Posts Tagged ‘Pandémie’

COVID: deux millions d’enfants ont perdu un parent depuis le début de la pandémie

juillet 24, 2021

 

MONTRÉAL — Quelque deux millions d’enfants à travers le monde ont perdu au moins un parent ou un grand-parent qui en avait soin depuis le début de la pandémie de COVID-19, constate une nouvelle étude publiée par le prestigieux journal médical The Lancet.

© Fournis par La Presse Canadienne

Les chercheurs britanniques et américains calculent qu’un enfant sur cent au Pérou, quatre enfants sur mille en Afrique du Sud et un enfant sur mille aux États-Unis ont perdu un parent depuis le début de la crise sanitaire.

Ils précisent qu’environ 1,5 million d’enfants ont perdu un parent à travers le monde, et que deux millions ont perdu un parent, un grand-parent ou un autre proche qui vivait avec eux et veillait sur eux.

Les auteurs tirent leurs conclusions de données provenant de 21 pays qui, ensemble, représentent près de 80 % de tous les décès mondiaux attribuables à la COVID. Ils préviennent toutefois que leur bilan sous-estime probablement grandement l’ampleur réelle de la situation.

Si on ajoute deux millions de décès au bilan de la COVID en 2021, ajoutent-ils, 600 000 enfants de plus deviendront orphelins et un million d’enfants supplémentaires perdront un parent, un grand-parent ou un proche.

Risques énormes

Avant même la pandémie, rappellent les auteurs, le monde comptait déjà 140 millions d’orphelins qui avaient besoin de soins sociaux et sanitaires.

Les enfants qui ont perdu un parent, voire les deux parents, sont confrontés à une multitude de risques, souligne l’étude. La perte du père les rendra ainsi plus vulnérables à la violence sexuelle, possiblement en raison de l’insécurité économique dans laquelle le ménage aura été plongé.

La participation active d’un grand-parent aux soins d’un enfant est associée à une hausse de la fréquentation et de la réussite scolaire, et à une augmentation de la présence des parents sur le marché du travail. La disparition de ce grand-parent pourra contraindre le parent à laisser son emploi pour s’occuper de l’enfant, ou inversement l’enfant à abandonner ses études.

Les enfants dont un grand-parent avait déjà soin après le décès d’un ou des parent(s) pourront devoir affronter un nouveau deuil.

Les données colligées lors d’épidémies précédentes, peut-on lire dans The Lancet, montrent qu’une réponse inefficace au décès d’un parent ou d’un soignant, même si un autre parent ou soignant survit, peut avoir des répercussions psychosociales, neurocognitives, socioéconomiques et biomédicales délétères pour les enfants. 

Les enfants et les adolescents endeuillés d’un parent ou d’un soignant présentent un risque plus élevé du trouble du stress post-traumatique, de dépression et de tentatives de suicide.

Ils sont plus à risque de violence domestique, sexuelle, émotionnelle ou physique; de voir leur famille se désintégrer; et d’être ensuite confiés à une institution.

Situation complexifiée

L’isolement qui découle de la pandémie, la fermeture des écoles et l’impossibilité de participer aux rites qui entourent normalement un décès pourront venir compliquer le tout, disent les auteurs.

«La pandémie est venue complexifier énormément de choses», a confirmé Josée Masson, une travailleuse sociale de l’organisme Deuil-Jeunesse qui intervient auprès de jeunes endeuillés depuis 25 ans.

Depuis le début de la pandémie, du moins au Québec, on a beaucoup porté d’attention aux décès des aînés et aux deuils vécus par leurs enfants adultes, a-t-elle rappelé, oubliant un peu ce que vivait la génération suivante.

Un jeune qui vit la mort de son père, de sa mère, voire des deux, a besoin de soutien, il a besoin d’être entouré par ses amis et sa famille, ce qui a été rendu presque impossible par les règles sanitaires, a souligné Mme Masson.

«Souvent les enfants vont avoir hâte d’aller à l’école pour pouvoir parler de papa, pour aller se changer les idées, a-t-elle dit. Mais la pandémie a fait qu’ils n’étaient peut-être pas à l’école, peut-être qu’ils n’ont pas pu avoir accès à leur ami qui est dans une autre classe alors que tout est confiné, alors c’est sûr que toute la partie sociale qui aide beaucoup dans la reconstruction a été énormément hypothéquée.»

De plus, parce que les visites à l’hôpital ou à la résidence étaient interdites, les enfants n’ont fréquemment pas été en mesure de constater par eux-mêmes la détérioration de l’état de santé de grand-papa ou de grand-maman, et donc de commencer à apprivoiser ce qui s’en venait, a dit Mme Masson. 

«Ça fait souvent des enfants qui sont dans le flou, dans l’incapacité de reconstituer leur histoire, de comprendre et de saisir que grand-maman est morte», a-t-elle expliqué.

Même le décès d’un arrière-grand-parent, dont certains sont très présents dans la vie des enfants en dépit de leur âge plus avancé, pourra avoir des répercussions importantes, puisque certains jeunes commenceront ensuite à se demander si un parent ou un grand-parent pourrait subir le même sort.

