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La justice russe condamne Alexeï Navalny à 9 ans de prison

mars 22, 2022

L’opposant le plus célèbre de Russie, Alexeï Navalny, a été condamné mardi à 9 ans de prison pour « escroquerie » et « outrage à magistrat ».

L’opposant russe Alexei Navalny a été reconnu coupable d’escroquerie et d’outrage à magistrat mardi, par un tribunal russe.© KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Une juge russe – Margarita Kotova – a reconnu mardi 22 mars Alexeï Navalny coupable d’« escroquerie » et d’outrage à magistrat, avant qu’un verdict ne soit finalement prononcé dans l’après-midi. Alexeï Navalny a écopé de neuf ans de prison. À cela s’ajoutent une peine d’un an et demi de liberté surveillée et une amende de 1,2 million de roubles, soit environ 10 000 euros au taux du jour, alors que le détracteur du Kremlin est déjà emprisonné depuis plus d’un an.

Il devra purger sa peine dans une « colonie pénitentiaire de régime sévère », ce qui signifie que ses conditions de détention vont devenir plus strictes. Le charismatique militant anticorruption et ancien avocat, âgé de 45 ans, était jugé depuis mi-février derrière les murs de sa colonie pénitentiaire, à 100 kilomètres à l’est de Moscou, dans un tribunal improvisé. Alexeï Navalny était accusé d’avoir détourné des millions de roubles de dons versés à ses organisations de lutte contre la corruption et d’« outrage au tribunal » au cours d’un précédent procès.

« Poutine a peur de la vérité »

Après le verdict, Alexeï Navalny a affirmé qu’il poursuivrait son combat contre le Kremlin, estimant que Vladimir Poutine a « peur de la vérité ». « La lutte contre la censure, amener la vérité aux habitants de la Russie, reste notre priorité », a-t-il expliqué. Ses avocats ont par ailleurs été arrêtés devant la colonie pénitentiaire dans laquelle il avait été condamné quelques minutes auparavant au motif, semble-t-il, qu’ils gênaient la circulation automobile devant la prison en parlant avec la presse.

En août 2020, il était tombé gravement malade en Sibérie, victime d’un empoisonnement à un agent neurotoxique commandité, selon lui, par le président russe en personne. Le Kremlin dément, mais les autorités russes n’ont jamais enquêté sur cette tentative d’assassinat présumée. Dès son retour en Russie en janvier 2021, après cinq mois de convalescence, il a été arrêté puis condamné à deux ans et demi de prison pour une affaire de « fraudes » remontant à 2014 et impliquant l’entreprise française Yves Rocher.

En juin 2021, ses organisations, qui militaient depuis des années dans toute la Russie, sont désignées « extrémistes » et interdites sur-le-champ, poussant à l’exil de nombreux militants pour éviter des poursuites. D’autres ont depuis été arrêtés et risquent de lourdes peines de prison. Cette répression inlassable, qui s’est accompagnée de l’interdiction des derniers médias et ONG critiques du Kremlin, a suscité un tollé dans les pays occidentaux et des sanctions contre Moscou.

15 000 opposants à la guerre en Ukraine interpellés en Russie

Même depuis sa colonie pénitentiaire, Alexeï Navalny continue de transmettre des messages fustigeant le pouvoir de Vladimir Poutine. Depuis l’offensive en Ukraine, il s’est fermement prononcé contre les combats. Il n’a cessé d’appeler à manifester contre le conflit malgré les risques encourus, les autorités ayant encore renforcé leur arsenal juridique, avec de lourdes peines de prison à la clé, pour étouffer toute critique de l’armée russe. Malgré tout, plus de 15 000 personnes ont été interpellées en Russie en près d’un mois pour avoir manifesté contre l’offensive, selon l’ONG spécialisée OVD-Info.

Parallèlement, le pouvoir russe a aussi renforcé son emprise sur la diffusion d’informations sur le conflit, en bloquant en Russie l’accès à des dizaines de médias locaux et étrangers. Lundi, la justice russe a également interdit les populaires réseaux sociaux américains Instagram et Facebook, accusés, comme Navalny, « d’extrémisme ». Ceux-ci sont déjà bloqués en Russie, tout comme Twitter et TikTok.

Avec Le Point

Mali-Côte d’Ivoire : quand un obscur opposant se proclame « président de la transition malienne » depuis Abidjan

mars 7, 2022
Ainea Ibrahim Camara© DR Ainea Ibrahim Camara © DR

Ainea Ibrahim Camara a rejoint Freetown après une mise en garde des autorités ivoiriennes et des menaces de poursuites de Bamako. Le tout dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.

S’attendait-il à autant de réactions quand il s’est proclamé « président de la transition civile malienne à compter du 27 février », en donnant une conférence de presse à Abidjan la veille ? Ce qui est certain, c’est que le tapage provoqué par sa sortie médiatique ne semble pas l’inquiéter, et encore moins lui déplaire.

Une semaine après cette annonce très partagée et commentée sur les réseaux sociaux, l’opposant malien Ainea Ibrahim Camara affirme rester « droit dans ses bottes ». Il se dit « serein et flegmatique » et compte former prochainement son gouvernement. Il a saisi la Cour constitutionnelle malienne afin qu’elle constate « la vacance du pouvoir » et lui accorde son « feu vert » en vue de l’organisation d’élections. « Je crois en la justice de mon pays », insiste-t-il quand on lui fait remarquer que tout cela semble peu réaliste.

D’Abidjan à Freetown

La discussion a lieu par la téléphone, par l’entremise de son chargé de communication et conseiller politique, un Ivoirien qui se présente comme un ancien député et requiert l’anonymat. Ainea Ibrahim Camara, fondateur du Mouvement républicain en 2017, a en effet déjà quitté la capitale économique ivoirienne pour la Sierra Leone.

Est-ce en raison de la mise en garde du gouvernement ivoirien qui, dans un communiqué en date du 28 février, a affirmé qu’il « ne saurait tolérer la déstabilisation d’un pays frère à partir de son territoire » et « se réservait le droit de prendre des mesures à l’encontre de toute personne dont les agissements mettraient à mal ses relations avec des pays tiers » ?

« Non, mon voyage à Freetown était prévu. J’y suis pour mes activités professionnelles de président d’un groupe financier. Je suis prêt à revenir en Côte d’Ivoire, ce pays que j’aime beaucoup, si les autorités souhaitent me parler », assure cet entrepreneur de 50 ans. Selon la biographie fournie par son entourage, Ainea Ibrahim Camara est né à Bamako, a été formé en France et aux États-Unis et tient aujourd’hui les rênes de trois établissements, dont une banque, dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement.

« Déstabilisation des institutions de la transition »

Quant aux poursuites judiciaires annoncées côté malien, il dit ne pas être au courant, évoque une manipulation des réseaux sociaux et garantit qu’il retournera bientôt dans son pays. « La junte était au courant de mes intentions dès le 10 janvier, mais le fait que je vienne en parler en Côte d’Ivoire, à l’invitation des Maliens [qui y résident], et que j’exprime ma sympathie envers le président Alassane Ouattara, explique certainement pourquoi elle s’est sentie piquée au vif. »

Dans un communiqué, les autorités maliennes ont condamné la teneur de plusieurs vidéos en ligne qui « traduisent clairement la volonté de l’intéressé, manifestement rassuré des complicités dont il pourrait bénéficier, dans un pays voisin d’où il tenait ses propos, de poursuivre son entreprise malveillante de déstabilisation des institutions de la transition ».

Une polémique qui intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali depuis l’instauration de nouvelles sanctions économiques prises par la Cedeao début janvier en réponse à l’intention de la junte de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années. Depuis, plusieurs organisations représentant la communauté malienne en Côte d’Ivoire ont condamné les propos d’Ainea Ibrahim Camara, appelé à son arrestation et réitéré leur soutien à la junte. « Ils sont manipulés », tonne l’opposant.

Proche du couple Clinton ?

Alors, que cherche vraiment l’autoproclamé « président de la transition civile malienne », dont les proches assurent qu’il possède des mines d’or et de diamants et qu’il connaît bien le couple Clinton ? Il entend « agir pour les intérêts des Maliens » face à « un pouvoir illégitime et illégal », assure le candidat à la députation dans son pays en 2020.

Selon la presse malienne, il avait été écroué avant le vote en raison de soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance. Sur ce point, Ainea Ibrahim Camara réfute toute condamnation : « Je n’ai jamais été condamné de ma vie. Mon casier judiciaire est vierge. Cette arrestation visait à m’empêcher de me présenter. J’ai été relâché juste après. »

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Maroc : Mehdi Ben Barka, agent double ?

décembre 27, 2021
Mehdi Ben Barka (g.), avec le Premier ministre libyen après la conférence de Tanger (du 27 au 29 avril 1958). © Studio Kahia / Archives Jeune Afrique

L’ancien opposant marocain disparu en 1965 aurait été, selon le quotidien britannique « The Guardian », un espion à la solde de la Tchécoslovaquie, voire un agent double. Des révélations intéressantes mais pas nouvelles.

S’agit-il d’un nouveau rebondissement dans l’affaire Ben Barka ? Par tout à fait, dans la mesure où le quotidien anglais The Guardian, dans son édition du 26 décembre, ne fait que reprendre les travaux de Jan Koura, professeur assistant à la Charles University de Prague.

Source « extrêmement précieuse »

Ce dernier a mis la main sur une multitude de documents déclassifiés par la République tchèque. Il a publié la conclusion de ses travaux en novembre 2020 dans la revue Intelligence and National Security, mais ceux-ci sont passés assez inaperçus. Koura avait alors qualifié Ben Barka d’ « opportuniste jouant à un jeu très dangereux ».

Ces nombreuses archives indiquent que l’opposant au régime de Hassan II aurait perçu des sommes d’argent en provenance du StB, la sûreté tchècoslovaque, elle-même liée au KGB.

En 2007 déjà, le journaliste tchèque Petr Zidek révélait en détail dans les colonnes de l’Express comment Mehdi Ben Barka avait été enrôlé par un agent de l’Est.

Selon le chercheur, les liens entre Ben Barka et le renseignement tchécoslovaque remontent à 1960, alors qu’il venait de quitter le Maroc pour Paris, où il y rencontre l’un des espions du StB. À l’époque, le Maroc a pris position dans la guerre froide en faveur de l’Occident, mais a néanmoins décidé de renforcer ses liens avec Moscou.

Les agents soviétiques espèrent donc pouvoir tirer profit à la fois du contexte et des convictions socialistes du charismatique leader politique marocain, dans le but d’obtenir des informations sur les dirigeants du monde arabe, et notamment celui de l’Égypte, Gamal Abdel Nasser.

Le StB sait par ailleurs que Ben Barka est en contact avec plusieurs des figures anticolonialistes et indépendantistes de son temps, comme Malcolm X, Che Guevara ou Nelson Mandela, et iront jusqu’à le qualifier de source « extrêmement précieuse », en lui donnant le nom de code « Cheikh ».

LE STB NE L’A JAMAIS RÉPERTORIÉ EN TANT QU’AGENT, MAIS COMME UN « CONTACT CONFIDENTIEL »

« Ben Barka n’a jamais admis avoir collaboré avec des services de renseignement, et le StB ne l’a jamais répertorié en tant qu’agent, mais comme un « contact confidentiel ». Mais il fournissait des informations en échange d’une rémunération », explique le professeur Jan Koura, interrogé par le Guardian.

Agent double ?

Bien que les liens entre Ben Barka et le StB semblent confirmés, de nombreuses zones d’ombre planent encore quant à la nature exacte des activités qu’il a menées pour le compte des services tchécoslovaques de renseignement.

SELON LES DOCUMENTS DÉCLASSIFIÉS, LE STB AURAIT REÇU PLUSIEURS NOTES ATTESTANT QUE BEN BARKA ÉTAIT EN CONTACT AVEC LES ÉTATS-UNIS

Ces derniers ont eux-mêmes suspecté Ben Barka d’entretenir des connexions avec la CIA, qui appuyait toute initiative de réforme démocratique au Maroc. Selon les documents, le StB aurait reçu plusieurs notes indiquant que Ben Barka était en contact avec les États-Unis, ce qu’il aurait formellement nié lorsqu’il a été confronté à ces allégations. D’autres rapports font état de soupçons sur des financements chinois de l’opposant.

Les défenseurs de Ben Barka affirment que ce dernier a simplement accepté de dialoguer avec des représentants tchécoslovaques afin de plaider et de faire avancer sa cause, sans pour autant devenir un agent à part entière.

Son fils, Bachir Ben Barka, a ainsi déclaré au journal anglais que « les relations de son père [avec la Tchécoslovaquie] s’inscrivaient dans son engagement contre l’impérialisme et le colonialisme ». Il a également mis en cause la provenance des documents dont s’inspire Jan Koura, estimant qu’ils émanent directement des services tchécoslovaques, et peuvent à ce titre s’avérer « modifiés ou incomplets ».

Peu convaincu par cette thèse, Koura estime toutefois que le fondateur de l’Union nationale des forces populaires a fait preuve à la fois de pragmatisme et d’idéalisme. « La période de la guerre froide n’est pas toute blanche ou toute noire », nuance-t-il.

Avec Jeune Afrique par Soufiane Khabbachi

Bénin : face à Patrice Talon, Iréné Agossa, opposant isolé ?

septembre 18, 2021

Iréné Agossa, ex-candidat à la vice-présidence du Bénin.

Le « ticket » qu’il formait avec Corentin Kohoué à la présidentielle a été accusé de n’avoir été qu’un faire-valoir de la candidature de Patrice Talon. Iréné Agossa s’impose pourtant aujourd’hui comme le représentant de « l’opposition réelle » au président béninois. Mais aura fort à faire pour convaincre de sa bonne foi.

À défaut de la vice-présidence de la République, il se contente aujourd’hui de la présidence de son parti, « Restaurer la confiance », qu’il a porté sur les fonts baptismaux en juin dernier. Bâtie sur les cendres du mouvement qu’il avait constitué pour porter le « ticket » qu’il présentait aux côtés de Corentin Kohoué à la présidentielle d’avril dernier face à Patrice Talon, la jeune formation devra jouer des coudes pour se faire une place sur la scène politique béninoise. Surtout, il va falloir à Iréné Agossa déployer des trésors de persuasion pour convaincre ses contempteurs qu’il n’est pas le traître qu’ils dépeignent.

Rêve d’alternance

Dans le vaste bureau blanc où il accueille ses visiteurs, aucune photo, pas un tableau n’orne les murs. Irénée Agossa, fils de paysan de 52 ans qui a fait ses premières armes dans les syndicats étudiants au sein de l’Union nationale des étudiants du Bénin (UNEB), entretien une image d’ascète. C’est ici que l’opposant élabore la stratégie de son parti avec, affirme-t-il, un objectif en tête : les législatives de 2023. « Le parti Restaurer la confiance, est la suite logique de la dynamique lancée lors de la campagne présidentielle », assure-t-il. « Le peuple n’a plus confiance en ses institutions », estime celui qui se présente comme un « opposant républicain » et plaide pour un « sursaut démocratique ». Ses cibles récurrentes ? « La corruption et l’accaparement de l’économie nationale par une minorité » et « la logique ultra capitaliste à l’œuvre depuis 2016 ». Et il n’hésite pas à se fixer un horizon pour le moins ambitieux : « Nous pouvons parvenir à une alternance. »

Il y a loin de la coupe aux lèvres. Et l’opposant le sait. Les premiers qu’il devra convaincre figurent parmi ses anciens alliés au sein de l’opposition. Jusqu’aux derniers jours précédant le dépôt de leur candidature commune pour la présidentielle d’avril dernier – à l’issue de laquelle ils n’ont recueillis que moins de 3% des voix – Agossa et Kohoué comptaient parmi les principaux cadres du parti Les Démocrates, créé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, tout entier lancé dans sa croisade anti-Patrice Talon.

TANDIS QUE LES DISCUSSIONS SUR LA DÉSIGNATION DES CANDIDATS BATTAIENT SON PLEIN, AGOSSA ET KOHOUÉ S’ÉPANCHAIENT DANS LA PRESSE

Tandis que les discussions sur la désignation des candidats battaient son plein, les deux hommes s’épanchaient dans la presse et critiquaient la tournure prises par les débats internes. Les deux hommes sont exclus. Et lorsque le parti désigne Réckya Madougou et Patrick Djivo  pour porter ses couleurs, Agossa et Kohoué se précipitent à la Commission électorale nationale autonome pour déposer leur dossier de candidature. Au sein des Démocrates, on accuse le duo de félonie, d’autant que les deux hommes, à la différence du duo dûment désigné, a pu présenter les précieux parrainages exigés.

Les candidatures de Réckya Madougou, ainsi que celles de Joël Aïvo sont rejetées. Seuls restent en lice, face à Patrice Talon et sa colistière Mariam Chabi Talata, les duos Kohoué-Agossa et Alassane Soumanou-Paul Hounkpè, pour les Forces cauris pour un Bénin émergent. Au terme d’une campagne atone, à l’issue de laquelle Patrice Talon a réalisé le « coup KO » tant annoncé par ses partisans, Kohoué et Agossa finissent bon dernier, avec un tout petit 2,25% des voix.

Ligne de crête

Paul Hounkpè hérite du rôle de « chef de file de l’opposition », créé à la faveur de la dernière réforme constitutionnelle. Agossa, abandonné par Corentin Kohoué qui a décidé de ne pas poursuivre l’aventure politique à ses côtés, se retrouve bien seul. Et si l’homme prend un plaisir évident à user de sa voix de velours pour tenter de convaincre ses interlocuteurs, il peine encore à trouver la tonalité sur laquelle jouer sa partition au sein d’une opposition en pleine recomposition. Entre la frange « dure », dont certains des représentants sont actuellement incarcérés (à l’image de Madougou et Aïvo, quand d’autres ont choisi l’exil après avoir été condamnés par la justice de leur pays), et un chef de file qui entend occuper la place « d’opposant ouvert au dialogue », la ligne de crête est fine.

IL REJETTE LA « RUPTURE DÉMOCRATIQUE » QU’IL ACCUSE PATRICE TALON D’INCARNER

Le quinquagénaire a déjà une longue carrière politique derrière lui. Après ses premiers pas dans le syndicalisme estudiantin, il va créer son premier parti en 1998, le Front pour la République, avant de cofonder l’Union pour la relève, en 2004. Après un passage au sein de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication, où il siège en tant que représentant de l’Assemblée nationale, il se verra confier par Thomas Boni Yayi les rênes de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers. Un passage en tant que directeur général de la Sonacop dont il sera suspendu sur fond de soupçons de mauvaise gestion, en 2016, devenant ainsi le premier protégé de Thomas Boni Yayi à « sauter » quelques jours seulement après que Patrice Talon ne prenne ses quartiers au Palais de La Marina.

Aujourd’hui, cet ancien allié de Lionel Zinsou tente de jouer la carte « républicaine ». D’un côté, il rejette la « rupture démocratique » qu’il accuse Patrice Talon d’incarner. Un président « venu par les urnes, mais qui a tout fait pour que le Parlement soit géré uniquement par sa tendance politique, qui fait passer des lois qui s’imposent à tous sans qu’il soit possible d’entendre un autre son de cloche sur la gestion des affaires publiques ». De l’autre, il dénonce « ceux qui appellent à la violence » et se défie des appels au boycott. « Nous respectons les lois de la République, même si nous ne sommes pas d’accord avec elles. Nous ne pourrons les rectifier qu’en passant par les urnes », insiste-t-il.

PARTISAN D’UN « RETOUR DES OPPOSANTS EXILÉS »

En attendant de (re)constituer une base militante à même de lui permettre d’envoyer d’éventuels députés à l’Assemblée, le patron de « Restaurer la confiance » se dit partisan d’un « retour des opposants exilés » et affirme être prêt à discuter avec Paul Hounkpè, en vue de la mise en place d’une « plateforme commune de l’opposition »… Tout en affirmant tout de go qu’il a un « problème de principe » avec le chef de file de ladite opposition qu’il accuse d’avoir « un problème de légitimité ».

Avec Jeune Afrique par Maurice Thatan

Coup d’État en Guinée : Retour de l’ancien Premier ministre Sidya Touré

septembre 12, 2021

Avec CGTC

Vidéo d’archives sur l’assassinat d’un opposant historique en Suisse

septembre 3, 2021

Avec Les Archives D’Afrique

[Tribune] Cameroun : Christian Penda Ékoka, mort d’un soldat de la résistance

août 10, 2021
Christian Penda Ékoka.

Allié de l’opposant Maurice Kamto et ex-conseiller économique du président Biya, le chef du mouvement Agir est décédé le 8 août, à l’âge de 69 ans.

J’ai du mal à y croire. Mon esprit refuse d’assimiler cette nouvelle. Je ne perds pas espoir, persuadé que quelqu’un m’appellera et me dira que c’est une fake news. Ce n’est pas ce qui manque, au Cameroun, où il y a davantage de « fake » que de « news »… Malheureusement, le démenti tarde à venir. Je commence à me dire qu’il va falloir que je m’y fasse : Christian Penda Ékoka est mort, ce dimanche 8 août 2021, au Canada. Tonton Christian – comme j’aimais à l’appeler – ne reviendra plus. Je n’entendrai plus sa voix posée, assurée et rassurante. L’optimisme, la foi et la conviction : voilà ce que je retiendrai de ce grand homme.

Discours moderne et novateur

Nous nous étions rencontrés pour la première trois mois avant l’élection présidentielle d’octobre 2018. Christian Penda Ékoka créait son mouvement, Agir, et recrutait des jeunes pour l’animer. Un ami m’avait invité à assister aux réunions organisées à cet effet, et nous avait présentés.

QUAND IL PRÉSENTAIT SA VISION D’UN CAMEROUN IDÉAL, IL PARLAIT AVEC SON CŒUR. »

En bon pédagogue, l’économiste nous avait exposé la philosophie qui sous-tendait son action. J’étais fasciné par la modernité de son discours. La plupart des gens de son âge se cramponnent à de vieux logiciels. Lui avançait des idées novatrices, qu’il voulait voir porter par des jeunes à qui il mettrait le pied à l’étrier. Il émanait de lui cette simplicité propre aux grands hommes, qui n’ont pas besoin de trop en faire.

Christian Penda Ékoka parlait avec son cœur, y compris quand il présentait sa vision d’un Cameroun idéal. Il élaborait des théories et suggérait des solutions pour les concrétiser. De temps à autre, il s’autorisait des digressions, laissant ainsi poindre ses regrets de n’être pas parvenu, lui l’ex-conseiller du président Paul Biya, à infléchir la politique économique de ce dernier.

Pot de fleurs

Au cours de ces réunions, par pudeur et par respect, mais aussi – je le confesse – par lâcheté, je m’étais toujours abstenu de lui demander ce qu’il était allé chercher au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). J’étais pourtant curieux de découvrir les causes de sa rupture avec le parti présidentiel. Il m’avait répondu en substance que le RDPC était une terre aride, où plus rien ne poussait, pas même les graines fertiles du développement.

Comme à la présidence de la République, où il avait ses bureaux, il avait le sentiment de servir de pot de fleurs. Les notes et rapports enfouis au fond des tiroirs auront été l’une de ses plus grandes frustrations. Sans doute est-ce qui l’a rapproché de Maurice Kamto. Tous deux avaient en commun le regret d’avoir occupé des fonctions dans les cercles du pouvoir sans être parvenus ni à donner la pleine mesure de leur talent, ni à contribuer à insuffler une dynamique au pays.

Tonton Christian aura néanmoins marqué son temps les trois dernières années de sa vie, en prenant des décisions dont la plus importante l’a conduit et maintenu en prison pendant dix longs mois, en 2019 : soutenir la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2018 et accompagner le plan national de résistance visant à libérer le Cameroun d’une dictature vieille de plus de quarante ans.

“ÇA VA ALLER, VALS, NOUS NOUS EN SORTIRONS”, ME RÉPÉTAIT-IL QUAND NOUS ÉTIONS EN PRISON. »

Pendant notre séjour dans les geôles de la prison centrale de Yaoundé, nous avions pour seule sujet de discussion un Cameroun imaginaire, le Cameroun de nos rêves, dans lequel prévaudrait l’État de droit. Ce séjour carcéral aura été pour moi une période de formation. Avec Maurice Kamto, Christian Penda Ékoka m’a appris le sens du mot « droit ». D’abord, le droit comme discipline. À ma sortie de prison, j’aurais pu réussir haut la main l’examen du barreau tant nous potassions notre procès à venir.

« Droit dans ses bottes »

Puis, l’expression « se tenir droit dans ses bottes », sans courber l’échine malgré le poids de l’injustice. Quand il m’arrivait de flancher, d’avoir envie de hurler ma rage en donnant des coups de poing dans le mur, Tonton Christian me redisait sans cesse : « Ça va aller, Vals, nous nous en sortirons ! » Preuve de sa détermination à rester debout vaille que vaille, il avait exigé de son épouse qu’elle ne vienne jamais lui rendre visite à la prison. Sans doute, aussi, pour lui épargner les traitements humiliants qu’on faisait subir aux nôtres.

Ce sont ces décisions majeures, payées au prix fort, qui font de lui un être exceptionnel et qui lui garantissent une place d’honneur dans l’histoire de notre pays. Depuis l’annonce de son décès, les hommages se succèdent, à la hauteur de l’homme qu’il représente pour nous, combattants de la liberté dont il était l’un des piliers.

Je voudrais retenir ces flots de témoignages d’amour, de reconnaissance et de compassion qui déferlent sur les réseaux sociaux. Certes, le temps des détracteurs et des récupérateurs viendra. Payés pour distraire les abrutis, ils font leur « job ». Sont-ils efficaces pour autant ?

Nous avons perdu un soldat de la résistance. Il ne verra pas le pays que nous avons reconstruit des heures durant pendant nos longs mois d’incarcération. Il ne verra pas cet État démocratique, souverain et développé, dont nous parlions. Il ne verra pas cet État où les tribus et les sous-tribus se placent au-dessus de l’identité nationale. Avait-il vraiment prévu de le voir ? Je ne saurais le dire avec exactitude. Je reste persuadé, en revanche, qu’il s’en va heureux d’avoir contribué à faire germer les graines de la liberté dans le cœur de la jeunesse camerounaise.

Il est mort.  L’héritage est lourd. L’objectif est le même : nous continuerons, aussi, pour qu’il soit fier de nous.
À très bientôt, Tonton Christian.

Avec Jeune Afrique par  Valsero

Rappeur camerounais

Mort suspecte de l’opposant biélorusse Vitali Chychov, retrouvé pendu dans un parc de Kiev

août 3, 2021

Le corps de ce responsable d’une ONG aidant les réfugiés biélorusses a été retrouvé mardi. Ses collègues accusent le régime de Minsk, et la police ukrainienne soupçonne un « meurtre camouflé en suicide ».

Photo non datée de Vitali Chychov, fournie par l’organisation de défense des droits humains Viasna. M. Chychov, 26 ans, responsable d’une ONG biélorusse aidant celles et ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé mort à Kiev, le 3 août.
Photo non datée de Vitali Chychov, fournie par l’organisation de défense des droits humains Viasna. M. Chychov, 26 ans, responsable d’une ONG biélorusse aidant celles et ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé mort à Kiev, le 3 août. AP

Vitali Chychov, responsable d’une ONG biélorusse qui apporte son aide à celles et à ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé pendu dans un parc de Kiev, en Ukraine, mardi 3 août.

Selon la police locale, le ressortissant biélorusse était porté disparu depuis qu’il était sorti faire un jogging, la veille. « Vitali Chychov a été retrouvé pendu (…) à proximité du lieu où il habitait », dit-elle dans un communiqué. Une enquête pour meurtre a été ouverte, car, aux yeux des enquêteurs, il pourrait s’agir d’un « meurtre camouflé en suicide ».about:blankclose

Selon des membres de son ONG, Maison biélorusse en Ukraine, « il ne fait aucun doute » que Vitali Chychov, âgé de 26 ans et exilé en Ukraine depuis les manifestations massives d’opposants en 2020, a été assassiné par le régime biélorusse. Sur la chaîne Telegram de l’ONG, consultée par l’Agence France-Presse, on peut lire :

« Il s’agit d’une opération planifiée par les membres du service de sécurité pour liquider [une personne] véritablement dangereuse pour le régime biélorusse. Vitali était surveillé et la police [ukrainienne] en avait été notifiée. Nous avions été avertis à plusieurs reprises, à la fois par des sources locales et par des personnes en Biélorussie, de toutes sortes d’opérations allant jusqu’à l’enlèvement et la liquidation. »

Un militant biélorusse, Oleg Ovtchinnikov, a fait savoir à l’AFP que le visage du défunt présentait des hématomes et que son nez était cassé.
Un membre de Maison biélorusse à Kiev, interrogé par Associated Press, a confirmé que « rien n’a[vait] été volé (…), il n’avait que son téléphone sur lui. » « On nous avait prévenus qu’il fallait d’être plus vigilants, car un réseau d’agents du KGB biélorusse opérait ici. Vitali m’avait demandé de prendre soin de ses proches, il avait un mauvais pressentiment », a-t-il ajouté.

La chef de l’opposition biélorusse, en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa, a exprimé ses condoléances aux proches de M. Chychov. « Les Biélorusses ne sont pas en sécurité, même à l’étranger, tant qu’il y aura ceux qui tentent de se venger et de cacher la vérité en se débarrassant des témoins », a-t-elle lancé sur Telegram. Les Nations unies ont appelé mardi Kiev à mener une enquête « minutieuse, impartiale et efficace » sur sa mort.

La police a ouvert une enquête pour homicide avec préméditation, mais elle étudie également la piste d’un geste volontaire. « Un suicide et un meurtre déguisé en suicide sont les principales hypothèses », a précisé le chef de la police nationale.

Perquisitions, arrestations et emprisonnements à un rythme effréné

L’Ukraine, comme la Pologne et la Lituanie, a historiquement accueilli les exilés biélorusses – opposants, membres d’ONG, journalistes ou militants – fuyant cette ex-république soviétique. Le cinquième mandat présidentiel d’Alexandre Loukachenko, remporté frauduleusement en 2020, et la répression massive des manifestations contestataires ont accéléré ce phénomène. Vitali Chychov avait lui-même quitté son pays pour l’Ukraine après avoir participé à la contestation dans la ville de Gomel.

Ces derniers mois, perquisitions, arrestations parfois spectaculaires et emprisonnements se sont succédé à un rythme effréné.

Les dernières cibles du régime sont celles qu’Alexandre Loukachenko appelle les « sales ONG » cultivant « la terreur »Plusieurs dizaines d’entre elles ont été liquidées sur ordre du gouvernement biélorusse. Selon l’ONG Viasna, elle-même concernée, il s’agit d’organisations de défense des droits humains, d’enseignement des langues, d’aide aux handicapés ou d’aide à l’emploi pour les jeunes, ainsi que de l’Association des journalistes biélorusses et le bureau biélorusse de PEN, l’association de défense des écrivains.

Au printemps, l’Union européenne et les Etats-Unis ont pris de nouvelles sanctions, économiques et individuelles, visant de hauts responsables biélorusses et des hommes d’affaires, ainsi que des secteurs-clés de l’économie. La Biélorussie a riposté en annonçant, le 28 juin, la suspension de sa participation au Partenariat oriental de l’UE et le rappel de son ambassadeur à Bruxelles.

Le Monde avec AFP, AP et Reuters

Bénin : le procès de l’opposant Joël Aïvo renvoyé après une première audience agitée

juillet 16, 2021
Joël Aïvo, premier candidat officiel à l’élection présidentielle béninoise de 2021.

Le procès de l’opposant béninois Joël Aïvo s’est ouvert jeudi 15 juillet devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Mais à l’issue de cette première journée d’audience, le procès a été renvoyé au 5 août.

Trois mois après son arrestation, Joël Aïvo a comparu pour la première fois. Le célèbre constitutionnaliste et opposant est apparu à la barre jeudi, peu après 8h, drapé d’un costume bleu sur mesure. Malgré trois mois de détention, l’universitaire n’a rien perdu de l’aisance orale qui a fait sa réputation dans les amphithéâtres. À ses côtés, deux autres co-accusés dans le même dossier. Un troisième, absent du procès, est toujours recherché.

Joël Aïvo et ses deux co-accusés ont plaidé non coupable des charges pesant à leur encontre. Arrêté le 15 avril 2021, Joël Aïvo est poursuivi pour « blanchiment de capitaux et atteinte à la sûreté de l’État ». L’universitaire était devenu l’un des farouches opposants au pouvoir du président Patrice Talon. Il s’était même déclaré candidat à la présidentielle du 11 avril 2021.

Demande de liberté provisoire

De leur côté, les avocats de Joël Aïvo n’ont cessé de dénoncer un dossier et une procédure vides. « Le procureur spécial a fondé sa demande non pas sur la base des faits, mais sur ses propres qualifications », a dénoncé Me Achille Dideh, autre avocat de la défense. Me Robert Dossou, qui coordonne les avocats de la défense de l’universitaire, a ainsi demandé la liberté provisoire pour son client.

Une requête que le procureur spécial de la Criet estime pour sa part « prématurée ». Mario Mètonou juge que les charges pesant contre Joël Aïvo et ses co-accusés sont trop « graves » pour leur accorder une liberté provisoire. Mario Mètonou a plaidé pour que la Criet se déclare incompétente et que le dossier soit renvoyé en instruction, estimant que la présence du troisième co-accusé est indispensable à la tenue du procès.

Réponse le 5 août

La tension est rapidement montée entre les avocats de la défense et le procureur spécial. Les premiers ont dénoncé une tentative de détournement de la procédure. « Il y a beaucoup de passions dans le dossier », a rétorqué le magistrat.

Le président de la Criet a décidé de renvoyer le procès au 5 août 2021. À cette date, la Cour devra trancher les requêtes des deux parties : elle décidera soit du renvoi de l’affaire en instruction, soit de la liberté provisoire pour Joël Aïvo et ses co-accusés.

Avec Jeune Afrique par Maurice Thantan – à Cotonou

France- Décès de PAKO : COMMUNIQUÉ de Maître William BOURDON, Avocat des membres de la famille de Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS

avril 23, 2021

Le 22 avril 2021 – L’avocat soussigné informe avoir sollicité ce jour le Parquet de BOBIGNY, après avoir pris connaissance des conclusions du premier rapport d’autopsie, et du rapport toxicologique qui lui ont été communiqués, pour demander une contre-autopsie.

En effet, les membres de la famille de Monsieur KOLELAS estiment que les conclusions du premier rapport d’autopsie ne permettent pas d’être parfaitement et précisément éclairés sur les raisons du décès de leur parent, survenu il y a exactement 1 mois, le 21 mars 2021.

En l’état, les conclusions de ce premier rapport concluent à une mort par défaillance cardiorespiratoire.
D’autres questions se posent, qui devront trouver réponse auprès du nouveau collège d’experts notamment s’agissant de l’heure de décès et des liens éventuels entre le décès et les pathologies dont était affecté Monsieur KOLELAS.

En outre, l’avocat soussigné rappelle qu’il est incontestable que les choix faits à Brazzaville s’agissant de la mise en œuvre l’évacuation sanitaire de Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS vers la FRANCE ont été absolument désastreux. En effet, l’avion choisi et son équipement médical étaient d’évidence totalement inadaptés à l’état de santé extrêmement dégradé de Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS.

Il est par ailleurs acquis que les pilotes de l’avion, arrivés de FRANCE, ont demandé à attendre 5 à 6 heures sur place avant de repartir, cela constituant une perte de temps injustifiable eu égard à l’urgence vitale dans laquelle se trouvait Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS.

Enfin, dès lors que l’avion a été obligé de se ravitailler deux fois pendant le vol, cette circonstance n’a pu que compromettre encore plus la possibilité de sauver Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS.

Avec Brazzanews