ne comptaient pas le transférer au tribunal international.

Le parquet enquête en outre sur 41 chefs d’accusation visant d’anciens « symboles du régime déchu ».

Le procureur général n’a pas évoqué l’enquête militaire en cours sur la dispersion meurtrière le 3 juin du sit-in organisé par des manifestants devant le siège de l’armée à Khartoum pour réclamer le transfert du pouvoir à des civils.

Éléments « criminels »

Les chefs de la contestation ont attribué la dispersion du sit-in aux redoutées Forces de soutien rapide (RSF).

Mais samedi, le chef des RSF, Mohammed Hamdan Daglo dit « Hemeidti », également numéro 2 du Conseil militaire, a défendu ses troupes lors d’un rassemblement dans un village près de Khartoum. « Notre image a été déformée », a-t-il lancé.

Le Conseil militaire a reconnu pour la première fois jeudi avoir ordonné la dispersion de ce rassemblement, regrettant que « des erreurs se soient produites ».

Le porte-parole du Conseil, le général Chamseddine Kabbachi avait affirmé que le but initial de l’opération était de chasser des éléments « criminels » dans un secteur appelé Colombia, près du sit-in.

Samedi, le porte-parole de la commission d’enquête militaire sur la dispersion du sit-in, Abderrahim Badreddine, a indiqué à la télévision d’Etat que son rapport n’était pas finalisé.

Mais il a révélé des conclusions préliminaires selon lesquelles « des officiers et des soldats sont entrés sur les lieux du sit-in sans l’ordre de leurs supérieurs ». Ils « ne faisaient pas partie des troupes qui devaient mener l’opération à Colombia ».

Jeuneafrique.com avec AFP

Soudan: le président déchu Omar el-Béchir transféré au parquet

juin 16, 2019

 

Le président déchu du Soudan Omar el-Béchir a été conduit dimanche depuis sa prison vers le parquet en charge des affaires de corruption à Khartoum, où il a été vu pour la première fois en public depuis sa destitution en avril.

Omar el Béchir, vêtu de la traditionnelle djellaba banche soudanaise et un turban à la tête, est arrivé au parquet escorté par un convoi de véhicules militaires et des membres des forces de sécurité lourdement armés, a constaté le correspondant de l’AFP devant les locaux du parquet.

L’ex président a été conduit au parquet pour que lui soit présentées officiellement les accusations qui pèsent contre lui, a indiqué aux journalistes un responsable du parquet. Il est reparti au bout de quelques minutes, selon le correspondant de l’AFP sur place.

Porté au pouvoir par un coup d’Etat en 1989, Omar Béchir a été destitué et arrêté par l’armée le 11 avril à Khartoum, à la suite d’un mouvement de contestation inédit, déclenché en décembre par le triplement du prix du pain.

Samedi, le procureur général a précisé qu’Omar el Béchir devrait répondre de «corruption et possession illégale de devises étrangères».

Jeudi, l’agence de presse officielle soudanaise SUNA a indiqué que l’ancien homme fort du Soudan était accusé «de possession de devises étrangères, d’avoir acquis des richesses de façon suspecte et illégale et d’avoir ordonné (l’état) d’urgence».

Par Le Figaro.fr avec AFP

Entre Omar el-Béchir et Fatou Bensouda, Jacob Zuma doit choisir ses amis

juillet 4, 2017
L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Jeudi, la Cour pénale internationale doit décider si l’Afrique du Sud a violé des lois internationales, en n’arrêtant pas le président soudanais en 2015. Une décision qui en dira beaucoup sur la marge de manœuvre de la Cour dans l’avenir…

La vie déjà agitée de Jacob Zuma, sur le plan national, serait encore suffisamment détendue s’il pouvait, au niveau international, être copain avec tout le monde. Camarade avec tous les présidents d’un continent représenté par une Union souvent qualifiée de « syndicat de chefs d’État » ; en bon terme, aussi, avec les instances internationales auxquelles les pays diplomatiquement peu influents aiment adhérer pour être bien vus de la communauté internationale. Mais ça coince, aujourd’hui, pour Pretoria. Au casse-tête des amitiés incompatibles, Zuma est sommé de choisir entre le collègue Omar el-Béchir et Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI).

