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Pérou: nouvelle manifestation, le président interrogé par le parquet

décembre 28, 2017

Le président du Pérou Pedro Pablo Kuczynski restait en position délicate jeudi, interrogé par la justice sur des soupçons de corruption et confronté à une nouvelle manifestation de familles de victimes contre la grâce qu’il a accordée à l’ex-chef d’Etat Alberto Fujimori. / © AFP / JUAN VITA

Le président du Pérou Pedro Pablo Kuczynski restait en position délicate jeudi, interrogé par la justice sur des soupçons de corruption et confronté à une nouvelle manifestation de familles de victimes contre la grâce qu’il a accordée à l’ex-chef d’Etat Alberto Fujimori.

Les deux affaires sont directement imbriquées.

D’un côté, c’est parce qu’Odebrecht, géant du BTP brésilien, a contredit le président en reconnaissant avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil liées à M. Kuczynski, alors ministre, entre 2004 et 2013, que l’opposition a lancé une procédure de destitution devant le Parlement.

Lors de cette séance du 21 décembre, « PPK » (acronyme et surnom de Pedro Pablo Kuczynski) a sauvé sa place de justesse grâce au soutien d’une partie du puissant mouvement politique fondé par M. Fujimori, pourtant dans l’opposition et désormais dirigé par ses enfants.

De l’autre, trois jours à peine après avoir sauvé son mandat, le président Kuczynski, 79 ans, a accordé une grâce à Alberto Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption.

Cette décision a provoqué une crise politique et des manifestations de Péruviens, qui reprochent à PPK d’avoir négocié ainsi sa survie à la tête de l’Etat.

Les familles des victimes y voient une « trahison », le chef de l’Etat de centre droit s’étant engagé durant sa campagne électorale de 2016 à ne pas libérer M. Fujimori, 79 ans également.

Sur le cas Odebrecht, « le président Kuczynski est réuni avec les procureurs depuis 9H30 ce matin (14H30 GMT) au siège du gouvernement », a déclaré à l’AFP le service de presse qui estime que l’interrogatoire pourrait durer plusieurs heures.

Les magistrats cherchent à savoir si une des entreprises de M. Kuczynski a pesé dans l’attribution de marchés au groupe brésilien ou profité des attributions de celui qui était alors ministre.

Ce scandale de corruption autour d’Odebrecht, qui distribuait généreusement les pots-de-vin pour obtenir des chantiers, éclabousse l’Amérique latine jusqu’aux sommets du pouvoir.

– ‘Gifle pour les victimes’ –

Jeudi, la dirigeante de l’opposition Keiko Fujimori se trouvait elle aussi au siège du parquet pour ce même dossier et les liens avec le financement de ses campagnes électorales. Elle nie toute malversation et s’est prise en photo avec des membres du ministère public avant d’être interrogée.

Son père, qui souffre de problèmes cardiaques, devrait rester hospitalisé jusqu’au vendredi au moins.

Mais ses ennuis de santé n’émeuvent guère les familles des victimes de la répression sous ses gouvernements (1990-2000), qui prévoient de manifester jeudi à partir de 17H00 locales (22H00 GMT) au cri de « la grâce est une insulte » et au côté de partis politiques et d’associations de défense des droits de l’homme.

L’ancien homme fort du Pérou, d’origine japonaise, a été reconnu responsable de l’assassinat de 25 personnes aux mains d’un escadron de la mort. Il a déjà purgé 12 ans de réclusion.

Encore traumatisés par les abus commis dans les années 1990, plus de 5.000 Péruviens ont déjà manifesté lundi soir à Lima contre cette grâce, exigeant la démission de « PPK ».

Sur le front de la justice, les militants des droits de l’homme se mobilisent aussi.

Des avocats des victimes et d’ONG tentent de saisir la Cour interaméricaine des droits de l’homme, dont le siège à San José (Costa Rica), afin qu’elle demande des comptes au gouvernement péruvien et analyse cette grâce en vue d’une éventuelle annulation.

« La cour peut décider d’annuler une décision » prise au Pérou, affirme Carlos Rivera, un des avocats.

La grâce très controversée à soulevé des protestations au sein du propre gouvernement péruvien et ailleurs dans le monde.

Mercredi, le ministre de la Culture Salvador del Solar a présenté sa démission. Trois parlementaires du camp présidentiel ont déjà quitté le parti de M. Kuczynski pour manifester leur réprobation. Le président exécutif de la radio-télévision publique, Hugo Coya, a également remis sa démission.

Deux rapporteurs spéciaux de l’ONU se sont quant à eux dit jeudi « consternés » par cette « gifle pour les victimes ».

Romandie.com avec(©AFP / 28 décembre 2017 19h02)

Pérou: le ministre de la Culture démissionne après la grâce à Fujimori

décembre 27, 2017

Lima – Le ministre péruvien de la Culture Salvador del Solar a présenté mercredi sa démission, trois jours après la grâce contestée accordée par le chef de l’Etat Pedro Pablo Kuczynski à l’ex-président péruvien Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l’humanité.

« J’ai présenté ma démission en tant que ministre de la Culture », a écrit sur son compte Twitter certifié cet acteur et réalisateur populaire de 47 ans, qui s’était toujours dit opposé à un geste envers M. Fujimori.

La décision du président a provoqué des manifestations de Péruviens, qui accusent le chef d’Etat d’avoir négocié politiquement cette mesure en échange de son maintien au pouvoir avec le soutien du mouvement politique fondé par M. Fujimori.

Transféré samedi de sa prison vers une clinique, l’ex-président, qui souffre de problèmes cardiaques, a vu mercredi son hospitalisation prolongée d’au moins 48 heures, a annoncé son médecin personnel.

Des familles des victimes de la répression sous les mandats de Fujimori (1990-2000), des partis politiques et des associations de défense des droits de l’homme se préparaient à défiler jeudi contre la décision de le gracier.

Romandie.com avec(©AFP / 27 décembre 2017 19h10)                                            

Grâce « humanitaire » pour l’ancien homme fort du Pérou Alberto Fujimori

décembre 25, 2017

Un partisan d’Alberto Fujimori le 24 décembre 2017 à Lima / © AFP / ANDINA

Le président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, a accordé dimanche une grâce « humanitaire » à l’ex-chef de l’Etat Alberto Fujimori, condamné à 25 de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, et hospitalisé depuis la veille.

Alberto Fujimori, âgé de 79 ans et d’origine japonaise, a gouverné le Pérou de 1990 à 2000.

En 2009, il avait été condamné à une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité pour avoir commandité l’assassinat de 25 personnes aux mains d’un escadron de la mort durant la guerre contre les guérilleros du Sentier lumineux (extrême gauche maoïste).

Le président de la République « a décidé d’accorder la grâce humanitaire à monsieur Alberto Fujimori et à sept autres personnes dans une situation similaire », indique un communiqué de la présidence.

Cette grâce a été accordée en réponse à une requête introduite le 11 décembre par le détenu, a précisé la présidence.

L’ancien homme fort du Pérou avait subi il y a une semaine une visite médicale dans le centre pénitentiaire où il purge sa peine depuis 2007.

« Il a été établi que M. Fujimori souffrait d’une maladie progressive, dégénérative et incurable, et que les conditions carcérales représentaient un danger pour sa vie, sa santé et son intégrité » physique, précise le texte.

Samedi, il avait été transféré de la prison vers une clinique de Lima en raison d’une baisse de tension artérielle et une arythmie, selon son médecin traitant.

« Je pense qu’il a été affecté par tout ce qui s’est passé cette semaine », avait commenté le Dr Alejandro Aguinaga.

– ‘Un grand jour’ –

Des rumeurs circulaient depuis un récent vote favorable à Pedro Pablo Kuczynski, surnommé PPK, sur une grâce à l’occasion de la fête de Noël et à l’issue de négociations entre le gouvernement et les proches de M. Fujimori.

Menacé de destitution par le Parlement, le président péruvien de centre droit a réussi jeudi à conserver le pouvoir, mais derrière cette victoire pointe la division du clan Fujimori qui conserve une forte influence dans ce pays.

Lors de son transfert, Alberto Fujimori était accompagné de son fils cadet, le député Kenki Fujimori, qui s’était abstenu lors du vote de jeudi au Parlement.

Kenki Fujimori, qui se dispute l’héritage politique de son père avec sa soeur Keiko, a été le premier à réagir sur Twitter en remerciant au nom de sa famille le président pour son « geste noble et magnanime ».

« C’est un grand jour pour ma famille et pour le fujimorisme. Mon père est enfin libre. Ce sera un Noël d’espoir et de joie », a de son côté twitté Keiko Fujimori, chef du parti Fuerza Popular, la principale formation d’opposition.

Keiko, qui incarne la branche modérée du fujimorisme, a toujours clamé l’innocence de son père et plaidé l’annulation de son procès pour irrégularités.

Kenki, 37 ans, qui représente l’aile dure et conservatrice, ne cache plus son ambition présidentielle, sa soeur ayant raté le coche à deux reprises, en 2016 contre PPK et en 2011 contre Ollanta Humala, lui-même actuellement en détention provisoire, accusé d’avoir reçu trois millions de dollars du géant du BTP brésilien Odebrecht lors de sa campagne électorale.

Les familles des 25 victimes assassinées par les escadrons de la mort sous le régime Fujimori ont quant à elles dénoncé la grâce présidentielle.

Romandie.com avec(©AFP / 25 décembre 2017 15h26)