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Au Pakistan, des femmes votent pour la première fois, d’autres en sont empêchées

juillet 25, 2018

Dans le village pakistanais de Mohri Pur, 3.200 femmes étaient inscrites sur les listes électorales, contre 8.000 hommes, pour les législatives du 25 juillet 2018. Aucune ne s’est rendue aux urnes. / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI

Voter ou ne pas voter ? Au Pakistan, société patriarcale, certaines femmes ont pu glisser mercredi pour la première fois de leur vie un bulletin dans l’urne. D’autres en ont été empêchées par leurs maris.

A Mohri Pur, petit bourg à 60 kilomètres de Multan, dans le centre rural du pays, le droit de vote est refusé aux femmes depuis environ 1947, époque de la fin du joug colonial britannique et de la naissance du Pakistan. Une décision prise par des anciens du village et restée inchangée depuis.

Cette année, nombre d’entre elles espéraient pourtant inverser la vapeur à l’occasion des élections législatives de mercredi et jouer enfin leur rôle dans le jeu démocratique. Environ 3.200 d’entre elles étaient inscrites sur les listes électorales, contre 8.000 hommes. Pourtant, aucune ne s’est rendue aux urnes.

« Pas une seule femme n’a voté », regrette Asia Bibi, l’adjointe du superviseur des élections à Mohri Pur, qui s’avoue « surprise et en colère ».

« Nos maris nous ont menacées de divorce si nous allions voter », explique Tanya Bibi, 25 ans, en passant devant le bureau de vote, une école de la ville, sans s’y arrêter.

La longue file d’attente qui s’étend devant le bâtiment est composée exclusivement d’hommes, leur carte d’identité à la main.

« Nous sommes ici pour voter. Mais nos femmes n’ont pas voté car il s’agit de notre vieille tradition, que nous avons préservée », affirme l’un d’eux, Muhammad Shamsher, à l’AFP.

Même Qasir Abbas, un avocat qui avait fait campagne pour le vote des femmes, est venu sans son épouse. « J’avais peur que les villageois mettent ensuite au ban ma famille », s’attriste-t-il.

Des villageois de Mohri Pur, que des hommes, font la queue pour aller voter le 25 juillet 2018. / © AFP / SS MIRZA

Selon Bismillah Iram, employée d’une ONG locale, des annonces ont été faites à la mosquée pour avertir les femmes de ne pas s’aventurer dans le bureau de vote.

Les anciens de Mohri Pur avaient à l’époque justifié leur décision d’interdire aux femmes de voter en affirmant qu’il en allait de l' »honneur » des hommes.

Ce concept, fréquent dans le code moral patriarcal en vigueur en Asie du sud, permet souvent de justifier l’oppression, voire le meurtre, de femmes. Qu’elles cherchent à étudier, travailler hors du domicile familial, ou simplement à choisir leur époux.

– « Complètement pakistanaise » –

Des femmes du bourg ont récemment expliqué à l’AFP qu’elles avaient déjà tenté, en vain, de voter lors de précédents scrutins. En 2015, seule l’une d’elles avait bravé l’interdiction. Elle s’était retrouvée ostracisée.

Mais une récente décision de la Commission électorale pakistanaise rendant obligatoire la participation d’au moins 10% de femmes dans chaque circonscription sous peine d’invalidation du résultat avait fait souffler un nouveau vent d’espoir.

Sur les près de 20 millions de nouveaux électeurs enregistrés pour ces législatives dans un pays de 207 millions d’habitants à forte croissance démographique, plus de 9 millions sont des femmes, selon la Commission.

A l’époque de l’indépendance, les anciens de Mohri Pur avaient justifié leur décision d’interdire aux femmes de voter en affirmant qu’il en allait de l' »honneur » des hommes.  / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI

On ignorait dans l’immédiat combien d’entre elles ont effectivement voté mercredi. Mais de longues files de femmes attendant patiemment leur tour devant les bureaux de vote ont été vues à Karachi et Lahore, les deux mégapoles du pays.

Dans le district conservateur de Lower Dir (Nord-Ouest), elles ont même pour la première fois été incitées à voter. A Samarbagh, où les barbes blanches avaient jusqu’alors mis leur véto, les mosquées ont cette fois-ci enjoint aux femmes à se rendre aux urnes.

« J’ai voté aujourd’hui et me sens pleine de joie d’avoir exercé mon droit fondamental », se réjouit Bakht Sania Bibi, 46 ans, mère de trois enfants.

A 27 ans, Sajida Haleem, interdite de voter en 2013 et en 2015, crie victoire. « J’ai toujours pensé : +Pourquoi les hommes décident-ils pour nous ? Pouvons-nous en tant que femmes décider pour nous-mêmes+ », lance cette titulaire d’un Master en affaires sociales.

« Aujourd’hui, je me sens complètement pakistanaise, sourit-elle. On m’a rendu le droit dont on m’avait privée depuis mes 18 ans. »

Romandie.com avec(©AFP / 25 juillet 2018 18h51)

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Pakistan: au moins 31 morts dans un attentat suicide de l’EI près d’un bureau de vote

juillet 25, 2018

Quetta (Pakistan) – Au moins 31 personnes ont été tuées et 70 blessées mercredi, le jour des élections législatives au Pakistan, dans un attentat suicide revendiqué par le groupe Etat islamique près d’un bureau de vote de Quetta (sud-ouest).

Le kamikaze « a essayé d’entrer dans le bureau de vote et quand la police a tenté de l’arrêter, il s’est fait exploser », a déclaré à l’AFP un haut responsable de l’administration locale, Hashim Ghilzai, ce qu’a confirmé un autre responsable local.

Le bilan, dans un premier temps de 28 morts et 35 blessés, est désormais de 31 personnes tuées, dont cinq policiers et une fillette de huit ans, et 70 blessés, a déclaré le Dr Wasim Baig, porte-parole de l’hôpital Sandeman de Quetta, la capitale de la province méridionale du Baloutchistan, où les attentats sont fréquents.

Un policier a confirmé ces chiffres.

« Soudainement, il y a eu une énorme explosion. Et ensuite des cadavres, du sang, des cris, partout », a raconté Mehmood Khan, 18 ans, allé voter pour la première fois avec ses amis. Deux d’entre eux ont péri dans l’attentat.

Arrivé à proximité du bureau de vote, « j’ai été jeté à terre. Je pensais que j’allais mourir », a dit Hafiz Kareem, 40 ans, un enseignant dans une madrasa, interrogé de son lit d’hôpital.

D’après l’un des responsables de la police de Quetta, Abdul Razzaq Cheema, le processus électoral, un temps interrompu, a repris une fois les morts évacués et les blessés transportés à l’hôpital.

Sur la scène de l’attentat, des flaques de sang et des chaussures appartenant aux victimes jonchent le sol.

Si les carcasses des voitures détruites dans l’explosion ont été enlevées et un large cordon policier mis en place pour fouiller chaque véhicule pénétrant dans la zone, les riverains restent terrifiés.

L’un de ses voisins a tenté, en vain, de dissuader Abdul Razzaq d’aller voter après l’attentat, a expliqué cet homme de 50 ans tout en faisant la queue.

« Les attaques continuent de se produire mais la vie continue », s’est-il expliqué, interrogé par l’AFP.

Ali Khan, 30 ans, qui est allé rendre visite à des proches et des amis à l’hôpital, assure qu’il « votera, assurément, maintenant ». Ce qui s’est produit « ne peut pas empêcher les gens de voter », a-t-il ajouté.

L’attentat a été revendiqué par le groupe Etat islamique sur Amaq, son agence de propagande. Il s’est produit au moment même où un scrutin tendu se déroulait au Pakistan pour élire le prochain Parlement.

Il a été précédé tôt mercredi par une attaque à la grenade dans un bureau de vote du district de Khuzdar, également au Baloutchistan, qui a provoqué la mort d’un policier tandis que trois autres ont été blessés.

La ville de Quetta avait déjà été endeuillée à la mi-juillet par un autre attentat suicide, qui avait fait au moins 153 morts au cours d’une réunion électorale à Mastung, à une quarantaine de kilomètres de la capitale provinciale. Le groupe Etat islamique avait là aussi revendiqué l’attentat.

Le Baloutchistan, frontalier de l’Iran et de l’Afghanistan, est la province la plus pauvre du Pakistan, malgré des gisements d’hydrocarbures et de minéraux, mais aussi la plus instable.

En plus de groupes séparatistes baloutches, des insurgés islamistes tentent d’infiltrer cette région, par ailleurs l’une des principales zones de violences entre communautés.

Romandie.com avec(©AFP / 25 juillet 2018 12h54)                                                        

Pakistan: le candidat visé par un attentat suicide est mort

juillet 22, 2018

Un policier pakistanais le 19 juillet 2018 à Pindi Gheb / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI

Le candidat aux législatives, blessé dans un attentat suicide qui a tué son chauffeur et blessé cinq autres personnes, est mort dimanche dans le nord-ouest du Pakistan, a-t-on appris de sources policières.

« Ikramullah Gandapur a succombé à ses blessures dans un hôpital militaire après qu’un kamikaze s’est fait exploser près de son véhicule ce matin », a déclaré à l’AFP le chef de la police du district de Dera ismail Khan, Zaheer Afridi.

Faraz Mughul, l’assistant du candidat, a confirmé sa mort, ainsi que celle de son chauffeur.

Zaheer Afridi et Kamal Shah, un policier local, avaient fait état de cinq autres blessés précédemment.

Ikramullah Gandapur concourait pour le PTI (Tehreek-e-Insaf, qui signifie « Mouvement pour la justice au Pakistan ») d’Imran Khan dans cette circonscription de Khyber Pakhtunkhwa, une province du nord-ouest du pays, frontalière avec l’Afghanistan, auparavant très instable.

Nasir ul Mulk, le chef du gouvernement intérimaire, dont le mandat s’achèvera une fois le résultat des élections connu, a présenté ses condoléances à la famille de M. Gandapur, « mort en martyr ».

C’est la quatrième attaque en deux semaines dans le cadre des élections législatives qui se tiendront mercredi au Pakistan. Le 11 juillet, un attentat suicide contre un meeting avait fait 20 morts à Peshawar, la capitale du KP.

Trois jours plus tard, une bombe cachée dans une moto avait explosé à Bannu, une autre ville du KP, au passage d’un candidat, tuant quatre personnes et en blessant une quarantaine d’autres.

Quelques heures plus tard, un kamikaze se faisait exploser lors d’une réunion publique à Mastung, dans la province du Balouchistan (Sud-Ouest), faisant 149 morts, soit le deuxième attentat le plus sanglant de l’histoire du Pakistan.

Le niveau des violences a toutefois fortement baissé dans le pays, selon une étude du CRSS, un centre de recherche pakistanais. Le nombre des personnes tuées dans les violences extrémistes, politiques ou criminelles, a ainsi chuté de 70% ces deux dernières années, avec 2.057 morts violentes rapportées l’an passé, contre 6.574 en 2015.

Romandie.com avec(©AFP / 22 juillet 2018 13h58)

Pakistan: 33 morts dans un attentat, un candidat aux élections tué

juillet 13, 2018

Quetta (Pakistan) – Au moins 33 personnes ont été tuées et des dizaines d’ autres blessées vendredi dans un attentat-suicide lors d’une réunion électorale au sud-ouest du Pakistan, ont indiqué des responsables à l’AFP.

Il s’agit du deuxième attentat visant vendredi un meeting électoral au Pakistan, où des élections législatives doivent se dérouler le 25 juillet dans un climat tendu.

« Le bilan est à présent passé à 33 » morts, a déclaré à l’AFP un responsable de l’administration locale, Saeed Jamali. Ce nombre a été confirmé par un autre haut responsable de l’administration locale, Qaim Lashari.

Les deux responsables ont indiqué qu’il s’agissait d’un attentat-suicide.

L’attentat s’est produit à Mastung, à une quarantaine de km de la capitale du Baloutchistan, Quetta.

Selon le ministre de l’Intérieur de la province du Baloutchistan, Agha Umar Bungalzai, il a visé un rassemblement de l’homme politique Mir Siraj Raisani, qui est décédé.

« Il a succombé à ses blessures lors de son transfert vers Quetta », a-t-il dit. Il était candidat à un siège de député provincial sous l’étiquette du parti Baluchistan Awami Party (BAP).

M. Bungalzai a également fait état d’au moins 32 blessés.

Plus tôt dans la journée, une bombe cachée sur une moto avait explosé près de Bannu (nord-ouest) au passage du convoi d’un autre candidat aux élections, tuant 4 personnes et en blessant une quarantaine d’autres, selon la police.

L’homme politique visé, Akram Khan Durrani, représentant d’une coalition de partis religieux, le MMA, a survécu à l’attaque.

Un attentat-suicide revendiqué par les talibans pakistanaisz avait également visé mardi soir une réunion électorale du Awami National Party (ANP) à Peshawar (nord-ouest), tuant 22 personnes dont l’homme politique local Haroon Bilour, selon un nouveau bilan.

Romandie.com avec(©AFP / 13 juillet 2018 14h36)                                                        

Pakistan: l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif condamné à 10 ans de prison pour corruption

juillet 6, 2018

Nawaz Sharif le 29 mai 2018 à Islamabad / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI

L’ancien Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a été condamné vendredi, en son absence, à dix ans de prison par un tribunal anti-corruption, une sentence dénoncée comme « politique » par son clan, et qui fragilise son parti avant des élections législatives le 25 juillet.

M. Sharif, absent à l’audience qui s’est déroulée devant un tribunal d’Islamabad, « a été condamné à 10 ans de prison et à une amende de huit millions de livres » (10 millions de dollars) dans une affaire concernant l’achat de plusieurs appartements de luxe à Londres, a déclaré son avocat Mohammad Aurangzeb à l’AFP.

M. Sharif se trouve actuellement à Londres au chevet de son épouse, atteinte d’un cancer.

Selon le procureur Sardar Muzaffar Abbas, le tribunal a également ordonné la saisie des appartements en question par le gouvernement fédéral.

L’affaire avait initialement été déclenchée par la publication des Panama Papers, des documents émanant d’un cabinet d’avocats panaméen et révélant les montages financiers de ses clients, dont la famille Sharif.

Trois des quatre enfants de M. Sharif étaient également mis en cause, dont sa fille et présumée héritière politique Maryam Sharif. Cette dernière, qui se trouve avec son père à Londres, a été condamnée vendredi à 7 ans de prison.

– Conspiration –

La sentence porte un coup sérieux au parti PML-N, fondé en 1993 par Nawaz Sharif, et qui est l’une des principales formations en lice aux élections législatives prévues le 25 juillet dans le pays.

Il est actuellement dirigé par le frère de Nawaz, Shahbaz Sharif, considéré comme plus brillant mais moins charismatique que son aîné, à la suite d’une série de décisions judiciaires à l’encontre de Nawaz Sharif.

Nawaz Sharif / © AFP / Gal ROMA

En juillet 2017, la Cour suprême pakistanaise avait mis fin prématurément à son troisième mandat à la tête du gouvernement après des révélations sur de luxueux biens immobiliers détenus par sa famille via des holdings off-shore.

La justice pakistanaise lui a ensuite interdit de diriger son parti, puis de participer à tout scrutin, à vie. Son clan nie toute malversation et laisse entendre que Nawaz Sharif est victime d’une conspiration ourdie par la puissante armée pakistanaise.

Shahbaz Sharif a immédiatement fait savoir vendredi qu’il « rejetait » le verdict, depuis son fief de Lahore lors d’un point presse retransmis à la télévision.

« Je vais descendre dans les rues et parler aux gens de cette décision injuste et nous défendrons notre cause devant le tribunal du peuple le 25 juillet », a-t-il poursuivi.

« Nous allons mener notre campagne électorale et protester de manière pacifique contre cette décision », a-t-il ajouté.

De petits groupes de partisans des Sharif se sont réunis à Islamabad et dans d’autres villes du Pakistan pour protester, brûlant des pneus et criant des slogans, a constaté l’AFP.

« C’était une affaire politique et ça aurait dû être décidé politiquement. Mais il a été décidé de régler judiciairement une affaire politique », a affirmé Bilal Butt, président du PML-N dans la ville de Multan (centre).

Le principal rival du PML-N au prochain scrutin est le PTI, dirigé par l’ancien champion de cricket Imran Khan.

Des manifestants protestent contre la décision de la Cour suprême pakistanaise contre l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, accusé de corruption, en brûlant des pneus à Multan, au sud de la province du Pendjab, le 6 juillet 2018 / © AFP / SS MIRZA

Ce dernier, qui a fait de la lutte contre la corruption l’un de ses chevaux de bataille, s’est félicité de la sentence. « Aujourd’hui sonne l’aube d’un nouveau Pakistan: à présent, les voleurs n’iront plus dans les assemblées, mais en prison ».

– « Sauver son parti » –

On ignorait dans l’immédiat si Nawaz Sharif entendait revenir au Pakistan après le verdict, qui selon l’analyste politique Rasool Bukhsh Rais le place dans une « position difficile ».

« Si Sharif ne revient pas, son parti est fini », estime-t-il. « S’il revient, il faudra qu’il se batte devant les tribunaux et il va beaucoup souffrir. Mais au moins il sauvera son parti », juge-t-il.

« Cette décision va faire du tort au PML-N », estime également l’analyste pakistanais Rifaat Hussain, qui juge peu probable que le père et la fille reviennent au Pakistan.

« Nawaz et Maryam vont rester à Londres étant donné qu’ils ont déjà l’excuse de l’état de santé de (leur épouse et mère) Kulsoom, et ils lanceront leur rhétorique depuis là-bas », juge-t-il.

Dès avant cette décision, de nombreux observateurs s’inquiétaient du tour pris depuis plusieurs mois par la campagne électorale au Pakistan.

Nombre de militants et reporters se sont récemment dits victimes d’une campagne visant à infléchir leur couverture avant le scrutin. Ces pressions ont été assimilées par certains à un « putsch silencieux ». L’armée dément toute implication.

Romandie.com avec(©AFP / 06 juillet 2018 16h04)

Les talibans pakistanais admettent la mort de leur chef, en nommant un nouveau

juin 23, 2018

Peshawar (Pakistan) – Les talibans pakistanais ont reconnu dans un communiqué envoyé samedi à l’AFP la mort de leur ancien chef Maulana Fazlullah, tué la semaine dernière en Afghanistan par un drone de l’armée américaine, et ont annoncé en avoir nommé un nouveau.

« C’est une source de fierté que tous les leaders de Tehreek-e-Taliban Pakistan (ou TTP, le nom en ourdou des talibans pakistanais) soient morts en martyrs, tués par les infidèles », a commenté le porte-parole des insurgés, Mohammad Khurasani, en référence aux deux prédécesseurs du Maulana Fazlullah, également tués par des tirs de drones américains.

Le conseil (shura) dirigeant des TTP a nommé le Mufti Noor Wali Mehsud pour le remplacer, a-t-il ajouté dans ce texte.

Fazlullah était considéré comme le donneur d’ordre dans la tentative d’assassinat en 2012 de Malala Yousafzai, devenue un symbole du droit des filles à l’éducation et prix Nobel de la Paix. Son groupe avait aussi revendiqué le massacre de plus de 150 personnes en 2014 dans une école de la ville de Peshawar, dans le nord-ouest du Pakistan.

Il avait trouvé refuge en Afghanistan en 2009 et sa mort « est un soulagement pour les familles pakistanaises victimes du terrorisme du TTP, y compris le massacre » de l’école, avait commenté l’armée pakistanaise.

L’armée américaine a mené le 14 juin une frappe aérienne dans la province de Kunar, près de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Un responsable militaire américain avait confirmé que la frappe américaine visait Fazlullah, mais il s’était abstenu de confirmer sa mort, qui a dans le passé été plusieurs fois annoncée puis démentie. « Nous ne sommes pas encore prêts à dire que nous avons décroché le jackpot », avait-il indiqué à l’AFP.

Le président afghan Ashraf Ghani s’était à l’inverse félicité de la mort du Maulana Fazlullah, fruit selon lui « d’infatigables recherches de renseignement menées par les services de sécurité afghans ».

Le département d’Etat américain avait annoncé en mars une récompense de 5 millions de dollars pour aider à localiser ce commandant taliban lié en outre à la tentative d’attentat à la voiture piégée de Times Square en 2010 à New York.

Selon le département d’Etat, le TTP a « montré une alliance étroite avec Al-Qaïda » et donné une formation sur les explosifs à Faisal Shahzad, qui se préparait à être l’auteur de l’attentat de Times Square.

Agé de 40 ans, Mehsud, reconnu pour ses connaissances religieuses autant que pour ses aptitutes de combattant, est aussi appelé Abu Mansoor Asim.

Cet ancien chargé de la justice pour le TTP est originaire de Sararogha, un bastion des talibans où l’armée pakistanaise a mené de nombreuses batailles ces dernières années.

Il appartient à la féroce tribu des Mehsud, du Sud Waziristan, et était un adjoint du fondateur du TTP, Baitullah Mehsud, tué par un drone américain en 2009.

« Avec la nomination du Mufti Noor Wali Mehsud, la direction du TTP revient à la tribu Mehsud dans sa base du Sud Waziristan », quand Fazlullah venait de la vallée de Swat, observe Rahimullah Yusufzai, analyste expert des talibans.

Sous sa houlette, « les différentes factions des talibans pakistanais (qui s’étaient formées après le départ de Fazlullah en Afghanistan, NDLR) pourraient se réunir à nouveau », ajoute-t-il, interrogé par l’AFP.

Mehsud, qui a combattu contre l’Alliance du Nord aux côtés de moudjahidines afghans en 1990, a écrit un livre l’an passé, dans lequel il a raconté s’être rué après les attentats du 11 septembre 2001 à Kaboul, où il avait assisté à la chute du régime taliban face à la coalition internationale menée par les Etats-Unis.

Romandie.com avec(©AFP / 23 juin 2018 17h12)                                                        

Au Pakistan, une erreur judiciaire jette une lumière sur les failles du système

mai 20, 2018

Asma Nawab, ancienne détenue, est libérée et retourne chez elle, à Karachi au Pakistan, le 7 avril 2018 / © AFP/Archives / RIZWAN TABASSUM

Asma Nawab a passé vingt ans derrière les barreaux, injustement emprisonnée pour le meurtre de sa famille. Récemment acquittée et libérée, elle tente à présent de reconstruire sa vie, mais son cas soulève des questions embarrassantes sur le système judiciaire pakistanais.

La jeune femme n’avait que 16 ans lorsque ses parents et son jeune frère ont péri la gorge tranchée lors d’une tentative de cambriolage à leur domicile dans la mégalopole portuaire de Karachi (sud) en 1998.

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque, poussant les procureurs à exiger une justice éclair. Mme Nawab et son fiancé d’alors avaient été condamnés à la peine de mort lors d’un procès de douze jours.

Les vingt années qui suivirent, passées sous les verrous, furent « très douloureuses », raconte Mme Nawab, aujourd’hui âgée de 36 ans.

Initialement sceptiques, ses co-détenues avaient fini par croire à son innocence et par constituer à ses yeux une nouvelle « famille ».

Les prisonnières, dont certaines condamnées pour meurtre ou enlèvement, s’entraidaient lorsque leurs procédures semblaient s’enliser ou lorsque leurs familles les négligeaient.

« Nous pleurions pendant (la fête musulmane de) l’Aïd et pendant les autres célébrations (…) C’était très douloureux. Je ressentais avec intensité » l’absence de visites, relate tristement Mme Nawab. « Mon oncle n’est venu me rendre visite qu’une seule fois. »

Autant son procès avait été rapide, autant la procédure en appel de Mme Nawab fut interminable. Ce n’est qu’en 2015 que ses avocats saisirent la Cour Suprême à son sujet. Après trois ans d’auditions, elle a ordonné en avril que Mme Nawab soit relâchée, faute de preuves.

« Le verdict de cette affaire a été donné en 12 jours mais il a fallu 19 ans et six mois pour examiner les appels », souligne son avocat Javed Chatari.

L’acquittement fut un grand choc, raconte Mme Nawab. « Je n’arrivais vraiment pas à y croire », dit-elle à l’AFP. « Comment allais-je faire pour affronter le monde après avoir passé autant de temps en prison ? »

– Engorgement judiciaire –

Des drames comme celui de Mme Nawab sont courants au Pakistan où le système judiciaire est incapable de faire face au rapide accroissement de la population et à celui, parallèle, des procédures, d’où un énorme engorgement judiciaire.

Au cours de la seule année 2017, plus de 38.000 affaires étaient en attente auprès de la Cour Suprême, auxquelles s’ajoutent des centaines de milliers d’autres en attente de jugement dans des tribunaux, selon un rapport de la Commission pakistanaise des droits de l’homme rendu public en avril.

La corruption régnant au sein des forces de l’ordre signifie que les riches peuvent aisément contourner la loi, tandis la mentalité profondément patriarcale du pays place les femmes dans une situation encore plus difficile.

« Des structures de pouvoir inégalitaires permettent aux personnes avantagées -en termes d’argent ou de pouvoir- de se hisser au-dessus des lois. Pour les pauvres, le système est si lent et parfois si faible que l’on peut dire qu’il est pratiquement non-existant », estime l’avocate Benazir Jaoti, spécialisée dans les questions liées à la situation juridique et politique des femmes au Pakistan.

« Les femmes sont l’un des groupes de gens clairement désavantagés » dans ce qui est « une société patriarcale et un système patriarcal », selon elle.

Si au bout du compte le système finit par fonctionner, comme avec l’acquittement de Mme Nawab, cela s’arrête en général là et les victimes dont la vie a été mise en pièces se retrouvent avec peu ou pas d’aide pour s’en sortir.

– Hostilité –

Mme Nawab, à sa sortie de prison début avril, n’avait pas grand-chose sur quoi reconstruire sa vie. Son ancien domicile, déserté après la mort des siens, a été pillé, puis laissé à l’abandon. La police « n’a rien laissé » dans le logement, à présent en piteux état, a-t-elle constaté lorsqu’elle a finalement pu y retourner avec son avocat, qui ouvert la porte en brisant le cadenas à coups de marteau.

« J’ai perdu mes parents et à présent je ne vois aucun de leurs biens », souligne-t-elle.

Une compensation de la part de l’Etat reste hypothétique et prendra quoi qu’il en soit beaucoup de temps, note son avocat. Et Mme Nawab est pour l’heure sans emploi.

Deux décennies après son procès, elle juge les médias en partie responsables du traitement qu’elle a subi, pour l’avoir dépeinte injustement comme coupable du triple meurtre. Un téléfilm a même été réalisé sur le sujet.

Aujourd’hui encore, et bien qu’elle ait été blanchie, l’attitude du public à son égard reste hostile. Des inconnus lui font fréquemment des remarques malveillantes dans la rue, dit-elle.

« La société n’acceptera pas le verdict », admet Mohammad Farooq, avocat auprès de la Cour Suprême et Mme Nawab « ne pourra pas se débarrasser du stigmate ».

Mais celle-ci se dit déterminée à tourner la page et prévoit de reprendre ses études et de trouver un emploi.

Elle envisage de venir en aide à d’autres femmes emprisonnées injustement et son avocat a promis de l’aider à créer une ONG pour leur apporter l’assistance dont elle-même n’a pu bénéficier.

« Je ne veux pas que d’autres femmes aient à endurer ce que j’ai subi », dit Asma Nawab. « Je vais porter leur voix pour elles. »

Romandie.com avec (©AFP / 20 mai 2018 16h39)                

Pakistan: le ministre de l’Intérieur blessé dans une tentative présumée d’assassinat

mai 6, 2018

Islamabad – Le ministre de l’Intérieur du Pakistan Ahsan Iqbal a été blessé par balles dimanche mais sa vie n’est pas en danger, a indiqué son assistant à l’AFP, alors que des élections législatives doivent se tenir dans quelques mois.

« Ahsan Iqbal a été visé et blessé à un bras », a déclaré Asim Khan, un assistant du ministre. « Il est hors de danger mais il a été transporté dans un centre médical à Lahore », a-t-il poursuivi, ajoutant que son assaillant avait été arrêté.

Aucun autre détail n’est pour l’instant disponible, a indiqué M. Khan.

Le Premier ministre Shahid Khaqan Abbasi a condamné l’attaque, qui s’est produite alors que le Pakistan se prépare à des élections législatives dans les mois à venir, même si leur date définitive n’est pas encore fixée.

D’après Malik Ahmed Khan, un porte-parole du gouvernement du Penjab, où la tentative d’assassinat présumée s’est tenue, Ahsan Iqbal assistait à un meeting électoral dans sa circonscription du district de Narowal quand on lui a tiré dans le bras droit.

« L’assaillant allait tirer une seconde fois quand la police et les participants au meeting l’ont neutralisé », a-t-il poursuivi, ajoutant que le ministre était en train d’être opéré et confirmant que sa vie n’était pas en danger.

L’attaque survient alors que le parti au pouvoir, la Ligue musulmane pakistanaise (PMLN), a fait face à de lourdes déconvenues.

La Cour suprême a destitué en juillet dernier pour corruption de l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, depuis lors interdit de diriger le PMLN, qu’il a créé, puis de participer à vie à tout scrutin.

La justice pakistanaise a ensuite démis en avril l’un de ses proches, le ministre des Affaires étrangères Khawaja Asif, pour violation des règles électorales.

Romandie.com avec(©AFP / 06 mai 2018 14h53)                                                        

Pakistan: deux chrétiens tués dans des tirs revendiqués par l’EI

avril 15, 2018

/ © AFP / BANARAS KHAN

Deux chrétiens ont été tués et trois autres blessés dimanche devant une église de Quetta, dans le sud du Pakistan, par des tirs à partir de motos, la deuxième attaque de ce type dans cette région depuis le début du mois.

La branche locale du groupe EI a revendiqué cette attaque dans la capitale du Balouchistan, selon SITE, une organisation spécialisée dans la surveillance des sites jihadistes.

« Quatre hommes sur deux motos ont ouvert le feu de manière non ciblée » sur un groupe de chrétiens, « tuant deux personnes et en blessant trois autres », a dit à l’AFP un responsable de la police locale, Abdul Razzaq Cheema.

Cette fusillade survient moins de deux semaines après une attaque du même type, également revendiquée par l’EI, et au cours de laquelle quatre chrétiens avaient péri.

En décembre, deux kamikazes se sont fait exploser dans une église de Quetta, tuant neuf personnes et en blessant une dizaine.

Les chrétiens représentent moins de 2% des 200 millions de Pakistanais, en très grande majorité musulmans, et sont victimes de discriminations et de violences.

Romandie.com avec(©AFP / 15 avril 2018 23h08)                

Les larmes de la Nobel de la Paix Malala, enfin de retour au Pakistan

mars 29, 2018

Une photographie officielle montre Malala aux côtés du Premier ministre pakistanais Shahid Khaqan Abbasi, le 29 mars 2018 à Islamabad / © PID/AFP / HANDOUT

La prix Nobel de la paix Malala Yousafzai a retrouvé dans les larmes jeudi son Pakistan natal, laissé derrière elle dans des circonstances dramatiques en 2012 et qu’elle a souhaité n’avoir jamais quitté.

« Je suis très heureuse. Je n’arrive toujours pas à croire que je suis ici », a-t-elle déclaré, bouleversée, dans un discours prononcé à la résidence du Premier ministre Shahid Khaqan Abbasi à Islamabad, quelques heures après une arrivée qui a pris le pays de court.

« Ces cinq dernières années j’ai toujours rêvé de pouvoir revenir dans mon pays », a-t-elle lancé devant le public.

« Si cela avait été possible, je ne (l)’aurais jamais quitté », a-t-elle ajouté, évoquant avec nostalgie la « beauté » de sa vallée natale de Swat, parfois comparée à la Suisse pour ses paysages verdoyants. Elle en avait été évacuée d’urgence vers la Grande-Bretagne en 2012 après avoir reçu une balle dans la tête lors d’un attentat la ciblant à son retour de l’école.

« Nous sommes vraiment ravis que notre fille, qui a fait beaucoup pour le nom du Pakistan, soit de retour à la maison », a déclaré de son côté le chef du gouvernement. « Vous recevrez un respect total ici ».

– Visite non annoncée –

La jeune femme et ses parents ont atterri au petit matin à l’aéroport d’Islamabad. Leur visite, qui doit durer quatre jours, n’avait pas été annoncée et leur programme n’a pas été rendu public « pour des raisons de sécurité », ont indiqué les autorités. La famille se déplace sous forte escorte policière.

On ignore ainsi si Malala, âgée aujourd’hui de 20 ans, entend se rendre dans son district natal de Shangla, ou dans la ville de Mingora, où s’est produit l’attentat, tous deux situés dans la vallée de Swat (nord-ouest).

Si elle est célébrée en Occident, son image est plus controversée dans son pays où certains la considèrent comme un « agent de l’étranger » manipulé ou payé pour nuire au Pakistan.

Outre les cercles islamistes radicaux opposés à l’émancipation des femmes, Malala est également critiquée par une partie de la classe moyenne pakistanaise qui lui reproche de ternir l’image du pays.

Nombre de ses compatriotes ont toutefois salué l’annonce de son arrivée, notamment dans sa vallée de Swat et sur les réseaux sociaux.

« Elle est un symbole de courage pour tous les Pakistanais et nous nous réjouissons de sa visite. Elle aurait dû revenir bien plus tôt », a jugé de son côté Ahmad Shah, un ami du père de la jeune femme et habitant de Swat.

« Chers Pakistanais, Malala n’est pas votre ennemie. Vos ennemis sont les monstres qui lui ont tiré dessus à bout portant sur le chemin de l’école », a plaidé une internaute, Shahira Lashari, sur Twitter.

« Certains pensaient que cela n’arriverait jamais. Certains ne voulaient pas que cela arrive », a commenté de son côté l’analyste Michael Kugelman, spécialiste de la région au Wilson Center à Washington, saluant « un grand moment pour le Pakistan ».

– 6 millions pour l’éducation –

C’est dans des circonstances dramatiques, entre la vie et la mort, que Malala avait dû quitter son pays en 2012 après sa tentative d’assassinat par des talibans pakistanais.

Elle n’avait plus foulé le sol pakistanais depuis lors. « C’est dur de ne pas voir sa maison, sa famille et ses amis pendant plus de cinq ans », avait-elle déclaré en janvier.

Soignée en Angleterre, où elle vit, elle est devenue une icône du droit des filles à l’éducation. C’est à ce titre qu’elle s’est vue décerner le Prix Nobel de la paix en 2014, conjointement avec l’Indien Kailash Satyarthi.

Après avoir vécu avec sa famille à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, elle poursuit aujourd’hui des études à Oxford.

Malala avait commencé son combat en 2007 lorsque les talibans imposaient leur loi sanglante dans sa vallée de Swat, autrefois paisible région touristique des contreforts de l’Himalaya.

Du haut de ses 11 ans, la fillette alimentait un blog sur le site de la BBC en ourdou, la langue nationale du Pakistan. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrivait le climat de peur régnant dans sa vallée sous la férule des extrémistes.

L’attentat qui a failli lui coûter la vie n’a nullement entamé sa détermination.

« La nouvelle génération du Pakistan est l’avenir du Pakistan. Ce sont les gens. Donc nous devrions investir dans l’éducation de ces enfants », a-t-elle déclaré jeudi matin, soulignant que le Fonds qui porte son nom avait déjà contribué à hauteur de plus de 6 millions de dollars à l’éducation des filles dans le pays.

Romandie.com avec(©AFP / 29 mars 2018 15h57)