En laissant Béchir décoller d’une base militaire sud-africaine, Pretoria avait donc, selon La Haye, « choisi de ne pas arrêter » le Soudanais.

Le président soudanais, l’Afrique du Sud l’a reçu en juin 2015, à l’occasion d’un sommet de l’Union africaine à Johannesburg. Omar el-Béchir est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis en 2009 et 2010 pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis au Darfour. Or, le pays de Jacob Zuma a signé et ratifié le statut de Rome, traité international qui a servi de base à la création de la CPI et qui implique que tout pays signataire arrête les inculpés de la Cour quand il en a l’occasion. En laissant Béchir décoller d’une base militaire sud-africaine, Pretoria avait donc, selon La Haye, « choisi de ne pas arrêter » le Soudanais.

Décision de la CPI attendue jeudi

La CPI a lancé, en avril, une procédure visant à établir s’il y a eu violation formelle des lois internationales par l’Afrique du Sud. La décision doit être prononcée jeudi. Telle une jurisprudence, elle devrait servir de référence pour la coopération future entre les États et la Cour. La CPI ne disposant pas de force de police propre pour arrêter les suspects qu’elle recherche, elle entend établir formellement son impossibilité à fonctionner sans le soutien de ses États-membres.
Gêné aux entournures, Jacob Zuma s’était déjà résigné à choisir entre l’amitié de Béchir et celle de Bensouda.

Le bras de fer entre La Haye et Pretoria semble confirmer les incompréhensions entre le continent africain et une Cour jugée « afrophobe », au regard des origines de ses inculpés.

S’il s’avère qu’il ne peut pas négocier ses obligations envers la CPI, il préfère que son pays s’en retire. Il l’a déjà affirmé par une lettre de retrait envoyée en octobre à l’ONU, lettre jugée «inconstitutionnelle et invalide» par… sa propre justice sud-africaine. La semaine dernière, il a réitéré ses intentions, assurant modifier les failles de procédure précédemment soulevées. La nature et le ton de la décision prochaine de la CPI sera donc scrutée avec beaucoup d’intérêt. Mais peut-être l’affaire sera-t-elle déportée devant l’Assemblée des États-parties au Statut de Rome ou devant le Conseil de sécurité.

Le bras de fer entre La Haye et Pretoria semble confirmer les incompréhensions entre le continent africain et une Cour jugée « afrophobe », au regard des origines de ses inculpés. Mais la défiance envers la CPI n’est pas qu’africaine. Des pays comme les États-Unis n’ont pas ratifié le traité de Rome. Tout comme la Russie, qui vient d’inviter officiellement Omar el-Béchir, au mois d’août, et qui avait même annoncé, en novembre dernier, son intention de retirer sa signature du Statut de Rome. Si ça continue, ce n’est pas Jacob Zuma qui comptera ses amis avec fébrilité. C’est Fatou Bensouda…

Jeuneafrique.com  par Damien Glez, dessinateur éditorialiste franco-burkinabè

Les États-Unis opposés à la présence du président soudanais au sommet de Ryad

mai 17, 2017

Khartoum – Les Etats-Unis sont opposés à la présence du président soudanais, visé par un mandat d’arrêt international pour génocide, au sommet des dirigeants arabes et musulmans à Ryad auquel Donald Trump assistera dimanche.

Le ministre des Affaires étrangères soudanais a indiqué mercredi qu’Omar el-Béchir se rendrait bien dans la capitale saoudienne, première étape de la première tournée à l’étranger du président américain depuis son entrée en fonction en janvier.

