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Mozambique: un nombre «important» de rebelles abattus à Palma

avril 4, 2021

Un nombre «important» de rebelles ont été abattus par les forces mozambicaines dans les opérations visant à reprendre la ville de Palma (nord-est), tombée aux mains de groupes djihadistes après une sanglante attaque le 24 mars, ont déclaré dimanche les militaires sur place. «Ce n’est pas encore terminé (…) mais un nombre important de terroristes ont été abattus», a déclaré devant les caméras de journalistes embarqués le commandant des opérations à Palma, Chongo Vidigal.

Il y a onze jours, des groupes armés ont attaqué la ville portuaire stratégique dans un raid soigneusement préparé, lancé à seulement quelques kilomètres d’un méga projet gazier de plusieurs milliards d’euros piloté par le groupe français Total. L’attaque, revendiquée par le groupe État islamique (EI) a tué officiellement des dizaines de civils, policiers et militaires. Le nombre réel de victimes n’est pas encore connu. Le groupe français Total a évacué le personnel de son site gazier sur la péninsule d’Afungi et le projet de plusieurs milliards d’euros est à l’arrêt complet.

Dans la ville ravagée de 75.000 habitants, dont les premières images depuis l’attaque ont été diffusées à la télévision locale, le responsable militaire a ajouté pouvoir sentir «l’odeur des cadavres des terroristes». Les images ont montré quelques corps gisant encore dans les rues, des maisons en ruines et des véhicules en cendres. Quelques civils aussi, récupérant de la nourriture.

Depuis plusieurs jours, les militaires tentent de reprendre Palma, tombée aux mains des rebelles dans la nuit du 26 au 27 mars après une attaque considérée comme la plus grande escalade depuis le début des violences il y a plus de trois ans. Des milliers de soldats ont été déployés mais depuis les premières attaques en 2017, les forces gouvernementales se sont montrées incapables de combattre efficacement les rebelles qui terrorisent la province pauvre du Cabo Delgado, frontalière de la Tanzanie. Désignés localement sous le nom d’Al-Shabab («les jeunes», en arabe), ils ont prêté allégeance au groupe EI.

Environ 11.000 personnes ont été déplacées par la dernière attaque, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Plus de 670.000 personnes avaient déjà été forcées à quitter leur foyer à cause des violences dans la région, selon l’Onu. L’ONG Acled recensait déjà 2.600 morts avant l’attaque de Palma, dont la moitié de civils.

Par Le Figaro avec AFP

Mozambique : à Palma, l’attaque minutieusement préparée de l’État islamique

mars 30, 2021
Des bateaux de toutes tailles ont été déroutés vers le port de Palma pour secourir les habitants réfugiés sur la plage.

Depuis le 24 mars, les terroristes du groupe Al-Shabab mènent une vaste offensive contre la ville de Palma, dans le Cabo Delgado. L’État islamique a revendiqué l’attaque et des milliers de personnes cherchent toujours à fuir la zone.

Mercredi 24 mars. Il est environ 15h30 quand la cheffe d’une entreprise de construction reçoit un appel téléphonique de ses employés. « Ils m’ont dit qu’ils venaient de quitter les bureaux, qu’il y avait une attaque », raconte-t-elle. Ce jour-là, elle-même est en déplacement à Pemba, la capitale régionale de la province du Cabo Delgado située à 400 km au sud de Palma. « Ils ne savaient pas où aller, certains étaient très paniqués. » Une heure plus tard, les télécommunications sont coupées. « Depuis, nous n’avons plus de nouvelles », soupire-t-elle, préoccupée par le sort de ses 120 employés.

Jeudi 25 mars. Pris au piège dans un hôtel avec 180 clients, un homme se filme à l’aide de son téléphone pour faire le point sur la situation au deuxième jour de l’assaut. « Ils ont commencé les attaques vers 9 heures du matin, armés de katanas, ils s’en sont pris à différentes personnes. Des attaques à l’arme à feu ont commencé à partir de 15 heures. Cela fait 24 heures que l’on est reclus dans cet hôtel. On ne sait pas comment on va sortir d’ici », relate-t-il. En fond sonore, le bruit des hélicoptères qui patrouillent au-dessus de l’hôtel.

Opération d’exfiltration

Quelques opérations de sauvetage vont pouvoir être réalisées grâce aux appareils de l’entreprise paramilitaire sud-africaine D.A.G. Sous contrat avec le gouvernement mozambicain, ses mercenaires couvrent la région depuis un an. Une vingtaine de personnes sont ainsi évacuées de l’hôtel Amarula, sur la pelouse duquel elles avaient écrit les lettres SOS. Mais la capacité en sièges et en carburant des hélicoptères est limitée. Beaucoup doivent être laissés sur place.

Vendredi 26 mars. Au troisième jour de l’assaut, une opération d’exfiltration est tentée par la route. En quittant l’Amarula, la colonne de 17 camions est attaquée par les insurgés. Sept civils sont tués, selon le porte-parole de l’armée mozambicaine. Un Britannique et un Sud-Africain font partie des victimes confirmées.

