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Opposition congolaise

décembre 22, 2020

Le Conseil fédéral de la Fédération de l’Opposition Congolaise acte l’éviction de Mme Claudine Munari de la Présidence du FROCAD

C’est un coup dur pour la Présidente du MUST, Mme Claudine Munari, dans le bras de fer qui l’oppose à Clément Mierassa au sein du FROCAD.

Prévue par elle-même début décembre, la session extraordinaire du Conseil fédéral de la Fédération de l’Opposition Congolaise s’est tenue lundi 21 décembre 2020, avec les délégations des trois composantes à savoir IDC, CJ3M et FROCAD.
En l’absence non justifiée de la Présidente Claudine Munari, c’est Michel Mampouya, le premier Vice-Président (issu de l’IDC) qui a présidé les travaux.

La délégation des cinq membres du FROCAD était conduite par Clément Mierassa et celle de la Composante J3M par le Professeur Albert Makita-Mbama.

Le Conseil fédéral a pris acte de l’éviction de Mme Claudine Munari à la tête du FROCAD où elle a été remplacée par Clément Mierassa. Comme le mandat à la tête de la Fédération de l’Opposition Congolaise incombe au FROCAD, Clément Mierassa devient automatiquement Président de la Fédération de l’Opposition Congolaise jusqu’à la tenue de la prochaine convention en janvier. On en saura plus prochainement, sur cette circonvolution qui vient de changer la physionomie de la Fédération de l’Opposition Congolaise!

Avec Congo Tribune

Côte d’Ivoire: Alassane Ouattara prête serment et invite l’opposition au dialogue

décembre 14, 2020
Le président ivoirien Alassane Ouattara prête serment pour un troisième mandat le 14 décembre 2020 à Abidjan.

Le président ivoirien Alassane Ouattara a prêté serment ce lundi à Abidjan, moins de deux mois après son élection. Il a annoncé la création d’un ministère de la Réconciliation nationale et appelé à la reprise du dialogue avec l’opposition en vue des élections législatives.

C’est au cours d’une cérémonie sobre et brève – moins de deux heures – que le président ivoirien Alassane Ouattara, réélu à un troisième mandat avec 94,27% des voix le 31 octobre, a prêté serment sur la Constitution, ce lundi matin au palais présidentiel d’Abidjan. Une première dans l’Histoire du pays.

« C’est avec beaucoup d’honneur et de responsabilité que j’ai prêté serment, je mesure l’ampleur de cette charge. Je prends à nouveau l’engagement de l’assumer pleinement au service de mes compatriotes, de tous mes compatriotes. C’est ensemble que nous devons construire un avenir plus radieux pour tous nos concitoyens et pour les générations futures », a déclaré Alassane Ouattara en introduction d’un discours d’une trentaine de minutes, se posant ainsi en rassembleur d’un pays affecté par de vives tensions.

La cérémonie a en effet été organisée au terme d’un processus électoral marqué par le boycott de l’opposition, qui ne reconnaît toujours pas le scrutin, l’arrestation de certains de ses leaders, ainsi que des violences meurtrières, notamment dans le centre du pays.

Le chef de l’État a ensuite dressé la liste de ses priorités pour les cinq prochaines années. Parmi elles : l’éduction, la formation et l’emploi des jeunes. « À compter de janvier 2021, le gouvernement et les collectivités locales prendront en charge les frais COGES, ces frais des comités de gestion des établissements scolaires supportés par les parents d’élèves », a-t-il promis.

Et d’égrainer les autres grands chantiers de son nouveau mandat : la multiplication des centres de formation professionnelle « pour garantir une seconde chance aux jeunes sortis trop tôt du système scolaire », le soutien à l’emploi des femmes, la vaccination contre le Covid-19 à partir d’avril 2021, la généralisation de la Couverture maladie universelle (CMU), l’amélioration de la qualité de l’offre des soins, le recul de la pauvreté « à travers l’émergence d’une classe moyenne » ou encore le renforcement du lien avec le secteur privé et une répression plus sévère de la corruption qui « sape les fondements même de l’état de droit et de la démocratie ».

Des violences « intolérables »

Alassane Ouattara a par ailleurs annoncé la création « dans les prochains jours » d’un ministère de la Réconciliation nationale, dont l’objectif sera « le renforcement de la cohésion nationale et la réconciliation des fils et des filles de Côte d’Ivoire ».

