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L’Union européenne veut se débarrasser du pétrole russe d’ici six mois

mai 4, 2022
Une station service en Allemagne.

L’embargo sur le pétrole russe risque d’entraîner une hausse du prix de l’essence sur le territoire de l’Union européenne. Photo : Getty Images/Maja Hitij

Embargo sur le pétrole russe, déconnexion d’autres banques du système SWIFT, interdiction de diffusion pour certains médias : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a officiellement dévoilé mercredi son sixième train de sanctions destiné à punir la Russie pour son agression militaire de l’Ukraine.

La pièce de résistance de ces sanctions, qui doivent encore être validées, est la mise en œuvre d’ici six mois d’un embargo sur le pétrole russe, qui compte actuellement pour environ 25 % des importations des 27 pays membres de l’Union européenne (UE).

Les produits raffinés seraient aussi interdits d’ici la fin de l’année. Il s’agira d’un embargo total sur l’ensemble du pétrole russe, livré par voie maritime ou via des oléoducs, brut ou raffiné, a expliqué Mme von der Leyen.

Ça ne sera pas facile, car certains États membres sont fortement dépendants du pétrole russe. Mais nous nous devons de le faire.

« Poutine doit payer le prix, et le prix fort, pour son agression brutale. »— Une citation de  Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

La cheffe de l’exécutif européen n’a pas évoqué de dérogations à cet embargo, mais des diplomates européens annoncent depuis déjà quelques jours que la Hongrie et la Slovaquie, deux pays enclavés très dépendants du pétrole russe, seront exemptés de l’embargo jusqu’à la fin de 2023.Ursula von der Leyen, souriante, marche dans une enceinte.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à son arrivée pour une session du Parlement européen, mercredi, à Strasbourg. Photo : Getty Images/AFP/Patrick Hertzog

Le front uni que souhaite présenter l’Union européenne devant la Russie menace toutefois de se fissurer en Hongrie, où le premier ministre nationaliste Viktor Orban, qui a noué des liens étroits avec Vladimir Poutine, a rejeté jusqu’ici tout embargo sur le pétrole ou le gaz venus de Moscou.

Nous ne voyons pas de plan concernant la manière de réussir une transition sur la base des propositions actuelles et de garantir la sécurité énergétique de la Hongrie, a commenté le service de presse du gouvernement hongrois, sans s’avancer clairement sur un rejet du projet de la Commission européenne.

Nous ne voterons pas pour des sanctions qui rendraient impossible l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole ou en gaz, avait prévenu mardi le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto.

« Il ne s’agit pas d’une décision politique […] c’est une véritable question d’approvisionnement pour nous, car il est actuellement impossible de faire fonctionner la Hongrie et son économie sans le pétrole russe. »— Une citation de  Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères, mardiViktor Orban, assis, parle avec un homme qui se tient debout.

Le premier ministre de la Hongrie, Viktor Orban, lors de la session inaugurale du Parlement, à Budapest, le 2 mai 2022. Photo : Reuters/Bernadett Szabo

Le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Jozef Sikela, a jugé qu’il manquait un mécanisme visant à répartir les contraintes consécutives à cet embargo sur le pétrole russe.

La proposition ne précise pas […] comment les volumes manquants seront répartis équitablement afin de partager cette charge, et il manque aussi une proposition sur des achats et une distribution groupés, a-t-il déclaré à Reuters. C’est encore à l’étude, mais pour moi, c’est un problème, a-t-il dit.

Le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a soutenu que son pays serait en mesure de supporter l’embargo sur le pétrole en tant que nation, mais a prévenu que des perturbations dans son approvisionnement pourraient survenir.

Il a notamment précisé que la raffinerie PCK située à Schwedt, dans l’État régional du Brandebourg, et qui appartient au conglomérat russe Rosneft pourrait particulièrement être concernée. Celle-ci fournit environ 90 % du pétrole consommé à Berlin et dans la région environnante, y compris l’aéroport de Berlin Brandebourg (BER).

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a a réagi en faisant valoir que des sanctions européennes était une arme à double tranchantEn essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà. Et le coût des sanctions pour les citoyens de l’Europe va croître de jour en jour, a-t-il dit.

D’autres banques russes dans la ligne de mire

Le nouveau train de sanctions européennes propose également de déconnecter trois autres banques du système interbancaire SWIFT, dont Sberbank, la plus importante institution bancaire russe. Sept autres banques russes ont été déconnectées du système début mars, mais Sberbank avait été épargnée, tout comme Gazprombank.

Selon une source européenne, Credit Bank of Moscow et Russian Agricultural Bank seraient les autres banques visées par cette mesure, qui vise à renforcer l’isolement complet du système financier russe du système mondial , selon Mme von der Leyen.

La Commission européenne suggère également d’interdire trois autres chaînes de télévision publiques russes sur le territoire des 27, que ce soit sur le câble, via satellite, sur internet ou par le biais d’applications, a précisé la cheffe de l’exécutif européen.

Selon des diplomates, RTR-Planeta et R24 seraient touchées par cette décision, qui vise à contrer la désinformation  russe. Deux autres médias russes, Sputnik et RT, sont déjà interdits de diffusion sur le territoire des 27 depuis environ deux mois.

La Commission européenne propose également d’ajouter les noms de 58 personnalités russes à la liste noire  des personnalités ciblées par des sanctions individuelles [d’interdiction d’entrée sur le territoire européen et gels d’avoirs].

Cela inclurait notamment trois membres de la famille du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, qui a multiplié les sermons soutenant la guerre du Kremlin en Ukraine.

Les ambassadeurs des pays membres auprès de l’UEUnion européenne devraient se réunir d’ici la fin de la semaine pour se prononcer sur ce nouveau train de sanctions.

Par Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Congo-Brazzavillle : vers des réserves de change records dopées par le pétrole en 2022

avril 5, 2022
Le conflit en Ukraine a porté les cours de l’or noir à ses plus hauts niveaux depuis 2015. © Antonin Borgeaud pour JA.

Selon l’agence de notation Fitch Ratings, les ressources en devises étrangères du pays devraient tripler cette année, portées notamment par la hausse des revenus pétroliers. La dette du Congo présente toutefois un risque de défaut.

Dans un récent rapport, les analystes de Fitch Ratings ont revu substantiellement à la hausse leurs estimations des rentrées financières du gouvernement congolais au cours des prochains mois. L’agence internationale table désormais sur un cours moyen de 100 dollars le baril de brut en 2022 et de 80 dollars le baril en 2023, alors que le conflit en Ukraine a porté les cours de l’or noir à ses plus hauts niveaux depuis 2015. En juin 2021, Fitch n’anticipait qu’un cours de 53 dollars le baril de brut.

L’agence anticipe par conséquent un net renforcement de la situation financière extérieure du Congo-Brazzaville. « La liquidité extérieure du Congo devrait s’améliorer sensiblement, les réserves internationales brutes devant passer de 1,0 milliard de dollars US en 2021 à 3,2 milliards de dollars en 2022, puis diminuer légèrement pour atteindre 2,9 milliards de dollars en 2023, soit l’équivalent de 4,1 et 3,9 mois de paiements extérieurs courants, respectivement », estiment les analystes de Fitch.

Une avance de quatre ans sur le calendrier du FMI

Début février, les équipes du FMI estimaient les réserves brutes de change de Brazzaville à 788 milliards de F CFA (1,36 milliard de dollars au 31 décembre 2021). Et n’anticipaient qu’une croissance progressive jusqu’à un niveau de 1 492 milliards de F CFA seulement à l’horizon 2026.

Une amélioration due pour l’essentiel à la hausse des revenus tirés du pétrole, Fitch prévoit que « les recettes pétrolières de l’État augmenteront de 74 % en 2022, ce qui entraînera une hausse de 50 % des recettes publiques totales (subventions comprises) ». La production pétrolière, en recul depuis plusieurs années, devrait également repartir à la hausse (+0,9 % en 2022, après des baisses de 8,6 % et de 2,7 % en 2020 et 2021 respectivement, selon les calculs de Fitch).

Évolution du cours du baril de Brent (pétrole), en dollars US. © http://www.boursorama.com

Renégociation de la dette

Ces bonnes perspectives devraient continuer d’améliorer les relations de Brazzaville avec ses créanciers. À la suite du net recul des prix du pétrole à partir de 2015, le pays a enregistré deux défauts de paiement sur son eurobond de 478 millions de dollars émis en 2007 et qui arrive à maturité en 2029. De tels épisodes ont des effets sévères sur le coût d’endettement du pays, mais également des institutions privées établies sur son territoire.

Après d’âpres négociations, le gouvernement congolais est parvenu à renégocier sa dette envers les traders pétroliers Trafigura et Glencore. Le pays a également bouclé un programme triennal de financement avec le FMI, d’une valeur de 456 millions de dollars, soumis à un examen périodique de l’avancée de plusieurs réformes économiques et de gouvernance. Dans son rapport, Fitch estime que « la réalisation des critères de performance quantitatifs du programme en 2022 sera probablement facilitée par la forte hausse des recettes pétrolières ». Ce qui permettra, entre autres, de « débloquer des prêts multilatéraux supplémentaires à des conditions concessionnelles ».

Fitch anticipe un recul du ratio dette publique/PIB de 88,5 % en 2021 à 64,3 % en 2023, ainsi que des excédents de trésorerie de 2,5 % du PIB en 2022 et de 0,6 % en 2023, contre 1,0% du PIB en 2021, « grâce à la hausse des prix du pétrole ».

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Léssia Assoko

Algérie : avec la flambée du pétrole, le retour de la paix sociale ?

mars 22, 2022
Le gisement pétrolier de Hassi Messaoud (centre de l’Algérie), exploité par la Sonatrach. © J-F ROLLINGER/ONLY WORLD via AFP.

Pendant que l’inflation sur les produits alimentaires de base reste forte, la manne pétrolière offre, de nouveau, une bouffée d’oxygène à l’exécutif algérien.

L’Algérie n’avait pas connu telle manne depuis le troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika. En 2008, le prix moyen du baril avait atteint le record de 147 dollars, porté par plusieurs facteurs, notamment des tensions au Moyen-Orient, une baisse de la valeur du dollar et les taux de croissance inédits de la Chine. Pendant de longues années, cet afflux de liquidités a permis au pouvoir alors en place d’absorber les tensions sociales comme une éponge.

Conséquence directe de la guerre menée par la Russie en Ukraine, le baril de pétrole a de nouveau franchi la barre des 100 dollars courant mars. Après un pic à 123,7 dollars le 8 mars, l’or noir s’échangeait à 110 dollars le baril ce 22 mars, de quoi permettre à l’Algérie de reprendre une politique sociale plus généreuse ?

Marge de manœuvre

« Cette hausse aura certainement des retombées positives sur les finances publiques. Si cela venait à perdurer, la hausse de la fiscalité pétrolière entraînera une croissance des recettes budgétaires. Ces dernières sont normalement suffisantes pour s’ajuster à l’actuel niveau des dépenses publiques, qui comprennent près de 20 % du budget de fonctionnement de transferts sociaux », analyse pour Jeune Afrique le professeur d’économie Brahim Guendouzi. Aussi faut-il s’attendre, selon lui, au maintien de l’effort financier consacré par l’État en faveur des couches sociales fragiles que moyennes. « Cette conjoncture favorable aux exportations d’hydrocarbures, tant en quantité que par rapport aux cours, donne une marge de manœuvre à l’exécutif en vue de garder intact les équilibres économiques et sociaux, fragilisés par la tension inflationniste en 2021. »

PLUSIEURS MESURES ONT D’ORES ET DÉJÀ ÉTÉ ARRÊTÉES PAR LES POUVOIRS PUBLICS POUR APAISER LE FRONT SOCIAL

Après que le pays a entamé l’année avec une augmentation vertigineuse des prix à la consommation qui a contraint, à la mi-février, le président Abdelmadjid Tebboune à suspendre l’application de nouvelles taxes et impôts prévus par la loi de finances, la hausse du prix du baril représente une planche de salut. D’autant que dans le même temps, les salaires ont été revus à la hausse – compris entre 14 % et 16 % – à la faveur de la réduction de l’impôt sur le revenu (IRG), appliquée dès le début de l’année.

Les efforts du gouvernement se sont poursuivis avec le versement, à partir de ce mois mars, d’une allocation chômage de 13 000 dinars (près de 82 euros) destinée aux primo-demandeurs d’emploi de 19 à 40 ans, qui ouvre également droit à une couverture sociale – 800 000 personnes sont concernées par cette allocation, selon le directeur général de l’Agence nationale de l’emploi Abdelkader Djaber.

Ces dépenses sont prévues par la loi de finances 2022, a assuré Abdelmadjid Tebboune, alors que plusieurs mesures ont d’ores et déjà été arrêtées par les pouvoirs publics pour apaiser le front social. Mais le montant global de cette politique destinée à relancer le pouvoir d’achat n’a pas encore été chiffré.

Bien cibler les plus démunis

Faut-il s’attendre à d’autres mesures au cours de cette année ? Les arbitrages sociaux à venir toucheront davantage « le système des subventions, qui risque d’évoluer dans sa forme, le logement social et la création de nouveaux emplois en faveur des jeunes », prédit Brahim Guendouzi. D’autres actions sont susceptibles d’être lancées dans le cadre de la loi de finance complémentaire 2022, attendue à la fin de ce semestre ». Le financement de cette politique sociale soulève, toutefois, la question des capacités de l’Algérie à l’inscrire dans la durée.

ESPÉRONS QU’AVEC L’ACCROISSEMENT DES RECETTES EN HYDROCARBURES, L’ALGÉRIE NE RENOUVELLERA PAS LES ERREURS DU PASSÉ

« Tant qu’il y a la rente pétrolière, les tensions sociales à court terme sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures. Celles-ci permettent des subventions et transferts sociaux représentant 23,7 % du budget général de l’État et 9,4 % du PIB déjà pour l’année 2021. Mais mal gérées et mal ciblées, ces mesures ne profitent pas toujours aux plus démunis » tempère l’économiste Abderrahmane Mebtoul.

« Espérons qu’avec l’accroissement des recettes en hydrocarbures, l’Algérie ne renouvellera pas les erreurs du passé. Ces recettes doivent être consacrées aux secteurs dynamisant directement le développement et indirectement les secteurs de l’éducation et de la santé » prévient le spécialiste.

Effondrement de la valeur des salaires

Pour l’heure, le pays fait néanmoins face à des urgences auxquelles il doit parer, estime une source au sein de l’exécutif. À commencer par l’inflation qui pèse lourdement sur les ménages, particulièrement les petites et moyennes bourses, alors que la tendance haussière, constatée dès le début du premier trimestre 2021, n’a pas freiné sa courbe. Le prix de certaines denrées alimentaires a parfois plus que doublé, à l’exemple des pâtes, du lait, de l’huile, des légumes, des fruits et des viandes, avec des pénuries récurrentes de l’huile de table et de semoule, qui constituent la base de l’alimentation locale. Une étude comparative de l’Association des consommateurs entre les prix moyens en 2010 et ceux actuels démontre que le salaire des Algériens a perdu 50 % de sa valeur du fait de la hausse des prix.

C’EST AUSSI DU MALAISE SOCIAL ET DE LA FRUSTRATION DE LA JEUNESSE QU’EST NÉE, EN MARS 2019, LA COLÈRE CONTRE LE SYSTÈME POLITIQUE

« Si les moyens financiers le permettent, soutient notre source au sein de l’exécutif, le gouvernement poursuivra sa politique de soutien social. » La sociologie du Hirak était largement marquée par la présence des étudiants, des chômeurs et des familles à petits revenus. C’est aussi du malaise social et de la frustration de la jeunesse qu’est née, en mars 2019, la colère contre le système politique.

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

Pétrole : l’Algérie de retour à un million de barils par jour

mars 7, 2022
Une raffinerie de pétrole. (Photo d’illustration) © Anis Belghoul/AP/SIPA

Avec l’accord des pays de l’Opep+, Alger veut enfin retrouver ses niveaux de production d’avant la crise. Et cela alors que les cours explosent avec la guerre en Ukraine.

Début mars à Alger, le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé que la production pétrolière de l’Algérie dépassera le million de barils par jour (1 002 000 mb/j précisément) au mois d’avril. La hausse sera équivalente à 10 000 barils par jour supplémentaires par rapport au mois de mars. Cette déclaration à la presse se tenait dans le cadre de la 26e réunion ministérielle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep+), consacrée notamment à l’examen de la situation du marché pétrolier mondial et ses perspectives d’évolution à court terme.

“Les pays signataires de la déclaration de coopération de l’Opep+ ont décidé de poursuivre la hausse globale en injectant 400 000 b/j supplémentaires sur le marché au mois d’avril prochain”, a indiqué Mohamed Arkab, rappelle l’agence officielle APS.

Depuis le mois d’août 2021, les pays membres de l’Opep, et d’autres gros producteurs comme la Russie coordonnant leur production au sein du dénommé Opep+, se sont engagés à augmenter la production de pétrole à hauteur de 400 000 barils par jour, et ce, jusqu’à rattraper la réduction de la production de 5,6 mb/j qui a eu lieu en 2020. Sur l’année 2021, la production des pays membres de l’Opep se chiffrait à 26 millions de barils par jour. En janvier 2022, elle a atteint 28 millions de b/j.

Une réduction de la production concertée

Particulièrement instable depuis la crise sanitaire, le prix du baril a connu une forte chute avec la crise du Covid-19 en passant de 64 dollars en moyenne en 2019 à 42 dollars en 2020 avant de remonter à 71 dollars en 2021, selon les dernières estimations de l’Agence d’information sur l’énergie aux États-Unis (EIA). Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les prix ont encore grimpé nettement. Le 4 mars à la clôture des Bourses, le baril de brent s’échangeait à 118 dollars, en hausse de 6,93 % par rapport à la veille.

Les taux de vaccination en hausse, l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie et la croissance économique ont entraîné une augmentation de la demande mondiale de pétrole en 2021. Cela alors qu’en décembre 2020, les pays membres de l’Opep+ annonçaient lors de la 12e réunion ministérielle qu’ils continueraient à limiter les augmentations de production tout au long de 2021 afin de favoriser des prix du pétrole brut plus élevés.

En Algérie, après une production moyenne de 897 000 barils par jour en 2020 et 908 000 barils par jours en 2021, le passage au million de barils en avril permettra ainsi au pays de retrouver un rythme de production se rapprochant de son niveau avant la crise sanitaire, se chiffrant à 1 023 000 b/j en 2019 selon le rapport annuel 2020 de l’Opep+. À son niveau le plus haut ces cinq dernières années en 2016 avec 1 146 000 b/j, ce chiffre n’a fait que décroître avec le temps, passant ainsi à 1 059 000 b/j en 2017 puis 1 040 000 b/j en 2018. En janvier 2021, une note du ministère Algérien de l’Énergie indiquait qu’un total de « 1 853 milliards de dinars [11,4 milliards d’euros] de fiscalité pétrolière a été versé au trésor public, durant l’année 2020, en baisse de 31 % rapport au montant de 2019 ».

Avec Jeune Afrique par Maureen Sogne

Et si la Russie coupait l’approvisionnement de pétrole et de gaz à l’Europe?

mars 2, 2022

Les Européens importent environ 85 % du gaz qu’ils consomment et la Russie est leur principal fournisseur. Photo : Reteurs/Maxim Shemetov

Les sanctions imposées à la Russie pour son invasion de l’Ukraine pourraient pousser Moscou à riposter en limitant ou en stoppant carrément l’offre de pétrole et de gaz à l’Ouest. Mais la Russie pourrait payer cher ce geste, disent des experts.

Selon Anessa Kimball, professeure au Département de science politique et directrice du Centre sur la sécurité internationale de l’Université Laval, si la Russie ralentit ou coupe l’approvisionnement du pétrole et du gaz vers l’Ouest, cette mesure sera vue comme une escalade qui vise à briser la cohésion des alliés.

La Russie est le troisième producteur mondial de pétrole et le deuxième des grands exportateurs. Ses exportations d’environ 5 millions de barils par jour de pétrole brut représentent environ 12 % du commerce mondial, et ses 2,85 millions de barils par jour de produits pétroliers représentent environ 15 % du commerce mondial des produits raffinés.

C’est sûr que c’est un levier de pression qu’ils ont dans leur boîte à outils, dit Mme Kimball.

Selon Mark Manger, professeur auMunk School of Global Affairs & Public Policy de l’Université Toronto et codirecteur du Global Economic Policy Lab, pour tenter de comprendre ce que la Russie envisage de faire, il faut distinguer entre l’exportation de gaz et celle de pétrole russe.

Rappelons que les Européens (et particulièrement l’Allemagne, l’Italie, la Lituanie et la Hongrie) importent environ 40 % du gaz qu’ils consomment de la Russie.

Si l’Europe dépend fortement du gaz russe, cette exportation ne rapporte que 7 % du revenu brut de l’économie de la Russie. Cela pourrait être tentant pour la Russie de couper l’approvisionnement en gaz, car cela ne leur fera pas de mal s’ils perdent 7 % de la valeur des exportations, explique M. Manger.

C’est pourquoi la Russie songe à utiliser le gaz comme monnaie d’échange pour rééquilibrer la situation, ajoute Mme Kimball.

Mais puisque l’impact financier sur la Russie ne serait pas significatif, l’Europe peut difficilement menacer Moscou d’arrêter les importations de gaz.

Même si l’Union européenne continue d’acheter du gaz de la Russie, M. Manger ne croit pas que cela remette en question les sanctions. C’est mineur [comme source de financement] pour la Russie.Un homme travaille près des gigantesques tuyaux d'un terminal gazier.

Le terminal du gazoduc Nord Stream 2, à Lubmin, en Allemagne. L’Allemagne a suspendu le processus de certification du gazoduc à la suite de l’invasion de la Russie en Ukraine. Photo : La Presse Canadienne/AP/Michael Sohn

De plus, l’Europe pourrait difficilement trouver de nouvelles sources de gaz rapidement et des prix raisonnables. M. Manger rappelle que ce gaz est utilisé non seulement pour le chauffage et l’électricité, mais aussi pour la production d’engrais. Déjà, les prix de la potasse ont augmenté. Ces pays ne peuvent pas vraiment se sevrer de cette source de gaz à court terme.

Autre considération pour la Russie : elle pourrait difficilement vendre ce gaz ailleurs, parce qu’elle n’a pas les infrastructures nécessaires pour le transporter. Moscou souhaite construire des gazoducs vers la Chine, mais ça prendra plusieurs années, dit M. Manger.

L’arme du pétrole

En revanche, environ 60 % des exportations de la Russie proviennent de la vente du pétrole.

Ainsi, les exportations de pétrole font rouler l’économie en Russie, et ce, depuis très longtemps, précise M. Manger. C’est le cas depuis l’ère soviétique, dit-il, en ajoutant que cette dépendance aux exportations de pétrole est l’une des plus grandes faiblesses de la Russie. D’ailleurs, environ 60 % des exportations pétrolières de la Russie sont destinées à l’Europe.

Même si l’Europe importe près du tiers de son pétrole de la Russie, elle pourrait trouver du pétrole ailleurs, indiquent M. Manger et Mme Kimball. Il n’y a pas de pénurie de pétrole, rappelle M. Manger. On peut facilement augmenter la cadence de production et transporter le pétrole par navire.

Il croit que les États-Unis pourraient convaincre les Saoudiens d’accroître leur production de pétrole, ce qui aurait comme effet non seulement d’offrir à l’Europe une autre source de pétrole, mais aussi de réduire les prix du baril de pétrole, qui sont au plus haut depuis 2014, lors de l’annexion de la Crimée par la Russie.

Sans marché européen et avec un prix du pétrole réduit, les revenus de la Russie baisseraient significativement.

« Ceci mettrait l’économie russe à genoux. »— Une citation de  Mark Manger, professeur à l’Université de Toronto

Mme Kimball est d’accord. Selon elle, une intervention de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est un autre moyen de couper une partie du financement de la Russie.

Et comme pour le gaz, la Russie pourra difficilement exporter son pétrole ailleurs. Elle dépend largement des ports de la mer Noire, des routes qui sont actuellement perturbées par l’invasion en Ukraine.

De plus, certains pays, comme le Royaume-Uni et le Canada, ont fermé leurs ports à tous les navires russes. Oui, les Russes peuvent continuer à exporter vers la Chine, mais la Chine va peut-être exiger une réduction des prix. Après tout, les Chinois ne sont pas dans le marché de la charité.Des pipelines.

À Mozyr, au Bélarus, des pipelines qui transportent du pétrole de la Russie vers l’Europe. Photo : Reuters/Vasily Fedosenko

Déjà des actions concertées contre la Russie

Mardi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé que les 31 pays membres libéreront 60 millions de barils de brut de leurs réserves pour faire face aux prix élevés du pétrole exacerbés non seulement pas la pandémie, mais par la crainte d’approvisionnement de la Russie.

Les ministres ont décidé aujourd’hui que l’approvisionnement énergétique ne devrait pas être utilisé comme un moyen de coercition politique ni comme une menace pour la sécurité nationale et internationale, peut-on lire dans le communiqué de l’Agence internationale de l’énergieAIE.

Le Canada a annoncé pour sa part qu’il interdisait les importations de pétrole russe. Cette annonce est davantage symbolique, puisque le Canada n’a pas reçu de cargaison de pétrole brut russe depuis 2019. Le Canada importe toutefois certains produits pétroliers raffinés de la Russie.

L’industrie du pétrole représente plus du tiers des revenus du budget fédéral de la Russie, et bien que le Canada ait importé très peu de quantités ces dernières années, cette mesure envoie un message fort, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse cette semaine.

Mais malgré ces actions, le prix du pétrole risque d’augmenter encore, surtout si la guerre persiste, prévient M. Manger. L’utilisation des réserves stratégiques de pétrole ne pourra pas stabiliser le prix éternellement.

Poutine n’a pas besoin de fermer complètement les robinets pour punir l’Occident. La banque JPMorgan Chase a d’ailleurs averti que le prix du pétrole pourrait atteindre 150 $ le baril si les exportations russes étaient réduites de moitié.

Étant donné que l’économie mondiale est toujours fragilisée par la pandémie, Mme Kimball se demande si l’Occident sera capable d’encaisser les contrecoups économiques que veut imposer la Russie. C’est un risque pour la Russie, mais il faut prendre en compte que Poutine est peut-être prêt à encaisser beaucoup plus de conséquences financières que les autres pays. Il n’essaie pas de plaire à tout le monde. Donc sa marge de manœuvre est assez large.

Cependant, M. Manger estime que la Russie joue un jeu dangereux en menaçant d’arrêter le flot de pétrole et de gaz vers l’Europe, et qu’elle risque de faire crouler son économie à long terme.

« Je pense que la Russie a complètement surestimé son pouvoir. [Elle a tenu] pour acquis que l’Occident n’était pas prêt à assumer un coût économique pour arrêter cette guerre. »— Une citation de  Mark Manger, professeur à l’Université de Toronto

La Russie pourrait-elle perdre l’Europe comme marché?

La Russie a une longue histoire d’approvisionnement fiable en pétrole et en gaz. Même au plus fort de la guerre froide et lors de l’annexion de la Crimée en 2014, l’approvisionnement a toujours été maintenu.

Par contre, M. Manger pense que l’Occident et l’Europe ont de moins en moins confiance dans la stabilité de cet approvisionnement. Personne n’y croit maintenant, dit M. Manger.

Il s’agit d’une vulnérabilité à long terme pour le président Poutine. S’il militarise l’approvisionnement énergétique, cela ne fera qu’accélérer la diversification énergétique de l’Europe et de l’Occident pour s’éloigner de l’énergie russe, a déclaré Daleep Singh, conseiller adjoint américain à la sécurité nationale sur les ondes de CNBC.

Cette guerre pousse plusieurs pays européens à accélérer leur transition énergétique et à diversifier plus rapidement leurs sources d’énergie.

Par exemple, dit M. Manger, le chancelier de l’Allemagne a prononcé un discours dimanche dans lequel il affirme que son pays va accélérer l’atteinte d’une économie « zéro émission nette » et construire des terminaux de gaz naturel qui pourraient servir à l’importation d’hydrogène vert.

C’est un changement fondamental qui signifie essentiellement que, même s’il n’y a pas de solution à court terme et même à moyen terme, l’Allemagne essaiera de se sevrer des importations russes.

Au Canada, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a déclaré mardi que l’invasion de l’Ukraine démontre que les démocraties, comme le Canada, doivent être plus autosuffisantes sur le plan énergétique. Il faut diminuer notre dépendance sur l’énergie du pétrole de conflit, de guerre. Chaque baril de pétrole russe fournit maintenant la machine de guerre de Poutine. Je crois que l’invasion a changé rapidement l’urgence [pour le Canada] de construire l’infrastructure, y compris les oléoducs et les exportations de gaz naturel liquéfié du Canada au reste du monde.

