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Maurice, Rwanda, Ouganda : havres de croissance pour les fortunes africaines

mai 8, 2022

Sur le continent, le patrimoine privé s’élève actuellement à 2 100 milliards de dollars. Et devrait augmenter de plus d’un tiers d’ici à dix ans.

Une résidence du Shangri-La-Touessrok, à Maurice. © Gary Bembridge/Flickr/Licence CC

Selon l’Africa Wealth Report 2022, le montant total du patrimoine privé en Afrique devrait augmenter de 38 % pour atteindre 3 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, une croissance soutenue par les secteurs des services technologiques et professionnels.

Les prévisions de cette étude réalisée par Henley & Partners en partenariat avec New World Health (une société d’intelligence économique sud-africaine) montrent que c’est à Maurice, au Rwanda et en Ouganda que la richesse privée (non étatique) devrait augmenter le plus rapidement (+ 60 % au moins).

Le Kenya, le Maroc, le Mozambique et la Zambie devraient également enregistrer de bons résultats.

Montée en puissance

Busi Thembekwayo, patron de MyGrowthFund Venture Partners, explique que « l’Afrique est traditionnellement dominée par deux pôles, les plus grands centres de gestion de patrimoine étant traditionnellement situés à l’extrême sud – Afrique du Sud – et à l’extrême nord – Égypte et Maroc. »

Les chiffres montrent toutefois une montée en puissance d’économies telles que Maurice et les Seychelles, qui se positionnent comme des destinations d’investissement privilégiées.

136 000 millionnaires

L’Afrique compte actuellement 136 000 individus au patrimoine net élevé dont la valeur est égale, ou supérieure, à 1 million de dollars. Parmi eux, on trouve 305 centimillionnaires (100 millions de dollars de patrimoine ou plus) et 21 milliardaires en dollars, selon le rapport.

C’est l’Afrique du Sud qui domine ce classement des super-riches mais l’Égypte a pris le relais pour le plus grand nombre de milliardaires. Cela est dû à une tendance observée dans le rapport sur la migration des HNWI (high net worth individuals) sud-africains : sur les 15 milliardaires sud-africains, seuls cinq vivent encore dans leur pays d’origine.

En termes de richesse moyenne par habitant, Maurice arrive en tête avec 34 500 dollars, suivie de l’Afrique du Sud avec 10 970 dollars. Les cinq grands pays du continent – Afrique du Sud, Égypte, Nigeria, Maroc et Kenya – concentrent plus de 50 % de la richesse privée du continent.

Amanda Smit, directrice associée de Henley & Partners South Africa, souligne que « quelle que soit la performance actuelle d’un pays, une chose est devenue très claire dans notre nouvelle ère d’incertitude : les gouvernements comme les investisseurs doivent se concentrer sur le renforcement de la résilience. »

Bonne nouvelle ?

« Nos prévisions de croissance pour l’Afrique sont très encourageantes par rapport à la plupart des autres régions du monde. Nous prévoyons une croissance particulièrement forte dans la tranche de richesse des centimillionnaires », note Andrew Amoils, responsable de la recherche chez New World.

Bonne nouvelle pour un continent dont l’économie a été affectée par les effets du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une diversification des sources de richesse est également prévue.

Mais, comme le rappelle Busi Thembekwayo, « la question qui demeure sans réponse est de savoir si cette croissance sera plus uniformément répartie et commencera à réduire les inégalités. 

Avec Jeune Afrique par Tofe Ayeni

Ouganda-Rwanda : Muhoozi fête son anniversaire en grande pompe, et avec Kagame

avril 26, 2022

Les festivités organisées en l’honneur du fils du chef de l’État confirment son ascension, tout comme la venue du président rwandais. De retour en Ouganda pour la première fois depuis deux ans, ce dernier en a profité pour s’entretenir avec son homologue, Yoweri Museveni.

Le président rwandais Paul Kagame, le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, la première dame Janet Museveni et le président ougandais Museveni lors du dîner organisé pour le 48e anniversaire de Muhoozi à la State House d’Entebbe, le dimanche 24 avril 2022. © Yoweri K. Museveni/Flickr

Avec plus de 90 minutes de retard et une arrivée maintes fois reportée, Muhoozi Kainerugaba s’avance finalement sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Kololo, à Kampala. Il n’est pas encore 9 heures du matin, ce samedi 23 avril, mais les festivités peuvent commencer.

Une ribambelle de hauts gradés

Vêtu d’une tenue militaire, le fils du président Yoweri Museveni s’extrait de son Toyota Land Cruiser de couleur verte sous les vivats de plusieurs dizaines de ses partisans, venus acclamer le commandant des forces terrestres et conseiller spécial du chef de l’État.

Une ribambelle de hauts gradés ont fait le déplacement. Parmi eux, le général Leopold Kyanda, chef d’état-major de l’armée ougandaise ; le général Don Nabasa, commandant de la police militaire et ancien commandant du Commandement des forces spéciales (SFC) ; le général James Birungi, chef du renseignement militaire ; le général Johnson Namanya, actuellement affecté au bureau de l’immigration et le général Chris Serunjogi Ddamulira, chef du renseignement criminel. Les généraux Felix Busizoori, actuel patron du SFC chargé notamment de la protection de la famille présidentielle, et son adjoint, Charity Bainababo étaient également présents.

LA STAR DU JOUR REÇOIT MÊME UN PRIX POUR SON ACTION EN FAVEUR DE LA PAIX

Ce jour-là, tous sont venus participer aux festivités organisées pour le 48ème anniversaire de Muhoozi. Cette année, l’ampleur des célébrations est sans précédent. Depuis plusieurs jours déjà, des fêtes résonnent dans plusieurs régions du pays, de la nourriture et des boissons sont distribuées gratuitement, des spectacles sont donnés… Depuis près d’une semaine, le hashtag #MKAt48 est même en vogue sur les réseaux sociaux.

Sur la piste d’atterrissage de Kololo, la sécurité est à son maximum. On joue l’hymne national, on chante “Joyeux anniversaire”. La star du jour reçoit même un prix pour son action en faveur de la paix que lui décerne un certain Club patriotique ougandais, tandis qu’un journaliste qui passe pour être l’un de ses plus proches confidents, Andrew Mwenda, prend la parole et enchaîne éloges et superlatifs.

Un parfum d’Idi Amin Dada

À l’en croire, le fils du chef de l’État ougandais est le président des partis communistes du Vietnam, de Chine, de Cuba, de Corée du Nord, des républiques d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale, le commandant en chef de toutes les forces révolutionnaires en butte à l’impérialisme et au néocolonialisme, ainsi que le chef suprême des peuples d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale.

Surtout, Muhoozi est le principal porte-parole des masses opprimées de ce monde, conclut Mwenda. L’énumération, interminable et dithyrambique, n’est pas sans rappeler celles qui accompagnaient les apparitions d’Idi Amin Dada dans les années 1970.

Ce samedi matin, Muhoozi ne reste pas longtemps à Kololo. La fête se poursuit au stade Lugogo, attirant plusieurs milliers de personnes jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les grands axes de la capitale ougandaise ont été fermés à la circulation, de même que la principale route du pays, celle qui relie l’Ouganda au Kenya.

À DEUX REPRISES DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE 2022, IL S’EST RENDU À KIGALI POUR S’ENTRETENIR AVEC PAUL KAGAME

À Kampala, danseurs et musiciens ont été mis à contribution, des affiches ont été déployées dans la ville en l’honneur de “MKAt48”. Politiques, économiques ou militaires, les VIP sont tous là, y compris le Premier ministre Robinah Nabbanja.

Cette fois, Muhoozi prend son temps : il veut parler de la pandémie qui a ravagé l’Ouganda et le monde, et de l’amélioration des relations de l’Ouganda avec le Rwanda. À deux reprises depuis le début de l’année 2022, il s’est rendu à Kigali pour s’entretenir avec Paul Kagame et c’est en partie grâce à lui si le chef de l’État rwandais à accepter de rouvrir l’important poste-frontière de Gatuna, fermé depuis près de deux ans.

« Nous avions de mauvaises relations avec l’un de nos voisins les plus proches, le Rwanda, lance-t-il. [Aujourd’hui] nos relations sont bonnes et vont encore s’améliorer. Nous remercions Dieu pour ce cadeau. C’est pourquoi je pense que nous devrions célébrer ensemble. »

Kagame, invité d’honneur

Si cet anniversaire fait autant parler, c’est parce que le fils du président ougandais a eu soin de convier plusieurs invités de marque : le chef de l’État kenyan, même si Uhuru Kenyatta n’a pas donné suite, mais surtout Paul Kagame, qui, lui, a fait le déplacement.

De retour en Ouganda pour la première fois depuis fin 2019, il a participé au dîner d’anniversaire donné, le dimanche 24 avril, à la State House en présence du président et de la première dame, Janet Museveni. La presse n’était pas conviée mais, selon nos informations, Kagame s’est dit heureux que Muhoozi l’ait appelé sur sa ligne directe pour apaiser les tensions. Il l’a félicité pour sa maturité, le mettant au défi de garder le rythme et de viser plus haut. Il lui a aussi donné quelques conseils sur sa manière de communiquer via Twitter.

Influence grandissante

Pour Museveni et Kagame, cette visite a bien sûr été l’occasion d’aborder les questions de stabilité et de coopération régionales. Le premier a rendu hommage au second pour le rôle joué par les Rwandais lors de la guerre qui l’a amené au pouvoir, dans les années 1980.

Quant à celui que Muhoozi a joué dans le dégel des relations entre les deux pays, son père a déclaré que ce n’était pas une surprise tant son fils et le chef d’État rwandais se connaissent depuis longtemps.

De toute évidence, Muhoozi a pris du galon ces derniers mois. Outre sa double visite à Kigali, il a été envoyé auprès de l’Égyptien Abdel Fattah al-Sisi, mais aussi chez le Kenyan Uhuru Kenyatta (à deux reprises) et chez le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Signe de son influence grandissante, l’ambassade de Russie à Kampala n’a pas manqué de lui souhaiter un bon anniversaire.

Succèdera-t-il à son père en 2026 ? C’est la question que tout le monde se pose à Kampala et dans la sous-région. Ses partisans affirment que nul n’est mieux placé et mettent en avant son expérience acquise après deux décennies passées dans l’armée.

Mais ses adversaires sont tout aussi nombreux, qui pointent le risque d’une transmission dynastique du pouvoir et critiquent le fait qu’un militaire sorte de la réserve qui devrait être la sienne pour se lancer en politique.

L’ascension de Muhoozi augure-t-elle de prochaines dissensions au sein du Mouvement de la résistance nationale (NRM), le parti au pouvoir ? Odrek Rwabwogo, un parent de Museveni en rupture de ban a déjà mis en garde contre « les schémas de succession » et « les possibles retours de bâton » qui pourraient « coûter très cher au parti ».

Avec Jeune Afrique par Musinguzi Blanshe

Ouganda : le fils du président Museveni annonce sa retraite militaire et alimente le doute quant à ses ambitions

mars 9, 2022
Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni lors d’une cérémonie à Kampala, le 25 mai 2016. © PETER BUSOMOKE/AFP

Le général Muhoozi Kainerugaba, qui dirigeait jusque-là l’armée de terre, a connu une ascension fulgurante et est soupçonné de vouloir succéder à son père lors de la présidentielle de 2026.

C’est sur Twitter qu’il a annoncé sa retraite militaire, à l’âge de 47 ans. Alimentant les spéculations sur une possible ambition présidentielle lors de l’élection de 2026, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni et commandant de l’armée de terre, écrit le 8 mars : « Après 28 ans de service dans ma glorieuse armée, la plus grande armée du monde, je suis heureux d’annoncer ma retraite. Mes soldats et moi avons accompli tant de choses ! Je n’ai que de l’amour et du respect pour tous ces grands hommes et femmes qui accomplissent chaque jour de grandes choses pour l’Ouganda. »

Grande influence

À la tête des puissantes forces spéciales ougandaises avant de commander l’armée de terre, Muhoozi Kainerugaba a toujours démenti avoir l’intention de succéder à son père, au pouvoir depuis 1986 et aujourd’hui âgé de 77 ans. Mais pour beaucoup d’Ougandais et d’observateurs, son ascension fulgurante au sein de l’armée et l’influence qu’il exerce au cœur du pouvoir font de lui un successeur tout désigné.

