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Mali: l’ex-chef de la junte rejette les décisions de l’Afrique de l’Ouest

avril 28, 2012

L’ex-chef de la junte militaire qui avait pris le pouvoir le 22 mars au Mali avant d’accepter de le rendre, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a rejeté samedi les décisions prises jeudi à Abidjan par les chefs d’Etat ouest-africains, en particulier l’envoi de soldats dans son pays.

« Toutes les décisions prises à Abidjan ont été prises sans concertation avec nous », a déclaré le capitaine Sanogo à la presse au camp militaire de Kati, près de Bamako, ajoutant: « Je ne suis pas d’accord avec l’arrivée des soldats de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ».

« Aucun soldat étranger ne foulera le sol du Mali sans une demande du gouvernement malien », a-t-il affirmé.

L’ex-chef de la junte a également rejeté la décision de la Cédéao de fixer la période de transition à douze mois, jusqu’à la tenue d’élections présidentielle et législatives.

Il a affirmé qu’il prendrait ses « responsabilités » à l’issue du mandat constitutionnel du président malien par intérim Dioncounada Traoré, investi le 12 avril à Bamako.

La Constitution malienne prévoit qu’en cas de vacance du pouvoir, le président par intérim doit organiser des élections dans un délai de 40 jours maximum après sa prise de fonction. Mais l’accord de sortie de crise conclu le 6 avril entre la junte et la Cédéao reconnaissait que ce délai n’était pas tenable.

« La Cédéao a pris de façon unilatérale des décisions qui ne nous engagent pas », a affirmé le capitaine Sanogo. « Le président intérimaire ne fera que 40 jours, a-t-il insisté. Au-delà, je prendrai mes responsabilités ».

Selon lui, « la Cédéao a violé l’accord-cadre » signé le 6 avril entre lui et le médiateur ouest-africain, le chef de la diplomatie burkinabè Djibrill Bassolé.

Cet accord avait permis d’amorcer un retour à l’ordre constitutionnel avec la démission formelle du président renversé Amadou Toumani Touré (ATT) et l’investiture le 12 avril du chef de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré comme président par intérim.

M. Traoré avait nommé le 17 avril comme Premier ministre l’astrophysicien réputé Cheick Modibo Diarra, qui a annoncé mercredi son gouvernement, composé en grande partie de techniciens mais aussi de militaires, et s’est fixé comme priorité de régler la crise dans le nord du pays.

Mais dans la classe politique et les milieux diplomatiques, beaucoup soupçonnent les putschistes de ne pas vouloir se mettre à l’écart. La France les a exhortés vendredi à respecter l’accord signé et à redonner la liberté à la radio et la télévision publiques maliennes ORTM qu’ils contrôlent depuis mars.

Les miliatires maliens avaient renversé le pouvoir du président Touré le 22 mars en fustigeant sa « gestion de la crise dans le Nord », où le gouvernement était confronté depuis le 17 janvier à des attaques de divers groupes armés, mêlant des mouvements rebelles touareg, islamistes et bandes criminelles.

Ces groupes ont profité du coup d’Etat pour accélérer leur offensive et prendre le contrôle des trois régions administratives composant le Nord: Kidal, Gao et Tombouctou, coupant de fait le Mali en deux.

Selon les dispositions annoncées jeudi par la Cédéao, la force militaire ouest-africaine n’aura pas pour mission de se rendre dans le Nord dans un premier temps, mais d’aider à « sécuriser les organes de la transition et le gouvernement intérimaire ».

Au moment où l’ex-chef de la junte donnait sa conférence de presse, une Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam), favorable au coup d’Etat du 22 mars, a elle aussi violemment dénoncé le « diktat » imposé, selon elle, par la Cédéao au Mali.

Dans un communiqué, la Copam a mis en garde contre « les risques de dérapage qui pourraient en découler et qui pourraient compromettre la dynamique du retour à l’ordre constitutionnel », et appelé « le peuple malien à se mobiliser pour faire échouer cette tentative de déstabilisation et d’humiliation ».

Jeuneafrique.com

Mali: le président Touré a démissionné, des islamistes revendiquent le rapt de diplomates

avril 9, 2012

Le président malien Amadou Toumani Touré, renversé le 22 mars,  a démissionné dimanche, ouvrant la voie au départ des putschistes et à l’arrivée  d’un président de  transition qui aura pour premier défi de pacifier le Nord aux  mains des rebelles touareg et d’islamistes armés.

