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France-Meurtre de Mireille Knoll : la perpétuité requise contre Yacine Mihoub

novembre 9, 2021

Dans son réquisitoire, l’avocat général a insisté sur le fait que Yacine Mihoub était le seul auteur du meurtre « sauvage » de l’octogénaire juive.

Mireille Knoll a ete assassine dans son appartement le 23 mars 2018.
Mireille Knoll a été assassiné dans son appartement le 23 mars 2018.© LAETITIA PERON / AF

Les faits, rien que les faits. Ou plutôt : les éléments matériels, rien que les éléments matériels. Face aux versions contradictoires de Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus, accusés d’avoir tué Mireille Knoll le 23 mars 2018, Jean-Christophe Muller, l’avocat général, été contraint de procéder par « éliminations ». Un raisonnement qui lui a permis de mettre en lumière les nombreuses incohérences du récit livré pendant le procès par Yacine Mihoub, qu’il estime seul auteur du meurtre de Mireille Knoll. Un meurtre aggravé par la vulnérabilité de la victime et son appartenance à la religion juive, deux circonstances retenues par l’avocat général.

Au terme d’un réquisitoire de plus de deux heures, le représentant du ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de Yacine Mihoub, avec une peine de sûreté de 18 ans. « Si vous le condamnez à cette peine, vous aurez tiré toutes les conséquences des faits et de sa personnalité », a ajouté le représentant du ministère public.

« Yacine Mihoub ment »

En ce qui concerne Alex Carrimbacus, Jean-Christophe Muller a requis 18 années de réclusion criminelle avec une peine de sureté de 9 ans. S’il a estimé qu’il n’était ni complice ni auteur du meurtre de Mireille Knoll, l’avocat général l’estime coupable de vol avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme dans la mesure où il a assisté à une discussion animée sur « les juifs et l’argent » entre Yacine Mihoub et Mireille Knoll le jour des faits. « L’antisémitisme va agir comme un poison, qui lui est également imputable, dans la mesure où il n’ignorait pas le contenu de la discussion », a précisé Jean-Christophe Muller.

Au sujet de son raisonnement, l’avocat général a posé cette question cruciale : « est-ce que le doute est un point de blocage qui stoppe la réflexion, ou bien est-ce une attitude intellectuelle qui permet de forger sa réflexion ? ». « M. Mihoub nous dit que ce jour-là, Mme Knoll s’est levée de son fauteuil et a pris son déambulateur est allée clopin-clopant s’allonger sur son lit dont les barrières étaient relevées. Que faire de cela ? Je n’y étais pas, vous non plus. Cette théorie répétée à l’envi l’exonère bien sûr de toute responsabilité dans le meurtre, puisque qu’après il explique que c’est Alex Carrimbacus qui se retrouve dans la chambre avec le couteau. Mais tout le monde vient nous dire à la barre que Mireille Knoll était incapable de se lever seule, de se déplacer et encore moins de se coucher. Quand Yacine Mihoub nous dit que Mme Knoll s’est rendue seule dans la chambre : il ment », balaye le représentant du ministère public.

L’accusation enjoint plutôt les jurés de prendre « chaque élément matériel » pour « les analyser ». « Lorsque vous aurez procédé de cette manière, vous verrez qu’il est matériellement impossible que Mireille Knoll se soit rendue seule dans sa chambre dans les conditions décrites par M. Mihoub. Donc si elle ne s’y est pas rendue dans ces conditions, c’est qu’elle y est allée autrement… ». Ce qu’il fallait démontrer.

L’avocat général va ainsi reprendre chacun des éléments comme l’angle des coups portés, l’arme du crime et ainsi démonter la version de Yacine Mihoub. « Pour tuer quelqu’un avec un couteau il faut d’abord un couteau, avance-t-il par exemple. Mais comment Alex Carrimbacus se serait-il procuré un couteau ? Lors de la reconstitution, M. Mihoub va designer l’endroit où Alex Carrimbacus a selon lui pris l’objet, mais c’est le seul endroit de la cuisine ou il n’y a aucun couteau ! ». Jean-Christophe Muller va ensuite insister sur les réactions violentes de Yacine Mihoub lorsqu’il est confronté à des situations de tension. « C’est toujours les mêmes réactions, le dossier nous le montre : quand quelque chose lui résiste, ça craque. Et c’est ce qu’il s’est passé ce jour-là quand Yacine Mihoub a commencé à parler des juifs à Mireille Knoll ».

