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L’héritage de la COVID-19 : pauvreté et instabilité

mai 30, 2021

Si les Européens et les Nord-Américains parviennent jusqu’à maintenant à passer à travers la pandémie de COVID-19, c’est grâce entre autres aux mesures de soutien prises par leurs gouvernements, qui ont tenu l’économie à bout de bras au cours de la dernière année. Cependant, des milliers de personnes vivant dans ces pays riches ont subi des pertes de revenu très importantes et les files sont longues devant les comptoirs d’aide alimentaire.

Des sans-abris font la file pour recevoir un repas le 8 décembre 2020, à Manille, aux Philippines, où les associations caritatives peinent à fournir à la demande depuis le début de la pandémie.

© TED ALJIBE/Getty Images Des sans-abris font la file pour recevoir un repas le 8 décembre 2020, à Manille, aux Philippines, où les associations caritatives peinent à fournir à la demande depuis le début de la pandémie.

Dans les pays plus pauvres, la situation est catastrophique. La COVID fera entre 119 et 124 millions de pauvres (vivant avec moins de 1,90 $ par jour), selon les estimations de la Banque mondiale.

Ce calcul inclut les personnes dont le statut s’est détérioré à cause de la pandémie (entre 88 et 93 millions), mais aussi celles qui seraient sorties de la pauvreté n’eût été la COVID-19 (31 millions de personnes).

Avant la pandémie, la Banque mondiale prévoyait qu’il y aurait 31 millions de nouveaux pauvres en moins en 2020. On est loin du compte.

Selon un sondage téléphonique mené par la Banque mondiale dans des pays en développement auxquels elle vient en aide, depuis le début de la pandémie, 51,5 % des adultes ont dû sauter au moins un repas par manque d’argent.

C’est la première fois en 20 ans que le taux de pauvreté mondiale s’accroîtra, explique Ambar Narayan, économiste principal au pôle d’expertise en Pauvreté et équité de la Banque mondiale. La dernière fois que la pauvreté mondiale a augmenté, c’était après la crise financière asiatique en 1998», affirme-t-il.

Depuis 1999, le nombre d’habitants de la planète vivant dans l’extrême pauvreté a reculé de plus de 1 milliard. La pandémie de COVID-19 risque d’annuler en partie ces progrès.

Les régions les plus touchées sont celles où la pauvreté était déjà élevée, précise M. Narayan, notamment l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.

À cette strate de pauvres, la COVID-19 ajoute un nouveau segment de la population, explique l’économiste. Beaucoup d’entre eux vivent dans des pays à revenu intermédiaire, dans les centres urbains et travaillent dans des secteurs informels.

C’est différent de la pauvreté structurelle que l’on voyait avant la pandémie», soutient-il.

En Asie, beaucoup de ces nouveaux pauvres sont dans des pays comme le Bangladesh, le Pakistan et surtout l’Inde, qui pèse de tout son poids démographique dans la balance des démunis.

L’Inde comprend environ le quart des personnes qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté au monde», souligne Jules Naudet, sociologue au centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (EHESS-CNRS). Les tendances indiennes pèsent donc très lourd sur les dynamiques globales.»

Des volontaires d'une organisation non gouvernementale distribuent de la nourriture à des Indiens dans le besoin à Mumbai, le 15 avril 2021.

© Indranil Mukherjee/afp via getty images Des volontaires d’une organisation non gouvernementale distribuent de la nourriture à des Indiens dans le besoin à Mumbai, le 15 avril 2021.

Les problèmes économiques du pays ne datent pas de la COVID, affirme le chercheur, mais plutôt des mauvaises politiques gouvernementales de ces dernières années.

La démonétisation décrétée par le gouvernement Modi en 2016 a causé un choc qui a entraîné des faillites et un endettement accru. Puis est arrivée la COVID-19.

Au moment où l’économie tournait déjà déjà au ralenti, pour éviter le pire, le gouvernement a décidé, avec quatre heures de préavis seulement, d’imposer un confinement à l’échelle du pays entier», raconte Jules Naudet. Puisqu’ils n’avaient plus de moyens de subsistance, les travailleurs migrants ont alors tenté de rentrer dans leurs villages, ce qui a occasionné une congestion monstre et des milliers de morts.

