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L’Afrique face au Covid-19 : la troisième vague accélère

juin 19, 2021

FLAMBÉE. L’OMS a confirmé le 17 juin qu’une troisième vague de Covid-19 était en train de frapper le continent.

L'Ouganda avait impose l'annee derniere des mesures drastiques alors qu'il n'avait enregistre qu'une poignee de cas.
L’Ouganda avait imposé l’année dernière des mesures drastiques alors qu’il n’avait enregistré qu’une poignée de cas. © BADRU KATUMBA / AFP

Àcontre-courant d’une tendance mondiale à la baisse depuis début mai, la pandémie de Covid-19 a accéléré en Afrique pour la cinquième semaine d’affilée. La trajectoire des cas de Covid en Afrique est « très, très inquiétante », a estimé vendredi le responsable des situations d’urgence à l’OMS, le docteur Michael Ryan, avec la diffusion de variants plus contagieux et un taux de vaccination dangereusement bas. Selon les données collectées par l’OMS, il y a eu en Afrique 116 500 nouvelles infections la semaine dernière, soit 25 500 de plus que la semaine précédente.

Le docteur Ryan a souligné que, vu dans son ensemble, le continent ne semblait pas si mal loti, ne comptant que pour un peu plus de 5 % des nouveaux cas enregistrés dans le monde la semaine dernière et pour 2,2 % des décès. Mais dans certains pays les infections ont doublé et elles s’affichent en hausse de plus de 50 % dans d’autres, s’approchant du pic atteint pendant la première vague à l’été 2020. La troisième vague des cas de Covid-19 « s’amplifie et s’accélère » en Afrique avec les variants, avait déjà alerté jeudi le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le continent, en réclamant une augmentation de l’approvisionnement en vaccins.

Des variants plus contagieux

Comme la Dre Matshidiso Moeti, directrice de l’OMS pour l’Afrique, le docteur Ryan a souligné que le continent est beaucoup plus vulnérable parce qu’il a reçu si peu de vaccins anti-Covid, quand l’Europe ou les États-Unis ont des taux de vaccination qui leur permettent de revenir à une vie plus normale avec une baisse spectaculaire des infections et des décès. « La réalité crue c’est que, dans une zone avec de multiples variants plus contagieux et qui ont potentiellement un impact plus fort, nous avons laissé de larges parts de la population et les populations vulnérables en Afrique privées de la protection des vaccins, alors que les systèmes de santé sont déjà fragiles », s’est indigné le docteur Ryan.

La République démocratique du Congo (RDC), la Namibie et l’Ouganda ont enregistré leur plus haut nombre de cas hebdomadaires depuis le début de la pandémie, souligne l’OMS. Selon l’OMS, cette hausse s’explique en grande partie par une météorologie saisonnière plus froide en Afrique australe et la propagation de variants plus contagieux. Le variant Delta, détecté en Inde, a été signalé dans 14 pays africains et les variants Beta et Alpha – identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud – ont été trouvés dans plus de 25 pays africains.

L’Ouganda et l’Afrique du Sud prennent des mesures

Le président ougandais Yoweri Museveni a annoncé vendredi de nouvelles mesures de restriction contre l’épidémie de Covid-19, dont la suspension des déplacements à l’intérieur du pays pendant au moins six semaines, alors que le taux de contamination a atteint un niveau record dans ce pays d’Afrique de l’Est. Les pénuries d’oxygène et de médicaments affectaient les hôpitaux alors que les cas quotidiens ont augmenté au cours des trois dernières semaines, passant de 100 à plus de 1 700. « Les hôpitaux sont pleins », a martelé le chef de l’État.

Officiellement pays du continent le plus touché par le virus, l’Afrique du Sud, durement frappée par une deuxième vague fin 2020, redoute depuis plusieurs semaines cette annonce. Quatre des neuf provinces du pays, dont celle du Gauteng, qui englobe Johannesburg ainsi que la capitale Pretoria, étaient déjà considérées fin mai comme touchées par la troisième vague. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé fin mai un retour à des mesures plus strictes alors que les admissions à l’hôpital ont augmenté de près de 60 % au cours des deux dernières semaines. L’armée a été envoyée en renfort dans la province de Gauteng, province la plus peuplée – qui abrite la capitale administrative Pretoria et le centre financier de Johannesburg — et actuel l’épicentre de l’épidémie, représentant environ 60 % de la dernière augmentation quotidienne des cas.

La seule solution : vacciner

« C’est le résultat d’une distribution inique des vaccins », a-t-il martelé. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique où seulement 1 % de la population est pleinement vaccinée.

L’Afrique avait jusque-là été frappée moins durement par la pandémie que d’autres régions, mais cela ne veut pas dire que cela restera le cas. « Il est totalement prématuré de penser que la prochaine vague en Afrique sera juste une courte pluie et pas une tempête », a dit le médecin. Et d’ajouter : « Je pense qu’il nous faut prendre ce qui se passe en Afrique très, très au sérieux. »

En retard par rapport au reste du monde, l’Afrique du Sud n’a vacciné qu’un peu plus de 1 % de sa population, alors que l’objectif fixé par l’OMS est de vacciner 10 % de la population de chaque pays d’ici à septembre. Largement critiqué pour avoir tardé à se lancer dans la course mondiale à l’acquisition des précieux vaccins, le gouvernement affirme avoir acheté assez de doses pour au moins 45 des quelque 59 millions de Sud-Africains. Cyril Ramaphosa a plusieurs fois dénoncé un « apartheid vaccinal » favorisant les pays riches pour l’accès aux vaccins. L’Afrique du Sud et l’Inde mènent une campagne pour une renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre le coronavirus, afin que chaque pays puisse produire des doses.

Signe que l’heure est grave, la Tanzanie s’est finalement résolue à rejoindre l’initiative Covax. Depuis le début de la pandémie en effet, le président John Magufuli, décédé le 17 mars dernier, avait adopté une position de défiance face à la pandémie et aux institutions comme l’OMS. Le chef d’État tanzanien minimisait l’impact du Covid-19, affirmant que son pays s’était « libéré du Covid » par la prière, il avait rejeté tout confinement ou mesure, comme le port du masque. Cette situation a entraîné l’augmentation du nombre de cas de contamination. Avec l’arrivée au pouvoir de Samia Suluhu Hassan, le pays a changé de stratégie et veut réagir.

Par Le Point Afrique

CPI : Dominic Ongwen, l’ex-enfant soldat devenu chef de guerre, condamné à 25 de prison

mai 6, 2021
Dominic Ongwen à la Cour pénale internationale de La Haye le 6 décembre 2016.

La Cour pénale internationale a rendu son verdict, le 6 mai. Reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’Ougandais purgera une peine de 25 ans de prison.

Les souvenirs d’Hellen sont encore très précis. C’était le 29 avril 2004. La nuit commençait à tomber lorsque des rebelles ont attaqué. Une trentaine d’éléments de l’Armée de résistance du Seigneur (la LRA de Joseph Kony) ont fait irruption dans le camp d’Odek, dans le nord de l’Ouganda, où vivaient entre 2 000 et 3 000 personnes déplacées. Certains des assaillants avaient moins de 15 ans.

Dès qu’elle a entendu les premiers coups de feu, Hellen Adong s’est réfugiée dans sa maison avec ses enfants. Mais un soldat de la LRA parvient à enfoncer la porte et la force à quitter le camp. Enlevée pendant 24 heures, elle finira par rentrer chez elle. L’un de ses enfants, un nouveau-né trop éprouvé par l’absence, mourra quelques jours plus tard.

Au total, dix civils seront tués au cours de cette attaque, et une quarantaine enlevés. Certains sous les yeux d’Hellen Adong, qui fait partie des quelque 130 personnes qui ont témoigné au procès de Dominic Ongwen devant la Cour pénale internationale (CPI). Celui-ci s’était ouvert le 6 décembre 2016 à La Haye.

Commandant du groupe rebelle

Les hommes qui ont attaqué le camp d’Odek, ont établi les juges de la CPI, agissaient sous les ordres de Dominic Ongwen, alors âgé de 29 ans. C’est lui qui a organisé l’assaut, ordonnant à enlèvements et pillages. Selon la Cour, il obéissait lui-même aux ordres de Joseph Kony, qui estimait que les habitants d’Odek devaient être punis « pour leur manque de soutien de la LRA ».

L’Ougandais purgera une peine de 25 années de prison pour cette attaque et celles d’autres camps de réfugiés. Le 4 février dernier, la chambre de première instance de la Cour l’avait reconnu coupable de 61 crimes au total pour des faits commis entre le 1er juillet 2002 et le 31 décembre 2005, alors qu’il était le commandant de la brigade Sinia de la LRA. Il a notamment été reconnu coupable de crimes sexuels et du crime de grossesse forcée, une première dans l’histoire de la CPI.

Le procès aura aussi permis de démontrer que Dominic Ongwen a recruté et utilisé des enfants soldats. Lui-même avait été kidnappé par la LRA sur le chemin de l’école alors qu’il n’était qu’un enfant. Sa mère aurait été tuée au cours de son enlèvement. Ongwen s’était finalement enfui du groupe rebelle en 2014, avant de se rendre aux membres de la Seleka, en Centrafrique, qui l’avait elle-même remis aux Américains. Il avait ensuite été transféré à La Haye en janvier 2015.

Victime et bourreau

La défense de ses avocats a précisément reposé sur l’histoire si particulière de l’accusé, à la fois victime de la LRA et responsable de crimes commis par la LRA. « La condamnation qui sera prononcée fera jurisprudence dans la manière dont la justice sera rendue pour les anciens enfants soldats », affirmait à Jeune Afrique l’un de ses conseils, Charles Taku, à quelques jours du verdict.

Le chef de guerre Joseph Kony, le 31 juillet 2006.

« Dominic Ongwen a souffert pendant des années de l’emprise de Joseph Kony, avait eu soin d’ajouter l’avocat. Son transfert à La Haye n’est que la continuation de tout ce qu’il a subi. » Pour ses défenseurs, les problèmes de santé mentale dont souffre leur client sont également à prendre en compte. Dominic Ongwen, qui a plusieurs fois menacé de se suicider au cours de son incarcération et qui souffre de stress post-traumatique, demeure très fragile psychologiquement, affirme Charles Taku, qui avait affirmé qu’il n’était pas en état d’assister au procès.

Les juges ont toutefois décidé que l’enfance de Dominic Ongwen ne l’exonérait pas de sa culpabilité, tout en reconnaissant qu’il avait «  beaucoup souffert ». « Nous ne nions pas que Dominic Ongwen a été victime d’un enlèvement lui-même, avait déclaré le premier substitut de la procureure, Benjamin Gumpert. Mais il ne peut être exonéré de ses crimes pour autant. » Le substitut avait alors dressé un parallèle avec les victimes de crimes sexuels qui se rendaient coupables, par la suite, de crimes similaires.

Dans une déclaration adressée à la Cour, l’accusé avait nié les crimes dont on l’accusait. « Je ne peux pas demander pardon à quiconque dans le nord de l’Ouganda alors que d’autres que moi étaient corrompus et encourageaient [cette guerre] », avait-il lancé.

Pouvoirs surnaturels

Autant d’arguments rejetés par les victimes. « Dans son jugement, la chambre indique clairement que Dominic Ongwen était capable de savoir ce qu’il faisait et l’implication de ses ordres », rappelle Paolina Massidda, qui représente plus de 1 500 victimes. Elle insiste sur la « cruauté » dont Dominic Ongwen a fait preuve : « Bien sûr, les traumatismes vécus enfant peuvent affecter les personnes adultes, mais chacun peut choisir d’y répondre d’une certaine manière. La gravité des crimes qu’il a commis doit être le seul élément pris en compte par la chambre. »

Pour ses avocats, Dominic Ongwen peut d’autant moins être reconnu coupable des crimes dont on l’accuse qu’il était persuadé, comme nombre de combattants de la LRA, que Joseph Kony disposait de pouvoirs surnaturels. « Il croyait que son chef était un esprit, qu’il pouvait lire les pensées des autres hommes ou entendre certaines conversations. Parfois, on lisait la peur dans ses yeux, j’imagine qu’il se disait alors que son chef était capable d’entendre ce qu’il nous racontait », a relevé l’un des experts chargé de l’analyse psychiatrique de l’accusé au cours du procès.

Charismatique, tout-puissant, Joseph Kony, qui exerçait une réelle emprise sur ses hommes, affirmait être possédé par des esprits supérieurs, lui permettant de prévoir le futur ou de guérir les malades. Selon les Nations unies, la LRA aurait tué plus de 100 000 personnes en Afrique centrale et enlevé plus de 60 000 enfants. Dominic Ongwen est le seul membre du groupe rebelle à avoir été jugé.

Joseph Kony est, quant à lui, considéré comme étant toujours en fuite et il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI. Dans le cas d’Ongwen, la défense a déjà annoncé qu’elle allait faire appel.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

La RDC réclame des milliards de dollars de compensation à l’Ouganda

avril 23, 2021

La République démocratique du Congo (RDC) accuse l’Ouganda de « barbarie » et lui réclame des milliards de dollars de compensation.

Jeudi, les représentants de l’Ouganda ont présenté leurs arguments en faveur d’une demande reconventionnelle auprès de la plus haute juridiction de l’Organisation des Nations Unies afin de revoir les attentes congolaises à la baisse.

«En vertu du droit international et de la pratique de l’État, l’Ouganda a considéré que les demandes inflexibles de la RDC étaient à la fois infondées et extrêmement excessives. […] __Qu’est-ce qui a changé depuis que la RDC a relancé l’affaire ? Rien, à part que le pays a réduit sa demande d’environ 23,5 milliards de dollars US à presque 13,5 milliards de dollars US. Cette baisse significative ne fait que confirmer que les revendications de la RDC sont purement stratégiques et non réalistes.» a déclaréle procureur général de l’Ouganda, William Byaruhanga.

La Cour internationale de justice a statué en 2005 que l’Ouganda devait verser à Kinshasa des réparations pour avoir envahi son territoire pendant la guerre de 1998-2003.

En l’absence d’accord bilatéral entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, la cour internationale de justice doit rendre une décision finale sur le montant de la compensation.

Avec Africanews

Ouganda : Yoweri Museveni réélu pour un sixième mandat

janvier 16, 2021
Museveni a fait sauter le verrou constitutionnel des deux mandats en 2005, puis supprimé en 2017 la limite d’âge, alors fixée à 75 ans, pour briguer la magistrature suprême.

Au pouvoir en Ouganda depuis 35 ans, Yoweri Museveni a été réélu pour un sixième mandat. Une réélection contestée par son principal rival, Bobi Wine, qui dénonce « une mascarade ».

Yoweri Museveni, à la tête du pays depuis 1986, a été réélu samedi pour un sixième mandat avec 58,64% des voix, a annoncé la commission électorale, sur fond d’accusations de fraude de son principal adversaire, Bobi Wine. Principal rival de l’ex-guérillero, ce dernier a obtenu 34,83% des voix, selon la commission.

La participation a été de 57,22% pour ce scrutin sous haute surveillance, durant lequel les autorités ont suspendu l’accès à internet et aux réseaux sociaux.

Bobi Wine – Robert Kyagulanyi de son vrai nom – a contesté les résultats du scrutin dès vendredi, en dénonçant « une mascarade complète » et en estimant avoir « largement remporté » l’élection.

Le domicile de Bobi Wine encerclé

Le député de 38 ans et ex-chanteur, populaire auprès de la jeunesse ougandaise, a dénoncé des fraudes massives – des bourrages d’urnes, des bulletins préremplis, des électeurs n’ayant reçu des bulletins que pour les législatives ou des agressions contre les observateurs de son parti, parfois chassés des bureaux de vote. Depuis vendredi soir, des soldats encerclent son domicile, en périphérie de la capitale, Kampala.

Les élections se sont déroulées à l’issue d’une campagne particulièrement violente, marquée par le harcèlement et les arrestations de membres de l’opposition, des agressions contre les médias et la mort d’au moins 54 personnes dans des émeutes après une énième arrestation de Bobi Wine, dont la campagne a été largement entravée au nom des restrictions anti-Covid.

Le scrutin s’est déroulé dans un calme apparent jeudi, mais sous la forte et oppressante présence de policiers anti-émeutes et de militaires, et sur fond de coupure d’internet, entrée samedi dans son 4e jour.

Par Jeune Afrique avec AFP

Ouganda: Bras de fer entre Bobi Wine et Yoweri Museveni, le rappeur militant et l’ancien « freedom fighter »

novembre 21, 2020
À gauche : le musicien ougandais devenu opposant Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine. À droite : son adversaire à la présidentielle, le chef de l'État sortant Yoweri Museveni.

L’arrestation de Bobi Wine, candidat à la présidentielle, a déclenché une vague de violences au cours de laquelle au moins 37 personnes ont été tuées. S’il a été relâché, il se sait cependant toujours dans le collimateur de Yoweri Museveni.

Il venait tout juste de déclarer sa candidature à la présidentielle du 14 janvier prochain. Ce 18 novembre, Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, est arrêté alors qu’il fait campagne à Jinja, dans l’est du pays. Cette énième arrestation du chanteur devenu leader de l’opposition a provoqué une vague de troubles dans le pays, dont le bilan officiel s’élevait à 37 morts et des dizaines de blessés.

Relâché ce vendredi 20 novembre, Bobi Wine a cependant été inculpé pour « actes susceptibles de propager une maladie infectieuse » et infractions aux « règles sur le Covid-19 ». C’est loin d’être une première pour celui qui, depuis qu’il a été élu député en 2017, a tour à tour été accusé de « trahison », de « possession illégale d’armes à feu » et même d’avoir tenté « d’irriter, d’inquiéter ou de ridiculiser » Yoweri Museveni, aujourd’hui bien décidé à rempiler pour un sixième mandat.

Homme du bush

Arrivé à la tête du pays par la force le 26 janvier 1986, ce dernier est devenu en 1996 le premier président élu de l’histoire de l’Ouganda. Homme du bush converti à l’économie de marché, il se targue d’avoir ramené la paix et la croissance dans un pays déchiré par des années de dictature. « Museveni a bâti sa légitimité sur cette stabilité, souligne Kristof Titeca, chercheur à l’université d’Anvers. Mais il a 76 ans, et la majorité de la population n’a pas connu ces années de violence. »

Dans un pays où la moitié des habitants est née après 2005, le temps de la guerre de libération semble bien loin. Et la jeunesse trouve en la personne de Bobi Wine, qui a construit sa notoriété sur la scène rap, le porte-voix de ses rêves de changement. Âgé de 38 ans, l’encore jeune opposant a été élevé à Kamwokya, un bidonville de la capitale. « Ce n’est pas uniquement moi que les gens soutiennent, reconnaît-il d’ailleurs. Ils soutiennent une idée. »

CONCOURIR CONTRE MUSEVENI N’EST PAS UN COMBAT ÉQUITABLE

Suffisant pour remporter une présidentielle ? Bobi Wine lui-même semble en douter. Sur le site African Arguments, le candidat concède : « Concourir contre Museveni n’est pas un combat équitable. » Il se dit néanmoins prêt à lutter.

À ses côtés, l’ancien médecin du président, le docteur Kizza Besigye. Le rival historique de Museveni, qui a tenté plusieurs fois de lui ravir sa place, a annoncé en août qu’il renonçait à se lancer dans la course.

Compétition inégale

Leur alliance ébranlera-t-elle « M7 » (le surnom du président ougandais) ? « La compétition est très inégale : Museveni n’hésite pas à utiliser l’appareil d’État et les mesures anti-Covid pour bloquer la campagne de l’opposition », explique Kristof Titeca. C’est d’ailleurs parce qu’il est accusé d’avoir violé ces mesures lors de ses rassemblements que le député a été arrêté.

Sa force de frappe est de plus circonscrite aux centres urbains. Difficile en effet pour Bobi Wine de se démarquer dans les campagnes face à l’enfant banyankole bahima, originaire du Sud-Ouest, qui compare son pays à la vache qui lui fut léguée à sa naissance et aime à se présenter comme un simple éleveur.

JE NE SUIS LE SERVITEUR DE PERSONNE

Au béret rouge du chanteur, Museveni oppose un large chapeau beige tenu par une cordelette. À ses slogans, un art certain des punchlines : « Je ne suis le serviteur de personne, je suis un combattant de la liberté. Je lutte pour moi-même et ce en quoi je crois », déclarait-il ainsi en 2019.

De Bobi Wine, qu’il a un temps appelé son petit-fils, il aura vite appris à se méfier. Il sait bien que, parmi la quarantaine de candidats qui le défieront, c’est lui qui lui donnera le plus de fil à retordre. Mais l’ex-guérillero est bien décidé à prouver qu’il n’a pas (tout) perdu de ses années de « freedom fighter ». Le 15 novembre, en pleine campagne dans le Nord-Ouest, il a enchaîné une série de pompes devant ses partisans – et l’objectif des caméras. Manière de prouver que le « Mzee » a encore de l’endurance.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Ouganda: 11 ans de prison pour avoir tué un gorille des montagnes

juillet 30, 2020

Felix Byamukama, habitant d’un village voisin, avait été arrêté et avait reconnu avoir tué le singe, assurant avoir agi en état de légitime défense.

Un Ougandais a été condamné jeudi 30 juillet à une peine de prison de 11 ans, notamment pour avoir tué un rare gorille des montagnes dans le parc de la forêt de Bwindi (sud-ouest). Le gorille au dos argenté, nommé «Rafiki» (ami en swahili), était âgé d’environ 25 ans. Il avait été tué en juin avec une lance.

Felix Byamukama, habitant d’un village voisin, avait été arrêté et avait reconnu avoir tué le singe, assurant avoir agi en état de légitime défense, selon l’Autorité ougandaise de la faune (UWA). L’UWA a annoncé que M. Byamukama avait écopé d’une peine de prison de 11 ans pour avoir tué le gorille et «d’autres animaux» dans le parc.

Il avait plaidé coupable de trois chefs d’inculpation: être entré illégalement dans une zone protégée, et avoir tué une antilope et un potamochère. «Nous sommes soulagés que justice ait été rendue pour Rafiki et cela devrait servir d’exemple aux autres personnes qui tuent des animaux», a déclaré le directeur exécutif de l’UWA, Sam Mwandha.

Augmentation des cas de braconnage

Rafiki était le mâle dominant d’une famille de 17 gorilles, la première à avoir été habituée à la présence humaine dans le parc, pour permettre aux touristes de venir l’observer. L’UWA avait décrit la mort de Rafiki comme un «coup dur», après que des efforts intensifs ont permis de faire passer le gorille des montagnes de la catégorie «en danger critique» à celle de «en danger» sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La population de gorilles des montagnes, présents en Ouganda, au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC), est estimée par l’UICN à environ 1000 individus, contre 680 en 2008.

La mort de Rafiki est intervenue alors que la fréquence des cas de braconnage a augmenté en Ouganda depuis l’instauration d’un confinement strict pour lutter contre le nouveau coronavirus. «Nous avons observé une hausse des cas de braconnage dans nos parcs nationaux après la fermeture de nos pôles touristiques à cause du Covid-19», a déclaré à l’AFP M. Mwandha.

«Nous cherchons qui est derrière ça. Est-ce qu’à cause du confinement, les communautés près des parcs s’en prennent aux animaux pour survivre? Est-ce qu’un réseau criminel est derrière la hausse du braconnage? Est-ce que l’absence du tourisme dans les parcs facilite la tâche des braconniers?», s’est-il interrogé. «Quelle que soit la réponse, les cas de braconnage sont une source d’inquiétude et nous avons intensifié les patrouilles dans les parcs».

Par Le Figaro avec AFP

Ouganda: quatre gorilles de montagne tués par la foudre

février 9, 2020

Ces trois femelles adultes et ce jeune mâle faisaient partie d’un groupe de 17 gorilles, dans le parc national Mgahinga, au sud-ouest du pays.

Des gorilles de montagne au sein du parc national Mgahinga, dans le district de Kisoro, au sud-ouest de l'Ouganda.
Des gorilles de montagne au sein du parc national Mgahinga, dans le district de Kisoro, au sud-ouest de l’Ouganda. ISAAC KASAMANI / AFP

Quatre gorilles de montagne, une espèce protégée, ont été tués par la foudre dans un parc national en Ouganda, a annoncé un organisme transfrontalier de conservation d’aires protégées.

«Sur la base des lésions macroscopiques de (l’examen) post-mortem, l’observation sur le terrain et l’histoire de l’évaluation, la cause provisoire de la mort des quatre individus est susceptible d’être l’électrocution par la foudre», écrit la Collaboration transfrontalière du Grand Virunga (GVTC) dans un communiqué. Des examens en laboratoires doivent cependant confirmer la cause des décès des quatre gorilles dans un délai de deux à trois semaines, est-il ajouté.

Une espèce «en danger»

Ces trois femelles adultes et ce jeune mâle faisaient partie d’un groupe de 17 gorilles, dans le parc national Mgahinga (sud-ouest de l’Ouganda). En 2008, on estimait qu’il ne restait que 680 de ces grands singes, mais grâce aux efforts de conservation et aux patrouilles anti-braconnage, leur population est passée à plus de 1000. Le gorille de montagne, une sous-espèce du gorille de l’est, est ainsi passé de la catégorie «en danger critique d’extinction» à «en danger», selon la nomenclature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Le parc national Mgahinga fait partie du massif des Virunga, l’une des aires de conservation les plus importantes au monde, à cheval sur la RD Congo, le Rwanda et l’Ouganda. La Collaboration transfrontalière du Grand Virunga (GVTC), établie sur base d’un traité en 2015 entre ces trois pays, cadre les programmes, plans et activités pour protéger cette zone.

Par Le Figaro avec AFP

L’appel à la guerre contre le Rwanda d’un ancien premier ministre congolais

décembre 23, 2019

L’ancien premier ministre et opposant congolais Adolphe Muzito a appelé lundi Kinshasa à «faire la guerre au Rwanda» et même à «l’annexer» pour mettre fin aux violences qui ensanglantent l’est de la République démocratique du Congo depuis 25 ans.

«Il faut faire la guerre au Rwanda pour rétablir la paix dans la région. Le Rwanda influe sur la politique congolaise. L’Ouganda aussi», a déclaré Adolphe Muzito dans une conférence de presse à Kinshasa. Et d’ajouter, sur le même ton : «Nous ne pouvons faire la paix qu’en menaçant le Rwanda, en occupant son territoire, si possible annexer le Rwanda.» L’AFP n’a pu joindre immédiatement le porte-parole du gouvernement pour une réaction.

Premier ministre de 2007 à 2012, Adolphe Muzito occupe depuis début décembre la présidence tournante de Lamuka, principale plateforme politique d’opposition en République démocratique du Congo.

La RDC a été ravagée par deux guerres régionales (1996-1997 et 1998-2003). Le pays entretient des relations en dents de scie avec ses voisins du Rwanda et de l’Ouganda. La RDC accuse ces deux pays de vouloir la déstabiliser, quend ces derniers considèrent la RDC comme base arrière de milices hostiles à leurs régimes. Depuis un quart de siècle, la partie orientale du pays (les régions des Kivu et Ituri, principalement) est en proie à l’insécurité en raison de la présence des dizaines des groupes armés locaux et étrangers.

Insécurité

Parmi ces derniers, se trouvent les milices ougandaises des Forces démocratiques alliées (ADF), les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) ou les rebelles burundais des Forces nationales de libération (FNL). Ces groupes sont accusés de nombreux crimes en RDC.

En octobre, le président congolais Félix Tshisekedi s’était rendu à Kampala, où, avec son homologue Yoweri Museveni il avait évoqué la question stratégique de la lutte contre les groupes armés dans l’est de la RDC. Le réchauffement des relations avec Kampala avait été précédé dès mars-avril par le rétablissement des liens de bon voisinage avec le Rwanda.

Kinshasa et ses voisins ont annoncé fin octobre vouloir mutualiser leurs efforts pour combattre les groupes armés et milices dans la région des Grands lacs. Samedi, un groupe de 71 rebelles rwandais défaits par l’armée congolaise, et près de 1500 de leurs proches, ont été rapatriés au Rwanda à partir de la province congolaise du Sud-Kivu.

Par Le Figaro avec AFP

Ouganda: 5 morts et des dizaines de disparus à la suite de glissements de terrain

juin 5, 2019

 

Cinq personnes et des dizaines de personnes sont portées disparues dans le district de Bududa, dans l’est de l’Ouganda, à la suite de glissements de terrain provoqués par de fortes pluies, a annoncé ce mercredi la Croix-Rouge locale. «Les premières informations qui nous parviennent font état d’environ 150 maisons qui pourraient avoir été détruites, de cinq personnes présumées mortes et d’environ 50 disparus», a indiqué la Croix-Rouge dans un communiqué.

Selon la porte-parole de la Croix-Rouge Irene Nakasiita, «la région (de Bududa) a connu de fortes pluies qui ont provoqué les glissements de terrain» et de nombreuses destructions. Le district de Bududa, au pied du mont Elgon, à la frontière entre l’Ouganda et le Kenya, est une zone à haut risque de glissement de terrain. En 2018, au moins 41 personnes ont été tuées à la suite du débordement d’un fleuve dans la région et en 2010 une centaine de personnes avaient été tuées lors d’un glissement de terrain. Le cabinet du premier ministre ougandais Ruhakana Rugunda a de son côté fait état de «glissements de terrain et de destructions de biens, ainsi que de personnes disparues».

«Au total, on estime que plus de 100.000 personnes vivant en précarité sur les pentes du mont Elgon sont en grand danger et doivent être relogées pour éviter le risque de glissements de terrain, a ajouté le cabinet du premier ministre. Le député local Godfrey Watenga», a déclaré à l’AFP que les glissements de terrain avaient eu lieu tard mardi soir. «C’est un événement tragique. Beaucoup de personnes seraient mortes et beaucoup seraient portées disparues, mais nous essayons d’obtenir des détails car les villages touchés sont très difficiles d’accès».

Par Le Figaro.fr avec AFP

Rwanda – Ouganda : la tension monte après un nouvel incident à la frontière

mai 27, 2019

Le président ougandais Yoweri Museveni et le président rwandais Paul Kagame, à Kampala en 2012. ©

 

Kampala a accusé l’armée rwandaise d’avoir tué deux personnes près d’un poste frontière lors d’une incursion que les autorités qualifient de violation territoriale. Kigali conteste cette version de l’incident. Après plusieurs mois de crise, l’incident marque un nouveau regain de tension entre les deux pays.

Hasard du calendrier, le président rwandais Paul Kagame et son homologue ougandais Yoweri Museveni, en froid depuis plusieurs mois, se retrouvaient samedi côte-à-côte dans les tribunes du stade de Pretoria où Cyril Ramaphosa organisait sa cérémonie d’investiture. Au même moment la crise diplomatique que traversent leurs deux pays prenait un nouveau tournant suite à un incident près d’un poste frontière.

Version divergentes

Samedi , le ministère des Affaires étrangères ougandais a accusé l’armée rwandaise d’avoir violé l’intégrité de son territoire. Selon la version des faits relatée dans un communiqué de la police ougandaise diffusé samedi, l’incident s’est produit vendredi soir dans le village de Kiruhura, situé près d’un poste-frontière dans le sud-ouest de l’Ouganda. Un commerçant rwandais aurait tenté de traverser la frontière en direction du Rwanda à bord d’une moto chargée de marchandises et aurait fait demi-tour à la vue des soldats rwandais.

Ces derniers auraient alors pourchassé le commerçant en pénétrant d’environ « 80 mètres » sur le territoire ougandais avant d’abattre le jeune homme d’une balle dans la tête, après que celui-ci a résisté à son arrestation, précise le communiqué.

Toujours selon la version ougandaise, l’armée rwandaise aurait également tué un citoyen ougandais, qui aurait tenté de s’interposer, avant de battre en retraite, laissant les deux corps côté ougandais. « Le gouvernement ougandais proteste dans les termes les plus forts contre cette violation de son intégrité territoriale par des soldats rwandais ainsi que contre cet acte criminel, brutal et violent », ajoute le ministère des Affaires étrangères.

La version rwandaise de l’incident diffère. Selon la police, « l’incident s’est déroulé du côté rwandais », dans le district de Tabagwe. Une patrouille aurait alors intercepté un contrebandier présumé qui venait de traverser la frontière depuis l’Ouganda. Le contrôle aurait mal tourné. L’individu est, selon la police rwandaise, devenu « violent » et a été « rejoint par d’autres qui ont attaqué les agents avec des machettes tout en tentant de retourner en Ouganda ».

Les forces de sécurité ont alors tiré et tué deux personnes, dont un ougandais. « Lorsque le gang est repassé du côté ougandais de la frontière, aucune autre action n’a été entreprise par la patrouille », précise-t-il.

L’incident a par la suite été discuté par les officiels des deux districts frontaliers, précise le ministère des Affaires étrangères rwandais.

Tensions récurrentes

Après plusieurs mois de mise en garde et d’accusations mutuelles entre les deux gouvernements, la mort des deux personnes jette un nouveau froid sur les relations entre Kigali et Kampala. Les différends qui opposent les deux voisins sont nombreux.

Fin février, la fermeture temporaire pour cause de travaux d’un des postes frontières entre les deux pays – celui de Gatuna dans le nord-ouest du Rwanda- a contribué a détériorer les relations entre les deux pays, l’Ouganda accusant son voisin de vouloir imposer un embargo commercial. Selon Kampala, 44 ressortissants rwandais ont été interceptés à la frontière et renvoyés au Rwanda.

Kigali a soulevé de son côté plusieurs problèmes dont des cas d’arrestations et de torture de ses ressortissants en Ouganda. Les autorités rwandaises accusent aussi certains officiels ougandais d’entretenir des liens – et de fournir un soutien – avec des groupes rebelles rwandais, dont le Rwanda National Congress (RNC) de l’ancien général Kayumba Nyamwasa.

Jeudi 23 mai, lors de sa première audition devant la justice rwandaise Callixte Nsabamina, disident du RNC et depuis porte-parole des FNL, branche armée du MRCD de Paul Rusesabagina, a lui-même évoqué des contacts avec les renseignements ougandais.

Jeuneafrique.com par Romain Gras