L’unique fils de Yoweri Museveni – qui a également trois filles – occupe aussi la charge de « haut conseiller présidentiel chargé des opérations spéciales », dont le champ s’étend au-delà du domaine militaire. On lui prête notamment un rôle clé dans le récent rapprochement entre l’Ouganda et le Rwanda voisin, où il s’est rendu pour rencontrer le président Paul Kagame fin janvier, ainsi que dans une opération militaire conjointe des forces ougandaises et congolaises lancée l’année dernière contre le groupe rebelle des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la RDC.

« LA MAJORITÉ DE L’HUMANITÉ (QUI N’EST PAS BLANCHE) SOUTIENT LA POSITION DE LA RUSSIE EN UKRAINE. POUTINE A ABSOLUMENT RAISON ! »

Muhoozi Kainerugaba est un utilisateur assidu des réseaux sociaux, où il poste notamment des commentaires sur la politique étrangère, parfois sources de polémiques. Il a dernièrement affiché son soutien à l’invasion russe de l’Ukraine, tweetant : « La majorité de l’humanité (qui n’est pas blanche) soutient la position de la Russie en Ukraine. Poutine a absolument raison ! »

Ceux qui le critiquent ou lui prêtent l’intention de succéder à son père sont traqués, emprisonnés ou forcés à l’exil. L’écrivain Kakwenza Rukirabashaija a fui clandestinement en Allemagne le mois dernier, après avoir été arrêté et, dit-il torturé pour avoir insulté Museveni et son fils, qu’il a décrit comme « obèse », un « grognon » et un « bébé despote ». Lors de l’annonce de la retraite militaire de Muhoozi Kainerugab, il faisait partie de ceux qui spéculaient sur ses projets. « Là où son père s’arrêtera, le bébé despote commencera, a-t-il écrit sur Twitter. Nous sommes condamnés si nous ne contrecarrons pas ses aspirations naissantes. »

Avec Jeune Afrique par AFP

Mini sommet quadripartite d’Oyo : les opérations militaires conjointes RDC-Ouganda passées au crible

février 14, 2022

Les chefs d’État du Congo-Kinshasa, Félix Tshisekedi; du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N’Guesso; de l’Ouganda, Yoweri Museveni; et du Togo, Faure Gnassingbé Eyadéma, se sont retrouvés le 12 février à Oyo, dans le département de la Cuvette.

1- Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni en tête-à-tête

Pendant près de trois heures, les quatre chefs d’Etat ont abordé des questions d’actualité sur l’Afrique centrale, rapporte  la cellule de communication de la présidence de la République démocratique du Congo (RDC). Au terme de la rencontre, un communiqué final en quinze points a été publié. Il en ressort que c’est à l’initiative du président Denis Sassou N’Guesso que la rencontre a eu lieu à Oyo, en République du Congo.

« Les échanges entre les quatre chefs d’État ont porté essentiellement sur la situation politique et sécuritaire dans les régions des Grands Lacs d’Afrique centrale et d’Afrique de l’ouest », précise le communiqué. « A cet égard, ils ont longuement évoqué les opérations conjointes que mènent les armées de l’Ouganda et de la RDC dans la partie Est de ce dernier pays, visant à éradiquer les rebelles des Forces démocratiques ADF, Musulm Tabliq Movement, MTN, et les autres forces négatives qui menacent la paix et la stabilité dans ces deux pays », apprend-on.

Le communiqué souligne, par ailleurs, combien les quatre chefs d’État se sont réjouis des succès déjà remportés par les Forces armées congolaises et ougandaises et se sont, une fois de plus, félicités de la mutualisation des forces de la RDC et de l’Ouganda pour les opérations militaires conjointes engagées entre les deux pays, initiative qualifiée, au demeurant, de « salvatrice ». 

En ce qui concerne la situation dans les Grands Lacs, les quatre chefs d’Etat ont salué et encouragé la démarche conjointe amorcée par les gouvernements de l’Ouganda et du Rwanda en vue de l’ouverture effective de leurs frontières communes, permettant ainsi la libre circulation des personnes et des biens, tout en appuyant la volonté de l’Ouganda et du Rwanda « de résoudre par les seuls moyens politiques et diplomatiques les différends pouvant subvenir dans leurs relations bilatérales ».

Bien entendu, ils ont saisi l’occasion pour exprimer l’intérêt qu’ils portent à la tenue du sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays signataires de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix, la sécurité et la coopération qui en est à sa dixième rencontre. C’est au cours des assises prévues le 24 février, à Kinshasa, que la RDC prendra la présidence rotative de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs.

Autres situations évoquées

Les autres points abordés ont porté sur la Centrafrique avec la méditation angolaise assurée par le président Joao Gonçalves Lourenço, les changements qui s’opèrent dans les pays d’Afrique de l’ouest avec des changements anticonstitutionnels au Mali, en Guinée-Conakry et au Burkina Faso, la situation politique en Libye sous la médiation du président Denis Sassou N’Guesso et les retombées de la conférence de Glasgow sur le changement climatique.

2-Le président Félix Tshisekedi s’entretenant avec son homologue Denis Sassou N’Guesso

« Les quatre chefs d’État ont convenu de se voir régulièrement et de renforcer ainsi leur cadre de concertation sur les questions politiques et sécuritaires, régionales et internationales », conclut le communiqué final signé le 12 février.

Notons qu’avant la distribution du communiqué final, la quadripartite s’est muée en tripartite Tshisekedi-Sassou-Eyadema d’une demi-heure, et en bipartite Tshisekedi-Museveni de plus d’une heure. Il est à noter que c’est par l’aéroport d’Olombo à quelques kilomères d’Oyo, ville située sur la berge de la rivière Alima au nord de la République du Congo, que le président Félix Tshisekedi est arrivé sur le site, accueilli à sa descente d’avion par le président Denis Sassou N’Guesso qui l’a raccompagné à son retour à Kinshasa dans la soirée.