Un groupe dissident d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a par ailleurs  revendiqué l’enlèvement du consul d’Algérie et de six membres de sa mission  jeudi à Gao, dans le nord-est du Mali, ce qui porte à 20 le nombre d’otages de  jihadistes dans le Sahel.

« J’ai décidé de vous remettre ma lettre de démission », a déclaré Amadou  Toumani Touré (ATT), en boubou et chéchia blancs, l’air fatigué et amaigri, en  rencontrant le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, en  charge de la médiation ouest-africaine.

Sur des images diffusées par des télévisions, il a assuré démissionner « sans  pression du tout », « de bonne foi » et « surtout pour l’amour » de son pays.

Il s’agissait de la première apparition publique de l’ex-président Touré,  dont le lieu de résidence est tenu secret depuis le putsch.  M.  Bassolé l’a  rencontré au domicile d’un proche d’ATT dans l’ouest de Bamako.

La junte a conclu vendredi un « accord-cadre » avec la médiation conduite par  le Burkina Faso pour le compte de la Communauté économique des Etats d’Afrique  de l’Ouest (Cédéao), par lequel elle s’engage à rendre le pouvoir aux civils  après la démission d’ATT.

Le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, s’est vu comme ses  compagnons offrir l’amnistie.  Il doit désormais se retirer au profit du  président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, qui sera le président de  la période de transition devant s’achever par des élections présidentielle et  législatives à une date non précisée.

M.  Traoré a reçu un appel téléphonique de M.  Touré, qui lui a souhaité bon  courage pour sa mission, d’après l’entourage du président du parlement.

Selon l’accord de vendredi, un Premier ministre de transition doit également  être désigné, dont l’identité alimente les spéculations à Bamako.

Parmi les noms qui circulent figurent celui d’un Arabe du Nord, Zahby Ould  Sidi Mohamed, fonctionnaire de l’ONU au Soudan, mais aussi ceux de plusieurs  candidats à la présidentielle, même si certains préféreraient une personnalité  au profil moins partisan.

Revendication du Mujao

Le président burkinabè Blaise Compaoré a salué une « première » avancée – la  Cédéao a aussitôt levée son embargo « total » – tout en soulignant que la crise au  Nord restait à résoudre.

Elle a été précipitée par le coup d’Etat dont les auteurs accusaient ATT  d' »incompétence » dans sa gestion de l’offensive rebelle lancée en janvier.  La  moitié septentrionale du pays est passée il y a une semaine sous le contrôle  d’indépendantistes touareg, d’islamistes armés et de divers groupes criminels.

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) a  déclaré « officiellement sa responsabilité dans l’enlèvement jeudi du consul  algérien et six (membres) de son équipe à Gao », dans un message à l’AFP.

Le Mujao avait revendiqué en décembre 2011 le rapt fin octobre dans l’ouest  de l’Algérie de deux Espagnols et une Italienne qui, selon un porte-parole du  groupe, sont toujours retenus par ces jihadistes.

Réunis à Nouakchott, des ministres de la Mauritanie, de l’Algérie et du  Niger – qui forment avec le Mali, absent, le groupe des pays « du champ » – ont  appelé à « l’amorce d’un processus de négociation » entre un nouveau pouvoir  central « fort et consensuel » à Bamako et la rébellion, qu’ils jugent pourtant  « largement noyautée par les groupes armés terroristes ».

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg) a  proclamé vendredi l’indépendance du  Nord, déclaration rejetée par toute la  communauté internationale.

Sur le terrain, le MNLA ne semble plus maître du jeu, supplanté par les  islamistes du mouvement Ansar Dine d’Iyad Ag Ghaly, appuyé par Aqmi.

La création dimanche d’un nouveau groupe armé dénommé « Front de libération  nationale de l’Azawad » (FLNA), qui revendique 500 éléments, ajoute à la  confusion.

La Cédéao a de nouveau menacé de recourir à la force pour mettre fin à la  partition du Mali.  Elle envisage d’y envoyer 2. 000 à 3. 000 soldats, mais sa  mission et ses moyens restent très flous.

Pour l’Algérie, « la solution ne peut être que politique », et « un effort  militaire » pourrait aggraver une situation « déjà fragile et bien complexe ».

Enfin, dans son message pascal, le pape a demandé au « Christ d’accorder au  Mali, qui traverse un délicat moment politique, la paix et la stabilité ».

Jeuneafrique.com  avec AFP