« Nous nous réjouissons de la normalisation de nos relations avec les Etats-Unis », a ajouté Ibrahim Ghandour devant des journalistes à Genève (Suisse).

L’ambassade américaine à Khartoum a toutefois précisé que la position des Etats-Unis sur le sujet était « claire ».

« Nous sommes opposés à l’invitation ou la facilitation du voyage de toute personne visée par des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, y compris le président Béchir », a indiqué l’ambassade dans un communiqué.

M. Trump est attendu samedi à Ryad, où il doit prononcer le lendemain un discours sur « une vision pacifique » de l’islam.

Interrogé à Genève sur une éventuelle poignée de mains entre les présidents Trump et Béchir, le chef de la diplomatie soudanaise a indiqué qu’il n’était pas possible de prédire les choses à l’avance.

Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989 au Soudan, est sous le coup de deux mandats d’arrêt émis en 2009 et 2010 par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis au Darfour.

Cette province de l’ouest du Soudan est en proie depuis près de quinze ans à un conflit qui a fait plus de 300.000 morts, selon l’ONU.

Le dirigeant soudanais nie fermement ces accusations.

– Levée des sanctions –

M. Béchir se rend fréquemment en Arabie saoudite, d’autant que son pays est l’un des principaux membres d’une coalition militaire arabe sous commandement saoudien impliquée dans la guerre au Yémen.

Le royaume saoudien n’est pas un Etat partie au Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, contrairement à l’Afrique du Sud où M. Béchir s’était rendu en 2015 pour un sommet de l’Union africaine et où il n’avait pas été inquiété.

Le mois dernier, l’Afrique du Sud avait affirmé devant la CPI n’avoir violé aucune loi ni règle en refusant d’arrêter M. Béchir.

Les relations entre les Etats-Unis et le Soudan, deux Etats qui ont signé le Statut de Rome mais ne l’ont pas ratifié, se sont améliorées depuis la levée de certaines sanctions économiques américaines contre ce pays, décidées par Barack Obama peu avant la fin de son dernier mandat.

M. Obama avait souligné en particulier la coopération de Khartoum avec Washington pour « répondre aux conflits régionaux et à la menace du terrorisme ».

Washington a toutefois maintenu le Soudan sur la liste des « Etats soutenant le terrorisme ».

Et peu après son entrée en fonctions, le président Donald Trump a signé un décret -actuellement bloqué par la justice- visant à fermer temporairement les frontières aux ressortissants de six pays majoritairement musulmans, dont le Soudan.

Khartoum avait exprimé son mécontentement mais avait assuré que le Soudan travaillerait à renforcer ses liens bilatéraux avec Washington, notamment dans le domaine de « la lutte contre le terrorisme » dans la région et au niveau international.

Romandie.com avec(©AFP / 17 mai 2017 22h00)                                            

CPI : il court, il court, El-Béchir…

juin 22, 2015
Omar el-Bechir pose pour la photo de famille du 25e sommet de l'UA, le 14 juin à Johannesburg. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

Omar el-Bechir pose pour la photo de famille du 25e sommet de l’UA, le 14 juin à Johannesburg. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

«Oui, Omar El-Béchir voyage à travers le monde, mais son arrestation et son transfert à la Cour pénale internationale [CPI] ne sont qu’une question de temps », nous assurait, en février dernier, Fatou Bensouda, la patronne gambienne de l’institution.

