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Pakistan: peine de mort pour le meurtrier et violeur d’une fillette

février 17, 2018

Lahore (Pakistan) – Le principal suspect du viol et du meurtre d’une fillette a été condamné à mort samedi, une affaire qui a bouleversé le Pakistan et alimenté la peur d’un tueur en série s’en prenant aux enfants de la ville de Kasur (est).

Imran Ali, 24 ans, a été reconnu coupable du meurtre de Zainab Fatima Ameen, 6 ans, dont le corps a été retrouvé début janvier. La petite Zainab était le douzième enfant assassiné ces deux dernières années dans un rayon de 2 kilomètres autour de Kasur, selon les autorités. Ali, dont l’ADN a été retrouvé sur Zainab et six autres victimes, a confessé huit crimes au total.

« La cour a prononcé quatre peines de mort contre ce tueur en série », l’une « pour avoir kidnappé Zainab », une autre « pour l’avoir violée », une troisième « pour l’avoir tuée » et une quatrième « pour d’autres inculpations terroristes », a déclaré à la presse le procureur général de la province du Pendjab, Ihtesham Qadir.

L’audience, qui ne s’intéressait pas aux autres victimes présumées d’Ali, s’est tenue à huis clos dans la prison Kot Lakhpat de Lahore pour des raisons de sécurité. Seuls les proches des victimes avaient accès à la salle d’audience, les journalistes étant retenus 500 mètres en amont.

La cour a aussi condamné Imran Ali à plusieurs autres peines, dont une de prison à perpétuité, ainsi qu’à plusieurs amendes, pour un total de 3,2 millions de roupies (environ 23.700 euros), pour avoir notamment « caché le cadavre dans des ordures », a poursuivi le procureur Qadir.

« C’était un procès juste », a commenté Mian Sultan Masood, l’avocat de l’accusé, qui a lui a été fourni par l’Etat, son précédent défenseur s’étant récusé. « L’accusé a admis son crime. Dans ce contexte, il est correct qu’il ait été condamné à mort », a-t-il poursuivi.

La mère de Zainab, Nusrat Bibi, a accueilli le verdict avec satisfaction. « Je veux qu’il soit pendu publiquement à l’endroit où il a pris Zainab », a-t-elle déclaré à des journalistes.

Le bâtonnier Ahmed Pansota, opposé à la pendaison publique car elle est selon lui inconstitutionnelle, a de son côté émis des réserves quant à la « justesse » du procès, dont le verdict a été rendu moins d’un mois après l’arrestation du suspect.

« La justice accélérée dans cette affaire est conforme à la constitution. Mais dans bien des cas similaires, la justice n’est pas rendue à cause de la pression médiatique, les circonstances atténuantes étant exclues » pour l’accusé, a rappelé cet avocat à la Haute cour.

Le viol et le meurtre de la fillette ont bouleversé l’opinion publique au Pakistan. Une violente manifestation contre l’inaction supposée de la police a fait deux morts à Kasur. Des célébrités, des hommes politiques de l’opposition et des anonymes ont exigé l’arrestation du coupable tandis que le hashtag #JusticeForZainab circulait sur les réseaux sociaux.

D’après le père de Zainab, Ameen Ansari, Ali, qui habitait à proximité, avait pris part aux manifestations ayant embrasé la ville après la mort de sa fille.

La colère des habitants a été alimentée par le fait que la région de Kasur est déjà tristement célèbre pour une affaire de crimes sexuels.

En 2015, un gigantesque scandale de pédophilie y avait été mis au jour. Des vidéos montrant au moins 280 enfants victimes d’abus sexuels par une bande qui faisait chanter les familles avaient été découvertes. A l’époque déjà, la police avait été accusée de fermer les yeux.

Romandie.com avec(©AFP / 17 février 2018 13h56)                                            

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Attentat dans un hôtel de Kaboul: au moins 18 morts dont 14 étrangers

janvier 21, 2018

Un membre des forces de sécurité afghanes monte la garde devant l’hôtel Intercontinental de Kaboul, le 21 janvier 2018 / © AFP / WAKIL KOHSAR

Au moins 18 personnes, dont 14 étrangers, ont péri dans l’attaque dans la nuit de samedi à dimanche de l’hôtel Intercontinental à Kaboul, selon un nouveau bilan de cet attentat revendiqué par les talibans.

« Quatorze étrangers et quatre Afghans ont été tués », a déclaré un porte-parole du ministère de l’Intérieur, Najib Danish, à la chaîne Tolo news, sans préciser les nationalités. L’attentat, qui a duré une douzaine d’heures, a été revendiqué par les talibans.

« Plusieurs Ukrainiens » figurent parmi les victimes, a déclaré de son côté à l’AFP un responsable du ministère des Affaires étrangères à Kiev, Vasyl Kyrylych, sans donner de nombre exact. « D’autres informations seront annoncées lundi matin », selon un communiqué du même ministère.

Un précédent bilan de l’attentat faisait état de 5 morts, dontun ou deux ressortissants étrangers, mais les autorités avaient précisé ne pas avoir terminé de fouiller l’hôtel à la recherche de victimes.

La violence de l’attaque laissait d’emblée craindre un bilan beaucoup plus lourd avec des assaillants dépeints comme tirant à vue dans la salle à manger avant de forcer les chambres pour prendre des clients en otages, parfois immédiatement abattus. Ils avaient en outre déclenché un incendie au quatrième étage qui a duré une bonne partie de la nuit.

Selon M. Danish, le commando était composé de six hommes. L’attaque n’a pris fin que plus de douze heures plus tard, vers 09H30 dimanche (06H00 GMT), une fois les assaillants abattus par les unités afghanes avec le soutien de la coalition occidentale sous mandat de l’Otan – la Norvège notamment a annoncé avoir contribué au dénouement.

« L’attaque est terminée, tous les assaillants ont été tués, 126 personnes ont été secourues dont 41 étrangers », avait auparavant annoncé M. Danish. Il a précisé que six membres des forces spéciales afghanes, réputées pour leur excellence, ont été blessés.

Le porte-parole des taliban Zabiullah Mujahid a revendiqué l’opération dans un message affirmant que l’hôtel était « plein d’envahisseurs américains et d’autres nationalités » et que l’attaque a tué des « dizaines » d’entre eux.

– Equipages manquants –

La compagnie aérienne afghane Kam Air a déploré « seize disparus parmi les 42 membres de son personnel qui se trouvaient dans l’hôtel, dont des pilotes et membres d’équipage », a expliqué à l’AFP son PDG, le capitaine Samad Usman Samadi.

La compagnie a évoqué un peu plus tard « des morts et des blessés ».

Selon M. Danish, « le commando est arrivé par le nord pour entrer dans l’hôtel par la cuisine avant de gagner le hall où il a ouvert le feu sur les clients et les gardes de sécurité ».

L’électricité a été coupée dans le quartier et l’hôtel, situé sur une colline de l’ouest de Kaboul, plongé dans l’obscurité toute la nuit à l’exception de hautes flammes qui s’échappaient du toit.

« Je suis sorti, mais plus d’une centaine de mes collègues et amis sont toujours entre la vie et la mort. Priez pour eux s’il vous plaît », a écrit sur Facebook un client rescapé, Aziz Tayeb.

Sur Twitter, des proches angoissés demandaient des nouvelles des leurs séjournant dans l’établissement. De Washington, le département d’Etat appelait à signaler l’éventuelle présence d’Américains.

– Gardes inexpérimentés –

Au terme d’une nuit de cauchemar, le jour s’est levé sur la façade en partie noircie du bâtiment.

Un comptable de l’hôtel qui s’est échappé grâce à sa connaissance des lieux a mis en cause la sécurité de l’hôtel, affirmant à l’AFP que « les gardes se sont sauvés sans combattre, ils n’ont pas riposté, ils n’avaient aucune expérience ».

Selon M. Danish, une nouvelle compagnie privée était chargée depuis début janvier de la sécurité de l’hôtel, jusqu’alors assurée par les forces gouvernementales.

« Nos équipes enquêtent pour comprendre comment les terroristes se sont infiltrés. S’il y a eu des négligences, elles seront sanctionnées ».

L’Intercontinental de Kaboul, l’un des deux cinq étoiles de la ville, accueille fréquemment des mariages, des conférences et des réunions politiques. Sa terrasse illuminée dominant la ville est particulièrement prisée des classes aisées.

L’établissement, ouvert en 1969, avait déjà été visé en juin 2011 par une attaque des talibans qui avait fait 21 morts.

Des mises en garde précises avaient été lancées depuis 48 heures concernant le risque d’attaques contre des lieux fréquentés par les étrangers. Elles avaient conduit l’ONU et certaines ambassades à décréter l’état d’alerte.

La dernière attaque contre un grand hôtel, en mars 2014, avait visé l’autre cinq étoiles de Kaboul, le Serena. Neuf personnes avaient été tuées, dont un journaliste de l’AFP et sa famille.

La violence reste endémique en Afghanistan, seize ans après le débarquement des Occidentaux fin 2001. Dans le nord du pays, à Balkh, au moins 18 policiers ont été enlevés et abattus dans la nuit de samedi à dimanche par des insurgés talibans dans un village, selon le chef adjoint de la police, Abdul Raziq Qaderi.

A Herat (ouest), au moins huit civils ont péri dans l’explosion de leur véhicule qui a sauté sur une mine, imputée aux talibans par des responsables locaux.

Romandie.com avec(©AFP / 21 janvier 2018 16h13)

Nouveau bras-de-fer entre États-Unis et Pakistan après un tweet de Trump

janvier 2, 2018

Le président américain Donald Trump le 15 décembre 2017 lors d’un discours au siège du FBI à Quantico, Virginie. / © AFP / Nicholas Kamm

Islamabad a convoqué lundi l’ambassadeur américain au Pakistan, dans un geste de défiance rare après les menaces du président Donald Trump de supprimer l’aide fournie à ce pays accusé de ne pas en faire assez contre le terrorisme.