D’autres enfants ont refusé de profiter des occasions qu’ils pouvaient avoir de dire un dernier adieu à un proche, par crainte de les contaminer avec le coronavirus.

«Il s’est créé une certaine anxiété très claire chez les jeunes, qui savaient pouvoir ne pas avoir de symptômes et porter la maladie, et cette crainte-là a fait que des enfants n’ont pas été présents dans les derniers jours de gens importants pour eux, a dit Mme Masson. Ils ne voulaient pas être responsables de ça.»

Pourtant, ajoute-t-elle, «vivre la maladie grave d’un proche, peu importe comment elle est, c’est extrêmement important pour les jeunes pour qu’ils comprennent ce qui se passe, pour apprivoiser la mort».

La première chose à faire pour aider les jeunes endeuillés, a dit Mme Masson, est de ne pas les fuir du regard, de ne pas les prendre en pitié et d’être présents pour eux.

Au lieu de demander à un jeune comment il va, on lui demandera ce dont il a besoin ou comment il se sent aujourd’hui. Les adultes souhaitent plus que tout trouver les bons mots et les belles phrases pour extirper la douleur du corps de l’enfant, ce qui n’est pas possible.

On doit simplement accepter que le jeune a le droit de souffrir et de l’exprimer, dit-elle.

«Plus on est avec le jeune, plus on arrête de se mettre de la pression sur les épaules, plus c’est gagnant et plus les jeunes sont reconnaissants, c’est certain», a conclu Mme Masson.

Avec Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde

juillet 21, 2021
Coronavirus: le point sur la pandemie dans le monde
Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde© AFP/Prakash SINGH

Nouvelles mesures, nouveaux bilans et faits marquants: le point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19 dans le monde.

Inde: plus de 45.000 cas de « champignon noir »

L’Inde a enregistré au cours des deux derniers mois plus de 45.000 cas de « champignon noir », une infection fongique mortelle à 50 % qui se répand parmi les patients atteints du Covid-19.

Plus de 4.200 personnes sont décédées de la mucormycose, maladie rare habituellement, mais qui s’est répandue en Inde parmi les malades du Covid-19 après leur rétablissement, selon le gouvernement.

Cuba : hausse « dramatique » des cas

Cuba connaît une « augmentation dramatique » des cas de Covid-19 dans plusieurs de ses provinces où circule notamment le variant Delta, a indiqué mercredi l’Organisation panaméricaine de la santé. La situation est « particulièrement aiguë » dans la région touristique de Matanzas.

L’OMS veut rassurer les laboratoires sur les brevets

Le patron de l’Organisation mondiale de la santé, partisan d’une suspension temporaire des brevets sur les vaccins anti-Covid pour augmenter leur production, a assuré mercredi les groupes pharmaceutiques qu’il ne s’agissait pas de « saisir » leur propriété.

JO: pas de pression du CIO, assure Tokyo

Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga a assuré mercredi n’avoir subi aucune pression du Comité international olympique pour maintenir les Jeux olympiques de Tokyo, qui demeurent impopulaires au Japon face à la recrudescence du Covid-19.

Ouganda: injections de faux vaccin

Près de 800 personnes ont reçu une ou des injections de faux vaccins contre le Covid-19 en Ouganda, une escroquerie montée par des médecins et infirmiers « sans scrupules », ont annoncé les autorités.

USA: chute d’un an et demi de l’espérance de vie

L’espérance de vie des Américains s’est réduite d’un an et demi en 2020, passant de 78,8 à 77,3 ans, soit la plus forte chute depuis la Seconde Guerre mondiale, selon la principale agence fédérale de santé publique qui en attribue grandement la cause à la pandémie de Covid-19.

Vaccin Pfizer produit en Afrique du Sud dès 2022

Les laboratoires pharmaceutiques Pfizer et BioNTech ont annoncé que le groupe Biovac allait réaliser dès début 2022 une étape de production de leur vaccin en Afrique du Sud, une première sur le continent.

Variant Delta prédominant dans les prochains mois, selon l’OMS

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) prévoit que le variant Delta, très contagieux et qui est d’ores et déjà à l’origine de plus des trois quarts des nouveaux cas de Covid dans de nombreux grands pays, soit prédominant dans les prochains mois.

L’Inter Milan et Arsenal renoncent à un tournoi

L’Inter Milan a annoncé mercredi qu’il renonçait pour des raisons sanitaires liées au coronavirus à se rendre aux Etats-Unis, où il devait rencontrer lors d’un tournoi amical en Floride le club anglais d’Arsenal, également forfait en raison d' »un petit nombre » de cas positifs au Covid-19 dans sa délégation.

Portugal: vaccination des 12-17 ans d’ici la rentrée

Le Portugal, frappé de plein fouet par le très contagieux variant Delta, souhaite vacciner les 12-17 ans d’ici la prochaine rentrée scolaire, a indiqué le Premier ministre Antonio Costa.

Plus de 4,1 millions de morts

La pandémie a fait au moins 4.119.920 morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mercredi en milieu de journée.

Les Etats-Unis sont le pays le plus touché avec 609.837 décès, suivis du Brésil (545.604 morts), de l’Inde (418.480), du Mexique (236.810) et du Pérou (195.332).