Las ! Ce ne sera pas non plus pour cette fois… Après ses déplacements au Tchad, à Djibouti, au Kenya, au Nigeria et en Égypte, le général-président du Soudan, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, était, du 13 au 15 juin, en Afrique du Sud pour assister au 25e sommet de l’Union africaine (UA). Visé depuis 2009 et 2010 par deux mandats d’arrêt internationaux (pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, puis pour génocide au Darfour), l’homme fort de Khartoum s’est retrouvé coincé, du moins le pensait-on, à Johannesburg sur décision de la Haute Cour de Pretoria, la CPI ayant demandé son arrestation. Mais l’oiseau n’a bien sûr pas attendu que la justice sud-africaine se prononce et s’est envolé, protégé par les autorités locales, pour retrouver à tire-d’aile son nid. Volée de bois vert pour Jacob Zuma et son gouvernement, accusés de bafouer le droit international, mais aussi pour la CPI, qui pousse décidément le bouchon un peu loin en s’attaquant une nouvelle fois à un Africain, chef d’État en exercice qui plus est. Ce que dénonce l’UA, dont la Commission est dirigée par une Sud-Africaine, faut-il le rappeler

1) Zuma n’avait d’autre choix que penser de cette affaire, à l’origine d’une tempête médiatique dans un verre de thé géopolitique ?

que de laisser repartir El-Béchir. En Afrique, on ne livre pas un hôte, dûment invité à participer à un sommet officiel en tant que chef d’État membre, peu importe d’où émanent les injonctions. D’autant que l’UA avait garanti l’immunité à El-Béchir, une décision qui engage Zuma. Il aurait fallu soit lui interdire l’entrée sur le territoire (ce que vient de décider le Botswana), soit le laisser libre de ses mouvements. Question de culture, de tradition et, surtout, d’honnêteté intellectuelle.

2) En revanche, la justice sud-africaine et l’ONG à l’origine de sa saisie sont bien évidemment dans leur rôle. Espérons que leurs homologues dans les pays où se rendra El-Béchir en feront autant.

3) Soyons clairs: il ne s’agit pas ici de défendre le satrape de Khartoum, dont les « faits d’armes » parlent d’eux-mêmes. Despote, pas vraiment du genre éclairé si l’on en juge par l’état de son pays, en guerre civile quasi permanente et qui pointe à la 166e place dans l’indice de développement humain alors que son sous-sol regorge de richesses. Ajoutons, pour compléter le portrait : criminel et liberticide.

4) La CPI, lancée en 2002, n’est guère responsable de ce qu’une large majorité de l’opinion africaine lui reproche : une justice à deux vitesses, à la solde des Blancs, siégeant en Europe, où seules des personnalités africaines sont conduites, menottes au poignet, par des gardiens blancs devant des juges eux aussi blancs. Un deux poids deux mesures flagrant qui voudrait que seuls les petits poissons du sud du Sahara soient pris dans la nasse. La CPI, incarnation de la justice universelle, en tout cas sur le papier, se heurte justement à cette absence d’universalité : 123 États membres, certes, dont 33 africains, mais pas les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie (trois des cinq membres du Conseil de sécurité), ni Israël, qui refusent catégoriquement de devoir un jour y être soumis. La CPI, comme nombre d’institutions, se heurte à la Realpolitik. La Syrie ? Non, la Russie fait barrage. Israël ? Non plus, la France et les États-Unis veillent au grain. Birmanie ? C’est l’aire de la Chine. Tchétchénie ? Encore les Russes. Et ainsi de suite… Reste donc les petits et grands seigneurs de guerre de RD Congo dont tout le monde se fiche, Gbagbo et Blé Goudé, qui ne sont pas des enjeux géopolitiques – ou qui n’ont pas su l’être. Bref, la CPI n’est activée que dans les cas où les grandes puissances trouvent un intérêt commun à le faire.

Du fait même de son imperfection, elle ne dispose que de très peu de moyens et est assujettie, comme tout un chacun en ce bas monde, aux intérêts des grandes puissances. Mais faut-il pour autant la vouer aux gémonies ? Évidemment non, surtout pour notre continent, qui aime à s’arc-bouter sur le vieux mantra, jamais suivi d’effets, « des solutions africaines aux problèmes africains ». La CPI, c’est mieux que rien, voire mieux que certaines « justices » de chez nous. Il est dans notre intérêt à tous de voir nos tyrans, actuels ou futurs, craindre cette cour, fût-elle lacunaire. Car, à ce jour, personne n’a trouvé mieux.