Alors que les relations entre les deux pays sont houleuses depuis des mois, l’ambassadeur David Hale a été invité à se rendre lundi soir au ministère des Affaires étrangères pakistanais. « Il y est allé et a rencontré des responsables », a déclaré un porte-parole de l’ambassade, sans plus de détails.

Le ministère pakistanais n’a pas souhaité faire de commentaire. Mais d’après un porte-parole, le Premier ministre Shahid Khaqan Abbasi a réuni un Conseil national de sécurité mardi après-midi, auquel des chefs de la puissante armée pakistanaise ont participé.

La convocation s’est tenue après un tweet de Donald Trump, très dur, contre le Pakistan lundi.

« Les Etats-Unis ont bêtement donné 33 milliards de dollars d’aide au Pakistan ces quinze dernières années et ils ne nous ont rien donné en retour si ce n’est des mensonges et de la duplicité, prenant nos dirigeants pour des idiots », a écrit le président américain.

« Ils abritent les terroristes que nous chassons en Afghanistan, sans grande aide. C’est fini! », a-t-il lancé.

Le Pakistan a rapidement rétorqué avoir aidé les Etats-Unis à « décimer » Al-Qaïda », pour n’obtenir en retour que « des invectives et de la méfiance », via son ministre de la Défense Khurram Dastgir-Khan.

Islamabad, allié des Etats-Unis depuis la guerre froide, dément de longue date les accusations américaines et reproche à Washington d’ignorer les milliers de Pakistanais tués dans la lutte contre le terrorisme.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les deux pays avaient noué un partenariat stratégique pour défaire les groupes armés islamistes dans la région. Mais les Etats-Unis, tout comme l’Afghanistan, accusent le Pakistan de soutenir les talibans actifs dans ce pays voisin.

Le réseau Haqqani, qui pendant longtemps trouvait refuge au Pakistan tout en réalisant certaines des pires attaques contre les forces américaines en Afghanistan, a été qualifié de « véritable bras » des services secrets pakistanais par Mike Mullen, l’ancien chef d’état-major américain des armées.

– ‘Remarquable contribution’ –

Islamabad, après avoir lancé en 2014 une nouvelle campagne d’opérations militaires dans ses zones tribales, à la frontière afghane, affirme avoir désormais éradiqué toutes les bases arrière des groupes islamistes.

La Chine, très active dans un projet d’infrastructure massif au Pakistan, d’un coût total de 54 milliards de dollars, a ainsi préféré louer « la remarquable contribution » de son nouvel allié à « la cause globale du contre-terrorisme », via un porte-parole de son ministère des Affaires étrangères.

Fin décembre, Pékin, désormais actif diplomatiquement dans la région, avait accueilli un premier sommet tripartite contre la menace terroriste avec le Pakistan et l’Afghanistan.

L’administration Trump a indiqué au Congrès en août qu’elle examinait très sérieusement la possibilité de ne pas verser 255 millions de dollars d’aide, dont le versement a déjà été retardé.

Les relations américano-pakistanaises, déjà difficiles, pour les mêmes raisons, sous l’administration Obama, se sont encore dégradées avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Le président américain a accusé en août Islamabad de jouer un double jeu en Afghanistan et d’abriter sur son sol des « agents du chaos ». L’accueil de son secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait été glacial fin octobre à Islamabad.

En décembre, Donald Trump avait déjà menacé le Pakistan. « Nous versons des sommes énormes chaque année au Pakistan. Il faut qu’ils nous aident », avait-il averti.

« Une coupe dans les aides, à un certain moment, devient inévitable », a réagi l’analyste Michael Kugelman, spécialiste du Pakistan, sur Twitter.

« Trump est habitué à faire des déclarations très dures que ne font que vicier l’atmosphère (…). Mais il n’y a aucune possibilité de réaction dure », comme « une coupure totale des aides », a de son côté estimé l’expert pakistanais Hassan Askari.

Selon lui, les Etats-Unis « ne prendront pas de mesure extrême car cela forcerait le Pakistan à interdire à leurs soldats et à leur ravitaillement de passer par (les postes-frontière de) Torkham et Chaman » vers l’Afghanistan.

Or l’armée américaine a besoin de l’aide logistique du Pakistan pour accéder à ses troupes basées en Afghanistan.

Romandie.com avec(©AFP / 02 janvier 2018 15h09)

Le Pakistan rend hommage à Benazir Bhutto, dix ans après son assassinat

décembre 27, 2017

Benazir Bhutto la veille de son assassinat, le 26 décembre 2007 / © AFP/Archives / TARIQ MAHMOOD

Des milliers de personnes se sont recueillies mardi autour du tombeau de l’ex-Première ministre pakitanaise Benazir Bhutto, dix ans jour pour jour après son assassinat, le 27 décembre 2007, dont les commanditaires n’ont pas été inquiétés par la justice.

Quelque 20.000 personnes se sont rendues à Garhi Khuda Baksh, le fief de la famille Buttho, situé à environ 450 km de la mégalopole de Karachi, ont montré des images télévisées.

« J’ai l’impression que nous sommes devenus des orphelins après qu’elle est tombée en martyre », a observé Allah Varayo, 45 ans, interrogé par téléphone par l’AFP alors qu’il se trouvait près du tombeau.

Autour de lui, la foule brandissait des drapeaux noirs, vert et rouge, les couleurs du Parti du peuple pakistanais (PPP), le parti des Bhutto, fondé par le grand-père de Benazir, Zulfikar Ali.

« Les gens sont plus enthousiastes, ils sont arrivés en plus grand nombre par rapport aux années précédentes », a estimé Ahsan Junejo, venu en voisin.

Mme Bhutto, deux fois élue Première ministre du Pakistan et première femme de l’ère contemporaine à avoir dirigé un pays musulman, a été assassinée dans un attentat-suicide à Rawalpindi le 27 décembre 2007.

Selon la version la plus communément acceptée, un assaillant lui a tiré dans le cou après un meeting avant de déclencher sa charge explosive à proximité de son convoi, tuant 24 autres personnes.

Le président d’alors, le général Pervez Musharraf, est soupçonné d’avoir pris part à une vaste conspiration afin de tuer sa rivale avant des élections.

« Assassin, assassin. Musharraf assassin », ont scandé la foule et Bilawal Bhutto, le fils de Benazir, juché sur un podium installé près du tombeau.

La justice pakistanaise, après l’avoir inculpé du meurtre de sa rivale en 2013, a déclaré « fugitif » Pervez Musharraf en août dernier. L’ex-président, qui vit désormais à Dubai, a aussi vu ses biens confisqués.

M. Musharraf dément avoir joué un rôle dans les évènements ayant entraîné l’attentat qui avait semé le chaos des mois durant dans le pays.

Après l’assassinat, son régime avait aussitôt accusé le chef des talibans pakistanais à l’époque, Baitullah Mehsud. Ce dernier, qui avait démenti toute implication, a été tué par un drone américain en 2009.

En 2010, l’ONU a accusé dans un rapport le gouvernement de Musharraf de ne pas avoir fourni une protection adaptée à Mme Bhutto, soulignant que sa mort aurait pu être évitée.

A ce jour, seuls deux personnes ont été condamnées par la justice dans cette affaire, deux policiers qui ont écopé chacun de 17 ans de prison pour « leur mauvaise gestion de la scène du crime », lavée au karcher deux heures après les faits et où très peu d’indices avaient été retrouvés.

Romandie.com avec(©AFP / 27 décembre 2017 14h27)                

Pakistan: cinq blogueurs disculpés des accusations de blasphème

décembre 22, 2017

Des militants pakistanais pour les droits de l’Homme manifestent le 12 janvier 2017 à Lahore / © AFP / Arif ALI

Cinq blogueurs pakistanais, connus pour leur soutien à la laïcité sur les réseaux sociaux et dont la disparition avait fait la Une en janvier, ont été disculpés des très lourdes accusations de blasphème qui pesaient contre eux, a indiqué vendredi un avocat du dossier.

Des responsables de l’Agence fédérale d’enquête (FIA), qui menait les investigations, « ont dit à la cour qu’il semblait que les cinq blogueurs n’étaient pas impliqués dans du blasphème », a déclaré à l’AFP Tariq Asad, l’un des avocats qui leur étaient opposés.

« Le juge a remarqué qu’aucun individu innocent ne peut être impliqué dans une fausse affaire de blasphème » et les a disculpés, a-t-il poursuivi.

Les cinq hommes, qui faisaient publiquement connaître leur opposition à l’islam radical, l’armée ou le gouvernement sur les réseaux sociaux, avaient disparu à quelques jours d’intervalle en janvier, faisant craindre une reprise en main sévère de l’Etat sur la toile. Des manifestations de soutien s’étaient alors tenues dans plusieurs villes du pays.

Face à cette mobilisation, une campagne avait été lancée sur les réseaux sociaux et dans des émissions télévisées, où les disparus avaient été accusés d’être des blasphémateurs, déclenchant un flot de menaces.

Le blasphème est un crime passible de la peine de mort au Pakistan, même si aucun condamné dans ce genre d’affaire n’a encore été exécuté. De simples accusations aboutissent régulièrement à des meurtres.

Quatre des blogueurs avaient été libérés fin janvier. Certains se sont plaints d’avoir été torturés. Le sort du cinquième n’est pas connu.

Aucun groupe n’a revendiqué leur kidnapping, auquel le gouvernement et la très puissante armée pakistanaise ont nié avoir pris part.

La décision de vendredi « a au moins questionné l’impunité totale dont bénéficient les agences » de renseignement pakistanaises, a toutefois déclaré à l’AFP Ahmad Waqass Goraya, l’un des blogueurs relâchés, qui vit aux Pays-Bas.

Les défenseurs des droits de l’Homme critiquent de longue date la loi punissant le blasphème, souvent détournée pour régler des conflits personnels. Des ONG et observateurs estiment que les campagnes d’accusations de blasphème sont orchestrées, afin de faire taire les voix libérales.