L’OMS estime, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan de la pandémie pourrait être deux à trois fois plus élevé que celui qui est officiellement établi.

Avec Le Point par burx-jba-frd/am/ybl

La lutte contre le sida mise à mal par la pandémie de Covid-19

juin 5, 2021

Les conséquences de l’épidémie de coronavirus vont peser sur le dépistage, la lutte contre le VIH ainsi que sur l’accès aux soins des malades.

Un centre de prevention a Paris.
Un centre de prévention à Paris.© STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Le 5 juin 1981, il y a 40 ans jour pour jour, les États-Unis recensaient le premier cas de sida. S’ensuivent 20 ans de pandémie difficile à contrôler. À la fin des années 1990, l’Onusida estime qu’environ 20 millions de personnes vivent avec cette maladie. Il faut attendre l’année 2000 pour que les nouvelles contaminations à l’échelle mondiale commencent à décliner, passant de 2,8 millions de nouveaux cas en 1999 à 1,7 million en 2019. Des résultats encourageants, mais bien en dessous des objectifs fixés par l’Onusida dans l’optique de mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030. L’institution avait fixé une limite de 500 000 nouvelles contaminations en 2019 pour y parvenir. Une amélioration insuffisante que la pandémie risque d’ébranler.

Les chiffres de Santé publique France sont alarmants : le nombre de tests de dépistages du VIH a baissé de 10 % pendant le premier confinement, soit 50 000 tests de moins qu’en 2019. De même, le nombre de primo-prescriptions à la PrEP (pour prophylaxie pré-exposition, un comprimé qui permet d’éviter d’être contaminé par le VIH y compris sans protection) a chuté de 80 % pendant cette période. Une baisse constatée également par les associations de lutte contre le sida.

Moins d’interactions sexuelles

Le recours à la PrEP nécessitait jusqu’ici la prise de deux rendez-vous avec un virologue ou un infectiologue dans un hôpital spécialisé avant de pouvoir en bénéficier. Or, pendant la pandémie de Covid-19, ils se sont vus débordés. « Certains ont fait preuve de beaucoup de dévouement en envoyant par mail les prescriptions qui ne nécessitaient pas de rendez-vous », explique Florence Thune, directrice générale de Sidaction. C’est pourquoi le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé le 28 mai que les médecins de ville seraient habilités à prescrire la PrEP. Une mesure, réclamée par les associations et les conseils de médecins depuis plusieurs années, qui est donc en vigueur depuis le 1er juin dernier.

En France, la priorité pour les acteurs de la course contre le sida est donc de dépister les séropositifs qui s’ignorent et de répandre à plus large échelle le recours à la PrEP, seuls moyens de mettre fin à cette épidémie. Florence Thune appelle à « ramener dès maintenant les patients vers les hôpitaux, car cette potentielle recrudescence ne sera chiffrée qu’à partir de 2022, mais réelle bien avant ».

Selon Aurélien Beaucamp, président de l’association AIDES, ces craintes sont à relativiser car « si pendant le premier confinement les personnes se sont moins déplacées pour se faire dépister, on peut aussi imaginer qu’elles ont eu moins d’interactions sexuelles. Au mieux, la situation pourrait avoir stagné. Mais nous restons extrêmement vigilants quant à une hausse éventuelle des infections. » Tous deux notent que la crise a creusé les inégalités et éloigné les personnes vulnérables (transgenres, homosexuels, travailleuses du sexe) des soins médicaux. AIDES a développé depuis 2016 en France trois centres préventifs et médicaux, appelés SPOTS, destinés à ces publics (à ParisMarseille et Nice).

La crainte d’une recrudescence des décès dans les pays défavorisés

Mais dans certaines régions du globe, les enjeux sont tout autres. La DG de Sidaction redoute « une hausse du nombre des nouveau-nés séropositifs en Afrique ». Elle explique qu’à cause de la pandémie, les femmes enceintes séropositives n’ont pas pu accéder aux consultations prénatales habituelles ni aux traitements préventifs. Le nombre de nouveau-nés infectés était pourtant stable depuis 2017, selon l’Onusida, dont les données s’arrêtent en 2019.

À cela s’ajoutent les conclusions d’une enquête de l’OMS dévoilée pendant l’été 2020. Elle révèle que 73 pays, majoritairement africains, vont vers la pénurie d’antirétroviraux (ARV), le médicament permettant d’éviter les formes graves de sida. En cause : les délais de fabrication et d’acheminement rallongés par la priorité donnée au Covid-19. Parmi ces 73 pays, 24 sont déjà en rupture de stock, privant ainsi 8,3 millions de personnes de leur traitement ARV. Cela représente 33 % des traitements à l’échelle mondiale.

Ces 8,3 millions s’ajoutent aux 15 millions d’individus qui n’avaient pas encore accès au traitement, relève Aurélien Beaucamp. « Nous ne pouvons pas laisser la pandémie de Covid-19 réduire à néant les avancées obtenues de haute lutte dans la réponse mondiale contre cette maladie », déclare le DTedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Pour éviter la catastrophe, Florence Thune appelle « les États à renflouer les caisses du Fonds mondial de lutte contre le sida qui a alloué un milliard de dollars à la riposte contre le Covid-19, un milliard de dollars initialement destiné à la course contre le sida ».

Avec Jeune Afrique par Louis Ferriole

Covid-19 : la RDC entre dans la troisième vague de la pandémie

juin 4, 2021

Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention, le Dr Jean-Jacques Mbungani, a  annoncé la survenue de la troisième vague de la pandémie, au cours d’une communication à la nation sur la chaîne nationale, invitant les Congolais au respect des gestes barrières.

’Chers compatriotes, la situation actuelle de la pandémie Covid-19 est très préoccupante. On note une augmentation considérable de cas et de décès au cours des quatre dernières semaines. J’annonce officiellement la survenue de la troisième vague de la pandémie de Covid-19 dans notre pays avec la ville de Kinshasa comme épicentre « , a-t-il déclaré.

Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention, a souligné que la combinaison de certains facteurs de risque sont à l’origine de la hausse des cas enregistrés. Parmi ces facteurs, il y a le relâchement  de l’observance des  gestes barrières, et ce y compris le couvre-feu, l’importation des cas suite aux mouvements des populations au niveau de nos frontières, une faible couverture vaccinale contre la Covid-19.

 Le Dr Jean-Jacques Mbungani a également indiqué qu’il y a eu une augmentation considérable des cas et  des décès au  cours des quatre dernières semaines. Pour prévenir cette pandémie, le patron de la Santé a insisté sur le respect des gestes barrières qui impliquent le port correct de masque, le lavage des mains avec du savon ou  l’utilisation du gel hydro-alcoolique, la distanciation sociale et la vaccination.

Avec Adiac-Congo par Blandine Lusimana

Dans les profondeurs des entrailles

mai 12, 2021

Depuis les entrailles fermées de ma tombe

Ma musique résonne encore en trombe

Et fait danser les humains à la ronde

Dans un concert à la joie gourmande

Aujourd’hui dans les villes du monde

À Las Vegas, à Rio de Janeiro et Mexico

Malgré la pandémie qui vous inonde

Le déconfinement est un chant de coquerico

Chacun de vous a perdu un être cher

Durant cette crise cruciale et sanitaire

Dur moment de grisaille qui nécessite espoir

Car dans la marche de la vie il faut sourire

Bernard NKOUNKOU

Tempête sanitaire

mai 10, 2021

Tempête pluri-sanitaire

Aux relents victimaires

D’une pandémie contemporaine

Aux nombreux dégâts mortuaires

Dans la course de la vaccination

Et la logistique de la distribution

Les nations essaient de sauver les meubles

Pour épargner des vies du comble

Avec l’apparition des variants

Aux atomes crocus et mordants

La volonté de vaincre la pandémie

Est le prix à payer du dernier cri

Bernard NKOUNKOU

À l’occasion de la Fête des Mères

mai 9, 2021

À l’occasion de la Fête des Mères

Sous le soleil d’un printemps légendaire

Je revois ton vrai doux sourire maternel

Qui a réchauffé ma temporalité annuelle

Maman chaque fois que mes pensées voltigent

Et battent des ailes devant les traits de ton visage

Je suis rassasié par l’exhalaison de ton haleine

Comme au jour de ma naissance en Aquitaine

Maman pour cette Fête des Mères

En cette période de sale pandémie

Sois forte pour gérer le lot d’ennuis

Afin de triompher de la solitude amère

Bernard NKOUNKOU

Les vignobles d’ici s’épanouissent malgré le gel et la pandémie

avril 24, 2021

Le gel et la neige qui se sont abattus sur la région, au cours des derniers jours, n’ont pas eu d’effet dramatique sur les vignobles de la Mauricie et du Centre-du-Québec comme ce fut récemment le cas en Estrie et en France.

Les ventes des vins régionaux ont connu du succès depuis le début de la pandémie.

© LA PRESSE Les ventes des vins régionaux ont connu du succès depuis le début de la pandémie.

Comme l’explique Dany Bergeron du Vignoble Prémont, à Sainte-Angèle-de-Prémont, c’est que les vignes «n’ont pas encore débourré. Elles sont encore en dormance.» Elles en sont toujours à un stade de développement qui leur permet de tolérer environ — 6⁰C, ajoute Luc Beauchemin du Vignoble et Domaine Beauchemin de Yamachiche.

Dany Bergeron estime que le coup de chaleur inhabituel qui est survenu il y a environ deux semaines a eu quelque chose de positif. «On a pu démarrer plut tôt les travaux de viticulture. On aime ça», dit-il.

Luc Beauchemin était toutefois soulagé, lui, de voir les conditions plus normales du mois d’avril revenir à la charge, dans les derniers jours. «Ça allait trop vite», dit-il en parlant de la hausse précédente des températures parce qu’en mai, «on a souvent un gel», rappelle-t-il. «Ça, ça me fait beaucoup plus peur que des –3⁰C, ou –4⁰C à ce temps-ci», assure-t-il.

Si pareil gel était survenu en mai, ça aurait été une tout autre chose pour les vignes. Et ça arrive, malheureusement. Au mois de mai, durant la période de la peine lune, «si le ciel est découvert, on a des risques de gel au sol», indique M. Beauchemin.