La Russie, dit-il, pourrait faire crouler son économie si elle choisit de couper l’approvisionnement de pétrole et de gaz à l’Europe.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

Pétrole, gaz et mines : Congo-Brazzaville face au défi de l’identification des « propriétaires réels »

février 28, 2022
À la conférence de l’ITIE, au siège de l’OCDE à Paris, en 2019. © Hervé Cortinat/OECD

Si le Congo poursuit la mise en œuvre des réformes recommandées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), l’identification des « bénéficiaires effectifs » reste un chantier pour de nombreuses capitales africaines.

Au Congo, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) poursuit son travail de « sensibilisation ». L’ITIE organise des ateliers à destination des acteurs privés comme publics au sujet de la mise en œuvre de diverses réformes. Début février, à Brazzaville, le Comité national de l’ITIE Congo, conduit par Florent Michel Okoko, secrétaire permanent de l’instance exécutive dudit comité, a organisé un atelier destiné aux administrations publiques. Deux jours plus tard, c’est à Pointe-Noire que s’est tenu l’atelier, à destination cette fois des représentants d’industries extractives et forestières.

CARACTÉRISER L’IDENTITÉ DES « PROPRIÉTAIRES RÉELS » EST DÉTERMINANT POUR LES GOUVERNEMENTS

L’atelier sur le thème de la propriété réelle, c’est-à-dire la notion du détenteur final d’une entreprise dans le cadre réglementaire d’un pays, visait à sensibiliser sur l’identification des bénéficiaires effectifs (BE) et à rappeler l’importance de la divulgation des données pour faciliter la mise en œuvre de « l’exigence » 2.5 de la norme ITIE [cette dernière compte près de 40 exigences de la clause 1.1 à la clause 7.4.]. Caractériser l’identité des personnes physiques ou « propriétaires réels » est déterminant pour les gouvernements. Souvent, cette identité ne peut être clairement établie parce qu’elle est dissimulée derrière une chaîne d’entreprises fictives. Dans le secteur extractif, où il est essentiel de savoir qui détient les droits d’extraction du pétrole, du gaz et des minerais, cela peut engendrer des risques de gouvernance (détournements, conflits d’intérêts, pertes fiscales pour les États).

Cadre législatif et juridique adapté

« La transparence n’est pas la panacée pour lutter contre la corruption, mais son effet dissuasif est significatif. La publication des contrats extractifs décourage les représentants de l’État de conclure des contrats qui seraient contraires aux – ou mal alignés avec les – intérêts nationaux », avançait dans une tribune en février 2021 Bady Baldé, directeur exécutif adjoint et directeur pour l’Afrique de l’ITIE. Adhérente de l’ITIE depuis juin 2004, la République du Congo effectue des « progrès significatifs », selon le rapport 2019 de l’organisme mais publié fin 2021. Concernant les recettes publiques, les revenus de commercialisation de la part de l’État dans la production des hydrocarbures sont en léger recul de 2,5%, avec 1,61 milliard de dollars perçus en 2019 contre 1,65 milliard en 2018.

Dans son rapport, l’ITIE insiste sur l’absence de registre public ou de cadastre dans le secteur minier comme forestier mais surtout, l’absence de registre public des bénéficiaires effectifs, un des points essentiels de la norme ITIE sur la transparence. D’autres recommandations datant des années précédentes n’ont pas encore été mises en œuvre, notamment la publication des textes d’application de la loi n°2016-28 du 12 octobre 2016 portant sur le Code des hydrocarbures et la procédure d’attribution des permis. Le manque d’informations sur les critères techniques et financiers utilisés pour sélectionner les entreprises acheteuses des parts de l’État dans la production des hydrocarbures avait été souligné dès l’édition 2018 du rapport.

L’exemple du Sénégal

Si 26 pays africains mettent en œuvre les normes d’ITIE, certains sont plus avancés que d’autres en ce qui concerne les exigences de transparence. Depuis 2015, au Kenya, la loi sur les sociétés a consolidé les exigences relatives à la constitution, l’enregistrement et le fonctionnement des sociétés. Un plan d’action 2020-2022 vise notamment à étendre la portée de cette loi en prescrivant la publication d’un registre public et accessible à tous.

Pour se conformer à l’exigence de propriété effective de la norme ITIE, le Sénégal a en adopté une définition en février 2018, et renforcé ce cadre par la loi du 02 mars 2021 portant sur les contrats de Partenariats publics-privés. Le Congo de son côté a appliqué six des quinze mesures correctives arrêtées lors de sa première validation en 2013 et planche sur un projet de loi portant sur les bénéficiaires effectifs. Le rapport annuel ITIE 2020 sur la transparence au Congo devrait être publié d’ici à un mois tandis qu’un troisième processus de validation devrait avoir lieu en juillet 2022.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Congo : calendrier serré pour un accord avec Glencore

novembre 11, 2021
Terminal pétrolier de Djéno près de Pointe-Noire, 2012. © Antonin Borgeaud/Éditions du Jaguar

Les autorités de Brazzaville se donnent un an pour renégocier la créance du pays envers le géant mondial du négoce.

En marge de la conférence African Energy Week, qui se tient du 9 au 12 novembre au Cap, en Afrique du Sud, Bruno Itoua, le ministre congolais de l’Énergie et des Hydrocarbures, a indiqué que le gouvernement espérait parvenir à un accord avec Glencore au cours de l’année à venir. À défaut, Brazzaville n’exclut pas la possibilité de rechercher une tierce partie pouvant racheter sa dette envers le géant anglo-suisse du négoce. « Je n’ai pas perdu l’espoir que nous trouverons une solution avec Glencore », a-t-il indiqué, rapporte l’agence Reuters. « Le moment est idoine (…) et nous espérons ne pas devoir attendre un an pour arriver au bout de tout cela ». Contacté par Jeune Afrique, le groupe Glencore n’a pas souhaité faire de commentaires.

Bruno Jean Richard Itoua (Congo), ministre de l’Énergie, le 16 avril 2010.
Bruno Jean Richard Itoua (Congo), ministre de l’Énergie, le 16 avril 2010. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Durcissement des conditions d’accès aux marchés financiers

Entre 2015 et 2016, Glencore – appuyé par un consortium de banques – a accordé un prêt de 850 millions de dollars au gouvernement congolais, censé être remboursé grâce à des livraisons de pétrole sur une période de cinq ans. Ces mécanismes de prépaiement, adossés aux ressources naturelles, sont devenus populaires auprès de certains producteurs africains d’hydrocarbures à la suite de la crise financière de 2008 et du durcissement des conditions d’accès aux marchés de capitaux. Toutefois, la chute des prix du brut est venu compliqué l’équation pour les pays africains. Après une demi-douzaine d’années au-dessus de 100 dollars, le baril de brut a brusquement reculé restant dans une fourchette de 40 à 60 dollars entre 2015 et 2017. Il a depuis lors rarement dépassé 80 dollars.

Une situation qui a durement affecté le Congo-Brazzaville, dont l’endettement est resté supérieur à 100% du PIB ces dernières années, contraignant le pays à renégocier son endettement auprès des traders. Si un accord de principe a été trouvé avec Trafigura, autre géant suisse du négoce, les discussions avec Glencore ont elles pris du retard, des divergences existant notamment quant à la décote que les prêteurs devraient accepter sur le montant de cette dette.

Compte tenu de la taille et la prépondérance de ce type de prêts aux conditions opaques et aux taux d’intérêt élevés, David Mihalyi, économiste au Natural Ressource Governance Institute avait indiqué dans une note datant de juin 2020 que « les négociants en matières premières devraient également se joindre à l’effort mondial d’allègement de la dette ».

Appui du FMI

Le FMI, qui pressait Brazzaville d’obtenir un décote de 30%, est toutefois dans la dernière ligne droite en vue de la signature d’un accord de financement avec le gouvernement congolais. Ce prêt d’une valeur de 456 millions de dollars devrait être soumis à la mise en œuvre de plusieurs réformes pour renforcer la gouvernance et la transparence dans la gestion de ressources publiques et pétrolières du pays. Selon Bruno Itoua, cité par Reuters, l’accord avec le FMI pourrait renforcer la position du pays vis-à-vis de Glencore.

Selon les données de la Banque mondiale, la dette de la république du Congo a atteint 103 % du PIB en 2020. Elle est anticipée à 93% d’ici à la fin 2021. Selon le FMI, en décembre dernier, la dette publique brute dans le cadre des accords de prépaiements pétroliers était estimée à 1,9 milliard de dollars (environ 17,3% du PIB). La dette publique brute du pays était estimée, à la même échéance, à 11 milliards de dollars, dont près de 7 milliards de dollars vis-à-vis de créditeurs extérieurs.

Outre ses négociations avec Brazzaville, Glencore est en discussions avec les autorités tchadiennes. Le négociant doit obtenir l’avant de N’Djamena pour céder ses champs pétroliers dans le pays Tchad à la société pétrolière et gazière française Perenco, a indiqué l’agence Reuters, début novembre, citant un porte-parole de la société. Le géant minier anglo-suisse a acheté ces champs pétroliers en 2014 et les a mis en vente en 2019.

Avec Jeune Afrique

Madagascar-Une île pauvre : Condamnée à un avenir radieux

octobre 1, 2021

Tous les  experts sont unanimes : Madagascar regorge de ressources naturelles (uranium, titane, nickel, pétrole). L’or et les pierres précieuses les plus  recherchées  dans le  monde ont  fait la fortune de  tous  les trafiquants locaux  et étrangers sans que la population bénéficie des retombées financières…Selon  des sources crédibles, l’île  vit dans un  contexte politique que la pandémie avait perturbé jusqu’à presque paralyser le pays. Situation  qui  a permis à une opposition  sans ossature réelle ni  institutionnelle de traiter Andry Rajoelina et  son  équipe de  tous les  noms avec une  forte  dose  de mauvaise  foi pour faire  de l’agitation.  Avec  des  intentions insurrectionnelles à peine  cachées.

L’actuel  Chef  de l’Etat n’a jamais caché ses intentions de ne plus compter désormais qu’uniquement  sur nos propres  ressources pour développer le pays. Avec les succès récents de ses bonnes relations positives avec les partenaires techniques et financiers internationaux, ses détracteurs l’accusent alors (à tort bien  entendu) de double langage et de démagogie. Ironie  du  sort et  comme pour  donner  raison à Andry  Rajoelina, la  Banque Mondiale  comme le Fonds Monétaire International (F.M.I) viennent d’octroyer des  enveloppes consistantes et  des allocations de plusieurs millions  de  dollars dans  des conditions favorables au  système en place…

Dans les  rangs  des éternels agitateurs de  service, on digère mal le  fait que dans le contexte des dures réalités post-coronavirus très  critiques, l’aide exceptionnelle du FMI  sous la  forme d’un « don non remboursable » de 332 millions  de  dollars de  Droits  de  Tirage Spéciaux  en  date  du 23 septembre dernier pour la République de Madagascar s’ajoute au financement de 312,4 millions de dollars du Fonds Monétaire International au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) du mois  de mars dernier. C’est une  énorme bouffée  d’oxygène alors qu’en face on attendait à une paralysie  économique du  régime. Le pouvoir  en place obtient ainsi  le  feu  vert pour les projets de développement dans différents secteurs (infrastructures, énergie renouvelable, protection sociale,  surtout les adductions d’eau dans le Sud et de lutte contre la malnutrition).

Avec toutes les bonnes cartes entre les mains, Madagascar a  bon  espoir pour le  bien-être de ses habitants. A une  seule  condition : maintenir le cap de la bonne  gouvernance débarrassée des brebis  galeuses de la  République.

Avec La Gazette de La Grande Ile par Noël Razafilahy

[Enquête] Armes contre pétrole : les affaires louches de Semlex et Gunvor en Côte d’Ivoire

octobre 22, 2020
Armes remises à l'ONUCI par d'ex-combattants de la crise post-électorale, à Abidjan, en juillet 2012.

Pendant la crise postélectorale, les sociétés Semlex et Gunvor ont été au cœur d’un système visant à fournir des armes au régime de Laurent Gbagbo, en violation de l’embargo des Nations unies. L’OCCRP et « Jeune Afrique » vous dévoilent les dessous de ce montage complexe.

*Cet article est issu du travail de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP, un consortium de journalistes d’investigation fondé en 2006), auquel Jeune Afrique a collaboré. L’original, en anglais, peut être lu ici.

Nous sommes entre fin février et début mars 2011, à Genève, en Suisse, dans un salon privé d’un palace donnant sur le Rhône, le Mandarin. Ici, les chuchotements sont de rigueur. Les affaires se concluent à l’abri des regards, dans l’illusion d’un secret cinq étoiles. Un petit groupe d’hommes d’affaires s’est réuni avec, parmi eux, des représentants de l’entreprise Gunvor, spécialisée dans le commerce de produits pétroliers.

Basée à Genève, cette société appartient alors en copropriété au milliardaire suédois Torbjörn Törnqvist et à Gennady Timchenko, un oligarque russe étroitement lié au Kremlin. Active en Côte d’Ivoire, elle travaille à Abidjan avec la Société nationale d’opérations pétrolières ivoirienne, communément connue sous le nom de Petroci.

Alors que s’amorce la crise de 2010-2011, Gunvor, négociant pétrolier parmi les plus puissants du marché, est en réalité l’un des piliers du pouvoir du président ivoirien, Laurent Gbagbo. Au point, selon l’enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) à laquelle Jeune Afrique a participé, d’essayer de l’aider à se fournir en armes et en munitions.

Deux Français au cœur du système

Retour en Suisse. Au cœur de la réunion du Mandarin, un homme : Olivier Bazin. Connu sous le nom de « Colonel Mario », il a commencé à travailler pour Gunvor en Afrique en 2007, en tant que représentant en Angola. Il a ensuite poursuivi cette collaboration, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Mis en cause en France dans diverses affaires de meurtre ou d’extorsion de fonds liées au milieu corse (les charges ont ensuite été abandonnées), l’homme a été condamné en 2009 pour blanchiment d’argent et contrebande d’or en lien avec le Gabon.

Décrit par un procureur suisse comme un marchand d’armes international, Bazin est l’un des hommes à tout faire de Gunvor sur le continent, et il avoue enchaîner les réunions « à Abidjan, Brazzaville, Malabo, […] Genève, […] Paris, Bruxelles, Londres » pour le compte de la société pétrolière. Son nom est bien connu sur les bords de la lagune Ebrié : il fait l’objet d’une plainte déposée par Guillaume Soro, qui l’accuse d’être l’un des auteurs de l’enregistrement qui lui vaut d’être accusé d’atteinte à la sécurité de l’État par les autorités de son pays.

Autre interlocuteur de la réunion du Mandarin : Robert Montoya. Lui non plus n’est pas un inconnu à Abidjan. Cet ancien policier français, devenu chef d’un réseau international d’armes est, selon les experts des Nations unies ayant enquêté sur lui, l’un des principaux fournisseurs de la Côte d’Ivoire depuis 2005. Sa spécialité : échanger armes et munitions d’origine biélorusse, russe ou lettone contre des ressources telles que le pétrole ou le cacao. L’ONU estime que le réseau de Montoya a vendu au gouvernement ivoirien au moins 16,3 millions de dollars d’armes entre 2006 et 2010 (13,9 millions d’euros)

« Voici l’équipement dont nous avons besoin »

L’objet de cette discrète réunion genevoise a-t-il été défini quelques semaines auparavant ? Le 24 janvier, Aubert Zohore, un conseiller de Laurent Gbagbo aujourd’hui réfugié aux États-Unis, écrit à Olivier Bazin un message confidentiel. Attaché à celui-ci, un tableau très détaillé dans lequel il énumère les armes qu’il souhaiterait se procurer, représentant un total de 4,5 millions d’euros. « Voici l’équipement dont nous avons besoin de toute urgence », explique-t-il. La liste comprend près de 7 millions de cartouches, 6 000 roquettes et 300 grenades fumigènes.

LE PRÉSIDENT GBAGBO VOULAIT OBTENIR LE SOUTIEN DE GUNVOR POUR ACHETER DES ARMES EN RUSSIE

Deux jours plus tard, le 26 janvier, Olivier Bazin transmet le message à un responsable de Gunvor. Il écrit : « Comme indiqué, je vous envoie la liste des équipements demandés par le [représentant du président] aux Russes. Veuillez confirmer que vous avez reçu cet e-mail. »

Une source au fait de l’accord explique : « Le président Gbagbo a demandé à Bazin d’obtenir le soutien de Gunvor pour acheter des armes en Russie. Bazin et Montoya ont impliqué cette entreprise dans l’accord d’armement et tous deux l’ont rencontrée à Genève à cette fin. » Elle affirme également que les armes ont été payées et que certaines d’entre elles ont été livrées avant l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011.

Dans le même temps, Olivier Bazin met en branle l’autre pan du montage ivoirien. Selon les informations de l’OCCRP, il alerte en particulier Semlex, une entreprise belge spécialisée dans la biométrie et implantée en Côte d’Ivoire, où elle est liée par contrat à Gunvor dans le domaine du pétrole depuis 2008. Olivier Bazin est à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci, comme le montre un document consulté par Jeune Afrique et daté de 2009.

Selon ce document de 2009, Olivier Bazin était à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci

Semlex est également liée par contrat à une autre entreprise, Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie. Les deux entités, comme Gunvor et Semlex, collaborent dans le domaine pétrolier, selon un document en possession de Jeune Afrique daté de 2010.

Selon ce document de 2010, Semlex et Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie, collaboraient dans le domaine pétrolier

Mais Caminex n’est pas tout à fait ce qu’elle prétend être : selon des observateurs de l’ONU, elle est l’une des nombreuses entreprises utilisées par Robert Montoya et un autre Français, Frédéric Lafont.

Un réseau d’entreprises, de la Tunisie à la Lettonie

Lafont, ancien légionnaire français installé en Côte d’Ivoire qui s’est reconverti dans la sécurité privée au début des années 2000, a notamment formé les escouades anti-émeute de Laurent Gbagbo. Il est surtout à la tête, en collaboration avec Robert Montoya, d’une kyrielle d’entreprises, telles que Darkwood, Protect, Caminex et Sophia Airlines, qui seront plus tard identifiées par l’ONU comme fournissant de l’armement et blanchissant l’argent issu de ce commerce. Mais il a toujours nié, par l’intermédiaire de son avocat, Gilbert Collard, les accusations onusiennes, « concoctées par jalousie » selon lui.

MONTOYA ET LAFONT ACHEMINAIENT SECRÈTEMENT DES ARMES VERS LES FORCES DE LAURENT GBAGBO

Dans un rapport daté de 2012, les experts de l’ONU ont ainsi expliqué que Montoya et Lafont avaient utilisé « une structure complexe d’entreprises basées en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Lettonie » pour transférer de l’argent alors qu’ils acheminaient secrètement des armes vers les forces de Laurent Gbagbo, violant « systématiquement le régime de sanctions imposé à la Côte d’Ivoire ». Parmi ces entreprises : Caminex.

Selon des documents consultés par Jeune Afrique, Gunvor, Semlex et Caminex font régulièrement affaire en 2010 et en 2011, par l’intermédiaire d’Olivier Bazin. Le 12 janvier 2011, celui-ci a d’ailleurs encore écrit un courriel au PDG de Semlex, le Belge d’origine syrienne Albert Karaziwan, en lui rappelant certaines dispositions des accords liant son entreprise à Caminex. En ce même mois de janvier, Semlex a également transféré 1,2 million de dollars à Gunvor, officiellement pour des paiements liés au pétrole.

« Pétrole contre armes »

Dans leur rapport de 2012, les experts de l’ONU n’ont jamais ciblé nommément Gunvor comme faisant partie d’un montage visant à fournir des armes à la Côte d’Ivoire sous embargo. Toutefois, dans une annexe intitulée « Demande d’un accord “pétrole contre armes” », ils citent un courriel de 2010 d’un employé de Gunvor discutant de l’achat de deux cargaisons supplémentaires de brut ivoirien pour un coût de 106 millions de dollars.

« Gunvor semble avoir utilisé sa relation avec Semlex pour cacher le fait qu’il travaillait main dans la main avec des marchands d’armes connus. Le réseau que les deux sociétés ont créé est un bon exemple des différentes couches opaques que les marchands d’armes peuvent utiliser pour dissimuler leurs activités », explique Andrew Feinstein, spécialiste du commerce d’armes international.

Contacté par l’OCCRP, le directeur des affaires corporatives de Gunvor, Seth Pietras, a nié toutes les allégations d’actes répréhensibles. Il a déclaré que la société avait été présentée à Semlex et Bazin par un ancien employé de Gunvor, qui a depuis été condamné par un tribunal suisse pour corruption, et qu’elle n’entretenait actuellement aucune relation avec l’une ou l’autre des parties.

« Gunvor ne conclurait jamais un accord dans lequel les armes constituaient un aspect de la transaction. C’était vrai à l’époque, c’est vrai maintenant », a-t-il ajouté. Semlex n’a de son côté pas répondu aux sollicitations, tandis que Montoya, Lafont et Bazin n’ont pas pu être contactés pour commenter.

Bazin, l’intermédiaire entre Gbagbo et Gunvor

Selon l’OCCRP, Gunvor est parvenue à poursuivre ses activités en Côte d’Ivoire tout au long de la crise postélectorale, alors même que l’Union européenne avait sanctionné la compagnie Petroci. En avril 2011, un courrier électronique montre ainsi que la société a acheté 1,6 million de barils de brut pour un montant estimé à 160 millions de dollars. Semlex, avec qui Gunvor collaborait depuis 2008, a alors reçu une commission de plus de trois millions de dollars sur cette transaction, laquelle s’est finalisée en plein basculement de la crise.

KADET BERTIN, L’EX-CONSEILLER SPÉCIAL DE GBAGBO, ASSURE NE CONNAÎTRE NI GUNVOR NI SEMLEX

Des documents confidentiels indiquent également que Gunvor a signé avec Petroci un accord de préfinancement pour des opérations pétrolières en 2010 et 2011. Le contrat, visé par la banque française Crédit agricole, portait sur une somme de 180 millions de dollars. En contrepartie, l’entreprise de négoce pétrolier obtenait des conditions avantageuses dans ses futures opérations à Abidjan.

Une source proche de l’accord a expliqué qu’Olivier Bazin, en qualité d’intermédiaire de Gunvor avec le gouvernement ivoirien et avec Petroci, en avait négocié les termes. Celui-ci aurait fait pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il signe le contrat, arguant qu’il en avait besoin pour financer sa campagne présidentielle de 2010 et, au besoin, assurer sa sécurité grâce à l’achat de mercenaires et d’armes.

Contacté par Jeune Afrique, Kadet Bertin, puissant conseiller spécial de Laurent Gbagbo chargé de la Défense et de la Sécurité entre 2003 et 2011, assure ne pas connaître les entreprises Gunvor et Semlex. Il affirme ne pas pouvoir répondre à nos questions.

Quand Gunvor misait sur Ouattara

Si l’argent semble avoir continué de circuler entre le régime de Gbagbo, Semlex et Gunvor via divers comptes bancaires et sociétés jusqu’en juin 2011, la société pétrolière n’a cependant pas tout misé sur le patron du Front populaire ivoirien (FPI). Alors que les forces d’Alassane Ouattara commençaient à prendre le dessus en Côte d’Ivoire, la société couvrait en réalité déjà ses arrières.

EN JANVIER 2011, GUNVOR SIGNAIT UN ACCORD AVEC ADAMA TOUNGARA, « MINISTRE DU PÉTROLE » D’ALASSANE OUATTARA

En janvier 2011, alors qu’elle recevait encore du pétrole dans le cadre des accords passés avec les équipes de Laurent Gbagbo, Gunvor signait ainsi un accord séparé avec quelques uns de leurs adversaires, dont Adama Toungara, « ministre du Pétrole » d’Alassane Ouattara (il est aujourd’hui médiateur de la République), et des responsables chez Petroci.

L’accord, qui visait à permettre à Gunvor de poursuivre ses activités en cas de chute de son meilleur allié, Laurent Gbagbo, semble n’avoir été activé qu’en avril, lors de la victoire effective d’Alassane Ouattara. Selon certaines indiscrétions, Gunvor aurait commencé dès mai à payer des fonctionnaires du nouveau gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire d’une société basée dans le paradis fiscal de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Belisha Capital.

Le mystère Belisha Capital

Selon une source proche de la famille, Belisha Capital appartenait alors au neveu d’Adama Toungara, l’avocat Adama Kamara. Dans une facture datée du 15 mai 2011, celle-ci réclamait notamment le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme « participation aux bénéfices » du brut vendu le mois précédent. Selon des documents de l’OCCRP, Olivier Bazin a également effectué d’autres paiements en espèces, d’un montant non divulgué, à un cadre de Petroci entre 2011 et 2013.

Dans une facture datée du 15 mai 2011, Belisha Capital réclamait le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme

Si des documents judiciaires obtenus par l’OCCRP décrivent Gunvor comme « très proche » du régime de Laurent Gbagbo, un témoignage recueilli en Suisse montre que le négociant en pétrole faisait également pression sur le nouveau gouvernement d’Alassane Ouattara, en utilisant sa relation avec Adama Toungara et Adama Kamara.

Contacté par Jeune Afrique, Adama Kamara, aujourd’hui conseiller à la Primature et avocat d’Alassane Ouattara, n’a pas souhaité donner de détails sur ses contacts avec Gunvor lors de la crise postélectorale, expliquant être tenu au secret professionnel dans le cadre de ses activités d’avocat.

Masséré Touré, directrice de la communication de la présidence et nièce du chef de l’État ivoirien, a quant à elle déclaré que l’administration actuelle n’avait aucune trace des contrats passés sous Laurent Gbagbo. Elle n’a pas souhaité répondre aux questions concernant la société Belisha Capital.

Gunvor n’a cessé d’exploiter le pétrole ivoirien qu’en 2016

Gunvor a continué à exploiter le pétrole ivoirien jusqu’en 2016 – son chiffre d’affaires s’est élevé cette année-là à 47 milliards de dollars, faisant d’elle le quatrième plus gros négociant en pétrole privé du monde. Toutefois, elle s’est progressivement retirée du terrain africain, le continent ne représentant plus, dès 2018, qu’environ 5 % de son chiffre d’affaires.

Fin 2018, Gunvor a en effet été condamnée en Suisse dans une autre affaire à une amende record de 95 millions de dollars, la justice ayant estimé qu’elle n’avait pas empêché ses employés de corrompre des fonctionnaires en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville.

Semlex n’a, quant à elle, pas été inquiétée. En 2018, l’entreprise belge a même remporté un contrat de 700 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien pour produire 32 millions de passeports biométriques. Elle est aujourd’hui sous le coup d’une enquête judiciaire en Belgique et soupçonnée de corruption et de blanchiment d’argent dans le cadre d’un contrat de production de passeports en RD Congo, lequel n’a pas été renouvelé.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier

                         

Le pétrole monte encore, l’offre mondiale inquiète

septembre 25, 2018

Londres (awp/afp) – Les prix du pétrole grimpaient mardi en cours d’échanges européens et le Brent repoussait son plus haut en près de quatre ans alors que le marché s’inquiète d’un manque d’offre provoqué par les sanctions américaines sur l’Iran.

Vers 10H00 GMT (12H00 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 82 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 80 cents par rapport à la clôture de lundi, après avoir touché vers 08H25 GMT son plus haut depuis novembre 2014 à 82,20 dollars.

Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour la même échéance prenait 41 cents à 72,49 dollars.

Depuis le début de la semaine, le Brent a déjà engrangé 4% de hausse, après une réunion dimanche à Alger de suivi de l’accord de limitation de la production qui engage les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et d’autres producteurs.

Les ministres présents n’ont pas décidé d’augmenter leurs objectifs de production. Certains acteurs du marché s’attendaient à ce qu’ils le fassent après des commentaires contre l’Opep du président américain Donald Trump sur Twitter.

« Cette alliance de producteurs a, dans l’année et les mois passés, réduit son débit bien plus qu’ils ne l’avaient décidé en décembre 2016, de façon intentionnelle ou non », a commenté Tamas Varga, analyste chez PVM.

Si les deux géants participant à l’accord, la Russie et l’Arabie saoudite, ont intentionnellement freiné leurs extractions, l’offre provenant de l’alliance a surtout chuté en raison des pertes de l’industrie vénézuélienne et de la baisse des exportations iraniennes en raison des sanctions des Etats-Unis.

« L’Opep continue d’être accusée (par Donald Trump, ndlr) pour la hausse des prix, mais avec une part de marché en baisse, le président dirige mal sa colère », a jugé Chris Beauchamp, analyste chez IG.

Alors que les observateurs du marché s’accordent pour désigner les sanctions américaines sur les exportations iraniennes de pétrole, qui seront appliquées à partir de début novembre, comme explication de la hausse des prix, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne a annoncé lundi soir la création d’une entité spécifique pour pouvoir continuer à commercer avec l’Iran.

« Nous ne nous attendons pas à ce que cela s’applique du jour au lendemain », a commenté Olivier Jakob, analyste chez Petromatrix, qui y voit une tactique de l’Europe pour faire rester l’Iran dans l’accord sur le nucléaire malgré les sanctions américaines.

Romandie.com avec(AWP / 25.09.2018 12h03)