Le Pakistan est régulièrement classé comme l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes. Critiquer l’armée y est considéré comme particulièrement risqué. Les journalistes sont parfois détenus, frappés ou même tués.

Romandie.com avec(©AFP / 22 décembre 2017 18h34)

Pakistan: huit morts dans l’attaque d’une église par l’EI

décembre 17, 2017

Des secouristes prennent en charge une des blessés dans l’attentat d’une église à Quetta au Pakistant le 17 décembre 2017 / © AFP / BANARAS KHAN

Un attentat suicide revendiqué par le groupe Etat islamique et préparé pour provoquer un carnage, a fait au moins huit morts et 30 blessés pendant la messe dominicale dans une église de Quetta, au sud-ouest du Pakistan, pleine à une semaine de Noël.

L’attaque a impliqué au moins deux kamikazes, peut-être davantage, et visé l’Eglise méthodiste de la capitale de la très instable province du Balouchistan, bordée par l’Iran et l’Afghanistan.

Au moins deux hommes se sont présentés dimanche matin alors qu’environ 400 personnes étaient rassemblées pour l’office, munis de grenades et de vestes explosives. Mais l’un des assaillants a été abattu par la police sur le parvis, évitant un carnage encore pire, selon le ministre de l’Intérieur du Balouchistan, Sarfraz Bugti.

Le kamikaze a déclenché une veste piégée chargée d’au moins « 15 kg d’explosif » a rapporté à l’AFP un responsable de la défense civile, Aslam Tareen. Selon lui l’homme ainsi que son complice, « abattu d’une balle entre les deux yeux », détenaient aussi des grenades, pour causer le maximum de dégâts dans l’assemblée.

Un haut responsable de la police, Abdul Razzaq Cheema, a également évoqué la présence sur place de deux autres kamikazes qui auraient pris la fuite quand les forces de l’ordre sont intervenues.

Cette information était en cours de vérification dimanche soir par les enquêteurs qui fouillaient le secteur et visionnaient les images des caméras de surveillance à la recherche des deux autres kamikaze supposés.

– « la porte a volé en éclats » –

L’EI a revendiqué l’opération par un message de son organe de propagande sur Twitter, sans aucune précision.

Les rescapés rencontrés par l’AFP ont raconté l’irruption du chaos au milieu de leurs prières.

« J’ai d’abord entendu des coups de feu et j’ai tout de suite pensé que l’église était attaquée » a rapporté Kelvin Alexander Masih, un photographe de 44 ans qui se trouvait en famille. « Je me suis rué pour fermer la porte principale, criant aux gens de s’allonger (…) mais la porte a volé en éclats: tout ceux qui se trouvaient à proximité ont été tués et blessés, on entendait des pleurs de femmes et d’enfants ».

« J’étais en train de prier quand j’ai entendu des tirs. Quand j’ai levé la tête le prêtre avait interrompu la prière. Les gens paniqués essayaient de se cacher. J’ai entendu une énorme explosion et la porte a éclaté », a confié Zeenat Emmanuel, une quinquagénaire.

Un photographe de l’AFP sur place a vu les bancs de l’assistance renversés, des chaussures et des instruments de musiques éparpillés dans des mares de sang.

Le chef de la police provinciale, Moazzam Jah, a précisé à l’AFP que deux femmes figuraient parmi les huit morts. Plusieurs blessés sont dans un état grave.

« La police a été prompte à réagir, elle a empêché les assaillants de gagner la nef principale en les interceptant » avant.

D’ordinaire, environ 250 fidèles assistent au service du dimanche mais à l’approche de Noël l’affluence est bien supérieure et 400 personnes étaient présentes, selon le ministre de l’Intérieur.

« Dieu nous préserve, si les terroristes étaient parvenus à leurs fins, plus de 400 vies précieuses auraient été menacées », a indiqué M. Bugti sur Twitter.

Les chrétiens représentent environ 1,6% des 200 millions de Pakistanais. Ils sont quotidiennement victimes de discriminations dans le Pakistan à majorité musulmane, vivant dans la peur d’accusations de blasphème, souvent utilisées à tort contre les minorités pour régler des conflits personnels.

Cantonnés aux professions les plus mal payées, ils sont comme d’autres minorités religieuses, également la cible de violences islamistes.

En 2016, l’une des pires attaques survenues au Pakistan avait fait 75 morts, dont de nombreux enfants, dans un parc de Lahore le week-end de Pâques. Elle avait été revendiquée par le Jamaat-ul-Ahrarn, une faction des talibans pakistanais.

Le Balouchistan est une province riche en ressources naturelles mais secouée par une insurrection séparatiste et des violences islamistes. Ses sept millions d’habitants se plaignent depuis longtemps de ne pas recevoir une part équitable de ses richesses.

Ces dernières années, les autorités mènent campagne pour tenter de promouvoir la paix et le développement économique, ce qui a réduit considérablement le niveau des violences dans la province.

