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L’après-Papandréou tourne au psychodrame grec

novembre 10, 2011

Le premier ministre a officiellement démissionné mercredi. Mais le choix de son successeur ne semble faire que des mécontents.

Après trois semaines de drame, l’Olympe a accouché d’une souris. Les dieux grecs de la politique ont choisi un terne apparatchik pour sortir le pays de la pire crise qu’il ait connue depuis 1974.

Dès l’aube, mercredi, circulait à Athènes le nom de Philippos Petsalnikos pour remplacer Georges Papandréou à la tête du gouvernement.Lucas Papadémos, technocrate indépendant et compétent donné favori au début de la semaine, n’a pas passé le barrage opposé par les éléphants du Parti socialiste, au premier rang desquels Evangelos Venizélos, le ministre des Finances. Bien qu’elle ait failli, la vieille classe politique grecque n’a pas consenti à livrer le pouvoir suprême – même pour une période transitoire jusqu’aux élections anticipées – à l’«étranger» qu’était ce banquier central de renommée internationale.

Il était 17 h 50, mercredi, lorsque soudain le silence se fit dans le salon néogothique voisin de la buvette du Parlement. La télévision interrompait ses programmes pour diffuser un message à la nation de Georges Papandréou. Après cinq minutes de généralités sur la nécessité d’un «consensus gouvernemental pour lancer un message fort à nos partenaires européens», le premier ministre semble aborder les choses concrètes : le choix de son successeur, en accord avec le chef du parti Nouvelle Démocratie (ND), l’opposition de centre droit. En prince de l’ambiguïté, de l’indécision et de la procrastination qu’il a toujours été, Papandréou se contente de déclarer que «c’est un choix institutionnel» qui a été fait. Puis, ayant enfin formellement annoncé sa démission, il remercie, dans une formule toute faite, le peuple grec pour le «soutien» que ce dernier lui aurait accordé…

«Marionnette»

Aussitôt fusent les quolibets parmi les députés des deux bords. «Il n’a même pas osé donner son nom !», dit l’un. «J’en reste sans voix», dit au Figaro le député Takis Rigas, pourtant membre du Parti socialiste (Pasok) de Georges Papandréou.

Avocat de formation, germanophone, élu député du Pasok dès 1985, président du Parlement depuis octobre 2009, Philippos Petsalnikos n’a en effet jamais brillé, ni par ses idées, ni par son action, dans les différents postes gouvernementaux qu’il a pu exercer (Intérieur, Justice, Éducation). Son principal titre de gloire est en fait d’avoir été le plus proche collaborateur de Georges Papandréou au cours du dernier quart de siècle.

Les jeunes députés du Pasok, qui soutenaient le choix de Papademos pour garantir le maintien de la Grèce dans la zone euro, ne décolèrent pas. Dans cette buvette, il règne presque une atmosphère de rébellion. Contents de s’être débarrassé de Papandréou, les députés socialistes n’apprécient guère que l’ancien premier ministre veuille poursuivre son influence, grâce à sa «marionnette» Petsalnikos. Se calmeront-ils d’ici au vote de confiance prévu pour dimanche ? C’est très possible, car toute scission politique revient en Grèce à se faire couper les vivres : les partis vivent d’un généreux financement public, découlant du nombre de voix recueillies aux dernières élections (10 euros par électeur et par an…).

La déception était également forte parmi le petit groupe de députés réformistes de la ND qui avaient, en fin de semaine dernière, rédigé, en compagnie de parlementaires du Pasok, une motion réclamant un gouvernement d’union nationale pour tirer le pays de la crise. «Papandréou et Samaras ( leader de la ND) avaient-ils si peur que cela d’un succès de Papademos ? Cette décision est incompréhensible, autant de notre côté que de celui du Pasok», dit l’un d’eux, en exigeant l’anonymat. «Nous avions besoin d’un nouveau leader, capable de susciter la confiance à la fois du peuple grec et de nos partenaires européens. Or voici qu’on nous donne un apparatchik !», se plaint Evangelos Antonaros, ancien porte-parole du gouvernement Karamanlis.

La même consternation était perceptible mercredi soir dans les milieux d’affaires. «Avec un Petsalnikos à la tête du gouvernement, je ne vois pas comment le PSI pourrait être conclu dans ces conditions», déclare au Figaro Takis Tamboureas, directeur du développement du Crédit agricole local. Le PSI (private sector involvement), c’est l’acceptation par les banques grecques d’une décote de 50 % de leurs avoirs en obligations d’État.

Signe d’un chaos politique persistant, on apprenait à 20 heures que le tollé provoqué par le choix de Petsalnikos avait entraîné l’annulation à la dernière minute de la réunion chez le président de la République de tous les chefs de groupes parlementaires. L’option Papademos ressuscitait soudain…

Lefigaro.fr par Renaud Girard, Alexia Kefalas