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Décès de Pierre Lumbi en RDC : hommage unanime de la classe politique au « stratège »

juin 15, 2020

 Pierre Lumbi, lors d'une conférence de presse de Ensemble, en juin 2018.

Pierre Lumbi, lors d’une conférence de presse de Ensemble, en juin 2018. © DR / Ensemble pour la République 

Pierre Lumbi, décédé le 14 juin à Kinshasa, aura occupé un rôle central sur la scène politique de son pays. Personnage clé du dispositif de Moïse Katumbi, il fut également directeur de campagne de Martin Fayulu lors de la présidentielle de décembre 2018, après avoir été le conseiller de Joseph Kabila et collaborateur d’Étienne Tshisekedi.

Sénateur, secrétaire général d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, Pierre Lumbi s’est éteint le 14 juin à Kinshasa, a annoncé l’ancien député Francis Kalombo, dimanche soir. Pierre Lumbi, touché par le coronavirus, avait été hospitalisé il y a plusieurs jours.

Les hommages, unanimes, saluent la mémoire d’un homme de conviction, qui aura marqué de son empreinte la vie politique de son pays. Conseiller spécial en matière de sécurité de Joseph Kabila, avant de passer à l’opposition en 2016, il fut aussi collaborateur d’Étienne Tshisekedi, directeur de campagne de Martin Fayulu, et, enfin, secrétaire général du parti de Moïse Katumbi… Pierre Lumbi, plusieurs fois ministre, connaissait en effet bien les arcanes du pouvoir et ses hommes les plus influents.

« Un grand frère, un ami, un sage »

Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la classe politique et de la société civile qui lui rend hommage. « Nous perdons plus qu’un secrétaire général. Nous perdons un grand frère, un ami, un sage », regrette ainsi Moïse Katumbi dans un texte diffusé sur les réseaux sociaux. « De la solidarité paysanne jusqu’à la lutte pour l’alternance démocratique, tu as été de tous les combats », poursuit l’opposant dans son hommage à celui qu’il qualifie de « véritable stratège ».

Néhémie Mwilanya, coordonnateur du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila, s’est dit « consterné » par la disparition de Pierre Lumbi, adressant ses condoléances « à la famille biologique et politique » du défunt. « Consterné » par l’annonce du décès, également, Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC), qui dit garder de Lumbi, « le souvenir d’un homme engagé et épris de voir un Congo nouveau. »

« Nous avons milité ensemble à l’époque de la Conférence nationale souveraine il y a 30 ans… Je garde en mémoire son sérieux, la finesse de ses analyses et son sens de l’organisation », a pour sa part écrit sur Twitter Martin Fayulu. Un épisode qu’a également souligné Vital Kamerhe qui, depuis sa cellule de la prison de Makala, a voulu saluer « le rôle important qu’il avait joué dans l’organisation de la marche des chrétiens du 16 février 1992, et dans le déblocage de la  Conférence nationale souveraine ».

La société civile n’est pas en reste. « Pierre Lumbi était un pionniers de la lutte post-independance pour la liberté, la démocratie et la dignité. Sans être parfait, il avait néanmoins le courage de ses convictions », salut notamment le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Georges Kapiamba, coordinateur de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), évoque un « vaillant combattant de l’Etat de Droit démocratique qui a inspiré beucoup de jeunes ». « Je garde de bons souvenirs d’échanges fructueux avec lui », a pour sa part réagit Ida Sawyer, de Human Rights Watch.

De Kabila à Katumbi

Personnage-clé du dispositif électoral de l’ex-gouverneur du Katanga, Pierre Lumbi, ancien membre influent de la société civile, avait fait ses preuves sur le terrain électoral avec le Mouvement Social pour le Renouveau (MSR).

Il a un temps été proche de l’ancien président Joseph Kabila, dont il a notamment été le conseiller sécurité. Il a alors été parmi les principaux acteurs du rapprochement économique entre Kinshasa et Pékin, qui a notamment abouti au lancement des « Cinq chantiers » pendant le dernier mandat de Kabila.

En 2016, Pierre Lumbi claque la porte de la majorité présidentielle et rejoint la fronde du « G7 », qui se forme autour de Moïse Katumbi pour s’opposer à un troisième mandat de Kabila. En mars 2017, un mois après le décès d’Étienne Tshisekedi, il devient président du Conseil des sages de la plateforme du Rassemblement, la plateforme de l’opposition que le père de l’actuel chef de l’Etat dirigeait jusque-là. Félix Tshisekedi, lui, en devient le président.

Rallié par la suite à Moïse Katumbi, empêché de se présenter à la présidentielle, il rejoindra l’équipe de campagne de Martin Fayulu, avant de reprendre une place centrale au sein du dispositif de l’ancien gouverneur du Katanga.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala

Crise politique en RDC : le président Kabila renvoie un ministre et un membre de son cabinet

septembre 16, 2015
Joseph Kabila, le président de la RDC, le 19 janvier 2015 à Kinshasa. © Tutondele Miankenda/AFP

Joseph Kabila, le président de la RDC, le 19 janvier 2015 à Kinshasa. © Tutondele Miankenda/AFP

Le président Joseph Kabila a relevé son ministre du Plan, Olivier Kamitatu, et son conseiller spécial pour la sécurité, Pierre Lumbi, de leurs fonctions ce mercredi. Leurs partis respectifs avaient signé, deux jours plus tôt, une lettre s’inquiétant du risque que le mandat du président se prolonge au-delà de 2016.

La sanction ne s’est pas fait attendre. Ce mercredi 16 septembre, le président Joseph Kabila a relevé deux de ses proches collaborateurs de leurs fonction : son conseiller spécial pour la sécurité, Pierre Lumbi, et le ministre du Plan, Olivier Kamitatu, dans une ordonnance lue à la télévision nationale RTNC.

Ces deux hommes politiques, jusque-là membres de la Majorité présidentielle, faisaient partie du « G7 », ce groupe informel de sept chefs de partis politiques qui se sont plusieurs fois opposés publiquement au maintien du président Joseph Kabila au pouvoir après la fin de son mandat. En vertu de la Constitution congolaise, celui-ci effectue son deuxième et dernier mandat, lequel doit se terminer en 2016.

Leur dernière missive, signée lundi 14 septembre et qui a rapidement été rendue publique, accusait la Majorité présidentielle de suivre une « stratégie suicidaire ». Pour éviter le report de l’élection présidentielle de 2016, dont la date est rendue incertaine par un calendrier électoral très chargé, ils appelaient le président à abandonner les scrutins intermédiaires. « Les fondamentaux du développement d’une nation ne viennent pas d’un homme seul, fut-il providentiel », ont-ils encore écrit.

 

Face à cette « fronde », le président Joseph Kabila a donc suivi les conclusions du Bureau politique de la Majorité présidentielle, qui s’était réuni en urgence le 16 septembre au matin. Cette réunion avait constaté « l’auto-exclusion » des membres du G7.

« Alors que le respect de la Constitution a toujours été une constante dans les déclarations et les actes du président de la République, le mémorandum [adressé à Kabila par les frondeurs] fait croire le contraire, exposant gratuitement notre autorité morale à la vindicte publique », avait dénoncé le porte-parole du gouvernement Lambert Mende, accusant les auteurs de cette lettre d’« affaiblir les institutions de la République » et de « prendre fait et cause pour l’opposition ».

D’autres révocations à suivre ? 

D’autres révocations pourraient suivre pour les membres du « G7 » occupant des fonctions moins élevées dans l’appareil d’Etat. « Il ne reste plus aux signataires de ce mémorandum qu’à tirer à tous les niveaux les conséquences du choix stratégique qu’ils ont ainsi opéré », avait ainsi estimé Lambert Mende. Cette situation pourrait provoquer un éclatement de la majorité présidentielle au parlement congolais.

Christophe Lutundula, l’un des sept signataires de la lettre, persistait et signait en effet, mercredi matin, après la réunion du bureau politique. « Nous appelons toutes les forces vives de la nation à se pencher, dans la sérénité, sur les questions que nous avons soulevées ».

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet