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RDC-Rwanda : et si la réélection de Tshisekedi dépendait du M23 ?

juin 17, 2022

L’avenir politique du président congolais pourrait se jouer sur le front opposant son armée aux rebelles du M23, qu’il estime soutenus par Kigali. Une victoire ferait certainement grimper sa cote de popularité.

Félix Tshisekedi au palais de la Nation, à Kinshasa, en février 2022 © ARSENE MPIANA/AFP

On l’avait un peu trop vite donnée pour détruite, en 2013. La rébellion du M23 a fait sa réapparition et occupe désormais tous les débats en RDC, plus singulièrement encore en cette période pré-électorale, car la question sécuritaire s’imposera encore comme l’un des thèmes majeurs de la campagne. Une situation qui contraint le président Félix Tshisekedi à se poser à la fois en chef des armées prêt à affronter les rebelles que l’on dit soutenus par le Rwanda – ce que Kigali dément – et en président-candidat à un nouveau mandat qui doit défendre son bilan tant socio-économique que politico-sécuritaire.

Si la condamnation du soutien rwandais au M23 est unanime au sein de la classe politique congolaise, les adversaires de Tshisekedi lui reprochent son rapprochement et ses  relations jugées trop amicales avec « l’agresseur » Paul Kagame.

Les limites de la « diplomatie amicale »

Tout semble désormais se jouer à quitte ou double pour le chef de l’État congolais. La résurrection de M23 l’entraîne, lui le commandant suprême des forces armées, sur un nouveau front. Lors de son avènement au pouvoir, en 2019, il avait promis de mettre fin aux exactions des multiples groupes armés qui ravagent l’Est du pays. Et deux ans plus tard, afin d’accroître les capacités de l’armée nationale à les neutraliser, il avait proclamé l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où persiste l’insécurité.

La recrudescence des activités militaires et des atrocités perpétrées par le M23 complique donc singulièrement l’équation sécuritaire pour lui. À en croire les spécialistes, le M23 serait mieux équipé que la plupart des groupes armés auxquels le Congo livre bataille dans la région. Pour preuve, les rebelles contrôlent actuellement la ville stratégique de Bunagana, dont l’armée nationale s’est retirée.

Par ailleurs, le retour du M23 fragiliserait le président Tshisekedi parce qu’il expose au grand jour les limites de la « diplomatie amicale » qu’il a entrepris de mener auprès du régime rwandais, malgré la méfiance de l’opinion publique et de la classe politique congolaise. Se sentant « trahi » par Kagame, Tshisekedi s’est justifié en déclarant qu’il avait toujours préféré « construire des ponts » avec le Rwanda à la faveur de relations paisibles plutôt que « construire des murs ».

Opportunité politique ?

Malgré tous les désagréments qu’elle cause et que nul ne saurait nier, rien ne dit que la résurgence du M23 ne se traduira pas en opportunité politique pour Tshisekedi. Parce que les Congolais dans leur immense majorité désapprouve l’attitude jugée humiliante et hégémonique de Paul Kagame, une victoire de l’armée congolaise sur le M23 ferait grimper la cote de popularité du président auprès d’une population déterminée à en découdre avec le Rwanda.

Rien de tel qu’une victoire de l’armée pour galvaniser les électeurs et faire oublier les modestes résultats enregistrés au cours du quinquennat. Comme chacun sait, les crises internationales majeures renforcent souvent la cohésion nationale, laquelle peut se traduire, en période électorale,  par un soutien accru au président, au mépris de ses éventuelles défaillances.

Théorie du complot

Une hypothèse qui n’en est pas qu’une aux yeux des adeptes de la théorie du complot, convaincus que la réapparition soudaine du M23 résulte d’un arrangement secret entre Kagame et Tshisekedi visant à permettre à ce dernier de remporter une victoire face au M23 pour regagner la sympathie des électeurs indécis de l’Est du pays.

Leur argumentaire ? Kagame n’aurait aucun intérêt à sacrifier les accords économiques « juteux » signés sous Tshisekedi en aidant le M23. Un peu facile. Car, qu’est-ce qui empêcherait le président rwandais – qui mène une « guerre hybride » en RDC depuis des années – d’ignorer tout simplement les accords miniers conclus avec Kinshasa, sachant qu’il peut obtenir toutes ces matières premières sans contrepartie en s’abritant derrière le M23 ?

Il apparaît de plus en plus évident que Félix Tshisekedi pourrait, grâce à une victoire militaire sur le M23, convertir le fardeau de la persistance de la violence à l’Est du pays en un avantage politique dans la perspective des élections de 2023. Mais, saura-t-il le faire ? Il est encore tôt pour le confirmer.

Avec Jeune Afrique par Roger-Claude Liwanga

Chercheur à l’université Harvard, professeur de droit et de négociations internationales à l’université Emory

Ouganda-Rwanda : Muhoozi fête son anniversaire en grande pompe, et avec Kagame

avril 26, 2022

Les festivités organisées en l’honneur du fils du chef de l’État confirment son ascension, tout comme la venue du président rwandais. De retour en Ouganda pour la première fois depuis deux ans, ce dernier en a profité pour s’entretenir avec son homologue, Yoweri Museveni.