Les vignobles de la région n’ont pas souffert non plus de la pandémie si l’on en croit Daniel Harrisson du Vignoble du Clos de l’Isle, à Bécancour. La dernière année a été une bonne année, affirme celui qui prévoit encore une saison fructueuse. «On est en train de faire la taille. Le bois est très, très beau. On prévoit une grosse saison, cette année. Le vin sera au rendez-vous. Il n’y a pas de problème», assure celui qui a gagné de nombreux prix à la Coupe des Nations.

À cause de la pandémie, «les gens voyagent au Québec», rappelle-t-il. «Nous avons eu une excellente année», dit-il.

Le Vignoble Prémont et le Clos de l’Isle sont tous deux membres de Terego (anciennement Terroir en VR). L’organisme recrute des emplacements exceptionnels, comme les vignobles par exemple, afin de permettre à ses membres d’aller y faire du camping. Du même coup, «ils sont invités à acheter nos produits», raconte M. Harrisson.

«L’an passé, on a eu des campeurs presque tous les soirs», dit-il en précisant que trois emplacements, dans son domaine, ont été réservés à cette fin. «La première année, ça a été assez tranquille, mais l’an dernier, avec la COVID, les gens ont acheté des campeurs et voyagent beaucoup au Québec», constate-t-il.

Les voyageurs en VR qui ont visité le Domaine du Clos de l’Isle ont confié qu’ils étaient portés à aller aux États-Unis, habituellement, mais qu’ils se réjouissaient maintenant de découvrir le Québec.

Le Domaine Beauchemin, lui, n’est pas ouvert au public. Toutes ses bouteilles sont vendues dans les restaurants et dans les épiceries spécialisées. Dans son cas, les périodes de confinement qui ont forcé la fermeture des restaurants ont affecté un peu plus son entreprise par rapport à d’autres vignobles. «Toutefois, nous sommes dans des épiceries spécialisées et ça continue de bien fonctionner. En 2019, on avait fini les ventes à la mi-octobre. Nous produisons à peu près 10 000 bouteilles. En 2020, ça a été au 1er novembre», précise-t-il.

L’autorisation gouvernementale, en 2016, de vendre leurs vins produits au Québec dans les épiceries avait déjà été bénéfique pour les vignobles. La pandémie, elle, semble avoir donné un coup de pouce supplémentaire, selon Daniel Harrisson. «Depuis l’an passé, on a vu une augmentation d’environ 70 % des ventes en épicerie», constate-t-il. «On n’a pas besoin d’aller vers les épiceries, c’est elles qui nous contactent pour pouvoir vendre notre vin.»

On ne parle pas d’une bouteille de temps en temps, précise-t-il. Certains de ces commerces, notamment à Trois-Rivières, «répètent de grosses commandes de vin aux 4 à 6 semaines», constate-t-il.

Selon lui, la pandémie a «beaucoup aidé» à faire connaître au Québec les vins produits ici.

Le Vignoble Prémont écoule également une partie de sa production dans les épiceries de la région. Récemment, M. Bergeron a été approché par des commerces d’alimentation des Laurentides. Chez lui aussi, la pandémie a créé un accroissement des ventes surtout parce que les vignobles, classés parmi les commerces essentiels, faisaient partie des très rares endroits agrotouristiques encore accessibles.

M. Harrisson rappelle que «sur la scène internationale, les vins du Québec compétitionnent avec les plus grands vins de partout sur la planète.» C’est le cas tout particulièrement du côté des vins blancs, précise-t-il. Du côté des vins rouges, «il ne faut pas s’attendre à des vins extrêmement corsés, mais dans les vins semi-corsés et corsés, on a des produits excellents», assure-t-il.

Luc Beauchemin s’est fait lui aussi dire par des connaisseurs européens que les vins québécois se sont énormément améliorés depuis dix ans. «Des Suisses ont comparé, dans le blanc, les vins que je fais ici à ce qu’ils font là-bas», souligne-t-il.

Avec  Brigitte Trahan – Le Nouvelliste 

Covid-19: l’OMS «inquiète» d’une possible aggravation de la pandémie pendant le ramadan

avril 14, 2021

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est dite «inquiète» mercredi 14 avril d’une possible aggravation de la pandémie de Covid-19 durant les célébrations du ramadan en Afrique du Nord et au grand Moyen-Orient.

Le nombre de cas a augmenté de 22% et le nombre de décès de 17% «la semaine dernière par rapport à la semaine précédente» dans la région, a dit le Dr Ahmed al-Mandhari, directeur du bureau régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale.

S’exprimant lors d’une conférence de presse virtuelle au Caire, le Dr al-Mandhari a estimé que la situation dans cette vaste région qui va du Maroc au Pakistan traduit une «tendance inquiétante». «Nous sommes particulièrement inquiets que la situation actuelle puisse s’aggraver durant le ramadan si les gens ne suivent pas» les mesures sanitaires recommandées par l’OMS.