« L’élection présidentielle a donné lieu à des violences intolérables », a regretté le président ivoirien, les condamnant « avec la plus grande fermeté ». « Ces actes graves ne doivent pas rester impunis, il faut mettre fin à l’impunité dans notre pays, c’est une exigence pour le respect des droits humains, nul n’est au-dessus de la loi. Je veux que cela soit clair. »

Début décembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) avait appelé le gouvernement ivoirien à « enquêter de toute urgence sur les meurtres de plus de 50 personnes lors des violences politiques et intercommunautaires ».

Pas de réconciliation sans dialogue, a affirmé le président ivoirien. « J’ai instruit le Premier ministre, Hamed Bakayoko, de reprendre les discussions avec les partis politiques pour mettre en œuvre les recommandations de la Cedeao relatives à la Commission électorale indépendante (CEI) dans la perspective de la tenue des élections législatives dans le courant du premier trimestre 2021, a-t-il déclaré. J’invite l’ensemble des partis politiques à saisir cette nouvelle opportunité qui s’offre à tous pour aboutir à une décrispation du climat par le dialogue, afin de renforcer la paix et la stabilisé de notre pays ».

L’opposition réclame une refonte de la CEI, qu’elle estime inféodée au pouvoir. Officiellement, les négociations entamées le 11 novembre au Golf-hôtel d’Abidjan entre Alassane Ouattara et l’ancien président et opposant Henri Konan Bédié sont rompues. Le 9 décembre, ce dernier a annoncé la fin du Conseil national de transition (CNT) et appelé lui aussi à un dialogue national réunissant les forces vices de la nation sous l’égide de facilitateurs indépendants. Il maintient cependant une condition : la libération des opposants.

Un parterre de chefs d’État

Alassane Ouattara a prêté serment devant un parterre de chefs d’État de « pays frères », membres de la Cedeao, qu’il a remerciés de leur présence en les désignant chacun par des surnoms « affectueux ». « Mon jeune frère » pour Patrice Talon, Macky Sall et George Weah ; « mon neveu » pour le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré ; « l’empereur » pour le Congolais Denis Sassou Nguesso ; « ma chère sœur » concernant la présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde ; « double excellence » à propos de Nana Akufo-Addo, fraîchement réélu au Ghana ; « mon fils » pour le président de la transition malienne, Bah N’Daw ; « l’émir du Sahel » au sujet du Nigérien Mahamadou Issoufou et enfin « notre jeune doyen » pour le Togolais Faure Gnassingbé.

Le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, ainsi que le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat et l’ancien président français Nicolas Sarkozy avaient aussi fait le déplacement. La France était officiellement représentée par son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

« J’ai une pensée toute particulière pour celui que j’aurais tant souhaité voir à ma place aujourd’hui, mon fils, feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (décédé le 8 juillet 2020), candidat désigné le 12 mars 2018 par le RHDP pour l’élection présidentielle », a enfin souligné Alassane Ouattara à la fin de cette longue séquence de remerciements.

Par Florence Richard – à Abidjan

Présidentielle 2021 : la concertation politique de Madingou consolide la démocratie congolaise

novembre 25, 2020

Le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique et du Travail, Firmin Ayessa, a présidé, le 25 novembre à Madingou, chef-lieu du département de la Bouenza, la cérémonie d’ouverture  de la concertation politique placée sur le thème : « Consolidons les acquis de la démocratie par les élections libres, transparentes et apaisées ».

Photo de famille des délégués à la concertation politique de Madingou

Dans son discours d’ouverture, le vice-Premier a appelé les participants à faire des scrutins des actes citoyens qui ne doivent pas faire déchainer des passions. « L’élection constitue un haut moment de débats d’idées, de discussions et d’expressions démocratiques libres. Elle ne doit pas être l’occasion de déchirement politique, de discorde du peuple, de désunion nationale et de violence civile », a-t-il indiqué.

C’est, a-t-il renchéri, l’enjeu essentiel de la présente concertation politique  qui doit être, selon lui, l’expression forte de la volonté partagée des Congolais. Cette volonté exige, a-t-il poursuivi, d’échanger et de communiquer librement, de discuter et de débattre sans passion, en ayant pour seul point de mire : l’intérêt commun.

Par ailleurs, l’orateur a rappelé aux participants l’intérêt des précédentes concertations qui ont balisé la voie aux  différents scrutins et posé les bases de la consolidation de la démocratie. Pour l’orateur, cette tradition de dialogue consistant à organiser à la veille de chaque consultation électorale politique une table ronde, bien que l’élection elle-même soit encadrée par la loi, devrait unir les acteurs politiques et ceux de la société civile dans le but de faire le point des recommandations antérieures et envisager des perspectives nouvelles.