Le président rwandais Paul Kagame, le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, la première dame Janet Museveni et le président ougandais Museveni lors du dîner organisé pour le 48e anniversaire de Muhoozi à la State House d’Entebbe, le dimanche 24 avril 2022. © Yoweri K. Museveni/Flickr

Avec plus de 90 minutes de retard et une arrivée maintes fois reportée, Muhoozi Kainerugaba s’avance finalement sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Kololo, à Kampala. Il n’est pas encore 9 heures du matin, ce samedi 23 avril, mais les festivités peuvent commencer.

Une ribambelle de hauts gradés

Vêtu d’une tenue militaire, le fils du président Yoweri Museveni s’extrait de son Toyota Land Cruiser de couleur verte sous les vivats de plusieurs dizaines de ses partisans, venus acclamer le commandant des forces terrestres et conseiller spécial du chef de l’État.

Une ribambelle de hauts gradés ont fait le déplacement. Parmi eux, le général Leopold Kyanda, chef d’état-major de l’armée ougandaise ; le général Don Nabasa, commandant de la police militaire et ancien commandant du Commandement des forces spéciales (SFC) ; le général James Birungi, chef du renseignement militaire ; le général Johnson Namanya, actuellement affecté au bureau de l’immigration et le général Chris Serunjogi Ddamulira, chef du renseignement criminel. Les généraux Felix Busizoori, actuel patron du SFC chargé notamment de la protection de la famille présidentielle, et son adjoint, Charity Bainababo étaient également présents.

LA STAR DU JOUR REÇOIT MÊME UN PRIX POUR SON ACTION EN FAVEUR DE LA PAIX

Ce jour-là, tous sont venus participer aux festivités organisées pour le 48ème anniversaire de Muhoozi. Cette année, l’ampleur des célébrations est sans précédent. Depuis plusieurs jours déjà, des fêtes résonnent dans plusieurs régions du pays, de la nourriture et des boissons sont distribuées gratuitement, des spectacles sont donnés… Depuis près d’une semaine, le hashtag #MKAt48 est même en vogue sur les réseaux sociaux.

Sur la piste d’atterrissage de Kololo, la sécurité est à son maximum. On joue l’hymne national, on chante “Joyeux anniversaire”. La star du jour reçoit même un prix pour son action en faveur de la paix que lui décerne un certain Club patriotique ougandais, tandis qu’un journaliste qui passe pour être l’un de ses plus proches confidents, Andrew Mwenda, prend la parole et enchaîne éloges et superlatifs.

Un parfum d’Idi Amin Dada

À l’en croire, le fils du chef de l’État ougandais est le président des partis communistes du Vietnam, de Chine, de Cuba, de Corée du Nord, des républiques d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale, le commandant en chef de toutes les forces révolutionnaires en butte à l’impérialisme et au néocolonialisme, ainsi que le chef suprême des peuples d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale.

Surtout, Muhoozi est le principal porte-parole des masses opprimées de ce monde, conclut Mwenda. L’énumération, interminable et dithyrambique, n’est pas sans rappeler celles qui accompagnaient les apparitions d’Idi Amin Dada dans les années 1970.

Ce samedi matin, Muhoozi ne reste pas longtemps à Kololo. La fête se poursuit au stade Lugogo, attirant plusieurs milliers de personnes jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les grands axes de la capitale ougandaise ont été fermés à la circulation, de même que la principale route du pays, celle qui relie l’Ouganda au Kenya.

À DEUX REPRISES DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE 2022, IL S’EST RENDU À KIGALI POUR S’ENTRETENIR AVEC PAUL KAGAME

À Kampala, danseurs et musiciens ont été mis à contribution, des affiches ont été déployées dans la ville en l’honneur de “MKAt48”. Politiques, économiques ou militaires, les VIP sont tous là, y compris le Premier ministre Robinah Nabbanja.

Cette fois, Muhoozi prend son temps : il veut parler de la pandémie qui a ravagé l’Ouganda et le monde, et de l’amélioration des relations de l’Ouganda avec le Rwanda. À deux reprises depuis le début de l’année 2022, il s’est rendu à Kigali pour s’entretenir avec Paul Kagame et c’est en partie grâce à lui si le chef de l’État rwandais à accepter de rouvrir l’important poste-frontière de Gatuna, fermé depuis près de deux ans.

« Nous avions de mauvaises relations avec l’un de nos voisins les plus proches, le Rwanda, lance-t-il. [Aujourd’hui] nos relations sont bonnes et vont encore s’améliorer. Nous remercions Dieu pour ce cadeau. C’est pourquoi je pense que nous devrions célébrer ensemble. »

Kagame, invité d’honneur

Si cet anniversaire fait autant parler, c’est parce que le fils du président ougandais a eu soin de convier plusieurs invités de marque : le chef de l’État kenyan, même si Uhuru Kenyatta n’a pas donné suite, mais surtout Paul Kagame, qui, lui, a fait le déplacement.

De retour en Ouganda pour la première fois depuis fin 2019, il a participé au dîner d’anniversaire donné, le dimanche 24 avril, à la State House en présence du président et de la première dame, Janet Museveni. La presse n’était pas conviée mais, selon nos informations, Kagame s’est dit heureux que Muhoozi l’ait appelé sur sa ligne directe pour apaiser les tensions. Il l’a félicité pour sa maturité, le mettant au défi de garder le rythme et de viser plus haut. Il lui a aussi donné quelques conseils sur sa manière de communiquer via Twitter.

Influence grandissante

Pour Museveni et Kagame, cette visite a bien sûr été l’occasion d’aborder les questions de stabilité et de coopération régionales. Le premier a rendu hommage au second pour le rôle joué par les Rwandais lors de la guerre qui l’a amené au pouvoir, dans les années 1980.

