Posts Tagged ‘Paul-Henri Damiba’

Nouveau gouvernement au Burkina : Paul-Henri Damiba dévoile son équipe

mars 6, 2022
Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 11 février 2022. © DR / Présidence du Faso

Moins de 48 heures après sa nomination, le Premier ministre Albert Ouédraogo a rendu publique la liste de son équipe de 25 ministres.

Le général Barthélémy Simporé, déjà ministre de la Défense sous Roch Marc Christian Kaboré, le président renversé par un coup d’Etat militaire fin janvier, conserve son poste, selon un décret publié le 5 mars. Il est élevé au rang de ministre d’État.

Parmi les autres ministres, Yero Boly, plusieurs fois ministre dans différents gouvernements de l’ex-président Blaise Compaoré, est nommé ministre d’État auprès du président du Faso, chargé de la Cohésion sociale et de la Réconciliation nationale. Des leaders de la société civile et des syndicats dont Lionel Bilgo (Éducation nationale et Alphabétisation) et Bassolma Bazié (Fonction publique) font également leur entrée dans le gouvernement. Six femmes figurent dans ce gouvernement, dont Olivia Rouamba à qui échoit le portefeuille des Affaires étrangères.

Lutte contre le jihadisme

Jeudi 3 mars, Albert Ouédraogo, un universitaire de 53 ans, avait été nommé Premier ministre. Le nouveau chef de l’Etat burkinabè, le lieutenant-colonel Damiba, 41 ans, a pris le pouvoir fin janvier après deux jours de mutineries dans plusieurs casernes du pays, renversant le président élu Roch Marc Christian Kaboré accusé d’inefficacité face aux violences jihadistes qui minent le pays.

Le nouveau président a fait de la lutte contre le jihadisme et la refondation de l’état burkinabè sa « priorité ». La période de transition avant un retour à l’ordre constitutionnel a été fixée à trois ans, selon une charte signée par le lieutenant-colonel Damiba, qui lui interdit de se présenter aux élections prévues à la fin de la transition.

La Cedeao face aux transitions

La durée des transitions est au coeur des négociations entre les pays de la région touchés par les putschs et la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) qui réclame qu’elles soient les plus courtes possible. La Cedeao a jugé « inacceptable » celle de cinq ans fixée par le Mali, et ne cesse de réclamer un calendrier à la Guinée qui refuse de se voir imposer un quelconque délai. Elle ne s’est pas encore prononcée sur le calendrier burkinabè.

Avec Jeune Afrique par AFP

Avec AFP

Procès Sankara au Burkina Faso : le putsch de Damiba au secours de celui de Compaoré ?

mars 4, 2022
© Damien Glez

Pour les avocats des responsables présumés de la mort de Thomas Sankara, l’investiture du lieutenant-colonel à la présidence du pays démontre qu’un putsch ne constitue plus une infraction. Le procès est suspendu.

Aussi indolore semble-t-il devenu, le putsch militaire – sport politique national du Burkina Faso – est-il condamné à scander toujours la vie des Burkinabè sans que la justice ne fasse exception ? L’historique et médiatique procès de l’assassinat de Thomas Sankara – président arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État et renversé par un coup d’État – pourrait emprunter une déviation elle-même liée à… un coup d’État.

Aujourd’hui au banc des accusés, les putschistes compaoristes du 15 octobre 1987 (Gilbert Diendéré, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando) paraissent proche d’être sauvés par ceux-là même qui enfoncèrent censément le dernier clou du cercueil de l’ère Compaoré en renversant l’ancien compaoriste Roch Marc Christian Kaboré.

Un coup d’État légalisé

Les avocats des trois accusés, contre lesquels sont requis plusieurs dizaines d’années de prison, ont obtenu le 3 mars la suspension du procès qui venait juste de reprendre. Leur argumentation est limpide : en validant cette semaine l’investiture du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba à la présidence du pays, le Conseil constitutionnel a légalisé le coup de force du 23 janvier. Dès lors, tout putsch cesserait d’être une infraction au Burkina Faso, celui de Compaoré comme celui de Damiba. « Si l’attentat à la sûreté de l’État est devenu légal, je ne vois pas pourquoi nos clients sont poursuivis », conclut Me Olivier Somé.

Peut-on juger un coup d’État sous un régime issu d’un coup d’État ? L’exception d’inconstitutionnalité est-elle justifiée ? Sans doute gêné aux entournures, le Conseil constitutionnel dispose d’un délai d’un mois pour répondre à cette requête de la défense. Qui se contorsionne se contorsionnera…

« Catastrophe constitutionnelle »

Déjà en deuil de leur président Kassoum Kambou, décédé le 19 février, les sages vont devoir mettre en perspective leur habillage légal de la prise du pouvoir du Mouvement patriotique pour la sauvegarde de la restauration (MPSR) et la plaie béante de l’assassinat de l’icône « Thom Sank ». Noieront-ils le poisson de la requête dans les eaux du jargon judiciaire, eux qui savent à quel point la popularité de l’évènement de 2022 est inversement proportionnelle à celle du drame de 1987 ? Paraphraseront-ils la célèbre publicité burkinabè « Tôle, c’est pas tôle » en concluant « Putsch, c’est pas putsch » ?

Si le constitutionnaliste Abdoulaye Soma a qualifié la bienveillance du Conseil à l’égard du lieutenant-colonel Damiba de « catastrophe constitutionnelle », certains considèrent, selon le proverbe, que « lorsque le canari se casse sur sa tête, il faut en profiter pour se laver ». Dans une tribune parue 7 février dernier, le philosophe Kwesi Debrsèoyir Christophe Dabiré suggérait rien de moins que la légalisation des coups d’État en Afrique. À effet rétroactif ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina Faso: qui est Albert Ouédraogo, le nouveau Premier ministre de Paul-Henri Damiba ?

mars 4, 2022
Albert Ouedraogo, nouveau Premier ministre du Burkina Faso © DR

Le président de la transition burkinabè a choisi un technocrate inconnu du grand public et sans réseau politique pour conduire le gouvernement.

Ces dernières semaines, les noms de plusieurs prétendants à la primature circulaient à Ouagadougou, mais c’est finalement un inconnu qui a été choisi par Paul-Henri Sandaogoa Damiba. Jeudi 3 mars, le président de la transition a nommé Albert Ouédraogo, 53 ans, Premier ministre du Burkina Faso.

Ce natif de Dori, dans la région du Sahel, a fait carrière dans le secteur privé et s’est spécialisé dans le conseil aux entreprises, les audits et l’élaboration des plans d’affaires. Il était jusqu’à sa nomination le dirigeant d’une société nommée IPSO Conseils et enseignait parallèlement la comptabilité à l’université de Ouagadougou et dans des écoles supérieures privées comme l’université Aube Nouvelle. Selon la présidence du Faso, Albert Ouédraogo dispose d’une solide expérience dans le domaine du management des administrations publiques, des projets de développement et des entreprises privées. Cet ancien élève du Prytanée militaire de Kadiogo (promotion 1981) est un proche de l’ancien premier président de la Banque ouest-africaine de développement, Pierre Claver Damiba, l’oncle du chef de la junte.

Novice en politique

Il est à parier que ce lien a pesé dans la balance. En effet, contrairement à ses prédécesseurs, Christophe Dabiré, Premier ministre de 2019 à 2021, qui connaissait les rouages de l’administration et de la politique, ou à Lassina Zerbo, dernier chef de gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, doté d’un solide réseau à l’international, Albert Ouédraogo semble novice en politique.

LE GOUVERNEMENT QUI DOIT ÊTRE NOMMÉ COMPTERA 25 MINISTRES

Ce technicien n’a d’ailleurs pas d’accointances politiques connues. Son principal fait d’armes remonte à 1990 : lors des longues grèves étudiantes, il fut, en tant que membre de l’Association des étudiantes burkinabè (Aneb) l’un des leaders de la mobilisation de la section Essec (Sciences économiques et de gestion) de l’université de Ouagadougou. Malgré ses qualités d’étudiant brillant, cela lui valut une exclusion.

Alors que Paul-Henri Sandaogo Damiba fait ses premier pas comme président de la transition, officiellement investi, le choix de ce Premier ministre peu connu et technocrate donne une première orientation. La nomination des membres du gouvernement, qui doit compter 25 ministres, sera scrutée.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba prête serment à nouveau, les politiques grincent des dents

mars 2, 2022
Prestation de serment du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 2 mars 2022. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

La charte de la transition qui vient d’être adoptée permet au lieutenant-colonel de rester au pouvoir pendant trois ans. Mais l’omniprésence des militaires dans les institutions mécontente la classe politique.

Cela fait moins d’un mois et demi que Paul-Henri Sandaogo Damiba a renversé Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso, mais déjà deux fois qu’il prête serment. Après avoir été investi le 16 février devant le Conseil constitutionnel du Burkina Faso, le lieutenant-colonel l’a été de nouveau, ce 2 mars, au lendemain de l’adoption d’une charte de la transition.

SUR LES 71 DÉPUTÉS DU PARLEMENT, 16 SERONT DES MILITAIRES

Le texte lui permet de rester au pouvoir trois années de plus et prévoit la mise en place des organes de la transition. Un Premier ministre doit prochainement être nommé par le chef de l’État et un Parlement mis sur pied. Celui-ci comptera 71 députés dont seize seront issus de l’armée, treize de la société civile et huit pour les partis politiques. Une répartition qui fait la part belle à l’armée au détriment des formations politiques.

« Comment les partis peuvent-ils choisir si peu de représentants alors qu’il y a plusieurs dizaines de formations politiques ? Nous avons l’impression que les politiques ne sont pas les bienvenus dans cette transition », regrette Boubacar Sannou, premier vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l’ancien président Blaise Compaoré. « Nous sommes prêts à accompagner le président pour que la transition soit réussie. Mais il faut que nous soyons consultés. »

L’échec des politiques

Patron de l’institut de recherches Free Afrik, Seydou Ra-Sablga Ouédraogo s’inquiète du manque d’inclusivité de la transition. « L’importante présence des militaires dans les institutions crée un déséquilibre qui marginalise la participation de certains acteurs stratégiques de la société et affaiblit leur engagement dans la transition. En effet, ni les syndicats, ni l’administration publique ne seront représentés au sein du Parlement. Cela peut être source de dérive », analyse celui que certains pressentent au poste de Premier ministre.

NOUS AVONS L’IMPRESSION QUE LES POLITIQUES NE SONT PAS LES BIENVENUS DANS CETTE TRANSITION

Pour d’autres acteurs burkinabè, au contraire, il faut laisser les militaires tenter de reprendre en main le pays. « Les partis politiques ont échoué à gérer et sécuriser le Burkina. Il est désormais temps de laisser d’autres acteurs redresser le pays, en l’occurrence l’armée, puisque le retour de la sécurité est une priorité », justifie Roland Bayala, membre de la Coalition des patriotes du Burkina Faso (COPA-BF), un regroupement d’acteurs de la société civile.

Dans les prochains jours, la Cedeao devrait statuer sur ces derniers développements. Une transition de trois ans conduite par un militaire sera-t-elle satisfaisante pour éviter au Burkina Faso des sanctions économiques ? Le Mali voisin a été fermement sanctionné lorsqu’Assimi Goïta a annoncé qu’il se maintiendrait cinq années de plus à la tête de l’État.

Avec Jeune Afrique

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba pourra rester trois ans au pouvoir

mars 1, 2022
Paul-Henri Sandaogo Damiba a prêté serment le mercredi 16 février en tant que président du Faso. © DR / Présidence du Faso.

Dans la nuit de lundi à mardi, les assises nationales ont signé une charte constitutionnelle de la transition qui prévoit l’organisation d’élections dans 36 mois. Le chef de la junte ne pourra pas se présenter à la prochaine présidentielle.

La période de transition avant un retour à l’ordre constitutionnel au Burkina Faso, où un coup d’État a eu lieu le 24 janvier, a été fixée à trois ans lundi soir par des assises nationales qui ont rassemblé les « forces vives » du pays. Une « charte constitutionnelle de la transition » a été signée sous les acclamations par le chef de la junte, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à l’issue de plusieurs heures de travaux des assises. « La durée de la transition est fixée à 36 mois à compter de la date de l’investiture du président de la transition », stipule la charte qu’il a signée dans la nuit de lundi à mardi.

Président non-éligible

Le lieutenant-colonel Damiba, qui a prêté serment le 16 février devant le Conseil constitutionnel, sera investi ce mercredi 2 mars par les assises qui ont impliqué la junte, les partis, syndicats, organisations de la société civile, de la jeunesse, des femmes et des personnes déplacées par les attaques jihadistes qui frappent le Burkina Faso depuis 2015. La charte stipule par ailleurs que le président de la transition « n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales qui seront organisées pour mettre fin à la transition ».

Cette disposition s’applique également aux 25 membres du gouvernement de transition dont « le Premier ministre est une personnalité civile ». Outre le président et le gouvernement, les organes de la transition comprennent un « Conseil d’orientation et de suivi de la transition », fixant « les grandes orientations de la politique de l’État », et une « Assemblée législative de transition » composée de 75 membres, selon la charte.

Lutte contre le terrorisme

Il précise que deux des principales missions de la transition seront « de lutter contre le terrorisme, restaurer l’intégrité du territoire national » et en « assurer la sécurité », et « apporter une réponse efficace et urgente à la crise humanitaire et aux drames socioéconomiques et communautaires provoqués par l’insécurité ». Elle devra également « renforcer la gouvernance et la lutte contre la corruption ».

Outre le reproche d’impuissance face aux groupes jihadistes, le président renversé Roch Marc Christian Kaboré – en résidence surveillée à Ouagadougou depuis le putsch – était aussi accusé de ne pas avoir fait preuve d’efficacité dans la lutte contre la corruption.

La charte définitive a revu à la hausse plusieurs dispositions contenues dans un rapport d’une commission créée par la junte début février et dans le projet de charte discuté par les assises: transition de 36 mois au lieu de 30, gouvernement de 25 membres au lieu de 20, assemblée législative de 75 membres au lieu de 51. Tous seront payés, contrairement à ce que prévoyait initialement le projet. « Les uns et les autres ont exprimé leur position sincèrement, ce n’était pas pas facile, mais nous avons abouti à un document consensuel », s’est réjoui l’ancien chef de l’opposition, Eddie Komboïgo.

Quelle réaction de la Cedeao ?

Pour Pascal Zaida, président de la Coordination nationale pour une transition réussie (CNTR), la charte est le résultat d’« un consensus qui a été dégagé tant au niveau de l’inéligibilité de certains membres de la transition, de la question de la rémunération, de la durée de la transition et du nombre des membres de l’organe législatif ».

Des discussions sur la charte devraient rapidement s’engager désormais avec la Cedeao, qui a suspendu le Burkina Faso de l’organisation le 28 janvier en raison du coup d’État. Elle avait demandé aux nouvelles autorités de présenter un calendrier « raisonnable pour le retour à l’ordre constitutionnel ». Au Mali voisin, elle avait jugé « inacceptable » celle de cinq ans exigée par le Mali et ne cesse de réclamer un calendrier à la Guinée qui refuse de se voir imposer un quelconque délai.

Par Jeune Afrique avec AFP