« Alex Carrimbacus vole une morte dont le cadavre était encore chaud »

En ce qui concerne M. Carrimbacus, « quand il arrive dans l’appartement il sait qu’il est venu pour un vol… Qu’il y a un petit ‘plan thune’ à se faire. Ce qu’il sait ensuite, c’est que Mireille Knoll est morte. Et qu’est-ce qu’il fait ensuite M. Carrimbacus ? Il fait ce pourquoi il était venu : il vole. Pas grand chose parce qu’il n’y avait pas grand chose… Mais il vole. Il vole une morte dont le cadavre était encore chaud », dit l’avocat général avant d’ajouter : « est-ce que c’est du point de vue de la loi, c’est la même chose que de voler un porte-feuille dans l’étalage d’un magasin que de voler la personne dont on vient de voir le corps ? La réponse est dans la question. Et c’est d’ailleurs pour ça que la loi réprime plus sévèrement le vol lorsqu’il est commis avec des circonstances particulières, en l’espèce, suivi ou accompagné de la mort d’une personne qu’on vole, quand bien même le voleur n’est pas le responsable de la mort (…) Car si on était dans la littérature on appellerait pas ça un vol, on appellerait ça un pillage ».

S’il n’est pas complice du meurtre selon l’avocat général, il l’est en revanche de l’incendie qui a en partie brûlé le corps de Mireille Knoll. « Il prête son briquet, cela fait de lui un complice et c’est comme complice de l’incendie qu’il faudra le condamner. Il avait connaissance du projet de Yacine Mihoub de mettre feu à l’appartement et lui a donné les moyens de le faire », précise le représentant du ministère public.

Trois ans contre la mère

Reste la mère de Yacine Mihoub, qui répondu du chef de « destruction de preuves ». « Madame Khellaf n’est là que parce que les deux autres sont derrière elle », rappelle l’avocat général. Mais en jetant « volontairement » la bouteille de porto, un verre provenant du domicile de Mireille Knoll et son téléphone portable au vide-ordures, Jean-Christophe Muller estime qu’elle avait connaissance du crime qui venait d’être commis et qu’elle et a donc agi en connaissance de cause. C’est pourquoi l’avocat général a demandé de la condamner à trois ans d’emprisonnement, le maximum prévu pour le chef d’accusation. « Je demande la peine la plus lourde car les circonstances dans lesquelles Mme Khellaf a agi ont contribué à la difficulté de ce dossier et a terni un peu plus la mémoire de Mireille Knoll », a-t-il ajouté.

« Vous devez considérer que Yacine Mihoub est le seul auteur de la mort de Mireille Knoll, qu’il a agi ainsi alors qu’elle était dans cet état de vulnérabilité et qu’il a agi dans ce contexte d’antisémitisme qui le caractérise dans tous les domaines de son action. Il est évident qu’il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles, pour dire simplement les choses. Ou alors il faut le faire assez finement pour qu’on ne s’en aperçoive pas. Ça n’a pas été le cas. Il est le seul responsable du meurtre sauvage de Mireille Knoll mais il est aussi responsable du vol des objets auquel il a participé avec M. Carrimbacus », a conclu l’avocat général au sujet de Yacine Mihoub, qui avait la tête posée sur ses bras pendant la majorité du réquisitoire. À l’annonce du quantum de peine requis par l’avocat général, Alex Carrimbacus, lui, n’a pas eu de réaction particulière. Le verdict est attendu mercredi.

Avec Le Point par Valentine Arama

Côte d’Ivoire : Guillaume Soro condamné à la prison à perpétuité

juin 23, 2021
Guillaume Soro, le 28 janvier 2020 à Paris lors d’une intervention devant des journalistes.

L’ancien président de l’Assemblée nationale a été reconnu coupable d’« atteinte à la sûreté de l’État » et condamné par contumace à la prison à perpétuité.

Le tribunal criminel d’Abidjan a donc suivi les réquisitions du parquet. Ce mercredi 23 juin, Guillaume Soro a été condamné à une peine de prison à perpétuité pour « atteinte à la sûreté nationale », comme l’avait réclamé Richard Adou, le procureur de la République, une semaine plus tôt.

« Complot »

L’ancien Premier ministre et 19 de ses partisans étaient accusés de « complot », « tentative d’atteinte contre l’autorité de l’État » ainsi que de « diffusion et publication de nouvelles fausses jetant le discrédit sur les institutions et leur fonctionnement, ayant entraîné une atteinte au moral des population ».

En avril 2020, l’ancien président de l’Assemblée nationale avait déjà été condamné à vingt ans de prison ferme, 4,5 milliards de francs CFA d’amende et à la privation de ses droits civiques pour une période de cinq ans après avoir été reconnu coupable de recel de deniers publics détournés et de blanchiment de capitaux.

Le parquet l’accusait d’avoir acquis une villa à Marcory résidentiel, un quartier huppé d’Abidjan, en 2007, alors qu’il était Premier ministre, grâce à des fonds du trésor public ivoirien.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Conte : Le Crapaud, la Musaraigne et le Serpent

mai 29, 2010

Un Crapaud vivait dans l’hémisphère sud, entre les tropiques du cancer et du capricorne, traversé par la ceinture équatoriale, dans un pays où la saison des pluies est favorable à la reproduction des espèces.

Ce jour-là, une pluie abondante était tombée dans le village laissant des mares d’eau, par endroits. Yâ Tsoula, le Crapaud gris, à la peau verruqueuse, aux cuisses retroussées en arrière, sous forme des coudes pliés, croassait en compagnie de Mâ Tsoula, la Crapaude, au ventre bedonnant qui touchait le sol. Le couple de batraciens se livrait aux ébats amoureux dans leur piscine, à même le sol, soutenue par une couche argileuse permettant de retenir l’eau pendant de longs jours.

Un soir, à la tombée de la nuit, après leur chant cacophonique, Ya Tsoula sortit de l’eau pour contempler une belle hostie de pleine lune entourée d’une myriade d’étoiles qui scintillaient dans le ciel comme un feu d’artifices. Pendant qu’il était plongé dans cette attitude d’extase, il fut surpris par Mounoundzi, la Musaraigne, au museau hérissé de poils et au regard scrutateur et espiègle; chasseur rageur qui se mit à le suivre, dans sa fuite, à grands sauts, avant qu’il ne fut rattrapé, mordu et traîné dans son repaire afin d’être dévoré, à l’insu de Mâ Tsoula, la femelle du Crapaud.

Mâ Tsoula continuait à croasser pour appeler son mari. Mais celui-ci ne lui répondait plus car pris entre les crocs de la Musaraigne. Il entendait le chant de sa femelle mais il était impuissant de retourner la scansion de sa cacophonie lui permettant de signaler la vitalité de sa présence.

Mâ Tsoula, la Crapaude, croassa toute la nuit. En vain ! Yâ Tsoula, le Crapaud, ne fit aucun signe de vie. Elle dormit toute seule dans son trou au bord de la mare, sous les racines des herbes sauvages.

Le lendemain matin, Mâ Tsoula, se promena dans tout le village à la recherche de son mari. Elle interrogea tous ses voisins, si par hasard, ils avaient vu Tâ Tsoula. Les réponses furent négatives dans toutes les bouches amicales. Fatiguée de rechercher son mari, sur le chemin de retour, au carrefour des chemins conduisant en directions de nombreux villages, elle rencontra, une Fourmi docteur, Mâ Kami, aux pinces crochues, qui l’approcha dans un souci d’humanité élémentaire pour compatir à sa complainte. Celle-ci lui dit avoir vu, en descendant le figuier, aux fruits mûrs, qu’une Musaraigne était entrain de dévorer un gros Crapaud, à belles dents. Aussitôt, elle pensa à son mari disparu, qui ne répondait plus à l’appel.

Avant d’arriver chez-elle, Mâ Tsoula, la Crapaude, passa au palais de justice où Tâ Nioka, le Serpent, jugeait des affaires criminelles contre les brigands sauvages de la forêt. Dès qu’il fît part de sa plainte au Serpent, celui-ci reconnut que Mounoudzi, la Musaraigne, était à la fois, un brigand irréductible de grands chemins et un criminel récidiviste.

Le Serpent reçut volontiers la plainte de la Crapaude, pris connaissance du dossier, l’instruisit, avec diligence, et, convoqua, la Musaraigne au tribunal correctionnel pour crime prémédité « d’animacide volontaire ».

Quand le jour du jugement arriva, Mounoundzi, la Musaraigne, se présenta devant la barre, sans aucune assistance judiciaire. Elle se défendit seule. Le tribunal présidé par Tâ Nioka, le Serpent, en toges rouges, et, ses assesseurs, prit acte de sa déposition en retenant contre elle une peine à vie consistant de sentir mauvais durant toute son existence jusqu’à sa mort.

A la sortie de l’audience depuis les majestueuses colonnes gothiques du palais de justice jusqu’aux dernières marches de l’estrade, la Musaraigne ne cessait de vociférer des paroles agressives en de termes, peu courtois, frisant la méchanceté et la vengeance, une fois arrivées au village.

Sur le chemin du retour, Mounoundzi, la Musaraigne était viscéralement fâchée contre Mâ Tsoula car tous ses amis ne l’approchaient plus, sentant une odeur forte de répulsion. Les gens la fuyaient. Elle dégageait un relent exécrable de pestiféré. Cette sentence exacerbait sa colère. Non seulement, elle portait la malédiction d’une sentence spéciale mais elle devenait, en plus, la risée de tout le village.

Un mois après cette condamnation, lors d’une pluie torrentielle, Mâ Tsoula, qui était enceinte de son défunt mari, descendit à l’eau pour pondre ses œufs, croassant et échangeant ses paroles solitaires qui reçurent un écho retentissant et familier.

Mounoundzi, la Musaraigne, comprit que la Crapaude était dans l’eau et vint se cacher dans un buisson proche de la route qui conduisait au domicile de Mâ Tsoula. Le souffle du vent trahissait la présence de la Musaraigne par la propagation de l’odeur répugnante. Quand la Crapaude finit de se baigner et de pondre ses œufs, au moment où elle sortait de la mare d’eau – la peur dans le ventre – elle entendit un bruit d’animal qui remua les folles herbes du buisson et vit une ombre qui la suivait d’une rapidité effrayante. Elle gagna vite son trou. Soudain, elle se retourna et ouvrit sa bouche en direction de l’entrée de son trou. Dès que la Musaraigne su que la Crapaude était entrée dans son gîte. Sans réfléchir, elle introduisit son museau allongé pour rentrer dans le trou afin d’aller sévir la Crapaude. Ne sachant pas que l’obscurité du trou était le fond de la gueule de Mâ Tsoula. Aux premiers contacts de la mandibule de la Crapaude, elle fut saisie et bloquée jusqu’à l’étouffement.

Tâ Nioka, le Serpent, qui se promenait aux alentours, pour veiller à la sécurité de la population des habitants de la forêt constata devant la porte d’entrée de Mâ Tsoula, que Mounoundzi, la Musaraigne, était bloquée, sa tête à l’intérieur du trou et ses pattes dehors. Elle avait déjà déféqué dans sa jupe arrosée d’urine et entourée d’une colonie de Mouches volantes qui chantaient un requiem post-mortem. Il essaya de l’appeler par son nom, la connaissant très bien.
– Mounoundzi, Mounoundzi, dit-il ?
Celle-ci ne répondait pas. Nioka, le Serpent, tenta de la remuer, la Musaraigne était inerte. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé car l’entrée du trou de la Crapaude était obstruée par le corps de Mounoundzi.

Nioka, frappa sa queue au sol et siffla trois fois pour signaler sa présence auprès de Mâ Tsoula lui demanda de lâcher prise car son adversaire était morte et qu’il pouvait l’aider à s’en débarrasser et la sortir du trou.

Mâ Tsoula accepta la proposition du Serpent qui retira Mounoundzi par la queue, la plaça au bord de la route. Lorsque le Serpent traîna la Musaraigne pour ses obsèques; Mâ Tsoula ferma sa porte avec de la terre molle.

Tâ Nioka, le Serpent alla dans la mare où se baignait Mâ Tsoula, la Crapaude, pour boire une bonne gorgée d’eau puis revint vers la dépouille mortelle de Mounoundzi, la Musaraigne, qu’elle arrosa de tout son corps, la redressa en position allongée et l’avala de la tête jusqu’aux pattes.

Mounoundzi, la Musaraigne est morte puant d’une odeur désagréable qu’elle continue à sentir jusqu’à nos jours pour sa condamnation à perpétuité.

© Bernard NKOUNKOU