Quant à celui que Muhoozi a joué dans le dégel des relations entre les deux pays, son père a déclaré que ce n’était pas une surprise tant son fils et le chef d’État rwandais se connaissent depuis longtemps.

De toute évidence, Muhoozi a pris du galon ces derniers mois. Outre sa double visite à Kigali, il a été envoyé auprès de l’Égyptien Abdel Fattah al-Sisi, mais aussi chez le Kenyan Uhuru Kenyatta (à deux reprises) et chez le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Signe de son influence grandissante, l’ambassade de Russie à Kampala n’a pas manqué de lui souhaiter un bon anniversaire.

Succèdera-t-il à son père en 2026 ? C’est la question que tout le monde se pose à Kampala et dans la sous-région. Ses partisans affirment que nul n’est mieux placé et mettent en avant son expérience acquise après deux décennies passées dans l’armée.

Mais ses adversaires sont tout aussi nombreux, qui pointent le risque d’une transmission dynastique du pouvoir et critiquent le fait qu’un militaire sorte de la réserve qui devrait être la sienne pour se lancer en politique.

L’ascension de Muhoozi augure-t-elle de prochaines dissensions au sein du Mouvement de la résistance nationale (NRM), le parti au pouvoir ? Odrek Rwabwogo, un parent de Museveni en rupture de ban a déjà mis en garde contre « les schémas de succession » et « les possibles retours de bâton » qui pourraient « coûter très cher au parti ».

Avec Jeune Afrique par Musinguzi Blanshe

Maladies infectieuses : Félix Tshisekedi, Paul Kagame, Macky Sall, Uhuru Kenyatta et Cyril Ramaphosa à l’offensive

mars 4, 2022
Des dirigeants à Marburg, le 16 février 2022. © Président Kagame/Flickr

La prochaine conférence internationale du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aura lieu aux États-Unis, au deuxième semestre 2022. La crise du Covid-19 a relancé les espoirs d’éradiquer ces maladies infectieuses sur le continent africain.

En novembre 2019, la 6e conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial organisée à Lyon, en France, avait été l’occasion d’un véritable « show Macron ». Jouant à la fois les hôtes et les maîtres de cérémonie, le président français était partout, dînant avec Bono et Bill Gates, donnant l’accolade aux nombreux présidents africains ayant fait le déplacement, mouillant la chemise sur scène pour inciter pays et fondations privées à donner plus, dans un style enflammé oscillant entre animateur télé et prédicateur évangéliste.

SAUVER 20 MILLIONS DE VIES D’ICI À 2026

La 7e conférence aura lieu cette année, au deuxième semestre, aux États-Unis et il n’est pas certain que Joe Biden y consacre autant d’énergie. Le rendez-vous, pourtant, reste crucial. Il s’agit encore et toujours de récolter des fonds pour financer la lutte contre les trois plus graves maladies infectieuses qui frappent la planète et, particulièrement l’Afrique. En 2019, à Lyon, 14 milliards de dollars avaient été collectés. L’objectif est naturellement de faire mieux cette année, d’autant qu’après deux ans de pandémie de Covid, les systèmes de santé ont grand besoin de moyens.

Les 23 et 24 février dernier, une conférence de lancement de la campagne 2022 a été organisée virtuellement avec cinq présidents du continent à la manœuvre : Félix Tshisekedi (RDC), Uhuru Kenyatta (Kenya), Paul Kagame (Rwanda), Macky Sall (Sénégal) et Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud) ont rappelé l’importance de la levée de fonds pour atteindre l’objectif ambitieux d’éradiquer le paludisme, la tuberculose et le VIH d’ici à 2030, et sauver 20 millions de vies d’ici à 2026.

Tout peut basculer

Pour y parvenir, les cinq chefs d’État associés au président du conseil d’administration du Fonds mondial, le Rwandais Donald Kaberuka, ont estimé l’enveloppe nécessaire à 18 milliards de dollars. Une somme qui permettrait en particulier de réduire de 66 % le nombre de cas de paludisme et de faire chuter le nombre de décès de 62 %.

Le continent africain est particulièrement concerné avec 95 % des cas de paludisme recensés dans le monde et 96 % des décès (au nombre de 627 000 en 2020). « Le monde, souligne le Dr Abdourahmane Diallo, directeur général du Partenariat RBM (Roll Back Malaria, qui combat la maladie depuis 1988), se trouve à un stade où tout peut basculer ». L’éradication complète du paludisme semble en effet à portée de main grâce à l’action conjuguée des moustiquaires imprégnées, des traitements médicamenteux et surtout des nouveaux vaccins annoncés fin 2021.

L’ÉRADICATION COMPLÈTE DU PALUDISME À PORTÉE DE MAIN

« Les nouveaux vaccins sont encourageants mais il n’existe pas de solution miracle face à une maladie aussi complexe et dynamique que le paludisme, poursuit celui qui fut aussi ministre de la Santé et conseiller du président dans son pays d’origine, la Guinée. Il est tout aussi important de continuer à développer les outils existants. » La liste que dresse le médecin est longue – tests de diagnostic rapide, antipaludiques, moustiquaires imprégnées d’insecticide, mesures de pulvérisation intradomiciliaires… Les sommes collectées par le Fonds mondial ne seront pas de trop pour les financer.

Mais le changement fondamental par rapport à la conférence de 2019, outre la découverte d’un vaccin, c’est bien sûr l’expérience accumulée durant une pandémie qui frappe la planète depuis deux ans et continue à faire des victimes. Face au paludisme, au sida et à la tuberculose, le Covid a changé la donne. Il s’agit maintenant de mettre à profit les leçons données par le virus. De transformer une catastrophe sanitaire en opportunité.

LE COVID A CHANGÉ LA DONNE

La première de ces leçons porte sur les vaccins. Un sérum anti-Covid a été développé en un temps record grâce aux efforts conjugués des scientifiques du monde entier, la technologie à ARN-messager a émergé à la faveur de la crise, et tout cela aura des conséquences sur la recherche médicale dans son ensemble, reprend le Dr Diallo : « On voit aujourd’hui que le vaccin antipaludéen R21 provient de l’Institut Jenner, qui a aussi travaillé sur l’AstraZeneca. Quant à celui sur lequel travaille BioNTech, il sera financé par les bénéfices du vaccin anti-Covid-19 développé avec Pfizer. »

Le Covid, ajoute le médecin, a aussi fait comprendre à tous l’importance de collecter des données sur les malades et de les actualiser en temps réel, ce qui sera utile pour lutter contre les autres maladies. Surtout, il a fait prendre conscience aux Africains de leur trop grande dépendance à l’égard des autres continents en matière de santé.

« Actuellement, l’Afrique ne produit que 1% des vaccins utilisés sur son sol, poursuit le Dr Diallo. La crise du Covid a permis de comprendre que nous devions progressivement nous autonomiser. Notre continent représente un quart de la morbidité mondiale, 60% des personnes vivant avec le VIH/sida, 90% des cas de paludisme mais seulement 6 % des dépenses de santé et moins de 1 % du marché pharmaceutique. La création de l’Agence africaine du médicament renforcera notre préparation et nos capacités, et en matière de vaccins l’Union africaine a fixé un objectif ambitieux : fabriquer sur notre sol 60% des vaccins administrés sur le continent d’ici à 2040. »

Premier pas

L’accord signé entre BioNTech, le Rwanda et le Sénégal, qui porte sur la production dans ces deux pays de vaccins ARN-m dès cette année, est un premier pas important. Le choix par l’OMS de l’Afrique du Sud, de l’Égypte, du Kenya, du Nigeria, du Sénégal et de la Tunisie pour abriter des unités de production en est un autre.

« Le but, insiste le Dr Diallo, n’est pas de se limiter au sérum anti-Covid mais aussi de produire, à terme, des vaccins contre le paludisme et la tuberculose basés sur la même technologie. La pandémie a créé une pression énorme sur les systèmes de santé de nos pays, la production mondiale de produits de santé et leur fourniture. Mais elle a aussi vu une accélération des innovations et des investissements, l’apparition de nouveaux modes de surveillance génomique et moléculaire. Ces systèmes, ces outils, ces technologies sont transférables. » Et doivent maintenant être – enfin – financés.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Le Sénégal inaugure en grande pompe son nouveau stade national Abdoulaye-Wade

février 23, 2022
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Le projet a coûté 156 milliards de francs CFA, selon la présidence, soit environ 237 millions d’euros. Le complexe, qui peut accueillir 50 000 personnes, a été construit en moins de deux ans par l’entreprise turque Summa, situé à Diamniadio en banlieue de Dakar. L’occasion d’une fête populaire, malgré des bousculades. Un événement également diplomatique et politique.

Le président Macky Sall et ses homologues Recep Tayyip Erdogan de Turquie, Paul Kagame du Rwanda, Adama Barrow de Gambie et George Weah du Liberia échangent quelques passes au milieu du stade, symbole d’un événement « panafricain » pour Patrice Motsepe président de la confédération africaine de football : « C’est un jour historique pour le football africain ! Tous les présidents qui sont ici nous encouragent pour le développement de l’Afrique. »

Sport, outil diplomatique

Le sport, un outil de diplomatie mais aussi d’unité nationale pour le président Macky Sall, qui a rendu hommage à son prédécesseur Abdoulaye Wade, malgré des tensions sur le cas de son fils Karim Wade : « Les vertus rassembleuses du sport nous rappelle que nous sommes une seule et même nation. C’est pourquoi j’ai décidé de donner le nom du stade à mon illustre prédécesseur, le président Abdoulaye Wade. »

Un hommage rendu aussi aux récents champions d’Afrique par le président de la FIFA, Gianni Infantino : « C’est véritablement l’un des plus beaux stades que j’ai vus, pas seulement en Afrique, mais dans le monde entier. Bravo ! Vive le football, vive le Sénégal champion d’Afrique ! Sé-né-gal ! »

« Ca va chauffer deh ! »

Le stade abritera le match retour Sénégal – Égypte des éliminatoires de la Coupe du monde le 29 mars prochain. « Ca va chauffer deh ! », dit un supporter. Qui va l’emporter ? « C’est pas une question ! Nous sommes champions d’Afrique. »

Avec Sacer-infos par Stany Frank

France et Rwanda peuvent désormais « avoir une bonne relation », selon le président Kagame

mai 17, 2021
France et Rwanda peuvent desormais "avoir une bonne relation", selon le president Kagame
France et Rwanda peuvent désormais « avoir une bonne relation », selon le président Kagame© AFP/Ludovic MARIN

La France et le Rwanda ont désormais l’opportunité de bâtir « une bonne relation », a estimé lundi le président rwandais Paul Kagame, après la publication en mars d’un rapport d’historiens français concluant à des « responsabilités accablantes » de Paris dans le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994.

Les conclusions du rapport Duclert, corroborées quelques semaines plus tard par un rapport commandé par Kigali à un cabinet d’avocats américain, constituent « un grand pas en avant », a estimé M. Kagame, pour qui « la France et le Rwanda ont désormais l’opportunité, et de bonnes bases sur lesquelles créer une bonne relation ».closevolume_off

« Je peux m’accommoder » des conclusions du rapport, qui a écarté la « complicité » de la France, a ajouté M. Kagame dans un entretien à France 24 et RFI. Le président rwandais, qui dirigeait en 1994 la rébellion tutsi qui mit fin au génocide, avait longtemps accusé Paris d’en être « complice ».

Présent à Paris pour un sommet sur la dette africaine, M. Kagame s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron en marge d’une réunion sur le soutien à la transition au Soudan.

Les deux responsables « se sont félicités des derniers développements favorables et ont confirmé l’objectif d’aller encore plus loin dans la normalisation et l’approfondissement de la relation entre la France et le Rwanda », selon la présidence française.

Interrogé sur la question des « excuses » que pourrait éventuellement faire la France, à l’instar de la Belgique quelques années après le génocide, M. Kagame a estimé que la décision revenait à Paris, tout en soulignant qu’il « apprécierait » le geste.

Evoquant la question des suspects génocidaires présents sur le sol français, il s’est félicité de l’arrestation en mai 2020 près de Paris de Félicien Kabuga, accusé d’être le financier du génocide, mais a estimé que « davantage pourrait être fait » pour poursuivre d’autres suspects en justice. Il a notamment estimé qu’Agathe Habyarimana, la veuve de l’ex-président rwandais, figurait « en tête de liste ».

Paris a toujours refusé d’extrader Mme Habyarimana, soupçonnée d’être impliquée dans le génocide, ce qu’elle conteste. Une enquête la visant est ouverte à Paris depuis 2008.

La question du rôle de la France avant, pendant et après le génocide des Tutsi du Rwanda, a été un sujet brûlant pendant des années et a même conduit à la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali entre 2006 et 2009.

Le rapport Duclert a conclu aux « responsabilités lourdes et accablantes » et à l' »aveuglement » du président socialiste de l’époque François Mitterrand et de son entourage face à la dérive raciste et génocidaire du gouvernement hutu que soutenait alors Paris.

Le génocide a fait plus de 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi, entre avril et juillet 1994.

Par Le Point avec AFP

Génocide des Tutsi : la justice française referme le dossier sur l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana

juillet 3, 2020

La carcasse de l'avion du président Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 alors qu'il se préparait à atterrir à l'aéroport de Kigali.

La carcasse de l’avion du président Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 alors qu’il se préparait à atterrir à l’aéroport de Kigali. © Archives Jeune Afrique-REA

 

La cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana. Ce dossier empoisonnait les relations franco-rwandaises depuis plus de vingt ans.

C’est l’un des chapitres les plus sensibles de la relation franco-rwandaise qui s’est refermé ce 3 juillet devant la cour d’appel de Paris. La justice française a en effet confirmé la clôture de l’instruction par un non-lieu sur l’attentat qui avait causé la mort du président Juvénal Habyarimana, au soir du 6 avril 1994 et allumé l’étincelle du génocide des Tutsi.

« Nous sommes soulagés mais nous ne ressentons pas non plus une grande satisfaction, explique Me Bernard Maingain, avocat avec Me Léon Lef-Forster de l’ensemble des suspects. Déjà ce n’est pas une étape définitive, puis il faut bien reconnaître que si ce dossier a pu durer aussi longtemps, c’est parce que des acteurs ont constamment tenté pervertir la procédure ». « C’est une déception mais cela ne nous surprend pas », déclare de son côté Me Philippe Meilhac, l’avocat d’Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais. « Il y a une forme de résignation de la justice française sur ce dossier qui a été sacrifié sur l’autel des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ».

Depuis la saisine de la justice française, en août 1997, par la fille de l’une des victimes françaises du crash du Falcon présidentiel, et l’ouverture en mars 1998 d’une information judiciaire confiée au pôle antiterroriste du TGI de Paris, ce dossier n’a cessé d’empoisonner les relations entre les deux pays.

Après de premières fuites publiées dans le quotidien français Le Monde en mars 2004, à quelques jours de la 10e commémoration du génocide, la rupture entre Paris et Kigali est consommée deux ans et demi plus tard. Le 22 novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière, qui fonde essentiellement son enquête sur les témoignages de cadres du régime génocidaire et d’anciens militaires du FPR se présentant comme parties prenantes à l’attentat, émet neuf mandats d’arrêts à l’encontre de dignitaires rwandais. Parmi eux, James Kabarebe, aujourd’hui conseiller de Paul Kagame après avoir été pendant huit ans son ministre de la Défense.

À Kigali, l’ordonnance du juge Bruguière provoque une vague d’indignation. Car le magistrat français n’accuse pas seulement la rébellion alors dirigée par Paul Kagame d’avoir planifié et commis l’attentat contre l’avion présidentiel, il laisse clairement entendre que le FPR aurait agi de la sorte pour provoquer le génocide des Tutsi, dans le but inavoué de conquérir le pouvoir.

Accalmie

Kigali rompt ses relations diplomatiques avec Paris avant de répliquer, quelques mois plus tard, par la mise en place d’une commission d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide. Ses conclusions, rendues en août 2008, sonnent comme une réponse directe à l’enquête du juge Bruguière : treize responsables politiques français, dont Hubert Védrine, secrétaire général de l’Élysée au moment des faits, sont mis en cause pour « complicité de génocide ».

Il faudra attendre le départ du magistrat controversé, remplacé en 2007 par Marc Trévidic et Nathalie Poux, et l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la même année, pour constater une accalmie. Sous l’impulsion de Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, le nouveau chef de l’État français entame un rapprochement avec le Rwanda qui se traduira par une brève visite d’État à Kigali, en 2010. Dans le même temps, l’information judiciaire repart sur de nouvelles bases.

En 2011, pour la première fois depuis l’ouverture du dossier, les juges français se déplacent au Rwanda, accompagnés par plusieurs experts en balistique, en crashs aériens ou en géométrie. Rendu public début 2012, leur rapport contredit largement les conclusions du juge Bruguière. Selon leur expertise, versée au dossier, les deux missiles sol-air à l’origine de l’attentat auraient été tirés depuis l’enceinte – ou à proximité immédiate – du camp militaire de Kanombe, tenu par l’armée gouvernementale rwandaise. La thèse d’une opération commando du FPR s’en trouve balayée. Celle d’un coup d’État commis par les ultras du Hutu Power contre Juvénal Habyarimana redevient le scénario le plus vraisemblable.

Rouvert sept mois plus tard pour entendre le témoignage à charge de Kayumba Nyamwasa, l’ex-responsable des renseignements militaires rwandais devenu l’un des leaders du Rwanda National Congress (RNC), un mouvement d’opposition armé hostile à Kigali, le dossier mènera à une nouvelle brouille diplomatique entre les deux pays.

Sens du timing

Mais de toutes ces péripéties procédurales, des errements des premières années d’enquête, des témoignages contradictoires de témoins dont certains ont fini par disparaître, les juges ne tireront rien de concluant. Vingt-six ans après les faits, l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana demeure un mystère.

« En l’absence d’éléments matériels indiscutables, les charges pesant sur les mis en examen reposent exclusivement sur des témoignages », écrivaient, en décembre 2018, les juges Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux, derniers dépositaires de ce dossier, dans leur ordonnance de non-lieu. Estimant que les témoignages recueillis tout au long de la procédure « sont largement contradictoires et non vérifiables », ils concluaient qu’il n’existait pas de charges suffisantes pour donner suite à l’instruction.

Depuis le début de cette procédure hors normes, la justice française aura eu un sens bien particulier du timing pour annoncer ses décisions. Après des réquisitions de non-lieu rendues publiques le 12 octobre 2018, à la veille de l’élection de la ministre des Affaires étrangères rwandaises Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et une ordonnance de clôture du dossier communiquée le 24 décembre, au soir de Noël, les magistrats de la cour d’appel ont rendu leur délibéré à la veille du 4 juillet, jour anniversaire de la victoire du FPR sur le camp génocidaire.

De son côté, « le gouvernement rwandais n’a pas l’intention de commenter ce jugement », indique à JA une source officielle.

Nomination prochaine d’un ambassadeur de France

L’abandon de cette instruction épineuse constituait-il le dernier verrou avant la nomination d’un nouvel ambassadeur français à Kigali ? Depuis le départ de Michel Flesch, en 2015, le fauteuil reste désespérément vide. Kigali affirme être disposé à accueillir un représentant français à la faveur du rapprochement amorcé depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, mais à mots couverts, le gouvernement rwandais confie avoir posé des conditions à cette normalisation, sans vouloir en dire plus.

Après la visite en 2019, lors de la 25e commémoration du génocide des Tutsi, d’un groupe de députés français, l’ouverture d’une commission d’historiens sur le rôle de la France – dont la composition est controversée – et la multiplication des projets entre l’AFD et le Rwanda, le dossier judiciaire sur l’attentat du 6 avril 1994 apparaît comme la dernière étape de ce dégel.

Interrogé par Jeune Afrique sur les conséquences que pourraient entraîner une réouverture du dossier, Paul Kagame s’interroge : « Qu’espère-t-on découvrir qui n’ait été dit et soldé depuis des années ? Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes. Et pourquoi en France ? Par qui, et à quel titre ? Donc oui, c’est selon. Si ces choses ne sont pas définitivement éclaircies, nos relations risquent fort d’en pâtir d’une manière ou d’une autre. »

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

RDC/Kinshasa : Arrivée des présidents Rwandais et Angolais aux obsèques d’Étienne Tshisekedi

mai 31, 2019

 

Publiée le 31 mai 2019 par Ma MissionTV

RDC: début de polémique après un échange entre Moïse Katumbi et Paul Kagame

mai 1, 2018

 

L’opposant Moïse Katumbi, lors d’une conférence de presse à Paris, en juin 2016. © Ariane Grosset/AP/SIPA

La présence à Kigali de Moïse Katumbi n’est pas passée inaperçue. Le séjour de l’opposant congolais dans la capitale rwandaise les 28 et 29 avril, lors de la cérémonie de remise du prix Mo Ibrahim, a notamment été l’occasion d’un échange avec le président Paul Kagame, qui fait l’objet d’un début de polémique.

Interrogé par le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim sur la situation politique en RDC, le président Paul Kagame a déclaré samedi 28 avril que « les problèmes du Congo ne sont pas seulement des problèmes congolais ». « Le Congo a neuf voisins, chacun de nous est affecté par ce qui se passe au Congo. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Certains plus que d’autres, mais tout le monde est affecté. »

« C’est pourquoi, naturellement, les voisins ont la légitimité de faire quelque chose ou d’en dire quelque chose », a-t-il poursuivi. Des déclarations pouvant prêter le flanc à la controverse au regard de l’histoire entre les deux pays, jalonnée depuis près d’un quart de siècle par des accusations d’ingérence rwandaise dans les affaires congolaises.

« Le président a tout dit »

Mo Ibrahim cherche alors dans l’assistance Moïse Katumbi, présenté comme l’un des principaux opposants à Joseph Kabila, pour lui demander s’il a « quelque chose à ajouter à ce que le président [Paul Kagame] a dit ». « Je pense que je n’ai rien à ajouter pour le moment, je pense que le président a tout dit », lui répond Moïse Katumbi, donnant ainsi l’impression d’acquiescer aux propos du chef de l’État rwandais.

Sur les réseaux sociaux, ses détracteurs s’en sont donné à cœur joie, en rappelant le lourd passé de la guerre et des rébellions pléthoriques financées par Kigali à la fin des années 1990. « Moïse Katumbi refuse de pointer Paul Kagame du doigt pour son mauvais rôle dans l’instabilité de la RDC ! Quel rapport ne cite pas le nom du Rwanda dans l’agression du Congo ? Cet homme est-il vraiment informé de la situation congolaise ou vit-il sous d’autres cieux ? », s’interroge un internaute sur Twitter.

« Kabila ne me fait pas peur »

Lors de son passage à Kigali, l’opposant congolais – qui demeure la cible privilégiée du régime de Joseph Kabila – s’est également exprimé sur la perspective des élections prévues le 23 décembre prochain. « Si Kabila ne permet pas la tenue des élections, comme nous le soupçonnons parce qu’il ment beaucoup, eh bien il y a l’Union africaine et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Nous nous tournerons vers elles pour qu’elles agissent », a-t-il déclaré.

Faisant référence à la date limite du dépôt des candidatures, Moïse Katumbi a souligné que « juillet arrive à grand pas ». « Je vais revenir en RDC, et Kabila ne me fait pas peur », a-t-il promis. Exilé en Europe depuis deux ans, l’homme d’affaires a maille à partir avec la justice congolaise, qui l’a condamné dans une affaire de spoliation immobilière et le poursuit pour le recrutement présumé de mercenaires.

Dernière affaire en date : sa nationalité italienne, qu’il a acquise le 3 octobre 2000 avant d’y renoncer le 13 janvier 2017, et qui lui vaut aujourd’hui d’être poursuivi pour « faux et usage de faux » – la Constitution congolaise disposant que la nationalité est « une et exclusive ».

Jeuneafrique.com par

Paul Kagamé appose sa méthode à l’Union africaine

janvier 29, 2018

 

À Kigali, en mai 2017. © Vincent Fournier/JA

Chargé de réformer l’UA, le chef de l’État rwandais prend la tête de l’institution. Et applique sa méthode. Certains adorent, d’autres moins.

Il suscite l’admiration autant qu’il agace. À Addis-Abeba, dans les coulisses du 30e sommet de l’Union africaine (28-29 janvier), l’arrivée du président rwandais à la tête de l’institution suscitait nombre de commentaires avant même qu’il ne prenne officiellement ses fonctions.

La « méthode Kagame » est au cœur de l’UA depuis ce mois de juillet 2016 où ses pairs l’ont désigné pour mener à bien les réformes que chacun appelle de ses vœux. Il aurait suffi, dit-on, qu’Idriss Déby Itno, à l’époque président en exercice, prononce son nom lors d’une réunion à Kigali, en marge du 27e sommet, pour qu’il fasse aussitôt l’unanimité.

Il est vrai qu’en un peu moins de vingt-cinq ans l’ancien chef militaire a hissé son pays au rang des bons élèves en matière de gestion et de gouvernance. Le bilan est moins flatteur en ce qui concerne les libertés, l’ouverture démocratique et l’alternance politique, mais il n’a cure des critiques et, à l’UA, ces questions ne sont pas au centre des préoccupations.

Kagame ? « Un grand homme » qu’on ne peut connaître qu’en allant « se balader dans les rues toutes propres de Kigali », s’enthousiasme un diplomate d’Afrique du Nord. « Chez nous, les résultats sont visibles. Logiquement, les membres de l’UA se sont dit que ce qu’il avait fait au Rwanda, il pouvait le faire sur le continent », affirme sans surprise Olivier Nduhungirehe, secrétaire d’État au ministère rwandais des Affaires étrangères.

Un comité de pilotage au travail

Le dépoussiérage de l’UA a déjà commencé. Kagame a immédiatement mis sur pied un comité de pilotage. On y trouve son compatriote Donald Kaberuka, ancien ministre et ex-patron de la BAD, l’économiste camerounais Acha Leke et Carlos Lopes, qui fut secrétaire général de la commission économique pour l’Afrique des Nations unies.

Aucune des neuf personnalités de ce groupe d’experts n’est issue de l’Afrique du Nord, alors que l’organisation panafricaine a coutume de respecter un certain équilibre régional.« Le président Kagame n’a pas voulu ostraciser qui que ce soit, mais cette notion n’a pas été sa préoccupation première. L’essentiel, pour lui, c’est que le comité soit efficace », explique son entourage.

[Paul Kagame] ne supporte pas l’idée qu’un dossier s’enlise

Pour s’en assurer, il réunit ses troupes chaque mois : parfois à l’occasion d’une réunion internationale (comme à la dernière Assemblée générale des Nations unies), à chaque sommet de l’UA (comme le 27 janvier à Addis), ou à Kigali, comme il y a trois semaines. Ces « débriefings » se déroulent toujours sur « convocation » du chef et durent six à huit heures, durant lesquelles tous les points de sa réforme sont abordés.

Les blocages sont évoqués, des solutions proposées. Lorsqu’il l’estime nécessaire, Paul Kagame n’hésite pas à intervenir lui-même auprès de ses homologues. À chaque sommet, Moussa Faki Mahamat, le président de la commission, se joint à la réunion.

Paul Kagame est donc fidèle à sa réputation. S’il n’a pas fait signer au personnel un « contrat de performance », comme il l’a fait au Rwanda avec tous les fonctionnaires, il ne supporte pas l’idée qu’un dossier s’enlise. On le dit pourtant « flexible » tant qu’une proposition qui « tient la route » est avancée.

Court-circuités

Afin d’accélérer l’adoption de certains points spécifiques, il a aussi instauré une nouvelle méthode. Plutôt que d’attendre les sommets, où sont d’abord consultés les représentants permanents, puis le conseil exécutif et enfin les chefs d’État, le président rwandais organise des séminaires avec ses pairs, au cours desquels des mesures sont symboliquement adoptées.

Le 7 janvier, il leur a fait parvenir une mise à jour du dossier, en leur demandant de le soutenir lors du sommet d’Addis. Il lui arrive aussi de dépêcher dans les capitales Louise Mushikiwabo, sa ministre des Affaires étrangères.

Les lourdeurs administratives de l’UA lui déplaisent. Résultat : certains représentants permanents ne cachent plus leur irritation d’être ainsi court-circuités. Mais c’est aussi, pour lui, une manière de maîtriser la communication. En limitant le nombre de documents en circulation, il évite les fuites et se met à l’abri des pressions.

Il ne veut pas d’une présidence de routine, il veut être performant

Sa présidence de l’UA sera-t-elle du même acabit ? Dans l’entourage de Moussa Faki Mahamat, on minimise : « Cette élection est cérémonielle. Comme tous ses prédécesseurs, il n’aura pas de bureau à l’UA. Il n’y a eu aucune préparation particulière. »

Côté rwandais, le son de cloche est forcément différent : « Il ne veut pas d’une présidence de routine, il veut être performant. » Et du côté des diplomates : « Nous avons confiance en lui, l’UA a besoin d’être dynamisée. »

Loin d’être isolé

Au sein de l’hémicycle, Kagame pourra compter sur le soutien de plusieurs de ses homologues : Hailemariam Desalegn, le Premier ministre éthiopien (les liens avec l’Éthiopie remontent à l’époque où le Front patriotique rwandais était dans le maquis), Ali Bongo Ondimba et Faure Gnassingbé.

Ses relations sont bonnes avec Macky Sall et Alpha Condé, pragmatiques avec Joseph Kabila. Quant à l’arrivée de João Lourenço à la tête de l’Angola, elle a visiblement réchauffé les relations entre Kigali et Luanda.

Jeuneafrique.com par

France-Rwanda: Emmanuel Macron et Paul Kagamé se sont entretenus à New York

septembre 19, 2017
Les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron à New York, lundi 18 septembre. © Twitter – Présidence rwandaise

Les présidents rwandais et français se sont entretenus lundi à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Une rencontre peu courante alors que les relations entre les deux pays restent empoisonnées par le génocide de 1994.

Un tweet diffusé par la présidence rwandaise montre les deux hommes, sourire crispé, en train de se serrer la main, après avoir discuté de « collaboration sur des questions d’intérêt mutuel, dont la sécurité et la paix en Afrique ».

Une rencontre considérée par l’analyste politique rwandais Christopher Kayumba comme « un bon signe, qui suggère que leur relation pourrait être meilleure qu’avec les [précédents] présidents français ». Le Rwanda accuse depuis des années la France d’avoir participé en 1994 aux massacres qui ont fait environ 800 000 morts en à peine 100 jours, essentiellement parmi la minorité tutsi.

Réouverture d’une enquête en France

Déjà ombrageuses, les relations entre les deux pays ont empiré après la réouverture en octobre 2016 par la justice française d’une enquête sur l’assassinat du président de l’époque, Juvénal Habyarimana, événement considéré comme l’élément déclencheur du génocide. Le dossier avait été rouvert pour entendre le témoignage d’un ancien chef d’état-major rwandais accusant  Paul Kagame d’être l’instigateur de cet assassinat.

De son côté, Kigali estime que Paris, alors allié du régime extrémiste hutu, a ignoré les signes montrant l’imminence d’un génocide et a entraîné les soldats et les miliciens qui ont par la suite perpétré les massacres. Plutôt que d’empêcher les tueries, les soldats français dépêchés au Rwanda auraient cherché à contrecarrer la progression des forces tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), qui ont ensuite pris le pouvoir. Des accusations maintes fois niées par Paris, qui assure avoir permis de sauver des milliers de vies humaines.

Jeuneafrique.com avec AFP