En outre, le vice-Premier ministre a déclaré que sans le dialogue il n’y a pas de démocratie vivante et efficace. « Nous avons besoin de la concertation pour prévenir les tensions et les conflits qui, inexorablement, conduisent au délitement de la société. Nous avons besoin du dialogue et de la concertation parce qu’ils sont les plus sûres garanties de paix et de l’unité ; parce qu’ils sont les moyens les plus efficaces de règlement des différends, de résolution des incompréhensions et des malentendus », a-t-il noté.

Une vue des participants dans la salle à l’ouverture des assises de Madingou, le 25 novembre 2020/ Adiac

Pour sa part, le préfet du département de la Bouenza, Jules Monkala Tchoumou, a félicité les pouvoirs publics pour avoir porté leur choix sur  Madingou d’abriter les présentes assises. Le département de la Bouenza, a-t-il dit, offre son hospitalité et sa disponibilité aux hôtes  qui y sont conviés. Il s’est réjoui de l’attention que le gouvernement a accordée ces cinq dernières années à Madingou en y organisant des cérémonies d’intérêt national.

De son côté, la maire de la ville de Madingou, Simone Bakoumina, à qui revenait la charge de parler au nom des populations de cette ville, a salué la libéralité des pouvoirs publics en  inscrivant  le chef-lieu du département de la Bouenza dans l’histoire politique  du Congo par l’organisation de cette concertation politique.

Prenant la parole à leur tour, les sages et notabilités du département de la Bouenza  ont sollicité,  à travers la voix de Samuel Mouandza,  la clémence des mânes et des anciens de la contrée afin que les travaux de la concertation se déroulent dans la tranquillité.

Notons que la presque totalité des acteurs politiques et de la société civile y sont représentés, précisément  plus de cent cinquante délégués, dont les plus en vue sont : Claudine Munari (Must) ; Guy Brice  Parfait Kolelas (UDH-Yuki) ;  Anné Biby (CNR de Ntumi) ; Elo Dacy (UPRN de Mathias Dzon) ; Benjamin Boukoulou (Ur) ; Joseph Kignoumbi Kia Mboungou  (La Chaine) ; Pascal Tsaty Mabiala (Upads) ; Joseph Kinfoussia et Prosper Dihoulou (UDR-Mwinda), etc.

La cérémonie a été rehaussée de la présence de quelques membres du gouvernement, notamment  Raymond Zéphirin Mboulou ;  Pierre Mabiala ; Anatole Collinet Makosso, Charles Gamfouomo et Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes.

Avec Adiac-Congo par Roger Ngombé

Congo/Vie des partis : le RDD suspend sa participation à l’opposition

novembre 24, 2020

A la faveur d’une conférence de presse animée le 24 novembre à Brazzaville, le président du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), Jean-Jacques Serge Yhombi-Opango a annoncé la suspension de son parti à l’opposition politique congolaise, dirigée par Pascal Tsaty-Mabiala.

Photo : Jean-Jacques Serge Yhombi-Opango devant le presse

Parmi les raisons de cette suspension Jean-Jacques Serge Yhombi-Opango a évoqué la marginalisation du RDD par la plateforme de l’opposition politique congolaise lors de la tenue de plusieurs réunions techniques préparatoires à la concertation politique de Madingou.

La dernière en date est la rencontre des partis de l’opposition politique congolaise avec l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies François Loucény Fall. Le non rendu de manière claire des rencontres que le chef de file de l’opposition organise avec d’autres formations politiques.

« Le RDD n’est pas arrivé à l’opposition pour être un faire-valoir. On ne peut pas travailler avec quelqu’un qui ne nous respecte pas », a déclaré Jean-Jacques Serge Yhombi-Opango.

Concernant la participation du RDD à la concertation de Madingou, il a dit reconsidérer sa décision après avoir annoncé dans un communiqué publié la veille sa non-participation à cette rencontre. Ainsi, conformément au texte publié par le ministère de l’Intérieur sur la répartition des membres des délégations à ladite concertation, le RDD va avec un quota de deux délégués.