Jeuneafrique.com par

Marwane Ben Yahmed, directeur de publication de Jeune Afrique.

El-Béchir et la CPI : la polémique continue en Afrique du Sud

juin 17, 2015
Robert Mugabe (g) et Jacob Zuma (d), le 14 juin 2015 au sommet de l'UA à Johannesburg. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

Robert Mugabe (g) et Jacob Zuma (d), le 14 juin 2015 au sommet de l’UA à Johannesburg. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

L’ONU a démenti mercredi les accusations selon lesquelles des troupes sud-africaines avaient été prises en otage au Darfour par des soldats soudanais dans le but d’obliger les autorités de Pretoria à laisser partir Omar el-Béchir, lundi, après un sommet de l’UA. Celui-ci faisait pourtant l’objet d’une interdiction de quitter le territoire émise par la justice sud-africaine.

Toujours muet sur le sujet, Jacob Zuma vise comme souvent le pourrissement de la situation pour minimiser les dommages politiques que celle-ci pourrait entraîner. Il est pourtant sommé par une partie de l’opinion sud-africaine de s’expliquer au sujet de l’aller-retour du président soudanais Omar el-Béchir à Johannesburg pour le sommet de l’Union africaine, le 14 et 15 juin dernier. Un voyage aux allures de pied de nez à la Cour pénale internationale (CPI), qui le recherche notamment pour génocide au Darfour et avait appelé Pretoria à l’arrêter.

Confronté à une polémique, le gouvernement sud-africain est appelé à justifier pourquoi le dirigeant soudanais a pu quitter sans encombre le pays depuis une base militaire. Le président el-Béchir était pourtant frappé d’une interdiction de sortie du territoire obtenue la veille par une ONG sud-africaine, qui avait saisi en urgence la justice. Alors que le tribunal n’avait pas encore rendu son jugement définitif, l’avion du président soudanais avait déjà décollé de l’aéroport de Waterkloof.

Pas de menace sur les troupes sud-africaines présentes au Darfour 

Certains médias sud-africains avaient fait état de pressions sur les troupes sud-africaines de maintien de la paix présentes au Darfour. Selon News 24, quelque 800 soldats y auraient été retenus en otage par des troupes soudanaises pour permettre le départ d’El-Béchir. Des accusations démenties par l’armée sud-africaine et par l’ONU mardi, rapporte Reuters.

De l’avis de plusieurs analystes, l’Afrique du Sud a délibérément choisi de ne pas arrêter Omar el-Béchir pour rallier la fronde des dirigeants africains contre la CPI. Une instance critiquée sur le continent car n’ayant poursuivi jusque là que des Africains.

« Nous envisageons sérieusement de poursuivre l’État »

«Nous allons attendre (…) que l’État explique pourquoi il n’a pas fait respecter l’ordre de la justice», a déclaré l’ONG qui avait saisi la justice, le Centre des litiges d’Afrique australe (SALC). «Nous envisageons sérieusement de poursuivre l’État pour entrave à la justice».

Certains estiment également que Pretoria a violé sa Constitution en permettant au dirigeant soudanais de quitter le pays. « L’attitude (des autorités) qui ont échoué à prendre des mesures pour interpeller et arrêter le président du Soudan Omar el-Béchir est en contradiction avec la Constitution de la République sud-africaine », a déclaré le juge Dunstan Mlambo, qui avait interdit la sortie du territoire sud-africain au président soudanais.

Jeuneafrique.com

L’Afrique du Sud a violé sa Constitution en n’arrêtant pas le président Béchir

juin 15, 2015

Le juge qui avait interdit à Omar el-Béchir de quitter le territoire sud-africain a mené une violente charge contre les autorités. De son côté, la CPI a rappelé Pretoria à ses obligations.

Le 25 sommet de l’Union africaine ne laissera peut-être pas la trace que le président Zuma souhaitait. La polémique ne cesse d’enfler après le départ, contre l’avis de la justice sud-africaine, du président soudanais Omar el-Béchir, recherché pour génocide par la Cour pénale internationale (CPI) et venu participer au 25e sommet de l’UA à Johannesburg.

Le gouvernement sud-africain a enfreint la Constitution en n’arrêtant pas Omar el-Béchir, a ainsi estimé lundi un tribunal sud-africain. « L’attitude (des autorités) qui ont échoué à prendre des mesures pour interpeller et arrêter le président du Soudan Omar el-Béchir est en contradiction avec la Constitution de la République sud-africaine », a déclaré le juge Dunstan Mlambo, qui avait interdit la sortie du territoire sud-africain au président soudanais. Le jugement a été rendu alors qu’Omar el-Béchir était déjà dans l’avion pour Khartoum.

Les autorités soudanaises disent avoir reçu des assurances 

L’avocat de l’État n’a fait aucun commentaire, sinon pour annoncer une enquête approfondie sur les circonstances du départ d’Omar el-Béchir. Le tribunal avait été saisi en urgence par une ONG, sans que cela inquiète outre mesure les autorités soudanaises qui avaient indiqué, avant l’issue de l’audience, avoir reçu des assurances sur la liberté de mouvement du président el-Béchir.

« C’est embarrassant pour l’Afrique du Sud qui aurait pu éviter cette situation, tout simplement en ne l’autorisant pas à venir », a commenté Jakkie Cilliers, directeur général de l’Institut des Études de Sécurité. « Mon impression est qu’en le laissant venir, ils (les dirigeants sud-africains) voulaient démontrer au reste du monde qu’ils partagent le point de vue de l’Afrique sur la CPI », a-t-il ajouté.

La CPI déçue

Dès le 28 mai, la Cour pénale avait notifié à l’Afrique du Sud son obligation statutaire, en tant qu’État membre de la Cour, d’arrêter et de lui remettre le président soudanais si celui-ci se rendait sur son territoire. Lundi, le procureur-adjoint de la CPI a fait part de sa déception. « Nous sommes déçus qu’il n’ait pas été interpellé », a déclaré James Stewart, adjoint de la procureure Fatou Bensouda : « Notre position a toujours été que l’obligation incombant à l’Afrique du Sud est claire, elle devait l’arrêter ».

La CPI fait face à une virulente campagne en Afrique. Elle est accusée de racisme – notamment par les dirigeants africains – et de ne pourchasser que des Africains, ce qu’elle dément. Sur huit dossiers en procès, tous concernent des dirigeants ou chefs rebelles africains, mais dans la majorité de ces cas, la CPI a été saisie par les gouvernements des pays concernés eux-mêmes.

Jeuneafrique.com

Afrique du Sud: L’avion du président Béchir a décollé de Johannesburg

juin 15, 2015

Johannesburg – L’avion officiel du chef de l’Etat soudanais a décollé d’un aéroport militaire de Johannesburg lundi matin, ont rapporté des médias locaux, alors que Omar el-Béchir fait l’objet d’une interdiction de quitter l’Afrique du Sud, prononcée dimanche par un tribunal de Pretoria.

Il était impossible d’avoir immédiatement confirmation que M. Béchir se trouvait bien à bord de l’appareil, qui a été vu décollant de l’aéroport militaire de Waterkloof. Il était venu à Johannesburg pour participer à un sommet de l’Union africaine.

La Cour pénale internationale, qui poursuit le président soudanais pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, avait demandé à l’Afrique du Sud de procéder à son arrestation.

L’entourage de M. Béchir n’avait cependant jamais semblé inquiet. Cette action en justice, c’est l’affaire du gouvernement sud-africain (…) Nous sommes ici comme hôtes du gouvernement sud-africain. Des assurances ont été données par ce gouvernement, avait déclaré dimanche le ministre soudanais des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour.

