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Mondial 2022 au Qatar : Amnesty exhorte la Fifa à indemniser les ouvriers

mai 18, 2022

L’ONG demande à la Fifa de verser 440 millions de dollars aux migrants « maltraités » afin de « réparer les dommages », notamment les accidents de travail.

Le centre d'entrainement du club sportif Al-Shamal, dans la ville portuaire d'Al Ruwais au Qatar, pays hote du Mondial 2022.
Le centre d’entraînement du club sportif Al-Shamal, dans la ville portuaire d’Al Ruwais au Qatar, pays hôte du Mondial 2022. 
 © CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Jeudi 19 mai, l’ONG Amnesty International a demandé à la Fifa de verser une compensation d’au moins 440 millions de dollars aux ouvriers migrants « maltraités » au Qatarpays hôte du Mondial 2022 de football, accusé de ne pas suffisamment respecter leurs droits.

Soutenue par d’autres organisations de défense des droits humains, la demande d’Amnesty intervient à la suite de critiques répétées contre la lenteur de l’instance dirigeante du football à réagir contre les mauvaises conditions de travail des ouvriers qui ont afflué sur les chantiers liés au Mondial dans le riche État du Golfe. « La Fifa devrait consacrer au moins 440 millions de dollars (environ 418 millions d’euros) à la réparation des dommages subis par les centaines de milliers de travailleurs migrants victimes de violations des droits humains au Qatar pendant les préparatifs de la Coupe du monde 2022 », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

Selon Amnesty, cette somme, qui correspond à la dotation que se partageront les 32 équipes participantes, est le « minimum nécessaire » pour indemniser les travailleurs et les protéger de futurs abus. L’organisation cite notamment les salaires impayés, le paiement de frais de recrutement « illégaux » et « exorbitants » ainsi que les dommages causés par les accidents du travail. L’ONG basée à Londres a exhorté la Fifa à « travailler avec le Qatar » pour mettre en place un programme de réparation complet avec la participation des ouvriers, des syndicats, de l’Organisation internationale du travail (OIT) et la société civile.

Les réformes sociales du Qatar

Depuis 2010, date à laquelle la Fifa a attribué le Mondial 2022 au Qatar, une « litanie d’abus » entache les préparatifs sans que l’instance n’ait exigé « la moindre amélioration des conditions de travail », selon Amnesty. L’ONG a néanmoins salué les réformes sociales décidées par le Qatar depuis 2018 et l’amélioration des conditions sur les chantiers officiels de la Coupe du monde initiée en 2014. Mais selon l’ONG, ces règles ne sont pas toujours respectées et les abus persistent.

Dans un commentaire envoyé à l’Agence France-Presse, la Fifa a dit « procéder actuellement à l’évaluation de la proposition d’Amnesty » et d’autres ONG, affirmant qu’elle « implique un large éventail d’infrastructures publiques construites (au Qatar) depuis 2010 qui ne sont pas nécessairement liées à la Coupe du monde ». Critiqué depuis qu’il s’est vu attribuer le premier Mondial de football dans un pays arabe, le Qatar a mené d’importantes réformes, abolissant le système de parrainage faisant des salariés des quasi propriétés de leur employeur et instaurant un salaire minimum horaire. Le pays rejette fermement les bilans des morts sur les chantiers avancés par des médias internationaux.

Par Le Point avec AFP

Au Cameroun, la construction des stades tue ses ouvriers

mai 13, 2016

Une vue du chantier de réhabilitation du stade omnisports Ahmadou-Ahidjo de Yaoundé, le 12 mai.

Une vue du chantier de réhabilitation du stade omnisports Ahmadou-Ahidjo de Yaoundé, le 12 mai. Crédits : Josiane Kouagheu
Il pleure en silence, caché entre deux camions, à l’abri des regards. Roland est incapable d’articuler un mot. Il tente en vain d’essuyer les larmes qui perlent sur ses joues, se mouche bruyamment et recommence à pleurer de plus belle, sans honte : « Je les ai vus avant, parvient-il enfin à dire. Deux minutes plus tard – non, quelques secondes plus tard – ils étaient ensevelis par la terre. Ils criaient “sauvez-moi, sauvez-moi”. » Roland, 29 ans, est manœuvre sur le site de réhabilitation du stade omnisports Ahmadou-Ahidjo de Yaoundé, du nom du premier président du Cameroun indépendant. « J’ai vu un de mes potes du chantier mourir sous mes yeux. »

Jeudi matin 12 mai, vers 9 heures, un éboulement de terrain a surpris trois employés d’Arab Contractors, l’une des sociétés chargées de la réhabilitation du plus vieux stade du Cameroun. Ils étaient occupés à la construction d’un second tunnel souterrain donnant accès à la tribune présidentielle. « Il a plu hier [mercredi]. Ce matin, l’un des quatre employés qui devaient travailler au coffrage de ce tunnel a dit à l’Arabe [un contremaître égyptien] que le mur allait s’effondrer, jure un employé qui a souhaité garder l’anonymat. L’Arabe lui a dit qu’il devait travailler sinon il serait renvoyé. Il a refusé d’obéir. Les trois autres ont continué à travailler et c’est ainsi que la terre les a engloutis. J’étais à quelques mètres. Je me suis enfui. »

Bouba Souaré a été complètement englouti. Ses deux collègues l’ont été jusqu’au niveau de la taille pour l’un et des épaules pour l’autre. Les ambulanciers et sapeurs-pompiers appelés au secours ont tardé à arriver. Quelques employés courageux ont bien tenté de les sauver. « Nous avons commencé par retirer de la terre à la pelle, raconte un plombier. Nous nous sommes rendu compte que c’était dangereux, qu’on pouvait les blesser. Nous avons continué avec les mains. Les secours sont arrivés après plus de trente minutes. Il était trop tard. [Bouba] Souaré était déjà mort. » Les deux autres, grièvement blessés, ont été conduits à l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale, non loin du stade.

Chinois chassés au profit des Egyptiens

Approchés, les responsables d’Egis-Cameroun, la société maître d’œuvre des travaux du stade omnisports et des annexes 1 et 2, n’ont pas voulu s’exprimer. Ils ont tout d’abord programmé un point presse avant de se défiler au dernier moment, évoquant une réunion de crise avec le ministre des sports. Sur le stade construit en 1972 et choisi pour accueillir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football féminin du 19 novembre au 3 décembre 2016, les employés se plaignent des conditions de travail. « Nous travaillons parfois plus de 10 heures par jour. Nous touchons moins de 2 000 francs CFA par jour (3 euros). Tous les employés n’ont pas d’équipement de protection individuelle, détaille Thierry, en nous montrant ses mains parsemées de blessures. Lorsque les Chinois sont partis, on pensait que notre situation allait changer. On s’est trompés. »

Le gouvernement camerounais avait d’abord confié les travaux de réhabilitation du stade, d’une durée prévue de huit mois et estimés à plus de 20 milliards de francs CFA (30,5 millions d’euros), à un consortium chinois emmené par Syno Hydro. Cependant, trois mois après le premier coup de pioche en novembre 2015, l’état d’avancement a été jugé très insuffisant. Le marché a été retiré aux Chinois et confié aux Egyptiens d’Arab Contractors. « On pense que les travaux seront terminés au 30 juin moyennant deux semaines de retard pour la peinture », confiait début mai Trabelsi Larbi, chef de mission d’Egis-Cameroun, dans les colonnes des journaux locaux.

Tombeau à ciel ouvert

Pour les employés, le drame du jeudi 12 mai pourrait conduire les patrons égyptiens à changer leurs méthodes. « C’est peut-être lui [Bouba Souaré] qui sera notre martyr, estime Thierry. Son décès va pousser le gouvernement à regarder nos conditions de travail au lieu de se fixer sur ce maudit délai. Cette CAN nous tue à petit feu. Que dira la FIFA ? Il y a eu un mort et deux blessés très graves. Ce n’est pas tout. Un employé chinois est tombé et s’est fendu le visage mercredi. Ce site est un tombeau à ciel ouvert. » L’éboulement n’a pourtant pas interrompu les travaux, qui se poursuivaient ailleurs sur le chantier pendant les opérations de secours.

Lemonde.fr par Josiane Kouagheu, contributrice Le Monde Afrique, Yaoundé

Des ouvriers se révoltent aux Emirats arabes unis

avril 13, 2015

Des ouvriers ont incendié un site de construction et 17 véhicules aux Emirats arabes unis après la chute d’un de leurs collègues du 5e étage d’un bâtiment. Il pourrait s’agir d’un suicide.

Les autorités ont observé un mutisme total sur ces incidents survenus samedi soir à Ras Al Khaïmah. Ces événements ont été marqués par des actes de vandalisme et de pillage sur le site de l’Emirates National School, a indiqué lundi le quotidien « The National ». Des générateurs, des citernes de carburant et des bureaux ont été incendiés, selon le journal. La police a été déployée en nombre pour contenir les violences.

Une enquête a été ouverte. Le journal n’a pas révélé le nom de l’entreprise qui emploie les ouvriers en colère.

La question des travailleurs migrants fait l’objet de controverses dans le Golfe. Ils sont des millions venus notamment des pays d’Asie du sud, et leurs conditions de travail sont dénoncées à l’étranger par des syndicats et des ONG de défense des droits humains.

Romandie.com