Le jeûne du mois de ramadan, durant lequel les musulmans s’abstiennent de manger, boire et fumer entre le lever et le coucher du soleil, a débuté mardi dans la plupart des pays musulmans. Les mesures, notamment de distanciation et de port du masque, doivent «être maintenues pour aider à contenir la pandémie», a plaidé le Dr al-Mandhari.

«Distanciation physique, ventilation» des mosquées

L’OMS souhaite que «les pays fassent une évaluation des risques afin de prévenir la dissémination de l’infection», a de son côté indiqué le Dr Dalia Samhouri, responsable pour la région de la préparation aux situations d’urgence. Elle a énuméré plusieurs mesures souhaitables selon l’OMS autour des mosquées pendant le mois de ramadan: «distanciation physique, ventilation, désinfection régulière». «Si je suis malade, je reste à la maison», a-t-elle dit avant d’ajouter que «les gens vulnérables (…) ceux atteints de maladies chroniques, doivent rester chez eux».

Parallèlement, Ahmed al-Mandhari a précisé que l’ensemble des pays de la région avaient reçu des vaccins, mais que ceux qui avaient l’accès le plus limité étaient le Yémen et la Syrie. La région comprend 21 pays outre et les Territoires palestiniens occupés, avec une population de près de 679 millions d’habitants. Selon lui, «il reste un déséquilibre choquant dans la distribution des vaccins» dans le monde. «C’est particulièrement vrai dans notre région où les soignants et les gens vivant dans des conditions de vulnérabilité comme en Syrie et au Yémen, ont l’accès le plus limité aux vaccins». Ainsi, au Yémen, où quelque 14 millions de doses ont été promises via le dispositif Covax, seules 360.000 ont été livrées.

Par Le Figaro avec AFP

Communautés bantoues : l’hypothèse d’une immense pandémie redessine leur trajectoire

avril 11, 2021
Village au bord du fleuve Lukenye, en RDC.

Depuis plus d’un siècle, les historiens s’accordaient sur le scénario d’une « expansion bantoue » qui, partie de l’Ouest de l’Afrique il y a plusieurs millénaires, aurait gagné toute la moitié sud du continent. Une toute nouvelle étude internationale remet en question cette version des faits.

C’est une histoire relativement connue, ou du moins que les amateurs d’histoire africaine croyaient connaître. À partir de 3000 avant Jésus-Christ et au long d’une période s’étirant sur plusieurs millénaires, le continent a vécu ce que les spécialistes ont appelé « l’expansion bantoue », un vaste mouvement migratoire prenant naissance aux confins du Cameroun et du Nigeria actuels et s’étirant ensuite vers l’est et le sud, jusqu’à s’étendre à la moitié du continent.

Des Grassfields aux Grands Lacs

Cette « expansion » est considérée comme le plus important événement migratoire de la préhistoire africaine et ses conséquences s’observent encore aujourd’hui. La communauté bantouphone, qui réunit toutes les populations parlant une langue issue de la même « proto-langue primordiale », regroupe pratiquement la moitié des Africains et est présente du Gabon aux Comores, du Soudan à l’Afrique du Sud.

Ce sont des linguistes européens qui, au XIXe siècle, ont théorisé l’existence de cette communauté linguistique, puis ont reconstruit le déroulement probable de son « expansion ». Les chercheurs allemands Wilhelm Bleek et Carl Meinhof, d’abord, ont mis en évidence la spécificité des idiomes issus du bantou, en les distinguant par exemple du xhosa en Afrique du Sud. L’Américain Joseph Greenberg, ensuite, a procédé à une classification des langues africaines appuyant l’idée d’une expansion géographique tandis que l’explorateur et administrateur colonial britannique Henry Hamilton Johnston, lui, établissait la première carte dessinant et datant les étapes de cette fameuse expansion.

C’est en partie sur les travaux de ces hommes que le scénario communément admis jusqu’à présent s’est bâti et affiné. Les « Bantous » (même si, on le verra, ce terme est impropre) se seraient d’abord développés à l’ouest de la forêt du bassin du Congo, autour de l’actuelle région camerounaise des Grassfields, et auraient commencé à se déplacer à partir de 3000 avant J.-C.

De 1500 avant J.-C. à 500 après J.-C., ils auraient atteint l’actuel Angola et le KwaZulu-Natal, au sud, la région des Grands Lacs à l’Est, traversant l’immense forêt équatoriale. À partir de l’an 500 environ, ils auraient rayonné dans toutes les directions depuis les Grands Lacs, gagnant le Soudan, s’enfonçant jusqu’au Kenya, à la Tanzanie, au Mozambique et au Zimbabwe. Un scénario qui repose sur l’idée d’une expansion lente, certes, mais continue.

Ni ethnie ni culture

Cette version du peuplement de la partie subsaharienne du continent, longtemps admise, pose pourtant quelques problèmes. D’abord parce qu’elle s’appuie sur une notion centrale mais controversée : celle de « Bantou ». Cela a été dit, écrit et répété, notamment dans Jeune Afrique : « Les Bantous n’existent pas. » Du moins pas dans le sens où certains l’entendent, c’est-à-dire celui d’une ethnie ou d’une culture.

