Posts Tagged ‘Ousmane Sonko’

Sénégal : prison ferme pour trois proches d’Ousmane Sonko

novembre 29, 2022

La justice sénégalaise a condamné ce mardi trois membres de la garde rapprochée de l’opposant politique pour « coups et blessures volontaires », après des heurts avec des partisans du pouvoir.

Devant le palais de justice de Dakar, lors de l’audition d’Ousmane Sonko, le 3 novembre 2022. © John Wessels / AFP

Le mardi 29 novembre, trois membres de la garde rapprochée de l’opposant Ousmane Sonko ont été condamnés à un mois de prison ferme pour « coups et blessures volontaires », après des affrontements avec des partisans du pouvoir. Le tribunal de grande instance de Mbour (ouest) a également condamné les trois prévenus à payer une amende de 50 000 francs CFA (76 euros), a déclaré leur avocat, Abdoulaye Tall.

L’un des partisans du pouvoir a été condamné à deux mois ferme pour les mêmes raisons, a-t-il ajouté. Deux autres membres de la garde d’Ousmane Sonko, sur les cinq qui étaient poursuivis, ont été relaxés. « Nous allons nous réunir et voir si nous ferons un appel » du jugement, a précisé Me Tall.

Deux ans requis

Les cinq proches de l’opposant politique avaient été arrêtés le 3 novembre lors d’une audience judiciaire de leur chef, pour des violences survenues fin octobre près de Mbour, où Ousmane Sonko était en tournée. Des partisans du pouvoir avaient été blessés lors de ces heurts.

Le 15 novembre, le procureur avait requis deux ans dont un an ferme à l’encontre de quatre d’entre eux.

Ousmane Sonko, 48 ans, s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2024. Il a été inculpé pour viols et menaces de mort et placé sous contrôle judiciaire en mars 2021, après une plainte en février 2021 d’une employée d’un salon de beauté où il allait se faire masser. Il accuse de complot le pouvoir, qui s’en défend.

Le président Macky Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, reste muet sur ses intentions de se représenter pour la présidentielle de 2024.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Sénégal : Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés

novembre 10, 2021
Barthélémy Dias et Ousmane Sonko. © barthélémy dias et ousmane sonko © DR

Les trois opposants ont été interpellés ce mercredi 10 novembre. Le matin même, Barthélémy Dias, par ailleurs candidat à la mairie de Dakar, était convoqué au tribunal.

À en croire leurs proches, ils s’apprêtaient à « rentrer chez eux » après avoir renoncé à se rendre au tribunal de Dakar. Alliés au sein d’une même coalition dans la perspective des élections locales du 23 janvier 2022, Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés, mercredi 10 novembre, et conduits au camp Abdou-Diassé. Un membre du proche entourage de Dias, rencontré sur les lieux, a confirmé l’information à Jeune Afrique.

Alors que, depuis plusieurs jours, Barthélémy Dias et ses alliés appelaient à la mobilisation, le candidat à la mairie de Dakar ne s’est pas présenté à l’audience à laquelle il était convoqué et qui s’est tenue vers 9h30 du matin. Au bout d’une dizaine de minutes, l’affaire a donc été renvoyée au 1er décembre par le juge.

Appel à la résistance

Barthélémy Dias a quitté son domicile peu après avoir appris la nouvelle. Entouré d’un cortège de militants et accompagné des opposants Ousmane Sonko et Malick Gakou, il s’est déplacé jusqu’au quartier de la Médina, à deux pas du tribunal. Il y est resté plus d’une heure, avant de faire demi-tour, escorté cette fois par des éléments de la Brigade d’intervention polyvalente (BIP) et acclamé par ses partisans.

Le cortège a finalement été dispersé après que la police a tiré des gaz lacrymogènes. C’est à ce moment-là que Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou auraient été arrêtés.

OUSMANE SONKO, BARTHÉLEMY DIAS ET MALICK GAKOU À LA MEDINA CE MATIN, EN ROUTE VERS LE TRIBUNAL DE DAKAR OÙ LE MAIRE DE MERMOZ-SACRÉ-COEUR ÉTAIT CONVOQUÉ PLUS TÔT DANS LA MATINÉE. #KEBETU PIC.TWITTER.COM/UTABOIBTZ2— SOUMARÉ MARIÈME (@MLSOUMARE) NOVEMBER 10, 2021

Deux jours plus tôt, l’opposant avait appelé ses militants à « envahir le tribunal ». « J’irai au tribunal pour être jugé. Je vous dis, venez mercredi, vous verrez que je serai seul à la barre », avait-il prévenu devant la presse.

Condamné en 2017 à deux ans de prison dont six mois ferme pour « coups mortels » après la mort d’un jeune homme lors de l’attaque de sa mairie de Mermoz-Sacré-Cœur en décembre 2011, Barthélémy Dias avait fait appel de la décision – « par principe », explique l’un de ses proches, puisqu’il a déjà purgé six mois de prison. L’affaire a été plusieurs fois renvoyée depuis.

CE DOSSIER DOIT ÊTRE CLASSÉ SANS SUITE OU BÉNÉFICIER D’UN NON-LIEU

« J’ai choisi d’aller au tribunal car j’ai demandé à être jugé. Mais que les choses soient claires : je n’accepterai pas un [nouveau] renvoi », avait-il d’ailleurs menacé lundi. En dépit des implications politiques très lourdes que pourraient avoir ses déclarations dans cette période de pré-campagne, l’énergique opposant n’avait pas jugé bon d’assouplir son discours.

« Si je m’étais limité [au verdict] en première instance, je ne serais pas retourné en prison, a insisté Barthélémy Dias ce 8 novembre. Beaucoup de gens disent que j’ai fait appel pour être éligible : c’est faux. Si on me condamnait ne serait-ce qu’à un jour avec sursis, je me pourvoirais en cassation. Ce dossier doit être classé sans suite ou bénéficier d’un non-lieu. »

Spectre des violences

Son mentor, l’ancien maire de la capitale Khalifa Sall, s’était pour sa part déplacé au tribunal, ce mercredi. « Je suis venu encore une fois soutenir “Barth” et témoigner de son innocence. Ce qui se passe aujourd’hui est inacceptable », a-t-il déclaré sur le parvis du bâtiment.

Depuis plusieurs jours, les têtes d’affiche de la coalition Yewwi Askan Wi multipliaient les déclarations pour dénoncer la convocation de Barthélémy Dias, survenue quelques jours seulement après que sa candidature à la mairie de Dakar a été officiellement déposée.

Des gendarmes sénégalais devant le tribunal à Dakar le 10 novembre 2021.
Des gendarmes sénégalais devant le tribunal à Dakar le 10 novembre 2021. © SEYLLOU / AFP)

« Dans les démocraties consolidées, la justice s’interdit d’interférer dans les processus électoraux. La date retenue n’est pas innocente et coïncide avec la pré-campagne. C’est une manière de faire pression sur Barthélémy. Ce sera vain », a encore lancé Khalifa Sall. Membre de la même coalition, Ousmane Sonko a quant à lui appelé à la « résistance totale ». « Soyons tous prêts au sacrifice car il en va de l’avenir de ce pays et de celui de nos enfants et petits-enfants », a exhorté le leader du parti Pastef.

Ce mercredi matin, la capitale retenait donc son souffle. Le spectre des violences de mars dernier, qui avaient éclaté dans le sillage de l’arrestation d’Ousmane Sonko alors qu’il se rendait au tribunal dans le cadre de la plainte pour viol déposée contre lui, est encore dans tous les esprits.

Vers un procès ?

Pourquoi Barthélémy Dias ne s’est-il pas présenté à l’audience alors qu’il avait affirmé qu’il le ferait ? « Il a estimé que l’affaire n’était pas en état d’être jugée », relate son conseil, Khoureychi Ba, qui s’attendait à ce renvoi, notamment parce que les co-accusés de l’élu sont aujourd’hui introuvables. « Le prévenu était convoqué à 8h30 et il n’était pas là », précise quant à lui l’avocat de la partie civile, Pape Mor Niang, qui indique que l’affaire a notamment été renvoyée car « un des prévenus a décidé de changer de conseil ».

Véritable « épée de Damoclès » qui plane au-dessus de l’avenir politique de Barthélémy Dias, ce procès en appel pourrait rebattre les cartes du scrutin local du 23 janvier. Mais aura-t-il lieu à la veille des élections ? « Nous ne nous rendrons pas à la convocation de la justice le 1er décembre, affirme le conseiller en communication de l’opposant, Pape Konaré. Il n’est pas question que ce procès soit jugé un mois avant les élections. »

« Ce renvoi était prévisible. Le dossier n’était pas en état d’être jugé par le passé et rien n’a changé, conclut une source proche de l’affaire. Tout ça, c’était beaucoup de bruit pour rien. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Sénégal : Ousmane Sonko interdit de se rendre à Lomé pour débattre de l’avenir du franc CFA

mai 22, 2021
Ousmane Sonko, lors d’une conférence de presse à Dakar, le 8 mars 2021.

Invité par l’économiste Kako Nubukpo à participer aux « États généraux de l’Eco », qui se tiendront les 26, 27 et 28 mai dans la capitale togolaise, l’opposant sénégalais Ousmane Sonko ne pourra finalement pas se rendre à Lomé. La justice lui a refusé l’autorisation de sortie du territoire qu’il sollicitait.

« Au final, Lomé ne verra donc pas l’enfant prodige si attendu, pour le moment du moins. Pas de début de débat sur l’Eco pour Sonko. » Dans le communiqué annonçant la décision de la justice sénégalaise, Me Khoureyssi Ba, son avocat, juge que « rien ne justifie » le refus prononcé vendredi 21 mai par le juge Abdoulaye Assane Thioune.

L’opposant sénégalais, sous contrôle judiciaire depuis sa remise en liberté le 8 mars dernier, avait en effet été invité à participer aux « états généraux de l’Eco » à Lomé. Le leader du Pastef avait fait de la critique du franc CFA l’un de ses principaux axes de campagne lors de la présidentielle de 2019, à l’issue de laquelle il était arrivé en troisième position.

Des « États généraux de l’Eco » sans Sonko

L’évènement, organisé à l’initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, commissaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) chargé du département Agriculture, ressources en eau et environnement, doit réunir de nombreux économistes de renom.

Outre la Cap-Verdienne Cristina Duarte, conseillère spéciale pour l’Afrique du secrétaire général des Nations unies, le Bissau-Guinéen Carlos Lopesle Béninois Lionel Zinsou, ou encore le chef des économistes pays de la Banque africaine de développement (BAD), Emmanuel Pinto Moreira, Ousmane Sonko devait y retrouver également le Franco-Béninois Wilfrid Lauriano Do Rego, président du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA, d’Emmanuel Macron), ou encore l’historien camerounais Achille Mbembe.

Les raisons du refus

Ousmane Sonko, toujours poursuivis dans le cadre de l’enquête ouverte suite à une plainte pour viol le visant, avait déposé une demande de sortie de territoire le 17 mai dernier. Le procureur de la République avait, jeudi 20 mai, fait savoir son opposition à ce que la demande soit acceptée. La balle était alors dans le camps du juge d’instruction Abdoulaye Assane Thione, qui a donc tranché en suivant l’avis du procureur.

Selon une communiqué de la défense d’Ousmane Sonko, le juge a motivé son refus par « l’absence de mainlevée du contrôle judiciaire » et par le fait qu’« Ousmane Sonko n’a pas encore été entendu au fond pour s’expliquer sur les accusations formellement portées à son encontre par la partie civile ».

« L’audition au fond de M. Sonko n’a aucun rapport avec la mesure de contrôle judiciaire », a regretté Me Bamba Cissé, un autre avocat de Sonko, cité par l’Agence France-Presse.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Millecamps

Sénégal : Ousmane Sonko remis en liberté sous contrôle judiciaire

mars 8, 2021
Le député Ousmane Sonko au milieu de ses partisans, le 3 mars 2021, avant d’être arrêté pour « trouble à l’ordre public ».

L’opposant sénégalais a été libéré ce lundi 8 mars dans la matinée par le doyen des juges. Ousmane Sonko, placé sous contrôle judiciaire, devra cependant respecter certaines obligations.

Arrêté le mercredi 3 mars alors qu’il était en route pour répondre à une convocation au palais de justice de Dakar dans le cadre de l’enquête ouverte suite à une plainte pour viol déposée contre lui, Ousmane Sonko « rentre chez lui », a indiqué l’un de ses avocats à Jeune Afrique, ce lundi 8 mars. Conduit au tribunal tôt dans la matinée, l’opposant comparaissait devant Samba Sall, le doyen des juges, qui l’a inculpé, a cependant décidé de sa libération et de son placement sous contrôle judiciaire, « assorti de certaines conditions ».

Une liberté sous conditions

Ousmane Sonko se voit dans l’obligation de remettre son passeport aux autorités, et devra demander l’autorisation du juge s’il souhaite voyager. Le leader du Pastef devra également se présenter chaque dernier vendredi du mois devant le juge, indique son avocat Joseph Etienne Ndione. Il devra également se mettre à disposition des enquêteurs, au cas où le juge saisirait la police ou la gendarmerie dans le cadre de l’enquête qui vise l’opposant, précise l’avocat.

Par ailleurs, « s’il est libre de continuer à s’exprimer en tant qu’opposant politique », Ousmane Sonko a l’interdiction d’évoquer devant la presse ou en public le dossier de viol dans lequel il est mis en cause.

Un « geste d’apaisement » ?

Alors que Dakar et plusieurs villes du pays sont le théâtre de violents affrontements depuis l’arrestation de l’opposant, le Mouvement de défense de la démocratie (M2D), qui regroupe des partis politiques de l’opposition et des mouvements de la société civile, avait appelé à trois jours de manifestations sur l’ensemble du territoire à partir de ce lundi. Au moins huit personnes ont été tuées depuis le début des émeutes.

« On a déjà senti une forme d’apaisement aux alentours du tribunal, où les gens jubilent actuellement. Si Ousmane Sonko avait été placé sous mandat de dépôt, nul doute que les affrontements auraient repris de plus belle, estime Mr Joseph Etienne Ndione. Les autorités judiciaires, voire peut être étatiques, ont fait une bonne lecture de la situation et opté pour l’apaisement. » Plusieurs figures de la contestation, arrêtées avant ou en marge des manifestations, sont cependant toujours incarcérées.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace

Sénégal : Ousmane Sonko arrêté à Dakar

mars 3, 2021
Des affrontements ont éclaté entre forces de l’ordre et partisans d’Ousmane Sonko, le 3 mars 2021 à Dakar.

Convoqué par le juge d’instruction à 9 heures mercredi, l’opposant a été arrêté en début d’après-midi alors que son convoi n’avait pas encore atteint le palais de justice de Dakar.

L’opposant Ousmane Sonko a été arrêté ce mercredi par des éléments des forces de l’ordre pour « trouble à l’ordre public » alors que son convoi se trouvait dans le quartier de Mermoz, à Dakar, a annoncé l’un de ses avocats à Jeune Afrique. L’information a été confirmée également par un cadre du Pastef, le parti du député. Il a ensuite été conduit dans les locaux de la section de recherche de Colobane.

« Ousmane Sonko sera présenté devant le juge pour n’avoir pas répondu à la convocation », a affirmé l’un des membres de son équipe de défense, Me Djiby Diagne, qui attendait son client devant le palais de justice. Dénonçant « une procédure expéditive », il juge que les autorités « ont préféré inventer une infraction pour pouvoir le déferrer » au plus vite.

Ses avocats l’ont rejoint en début d’après-midi à la section de recherches de Colobane, où l’opposant s’apprêtait à être interrogé par les gendarmes. En plus de l’infraction de « trouble à l’ordre public », Ousmane Sonko est également accusé de « participation à une manifestation interdite ».

Le député avait quitté son domicile en début de matinée, escorté par une foule de partisans. Un important dispositif avait été déployé tôt le matin aux alentours du palais de justice. Vers 10 heures, le convoi de l’opposant a été bloqué par les autorités, et des affrontements sporadiques ont opposé pendant une partie de la journée les forces de l’ordre à des partisans de Sonko.

Accusé de viol et menaces de mort par l’employée d’un « salon de beauté » dakarois, le député a plusieurs fois changé d’avis quant à cette convocation. S’il avait dans un premier temps déclaré être prêt à répondre à la justice dès que son immunité parlementaire serait levée, il était ensuite revenu sur sa décision, arguant de l’illégalité de la procédure parlementaire.

Médiation

000_9476T6

L’opposant a par la suite fait volte-face, suite à une « médiation » de son marabout Serigne Abdou Mbacké et de personnalités de la société civile. Il a ainsi reçu mardi l’ancien directeur régional d’Amesty International, Alioune Tine. « Je viens de sortir de chez Ousmane Sonko après une discussion très fructueuse pour le conjurer, au nom des organisations de la société civile, d’aller répondre à la convocation du juge demain matin », a déclaré cette figure de la lutte pour les droits humains au Sénégal.

L’opposant a également reçu plusieurs délégations constituées de personnalités religieuses, ainsi que des membres du Front de résistance nationale [FRN, opposition] qui ont tenu un discours similaire.

Le même conseil lui avait aussi été donné par ses avocats, qui avaient convoqué mardi 2 mars la presse au cabinet de Me Bamba Cissé, coordonnateur du pool d’avocats du député. « Soucieux d’empêcher que le refus de déférer à la convocation ne soit un prétexte à des provocations dont le but serait de lui imputer des nouvelles infractions, le collectif des avocats a estimé, de conseiller à Ousmane Sonko de déférer à la convocation », a expliqué ce dernier.

« Pas d’abdication »

Ousmane Sonko s’est ensuite exprimé pour confirmer sa décision de se rendre à la convocation du juge, afin d’éviter un mandat d’amener. « Nous irons répondre et écouter le juge, a affirmé le leader du Pastef. Mais ça n’est pas une abdication et nous n’accepterons aucune injustice. »

Il en a profité pour renouveler ses attaques contre Macky Sall, « comploteur en chef », accusé d’avoir manipulé la justice afin que son adversaire  soit radié des listes électorales et bloquer sa candidature à l’élection présidentielle de 2024. Il a aussi fait fait appel au soutien aux « Sénégalais lambda », apolitiques ou membres d’autres partis d’opposition.

« Nous ne croyons pas à cette justice mais nous avons confiance en certains magistrats », a déclaré Ousmane Sonko, décrivant « la vacuité du dossier » et une « procédure viciée ». L’opposant avait perdu son immunité le 26 février à une large majorité, lors d’un vote boycotté par l’opposition. Une vingtaine de députés de l’opposition ont saisi mardi le Conseil constitutionnelle pour annuler la procédure.

Avec Jeune Afrique par Anne-Sophie Faivre Le Cadre et Marième Soumaré

Sénégal : Ousmane Sonko perd son immunité parlementaire

février 26, 2021
L’opposant Ousmane Sonko, lors d’une rencontre avec Y en a marre, en février 2021.

L’Assemblée nationale a voté vendredi la levée de l’immunité du député d’opposition visé par une plainte pour viols. Une procédure jugée « viciée et illégale » par Ousmane Sonko, qui a déjà annoncé qu’il ne répondra à aucune convocation de la justice.

L’issue du vote ne faisait aucun doute. Enclenchée le 9 février, la procédure de levée d’immunité de l’opposant Ousmane Sonko s’est achevée vendredi vers 14h. Les députés étaient appelés à se prononcer lors d’un vote à main levée, au cours d’une session plénière mouvementée, organisée à huis clos mais filmée par une député présente.

Tandis qu’un important dispositif sécuritaire avait été mis en place autour du bâtiment, auquel les journalistes n’avaient pas accès, plusieurs députés de l’opposition ont déclaré ne pas se rendre à l’Assemblée, qualifiant le vote de « mascarade ».

L’affaire Sweet Beauté

Les députés ont donc choisi d’approuver les recommandations de la commission ad hoc chargée d’examiner la procédure. Dans le rapport de la commission consulté par Jeune Afrique, les députés établissent que « le député Ousmane Sonko doit aller se défendre devant la justice et l’accusatrice doit avoir la possibilité de se défendre devant la justice, seule compétente pour dire le droit et faire triompher la vérité ».

« Au regard du caractère sérieux de la saisine et des accusations graves contre le député Ousmane Sonko, la commission a adopté, à une très large majorité, la décision de recommander à la séance plénière de lever [son] immunité parlementaire pour permettre à la justice de poser les actes, conduire les procédures et appliquer les dispositions de la loi pour aboutir à la manifestation de la vérité », a conclu la commission.

Ce rapport s’est basé sur un dossier constitué notamment des procès-verbaux des auditions réalisées par les gendarmes suite à la plainte déposée le 3 février contre Ousmane Sonko.

Dans celle-ci, l’employée du salon de massage le Sweet Beauté accuse l’opposant de l’avoir violée et menacée de mort sur son lieu de travail, à plusieurs reprises. Le député a admis être un client régulier de ce salon, qu’il dit fréquenter pour des « raisons médicales », mais nie les accusations de la plaignante.

Ce dernier avait déjà annoncé, jeudi soir face à la presse, qu’il ne comptait pas répondre à une éventuelle convocation de la justice. Une posture en contradiction avec celle qu’il avait prise le 7 février dernier, lorsqu’il s’était dit prêt à répondre à la justice dès lors que son immunité serait levée. « Je ne répondrais pas si la levée d’immunité n’est pas légale », a justifié Ousmane Sonko.

Procédure « expéditive » ?

L’opposition a en effet dénoncé plusieurs vices de formes dans la procédure menée à l’Assemblée nationale. Le 20 février, deux députés de l’opposition ont même démissionné de la commission ad hoc, dénonçant le manque d’indépendance d’une Assemblée largement acquise à Benno Bokk Yakaar, (BBY, la coalition présidentielle), qui détient 125 députés sur 165. Une démission qualifiée de « fuite en avant » par le président de la commission Pape Birame Touré, membre de la majorité.

« Il y a eu obstruction, a dénoncé l’un des démissionnaires vendredi à l’Assemblée, le député Moustapha Mamba Guirassy. Nous n’avons eu aucune possibilité d’aller au fond du dossier pour statuer pour savoir si on pouvait lever l’immunité de notre collègue. »

La procédure a été « expéditive », a également dénoncé Ousmane Sonko jeudi, ironisant sur la vitesse d’exécution de sa levée d’immunité, « le seul domaine où Macky Sall fait du fast track », en référence à une expression chère au chef de l’État s’agissant des réformes qu’il initie.

Sonko a également pointé du doigt le juge d’instruction chargé de l’affaire, Mamadou Seck, « faible et non indépendant », membre « du triangle des Bermudes judiciaires » également composé du procureur de la République Bassirou Guèye et du doyen des juges Samba Sall selon le leader de Pastef.

Accusations

« Je suis le protagoniste malgré moi de ce feuilleton que ne mérite pas notre nation », a-t-il affirmé, dénonçant une « machination politique sordide aux conséquences imprévisibles ». Il a d’ailleurs affirmé avoir été placé sous surveillance.

Au cours d’une longue diatribe, il s’est adressé directement au président Macky Sall, qu’il accuse d’être à la tête de ce complot visant à l’écarter du jeu politique. « Nous connaissons vos viles méthodes, mais je peux vous assurer que nous avons du répondant », lui a lancé Ousmane Sonko.

Macky Sall s’est exprimé au sujet de cette affaire pour la première fois cette semaine lors d’un entretien accordé à nos confrères de RFI, évoquant une « affaire regrettable ». «  Il y a une accusation, des procédures, il ne faut pas mêler le président à ça. J’ai suffisamment de choses à faire pour comploter des choses aussi basses », a-t-il ajouté.

Le spectre du mandat de dépôt

«[M’]arrêter le plus rapidement possible, décerner un mandat de dépôt, ouvrir une instruction non limitée dans le temps pour me laisser pourrir et me radier de la liste électorale, et ternir mon image auprès des Sénégalais : voilà l’objectif de Macky Sall », a rétorqué l’opposant, qui a fait appel au « droit constitutionnel, naturel et individuel de résistance à l’oppression ».

Le 8 février, des heurts avaient opposé ses partisans et les forces de l’ordre devant son domicile, alors que l’opposant avait refusé de se rendre à la convocation que lui avaient adressé les gendarmes.

Après Karim Wade, cadre du Parti démocratique sénégalais, condamné à six ans de prison en 2016 pour enrichissement illicite et désormais exilé au Qatar et Khalifa Sall, ex-maire de Dakar gracié de sa peine pour détournements de fonds public mais aujourd’hui inéligible, Ousmane Sonko sera-t-il le prochain opposant à visiter les cellules de la prison dakaroise de Rebeuss ?

Le Pastef se prépare quoi qu’il en soit à « l’arrestation illégale et imminente » de son leader ». « On s’achemine vers sa convocation devant le juge. S’il ne répond pas, la justice peut venir le cueillir, glisse un responsable du parti. Nous n’avons jamais envisagé l’avenir du parti sans lui, mais aujourd’hui, ça va peut-être être le moment de se poser la question. »

Avec Jeune Afrique par Anne-Sophie Faivre Le Cadre et Marième Soumaré