Ce dernier conduisait l’un des camions de ce convoi désespéré. Son père et son frère étaient à bord. Après avoir essuyé des tirs, ces derniers ont abandonné le camion et se sont cachés dans la végétation. Les deux miraculés ont veillé le corps de leur fils et frère une nuit entière, dissimulés dans la nature, avant d’être secourus.

En envahissant la ville, les terroristes ont également tué au moins une douzaine de personnes d’après l’armée mozambicaine, mais les liaisons téléphoniques n’ayant toujours pas été rétablies, il est difficile d’établir un bilan précis. Sans doute sera-t-il bien plus lourd.

Cible d’attaques jihadistes depuis 2017

Le groupe Al-Shabab (« les jeunes », en arabe, différent du groupe homonyme qui sévit en Somalie) mène des attaques depuis 2017 dans le Cabo Delgado. Cette province pauvre à majorité musulmane se situe à l’extrême-nord du Mozambique, près de la frontière avec la Tanzanie.

« [Beaucoup sont] des jeunes frustrés, y compris des petits commerçants et des pêcheurs pauvres, qui ont commencé à construire leurs propres mosquées dans la province de Cabo Delgado et à défier les chefs religieux qu’ils considéraient comme trop proches du pouvoir », explique International Crisis Group dans une étude qui leur est consacrée.

LE GROUPE AL-SHABAB AFFIRME AVOIR TUÉ 55 PERSONNES, DONT DES SOLDATS MOZAMBICAINS, DES CHRÉTIENS ET DES OCCIDENTAUX.

Ils s’en prennent volontiers aux bâtiments publics et aux symboles de l’État, mais n’oublient pas de piller les banques. Le groupe Al-Shabab a fait allégeance au groupe État islamique, qui a revendiqué l’attaque de Palma, le 29 mars, et affirmé avoir tué 55 personnes, dont des soldats mozambicains, des Chrétiens et des Occidentaux.

De nombreux étrangers sont présents dans la zone. Ils travaillent notamment pour les entreprises qui opèrent sur l’immense site gazier sécurisé d’Afungi, à 20 km au sud de Palma. Le français Total y développe un projet de 20 milliards de dollars pour extraire du gaz naturel liquéfié.

Le groupe avait mis ses activités en pause depuis le mois de décembre en raison de la menace terroriste. Coïncidence malheureuse, il venait d’annoncer son retour, le 24 mars, le jour de l’attaque terroriste. Depuis l’assaut, Total a fait machine arrière et réduit au strict minimum le personnel sur place. Des milliers d’employés ont été renvoyés par bateaux vers la ville de Pemba.

ENTRE 6 000 ET 10 000 PERSONNES ATTENDENT TOUJOURS D’ÊTRE ÉVACUÉES

La majorité des évacuations en cours se fait par la mer. D’après des données GPS, des bateaux de toutes tailles et de tous types ont été déroutés vers Palma pour secourir les habitants réfugiés sur la plage. La presse a comparé ces mouvements à l’opération Dynamo qui a permis l’évacuation de Dunkerque dans le nord de la France pendant la seconde guerre mondiale.

« Des pétroliers, des ferrys, des remorqueurs et des bateaux de plaisance ont secouru des gens à leurs propres risques », a commenté l’internaute qui a mis ces manœuvres en évidence. Entre 6 000 et 10 000 personnes attendent toujours d’être évacuées selon des agences d’aide internationales.

« Un gouvernement incapable de contrôler l’insurrection »

L’armée est de retour à Palma et fait face à des poches de résistances. Pourra-t-elle libérer cette ville de 75 000 habitants ? En août 2020, les forces de sécurité mozambicaines ont été contraintes d’abandonner la localité portuaire de Mocímboa da Praia, à 80 km au sud de Palma. Aujourd’hui, celle-ci serait encore en partie contrôlée par les terroristes. C’est d’ailleurs une photo prise dans les environs de Mocímboa da Praia qui illustre la revendication du groupe État islamique.

UNE ATTAQUE PAREILLE NÉCESSITE DEUX À TROIS MOIS DE PRÉPARATION

L’invasion de Palma et son évidente préparation ont de quoi inquiéter. « La plupart des Sud-Africains qui travaillent ici ont fait l’armée, raconte un témoin qui a pu échanger avec des rescapés. Selon eux, une attaque pareille nécessite deux à trois mois de préparation. Les terroristes étaient très bien armés, ils avaient beaucoup de munitions et des armes lourdes. »

Les défaites de l’armée mozambicaine ont nourri l’arsenal des terroristes. Historicoblog, spécialiste français des mouvements djihadistes, a répertorié les armes récupérées sur les forces armées nationales. Ses tableaux racontent autant les déroutes des soldats mozambicains que la montée en puissance du groupe Al-Shabab.