Prudents, les chercheurs utilisent aujourd’hui plus volontiers l’expression de « communauté bantouphone », car c’est de cela qu’il s’agit : des populations très différentes les unes des autres mais qui parlent des langues – on en recense jusqu’à 680 – ayant une racine commune. Dans une certaine mesure, ces populations partagent aussi quelques spécificités génétiques, mais il ne s’agit pas d’une règle absolue : les Pygmées ont adopté les langues bantoues mais ne descendent pas des populations de l’Ouest ayant lancé la migration.

BLEEK, QUI A INVENTÉ LE NOM LUI-MÊME, ÉTAIT UN RACISTE AVÉRÉ ET MEINHOF AVAIT ADHÉRÉ AU PARTI NAZI

Le terme « Bantou », de plus, est très connoté, parfois de façon on ne peut plus fâcheuse. Bleek, qui a inventé le nom lui-même, était un raciste avéré et Meinhof avait adhéré au parti nazi. À l’époque de l’apartheid, « Bantou » était tout simplement synonyme de « noir » et le mot a gardé en Afrique du Sud un caractère très péjoratif. Au Rwanda, certains Hutu extrémistes ont aussi expliqué à la veille du génocide qu’ils étaient de « vrais Bantous » alors que les Tutsi, eux, étaient des « nilotiques » venus du nord, donc des étrangers.

Dans d’autres régions, la notion de « peuple bantou » est beaucoup plus valorisée. En témoigne la tentative gabonaise de créer à Libreville un Centre international des civilisations bantoues (Ciciba). L’entreprise s’est soldée par un échec mais des tentatives de lui redonner vie sont faites régulièrement.

Un « dépeuplement massif »

Mais surtout, et c’est la nouveauté apportée en ce début d’année par une équipe pluridisciplinaire comprenant archéologues, linguistes et généticiens et emmenée par le professeur Koen Bostoen, de l’Université de Gand (Belgique), l’idée d’une expansion spatiale continue de la population bantouphone est fausse.

Depuis 2018, les chercheurs tentent de faire parler les fragments de poterie trouvés sur 726 sites de la forêt équatoriale.

Depuis 2018, ces chercheurs ont étudié et daté des fragments de poteries (qui figurent parmi les rares objets résistant au temps sur de longues périodes) trouvées dans 726 sites répartis dans toute la forêt équatoriale. Ils en ont analysé les formes et les motifs et ont procédé à des datations au carbone 14. Ils ont aussi examiné le patrimoine génétique de restes humains et ont utilisé les techniques les plus modernes d’analyse des « fluctuations paléodémographiques » pour remonter 130 générations en arrière.

UNE RUPTURE DISTINCTE QUI CONFIRME L’EXISTENCE DE DEUX PHASES DE PEUPLEMENT DANS LA FORÊT DU BASSIN DU CONGO

Leur conclusion est la suivante : l’immense majorité des vestiges retrouvés remonte soit à une période ancienne située entre – 800 et + 400, soit à une autre, plus récente, débutant vers l’an 1000. Entre les deux, on constate une chute très nette, particulièrement marquée entre 400 et 600. La seule explication possible, selon Koen Bostoen et son équipe, est celle d’un « dépeuplement massif » entre ces deux dates. Spécialiste de la datation des poteries (c’est le sujet de sa thèse), l’archéologue Dirk Seidensticker évoque « une rupture distincte qui confirme l’existence de deux phases de peuplement dans la forêt du bassin du Congo ».

« C’est très net et cela concerne toute l’Afrique centrale, renchérit Koen Bostoen : on observe une quasi-disparition des fragments et il n’y a une vraie reprise qu’à partir de l’an 1000. Le deuxième point, c’est qu’entre les fragments des deux périodes, qui remontent respectivement à l’âge du fer ancien et à l’âge du fer récent, les styles sont tout à fait différents. »

Reste à tenter d’expliquer cette rupture brutale, et c’est là que les travaux de l’équipe deviennent réellement passionnants. « Nous observons une chute du nombre d’objets produits au milieu du premier millénaire, et nous en déduisons qu’il y a eu une chute démographique, précise le linguiste à Jeune Afrique. Ensuite, nous en cherchons la cause, et nous nous appuyons là sur ce que nous savons : à cette époque, il y a eu une période climatique plus sèche qui a provoqué une réduction relative de la forêt, puis un épisode beaucoup plus froid et humide. »

« L’année sans soleil »

C’est le fameux « petit âge glaciaire de l’antiquité tardive », une période de refroidissement climatique qui débute en 536, baptisée par les historiens « l’année sans soleil ». « Le phénomène est sans doute lié à des éruptions volcaniques, suppose l’historien américain Kyle Harper dans son livre Comment l’Empire romain s’est effondré. Il en a résulté une vague de froid comme il ne s’en produit que tous les mille ans, d’où une intensification des pluies, une réduction des récoltes, un affaiblissement des défenses immunitaires et, sans doute, l’ explosion des populations de rongeurs. »

Étape suivante : en 541 éclate l’une des pires pandémies de l’histoire de l’humanité, la peste de Justinien, ainsi nommée en référence à l’empereur romain qui régnait alors à Constantinople. Cette première grande peste bubonique – à ne pas confondre avec la peste noire qui a ravagé l’Occident aux XIVe et XVe siècles – , sans doute partie de Chine, a ravagé tout le pourtour méditerranéen, tuant, selon l’historien byzantin Procope de Césarée, contemporain de la pandémie, jusqu’à la moitié des populations des régions touchées.

Pour l’équipe du professeur Bostoen, il est très possible que ce soit cette peste de Justinien qui explique la brutale chute de la démographie observée en Afrique centrale. « C’est la partie la plus spéculative de notre étude, admet sans détours le scientifique, et nous ne prétendons pas que cela soit la vérité. Mais c’est plausible, même s’il faudrait des études génétiques plus poussées pour la valider. »

C’EST TOUTE L’HISTOIRE DU PEUPLEMENT DE LA MOITIÉ SUD DU CONTINENT QUI DOIT AUJOURD’HUI ÊTRE RÉVISÉE

Peste ou non, c’est toute l’histoire du peuplement de la moitié sud du continent qui doit aujourd’hui être révisée. L’expansion des populations de langue bantoue ne s’est pas faite en une fois, depuis la préhistoire, mais en deux périodes distinctes. Certains groupes ethniques parlant des langues apparentées et vivant dans des régions voisines n’ont sans doute pas, comme on l’imaginait auparavant, d’ancêtre commun. Certaines communautés qui se croyaient installées sur leurs terres depuis des millénaires sont en fait arrivées à une époque bien plus récente qu’elles ne l’imaginaient.

Qu’est-ce que ça change ? Beaucoup de choses, assure Koen Bostoen : « Cela modifie complètement notre vision de l’histoire précoloniale. Longtemps, on a considéré que l’Afrique n’avait pas d’histoire. Ensuite on a pensé que cette histoire était en quelque sorte une longue continuité qui n’aurait été interrompue que par l’arrivée des Européens, l’esclavage puis la colonisation. » C’est cette idée de continuité que les dernières découvertes battent en brèche, mais pas seulement.

L’ESCLAVAGE ET LA COLONISATION N’ÉTAIENT PAS LES PREMIÈRES GRANDES CRISES QUE L’AFRIQUE CENTRALE TRAVERSAIT

« L’étude montre aussi, poursuit le linguiste, que les grands royaumes d’Afrique centrale ne sont pas le résultat d’une évolution linéaire, que certains sont beaucoup plus récents qu’on le pensait et que donc, ce qui est remarquable, ils ont réussi à se développer après une crise profonde et un effondrement de la population. L’esclavage et la colonisation n’étaient pas les premières grandes crises que l’Afrique centrale traversait. Son histoire est mouvementée et riche. Elle a su trouver les ressources pour s’en remettre. »

Le professeur l’admet volontiers, ce n’est pas un hasard s’il a voulu mettre en avant l’idée d’une grande pandémie alors même que le monde se débat face au Covid-19 : « Nos recherches montrent que l’Afrique centrale a su se relever après une pandémie et un épisode de changement climatique brutal, ce que nous estimons bien sûr porteur d’espoir. C’est d’abord ça le message. »


La peste a-t-elle pu arriver au Congo ?

Que le monde ait connu une période froide à partir de 536 – et jusqu’en 575, selon les travaux du climatologue Ulf Büntgen –, cela n’est pas contesté. Que la bactérie Y. pestis, « tueur global dont le taux de mortalité est proche de 100 % », juge l’historien Kyle Harper, ait ravagé le monde et favorisé la chute de l’Empire romain à partir de 541 ne fait pas débat non plus. La question est de savoir si une maladie qui a frappé essentiellement la Péninsule arabique et le monde méditerranéen a pu se frayer un chemin jusqu’en Afrique centrale et décimer les populations bantouphones du premier millénaire.

Plusieurs indices permettent de le penser, estime Koen Bostoen : « La période est la même, on sait que la peste a également touché l’Afrique. Certains disent même qu’elle trouve son origine en Éthiopie. On sait, parce qu’on a trouvé des traces de pratique de la métallurgie et de la culture du mil, que dès cette époque il y avait des échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale. De plus, on trouve encore aujourd’hui au Congo ou en Zambie des variants de la peste noire du Moyen-Âge. »

« Afrique subsaharienne, un continent d’histoires », publié en janvier 2021.

Dans l’ouvrage collectif Afrique subsaharienne, un continent d’histoires, paru en ce début d’année, l’historienne Iwona Gajda ajoute que le puissant royaume aksoumite, qui occupait alors l’actuelle Éthiopie, commerçait avec l’Arabie du sud ainsi qu’avec les Romains dont les navires sillonnaient l’Océan indien et la Mer rouge. Aksoum, tout comme l’Égypte, a payé un lourd tribut à la peste de Justinien. Quelques siècles plus tard, écrivent François-Xavier Fauvelle et Bertrand Hirsch dans le même ouvrage, les routes de communication partant de l’Éthiopie et de l’Érythrée s’étendaient jusqu’à Mogadiscio, Mombasa, Zanzibar et le royaume de Zimbawe au Sud, le lac Tchad et Kano à l’Ouest. La peste a-t-elle suivi le même chemin ? On l’ignore encore mais comme le dit le Pr Bostoen, « c’est plausible ».

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot