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France: Le philosophe Jacques Bouveresse est mort

mai 11, 2021

Figure majeure de la philosophie française, Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai, à Paris, rapporte « Libération ». Il avait 80 ans.

Jacques Bouveresse en 2002.
Jacques Bouveresse en 2002.© SELDERS/SIPA / SIPA / SELDERS/SIPA

L’ancien professeur au Collège de France et spécialiste de Ludwig Wittgenstein Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai à l’âge de 80 ans, à Paris, rapporte Libération.

Influencé par le cercle de Vienne, Jacques Bouveresse défendait une position rationaliste. Il défendait l’usage du langage ordinaire et de l’humilité, même lorsqu’il s’agissait de parler de choses compliquées.

Le philosophe français a également introduit en France l’œuvre de Ludwig Wittgenstein, pour qui « la philosophie n’est pas une théorie mais une activité » visant à éclaircir les problèmes, et a également écrit sur les écrivains autrichiens Karl Kraus et Robert Musil.

Grand Prix de philosophie de l’Académie française

En 1995, Jacques Bouveresse a été élu au Collège de France et a intitulé sa chaire Philosophie du langage et de la connaissance. Depuis 2010, il était professeur honoraire de cette institution.

Le philosophe laisse derrière lui une œuvre majeure, qui a en effet exercé une influence considérable sur plusieurs générations de philosophes et qui devrait continuer dans les années à venir. Il a également reçu en 2019 le Grand Prix de philosophie de l’Académie française pour l’ensemble de ses ouvrages.

Jacques Bouveresse avait par ailleurs refusé la Légion d’honneur. En 2010, lorsqu’il est fait chevalier de Légion d’honneur, sans être consulté au préalable, le philosophe avait immédiatement réclamé l’annulation de cette distinction.

Avec Le Point

Michel Onfray renonce à publier en France son essai sur l’islam

novembre 27, 2015

 onfray

Le philosophe Michel Onfray, lors du lancement de « l’Université populaire » à Hérouville-Saint-Clair, le 15 octobre 2010 près de Caen. afp.com/CHARLY TRIBALLEAU

Le philosophe Michel Onfray renonce à la publication en France de Penser l’islam. Il a aussi annoncé la fermeture de son compte Twitter pour « retourner dans son bureau ».

Le philosophe Michel Onfray a renoncé à publier, en France, son essai critique sur l’islam. « Aucun débat serein n’est plus possible » dans le pays sur ce sujet, a argumenté ce vendredi Grasset, sa maison d’édition. « Michel Onfray, convaincu qu’aucun débat serein n’est plus possible en France au sujet de l’islam dans le contexte actuel, renonce à publier Penser l’Islam comme prévu au mois de janvier 2016″, a écrit Grasset. Le livre paraîtra cependant « à l’étranger ».

Michel Onfray « n’est pas l’ami des religions »

Le livre Penser l’Islam devait être publié le 27 janvier. Il était annoncé comme un livre d’entretien entre le philosophe et la journaliste algérienne Asma Kouar. « Son livre paraîtra à l’étranger, mais l’auteur a pris la décision de sursoir sans date à sa publication en France », a précisé l’éditeur.

 « Depuis son Traité d’athéologie, nul n’ignore que Michel Onfray n’est pas l’ami des religions – qu’il considère, en homme des Lumières, comme des maladies propices à la haine, au fanatisme, à la négation des corps. Evidemment, l’islam ne fait pas exception à cette critique radicale – au contraire… », affirmait son éditeur en octobre dans la fiche de présentation de ce livre qui devait compter environ 200 pages.
 Michel Onfray a lu le Coran « de très près », affirmait son éditeur. « De telle sorte qu’il ne craint pas d’y percevoir – comme dans les autres monothéismes – de fréquentes apologies de la violence et de la guerre », ajoutait-il.

« Citant de nombreuses sourates, confrontant les interprétations, il place les musulmans devant la réalité d’un texte qui, à côté de ces élans sublimes, fait également la part belle à la cruauté, à la haine des femmes, à l’esprit de conquête », avait mis en avant Grasset.

Fermeture du compte Twitter

Depuis, il y a eu les attentats du 13 novembre et Michel Onfray a fait entendre une voix discordante en dénonçant « la politique islamophobe » de Paris, des propos polémiques récupérés par la propagande djihadiste. Au lendemain des attentats qui ont fait 130 morts, le philosophe avait écrit sur Twitter: « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ».

Le groupe Etat islamique a utilisé les propos du philosophe dans une vidéo de propagande. « Le travail du philosophe est de mettre en perspective ce qui est avec les conditions qui ont rendu possible ce qui advient », a expliqué Michel Onfray après cette vidéo.

« Je ne défends pas l’Etat islamique », a-t-il insisté. Interrogé sur l’utilisation de son discours par l’organisation Etat islamique, il explique qu' »on est toujours instrumentalisé par tout le monde ».

Parallèlement, le philosophe annonce dans Le Point la fermeture de son compte Twitter, suivi par plus de 100 000 abonnés. « J’en ai assez que mes tweets soient plus importants que mes livres, déclare-t-il. Je veux retourner dans mon bureau. Commenter les commentaires, ça ne m’intéresse pas. »

Lexpress.fr avec AFP

Mort d’André Glucksmann, le philosophe en colère

novembre 10, 2015

André Glucksmann en 2008. JACQUES WITT/AFP

André Glucksmann en 2008. JACQUES WITT/AFP

Le philosophe André Glucksmann, né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 19 juin 1937, est mort à Paris, dans la nuit du 9 au 10 novembre. Il faisait le lien entre deux générations d’intellectuels, celle des Sartre, Aron et Foucault et les « nouveaux philosophes » ayant formé un groupe en rupture avec le marxisme dans les années 1970.

André Glucksmann a grandi dans un milieu juif d’Europe centrale et orientale. Ses parents, venus de la Palestine mandataire, passent à l’Internationale communiste en se réfugiant en France à partir de 1933. Sous l’Occupation, André Glucksmann subit le sort des enfants cachés. Tandis que son père meurt au début de la guerre, sa mère s’engage dans la Résistance.

Après la Libération André Glucksmann, qui vit dans un quartier populaire, suit des études qui le mènent à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Il obtient l’agrégation de philosophie en 1961. L’itinéraire de ce jeune homme qui évolue alors dans la galaxie communiste croise celui de l’un des rares intellectuels de centre droit de l’époque, Raymond Aron, dont il devient l’assistant à la Sorbonne alors qu’il participe aux événements de Mai 68. Avec lui, il se plonge dans les problèmes géopolitiques, nucléaires, notamment sur la philosophie de la dissuasion. D’où son premier livre, Le Discours de la Guerre (L’Herne, 1967).

Avocat constant de l’interventionnisme

André Glucksmann et Jean-Paul Sartre, à l'Elysée, en 1979. ANONYMOUS/

André Glucksmann et Jean-Paul Sartre, à l’Elysée, en 1979. ANONYMOUS/

Classé parmi les « maos », figures de la Cause du peuple faisant l’intermédiaire entre les intellectuels de renom et la base militante, il va se faire l’un des thuriféraires de la révolution culturelle chinoise avant de rompre spectaculairement avec le marxisme en publiant La Cuisinière et le Mangeur d’hommes (Seuil, 1975), qui se vendra à des dizaines de milliers d’exemplaires.

Son itinéraire est désormais marqué par l’aventure des « nouveaux philosophes », qui sont parmi les premiers à envahir les plateaux de télévision, dont celui d’« Apostrophes » en 1977, et à diffuser largement auprès du grand public leur pensée en rupture avec les idéaux communistes. La fin de cette période consiste en une initiative prise par cet homme de terrain autant que penseur : emmener aussi bien Sartre qu’Aron à l’Elysée pour demander au président Valéry Giscard d’Estaing d’intervenir en faveur des réfugiés vietnamiens, les boat people, quittant le Vietnam communiste.

Prompt à diffuser ses indignations, il sera l’une des voix qui, lors des guerres yougoslaves des années 1990, se feront entendre pour soutenir l’intervention contre la Serbie en 1999. Quoique se revendiquant toujours de gauche, il se convertit de plus en plus ouvertement à l’atlantisme et à des positions proaméricaine, fustigeant le « pacifisme ». Il est l’un des avocats constants de l’interventionnisme au nom des droits de l’homme, que ce soit en Libye ou, plus récemment, en Syrie. Vieil adversaire du président Vladimir Poutine, il prend également la parole en faveur des indépendantistes tchétchènes.

Par l’intermédiaire d’une tribune dans Le Monde du 29 janvier 2007, il annoncera son soutien à Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. « Il a posé le bon diagnostic sur le chômage, c’est le candidat le plus à gauche », dit-il alors. Il lui conseille même un ticket avec son ami Bernard Kouchner, futur ministre des affaires étrangères. Il s’éloignera ensuite du président, du fait du rapprochement de ce dernier avec M. Poutine.

Dans Une rage d’enfant (Plon, 2006), il avait, en racontant ses souvenirs, expliqué les ressorts de son style et de son action, toujours marqués de colère, face aux misères du monde.

Lemonde.fr  par Nicolas Weill

Côte d’Ivoire – CPI : procès Gbagbo, l’heure de vérité

août 13, 2012

Depuis octobre 2011, magistrats, juristes et enquêteurs de la Cour pénale internationale (CPI) préparent dans le plus grand secret l’audience, initialement prévue le 13 août, au cours de laquelle l’ancien président Laurent Gbagbo se présentera devant ses juges. Enquête.

Dans sa prison de Scheveningen, Laurent Gbagbo attendait son audience du 13 août dans le calme et la sérénité. L’ancien professeur d’histoire, philosophe à ses heures, avait même adopté une devise – « Fais ce que tu dois, advienne que pourra » – empruntée à la famille Pérusse des Cars, qui a fourni à la France de valeureux militaires, de brillants intellectuels et de courageux serviteurs de l’État, du temps des croisades jusqu’à la Ve République. Mais le 3 août au matin, ses avocats lui auront finalement obtenu un nouveau répit. L’audience a été reportée sine die par la Cour pénale internationale (CPI) pour des raisons de procédures liées à l’état de santé du prévenu.

Transféré dans la banlieue de La Haye, aux Pays-Bas, en novembre, le plus célèbre pensionnaire de la CPI avait eu le temps de préparer sérieusement sa défense. Me Altit, son principal défenseur, lui avait méticuleusement décrit le déroulement de l’audience, les pièges à éviter et l’attitude à adopter. Une sorte de répétition pour une séquence qui devait durer plusieurs jours. Gbagbo devait séduire son auditoire, développer ses arguments sans heurter les juges. « Quoi qu’il en soit, il est confiant et donnera sa version des faits », explique l’un de ses proches.

À quelques kilomètres de Scheveningen, le nouveau procureur de la CPI, Fatou Bensouda, était elle aussi prête. La Gambienne a consacré énormément de temps à l’affaire Gbagbo. Sérieuse, appliquée, déterminée, elle sait que ces premiers pas, devant toutes les caméras de la planète, marqueront son début de mandat. Un bon départ lui permettrait de travailler dans la sérénité alors que la CPI a été décriée durant les deux dernières années du mandat de son très médiatique prédécesseur, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo. Au nom des victimes, Bensouda mettra toute son énergie pour convaincre les juges de confirmer les charges qui pèsent contre l’ancien président ivoirien et d’ouvrir un procès.

Depuis le mois d’octobre 2011, une vingtaine de magistrats, juristes et enquêteurs ont préparé dans le plus grand secret cette audience avec l’appui des autorités ivoiriennes. De très nombreuses missions « in situ » pour recueillir des preuves ont été menées. Des témoignages écrits de victimes et de prisonniers ont été versés au dossier. Des rapports et des vidéos (plus de 400) ont donné lieu à la rédaction d’un document remis aux juges et à la défense. À cela s’ajoutent plus de 9 000 pages d’annexes, classées, pour certaines, confidentiel.

« Il s’est servi de l’appareil de l’État ivoirien »

Le document principal, signé de la main de Fatou Bensouda, tient à démontrer que Gbagbo a planifié, ordonné et mis en oeuvre un déchaînement de violences avec l’aide de son entourage immédiat, dont Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé, le leader des Jeunes patriotes, des représentants politiques et de hauts dirigeants militaires. « Il s’est servi de l’appareil de l’État ivoirien, y compris des Forces de défense et de sécurité (FDS), renforcées par des miliciens et des mercenaires… Il a régulièrement rencontré ses commandants pour orchestrer l’exécution de cette politique et a ordonné aux forces pro-Gbagbo de mener des attaques contre des manifestants civils », peut-on lire. Selon ce rapport, les forces pro-Gbagbo ont pris pour cible les habitants des quartiers d’Abidjan (notamment Abobo, Adjamé, Koumassi et Treichville) – peuplés de ressortissants du Nord, du Centre et des autres pays ouest-africains – considérés comme des bastions d’Alassane Ouattara. Les maisons étaient souvent marquées, soit avec les lettres D (Dioula) ou B (Baoulé) à la craie blanche, soit avec une croix peinte en noir, pour que les assaillants puissent les identifier. Les cibles auraient aussi été choisies pour des motifs religieux, visant tout particulièrement la communauté musulmane.

Les équipes du procureur ont particulièrement répertorié quatre événements : les attaques contre les manifestants pro-Ouattara qui se dirigeaient vers la Radio Télévision ivoirienne (16 décembre 2010), la répression d’une manifestation de femmes à Abobo (3 mars 2011), le bombardement du marché dans ce même quartier (17 mars 2011) et le massacre de civils à Yopougon (avril 2011). Selon le procureur, Gbagbo aurait exhorté ses forces : « Je veux que vous puissiez tenir. Je ne veux pas perdre Abobo », et aurait publiquement déclaré qu’il « nettoierait » ce quartier pour le transformer en cimetière. Il aurait aussi enjoint à Charles Blé Goudé et au général Philippe Mangou, alors chef d’état-major de l’armée, d’enrôler des miliciens au sein des FDS, et participé au recrutement de mercenaires libériens. Enfin, il aurait financé ce dispositif et contribué à l’armement des forces qui lui étaient loyales en chargeant des subordonnés d’acquérir des armes à l’étranger.

Le bureau du procureur a dressé un bilan accablant : de 706 à 1 089 personnes tuées, au moins 35 cas de viols et 520 arrestations arbitraires, ainsi que des mauvais traitements sur 90 personnes. Ainsi Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire et chef des armées à l’époque des faits, est poursuivi comme « coauteur de crimes contre l’humanité ». Quatre chefs d’accusation seront soumis à la décision des juges : meurtres ; viols et autres formes de violence sexuelle ; actes inhumains ; persécution. La décision pourrait être rendue en octobre.

Bataille de procédures

La défense se prépare également et affûte ses armes. Après avoir obtenu l’aide juridictionnelle, Me Emmanuel Altit a étoffé son équipe, obtenu le report de l’audience initialement prévue le 18 juin et engagé une bataille de procédures, pièces contre pièces, afin notamment de réfuter certains témoignages. Il a déposé le 27 juillet ses éléments de preuves à la décharge de son client, dont 372 documents classés confidentiel. Parmi ses angles d’attaque : la détention arbitraire des pro-Gbagbo, les exactions sommaires et les actes de torture perpétrés par le nouveau régime qui empêchent la vérité d’éclater. Il produit notamment des témoignages, des articles de presse et des rapports d’ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch. La défense joue plusieurs cartes : inaptitude de son client à se présenter à l’audience, nullité de la procédure, contestation des charges retenues et demande de liberté conditionnelle.

L’agenda hebdomadaire de Gbagbo est aujourd’hui bien calé entre des séances de travail avec ses avocats, les visites de ses proches et les activités carcérales. Il lit énormément, à tel point que le pénitencier a dû suspendre, momentanément, en juin la livraison de livres, sa cellule de 10 m2 ne pouvant plus contenir les centaines d’ouvrages politiques et les grandes sagas grecques et romaines qu’on lui a déjà offerts. Il se rend également à la salle de gym, où il fait du vélo, et reçoit la visite d’un kinésithérapeute deux fois par semaine pour soigner une vieille arthrose aux poignets et à l’épaule. Durant son temps libre, il reste attentif à l’actualité politique (premiers pas de Hollande en France, situation au Mali et en Guinée-Bissau…) et aux grands événements sportifs. Il suit actuellement les Jeux olympiques, après avoir regardé à la télévision le championnat d’Europe de football. Il n’a d’ailleurs pas manqué de plaisanter avec les gardiens néerlandais, auxquels il prédisait la victoire de leur équipe ! Ces derniers ne lui tiennent pas rigueur de ses erreurs de pronostics, et apprécient son humour et sa bonhomie quotidienne. « He’s a good guy ! » rapportent régulièrement ses gardes.

La procureure Fatou Bensouda, après son entretien avec le président Alassane Ouattara, à Abidjan, le 28 juin 2011.

© Issouf Sanogo/AFP

Pendant ce temps, Simone…

« Dites à mon mari que je tiens bon. » Simone Gbagbo a profité du voyage de l’un de ses avocats en juin à La Haye pour donner de ses nouvelles à son époux. Gardée en résidence surveillée à Odienné, l’ex-première dame s’occupe tant bien que mal (prières et lecture de la Bible, rencontres avec des personnalités de la ville), reçoit la visite de ses soeurs, Victoire Ehivet Mady et Claudine Ehivet Ouattara, mais reste largement coupée du monde. Le Sénégalais Ciré Clédor Ly, l’un de ses avocats, souligne son courage dans les épreuves mais reconnaît que sa famille lui manque beaucoup. Son état de santé inquiète aussi. « Elle ressent des douleurs aux jambes des suites d’un vieil accident de voiture », confie l’un de ses proches. Elle demande régulièrement des informations sur ses anciens compagnons du Front populaire ivoirien (FPI) incarcérés. Elle a accepté de recevoir, le 21 juillet, la ministre déléguée à la Justice, Matto Loma Cissé, venue s’enquérir de ses conditions de détention. En février, la justice ivoirienne l’a inculpée de génocide. Aucune date n’a encore été avancée pour la tenue de son procès.

Un « bon gars » qui a toute sa tête. Gbagbo reste fidèle à sa ligne : c’est lui qui a gagné l’élection, et il est la victime d’un complot ourdi par la France et ses adversaires politiques. Il est persuadé d’avoir signé son arrêt de mort en refusant de répondre à l’invitation de Nicolas Sarkozy pour le 50e anniversaire des indépendances africaines, le 14 juillet 2010 à Paris. « Tant que vous tenez, je tiens », a-t-il confié récemment à l’un de ses visiteurs. Il reçoit régulièrement sa conseillère juridique, Géraldine Odéhouri, installée dorénavant à La Haye, son ami socialiste Guy Labertit et son porte-parole pour l’Europe, Bernard Houdin. Ces soutiens sont chargés de missions discrètes pour maintenir la flamme chez les partisans et faire du lobbying politique. Cette petite équipe cherche notamment à mobiliser certains élus socialistes, des Verts ou du Front de gauche pour sensibiliser le président François Hollande et l’opinion publique française. Le message : « Sans Gbagbo, la réconciliation ivoirienne ne sera pas possible », assure Bernard Houdin.

Gbagbo discute aussi avec ses codétenus, comme le Congolais Jean-Pierre Bemba ou le Libérien Charles Taylor, récemment converti au judaïsme et que l’on voit déambuler une kippa sur la tête.

La visite de Charles Konan Banny

Gbagbo a reçu en juin la visite d’un émissaire de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) du président Charles Konan Banny. « Il a une notion personnelle du temps. Pour lui, le temps est l’autre nom de Dieu. Il est persuadé qu’au bout du chemin son combat pour l’indépendance ivoirienne et africaine finira par s’imposer », explique ce dernier. Gbagbo discute aussi avec ses codétenus, comme le Congolais Jean-Pierre Bemba ou le Libérien Charles Taylor, récemment converti au judaïsme et que l’on voit déambuler dans les couloirs de la prison une kippa sur la tête. Il communique aussi tous les jours avec Nady Bamba, sa seconde femme, épousée traditionnellement, qui se trouve en exil en Afrique de l’Ouest. Auprès de tous, l’ex-président affiche un moral d’acier, se dit prêt à répondre aux juges et espère toujours une liberté provisoire.

À La Haye, la police reste sur le qui-vive dans la perspective de cette audience. Les pro-Gbagbo, très mobilisés, ne manqueront pas d’être présents pour demander la libération de leur « idole ». Les forces de sécurité hollandaises attendent aussi des partisans du président Ouattara et veulent éviter à tout prix des affrontements entre les militants. Sur le terrain médiatique, on risque également d’assister à une véritable foire d’empoigne.

Le gouvernement ivoirien prépare sa riposte. Lors de son passage à Paris, du 24 au 26 juillet, le président Alassane Ouattara a eu une séance de travail avec plusieurs de ses ministres et les deux avocats français de l’État ivoirien, Jean-Paul Benoit et Jean-Pierre Mignard, qui seront du voyage à La Haye. « Gbagbo a créé son propre malheur et celui de son pays en refusant de reconnaître sa défaite électorale, explique Me Benoit. Il est à l’origine de la violence durant la crise postélectorale. » Les deux confrères, proches de François Hollande, sont à l’origine d’un mémorandum, remis en mars 2011 à la CPI, qui dénonce les crimes du camp Gbagbo. Ils comptent bien faire entendre cette version-là. 

Jeuneafrique.com par Pascal Airault