Pour rappel, Félix Tshisekedi est depuis le 19 janvier dernier président en exercice de la Communauté Économiques des États d’Afrique centrale.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC : l’Ouganda condamné à verser 325 millions de dollars à Kinshasa

février 9, 2022
Des habitants de la ville de Bunia, dans l’est de la RDC, escortent des soldats ougandais quittant le territoire en 2003. © REUTERS/Patrick Olum

Après des années de procédures judiciaires, la Cour internationale de justice a rendu son jugement sur les réparations dues pour l’invasion de l’Est congolais lors de la guerre de 1998-2003. Kinshasa réclamait plus 11 milliards de dollars.

L’Ouganda va devoir verser 325 millions de dollars (environ 284,5 millions d’euros) de réparations à la RDC, au titre de l’invasion de l’est du territoire congolais lors de la guerre de 1998-2003, a statué ce mercredi 9 février la Cour internationale de justice. Kinshasa réclamait plus de 11 milliards de dollars.

La Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’ONU, qui siège à La Haye, aux Pays-Bas, a estimé que l’Ouganda devait verser à la RDC 225 millions de dollars pour les pertes en vies humaines, 40 millions de dollars pour les dommages aux biens et 60 millions de dollars pour les dommages occasionnés aux ressources naturelles, a déclaré la juge qui préside la Cour, Joan Donoghue. « La Cour considère que les éléments de preuve versés au dossier suggèrent que le nombre de morts pour lesquels l’Ouganda doit des réparations se situe entre 10 000 et 15 000 personnes environ », a-t-elle précisé.

« Actes de barbarie »

En 2005, la CIJ avait statué que l’Ouganda devait payer des réparations pour avoir envahi la RDC pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003). Ce conflit a impliqué jusqu’à neuf pays africains, parmi lesquels l’Ouganda et le Rwanda, qui soutenaient des forces rebelles dans l’est du pays, riche en minerais. Les deux guerres qui ont dévasté successivement le Congo entre 1996 et 2003 ont fait plusieurs centaines de milliers de morts. La juridiction onusienne a en outre jugé en 2005 que l’Ouganda devait être indemnisé pour l’attaque contre son ambassade à Kinshasa en 1998 et la maltraitance subie par ses diplomates.

À la suite du jugement de 2005, les deux pays voisins n’ont pas trouvé d’accord sur le montant des réparations malgré plusieurs reports de l’affaire par la CIJ, qui n’avait plus d’autre choix que de fixer la somme elle-même. Pour ce faire, la juridiction a notamment entendu quatre experts indépendants.

Lutte contre les ADF

La RDC avait accusé l’Ouganda d’actes de « barbarie » lors d’audiences devant la CIJ en avril 2021, évoquant « une occupation de cinq ans marquée par de très graves atteintes aux droits de l’homme ». L’Ouganda avait à son tour qualifié d’« extrêmement excessives » les demandes de réparations en milliards de dollars déposées par la RDC. Selon Kampala, Kinshasa « cherche à rendre l’Ouganda responsable de tout ce qu’il s’est passé pendant le conflit, comme le montrent les montants exorbitants qu’elle réclame ».

Ce jugement est rendu alors que l’armée ougandaise est de retour dans l’est de la RDC. Fin novembre, Félix Tshisekedi a autorisé l’armée de son homologue, Yoweri Museveni, à intervenir pour lutter contre les Allied Democratic Forces (ADF).

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC-Ouganda : plusieurs « bastions » des ADF détruits et 35 arrestations, selon l’armée

décembre 19, 2021
Le général Camille Bombele (c.), coordinateur des forces armées de la République du Congo (FARDC) et des forces armées ougandaises (UPDF), discutent avec des officiers des opérations conjointes menées contre les Forces démocratiques alliées (ADF), dans le parc des Virunga, dans l’est de la RDC, le 17 décembre 2021. © AFP/Sébastien KITSA MUSAYI

Engagées depuis le 30 novembre dans une opération conjointe contre les ADF dans l’est de la RDC, les armées congolaise et ougandaise ont annoncé la destruction de plusieurs « bastions » des rebelles et l’arrestation de 35 d’entre eux en Ituri.

Après avoir réhabilité les routes pour faciliter les mouvements de troupes, les forces armées de RDC (FARDC) et d’Ouganda (UPDF) sont « passées à l’offensive » et ont bombardé « de nouveaux campements ennemis identifiés en territoire de Beni (Nord-Kivu) et dans la province de l’Ituri », selon un communiqué conjoint tweeté dimanche par l’armée congolaise.

Aucun bilan de morts ou blessés

À Beni, les forces conjointes ont lancé des opérations dans le nord du parc des Virunga après avoir pilonné « des positions ennemies » à Kambi Yajua, Tondoli et Kahinama, précise le texte. En Ituri, les bombardements ont détruit des « bastions ADF [Forces démocratiques alliées] » à Madina 3, Bantonga, Kitumba et Mulangu, tandis que « l’offensive lancée les 13, 14 et 15 décembre fait état de la capture de 35 terroristes ADF » dans plusieurs villages du territoire d’Irumu, affirme encore le communiqué.

L’armée ougandaise de son côté, dans un texte publié samedi sur le site du ministère de la Défense, a précisé que les opérations allaient « s’intensifier dans différents secteurs, maintenant que les terroristes ont été délogés de leurs anciens bastions ». Dans un premier bilan des opérations, les deux armées avaient fait état le 11 décembre de 34 rebelles arrêtés, « 4 bivouacs ennemis détruits » et « 31 otages congolais libérés ». Aucun bilan de morts ou blessés n’a été diffusé jusqu’à présent.