Des travailleurs migrants, privés de travail en mars 2020 en raison du confinement, tentent de regagner leur région d'origine.

© Amit Dave/Reuters Des travailleurs migrants, privés de travail en mars 2020 en raison du confinement, tentent de regagner leur région d’origine.

Au cours de ce premier confinement, le gouvernement a mis en place certaines mesures pour aider les plus démunis, dont la distribution de riz et de lentilles, mais beaucoup de personnes ont souffert de faim et se sont fortement endettées. Lors de la deuxième vague, la détresse est encore plus grande, souligne M. Naudet.

Les inégalités amplifiées

Les impacts de la COVID-19 n’ont pas fini de se faire sentir, notamment en ce qui concerne les inégalités de revenu à l’intérieur des pays, ainsi que la diminution de la mobilité sociale, souligne la Banque mondiale.

Dans beaucoup de pays en développement, la mobilité sociale est déjà très basse, soutient Ambar Narayan. Or, avec la pandémie, des milliers d’enfants ont été privés d’école et des opportunités d’améliorer leur situation. Les conséquences à moyen et long terme risquent d’être désastreuses.

Les Colombiens se sont mobilisés contre le gouvernement, alors que l'économie du pays s'est fortement détériorée avec la pandémie.

© /Reuters Les Colombiens se sont mobilisés contre le gouvernement, alors que l’économie du pays s’est fortement détériorée avec la pandémie.

Plusieurs observateurs craignent que cet appauvrissement brutal n’entraîne une crise sociale dans plusieurs pays fragiles. La cohésion sociale est mise à mal par la pandémie», écrit notamment le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans une étude montrant que les émeutes, manifestations et violences collectives ont augmenté au cours de la dernière année.

Les effets du confinement et de la crise varient selon les systèmes politiques, ainsi que selon le niveau de pauvreté ou de développement des pays, estime Mathieu Couttenier, enseignant-chercheur à l’École normale supérieure de Lyon. Le confinement a eu tendance à exacerber les inégalités économiques, les tensions politiques et les tensions religieuses et ethniques existantes», croit-il.

Dans certains cas, cela a pris la forme de manifestations pour dénoncer (ou réclamer) des mesures gouvernementales, alors que dans d’autres, il s’agit de violences organisées de la part de groupes armés.

Les violences plus structurées surviennent surtout dans des pays où les groupes d’insurgés profitent de l’affaiblissement de l’État, notamment en Afrique.

Pour autant, les pays du nord ne sont pas épargnés, avec des violences qui prennent par exemple la forme de représailles contre des groupes considérés comme boucs émissaires, comme la communauté asiatique. Dans un contexte d’instabilité économique, on a tendance à blâmer ceux qui ont moins de pouvoir dans la société, les plus pauvres ou les étrangers», croit M. Couttenier.Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Capitole d'Atlanta, aux États-Unis, en soutien à la communauté asiatique américaine après que huit personnes, dont six femmes d'origine asiatique, ont été tuées au cours de plusieurs fusillades dans des salons de massage de la région à la mi-mars.

© Megan Varner/Getty Images Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Capitole d’Atlanta, aux États-Unis, en soutien à la communauté asiatique américaine après que huit personnes, dont six femmes d’origine asiatique, ont été tuées au cours de plusieurs fusillades dans des salons de massage de la région à la mi-mars.

Comment prévenir ces flambées de violence?

Dans certains cas, les États peuvent intervenir en stabilisant le prix de certains aliments pour éviter un appauvrissement généralisé, croit M. Couttenier.

Dans d’autres, il peut y avoir un travail d’éducation et d’information pour combattre les stéréotypes qui poussent à la violence envers certaines communautés. Mais c’est vraiment au cas par cas, pense-t-il. Chaque pays est un cas unique.»

La communauté internationale, pour sa part, a également un rôle à jouer en épaulant les pays en développement. Il ne peut y avoir de fin durable à la crise économique sans mettre fin à la crise sanitaire», écrit le Fonds monétaire international (FMI), qui préconise notamment des dons massifs de vaccins ainsi que des subventions accrues aux nations moins nanties.

Aider les plus pauvres permettra de remettre en marche la machine plus rapidement et apportera un rendement de l’investissement très profitable, croit le FMI.

Le G20 a soutenu cette initiative en émettant des droits de tirage spéciaux, qui permettront d’augmenter les capacités de prêts du FMI. Les 20 pays les plus riches du monde ont également décidé en avril de prolonger la suspension du service de la dette des pays les plus vulnérables jusqu’à fin 2021.

Avec  Ximena Sampson 

La Tunisie, sous tension, marque le 7e anniversaire de sa révolution

janvier 14, 2018

Des Tunisiens manifestent devant le siège du puissant syndicat UGTT à Tunis à l’occasion du 7e anniversaire de la révolution, le 14 janvier 2018 / © AFP / Anis MILI

La Tunisie a marqué dimanche le septième anniversaire de sa révolution dans un contexte de vive tension sociale, comme en témoignent de récents troubles, en raison de la persistance des maux -pauvreté, chômage, corruption- à l’origine de la chute de la dictature.

Sur l’avenue Bourguiba dans le centre de Tunis, l’un des lieux emblématiques du soulèvement qui fut le point de départ des révoltes arabes, plusieurs centaines de personnes ont manifesté par groupes séparés à l’appel de partis et de syndicats, pour marquer l’anniversaire de la chute de Zine El Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage.

Des membres du collectif citoyen « Manich Msamah » (« Je ne pardonnerai pas ») ont défilé en brandissant les photos de « martyrs » de la révolution. Un peu plus loin, des jeunes manifestaient pour l’emploi, tandis que des membres du parti islamiste Ennahdha se succédaient sur un grand podium.

L’avenue a été placée sous très haute sécurité et les arrivants étaient soumis à des fouilles.

L’ambiance, généralement bon enfant, n’occultait toutefois pas une grogne sociale persistante, qui a récemment refait surface dans l’ultime pays rescapé du Printemps arabe.

Sept ans après le départ de Ben Ali, qui vit en exil en Arabie saoudite, nombre de Tunisiens estiment avoir gagné en liberté mais perdu en niveau de vie.

Malgré le succès relatif de sa transition démocratique, la Tunisie ne parvient en effet pas à s’extirper de la morosité économique et sociale. La semaine dernière, des manifestations pacifiques et des émeutes nocturnes ont secoué plusieurs villes.

– ‘Couffin vide’ –

Alimentée par un chômage persistant, la grogne a été exacerbée par des hausses d’impôts prévues dans le budget 2018, grignotant un pouvoir d’achat déjà éprouvé par une inflation en hausse (plus de 6% fin 2017).

Les protestataires réclament la révision du budget voté en décembre mais aussi une lutte plus efficace contre la corruption, autre fléau persistant.

Devant le siège du puissant syndicat UGTT, une foule a exprimé ce vif mécontentement, à l’image de Foued El Arbi, brandissant un couffin vide avec la mention « 2018 ».

« Ce couffin vide résume notre situation médiocre sept ans après la révolution », a fustigé ce professeur de philosophie.

« Nous protestons contre cette loi de finances (…) qui détruit le pouvoir d’achat de la majorité des Tunisiens et sert les intérêts des corrompus et des pilleurs », a de son côté dit à l’AFP Hamma Hammami, le porte-parole du Front populaire, qui défilait sur l’avenue Bourguiba.

Cette coalition de partis de gauche a été accusée par le chef du gouvernement Youssef Chahed d’être responsable des derniers troubles, lors desquels quelque 803 personnes soupçonnées de violence, de vol et de pillage ont été arrêtées, selon le ministère de l’Intérieur.

Le président Béji Caïd Essebsi s’est, lui, rendu dans le quartier populaire d’Ettadhamen, en banlieue de Tunis, où des heurts nocturnes ont opposé des jeunes contestataires aux forces de sécurité la semaine passée.

« Cette année nous allons commencer à nous occuper des jeunes », a assuré M. Essebsi en inaugurant un complexe culturel destiné à la jeunesse.

« La révolution de la liberté et de la dignité (…) a essentiellement été menée par les jeunes » et « il faut que nous nous occupions (…) de ce quartier populaire et défavorisé », a-t-il ajouté.

Mais plusieurs habitants venus pour tenter -en vain- de présenter leurs doléances au président ont exprimé leur frustration.

« Je n’ai pas de quoi acheter un yaourt! », s’époumone en larmes Souad, 40 ans, devant une haie de policiers et de gendarmes. « Il dit qu’il va nous aider et puis il repart dans son palais », lance amèrement Mouna, une lycéenne.

– ‘Libres, mais affamés’ –

La révolution tunisienne avait été déclenchée par l’immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid -une ville dans l’arrière-pays déshérité- du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières. Sous la pression populaire, Ben Ali avait pris la fuite le 14 janvier. Ce soulèvement a fait 338 morts.

Pour la politologue Olfa Lamloum, les troubles sociaux des derniers jours « révèlent une colère portée par les mêmes (personnes) qui s’étaient mobilisées en 2011 et n’ont rien obtenu ».

« Cela fait sept ans qu’on ne voit rien venir. On a eu la liberté, c’est vrai, mais nous sommes plus affamés qu’avant », a résumé Walid, un chômeur de 38 ans rencontré à Tebourba, près de Tunis, un des fiefs de la contestation actuelle.

Le mouvement social a été lancé début janvier à l’appel de « Fech Nestannew » (« Qu’est-ce qu’on attend? »), dont les instigateurs, issus de la société civile, réclament davantage de justice sociale.

En difficulté financière, notamment après la crise du secteur touristique liée à une série d’attentats jihadistes en 2015, la Tunisie a obtenu un prêt de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans du Fonds monétaire international (FMI). En échange, elle s’est engagée à une réduction de son déficit public et à des réformes économiques.

Le gouvernement a promis un plan d’action social qui doit toucher plus de 120.000 bénéficiaires. Il coûtera plus de 70 millions de dinars (23,5 millions d’euros), selon les autorités.

Il prévoit une aide à l’accès à la propriété pour les familles pauvres, des mesures visant à assurer « une couverture médicale pour tous » et une augmentation de l’allocation sociale en faveur des familles nécessiteuses.

Romandie.com avec(©AFP / 14 janvier 2018 14h49)                

L’Américano-Britannique Angus Deaton prix Nobel d’économie pour ses recherches sur la pauvreté

octobre 12, 2015

Stockholm – L’Américano-Britannique Angus Deaton, 69 ans, a remporté lundi le prix Nobel d’économie pour ses recherches sur la consommation, en particulier celles des pauvres, a annoncé le comité Nobel.

Ce professeur, né en Ecosse et qui travaille à l’université de Princeton aux États-Unis, a été primé pour son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être, a indiqué le jury suédois.

Pour élaborer des politiques économiques qui promeuvent le bien-être et réduisent la pauvreté, nous devons d’abord comprendre les choix de consommation individuels. Plus que quiconque, Angus Deaton a amélioré cette compréhension, a-t-il estimé.

En liant des choix individuels précis et des résultantes collectives, sa recherche a contribué à transformer les champs de la microéconomie, de la macroéconomie et de l’économie du développement, a ajouté l’Académie royale des sciences.

M. Deaton s’est posé trois questions principales: comment les consommateurs répartissent leurs dépenses, combien dans une société est consommé et épargné, et enfin comment mesurer le bien-être individuel.

Ces questions l’ont poussé à une analyse fine de problèmes comme la relation entre le revenu et la quantité de calories consommées, et l’ampleur de la discrimination entre les sexes au sein de la famille.

M. Deaton succède au Français Jean Tirole, qui avait été primé en 2014 pour son analyse de la régulation des marchés.

Il remporte huit millions de couronnes suédoises (860.000 euros).

Le prix d’économie, officiellement prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, est le dernier de la saison des Nobel, marquée par le couronnement de la Bélarusse Svetlana Alexievitch (littérature) et du quartette d’organisations qui a permis de sauver la transition démocratique en Tunisie (paix).

Romandie.com avec(©AFP / 12 octobre 2015 13h32)

Viol, stigmatisation, pauvreté : les conditions de vie des réfugiés urbains au Cameroun

août 27, 2015

YAOUNDÉ, 26 août 2015 (IRIN) – Christian*, 11 ans, et Pauline*, 13 ans, fixent d’un regard vide les cartes de santé qu’ils tiennent dans leurs mains au centre médical de la Croix-Rouge de la capitale camerounaise.

En juin 2013, les deux enfants ont fui le conflit qui frappait la République centrafricaine (RCA) et se sont installés à Yaoundé en tant que réfugiés. Depuis leur arrivée, ils ont subi des agressions sexuelles et des viols. Et ils se battent pour assurer leur propre survie dans une grande ville étrangère.

Christian, qui a encore un pansement sur la tête, se souvient des évènements du 7 juillet : les deux enfants rentraient chez eux après avoir rendu visite à Mama Florence, une Camerounaise qui leur donnait de la nourriture de temps en temps.

« Quatre voyous sont sortis d’une maison abandonnée, couteaux et tournevis à la main », a-t-il raconté à IRIN. « C’était comme dans un film d’horreur. Ils nous ont fait rentrer de force [et nous ont violés] ».
Pauline avait déjà subi une agression et un viol à Yaoundé, à la fin de l’année 2014.
  
« Quand j’étais en [RCA], je voulais mourir », a-t-elle dit à IRIN. « J’ai fui pour échapper aux violences, mais je souffre toujours. J’aurais peut-être dû mourir là-bas, car nous sommes la proie des pédophiles ici ».

Pas de filet de sécurité en ville

Il n’y a pas de chiffres officiels, mais nombre d’adolescents réfugiés qui se sont installés dans des grandes villes aux quatre coins du monde et qui se battent pour leur survie sont exposés à la violence et à l’exploitation sexuelle.

En général, les réfugiés qui s’installent dans les zones rurales sont bien accueillis et ils sont pris en charge par les communautés hôte ; en revanche, les réfugiés qui s’installent dans les centres urbains doivent non seulement se débrouiller seuls pour trouver de la nourriture, un abri et d’autres articles essentiels, mais ils sont aussi souvent confrontés à la stigmatisation et à l’exploitation.
 
« Nous connaissons le phénomène des violences sexuelles à l’encontre des réfugiés, particulièrement à Yaoundé », a dit Damien Noma, directeur administratif de l’organisation non gouvernementale (ONG) Respect Cameroun.

« Bien sûr, le problème ne concerne pas seulement les réfugiés, mais la majorité des agresseurs sont des Camerounais qui connaissent la situation de leurs proies, et ces agresseurs leur disent : ‘vous ne pouvez pas vous plaindre, car vous n’êtes pas chez vous’ ».

Bon nombre de réfugiés urbains ne connaissent pas leurs droits, et ceux qui les connaissent ont trop peur pour les exercer.

Ainsi, Christian et Pauline ont dit à IRIN qu’ils n’ont pas tout de suite signalé les viols dont ils ont été victimes, car ils avaient trop peur des autorités camerounaises.

« La plupart souffrent davantage, parce qu’ils ne connaissent pas les lois et les réglementations et les conventions internationales qui existent pour les protéger », a expliqué M. Noma. « Le réfugié ne sait pas que ses droits ne s’arrêtent pas à la simple prise en compte de ces besoins élémentaires ».

Les réfugiés sont fortement stigmatisés au Cameroun. On les accuse souvent de manquer de discipline, de respect, d’hygiène ou d’avoir des maladies. D’autres sont régulièrement harcelés par la police ; ils reçoivent des coups, font l’objet d’actes d’intimidation, de détentions arbitraires et d’actes de corruption, selon l’Association camerounaise pour la défense des droits de l’homme.

Bon nombre de réfugiées sont enrôlées dans la prostitution ou sont victimes du trafic d’êtres humains.  
« Le mois dernier, mon amie et moi, nous avons été arrêtées et nous avons passé la nuit en détention sous le prétexte que nous étions des prostituées », a dit Geneviève Anaki, une réfugié ivoirienne de Yaoundé. « Les policiers nous ont dépouillées et nous ont demandé des faveurs sexuelles avant de nous relâcher ».

Gérard Tsamo, un avocat de Yaoundé, a dit à IRIN : « Ils [les réfugiés urbains] sont exposés à un danger constant, notamment en termes de violation des droits, de détention, de déportation ou d’exploitation sexuelle ».

Reçoivent-ils de l’aide ?

