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Russie: Un patriarche va-t-en-guerre divise l’Église orthodoxe

mars 18, 2022

Ancien agent du KGB, le patriarche de l’Église orthodoxe russe soutient avec ferveur l’invasion de l’Ukraine. Dans un manifeste historique, des théologiens orthodoxes parmi les plus éminents le dénoncent maintenant comme un hérétique.

Le patriarche de l’Église orthodoxe russe Photo : Reuters/Maxim Shemetov

Sur les photos qu’on trouve de lui, le patriarche de Moscou ressemble un peu à l’idée qu’on se fait de saint Nicolas. Sourire avenant, longue barbe blanche, il porte des robes brodées de fil d’or et des chapeaux pointus ornés d’images saintes. Mais la comparaison s’arrête ici, car Cyrille de Moscou, la plus haute autorité religieuse en Russie depuis 2009, n’a rien d’un personnage bon enfant.

En fait, sa sainteté, née Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev à Leningrad en 1946, est un va-t-en-guerre enthousiaste et un partisan indéfectible de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Nous vaincrons : l’icône protégera l’armée russe et accélérera notre victoire, a-t-il déclaré lors d’un sermon à la fin de février, bénissant ainsi une opération militaire destinée à combattre les forces du mal.

Dans son homélie du 6 mars dernier, il en a ajouté une couche en qualifiant l’invasion de guerre sainte.

Pourfendeur des mécréants

Combattre les forces du mal? Une guerre sainte? Depuis des années, le patriarche Kyrill propage l’idée d’un Rousskii Mir, soit un univers orthodoxe et nationaliste tourné vers des valeurs traditionnelles, explique Lucian Turcescu, éminent professeur de théologie à l’Université Concordia depuis 2005 et spécialiste des liens entre politique et religion en Europe de l’Est.

Le patriarcat de Moscou oppose à cette idée d’une « Russie pure » la menace d’un Occident perverti, décadent, sans morale, précise le chercheur, établi au Canada depuis 1992. Cyrille en a tout particulièrement contre l’homosexualité et l’avortement.

Pour le patriarche, la guerre en Ukraine incombe aux Occidentaux qui veulent imposer ce genre de péchés au bon peuple russe, le souiller, ajoute M. Turcescu, que nous avons joint par visioconférence à Bucarest, en Roumanie, son pays natal, où il séjourne actuellement. Le professeur Turcescu est frappé par la tension qui règne actuellement autour de lui. Vue depuis la Roumanie, la guerre n’a rien d’une réalité abstraite, contrairement à la perception qu’on peut en avoir au Canada. Il décrit la présence de soldats de l’OTAN et le survol du territoire par des avions militaires.

La région est donc manifestement sur un pied d’alerte et, de façon plus personnelle, le théologien l’est lui aussi. Il fait partie d’un groupe de théologiens, de prêtres et de diacres orthodoxes qui ont signé une condamnation théologique de l’idéologie fascisante promue par le patriarcat de Moscou. Publié le dimanche 13 mars, ce manifeste religieux qui qualifie Kyrill d’indigne de la religion orthodoxe est signé par un nombre croissant de personnalités.

C’est un manifeste historique de dénonciation de l’usage indigne du nom de Dieu, résume le professeur Turcescu, qui compare le manifeste à la déclaration de Barmen, un texte théologique contre le régime nazi, rédigé et publié par les protestants d’Allemagne en 1934.

Des fidèles comme butin de guerre

Pour saisir le goût du patriarche Kyrill pour la guerre, il faut remonter un peu dans le temps. En 2018, un schisme survient au sein de l’Église orthodoxe en Ukraine. Une partie du clergé décide de faire reconnaître par le patriarcat de Constantinople [Istanbul], l’autorité théologique suprême dans le monde orthodoxe, une Église ukrainienne orthodoxe indépendante du patriarcat de Moscou  explique le professeur Turcescu.

Cette division des fidèles ne fait pas l’affaire de Moscou qui, du coup, perd des fidèles et de l’influence. Selon l’idéologie de Kyrill, la capitale de l’Ukraine, Kiev, est la ville sainte de l’Église orthodoxe et du Russki Mir [le monde russe]. Moscou n’en est que le siège politique, précise-t-il encore. Il faut donc comprendre que le patriarche voit dans cette guerre une occasion de récupérer ses ouailles et ses billes.

Patriarche, contrebandier et ex-espion du KGB

Même si ses fidèles l’appellent votre sainteté, Cyrille n’a rien d’un enfant de chœur. Il ne l’a jamais reconnu publiquement, mais il a été un agent important des services secrets russes à l’époque de la guerre froide, affirme le professeur Turcescu, qui croit que le patriarche et Vladimir Poutine se sont rencontrés alors qu’ils étaient tous deux des agents du KGB.