« Le RDD va à Madingou en tant que RDD. Nous allons pour faire entendre notre voix. Le parti va avec ses propres propositions. Après la concertation, le RDD se réservera le droit de collaborer avec d’autres partis défendant les valeurs et les principes de la social-démocratie », a indiqué Jean-Jacques Serge Yhombi-Opango.

Avec Adiac-Congo par Jean Jacques Koubemba

Congo: Concertation politique de Madingou, suspendue

novembre 23, 2020

Des soucis quant au démarrage des travaux !

Le compte n’y est pas encore et on ne peut pas commencer. Prévus pour démarrer lundi 23, puis mardi 24 novembre, les travaux de la concertation politique de Madingou, qui seront présidés par le Vice-Premier Ministre Firmin Ayessa, sont renvoyés au mercredi 25 novembre.

Alors, il a fallu changer les quelques banderoles déployées à Madingou, puisque la date a changé. On est en plein dans la navigation à vue. C’est la culture de gestion que d’ailleurs les politiques congolais affectionnent: la navigation à vue (pas de planification, pas d’ordre du jour, tout est déterminé séance tenante). Et voilà que les organisateurs sont débordés par une arrivée massive de gens qui, s’ils ne participent pas, veulent au moins suivre l’événement.

Pour ce qui est des participants, tout le monde n’est pas encore là. Si du côté de la Majorité présidentielle, du centre et de la société civile, les délégations invitées affichent complet à Madingou, il y a encore des tractations du côté de l’opposition. La délégation de la COPAR (Convention des Partis Républicains), en tant qu’opposition républicaine dirigée par Nick Fylla et Chrys Walembaud, est déjà à Madingou. Mais, les autres sont toujours attendues.

L’Opposition politique congolaise, du chef de file Pascal Tsaty-Mabiala, est encore dans les tractations à Brazzaville. Les quatre têtes d’affiche de cette opposition ne parlent pas le même langage: Pascal Tsaty-Mabiala, qui a été récemment reçu par le Président de la République, tente de convaincre les autres leaders d’y aller. Mais, ceux-ci disent que sans ordre du jour et sans la direction des débats par Martin Mbéri qui a constitutionnellement la responsabilité du dialogue politique dans le pays, ils ne mettront pas pied à Madingou. En tout cas, Anguios Nganguia-Engambé et Mboussi-Ngouari posent des conditions. Quant à Guy-Brice Parfait Kolélas, le candidat sorti deuxième lors de l’élection présidentielle anticipée de 2016, il n’y sera pas présent personnellement. Et les autres, l’opposition dite radicale (avec les Dzon, Moukouéké, Itadi, Munari, Michel Mampouya, etc), n’aurait pas été invitée.

A Madingou, où des journalistes sont déjà sur place, l’ambiance est à l’attente. On ne sait pas ce qui va sortir réellement de cette concertation, pourtant événement national, mais qui semble revêtir un caractère sectaire où certaines institutions de la République et d’autres forces vives de la Nation n’ont même pas été invitées. Il se dit qu’il est question de parler entre acteurs politiques choisis, de l’organisation de l’élection présidentielle de 2021.

Par Brazzanews avec Congo tribune

Présidentielle en Côte d’Ivoire: l’opposition appelle à «l’ouverture d’une transition civile»

novembre 1, 2020
Au lendemain du scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire, l’opposition annonce qu’elle ne reconnaît pas cette élection et constate la fin du mandat du président Ouattara.

Le porte-parole de l'opposition ivoirienne, Pascal Affi N'Guessan, lors de sa conférence de presse, à Abidjan, le 1er novembre 2020.

© RFI/Romain Ferré Le porte-parole de l’opposition ivoirienne, Pascal Affi N’Guessan, lors de sa conférence de presse, à Abidjan, le 1er novembre 2020.
Avant l’annonce des résultats partiels, qui devraient être annoncés dans les prochaines heures, le porte-porte de la coalition d’opposition, Pascal Affi N’Guessan, a lu une déclaration devant une nuée de journalistes nationaux et internationaux, depuis la résidence du président du PDCI, Henri Konan Bédié. Aux côtés d’Affi N’Guessan, d’autres présidents de partis, notamment Albert Mabri Toikeusse, dont le dossier de candidature avait été jugé irrecevable par le Conseil constitutionnel. En revanche Henri Konan Bédié, lui, n’a pas assisté à la lecture du communiqué. Les journalistes l’ont cependant aperçu faire un geste de la main quelques minutes plus tôt.Sans surprise, l’opposition annonce ne pas « reconnaître l’élection présidentielle », par conséquent elle « constate la fin du mandat du président Ouattara » et « appelle à l’ouverture d’une transition civile afin de créer les conditions d’une élection présidentielle juste et transparente ».

