Posts Tagged ‘parfois’

La longue agonie de Homs, sous les bombes d’el-Assad

février 22, 2012

Dans le quartier rebelle de Bab Amro, à majorité sunnite, les morts s’ajoutent aux morts.

C’est une ville au bord de l’agonie qui attend péniblement la mort sans calmant ni anesthésie. Homs, décrite par ses habitants, ressemble à un mauvais cauchemar qui ne veut pas s’arrêter. «Ce matin, dès six heures, l’armée syrienne a recommencé à nous attaquer à l’artillerie lourde. Parfois, on entend plus de 20 détonations par minute. Ça fait dix-sept jours que je ne suis pas sortie de chez moi. Mes deux enfants n’arrêtent pas de pleurer. Mon mari n’est pas rentré à la maison depuis le week-end. J’ignore où il se trouve et s’il est encore vivant. Dans la cuisine, on a presque épuisé tous nos stocks de nourriture. On vit à la lumière de la bougie, sans électricité ni chauffage. Si on ne meurt pas sous les bombes, on va finir par mourir de faim ou de froid», nous confiait mardi par téléphone cette mère de famille à travers une ligne encombrée de para­sites.Rima – c’est son pseudonyme – ha­bite à Bab Amro, un quartier sunnite de cette troisième ville du pays, tenu par les soldats de l’Armée syrienne libre et sous le feu incessant des forces de Bachar el-Assad depuis plus de deux ­semaines. Entre deux sanglots, elle poursuit son récit: «En général, les bombardements s’arrêtent vers 19 heures. Mais la nuit, on ne trouve pas le sommeil. Les hommes qui s’aventurent dans les rues essuient les tirs de snipers. Autour de chez nous, les maisons s’effondrent les unes après les autres. Impossible de trouver une bâtisse qui ne soit pas perforée. J’ai bien songé à prendre la fuite avec ma fille et mon fils. Mais c’est trop dangereux. D’autres quartiers, comme Inchaat, Khaldiyé ou Karm el-Zaitoune, sont également la cible des tirs. Il y a quelques jours, un couple qui habitait près de chez nous a tenté de s’échapper de Bab Amro. Au bout de quelques minutes, ils sont tombés sous les balles des soldats de l’armée officielle…»

L’appel du CICR à une pause

Pour permettre d’évacuer les familles en danger et d’approvisionner les zones les plus affectées en médicaments et nourriture, le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) est en train de négocier une brève suspension des combats, au moins deux heures par jour. Le chef de l’Armée syrienne libre, composée de militaires dissidents, a «accueilli favorablement» cet appel. Mais 60% des 100.000 habitants de Bab Amro – Homs en comprend 1 million en tout – auraient déjà fui leur quartier pour se réfugier dans les villages alentour. Au risque de leur vie.

L’activiste Omar Shakir en fait partie. En début de semaine, il lui a fallu près de vingt-quatre heures pour rejoindre une bourgade voisine située à moins de 2 km de Homs. Contacté par Skype, il raconte sa course contre la mort. «Il a d’abord fallu longer des dizaines de bâtiments en ruine. Puis, j’ai dû contourner les checkpoints des forces syriennes en rampant au sol. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie», confie-t-il.

Avant un bref silence, il reprend, désespéré: «La situation se dégrade de jour en jour. Il y a un mois, on enterrait encore les victimes dans les jardins privés. Aujourd’hui, elles sont directement ensevelies sous les gravats des immeubles attaqués. Quant aux blessés, ils sont chanceux si on leur trouve un peu d’eau pour les soigner. Je ne compte plus le nombre de personnes qui ont perdu un bras ou une jambe. Homs est devenue une ville d’éclopés.»

Lefigaro.fr par Delphine Minoui