Lundi matin, un autre membre de la délégation avait affirmé que le président partirait lundi comme prévu.

Alors que l’avion décollait, l’audience se poursuivait au tribunal de Pretoria qui a prononcé l’interdiction de quitter le territoire.

Deux mandats d’arrêt ont été lancés par la CPI contre Omar el-Béchir, en 2009 et 2010, en relation avec le Darfour, région de l’ouest du Soudan en proie aux violences depuis 2003. Plus de 300.000 personnes sont mortes dans ce conflit selon l’ONU.

Dans une décision rendue publique dimanche, la CPI indique avoir rappelé le 28 mai à l’Afrique du Sud son obligation statutaire, en tant qu’Etat membre de la Cour, d’arrêter et de lui remettre M. Béchir si celui-ci se rendait sur son territoire.

A l’étranger, les Etats-Unis ont fait part de leur vive inquiétude.

Nous appelons le gouvernement sud-africain à soutenir ces efforts de la communauté internationale pour faire rendre justice aux victimes de ces crimes haineux, indique un communiqué du département d’Etat américain.

Romandie.com avec(©AFP / 15 juin 2015 13h04)

Ouverture du sommet de l’UA, la justice sud-africaine interdit à el-Béchir de quitter le pays

juin 14, 2015

La justice sud-africaine a interdit au président soudanais, Omar el-Béchir, présent dimanche à Johannesburg pour l’ouverture du sommet de l’Union africaine, de quitter le pays tant qu’elle n’avait pas étudié la demande de son arrestation émise par la CPI.

La justice sud-africaine n’entend pas laisser Omar el-Béchir quitter le pays. Dimanche 14 juin au matin, un tribunal de Pretoria, saisi par une ONG, a rendu un jugement demandant au gouvernement d’empêcher Omar el-Béchir de quitter le territoire national tant que la justice ne se sera pas prononcé sur la demande d’arrestation du président soudanais formulée par la Cour pénale internationale (CPI). Attendue dans l’après-midi, la décision du tribunal a finalement été reportée à lundi matin. El-Béchir est, entre-temps, interdit de quitter l’Afrique du Sud.

Accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité durant le conflit au Darfour, ce dernier est visé par un mandat d’arrêt international depuis 2009. Invité par l’Union africaine (UA), il est arrivé samedi soir vers 22h00 à Johannesburg pour participer au 25è sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation panafricaine.

Béchir sur la photo de famille de l’Union africaine

De leur côté, les autorités sud-africaines ont d’abord affirmé n’être pour rien dans la présence d’el-Béchir sur leur sol, déclarant qu’il est à Johannesburg dans le cadre du sommet de l’UA. Un communiqué de l’African national congress (ANC), le parti au pouvoir, a ensuite salué, dans l’après-midi, la décision gouvernementale d’appliquer l’obligation d’immunité accordée aux participants de ce genre de sommets, en conformité avec les normes internationales. « Le comité national exécutif du parti considère que la Cour pénale internationale ne répond plus aux objectifs pour lesquels elle a été créée : être une cour de dernier ressort pour juger les crimes contre l’humanité », ajoute ce communiqué.

Omar el-Béchir, lui, était donc bel et bien présent à l’ouverture de ce 25è sommet de l’UA. « Pourquoi voulez-vous qu’il s’en aille ? Il ne craint rien », lâche, confiant, un membre de sa délégation. Comme ses homologues, le président soudanais a posé à la mi-journée pour la traditionnelle photo de famille du sommet. Visiblement à l’aise, il était même au premier rang, à quelques mètres à peine de Jacob Zuma. Une photo officielle qui ne manquera pas d’alimenter la polémique en Afrique du Sud, mais aussi de relancer le débat sur les relations tendues entre l’UA et la CPI.

Jeuneafrique.com par – envoyé spécial à Johannesburg