« Ce qu’il faut retenir de cette attaque, c’est la destruction des infrastructures, la sophistication de l’attaque et sa brutalité », résume Jasmine Opperman, analyste pour l’ONG. Mais cette spécialiste du conflit dans le Cabo Delgado veut aussi attirer l’attention sur la faillite de l’État mozambicain et sur « la mise à nue d’un gouvernement incapable de contrôler l’insurrection » : « Pour combien de temps encore, la communauté internationale va-t-elle rester sans rien dire et accepter la petite histoire qui veut que le Mozambique ne peut pas protéger sa propre souveraineté ? »

Avec Jeune Afrique Romain Chanson

Attaque au Mozambique: Palma aux mains des djihadistes

mars 27, 2021

La ville de Palma, située dans le nord-est du Mozambique et seulement à dix kilomètres du mégaprojet gazier piloté par le groupe français Total, est désormais aux mains des djihadistes à l’issue de trois jours de combats, a-t-on appris samedi auprès de sources sécuritaires.

«Les forces gouvernementales se sont retirées de Palma, donc la ville est de fait saisie» par les groupes armés jihadistes depuis la nuit dernière, a affirmé à l’AFP l’une de ces sources. «Palma est tenue par les assaillants», a ajouté une autre source qui a requis l’anonymat, affirmant que des combats se poursuivaient dans la zone.

La province musulmane de Cabo Delgago, riche en gaz naturel, est confrontée à une violente guérilla depuis plus de trois ans. Palma, où des milliers de personnes fuyant ces violences dans leurs villages se sont réfugiées, compte actuellement 75.000 habitants.

Mercredi après-midi, ces groupes armés djihadistes qui s’étaient montrés plus discrets ces derniers mois, ont lancé une attaque d’envergure contre la ville, le jour même où le géant français annonçait la reprise des travaux du site d’exploitation gazière, censé être opérationnel en 2024.

Selon plusieurs experts, vu l’ampleur de l’attaque et sa préparation minutieuse, il semble peu probable qu’elle soit liée à l’annonce de Total le même jour.

Et l’accalmie des groupes armés, attribuée dans un premier temps à la réplique militaire mozambicaine, semble désormais être plus vraisemblablement attribuable à la saison des pluies, qui ralentit tout, mais aussi à la préparation de nouvelles attaques.

A Palma, «presque tout a été détruit et beaucoup de gens sont morts», affirmait vendredi à l’AFP un salarié du site gazier évacué, sans autre détail sur les victimes ou leur nationalité.

Plusieurs personnes ont été tuées, affirme l’ONG Human Rights Watch, citant des témoins «qui nous disent avoir vu des corps dans les rues». Parmi eux, au moins un citoyen sud-africain, a-t-on appris auprès d’une source gouvernementale à Johannesburg.

Piégés dans un hôtel

L’attaque surprise mercredi a fait fuir des gens terrifiés vers la forêt environnante tandis que des travailleurs du site, parmi lesquels des étrangers, et des fonctionnaires mozambicains se réfugiaient à l’intérieur du site voisin mais aussi dans un hôtel de Palma.

Près de 180 personnes y ont passé plus de 48 heures terrifiantes, assiégés sans savoir si des secours arriveraient à temps pour les sauver, dans le boucan des hélicoptères survolant la zone. Vendredi, en fin de journée, ils ont enfin été évacués mais plusieurs personnes ont ensuite été tuées dans une embuscade.

Les détails sur l’évacuation restaient confus. Et la communication via téléphone portable particulièrement aléatoire dans la zone, peut-être en raison de brouillages intentionnels par les autorités.

Un premier groupe de 80 personnes a quitté l’hôtel Amarula à bord de camions de l’armée, selon une source sécuritaire qui participe aux opérations. Mais «le convoi de 17 camions a été attaqué peu après avoir quitté l’hôtel. Plusieurs ont été tués mais la plupart ont réussi à s’échapper», a affirmé cette source.

La centaine d’autres assiégés, aux abois, ont quitté l’hôtel à pied pour rejoindre la plage. Les militaires les ont trouvés là, en pleine nuit, et les ont évacués en bateau.

Vendredi dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, qui n’a pas pu être vérifiée, l’un des assiégés de l’hôtel, un homme visiblement ému, qualifiait en portugais la situation de «critique»: «Nous ne savons pas si nous allons être sauvés», dit-il mâchoire serrée, face à son téléphone portable. Comme le SOS d’un naufragé.

Le gouvernement mozambicain ne s’est pas exprimé depuis jeudi, quand il a annoncé répliquer militairement à l’attaque.

Les attaques des djihadistes armés, connus sous le nom d’Al Shabab («les jeunes» en arabe) et qui ont fait allégeance au groupe Etat islamique en 2019, ont forcé plus de 670.000 personnes à quitter leur foyer, selon l’ONU.

Le conflit a fait au moins 2.600 morts, dont plus de la moitié de civils, selon l’ONG Acled.

Par Le Figaro avec AFP