Le professeur de Concordia cite diverses sources universitaires et historiques pour appuyer cette information étonnante. En effet, Cyrille était mentionné sous le nom de code de Mikhaïlov dans les archives de l’ère soviétique qu’une commission d’enquête parlementaire de la Douma avait pu consulter au début des années 1990.

Il était devenu espion notamment en sa qualité de représentant du patriarcat russe auprès du Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève. Le prédécesseur de Cyrille, Alexis II, était lui aussi un espion du KGB.

Et ce n’est pas la seule originalité dans la feuille de route de l’homme d’Église. Plusieurs enquêtes journalistiques de la Novaïa Gazeta, un journal indépendant russe, ont révélé l’implication de celui qu’on appelle aujourd’hui Cyrille dans d’énormes trafics illégaux d’alcool et de tabac grâce auxquels l’homme serait devenu immensément riche.

Alors qu’il est archevêque, il devient président du département des Affaires étrangères du patriarcat de Moscou et profite de la guerre en Irak, au début des années 2000, pour accroître davantage son immense fortune. Le commerce des cigarettes en Irak, reconnu et soutenu par la Russie, avait été confié à l’Église russe, qui prélevait une dîme. En 2006, le Moscow Times estimait déjà sa fortune personnelle à quatre milliards de dollars.

La Russie est de loin le plus grand pays orthodoxe au monde avec plus de 100 millions de fidèles. Le patriarcat russe est aussi l’autorité de plusieurs églises orthodoxes ailleurs dans le monde. Or, raconte le professeur Turcescu, de plus en plus d’évêques orthodoxes, en Ukraine ou ailleurs, refusent désormais de prier pour le primat de leur Église.

Est-ce normal, demande le chercheur, qu’un représentant de la foi fasse bénir les armes de Poutine? En effet, des prêtres sous l’autorité de Cyrille ont même béni des kalachnikovs.

Avec Radio-Canada par Émilie Dubreuil

France: Un homme en garde à vue a reconnu avoir tiré sur le prêtre orthodoxe de Lyon

novembre 7, 2020

Cet homme de 40 ans, de nationalité géorgienne, est «le mari d’une femme qui entretenait une liaison avec la victime».

Selon nos informations, l’auteur présumé de l’attaque contre le prêtre orthodoxe de Lyon survenue samedi 31 octobre a été interpellé vendredi 6 novembre au matin en compagnie de sa femme.

Georgi P. et sa conjointe sont actuellement en garde à vue à Lyon. Le Géorgien de 40 ans a reconnu les faits. Il devrait être prochainement présenté à un juge d’instruction en vue d’une mise en examen.

Selon une source proche du dossier, la compagne de Georgi P. était la maîtresse du prêtre attaqué. Il s’agit donc d’une affaire de droit commun et non d’une attaque terroriste, comme le contexte sécuritaire pouvait le laisser craindre. Cet homme «s’avère être le mari d’une femme qui entretenait une liaison avec la victime», a précisé dans un communiqué le procureur de la République Nicolas Jacquet. L’enquête menée par la police judiciaire.

État de santé mauvais

Le prêtre orthodoxe est «sorti du coma», a rapporté mercredi un responsable religieux de la communauté héllénique, précisant toutefois que le quinquagénaire n’est pas encore sorti d’affaire. Selon le prêtre de la paroisse Saint-Georges de Grenoble, Nikolaos Kakavelakis, 52 ans, «souffre beaucoup psychologiquement» et doit être à nouveau opéré prochainement pour «éviter l’infection». «Son état de santé est toujours mauvais. Ses proches n’ont pas encore pu le voir», a-t-il affirmé. Son audition par les enquêteurs a toutefois conduit à l’arrestation de son agresseur présumé, vendredi à son domicile lyonnais.

Kakavelakis, prêtre de l’église orthodoxe grecque du 7e arrondissement de Lyon arrivé «entre la fin 2009 et le début d’année 2010», avait déposé sa démission il y a un mois pour «raisons familiales» et s’était mis en quête «d’une autre mission à l’étranger». Samedi 31 octobre, il a été visé par un tir de fusil à canon scié à bout touchant, alors qu’il fermait la porte de l’église en tenue de civil, et a été gravement touché au thorax et à l’abdomen. Le suspect avait pris la fuite.

Cette agression, survenue deux jours après l’attentat dans la basilique de Nice, avait suscité un grand émoi mais l’absence de revendication et la personnalité de la victime avait conduit le parquet national antiterroriste à ne pas se saisir des faits.

Le suspect sera déféré dimanche au parquet dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire, selon le magistrat, pour qui «la piste terroriste est définitivement écartée». L’arme utilisée le jour des faits aurait été jetée dans la Saône.

Avec Jeune Afrique par Aude Bariéty