Poursuite du blocage politique

Par la voix de Pascal Affi N’Guessan, l’opposition a aussi appelé à « la mobilisation générale » pour faire « barrage à la dictature du président Alassane Ouattara », sans toutefois donner plus d’information ou de précisions sur les modalités de cette mobilisation. Le blocage politique est donc loin d’être réglé malgré les troubles importants qui ont secoué le pays ce samedi. L’opposition déplore d’ailleurs désormais 30 personnes victimes pour la seule journée d’hier.  De son côté, le gouvernement n’a donné aucun bilan officiel à ce jour.

L’opposition a avancé d’autres chiffres : le taux de participation notamment, qu’elle estime à moins de 10%.

Par RFI avec son correspondant à AbidjanFrançois Hume-Ferkatadji

Présidentielle en Côte d’Ivoire : le gouvernement fait un pas vers l’opposition

octobre 22, 2020
Des véhicules de la police anti-émeute lors de heurts à Abidjan, le 19 octobre 2020.

À moins de dix jours du scrutin, le gouvernement promet « d’examiner favorablement » les requêtes de l’opposition sur la réforme de la commission électorale et ouvre la porte à une rencontre entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié.

La restructuration de la Commission électorale indépendante (CEI) avec un siège de plus pour l’opposition, l’octroi d’un poste de vice-président au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA, d’Henri Konan Bédié) dans le bureau de l’institution électorale et la recomposition des commissions électorales locales. Mercredi, le gouvernement ivoirien a décidé de faire un pas vers l’opposition.­

Dans un communiqué signé de la main de Sidiki Diakité, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, l’exécutif promet « d’examiner favorablement et dans les meilleurs délais » les requêtes formulées par Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan auprès de la délégation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui a rencontré les deux opposants lors de sa mission les 18 et 19 octobre.

Affi réclame « un cadre de facilitation internationale »

Cette annonce intervient au terme d’un « dialogue politique » qui s’est tenu à la Primature, sous la direction du Premier ministre, Hamed Bakayoko, et en présence d’une délégation d’observateurs de la Cedeao, précise le gouvernement ivoirien. La réforme de la CEI est l’une des revendications majeures de la coalition de l’opposition, dont les principaux représentants étaient cependant absents de cette rencontre.

Le gouvernement fait également part de la « disponibilité du chef de l’État » à rencontrer le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié. Si ce dernier n’a pas, pour l’heure, réagi à cette invitation, Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI), a réaffirmé lors d’une conférence de presse qu’il rejetait tout dialogue direct avec le gouvernement, réclamant « un cadre de facilitation internationale ».

Il a aussi appelé à une intensification de la désobéissance civile « de façon pacifique » pour « contraindre Alassane Ouattara à mettre fin au coup d’État constitutionnel qu’il s’apprête à perpétuer ». La coalition de l’opposition considère en effet que la candidature du président sortant à un troisième mandat n’est pas constitutionnelle.

Au moins 9 morts à Dabou

Ces annonces interviennent dans un climat sécuritaire tendu en Côte d’Ivoire. Le bilan des violences qui ont éclaté au début de la semaine à Dabou, une ville située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Abidjan, a été revu à la hausse dans la nuit de mercredi à jeudi. Au moins neuf personnes ont été tuées et une quarantaine d’autres blessées dans ces affrontements, selon le maire Jean-Claude Yede Niangne, joint jeudi par Jeune Afrique. « Nous avons retrouvé un nouveau corps ce matin », a précisé l’élu, qui craint que le bilan ne s’alourdisse encore dans les heures à venir.

La localité a été placée sous couvre-feu jusqu’à dimanche et des renforts de gendarmerie sont arrivés de la capitale économique pour sécuriser la zone. Si la situation était calme, jeudi matin, « dans la ville et dans les villages », le maire n’en demeure pas moins inquiet, craignant de nouveaux pillages et d’affrontements entre jeunes, sur fonds de rivalités politiques et communautaires, mais aussi de délinquance.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

                                      

Côte d’Ivoire: À Bouaké, Alassane Ouattara lance une campagne pas comme les autres

octobre 17, 2020
À Bouaké lors du lancement de la campagne d'Alassane Ouattara, le 16 octobre 2020.

Le président ivoirien a lancé vendredi sa campagne en vue de la présidentielle du 31 octobre dans la deuxième ville du pays, devant plusieurs milliers de personnes.

Chemise blanche siglée à son nom, Alassane Ouattara salue la foule du toit ouvrant de sa voiture. Son cortège fonce à travers Bouaké, suivi par des centaines de jeunes à moto, zigzaguant dangereusement dans les rues de la deuxième ville de Côte d’Ivoire.

Quelques minutes plus tôt, le chef de l’État ivoirien a dû écourter son meeting de lancement de campagne devant l’impossibilité du service d’ordre de contenir une foule imposante et fatiguée d’attendre depuis plusieurs heures. Pleine à craquer, la place « ADO » était prête à exploser bouleversant le protocole.

À Bouaké lors du lancement de la campagne d'Alassane Ouattara, le 16 octobre 2020.

À la tribune, pendant cinq petites minutes, Alassane Ouattara a tenu un discours offensif, haranguant la population, souvent très jeune, venue l’écouter.

« Rien qu’à Bouaké, vous êtes plus nombreux ici que tous les gens de l’opposition qui se sont réunis à Abidjan. La majorité est là. C’est le RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, parti au pouvoir). ADO est le seul candidat qui vaut la peine d’être voté. C’est pour ça que les autres ne veulent pas aller aux élections. Ils ont peur de perdre. S’ils sont garçons, qu’ils viennent aux élections et les Ivoiriens vont nous départager. Ils n’ont qu’à venir parler au peuple. Nous allons les battre. ADO gagnera au premier tour. Un coup KO ! »

« Boycott actif »

Le folklore électoral et l’hystérie désordonnée de la jeunesse de l’ancienne capitale de la rébellion étaient pourtant trompeurs. Ce vendredi 16 octobre, la Côte d’Ivoire ressemblait à tout sauf à une Nation en campagne. La veille, l’ancien président Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan, deux des quatre candidats retenus pour la présidentielle du 31 octobre, ont appelé leurs militants à « empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin et de mettre en application le mot d’ordre du boycott actif ». « Nous entrons dans la deuxième phase de la désobéissance civile », a précisé Affi N’Guessan

Un mot d’ordre suivi ce vendredi dans quelques localités où la distribution des cartes électorales fut perturbée. Daoukro, la ville natale d’Henri Konan Bédié, fut elle paralysée. À Bongouanou (Centre), la tension restait vive ce samedi. Dans la matinée, des individus ont mis le feu à la résidence d’Affi N’Guessan. La veille, des affrontements avaient éclaté entre partisans de l’opposition et du pouvoir, faisant des blessés légers et dégâts matériels. « Les deux camps se regardent en chien de faïence », confie une autorité locale.

Kouadio Konan Bertin (KKB) se tient désormais seul face à Ouattara. Le dissident du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) lançait lui aussi sa campagne ce 16 octobre à Divo. Il compte tenir de nombreux meetings. Mais ses moyens sont néanmoins dérisoires face à la machine du candidat du RHDP, dont le visage s’affiche en grand dans les rues d’Abidjan ou de Yamoussoukro.

Alors que le boycott de Bédié et Affi, qui contestent le droit à Ouattara de briguer un troisième mandat, se précise, ADO a préféré modifier son programme de campagne. Il ne participera qu’à un seul autre meeting – à Abobo le 29 octobre – laissant le Premier ministre, Hamed Bakayoko, et le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi, occuper le terrain.

À Bouaké lors du lancement de la campagne d'Alassane Ouattara, le 16 octobre 2020.

À Bouaké, s’exprimant devant un parterre de chefs traditionnels, le chef de l’État a laissé peu d’espoirs à l’opposition, se montrant ferme sur la tenue du scrutin. « Nous avons eu un dialogue, en 2020 pour mettre en place le code électoral. Mais allons aux élections ! Nous avons créé des institutions sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord. Et à quelques semaines des élections, j’entends des gens dire, il faut un dialogue. Un dialogue pour faire quoi ?  Nous avons des institutions, ces institutions ont décidé que nous serons quatre candidats », a-t-il déclaré.

La possibilité d’un rapprochement semble s’éloigner

Toutefois, presque au même moment, son gouvernement transmettait à Bédié et Affi une invitation officielle à une séance de travail « relative à l’organisation de l’élection du 31 octobre », présentée comme une réponse à la volonté de dialogue affichée par l’opposition. Une proposition immédiatement refusée.

La possibilité d’un rapprochement semble de plus en plus s’éloigner. Ces derniers jours, l’entourage d’Henri Konan Bédié semblait pourtant croire que ses initiatives diplomatiques porteraient leurs fruits. Les 12 et 13 octobre, le sphinx de Daoukro avait plaidé sa cause auprès du du roi des Ashantis, Otumfuo Nana Osei Tutu II, et du chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo. Son intervention n’a cependant pas permis de compromis entre Bédié et ADO. Le premier appelle à un report de l’élection, tandis que le second, inflexible, y reste opposé.

Le 15 octobre, les proches de Bédié étaient toutefois persuadés que le président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) débarquerait dans les prochains jours à Abidjan. « J’ai lu que des chefs d’État doivent venir ici. Je les ai tous les jours au téléphone. Ils ont du travail chez eux. Personne ne vient ici pour négocier quoi que ce soit », leur a répondu Alassane Ouattara.

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem – Envoyé spécial à Bouaké

Présidentielle en Côte d’Ivoire : Bédié et Affi N’Guessan « pas concernés par le processus électoral »

octobre 15, 2020

Henri Konan Bédié et Pascal Affi N'Guessan, le 15 octobre 2020 à Abidjan.

Lors d’une conférence de presse conjointe, Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan ont annoncé qu’ils demandaient à leurs militants d’« empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin et de mettre en application le mot d’ordre du boycott actif ».

« Nous ne sommes pas du tout concernés par le processus électoral en cours, ce processus électoral est illégal parce qu’il ne répond nullement à aucun critère international », a déclaré Pascal Affi N’Guessan lors d’une conférence de presse conjointe avec Henri Konan Bédié, ce jeudi 15 octobre à Abidjan.  « Nos militants, comme les électeurs ivoiriens, doivent s’abstenir d’y participer, tant en ce qui concerne la distribution des cartes électorales, qu’en ce qui concerne la campagne électorale », a-t-il ajouté.

« Empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin »

Appelant à « faire barrage à ce coup d’État électoral que le président Ouattara s’apprête à commettre », il a invité ses militants « à empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin et à mettre en application le mot d’ordre du boycott actif par tous les moyens légaux à leur disposition afin que le pouvoir actuel consente à convoquer l’ensemble des forces politiques nationales [pour] trouver des solutions acceptables ».

De son côté, Bédié ne s’est pas exprimé, mais participera à une conférence de presse de l’opposition, ce vendredi matin au siège du PDCI.

Cette déclaration a été faite le jour même de l’ouverture officielle de la campagne électorale. Quelques heures plutôt, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) avait présenté le programme de son candidat, Alassane Ouattara. Le chef de l’État doit lancer sa campagne le 16 octobre à Bouaké, la deuxième ville du pays.

Les candidatures d’Henri Konan Bédié, investi par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), et de Pascal Affi N’Guessan, du Front populaire ivoirien (FPI), ont été validées par le Conseil constitutionnel, le 14 septembre. Si ces deux candidats se retirent effectivement de l’élection présidentielle, fixée au 31 octobre, seuls resteraient en lice le président sortant, candidat à un troisième mandat sous les couleurs du RHDP, et Kouadio Konan Bertin

Par Jeune Afrique avec Vincent Duhem

Côte d’Ivoire: à Abidjan, une opposition unie contre ADO mais à la stratégie incertaine

octobre 11, 2020
Henri Konan Bédié, lors du meeting de l'opposition, le 10 octobre à Abidjan.

L’opposition ivoirienne a organisé samedi un grand meeting pour afficher son unité contre la candidature contestée d’Alassane Ouattara à un troisième mandat le 31 octobre.

C’est la fin de journée et le soleil descend doucement sur la lagune Ebrié. Davy quitte le quartier du Plateau à Abidjan où il a assisté au meeting organisé par l’ensemble de l’opposition ivoirienne. La trentaine, militant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) depuis les années 2000, il porte un t-shirt vert en l’honneur de sa formation et de son chef, Henri Konan Bédié.

Il se dit pourtant un peu déçu : « C’était important d’être là pour dire que nous sommes opposés au 3e mandat d’Alassane Ouattara. Mais j’attendais un mot d’ordre clair. Nous sommes prêts. Mais on doit savoir exactement ce qu’on attend de nous. Nos leaders ne peuvent plus se cacher. Il faut assumer. »

Ces derniers jours, les proches et communicants de Bédié ne se cachaient pas pour l’annoncer, montrant volontiers les muscles : ce meeting allait marquer le grand début de la désobéissance civile. Après avoir lancé ce mot d’ordre le 20 septembre, Henri Konan Bédié allait enfin en préciser le contenu.

Pas de grosse annonce

Prenant la parole pour clôturer l’évènement, le chef de file de l’opposition, en sa qualité de doyen et d’ancien chef de l’État, Bédié n’a pourtant fait aucune grosse annonce. Tout juste a-t-il assuré que « la dictature du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix) unifié sera vaincue dans quelques jours ou quelques semaines » et appelé le « secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à se saisir du dossier ivoirien pour la mise en place d’un organe électoral indépendant crédible avant l’élection présidentielle ».

Faut-il en déduire qu’il espère finalement y participer ? Ces derniers jours, le Sphinx de Daoukro avait laissé entendre en privé que son combat contre Alassane Ouattara passait désormais avant la question de sa candidature.

« Bédié a envie d’être candidat, mais il est coincé par la pression mise par Guillaume Soro et Laurent Gbagbo. S’il n’a pas su galvaniser les militants ce samedi, quand aura-t-il l’occasion de le faire ? Le pouvoir ne nous laissera plus nous réunir de cette manière », estime un de ses proches. L’élection est toujours prévue le 31 octobre, et la campagne doit se dérouler du 15 au 29.

Des partisans de l'opposition, réunis le 10 octobre 2020 à Abidjan.

Véhémence

Avant lui, les autres personnalités de l’opposition réunies au stade Félix Houphouët-Boigny s’étaient montrées bien plus offensives. Pascal Affi N’Guessan, dont la candidature a aussi été retenue, a appelé à une transition politique pour la renaissance de la Côte d’Ivoire ». « Demain et après demain, soyons en action sur le terrain pour le départ d’Alassane Ouattara », a poursuivi l’ancien Premier ministre, présent au côté d’Assoa Adou, représentant de la branche rivale du Front populaire ivoirien (FPI).

SELON LES INTERVENANTS, LES ATTAQUES CONTRE ALASSANE OUATTARA ONT PARFOIS EU DES RELENTS XÉNOPHOBES.

Albert Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh, dont les candidatures ont été rejetées par le Conseil constitutionnel, se sont montrés particulièrement véhéments à l’encontre du chef de l’État ivoirien, dont ils étaient les alliés il y a encore quelques mois. « Aujourd’hui, nous devons nous lever dans les villes et les villages pour barrer la route à Ouattara », a lancé l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, évoquant « une patrie menacée par des gens sans foi ni loi », « une équipe mafieuse ».

Compagnon de route d’ADO pendant plus de trente ans, Amon Tanoh s’est adressé à celui dont il fut le directeur de cabinet et le ministre des Affaires étrangères : « Dites-lui de libérer notre pays. Nous sommes prêts à mourir pour notre pays ».

Relents xénophobes

Selon les intervenants, les attaques contre Alassane Ouattara ont parfois eu des relents xénophobes. « Nous allons le chasser de notre pays. Il va reconnaître d’« où il vient », a lancé Apollinaire N’Guessan de la plateforme Agir, à l’encontre de celui qu’il a appelé « le mosi », en référence à ses origines burkinabè. En tribune officielle, ces propos ont jeté un froid, plusieurs personnalités demandant à ce que l’intervention cesse.

S’ils n’ont pas totalement rempli le stade, les militants de l’opposition ont tout de même répondu présent. Les accès au Plateau bouclés, beaucoup ont dû marcher de longues minutes pour s’y rendre. Toute la matinée, des centaines de personnes ont ainsi défilé le long du boulevard lagunaire. Comme Ange, venu de Yopougon, tous racontaient la même histoire : « Nos véhicules sont bloqués par la police, qui veut nous faire croire que le stade est déjà plein. » Militant du FPI, Jean-Marie explique de son côté que son véhicule a été attaqué alors qu’il venait de la commune proche de Koumassi. Les organisateurs ont de leur côté annoncé que plusieurs cars de militants avaient été bloqués à Aboisso, Grand-Bassam ou Bonoua, d’autres attaqués à Yopougon ou Port-Bouët.

En cours de meeting, un jeune accusé d’être un « microbe » –  nom générique donné aux enfants en conflit avec la loi – a été lynché par une foule importante. Il ne doit sa vie qu’à l’intervention du service d’ordre.

Par Vincent Duhem – à Abidjan