Romandie.com avec(©AFP / 17 décembre 2017 14h34)                

La contestation s’étend au Pakistan, l’armée toujours muette

novembre 26, 2017

Des militants du groupe islamiste Tehreek-i-Labaik Yah Rasool Allah Pakistan (TLYRAP), clamant des slogans religieux, le 26 novembre à Islamabad. / © AFP / AAMIR QURESHI

La contestation prenait de l’ampleur dimanche dans différentes villes du Pakistan après la dispersion ratée la veille d’un sit-in islamiste aux portes de la capitale, tandis que l’armée semblait hésiter à intervenir dans la crise.

En fin d’après-midi, quelque 5.000 manifestants occupaient les routes entre Islamabad et l’agglomération voisine de Rawalpindi, ont constaté des journalistes de l’AFP. Soit plus de deux fois plus de monde que les militants de la première heure, que police et paramilitaires avaient tenté de déloger, sans succès, samedi.

Dans la mégapole portuaire de Karachi, au sud, la police a évacué plusieurs sit-ins tôt dimanche. Mais sept autres se poursuivaient, mobilisant près de 5.000 manifestants, selon les autorités locales. Même situation à Lahore (nord-est), où plus de 3.000 manifestants étaient rassemblés dimanche en différents points de la ville, selon la police municipale.

Le mouvement s’était également étendu à d’autres villes pakistanaises, selon les médias locaux.

Des chiffres encore modestes à l’échelle du pays, mais qui n’ont fait que croître depuis que les forces de l’ordre ont manqué de disperser le sit-in bloquant la principale autoroute d’accès à Islamabad depuis le 6 novembre, au détriment de dizaines de milliers de voyageurs contraints de passer des heures dans les transports.

L’opération, à grand renfort de gaz lacrymogènes, avait tourné court, suscitant des commentaires critiques sur son impréparation. Elle s’est soldée par la mort d’au moins 7 personnes et a fait quelque 230 blessés. Elle a aussi renforcé la détermination des manifestants.

Appelée samedi soir en renfort par le gouvernement pour aider les autorités à « maintenir l’ordre sur le territoire d’Islamabad », la puissante armée pakistanaise ne s’est toujours pas exprimée publiquement.

Seul un hélicoptère militaire a brièvement été aperçu au-dessus des manifestants. Les forces de l’ordre demeuraient en retrait, selon un journaliste de l’AFP.

Dimanche soir, un responsable du ministère de l’Intérieur a déclaré à l’AFP que les rangers, une force paramilitaire, avaient été désignés pour « s’occuper des manifestations », sans plus de précisions.

Le mouvement est piloté par un groupe religieux peu connu, Tehreek-i-Labaik Yah Rasool Allah Pakistan (TLYRAP), qui exige la démission du ministre de la Justice, à la suite d’une polémique au sujet d’un amendement, finalement abandonné, qu’il lie à la très controversée loi sur le blasphème, un sujet ultrasensible au Pakistan.

Dans une conférence de presse dimanche soir, le leader du TLYRAP, Khadim Hussain Rizvi, a demandé que des membres de l’exécutif, notamment l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif et l’actuel chef du gouvernement Shahid Khaqan Abbasi, soient poursuivis pour terrorisme.

Le sit-in se poursuivra « quel qu’en soit le prix », a-t-il affirmé, appelant à une grève générale lundi. « Nous n’avons pas peur des balles », a encore harangué M. Rizvi.

– ‘Attitude extrémiste’ –

« Je me moque si mon épouse et mon enfant ont faim. Je me moque s’ils meurent de faim. Pour moi, rien d’autre ne compte que l’honneur de mon prophète », explique Riaz Shah, un ouvrier, affirmant qu’il ne partira pas tant que les chefs du mouvement ne lui en auront pas donné l’ordre.

« Malheureusement, tout est de la faute de ces religieux, de leur attitude extrémiste », s’indigne à l’inverse Maqbool Ahmed, un habitant d’Islamabad interrogé par l’AFP.

« Ils ne s’intéressent tout simplement pas aux gens. Certains ont vu leur négoce ruiné, sont incapables de se rendre à leur travail, à l’hôpital, d’envoyer leurs enfants à l’école « , s’agace-t-il.

Pour les Pakistanais, la confusion a été accrue par la décision samedi de l’autorité de régulation de l’audiovisuel de suspendre la diffusion des chaînes d’information en continu, finalement levée dimanche après-midi. L’accès aux réseaux sociaux restait cependant perturbé.

Tous les établissements éducatifs, écoles ou universités de la province du Pendjab, demeureront fermés lundi et mardi « en raison de la situation actuelle », a déclaré à l’AFP Bashir Ahmad Zahid Goraya, le chef de l’autorité en charge de l’enseignement à Lahore.

– ‘Des gens dangereux’ –

Cette crise intervient à un moment difficile pour le pouvoir civil, quelques mois après la chute pour corruption du Premier ministre Nawaz Sharif, et avant des élections législatives en 2018 qui s’annoncent incertaines.

L’actuel gouvernement, mené par un fidèle de M. Sharif, Shahid Khaqan Abbasi, est depuis plusieurs jours sous le feu des critiques pour sa maladresse et sa lenteur dans la gestion de la crise, perçues comme une manifestation de faiblesse à l’égard de mouvements extrémistes en plein essor.

Les manifestants font partie de la secte barelvi, liée au soufisme, un mouvement mystique de l’islam perçu comme modéré.

Mais l’exécution l’année dernière de l’un de leurs membres, Mumtaz Qadri, pour l’assassinat du gouverneur libéral du Pendjab Salman Taseer en raison de ses positions sur la loi sur le blasphème, a conduit certains d’entre eux à adopter une ligne dure à ce sujet.

« Ce sont des gens dangereux avec des opinions dangereuses, et (leur présence) depuis plus de deux semaines est pour le moins très troublante. Cela en dit long sur l’influence et l’impunité dont bénéficient les extrémistes religieux au Pakistan », estime l’analyste Michael Kugelman, du Wilson Center à Washington, interrogé par l’AFP.

Romandie.com avec(©AFP / 26 novembre 2017 17h58)                

Pakistan: leurs familles refusaient leur union, ils meurent électrocutés

septembre 12, 2017

Des militants de la société civile au Pakistan manifestent le 18 juillet 2016 à Islamabad après le meurtre d’une starlette des réseaux sociaux par son propre frère. / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI

Au Pakistan, pour punir deux adolescents qui s’étaient mariés sans leur consentement, leurs proches les ont attachés à un lit et les ont tués, en les électrocutant. La police était mardi à la recherche du chef tribal qui a ordonné ce crime dit d' »honneur ».

La jeune fille, âgée de 15 ou 16 ans, et le garçon de 18 ans, selon la police, étaient membres de la communauté pachtoune et vivaient à Karachi. Ils étaient en froid avec leurs proches depuis qu’ils avaient fugué ensemble le mois dernier.

Selon la police, la famille du jeune homme les avaient persuadés de revenir chez eux pour se marier.

Mais une jirga, conseil tribal s’attribuant le pouvoir de faire justice, qui avait été saisie par les deux familles, avait ordonné que le couple soit mis à mort.

« La (jirga) a décidé que la jeune fille serait électrocutée par son père et son oncle, et le garçon le serait par son propre père et son oncle », a déclaré à l’AFP l’officier de police Amanullah Marwat, ajoutant que les familles avaient ensuite secrètement enterré les corps.

Face à un système judiciaire défaillant, les jirgas sont souvent saisies lors de différends notamment dans les zones rurales, mais elles sont plus rares en ville.

La police a arrêté les membres de la famille soupçonnés d’avoir participé aux meurtres, inculpés pour homicide et dissimulation de preuves. Mais le chef de la jirga ayant ordonné le crime est toujours en fuite.

Des centaines de Pakistanaises sont tuées par leurs proches chaque année sous le prétexte qu’elles ont souillé l’honneur familial.

Jusqu’il y a peu, les coupables — le plus souvent des hommes — pouvaient échapper au châtiment en obtenant le pardon des autres membres de la famille.

Mais en juillet 2016, l’assassinat très médiatisé d’une starlette des réseaux sociaux, Qandeel Baloch, dont le frère a avoué le meurtre, avait relancé le débat.

Depuis, le Parlement a voté une loi visant à empêcher que les meurtriers agissant au nom de l’honneur puissent être graciés par la famille. Mais les critiques soulignent que des failles subsistent.

Romandie.com avec(©AFP / 12 septembre 2017 16h38)                

Pakistan: au moins 15 morts dans un attentat dans le sud-ouest

août 12, 2017

Un volontaire achemine une civière sur le lieu d’un attentat à Quetta, dans le sud-ouest du Pakistan le 12 août 2017 / © AFP / BANARAS KHAN

Au moins 15 personnes, dont sept civils, sont mortes dans un attentat samedi soir au Baloutchistan, une province instable du sud-ouest du Pakistan, a annoncé l’armée.

L’attaque visait un véhicule militaire et a été menée au moyen « d’explosifs incendiaires », provoquant un incendie d’autres voitures à proximité, a indiqué un porte-parole de l’armée.

Vingt-cinq personnes ont également été blessées, a-t-il précisé. L’armée s’est déployée sur les lieux et a établi un cordon de sécurité autour du site. Les blessés ont été évacués vers l’hôpital.

La déflagration s’est produite à un arrêt de bus à Quetta, la capitale provinciale, avaient auparavant indiqué les autorités locales.

« Jusqu’à maintenant nous avons reçu huit cadavres et 17 blessés », a déclaré à l’AFP le Dr. Fareed Sumalani, directeur médical de l’hôpital public local.

« Nous essayons de transférer les blessés dans des hôpitaux au plus vite. Les secours sont en train d’éteindre l’incendie », a indiqué sur la chaîne Dunya TV Sarfraz Bugti, le secrétaire aux affaires intérieures de la province.

Aucun groupe armé n’avait revendiqué l’explosion dans l’immédiat, mais les rebelles talibans ainsi que le groupe Etat islamique ont déjà ciblé Quetta par le passé.

Le Baloutchistan, qui borde l’Iran et l’Afghanistan, est une province riche en ressources naturelles mais secouée par une insurrection séparatiste et des violences islamistes.

Romandie.com avec(©AFP / 12 août 2017 22h31)                

Viol sur ordonnance dans un tribunal du Pakistan

août 6, 2017

Vue sur la chambre où une adolescente pakistanaise a été violée sur ordonnance des anciens du village à Raja Ram, au Pakistan, le 26 juillet 2017 / © AFP / SS MIRZA

L’adolescente a été violée sur autorisation du conseil des anciens du village pour venger le crime commis par son frère: dans cette région reculée du Pakistan, la sentence a conduit les habitants à s’interroger sur la validité de la justice traditionnelle.

L’assemblée de vieux « sages », également connue comme le panchayat, ou la jirga, a ordonné à la mi-juillet à un homme de violer cette jeune fille de 16 ans pour réparer l’outrage infligé à sa soeur, âgée de 12 ans.

« Que Dieu la prenne en pitié, quelle étrange journée et quelle énorme injustice », résume Amina Bibi, une habitante de Raja Jam, en écho au trouble qui s’est emparé de cette petite localité de 3.000 âmes depuis le double viol.

« Dans notre région, on n’a ni école ni hôpital, la pauvreté et l’ignorance règnent en maîtres… Cette incident porte la marque de l’ignorance », renchérit Imtiaz Matila, 46 ans.

« C’est une tache sur le nom de ce panchayat, » affirme un sexagénaire, Manzoor Hussain.

Depuis, les deux filles ont été emmenées dans un foyer pour femmes ouvert cette année grâce à une législation progressiste adoptée en 2016 par la province, qui garantit de nouveaux droits et une meilleure protection aux femmes.

Le foyer est situé à Multan, la cinquième ville du Pakistan, à quelques kilomètres seulement de Raja Ram. Mais cette nouvelle loi et la ville paraissent à mille lieues du village.

A Raja Jam, les hommes sont assis sur les charpoy, ces banquettes traditionnelles de bois et de cordes tressées, cherchant à s’abriter de la chaleur. Les femmes sont gommées du paysage, abritées des regards par les murs de pierres qui enserrent chaque maison.

– ‘Rien de plus déshonorant’ –

Dans les villages comme Raja Ram, les panchayat sont toujours considérés comme le système de justice authentique alors que les cours pakistanaises, largement calquées sur le système britannique, sont perçues comme un ensemble exogène.

« Du temps de nos ancêtres déjà nous avions des conseils de villages », remarque Manzoor Hussain.

Les cours pakistanaises peuvent mettre des années à juger une affaire criminelle, quand les conseils villageois règlent l’affaire immédiatement.

Mais ils sont récemment devenus l’objet de critiques en raison de leurs décisions controversées concernant les femmes en particulier.

« Tout repose sur l’honneur dans ce système, or il n’y a rien de plus déshonorant pour une famille que le viol d’une fille », explique une militante féministe, Aisha Sarwari.

« Les hommes de la famille de l’agresseur doivent donc subir le même déshonneur que celui des proches de la victime ».

« C’est l’idée d’équité (ente victimes et bourreaux) dans ces communautés, qui fait que les femmes se retrouvent à servir de caution en quelque sorte », ajoute-t-elle.

Une jirga est restée dans les annales de l’infamie pour avoir ordonné en 2002 le viol collectif d’une femme nommée Mukhtar Mai dont le frère avait été, à tort, été accusé de viol.

Mukhtar Mai, qui vit dans le Pendjab (centre) à quelques heures au nord de Multan avait alors, de façon très inhabituelle, décidé de poursuivre ses violeurs en justice.

Mais ces derniers avaient été exonérés et le recours aux panchayats a continué dans la région, même si Mukhtar Mai est devenue une championne du droit des femmes.

– La loi des Jirga –

La Cour Suprême a essayé d’en finir avec ces assemblées traditionnelles, déclarées illégales en 2006.

Mais pour tenter d’accélérer le rythme de la justice, le gouvernement est revenu sur cette décision par une loi qui autorise de nouveau les jirga pour régler des conflits de villages.

La « loi des jirga » comme l’appellent les féministes, a évidemment suscité l’inquiétude compte tenu de leur passif.

« Les décisions des jirgas ont toujours un impact négatif sur la vie des femmes », estime une militante du droit des femmes, Samar Minallah, qui s’était mobilisée devant la Cour suprême en 2006 pour la loi anti-jirga.

Au moins, l’émoi suscité par la décision de Raja Ram a convaincu la justice de demander une enquête sur l’affaire.

Malgré son inquiétude, Samar Minallah compte sur cette affaire pour « rappeler à l’Etat que ces jirgas vont à l’encontre de la Constitution et de l’humanité ».

Et quoi qu’il advienne, la confiance populaire dans le système traditionnel a été ébranlée, tout au moins à Raja Ram.

« Autrefois les anciens savaient prendre de bonnes décisions », se souvient Matila. « Ils connaissaient les réalités du village. Mais maintenant, avec ces panchayat… »

Romandie.com avec(©AFP / 06 août 2017 12h27)