Plusieurs villages attaqués

« Afin de consolider les opérations, les FARDC et UPDF appellent la population congolaise à se ranger derrière la coalition (…) et à dénoncer les ADF », est-il également écrit dans leur communiqué. Le porte-parole de l’armée dans la région de Beni, le capitaine Antony Mualushayi, a annoncé par ailleurs dimanche l’arrestation la veille d’un responsable de la société civile de la localité de Mbau, non loin des opérations en cours dans le Nord-Kivu, pour « intelligence avec les terroristes ».

Plusieurs villages ont été attaqués cette semaine en Ituri par de présumés rebelles ADF « dans leur fuite face aux opérations militaires conjointes », selon un administrateur militaire. Au moins 8 personnes ont été tuées.

Implantés depuis 1995 en RDC, près de la frontière ougandaise, les ADF sont considérés comme le plus meurtrier des groupes armés sévissant dans l’Est, responsables du massacre de milliers de civils. Ils sont aussi accusés par Kampala d’être responsables de récents attentats sur son sol revendiqués par l’organisation jihadiste État islamique (EI), qui présente ce groupe comme sa province en Afrique centrale (ISCAP).

Par Jeune Afrique

Ouganda: trois morts, 33 blessés dans deux « attentats suicide » à Kampala

novembre 16, 2021
Ouganda: trois morts, 33 blesses dans deux "attentats suicide" a Kampala
Ouganda: trois morts, 33 blessés dans deux « attentats suicide » à Kampala© AFP/Ivan Kabuye

Au moins trois personnes ont été tuées et 33 blessées mardi dans la capitale ougandaise Kampala lors d’un double « attentat suicide » mené par un « groupe local lié aux ADF », une rébellion musulmane active dans la République démocratique du Congo voisine, a affirmé la police.

Le gouvernement avait déjà attribué deux attaques à la bombe menées fin octobre à Kampala aux Forces démocratiques alliées (ADF), groupe né en Ouganda et qui a fait souche depuis plus de 25 ans dans l’est de la RDC, où il est accusé de nombreux massacre de civils

L’Etat islamique désigne les ADF comme sa « Province d’Afrique centrale » (Iscap en anglais). En mars, les Etats-Unis les ont officiellement déclarés affiliés à l’EI.

Les attaques n’ont pour l’instant pas été revendiquées, mais « leurs caractéristiques correspondent aux ADF », a déclaré un porte-parole de la police, Fred Enanga.

Les deux explosions se sont produites à trois minutes d’intervalle, peu après 10H00 locales (07H00 GMT), dans le quartier d’affaires de Kampala.

La première attaque a été menée à un check-point situé près du quartier général de la police par un homme transportant une bombe dans un sac à dos. La deuxième par deux hommes « déguisés en moto taxis » à proximité de l’entrée du Parlement, selon la police.

Les forces contre-terroristes ont arrêté un quatrième kamikaze et « récupéré un engin explosif artisanal non explosé (…) chez lui », a précisé Fred Enanga.

La Croix-Rouge ougandaise a indiqué que 21 des 33 personnes blessées étaient des policiers.

Ces attentats interviennent trois semaines après deux autres attaques à la bombe, une contre un restaurant de la capitale le 23 octobre revendiquée par l’Iscap et un attentat-suicide mené dans un bus près de Kampala deux jours plus tard.

Corps « déchiquetés » et « dispersés »

Les attaques de mardi ont semé la panique dans le quartier d’affaires, où des corps « déchiquetés » et « dispersés » jonchaient le sol, selon M. Enanga.

Le maire de Kampala, Salim Uhuru, se trouvait dans un établissement bancaire à proximité du QG de la police au moment de l’explosion.

« C’était tellement fort. J’ai couru vers le poste de police et j’ai vu un policier que je connais mort au sol. Son corps a été éparpillé », a-t-il affirmé à l’AFP.

« Il y a des gens qui pleurent et les autres ne cherchent qu’à quitter la zone », a également raconté à l’AFP Kyle Spencer, directeur exécutif d’une ONG.

Le Parlement a annulé sa session prévue mardi.

Les alentours du Parlement ont été bouclés par des soldats lourdement armés et des membres de la police scientifique, vêtus de blanc, ont inspecté le site durant plusieurs heures.

– « Influence jihadiste »-

Ces attaques « montrent clairement que les groupes liés aux ADF ont toujours la volonté de mener des attaques meurtrières contre des cibles faciles avec des kamikazes et des engins explosifs artisanaux », a déclaré Fred Enanga.

La police ougandaise avait arrêté le mois dernier un certain nombre de membres présumés des ADF, affirmant soupçonner une attaque contre des « installations majeures ».

Les ADF sont considérés par les experts comme le plus meurtrier des quelque 120 groupes armés qui arpentent l’est de la RDC, beaucoup d’entre eux étant le produit de deux guerres régionales menées il y a un quart de siècle.

En avril 2019, l’EI a commencé à revendiquer des attaques des ADF sur les réseaux sociaux.

« Il est de plus en plus clair que les ADF recentrent leur attention sur l’Ouganda », a déclaré à l’AFP Kristof Titeca, spécialiste de ce groupe armé à l’Université d’Anvers.

« Cela pourrait être lié à une influence accrue des éléments jihadistes au sein des ADF ces deux dernières années », estime-t-il.

En 2010, deux attentats à la bombe, revendiqués par les islamistes somaliens shebab, avaient visé à Kampala des supporters assistant à la finale de la Coupe du monde, faisant 76 morts.

Ces attaques, les premières commises par les insurgés somaliens en dehors de Somalie, ont été perçues comme une vengeance après l’envoi par l’Ouganda de troupes dans ce pays déchiré par la guerre, dans le cadre de l’Amisom, mission de l’Union africaine destiné à épauler les autorités somaliennes dans le combat contre les shebab.

Avec Le Point par strs-sva/cl

L’Ouganda et le Rwanda accueillent des réfugiés afghans

août 25, 2021

ACCORD. Les deux pays d’Afrique de l’Est ont accepté, à la demande des États-Unis, d’accueillir des réfugiés fuyant l’Afghanistan.

Kampala n'a pas donne plus de details sur l'identite des evacues
Kampala n’a pas donné plus de détails sur l’identité des évacués© UGANDA BROADCASTING CORPORATION / AFP

L’avion en provenance d’Afghanistan a atterri ce mercredi 25 août à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda, avec, à son bord, un premier groupe de 51 Afghans. Au total, ce pays d’Afrique de l’Est doit accueillir pour une durée temporaire 2 000 Afghans en fuite depuis la prise du pouvoir par les talibans. Kampala précise bien que c’est « à la demande des États-Unis », a indiqué le ministère ougandais des Affaires étrangères.

Cet accueil, a souligné le ministère, se fait à la demande des États-Unis d’accueillir temporairement des ressortissants afghans « à risque » et d’autres personnes en transit vers les États-Unis et d’autres destinations dans le monde.

L’ambassade des États-Unis à Kampala a remercié l’Ouganda pour sa « générosité et son hospitalité envers ces communautés ». « Le gouvernement de l’Ouganda et le peuple ougandais ont une longue tradition d’accueil des réfugiés et d’autres communautés dans le besoin », a affirmé l’ambassade sur Twitter.

Accord avec les États-Unis

L’Ouganda accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde – près de 1,5 million, selon les Nations unies –, principalement en provenance du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo voisins. La plupart vivent dans de vastes camps de réfugiés dans le nord du pays, mais 81 000 réfugiés vivent dans la capitale, Kampala. « À l’heure actuelle, nous avons plus de 1,6 million de réfugiés ici en Ouganda. Ainsi, lorsque nous avons reçu la demande, et d’un point de vue moral, nous ne pouvions pas refuser, car nous devons soutenir l’humanité », a répondu le ministre ougandais des Technologies de l’information et de la Communication, Chris Baryomunsi, aux critiques adressées au gouvernement, après l’officialisation de la décision. En effet, de nombreux Ougandais craignent que l’arrivée de ces réfugiés afghans – dont des femmes, des hommes et des enfants – puisse attirer l’attention de groupes terroristes internationaux, tels qu’Al-Qaïda, l’État islamique et surtout Al-Shabab en Somalie vers l’Ouganda et déstabiliser le pays.

L’Ouganda est depuis longtemps un allié des États-Unis, en particulier sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Mais certains militants et opposants au président Yoweri Museveni, qui a été réélu en janvier dernier, affirment que cet accord avec Washington se fait au mépris des violations des droits de l’homme et de mauvaise gouvernance dans un pays qui n’a jamais connu d’alternance politique. Pour eux, leur pays est loin d’être exemplaire.

Des pays qui ont une tradition d’accueil des réfugiés

Non loin, au Rwanda, voisin, plusieurs dizaines d’écolières afghanes, leurs enseignants et le personnel de leur internat pour filles en Afghanistan étaient en cours d’évacuation vers le Rwanda, ont annoncé, mardi, la fondatrice de l’institution et Kigali.

Les talibans ont affirmé à plusieurs reprises que leur nouveau régime serait différent de celui qu’ils ont dirigé dans les années 1990, marqué par une extrême brutalité, l’exclusion des filles des écoles, le confinement des femmes chez elles, l’interdiction de la musique et des divertissements, mais aussi les lapidations et exécutions publiques. Mais depuis leur prise de pouvoir à Kaboul le 15 août, des dizaines de milliers d’Afghans tentent désespérément de quitter leur pays, redoutant de vivre à nouveau sous leur règne.

Près de 250 adolescents, étudiants, professeurs, personnels et membres de leurs familles ont quitté l’Afghanistan pour se rendre au Rwanda et y poursuivre leurs études, a précisé Shabana Basij-Rasikh, la fondatrice de l’École privée de leadership en Afghanistan (Sola). « Tout le monde est en route, via le Qatar, vers la nation du Rwanda où nous avons l’intention de commencer un semestre à l’étranger pour l’ensemble de nos étudiants », a-t-elle déclaré sur Twitter. « Quand les circonstances sur le terrain le permettront, nous espérons rentrer chez nous en Afghanistan », a-t-elle ajouté.

À Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a confirmé cette information. « Nous souhaitons la bienvenue à la communauté Sola au Rwanda. Nous respectons leur demande de confidentialité, il n’y aura donc pas d’autres commentaires pour le moment », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Quelques jours auparavant, Basij-Rasikh a déclaré qu’elle avait brûlé les dossiers scolaires de ses élèves « pour les protéger ainsi que leurs familles ». « Mes élèves, mes collègues et moi sommes en sécurité. […] Mais, en ce moment, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas ou se sentent de moins en moins en sécurité. Je suis brisée et dévastée pour eux », a-t-elle écrit, vendredi, sur le site Internet de l’école.

L’ONU a averti, mardi, que les droits des femmes afghanes sont une « ligne rouge » que les talibans ne doivent pas franchir. « Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles », a déclaré, mardi, la haute-commissaire Michelle Bachelet à l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme (CDH) sur l’Afghanistan. « Il incombe désormais aux talibans de traduire ces engagements en réalité. » Les talibans affirment aujourd’hui qu’ils respecteront les droits des femmes et qu’elles seront autorisées à recevoir une éducation et à travailler.

Avec Le Point avec AFP

L’Afrique face au Covid-19 : la troisième vague accélère

juin 19, 2021

FLAMBÉE. L’OMS a confirmé le 17 juin qu’une troisième vague de Covid-19 était en train de frapper le continent.

L'Ouganda avait impose l'annee derniere des mesures drastiques alors qu'il n'avait enregistre qu'une poignee de cas.
L’Ouganda avait imposé l’année dernière des mesures drastiques alors qu’il n’avait enregistré qu’une poignée de cas. © BADRU KATUMBA / AFP

Àcontre-courant d’une tendance mondiale à la baisse depuis début mai, la pandémie de Covid-19 a accéléré en Afrique pour la cinquième semaine d’affilée. La trajectoire des cas de Covid en Afrique est « très, très inquiétante », a estimé vendredi le responsable des situations d’urgence à l’OMS, le docteur Michael Ryan, avec la diffusion de variants plus contagieux et un taux de vaccination dangereusement bas. Selon les données collectées par l’OMS, il y a eu en Afrique 116 500 nouvelles infections la semaine dernière, soit 25 500 de plus que la semaine précédente.

Le docteur Ryan a souligné que, vu dans son ensemble, le continent ne semblait pas si mal loti, ne comptant que pour un peu plus de 5 % des nouveaux cas enregistrés dans le monde la semaine dernière et pour 2,2 % des décès. Mais dans certains pays les infections ont doublé et elles s’affichent en hausse de plus de 50 % dans d’autres, s’approchant du pic atteint pendant la première vague à l’été 2020. La troisième vague des cas de Covid-19 « s’amplifie et s’accélère » en Afrique avec les variants, avait déjà alerté jeudi le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le continent, en réclamant une augmentation de l’approvisionnement en vaccins.

Des variants plus contagieux

Comme la Dre Matshidiso Moeti, directrice de l’OMS pour l’Afrique, le docteur Ryan a souligné que le continent est beaucoup plus vulnérable parce qu’il a reçu si peu de vaccins anti-Covid, quand l’Europe ou les États-Unis ont des taux de vaccination qui leur permettent de revenir à une vie plus normale avec une baisse spectaculaire des infections et des décès. « La réalité crue c’est que, dans une zone avec de multiples variants plus contagieux et qui ont potentiellement un impact plus fort, nous avons laissé de larges parts de la population et les populations vulnérables en Afrique privées de la protection des vaccins, alors que les systèmes de santé sont déjà fragiles », s’est indigné le docteur Ryan.

La République démocratique du Congo (RDC), la Namibie et l’Ouganda ont enregistré leur plus haut nombre de cas hebdomadaires depuis le début de la pandémie, souligne l’OMS. Selon l’OMS, cette hausse s’explique en grande partie par une météorologie saisonnière plus froide en Afrique australe et la propagation de variants plus contagieux. Le variant Delta, détecté en Inde, a été signalé dans 14 pays africains et les variants Beta et Alpha – identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud – ont été trouvés dans plus de 25 pays africains.

L’Ouganda et l’Afrique du Sud prennent des mesures

Le président ougandais Yoweri Museveni a annoncé vendredi de nouvelles mesures de restriction contre l’épidémie de Covid-19, dont la suspension des déplacements à l’intérieur du pays pendant au moins six semaines, alors que le taux de contamination a atteint un niveau record dans ce pays d’Afrique de l’Est. Les pénuries d’oxygène et de médicaments affectaient les hôpitaux alors que les cas quotidiens ont augmenté au cours des trois dernières semaines, passant de 100 à plus de 1 700. « Les hôpitaux sont pleins », a martelé le chef de l’État.

Officiellement pays du continent le plus touché par le virus, l’Afrique du Sud, durement frappée par une deuxième vague fin 2020, redoute depuis plusieurs semaines cette annonce. Quatre des neuf provinces du pays, dont celle du Gauteng, qui englobe Johannesburg ainsi que la capitale Pretoria, étaient déjà considérées fin mai comme touchées par la troisième vague. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé fin mai un retour à des mesures plus strictes alors que les admissions à l’hôpital ont augmenté de près de 60 % au cours des deux dernières semaines. L’armée a été envoyée en renfort dans la province de Gauteng, province la plus peuplée – qui abrite la capitale administrative Pretoria et le centre financier de Johannesburg — et actuel l’épicentre de l’épidémie, représentant environ 60 % de la dernière augmentation quotidienne des cas.

La seule solution : vacciner

« C’est le résultat d’une distribution inique des vaccins », a-t-il martelé. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique où seulement 1 % de la population est pleinement vaccinée.

L’Afrique avait jusque-là été frappée moins durement par la pandémie que d’autres régions, mais cela ne veut pas dire que cela restera le cas. « Il est totalement prématuré de penser que la prochaine vague en Afrique sera juste une courte pluie et pas une tempête », a dit le médecin. Et d’ajouter : « Je pense qu’il nous faut prendre ce qui se passe en Afrique très, très au sérieux. »

En retard par rapport au reste du monde, l’Afrique du Sud n’a vacciné qu’un peu plus de 1 % de sa population, alors que l’objectif fixé par l’OMS est de vacciner 10 % de la population de chaque pays d’ici à septembre. Largement critiqué pour avoir tardé à se lancer dans la course mondiale à l’acquisition des précieux vaccins, le gouvernement affirme avoir acheté assez de doses pour au moins 45 des quelque 59 millions de Sud-Africains. Cyril Ramaphosa a plusieurs fois dénoncé un « apartheid vaccinal » favorisant les pays riches pour l’accès aux vaccins. L’Afrique du Sud et l’Inde mènent une campagne pour une renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre le coronavirus, afin que chaque pays puisse produire des doses.

Signe que l’heure est grave, la Tanzanie s’est finalement résolue à rejoindre l’initiative Covax. Depuis le début de la pandémie en effet, le président John Magufuli, décédé le 17 mars dernier, avait adopté une position de défiance face à la pandémie et aux institutions comme l’OMS. Le chef d’État tanzanien minimisait l’impact du Covid-19, affirmant que son pays s’était « libéré du Covid » par la prière, il avait rejeté tout confinement ou mesure, comme le port du masque. Cette situation a entraîné l’augmentation du nombre de cas de contamination. Avec l’arrivée au pouvoir de Samia Suluhu Hassan, le pays a changé de stratégie et veut réagir.

Par Le Point Afrique

CPI : Dominic Ongwen, l’ex-enfant soldat devenu chef de guerre, condamné à 25 de prison

mai 6, 2021
Dominic Ongwen à la Cour pénale internationale de La Haye le 6 décembre 2016.

La Cour pénale internationale a rendu son verdict, le 6 mai. Reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’Ougandais purgera une peine de 25 ans de prison.

Les souvenirs d’Hellen sont encore très précis. C’était le 29 avril 2004. La nuit commençait à tomber lorsque des rebelles ont attaqué. Une trentaine d’éléments de l’Armée de résistance du Seigneur (la LRA de Joseph Kony) ont fait irruption dans le camp d’Odek, dans le nord de l’Ouganda, où vivaient entre 2 000 et 3 000 personnes déplacées. Certains des assaillants avaient moins de 15 ans.

Dès qu’elle a entendu les premiers coups de feu, Hellen Adong s’est réfugiée dans sa maison avec ses enfants. Mais un soldat de la LRA parvient à enfoncer la porte et la force à quitter le camp. Enlevée pendant 24 heures, elle finira par rentrer chez elle. L’un de ses enfants, un nouveau-né trop éprouvé par l’absence, mourra quelques jours plus tard.

Au total, dix civils seront tués au cours de cette attaque, et une quarantaine enlevés. Certains sous les yeux d’Hellen Adong, qui fait partie des quelque 130 personnes qui ont témoigné au procès de Dominic Ongwen devant la Cour pénale internationale (CPI). Celui-ci s’était ouvert le 6 décembre 2016 à La Haye.

Commandant du groupe rebelle

Les hommes qui ont attaqué le camp d’Odek, ont établi les juges de la CPI, agissaient sous les ordres de Dominic Ongwen, alors âgé de 29 ans. C’est lui qui a organisé l’assaut, ordonnant à enlèvements et pillages. Selon la Cour, il obéissait lui-même aux ordres de Joseph Kony, qui estimait que les habitants d’Odek devaient être punis « pour leur manque de soutien de la LRA ».

L’Ougandais purgera une peine de 25 années de prison pour cette attaque et celles d’autres camps de réfugiés. Le 4 février dernier, la chambre de première instance de la Cour l’avait reconnu coupable de 61 crimes au total pour des faits commis entre le 1er juillet 2002 et le 31 décembre 2005, alors qu’il était le commandant de la brigade Sinia de la LRA. Il a notamment été reconnu coupable de crimes sexuels et du crime de grossesse forcée, une première dans l’histoire de la CPI.

Le procès aura aussi permis de démontrer que Dominic Ongwen a recruté et utilisé des enfants soldats. Lui-même avait été kidnappé par la LRA sur le chemin de l’école alors qu’il n’était qu’un enfant. Sa mère aurait été tuée au cours de son enlèvement. Ongwen s’était finalement enfui du groupe rebelle en 2014, avant de se rendre aux membres de la Seleka, en Centrafrique, qui l’avait elle-même remis aux Américains. Il avait ensuite été transféré à La Haye en janvier 2015.

Victime et bourreau

La défense de ses avocats a précisément reposé sur l’histoire si particulière de l’accusé, à la fois victime de la LRA et responsable de crimes commis par la LRA. « La condamnation qui sera prononcée fera jurisprudence dans la manière dont la justice sera rendue pour les anciens enfants soldats », affirmait à Jeune Afrique l’un de ses conseils, Charles Taku, à quelques jours du verdict.

Le chef de guerre Joseph Kony, le 31 juillet 2006.

« Dominic Ongwen a souffert pendant des années de l’emprise de Joseph Kony, avait eu soin d’ajouter l’avocat. Son transfert à La Haye n’est que la continuation de tout ce qu’il a subi. » Pour ses défenseurs, les problèmes de santé mentale dont souffre leur client sont également à prendre en compte. Dominic Ongwen, qui a plusieurs fois menacé de se suicider au cours de son incarcération et qui souffre de stress post-traumatique, demeure très fragile psychologiquement, affirme Charles Taku, qui avait affirmé qu’il n’était pas en état d’assister au procès.

Les juges ont toutefois décidé que l’enfance de Dominic Ongwen ne l’exonérait pas de sa culpabilité, tout en reconnaissant qu’il avait «  beaucoup souffert ». « Nous ne nions pas que Dominic Ongwen a été victime d’un enlèvement lui-même, avait déclaré le premier substitut de la procureure, Benjamin Gumpert. Mais il ne peut être exonéré de ses crimes pour autant. » Le substitut avait alors dressé un parallèle avec les victimes de crimes sexuels qui se rendaient coupables, par la suite, de crimes similaires.

Dans une déclaration adressée à la Cour, l’accusé avait nié les crimes dont on l’accusait. « Je ne peux pas demander pardon à quiconque dans le nord de l’Ouganda alors que d’autres que moi étaient corrompus et encourageaient [cette guerre] », avait-il lancé.

Pouvoirs surnaturels

Autant d’arguments rejetés par les victimes. « Dans son jugement, la chambre indique clairement que Dominic Ongwen était capable de savoir ce qu’il faisait et l’implication de ses ordres », rappelle Paolina Massidda, qui représente plus de 1 500 victimes. Elle insiste sur la « cruauté » dont Dominic Ongwen a fait preuve : « Bien sûr, les traumatismes vécus enfant peuvent affecter les personnes adultes, mais chacun peut choisir d’y répondre d’une certaine manière. La gravité des crimes qu’il a commis doit être le seul élément pris en compte par la chambre. »

Pour ses avocats, Dominic Ongwen peut d’autant moins être reconnu coupable des crimes dont on l’accuse qu’il était persuadé, comme nombre de combattants de la LRA, que Joseph Kony disposait de pouvoirs surnaturels. « Il croyait que son chef était un esprit, qu’il pouvait lire les pensées des autres hommes ou entendre certaines conversations. Parfois, on lisait la peur dans ses yeux, j’imagine qu’il se disait alors que son chef était capable d’entendre ce qu’il nous racontait », a relevé l’un des experts chargé de l’analyse psychiatrique de l’accusé au cours du procès.

Charismatique, tout-puissant, Joseph Kony, qui exerçait une réelle emprise sur ses hommes, affirmait être possédé par des esprits supérieurs, lui permettant de prévoir le futur ou de guérir les malades. Selon les Nations unies, la LRA aurait tué plus de 100 000 personnes en Afrique centrale et enlevé plus de 60 000 enfants. Dominic Ongwen est le seul membre du groupe rebelle à avoir été jugé.

Joseph Kony est, quant à lui, considéré comme étant toujours en fuite et il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI. Dans le cas d’Ongwen, la défense a déjà annoncé qu’elle allait faire appel.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré