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Ouganda : mort d’Elly Tumwine, figure du régime Museveni

août 25, 2022

Le général ougandais est décédé jeudi, a annoncé le président Yoweri Museveni, dont il a été un compagnon d’armes puis un important responsable militaire et sécuritaire. Il avait notamment justifié la brutale répression lors des élections de 2021.

Général Elly Tumwine © DR

« Avec une profonde tristesse, j’annonce le décès du général Elly Tumwine survenu ce matin à Nairobi, des suites d’un cancer du poumon », a écrit sur Twitter le chef de l’État ougandais au sujet de son ami, âgé de 68 ans. Les deux hommes ont combattu ensemble au sein de l’Armée de résistance nationale (NRA) contre le régime despotique de Milton Obote au début des années 1980. Yoweri Museveni a affirmé que Tumwine avait tiré le premier coup de feu lors de l’attaque sur la caserne de Kabamba en février 1981, qui a marqué le début d’années de guérilla qui mèneront Museveni au pouvoir en janvier 1986.

Tumwine perdra un œil durant ces années de combat. Sous le règne de Museveni, il a occupé divers postes dans l’armée et l’appareil sécuritaire, comme commandant en chef de l’armée, directeur général du renseignement et ministre de la Sécurité. Au cours de ce dernier poste, entre mars 2018 et juin 2021, il avait notamment justifié les tirs des forces de sécurité sur des civils, lors des manifestations de novembre 2020 dans le district de Luuka déclenchées par l’arrestation de Bobi Wine, rival de Museveni à la présidentielle de janvier 2021.

Centres de détention secrets

« Si vous menacez la vie des forces de sécurité et du public, ils ont le droit de vous tirer dessus », avait-il déclaré. Des dizaines de personnes ont été tuées durant la période de l’élection présidentielle, qui verra la réélection de Yoweri Museveni pour un sixième mandat consécutif, devant Bobi Wine qui avait qualifié le scrutin de « mascarade ». Elly Tumwine a également défendu l’utilisation par les forces de sécurité de centres de détention secrets, dénoncés par de nombreuses ONG de défense de droits humains comme des lieux de détention arbitraires et de torture. Elly Tumwine était également connu pour ses tenues colorées, qu’il concevait lui-même, et était propriétaire d’une galerie d’art. Il était surnommé le « général chantant » car il accompagnait parfois ses discours de chansons qu’il avait lui-même composées.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

RDC : deux personnes tuées par des Casques bleus près de la frontière ougandaise

août 1, 2022

Des soldats de la Monusco ont ouvert le feu sur un poste frontalier avec l’Ouganda, dans l’est du pays, où les manifestations anti-ONU s’enchaînent depuis plusieurs jours.

Des soldats de la Monusco à Butembo, dans le territoire de Beni, le 26 décembre 2018. © ALEXIS HUGUET/AFP

Le drame a eu lieu le 31 juillet, sur le territoire de Beni. Dans une vidéo d’un peu moins de deux minutes, largement partagée sur les réseaux sociaux, on peut apercevoir des hommes dont au moins un en tenue de policier et un autre en treillis militaire congolais, s’avancer vers le convoi onusien immobilisé de l’autre côté de la barrière fermée, à Kasindi, à la frontière avec l’Ouganda. La scène ne dure que quelques secondes. Après un court échange verbal, on voit les Casques bleus tirer des coups de feu, avant d’ouvrir la barrière et de franchir le poste tandis que les passants courent se mettre à l’abri.

« Le bilan est de deux morts », a déclaré Joël Kitausa, un responsable de la société civile de Kasindi, le 31 juillet. Ce dernier a également fait état de 14 blessés. Plus tôt dans la journée, Barthélemy Kambale Siva, délégué du gouverneur du Nord-Kivu à Kasindi, avait donné un bilan provisoire de huit blessés graves dont deux policiers du poste frontalier.

« Comportement irresponsable »

La Monusco n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué diffusé dans la foulée du drame, la cheffe de la Monusco, Bintou Keita, s’est dite « profondément choquée et consternée par ce grave incident ». La mission onusienne qui n’a pas fourni de bilan précis, est revenu sur les faits. « Des militaires de la Brigade d’Intervention de la Monusco de retour de congé ont ouvert le feu au poste frontalier pour des raisons inexpliquées et forcé le passage. Cet incident grave a causé des pertes en vies humaines et des blessés graves », explique le communiqué.

La mission, qui dénonce le « comportement inqualifiable et irresponsable » des auteurs de la fusillade précise que ces derniers « ont été identifiés et mis aux arrêts en attendant les conclusions de l’enquête qui a d’ores et déjà commencé en collaboration avec les autorités congolaises ». « Les contacts ont été également établis avec le pays d’origine de ces militaires pour qu’une procédure judiciaire soit initiée urgemment avec la participation des victimes et des témoins, afin que des sanctions exemplaires soient prises dans les meilleurs délais », précise la Monusco, qui ne mentionne pas la nationalité de ces Casques bleus.

De son côté, le gouvernement congolais « condamne et déplore vigoureusement cet incident malheureux dont le bilan provisoire fait état de deux compatriotes décédés et 15 autres blessés », dans un communiqué de son porte-parole Patrick Muyaya publié dans la soirée. Conjointement avec la Monusco, les autorités ont « initié une enquête pour établir les responsabilités, connaître les motivations d’un tel forfait et obtenir des sanctions sévères à l’encontre des Casques bleus à la base de ce drame qui sont, du reste, déjà aux arrêts », assure le ministre de la Communication.

« Laisser la place à d’autres »

Kinshasa, qui a appelé la population congolaise « au calme », prévient que « les Casques bleus concernés ne pourront plus faire partie des contingents de la Monusco, en attendant l’aboutissement du plan de retrait de cette force onusienne de la RDC ».

Le drame intervient dans un contexte particulièrement tendu. Plusieurs manifestations accompagnées de destructions et pillages ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs villes de l’est de la RDC pour réclamer le départ de la mission des Nations unies et dénoncer l’inefficacité des Casques bleus dans la lutte contre la centaine des groupes armés responsables du chaos dans cette région. À Goma, Butembo, Beni et d’autres localités, des manifestants avaient pris d’assaut les installations de la Monusco. Dix-neuf personnes, dont trois Casques bleus, ont été tuées dans ces manifestations violentes. 

En visite en RDC, Jean Pierre Lacroix, chef du département de paix de l’ONU a indiqué samedi être venu pour « parler avec les autorités congolaises, examiner les moyens par lesquels nous pourrons à la fois éviter se reproduire ces incidents tragiques et surtout mieux travailler ensemble pour atteindre nos objectifs ».

« Nous souhaitons que les conditions soient réunies, notamment le retour de l’autorité de l’État, pour que la Monusco puisse avoir terminé sa mission le plus vite possible et laisser la place à d’autres formes de soutien international », a-t-il dit.

Avec Jeune Afrique

Maurice, Rwanda, Ouganda : havres de croissance pour les fortunes africaines

mai 8, 2022

Sur le continent, le patrimoine privé s’élève actuellement à 2 100 milliards de dollars. Et devrait augmenter de plus d’un tiers d’ici à dix ans.

Une résidence du Shangri-La-Touessrok, à Maurice. © Gary Bembridge/Flickr/Licence CC

Selon l’Africa Wealth Report 2022, le montant total du patrimoine privé en Afrique devrait augmenter de 38 % pour atteindre 3 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, une croissance soutenue par les secteurs des services technologiques et professionnels.

Les prévisions de cette étude réalisée par Henley & Partners en partenariat avec New World Health (une société d’intelligence économique sud-africaine) montrent que c’est à Maurice, au Rwanda et en Ouganda que la richesse privée (non étatique) devrait augmenter le plus rapidement (+ 60 % au moins).

Le Kenya, le Maroc, le Mozambique et la Zambie devraient également enregistrer de bons résultats.

Montée en puissance

Busi Thembekwayo, patron de MyGrowthFund Venture Partners, explique que « l’Afrique est traditionnellement dominée par deux pôles, les plus grands centres de gestion de patrimoine étant traditionnellement situés à l’extrême sud – Afrique du Sud – et à l’extrême nord – Égypte et Maroc. »

Les chiffres montrent toutefois une montée en puissance d’économies telles que Maurice et les Seychelles, qui se positionnent comme des destinations d’investissement privilégiées.

136 000 millionnaires

L’Afrique compte actuellement 136 000 individus au patrimoine net élevé dont la valeur est égale, ou supérieure, à 1 million de dollars. Parmi eux, on trouve 305 centimillionnaires (100 millions de dollars de patrimoine ou plus) et 21 milliardaires en dollars, selon le rapport.

C’est l’Afrique du Sud qui domine ce classement des super-riches mais l’Égypte a pris le relais pour le plus grand nombre de milliardaires. Cela est dû à une tendance observée dans le rapport sur la migration des HNWI (high net worth individuals) sud-africains : sur les 15 milliardaires sud-africains, seuls cinq vivent encore dans leur pays d’origine.

En termes de richesse moyenne par habitant, Maurice arrive en tête avec 34 500 dollars, suivie de l’Afrique du Sud avec 10 970 dollars. Les cinq grands pays du continent – Afrique du Sud, Égypte, Nigeria, Maroc et Kenya – concentrent plus de 50 % de la richesse privée du continent.

Amanda Smit, directrice associée de Henley & Partners South Africa, souligne que « quelle que soit la performance actuelle d’un pays, une chose est devenue très claire dans notre nouvelle ère d’incertitude : les gouvernements comme les investisseurs doivent se concentrer sur le renforcement de la résilience. »

Bonne nouvelle ?

« Nos prévisions de croissance pour l’Afrique sont très encourageantes par rapport à la plupart des autres régions du monde. Nous prévoyons une croissance particulièrement forte dans la tranche de richesse des centimillionnaires », note Andrew Amoils, responsable de la recherche chez New World.

Bonne nouvelle pour un continent dont l’économie a été affectée par les effets du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une diversification des sources de richesse est également prévue.

Mais, comme le rappelle Busi Thembekwayo, « la question qui demeure sans réponse est de savoir si cette croissance sera plus uniformément répartie et commencera à réduire les inégalités. 

Avec Jeune Afrique par Tofe Ayeni

Ouganda-Rwanda : Muhoozi fête son anniversaire en grande pompe, et avec Kagame

avril 26, 2022

Les festivités organisées en l’honneur du fils du chef de l’État confirment son ascension, tout comme la venue du président rwandais. De retour en Ouganda pour la première fois depuis deux ans, ce dernier en a profité pour s’entretenir avec son homologue, Yoweri Museveni.

Le président rwandais Paul Kagame, le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, la première dame Janet Museveni et le président ougandais Museveni lors du dîner organisé pour le 48e anniversaire de Muhoozi à la State House d’Entebbe, le dimanche 24 avril 2022. © Yoweri K. Museveni/Flickr

Avec plus de 90 minutes de retard et une arrivée maintes fois reportée, Muhoozi Kainerugaba s’avance finalement sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Kololo, à Kampala. Il n’est pas encore 9 heures du matin, ce samedi 23 avril, mais les festivités peuvent commencer.

Une ribambelle de hauts gradés

Vêtu d’une tenue militaire, le fils du président Yoweri Museveni s’extrait de son Toyota Land Cruiser de couleur verte sous les vivats de plusieurs dizaines de ses partisans, venus acclamer le commandant des forces terrestres et conseiller spécial du chef de l’État.

Une ribambelle de hauts gradés ont fait le déplacement. Parmi eux, le général Leopold Kyanda, chef d’état-major de l’armée ougandaise ; le général Don Nabasa, commandant de la police militaire et ancien commandant du Commandement des forces spéciales (SFC) ; le général James Birungi, chef du renseignement militaire ; le général Johnson Namanya, actuellement affecté au bureau de l’immigration et le général Chris Serunjogi Ddamulira, chef du renseignement criminel. Les généraux Felix Busizoori, actuel patron du SFC chargé notamment de la protection de la famille présidentielle, et son adjoint, Charity Bainababo étaient également présents.

LA STAR DU JOUR REÇOIT MÊME UN PRIX POUR SON ACTION EN FAVEUR DE LA PAIX

Ce jour-là, tous sont venus participer aux festivités organisées pour le 48ème anniversaire de Muhoozi. Cette année, l’ampleur des célébrations est sans précédent. Depuis plusieurs jours déjà, des fêtes résonnent dans plusieurs régions du pays, de la nourriture et des boissons sont distribuées gratuitement, des spectacles sont donnés… Depuis près d’une semaine, le hashtag #MKAt48 est même en vogue sur les réseaux sociaux.

Sur la piste d’atterrissage de Kololo, la sécurité est à son maximum. On joue l’hymne national, on chante “Joyeux anniversaire”. La star du jour reçoit même un prix pour son action en faveur de la paix que lui décerne un certain Club patriotique ougandais, tandis qu’un journaliste qui passe pour être l’un de ses plus proches confidents, Andrew Mwenda, prend la parole et enchaîne éloges et superlatifs.

Un parfum d’Idi Amin Dada

À l’en croire, le fils du chef de l’État ougandais est le président des partis communistes du Vietnam, de Chine, de Cuba, de Corée du Nord, des républiques d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale, le commandant en chef de toutes les forces révolutionnaires en butte à l’impérialisme et au néocolonialisme, ainsi que le chef suprême des peuples d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale.

Surtout, Muhoozi est le principal porte-parole des masses opprimées de ce monde, conclut Mwenda. L’énumération, interminable et dithyrambique, n’est pas sans rappeler celles qui accompagnaient les apparitions d’Idi Amin Dada dans les années 1970.

Ce samedi matin, Muhoozi ne reste pas longtemps à Kololo. La fête se poursuit au stade Lugogo, attirant plusieurs milliers de personnes jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les grands axes de la capitale ougandaise ont été fermés à la circulation, de même que la principale route du pays, celle qui relie l’Ouganda au Kenya.

À DEUX REPRISES DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE 2022, IL S’EST RENDU À KIGALI POUR S’ENTRETENIR AVEC PAUL KAGAME

À Kampala, danseurs et musiciens ont été mis à contribution, des affiches ont été déployées dans la ville en l’honneur de “MKAt48”. Politiques, économiques ou militaires, les VIP sont tous là, y compris le Premier ministre Robinah Nabbanja.

Cette fois, Muhoozi prend son temps : il veut parler de la pandémie qui a ravagé l’Ouganda et le monde, et de l’amélioration des relations de l’Ouganda avec le Rwanda. À deux reprises depuis le début de l’année 2022, il s’est rendu à Kigali pour s’entretenir avec Paul Kagame et c’est en partie grâce à lui si le chef de l’État rwandais à accepter de rouvrir l’important poste-frontière de Gatuna, fermé depuis près de deux ans.

« Nous avions de mauvaises relations avec l’un de nos voisins les plus proches, le Rwanda, lance-t-il. [Aujourd’hui] nos relations sont bonnes et vont encore s’améliorer. Nous remercions Dieu pour ce cadeau. C’est pourquoi je pense que nous devrions célébrer ensemble. »

Kagame, invité d’honneur

Si cet anniversaire fait autant parler, c’est parce que le fils du président ougandais a eu soin de convier plusieurs invités de marque : le chef de l’État kenyan, même si Uhuru Kenyatta n’a pas donné suite, mais surtout Paul Kagame, qui, lui, a fait le déplacement.

De retour en Ouganda pour la première fois depuis fin 2019, il a participé au dîner d’anniversaire donné, le dimanche 24 avril, à la State House en présence du président et de la première dame, Janet Museveni. La presse n’était pas conviée mais, selon nos informations, Kagame s’est dit heureux que Muhoozi l’ait appelé sur sa ligne directe pour apaiser les tensions. Il l’a félicité pour sa maturité, le mettant au défi de garder le rythme et de viser plus haut. Il lui a aussi donné quelques conseils sur sa manière de communiquer via Twitter.

Influence grandissante

Pour Museveni et Kagame, cette visite a bien sûr été l’occasion d’aborder les questions de stabilité et de coopération régionales. Le premier a rendu hommage au second pour le rôle joué par les Rwandais lors de la guerre qui l’a amené au pouvoir, dans les années 1980.

Quant à celui que Muhoozi a joué dans le dégel des relations entre les deux pays, son père a déclaré que ce n’était pas une surprise tant son fils et le chef d’État rwandais se connaissent depuis longtemps.

De toute évidence, Muhoozi a pris du galon ces derniers mois. Outre sa double visite à Kigali, il a été envoyé auprès de l’Égyptien Abdel Fattah al-Sisi, mais aussi chez le Kenyan Uhuru Kenyatta (à deux reprises) et chez le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Signe de son influence grandissante, l’ambassade de Russie à Kampala n’a pas manqué de lui souhaiter un bon anniversaire.

Succèdera-t-il à son père en 2026 ? C’est la question que tout le monde se pose à Kampala et dans la sous-région. Ses partisans affirment que nul n’est mieux placé et mettent en avant son expérience acquise après deux décennies passées dans l’armée.

Mais ses adversaires sont tout aussi nombreux, qui pointent le risque d’une transmission dynastique du pouvoir et critiquent le fait qu’un militaire sorte de la réserve qui devrait être la sienne pour se lancer en politique.

L’ascension de Muhoozi augure-t-elle de prochaines dissensions au sein du Mouvement de la résistance nationale (NRM), le parti au pouvoir ? Odrek Rwabwogo, un parent de Museveni en rupture de ban a déjà mis en garde contre « les schémas de succession » et « les possibles retours de bâton » qui pourraient « coûter très cher au parti ».

Avec Jeune Afrique par Musinguzi Blanshe

Ouganda : le fils du président Museveni annonce sa retraite militaire et alimente le doute quant à ses ambitions

mars 9, 2022
Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni lors d’une cérémonie à Kampala, le 25 mai 2016. © PETER BUSOMOKE/AFP

Le général Muhoozi Kainerugaba, qui dirigeait jusque-là l’armée de terre, a connu une ascension fulgurante et est soupçonné de vouloir succéder à son père lors de la présidentielle de 2026.

C’est sur Twitter qu’il a annoncé sa retraite militaire, à l’âge de 47 ans. Alimentant les spéculations sur une possible ambition présidentielle lors de l’élection de 2026, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni et commandant de l’armée de terre, écrit le 8 mars : « Après 28 ans de service dans ma glorieuse armée, la plus grande armée du monde, je suis heureux d’annoncer ma retraite. Mes soldats et moi avons accompli tant de choses ! Je n’ai que de l’amour et du respect pour tous ces grands hommes et femmes qui accomplissent chaque jour de grandes choses pour l’Ouganda. »

Grande influence

À la tête des puissantes forces spéciales ougandaises avant de commander l’armée de terre, Muhoozi Kainerugaba a toujours démenti avoir l’intention de succéder à son père, au pouvoir depuis 1986 et aujourd’hui âgé de 77 ans. Mais pour beaucoup d’Ougandais et d’observateurs, son ascension fulgurante au sein de l’armée et l’influence qu’il exerce au cœur du pouvoir font de lui un successeur tout désigné.

L’unique fils de Yoweri Museveni – qui a également trois filles – occupe aussi la charge de « haut conseiller présidentiel chargé des opérations spéciales », dont le champ s’étend au-delà du domaine militaire. On lui prête notamment un rôle clé dans le récent rapprochement entre l’Ouganda et le Rwanda voisin, où il s’est rendu pour rencontrer le président Paul Kagame fin janvier, ainsi que dans une opération militaire conjointe des forces ougandaises et congolaises lancée l’année dernière contre le groupe rebelle des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la RDC.

« LA MAJORITÉ DE L’HUMANITÉ (QUI N’EST PAS BLANCHE) SOUTIENT LA POSITION DE LA RUSSIE EN UKRAINE. POUTINE A ABSOLUMENT RAISON ! »

Muhoozi Kainerugaba est un utilisateur assidu des réseaux sociaux, où il poste notamment des commentaires sur la politique étrangère, parfois sources de polémiques. Il a dernièrement affiché son soutien à l’invasion russe de l’Ukraine, tweetant : « La majorité de l’humanité (qui n’est pas blanche) soutient la position de la Russie en Ukraine. Poutine a absolument raison ! »

Ceux qui le critiquent ou lui prêtent l’intention de succéder à son père sont traqués, emprisonnés ou forcés à l’exil. L’écrivain Kakwenza Rukirabashaija a fui clandestinement en Allemagne le mois dernier, après avoir été arrêté et, dit-il torturé pour avoir insulté Museveni et son fils, qu’il a décrit comme « obèse », un « grognon » et un « bébé despote ». Lors de l’annonce de la retraite militaire de Muhoozi Kainerugab, il faisait partie de ceux qui spéculaient sur ses projets. « Là où son père s’arrêtera, le bébé despote commencera, a-t-il écrit sur Twitter. Nous sommes condamnés si nous ne contrecarrons pas ses aspirations naissantes. »

Avec Jeune Afrique par AFP

Mini sommet quadripartite d’Oyo : les opérations militaires conjointes RDC-Ouganda passées au crible

février 14, 2022

Les chefs d’État du Congo-Kinshasa, Félix Tshisekedi; du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N’Guesso; de l’Ouganda, Yoweri Museveni; et du Togo, Faure Gnassingbé Eyadéma, se sont retrouvés le 12 février à Oyo, dans le département de la Cuvette.

1- Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni en tête-à-tête

Pendant près de trois heures, les quatre chefs d’Etat ont abordé des questions d’actualité sur l’Afrique centrale, rapporte  la cellule de communication de la présidence de la République démocratique du Congo (RDC). Au terme de la rencontre, un communiqué final en quinze points a été publié. Il en ressort que c’est à l’initiative du président Denis Sassou N’Guesso que la rencontre a eu lieu à Oyo, en République du Congo.

« Les échanges entre les quatre chefs d’État ont porté essentiellement sur la situation politique et sécuritaire dans les régions des Grands Lacs d’Afrique centrale et d’Afrique de l’ouest », précise le communiqué. « A cet égard, ils ont longuement évoqué les opérations conjointes que mènent les armées de l’Ouganda et de la RDC dans la partie Est de ce dernier pays, visant à éradiquer les rebelles des Forces démocratiques ADF, Musulm Tabliq Movement, MTN, et les autres forces négatives qui menacent la paix et la stabilité dans ces deux pays », apprend-on.

Le communiqué souligne, par ailleurs, combien les quatre chefs d’État se sont réjouis des succès déjà remportés par les Forces armées congolaises et ougandaises et se sont, une fois de plus, félicités de la mutualisation des forces de la RDC et de l’Ouganda pour les opérations militaires conjointes engagées entre les deux pays, initiative qualifiée, au demeurant, de « salvatrice ». 

En ce qui concerne la situation dans les Grands Lacs, les quatre chefs d’Etat ont salué et encouragé la démarche conjointe amorcée par les gouvernements de l’Ouganda et du Rwanda en vue de l’ouverture effective de leurs frontières communes, permettant ainsi la libre circulation des personnes et des biens, tout en appuyant la volonté de l’Ouganda et du Rwanda « de résoudre par les seuls moyens politiques et diplomatiques les différends pouvant subvenir dans leurs relations bilatérales ».

Bien entendu, ils ont saisi l’occasion pour exprimer l’intérêt qu’ils portent à la tenue du sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays signataires de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix, la sécurité et la coopération qui en est à sa dixième rencontre. C’est au cours des assises prévues le 24 février, à Kinshasa, que la RDC prendra la présidence rotative de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs.

Autres situations évoquées

Les autres points abordés ont porté sur la Centrafrique avec la méditation angolaise assurée par le président Joao Gonçalves Lourenço, les changements qui s’opèrent dans les pays d’Afrique de l’ouest avec des changements anticonstitutionnels au Mali, en Guinée-Conakry et au Burkina Faso, la situation politique en Libye sous la médiation du président Denis Sassou N’Guesso et les retombées de la conférence de Glasgow sur le changement climatique.

2-Le président Félix Tshisekedi s’entretenant avec son homologue Denis Sassou N’Guesso

« Les quatre chefs d’État ont convenu de se voir régulièrement et de renforcer ainsi leur cadre de concertation sur les questions politiques et sécuritaires, régionales et internationales », conclut le communiqué final signé le 12 février.

Notons qu’avant la distribution du communiqué final, la quadripartite s’est muée en tripartite Tshisekedi-Sassou-Eyadema d’une demi-heure, et en bipartite Tshisekedi-Museveni de plus d’une heure. Il est à noter que c’est par l’aéroport d’Olombo à quelques kilomères d’Oyo, ville située sur la berge de la rivière Alima au nord de la République du Congo, que le président Félix Tshisekedi est arrivé sur le site, accueilli à sa descente d’avion par le président Denis Sassou N’Guesso qui l’a raccompagné à son retour à Kinshasa dans la soirée.

Pour rappel, Félix Tshisekedi est depuis le 19 janvier dernier président en exercice de la Communauté Économiques des États d’Afrique centrale.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC : l’Ouganda condamné à verser 325 millions de dollars à Kinshasa

février 9, 2022
Des habitants de la ville de Bunia, dans l’est de la RDC, escortent des soldats ougandais quittant le territoire en 2003. © REUTERS/Patrick Olum

Après des années de procédures judiciaires, la Cour internationale de justice a rendu son jugement sur les réparations dues pour l’invasion de l’Est congolais lors de la guerre de 1998-2003. Kinshasa réclamait plus 11 milliards de dollars.

L’Ouganda va devoir verser 325 millions de dollars (environ 284,5 millions d’euros) de réparations à la RDC, au titre de l’invasion de l’est du territoire congolais lors de la guerre de 1998-2003, a statué ce mercredi 9 février la Cour internationale de justice. Kinshasa réclamait plus de 11 milliards de dollars.

La Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’ONU, qui siège à La Haye, aux Pays-Bas, a estimé que l’Ouganda devait verser à la RDC 225 millions de dollars pour les pertes en vies humaines, 40 millions de dollars pour les dommages aux biens et 60 millions de dollars pour les dommages occasionnés aux ressources naturelles, a déclaré la juge qui préside la Cour, Joan Donoghue. « La Cour considère que les éléments de preuve versés au dossier suggèrent que le nombre de morts pour lesquels l’Ouganda doit des réparations se situe entre 10 000 et 15 000 personnes environ », a-t-elle précisé.

« Actes de barbarie »

En 2005, la CIJ avait statué que l’Ouganda devait payer des réparations pour avoir envahi la RDC pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003). Ce conflit a impliqué jusqu’à neuf pays africains, parmi lesquels l’Ouganda et le Rwanda, qui soutenaient des forces rebelles dans l’est du pays, riche en minerais. Les deux guerres qui ont dévasté successivement le Congo entre 1996 et 2003 ont fait plusieurs centaines de milliers de morts. La juridiction onusienne a en outre jugé en 2005 que l’Ouganda devait être indemnisé pour l’attaque contre son ambassade à Kinshasa en 1998 et la maltraitance subie par ses diplomates.

À la suite du jugement de 2005, les deux pays voisins n’ont pas trouvé d’accord sur le montant des réparations malgré plusieurs reports de l’affaire par la CIJ, qui n’avait plus d’autre choix que de fixer la somme elle-même. Pour ce faire, la juridiction a notamment entendu quatre experts indépendants.

Lutte contre les ADF

La RDC avait accusé l’Ouganda d’actes de « barbarie » lors d’audiences devant la CIJ en avril 2021, évoquant « une occupation de cinq ans marquée par de très graves atteintes aux droits de l’homme ». L’Ouganda avait à son tour qualifié d’« extrêmement excessives » les demandes de réparations en milliards de dollars déposées par la RDC. Selon Kampala, Kinshasa « cherche à rendre l’Ouganda responsable de tout ce qu’il s’est passé pendant le conflit, comme le montrent les montants exorbitants qu’elle réclame ».

Ce jugement est rendu alors que l’armée ougandaise est de retour dans l’est de la RDC. Fin novembre, Félix Tshisekedi a autorisé l’armée de son homologue, Yoweri Museveni, à intervenir pour lutter contre les Allied Democratic Forces (ADF).

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC-Ouganda : plusieurs « bastions » des ADF détruits et 35 arrestations, selon l’armée

décembre 19, 2021
Le général Camille Bombele (c.), coordinateur des forces armées de la République du Congo (FARDC) et des forces armées ougandaises (UPDF), discutent avec des officiers des opérations conjointes menées contre les Forces démocratiques alliées (ADF), dans le parc des Virunga, dans l’est de la RDC, le 17 décembre 2021. © AFP/Sébastien KITSA MUSAYI

Engagées depuis le 30 novembre dans une opération conjointe contre les ADF dans l’est de la RDC, les armées congolaise et ougandaise ont annoncé la destruction de plusieurs « bastions » des rebelles et l’arrestation de 35 d’entre eux en Ituri.

Après avoir réhabilité les routes pour faciliter les mouvements de troupes, les forces armées de RDC (FARDC) et d’Ouganda (UPDF) sont « passées à l’offensive » et ont bombardé « de nouveaux campements ennemis identifiés en territoire de Beni (Nord-Kivu) et dans la province de l’Ituri », selon un communiqué conjoint tweeté dimanche par l’armée congolaise.

Aucun bilan de morts ou blessés

À Beni, les forces conjointes ont lancé des opérations dans le nord du parc des Virunga après avoir pilonné « des positions ennemies » à Kambi Yajua, Tondoli et Kahinama, précise le texte. En Ituri, les bombardements ont détruit des « bastions ADF [Forces démocratiques alliées] » à Madina 3, Bantonga, Kitumba et Mulangu, tandis que « l’offensive lancée les 13, 14 et 15 décembre fait état de la capture de 35 terroristes ADF » dans plusieurs villages du territoire d’Irumu, affirme encore le communiqué.

L’armée ougandaise de son côté, dans un texte publié samedi sur le site du ministère de la Défense, a précisé que les opérations allaient « s’intensifier dans différents secteurs, maintenant que les terroristes ont été délogés de leurs anciens bastions ». Dans un premier bilan des opérations, les deux armées avaient fait état le 11 décembre de 34 rebelles arrêtés, « 4 bivouacs ennemis détruits » et « 31 otages congolais libérés ». Aucun bilan de morts ou blessés n’a été diffusé jusqu’à présent.

Plusieurs villages attaqués

« Afin de consolider les opérations, les FARDC et UPDF appellent la population congolaise à se ranger derrière la coalition (…) et à dénoncer les ADF », est-il également écrit dans leur communiqué. Le porte-parole de l’armée dans la région de Beni, le capitaine Antony Mualushayi, a annoncé par ailleurs dimanche l’arrestation la veille d’un responsable de la société civile de la localité de Mbau, non loin des opérations en cours dans le Nord-Kivu, pour « intelligence avec les terroristes ».

Plusieurs villages ont été attaqués cette semaine en Ituri par de présumés rebelles ADF « dans leur fuite face aux opérations militaires conjointes », selon un administrateur militaire. Au moins 8 personnes ont été tuées.

Implantés depuis 1995 en RDC, près de la frontière ougandaise, les ADF sont considérés comme le plus meurtrier des groupes armés sévissant dans l’Est, responsables du massacre de milliers de civils. Ils sont aussi accusés par Kampala d’être responsables de récents attentats sur son sol revendiqués par l’organisation jihadiste État islamique (EI), qui présente ce groupe comme sa province en Afrique centrale (ISCAP).

Par Jeune Afrique

Ouganda: trois morts, 33 blessés dans deux « attentats suicide » à Kampala

novembre 16, 2021
Ouganda: trois morts, 33 blesses dans deux "attentats suicide" a Kampala
Ouganda: trois morts, 33 blessés dans deux « attentats suicide » à Kampala© AFP/Ivan Kabuye

Au moins trois personnes ont été tuées et 33 blessées mardi dans la capitale ougandaise Kampala lors d’un double « attentat suicide » mené par un « groupe local lié aux ADF », une rébellion musulmane active dans la République démocratique du Congo voisine, a affirmé la police.

Le gouvernement avait déjà attribué deux attaques à la bombe menées fin octobre à Kampala aux Forces démocratiques alliées (ADF), groupe né en Ouganda et qui a fait souche depuis plus de 25 ans dans l’est de la RDC, où il est accusé de nombreux massacre de civils

L’Etat islamique désigne les ADF comme sa « Province d’Afrique centrale » (Iscap en anglais). En mars, les Etats-Unis les ont officiellement déclarés affiliés à l’EI.

Les attaques n’ont pour l’instant pas été revendiquées, mais « leurs caractéristiques correspondent aux ADF », a déclaré un porte-parole de la police, Fred Enanga.

Les deux explosions se sont produites à trois minutes d’intervalle, peu après 10H00 locales (07H00 GMT), dans le quartier d’affaires de Kampala.

La première attaque a été menée à un check-point situé près du quartier général de la police par un homme transportant une bombe dans un sac à dos. La deuxième par deux hommes « déguisés en moto taxis » à proximité de l’entrée du Parlement, selon la police.

Les forces contre-terroristes ont arrêté un quatrième kamikaze et « récupéré un engin explosif artisanal non explosé (…) chez lui », a précisé Fred Enanga.

La Croix-Rouge ougandaise a indiqué que 21 des 33 personnes blessées étaient des policiers.

Ces attentats interviennent trois semaines après deux autres attaques à la bombe, une contre un restaurant de la capitale le 23 octobre revendiquée par l’Iscap et un attentat-suicide mené dans un bus près de Kampala deux jours plus tard.

Corps « déchiquetés » et « dispersés »

Les attaques de mardi ont semé la panique dans le quartier d’affaires, où des corps « déchiquetés » et « dispersés » jonchaient le sol, selon M. Enanga.

Le maire de Kampala, Salim Uhuru, se trouvait dans un établissement bancaire à proximité du QG de la police au moment de l’explosion.

« C’était tellement fort. J’ai couru vers le poste de police et j’ai vu un policier que je connais mort au sol. Son corps a été éparpillé », a-t-il affirmé à l’AFP.

« Il y a des gens qui pleurent et les autres ne cherchent qu’à quitter la zone », a également raconté à l’AFP Kyle Spencer, directeur exécutif d’une ONG.

Le Parlement a annulé sa session prévue mardi.

Les alentours du Parlement ont été bouclés par des soldats lourdement armés et des membres de la police scientifique, vêtus de blanc, ont inspecté le site durant plusieurs heures.

– « Influence jihadiste »-

Ces attaques « montrent clairement que les groupes liés aux ADF ont toujours la volonté de mener des attaques meurtrières contre des cibles faciles avec des kamikazes et des engins explosifs artisanaux », a déclaré Fred Enanga.

La police ougandaise avait arrêté le mois dernier un certain nombre de membres présumés des ADF, affirmant soupçonner une attaque contre des « installations majeures ».

Les ADF sont considérés par les experts comme le plus meurtrier des quelque 120 groupes armés qui arpentent l’est de la RDC, beaucoup d’entre eux étant le produit de deux guerres régionales menées il y a un quart de siècle.

En avril 2019, l’EI a commencé à revendiquer des attaques des ADF sur les réseaux sociaux.

« Il est de plus en plus clair que les ADF recentrent leur attention sur l’Ouganda », a déclaré à l’AFP Kristof Titeca, spécialiste de ce groupe armé à l’Université d’Anvers.

« Cela pourrait être lié à une influence accrue des éléments jihadistes au sein des ADF ces deux dernières années », estime-t-il.

En 2010, deux attentats à la bombe, revendiqués par les islamistes somaliens shebab, avaient visé à Kampala des supporters assistant à la finale de la Coupe du monde, faisant 76 morts.

Ces attaques, les premières commises par les insurgés somaliens en dehors de Somalie, ont été perçues comme une vengeance après l’envoi par l’Ouganda de troupes dans ce pays déchiré par la guerre, dans le cadre de l’Amisom, mission de l’Union africaine destiné à épauler les autorités somaliennes dans le combat contre les shebab.

Avec Le Point par strs-sva/cl

L’Ouganda et le Rwanda accueillent des réfugiés afghans

août 25, 2021

ACCORD. Les deux pays d’Afrique de l’Est ont accepté, à la demande des États-Unis, d’accueillir des réfugiés fuyant l’Afghanistan.

Kampala n'a pas donne plus de details sur l'identite des evacues
Kampala n’a pas donné plus de détails sur l’identité des évacués© UGANDA BROADCASTING CORPORATION / AFP

L’avion en provenance d’Afghanistan a atterri ce mercredi 25 août à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda, avec, à son bord, un premier groupe de 51 Afghans. Au total, ce pays d’Afrique de l’Est doit accueillir pour une durée temporaire 2 000 Afghans en fuite depuis la prise du pouvoir par les talibans. Kampala précise bien que c’est « à la demande des États-Unis », a indiqué le ministère ougandais des Affaires étrangères.

Cet accueil, a souligné le ministère, se fait à la demande des États-Unis d’accueillir temporairement des ressortissants afghans « à risque » et d’autres personnes en transit vers les États-Unis et d’autres destinations dans le monde.

L’ambassade des États-Unis à Kampala a remercié l’Ouganda pour sa « générosité et son hospitalité envers ces communautés ». « Le gouvernement de l’Ouganda et le peuple ougandais ont une longue tradition d’accueil des réfugiés et d’autres communautés dans le besoin », a affirmé l’ambassade sur Twitter.

Accord avec les États-Unis

L’Ouganda accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde – près de 1,5 million, selon les Nations unies –, principalement en provenance du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo voisins. La plupart vivent dans de vastes camps de réfugiés dans le nord du pays, mais 81 000 réfugiés vivent dans la capitale, Kampala. « À l’heure actuelle, nous avons plus de 1,6 million de réfugiés ici en Ouganda. Ainsi, lorsque nous avons reçu la demande, et d’un point de vue moral, nous ne pouvions pas refuser, car nous devons soutenir l’humanité », a répondu le ministre ougandais des Technologies de l’information et de la Communication, Chris Baryomunsi, aux critiques adressées au gouvernement, après l’officialisation de la décision. En effet, de nombreux Ougandais craignent que l’arrivée de ces réfugiés afghans – dont des femmes, des hommes et des enfants – puisse attirer l’attention de groupes terroristes internationaux, tels qu’Al-Qaïda, l’État islamique et surtout Al-Shabab en Somalie vers l’Ouganda et déstabiliser le pays.

L’Ouganda est depuis longtemps un allié des États-Unis, en particulier sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Mais certains militants et opposants au président Yoweri Museveni, qui a été réélu en janvier dernier, affirment que cet accord avec Washington se fait au mépris des violations des droits de l’homme et de mauvaise gouvernance dans un pays qui n’a jamais connu d’alternance politique. Pour eux, leur pays est loin d’être exemplaire.

Des pays qui ont une tradition d’accueil des réfugiés

Non loin, au Rwanda, voisin, plusieurs dizaines d’écolières afghanes, leurs enseignants et le personnel de leur internat pour filles en Afghanistan étaient en cours d’évacuation vers le Rwanda, ont annoncé, mardi, la fondatrice de l’institution et Kigali.

Les talibans ont affirmé à plusieurs reprises que leur nouveau régime serait différent de celui qu’ils ont dirigé dans les années 1990, marqué par une extrême brutalité, l’exclusion des filles des écoles, le confinement des femmes chez elles, l’interdiction de la musique et des divertissements, mais aussi les lapidations et exécutions publiques. Mais depuis leur prise de pouvoir à Kaboul le 15 août, des dizaines de milliers d’Afghans tentent désespérément de quitter leur pays, redoutant de vivre à nouveau sous leur règne.

Près de 250 adolescents, étudiants, professeurs, personnels et membres de leurs familles ont quitté l’Afghanistan pour se rendre au Rwanda et y poursuivre leurs études, a précisé Shabana Basij-Rasikh, la fondatrice de l’École privée de leadership en Afghanistan (Sola). « Tout le monde est en route, via le Qatar, vers la nation du Rwanda où nous avons l’intention de commencer un semestre à l’étranger pour l’ensemble de nos étudiants », a-t-elle déclaré sur Twitter. « Quand les circonstances sur le terrain le permettront, nous espérons rentrer chez nous en Afghanistan », a-t-elle ajouté.

À Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a confirmé cette information. « Nous souhaitons la bienvenue à la communauté Sola au Rwanda. Nous respectons leur demande de confidentialité, il n’y aura donc pas d’autres commentaires pour le moment », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Quelques jours auparavant, Basij-Rasikh a déclaré qu’elle avait brûlé les dossiers scolaires de ses élèves « pour les protéger ainsi que leurs familles ». « Mes élèves, mes collègues et moi sommes en sécurité. […] Mais, en ce moment, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas ou se sentent de moins en moins en sécurité. Je suis brisée et dévastée pour eux », a-t-elle écrit, vendredi, sur le site Internet de l’école.

L’ONU a averti, mardi, que les droits des femmes afghanes sont une « ligne rouge » que les talibans ne doivent pas franchir. « Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles », a déclaré, mardi, la haute-commissaire Michelle Bachelet à l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme (CDH) sur l’Afghanistan. « Il incombe désormais aux talibans de traduire ces engagements en réalité. » Les talibans affirment aujourd’hui qu’ils respecteront les droits des femmes et qu’elles seront autorisées à recevoir une éducation et à travailler.

Avec Le Point avec AFP