Dans un pays où le taux de chômage est élevé – l’année dernière, au moins 6,3 millions de Camerounais étaient sans emploi ou sous-employés, sur une population de 22 millions d’habitants – la pauvreté extrême est répandue chez les réfugiés urbains.

« Avant l’agression, je cirais des chaussures, je lavais des voitures et parfois je volais pour survivre », a dit Pauline.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que, en 2014, il a fourni une assistance humanitaire et une protection à quelque 14 000 réfugiés et demandeurs d’asile installés dans les centres urbains camerounais avec l’aide du gouvernement.

L’organisation a fourni des documents aux réfugiés urbains pour qu’ils bénéficient de l’aide, a travaillé à l’amélioration des relations entre les citoyens camerounais et les réfugiés et à la couverture des besoins de subsistance.

La police indique qu’elle participe elle aussi à la protection des réfugiés – et qu’elle ne profite pas d’eux.
 
« Ce que l’on vous a dit [sur les réfugiés placés en détention ou tabassés] est faux », a expliqué à IRIN Paul Ella, un officier de police de Yaoundé. « Les officiers de police sont des gens responsables et nous sommes formés pour respecter les droits de l’homme, même ceux des réfugiés ».

Les réfugiés urbains partagent la situation des habitants des quartiers les plus pauvres de Yaoundé, notamment l’extrême pauvreté et un accès limité aux services de base, mais ils sont confrontés à d’autres obstacles en raison de l’incertitude de leur statut juridique et de l’absence de documents appropriés.

« L’accès aux droits… les aiderait, les informerait et les impliquerait », a dit à IRIN Linda Oyongo, qui travaille pour l’Association camerounaise pour la défense des droits de l’homme.

Irin.org avec congomfoa.com

La moitié des Français vit avec moins de 19.000 euros par an

août 30, 2011

La crise a davantage touché le niveau de vie des ménages les plus modestes, rapporte l’Insee. La hausse du nombre de personnes pauvres tient à la progression du chômage.

Le débat fait rage en ce moment sur la notion de «très hauts revenus» -le gouvernement, qui prévoit de les taxer, l’a pour l’instant estimée à 500.000 euros par an, mais les parlementaires risquent fort de fixer la barre moins haut. Celle de pauvreté, en revanche, est bien plus précise.

Dans une étude publiée ce mardi, l’Insee rappelle que son seuil correspond à 60% du niveau de vie médian – celui qui partage la population française en deux parties égales -, soit 954 euros mensuels (11.450 euros par an) en 2009. Cette même année, 8,2 millions de personnes vivaient sous ce seuil.

C’est ainsi 13,5% de la population qui avait du mal à faire face à des remboursements d’emprunt, qui se trouvait régulièrement à découvert ou encore qui devait puiser dans ses économies pour équilibrer son budget. Soit 0,5 point de plus qu’en 2008, où ils étaient 7,84 millions.

Les écarts se creusent

Cette hausse du nombre de personnes pauvres tient à la progression du chômage pendant la période de marasme économique. «Toutefois, des mesures ponctuelles et la montée en charge progressive du revenu de solidarité active ont permis de limiter les effets de la crise», souligne l’étude. Il n’en reste pas moins qu’en 2009, 10,1% des actifs de plus de 18 ans sont pauvres.

Alors que les écarts de niveau de vie entre les Français les plus fragiles et les plus riches avaient diminué jusqu’en 2004, ils ne cessent de se creuser depuis. En 2009, les 10% de Français les plus modestes vivaient avec moins de 10.410 euros par an (un chiffre calculé par unité de consommation, qui tient compte des économies d’échelle quand plusieurs personnes composent le foyer), en baisse de 1,1% par rapport à 2008.

Parallèlement, les 10% les plus aisés avaient un niveau de vie d’au moins 35.840 euros, en hausse de 0,7%, moins forte toutefois que les années précédentes.

Quant au niveau de vie médian, il est de 19.080 euros par an par personne, soit 1590 euros par mois. Il a augmenté de 0,4% par rapport à 2008 (une progression également moins importante que les années précédentes).

Au total, le contexte de crise économique «se répercute sur l’ensemble des ménages, mais ce sont les plus modestes qui sont les plus touchés», conclut l’Insee.

Lefigaro.fr par Marie Visot