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Ghana: paranoïa parmi les Ivoiriens réfugiés dans des camps

octobre 12, 2011

« Il y a des infiltrés partout! », s’écrie Charly: la paranoïa règne chez les Ivoiriens réfugiés dans des camps au Ghana, qui se recrutent essentiellement parmi les partisans du président déchu Laurent Gbagbo.

Gardé par une dizaine de policiers ghanéens, le camp d’Ampain est à une centaine de km de la frontière. Des tentes frappées du sigle du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) y sont dressées sur 10 hectares de terrain entourés de broussailles.

Avec quelque 8. 000 pensionnaires, il est le plus important des cinq sites abritant, selon le HCR, près de 20. 000 Ivoiriens accueillis au Ghana après la sanglante crise post-électorale qui a déchiré la Côte d’Ivoire jusqu’en avril-mai.

« Ici les réfugiés sont très méfiants et en ont gros sur le coeur », explique à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un responsable du HCR sur place. Est suspecte toute personne perçue comme proche du régime du nouveau président Alassane Ouattara, tombeur de Laurent Gbagbo. « Il suffit d’être un nouvel arrivant, tu es indexé comme un pro-Ouattara venu espionner », raconte-t-il.

« L’atmosphère est toujours tendue. Cela peut avoir des conséquences dramatiques quand tu n’es pas reconnu comme faisant partie du groupe », ajoute un autre responsable HCR. Militant pro-Gbagbo pur et dur à Abidjan et l’un des représentants des réfugiés, Charly acquiesce.

En septembre, deux personnes ont été tuées dans le camp de transit d’Elubo, à la frontière. Elles étaient soupçonnées d’être des « espions » pro-Ouattara. Des rumeurs d’attaque des Forces républicaines (FRCI), la nouvelle armée ivoirienne, entretiennent aussi la psychose. La simple vue de soldats passant la frontière – après avoir laissé leurs armes – pour quelques emplettes en terre ghanéenne alimente les craintes les plus folles.

Si, dans le camp d’Ampain, les Ivoiriens ont peur, c’est aussi que certains d’entre eux ont été impliqués dans les violences post-électorales.

« Certaines personnes sont ici pour avoir commis de mauvaises choses au pays », explique Marcel, un enseignant. « Ici on dit: +chacun a son délit+ ». Dans les allées, il n’est pas rare de reconnaître des « jeunes patriotes » pro-Gbagbo ou des membres de la naguère redoutable Fesci, syndicat étudiant aux airs de milice. Il y a encore quelques mois, ils faisaient la loi dans certains quartiers d’Abidjan, spécialement dans leur bastion de Yopougon.

Des jeunes gens au visage fermé regardent le visiteur d’un air inquisiteur. La presse, internationale qui plus est, n’est pas la bienvenue. Ces jeunes côtoient dans le camp policiers, militaires, médecins ou encore magistrats, dans des conditions précaires. On s’entasse à cinq sous une tente, l’air est saturé d’humidité et de moustiques.

« La journée est ennuyante et sans distraction », résume un réfugié.

On passe le temps en reconstituant la vie au pays. Sur un marché de fortune, on vend de l’attiéké (semoule de manioc) avec du poisson braisé. Les femmes se retrouvent dans un salon de coiffure improvisé. Non loin, c’est la sortie des classes pour les enfants.

Six mois après la fin de la crise, le nouveau pouvoir à Abidjan veut hâter le retour de ces Ivoiriens. Il a signé la semaine dernière avec le Ghana et le HCR un accord de rapatriement, lors de la visite de M. Ouattara à Accra.

Fonctionnaire se disant proche de l’ex-Première dame Simone Gbagbo, Jean-Paul, vêtu d’un T-shirt aux couleurs ivoiriennes orange-blanc-vert, est prêt à sauter le pas. « J’ai la nostalgie de mon pays », confie-t-il, souhaitant « aller occuper le terrain politique ».

Ancien de la Fesci au visage mangé par une épaisse barbe, Maxime rejette « toute option de retourner ».

Au pays « les FRCI sont partout », « à la recherche des pro-Gbagbo », croit-il savoir: « dans un tel climat, on ne peut pas rentrer pour se faire prendre comme des agoutis », ces rongeurs très appréciés dans les ragoûts ivoiriens.

Jeuneafrique.com avec AFP