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Enquête sur le mystérieux « Institut Mandela », qui honore le Burundais Pierre Nkurunziza

mars 20, 2018

 

Pierre Nkurunziza, lors des festivités de l’Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2017. © REUTERS/Evrard Ngendakumana

Le 19 mars, dans un hôtel parisien cossu, se tenait la seconde cérémonie de remise des « Prix Mandela ». Des récompenses honorifiques décernées par l’Institut éponyme, un think-tank qui revendique la promotion des valeurs de l’ancien président sud-africain… mais dont la crédibilité, remise en cause par plusieurs de ses « partenaires », ne laisse pas d’interroger.

Qui oserait remettre en cause la crédibilité d’une organisation baptisée du nom du héros mythique de la lutte anti-apartheid ? Le 23 décembre, l’Institut Mandela – qui se définit comme un think-tank voué à « garder vivant l’esprit et l’inspiration du panafricanisme et de promouvoir les valeurs de société ouverte et de paix partout sur le continent par une diplomatie intellectuelle » – dévoilait la liste des lauréats de la seconde édition de son Prix Mandela, qu’il organise depuis 2016.

Prix du « Courage » pour Pierre Nkurunziza

Parmi les lauréats, un nom intrigue plus que les autres : celui du président burundais Pierre Nkurunziza, alors même que son élection pour un troisième mandat, en 2015, a provoqué une crise profonde au Burundi, générant des violences au sujet desquelles une commission indépendante du Conseil des Nations unies pour les droits l’homme mène l’enquête.

Le président burundais n’est pas le seul choix surprenant du palmarès 2017. En effet, on retrouve sur cette même liste le président kényan Uhuru Kenyatta, récompensé du prix de la Démocratie à l’issue d’un processus électoral pourtant chaotique et d’une victoire au second tour à plus de 98 %, après le retrait de l’opposant Raila Odinga.

Comportant nombre de VIPs, les prix Mandela 2017 alignent encore, pêle-mêle, le président tanzanien John Magufuli (prix de la Paix), son homologue tchadien Idriss Déby Itno (prix de la Sécurité), l’ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn (prix de l’Émergence)… ou encore la députée ougandaise Jacqueline Amongin (prix du Leadership féminin) ou Mbagnick Diop, président du Mouvement des entrepreneurs sénégalais.

À leurs côtés figurent également les noms d’universitaires comme le Marocain Mohamed Harakat, qui est pourtant cité comme « administrateur » dans l’organigramme de l’Institut Mandela. En sa qualité d’enseignant à l’université Mohamed-V de Rabat, celui-ci avait même signé un partenariat entre l’établissement marocain et le « think-tank », basé en France.

Dans une enquête publiée après la première remise des Prix Mandela, le site marocain Le Desk mettait d’ailleurs en avant les relations privilégiées qu’entretient le président de l’Institut Mandela, Paul Kananura, avec des universitaires gravitant autour de l’Institut royal des études stratégiques (IRES). En 2016, d’ailleurs, le roi Mohammed VI en personne s’était vu décerner le prix de la Paix. Sans pour autant l’avoir ni sollicité ni assumé.

« Je ne partage pas tous les choix figurant sur la liste et je ne souhaitais pas forcément y être associé », résume à Jeune Afrique une source ayant œuvré à l’Institut Mandela, où le processus d’attribution des fameux prix reste relativement opaque

Une association confidentielle devenue “think-tank”

Lancé officiellement en novembre 2014, ce think-tank est dirigé par le “Docteur” Paul Kananura, qui se présente comme un « expert en géopolitique et politiques publiques ». Rwandais d’origine, Paul Kananura est arrivé en France à la fin des années 1990 pour faire son doctorat en politique publique à l’université Bordeaux 3.

En parallèle de ses études, il fonde l’Association des stagiaires et étudiants africains en France (ASEAF), avec laquelle il participe à l’organisation de plusieurs colloques entre 2001 et 2014, avant que les activités de l’ASEAF ne se confondent avec celles de l’Institut Mandela.

Un comité de direction est alors mis en place. Dirigé par Paul Kananura, celui-ci est chapeauté par un président d’honneur qui n’est autre qu’Olivier Stirn, ancien secrétaire d’État et ministre, présenté comme « un ami » de Nelson Mandela.

La Fondation Mandela conteste

Bien qu’aucune autre connexion n’existe que l’amitié putative entre Olivier Stirn et l’icône sud-africaine, le nom de Mandela n’en reste pas moins une « marque » puissante, que l’Institut s’est appropriée sans vergogne.

Dans la mise au point qu’il adressait à Jeune Afrique en janvier, suite à la publication d’une tribune de l’écrivain David Gakunzi, le directeur de l’Institut Mandela expliquait avoir « manifesté par écrit » sa « volonté de travailler en collaboration avec la Nelson Mandela Foundation et l’Afrique du Sud ». Créée en 1999 par l’ancien président, et garante officielle de son héritage et des archives le concernant, cette fondation, basée à Johannesburg, donne pourtant à JA, via son avocat, une version fort différente de ces échanges.

« Pendant l’année 2017, notre cliente a été approchée par Paul Kananura, qui lui a demandé de reconnaître son institut. Notre cliente ne reconnaît pas cet institut », explique l’avocat, qui affirme qu’« à la suite de ces échanges, une lettre de mise en demeure a été envoyée à l’Institut Mandela, qui n’a malheureusement pas abouti à l’arrêt de l’utilisation du nom. »

Depuis la mort de l’ancien président sud-africain, sa fondation redouble d’efforts pour contrôler l’usage de son nom. Elle est l’une des seules garantes des marques déposées « Nelson Mandela », « 46664 », « Nelson Mandela International Day », ainsi que des images de celui qu’on surnommait « Madiba ».

Selon son avocat, des démarches sont en cours afin de dissuader Paul Kananura de s’approprier ainsi, sans autorisation, l’aura de l’ancien leader de l’ANC .

Imposture

Malgré cet avertissement, le directeur de l’Institut Mandela de Paris persiste et signe. De remises de prix en conférences, il attire dans ses filets responsables politiques, diplomates, officiers de l’armée en retraite, chefs d’entreprises, universitaires ou hauts fonctionnaires, tous mis en confiance par ce nom prestigieux.

Cet institut est une imposture, il déshonore le nom de mon grand-père !

En avril 2017, par exemple, Paul Kananura s’affichait aux côtés de plusieurs ambassadeurs, mais également du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, dans le cadre d’une conférence sur « l’héritage et les valeurs de Nelson Mandela ». En présence de Ndaba Mandela, petit-fils de l’ex-président sud-africain, qui dirige aujourd’hui la Fondation Africa Rising, cette rencontre se déroulait à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, dont Paul Kananura assurait avoir engrangé le partenariat.

Pourtant, du côté du service communication de l’IMA, on assure que l’Institut Mandela n’était aucunement impliqué dans l’organisation de l’événement, initié par la fondation de Ndaba Mandela. « J’ai été sollicité à plusieurs reprises au sujet de cet institut. Il n’a aucun lien avec moi ni avec la fondation de mon grand-père. Cet institut est une imposture, il déshonore le nom de mon grand-père ! », confirme Ndaba Mandela à Jeune Afrique .

Partenariats imaginaires

Ce prétendu partenariat n’est pas le seul à poser question. Sur le site Web de l’Institut Mandela, en effet, plusieurs logos intriguent, comme ceux du Département d’État américain ou du ministère français de la Défense.

« Il n’y a jamais eu de partenariat entre le ministère de la Défense et l’Institut Mandela », nous explique une source proche du ministère français. « Monsieur Kananura a simplement convié des militaires à certains événements, et il s’est de ce fait autorisé à apposer le logo du ministère de la Défense. »

Du côté du Département d’État américain – équivalent du ministère des Affaires étrangères -, si un officiel reconnaît que la branche africaine (Africa Regional Service) a bel et bien participé aux forums organisés tous les ans depuis 2015 par l’Institut Mandela, in conteste en revanche l’appellation « partenariat » ainsi que l’autorisation d’utiliser le logo.

Étrangement, depuis nos sollicitations auprès de Paul Kananura, la trace de ces « partenariats » a d’ailleurs été retirée du site du think-tank.

Quand vous lisez le nom Mandela, ça fait sérieux

Malgré les zones d’ombres qui entourent l’Institut, la première remise des prix Mandela s’est déroulée en grande pompe, tout comme cette année, au luxueux Hôtel Marriott, sur les Champs-Élysées. Nous sommes le 25 février 2017. Parmi les invités, on retrouve notamment l’ancien ministre français Jean-Louis Borloo, venu remettre le Prix Mandela du Courage.

« Nous avions été contactés par mail pour remettre ce prix au Premier ministre malgache, que nous connaissons bien », explique Olga Johnson, la directrice générale de la fondation Énergies pour l’Afrique, que Jean-Louis Borloo préside. « Nous ne savions rien à propos de l’Institut Mandela à part ce qui figure sur la plaquette adressée par M. Kananura. Quand vous lisez le nom Mandela, ça fait sérieux. »

« Nous y sommes allés sur la bonne foi qu’inspire le nom de Mandela, mais nous nous sommes vite rendus compte que ce prix n’avait rien d’officiel, aussi nous n’avons pas cherché à entretenir de liens avec cet institut », explique aujourd’hui la Fondation Chirac, contactée par Jeune Afrique, dont la trésorière, Marie-Hélène Bérard, était également présente au Marriott en 2017.

Contacté à plusieurs reprises, le président de l’Institut Mandela de Paris n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Jeuneafrique.com par

Burundi: le référendum constitutionnel controversé fixé au 17 mai

mars 18, 2018

Nairobi – Le président burundais Pierre Nkurunziza a fixé au 17 mai la date du référendum sur une réforme constitutionnelle controversée qui pourrait lui permettre de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034, selon un décret présidentiel signé dimanche.

« Tous les citoyens burundais remplissant les conditions requises par la loi, résidant au Burundi ou à l’étranger, sont appelés à participer au référendum constitutionnel qui se tiendra le 17 mai 2018 », indique le texte du décret, publié sur internet par la radiotélévision nationale burundaise (RTNB).

Les autorités burundaises avaient précédemment annoncé que le référendum aurait lieu en mai, mais n’avaient pas fixé de date.

Le décret précise que la réforme sera adoptée si la proportion de votes favorables est de 50% plus une voix, une disposition critiquée par l’opposition et certains observateurs.

Ces derniers notent que la constitution prévoit que toute révision de cette dernière doit être approuvée « à la majorité des quatre cinquièmes des membres qui composent l’Assemblée nationale et des deux tiers des membres du Sénat ».

Le décret de dimanche ajoute par ailleurs que les partis ou individus souhaitant participer à la campagne pour ou contre cette réforme doivent s’inscrire auprès de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) entre le 23 mars et le 6 avril.

Cette campagne officielle ne commencera que deux semaines avant le référendum, et personne n’est encore autorisé à défendre ouvertement le oui ou le non.

Mais l’opposition dénonce un « deux poids-deux mesures flagrant », estimant que les ministres et responsables du parti au pouvoir (Cndd-FDD) n’hésitent pas à faire campagne pour le oui, notamment au cours d’une « campagne d’explication » lancée le 12 décembre par le gouvernement.

Plusieurs dizaines de militants d’opposition ont été arrêtés sous l’accusation de promouvoir le non, depuis le début de la campagne d’explication pour ce référendum.

L’opposition a également dénoncé des enrôlements forcés d’électeurs pour faire face selon elle « au peu d’engouement » de la population pour ce référendum. La Ceni avait indiqué le 20 février que plus de 5 millions de Burundais s’étaient inscrits sur les listes électorales pour le référendum et pour les élections générales de 2020.

Le gouvernement a adopté fin octobre 2017 un projet de révision de la Constitution, soumis à référendum, qui permettrait au président Nkurunziza, 54 ans et au pouvoir depuis 2005, de briguer à partir de 2020 deux mandats de sept ans. Le projet a été critiqué par la communauté internationale, notamment l’Union africaine.

Toute l’opposition burundaise est vent debout contre une révision constitutionnelle qui selon elle « va signer la mort » de l’Accord de paix signé en 2000 à Arusha, lequel avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (1993-2006) ayant fait plus de 300.000 morts.

L’annonce en avril 2015 de la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat avait plongé le Burundi dans une crise politique qui a fait depuis au moins 1.200 morts et plus de 400.000 déplacés, et sur laquelle la Cour pénale internationale a ouvert une enquête.

Romandie.com avec(©AFP / 18 mars 2018 16h50)                                            

Burundi: Nkurunziza élevé au rang de « Guide suprême éternel » du parti au pouvoir

mars 11, 2018

Nairobi – Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a été élevé samedi au rang de « Guide suprême éternel » du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a-t-on appris dimanche auprès de ce parti.

Cette décision a été prise à l’issue d’une rencontre entre les plus hauts dirigeants du CNDD-FDD, réunis vendredi et samedi à Buye (nord) région natale du président Nkurunziza.

La direction du CNDD-FDD a décidé « que son excellence le président Pierre Nkurunziza est le Guide suprême de notre parti. C’est notre aîné, c’est notre père, notre conseiller, ersonne ne peut se comparer à lui au sein du CNDD-FDD », a annoncé le secrétaire général du parti, le général Evariste Ndayishimiye, dans une vidéo parvenue à l’AFP dimanche et authentifiée par un de ses cadres.

Un communiqué du parti a précisé qu’il avait été élevé au statut de « Imboneza yamaho (Guide suprême éternel, en kirundi la langue nationale), sans s’étendre sur les implications de cette décision.

Elle a suscité les moqueries de ceux qui dénoncent « le projet de règne à vie de Nkurunziza » ou « un culte de la personnalité autour de sa majesté le roi Nkurunziza 1er ».

« Il ne s’agit pas d’une dérive à la Kim Il Sung comme en Corée du Nord, comme nos détracteurs veulent le faire croire. Mais notre parti a décidé de donner une place spéciale à son excellence Pierre Nkurunziza en lui accordant la place de notre principal conseiller et guide pour toujours », a justifié pour l’AFP un haut cadre du parti, sous couvert d’anonymat.

Un culte de la personnalité s’est développé autour du président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, et qui a fait à plusieurs reprises le ménage dans les rangs de l’ancienne principale rébellion hutu aujourd’hui au pouvoir, selon des analystes.

Il apparaît désormais comme le chef incontesté d’un système dominé par un groupe de quelques généraux, issus de cette rébellion.

Le Burundi est en crise depuis que le président Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat controversé et sa réélection en juillet de la même année.

Les violences qui ont accompagné cette crise ont fait depuis au moins 1.200 morts et plus de 400.000 déplacés.

Un référendum constitutionnel controversé, qui permettrait à M. Nkurunziza de briguer à partir de 2020 deux mandats de sept ans, est prévu en mai.

Romandie.com avec(©AFP / 11 mars 2018 17h08)                                            

Burundi: Nkurunziza emprisonne deux responsables qui l’ont empêché de bien jouer au football

mars 3, 2018

Nkurunziza amortit un ballon de la poitrine, le buste incliné à en arrière

 

Deux responsables administratifs burundais ont été écroués, pour avoir « permis » que le président, Pierre Nkurunziza, soit malmené physiquement au cours d’un match de football, indiquent aussi bien une source judiciaire que des témoins.

 

L’administrateur de la commune de Kiremba (nord), Cyriaque Nkezabahizi, et son adjoint chargé du sport, Michel Mutama, ont été écroués jeudi à la prison de Ngozi, à 130 km au nord de Bujumbura, pour des faits liés à un match qui a eu lieu le 3 février.

Ce match opposait l’équipe de M. Nkurunziza, le Alléluia FC, au club de Kiremba. Pour l’occasion, les deux responsables auraient recruté des joueurs parmi les réfugiés congolais du camp de Musasa, à Kiremba, selon des témoignages recueillis au téléphone.

« Ces Congolais ne connaissaient apparemment pas le président Nkurunziza, parce qu’ils l’ont fortement rudoyé. Ils l’ont attaqué à chaque fois qu’il avait la balle et l’ont fait tomber à plusieurs reprises, alors que les joueurs burundais prenaient soin de ne pas l’approcher de trop près », a indiqué l’un de ces témoins.

Les deux responsables, pourtant membres du parti présidentiel, le CNDD-FDD, ont été arrêtés jeudi par la police et le SNR, le Service national de renseignement, qui dépend directement du président.

« Les deux responsables administratifs ont été arrêtés et écroués pour +complot contre le chef de l’État+, sur mandat du procureur de la République près la cour d’appel à Ngozi », a annoncé par téléphone à l’AFP une source judiciaire, qui a requis l’anonymat et confirmé que c’était en lien avec ce match.

M. Nkurunziza, un chrétien « born again » évangélique, passe au moins la moitié de son temps à l’intérieur du pays, où il joue au football avec le Alléluia FC, ou chante et danse avec sa chorale « Komeza gusenga » (« Priez sans cesse » en kirundi, la langue nationale).

Il participe aussi à des travaux de développement communautaire, au cours desquels il n’hésite pas à donner de sa personne en transportant des grosses pierres ou en mélangeant le ciment au sable.

A 54 ans, l’ancien professeur de sport à l’Institut d’éducation physique et du sport de l’Université du Burundi continue d’alterner quotidiennement le football, la natation ou encore le cyclisme.

Il y a encore quelques années, il n’hésitait pas à dévaler les montagnes qui séparent Ngozi de Bujumbura, sur une route dès lors fermée à la circulation et réservée à son usage exclusif.

M. Nkurunziza, qui joue parfois deux à trois matches par semaine, a fait construire un stade de plus de 9.000 places dans son village natal de Buye, situé dans la province de Ngozi, et des dizaines d’autres à travers le pays.

Il marque un ou deux buts « de complaisance » à chaque fois selon ses détracteurs, qui notent qu’aucun joueur adverse n’ose d’ordinaire l’attaquer sérieusement.

Sacer-infos.com par Stany Franck avec AFP

Les zones d’ombre de l’Institut Mandela de Paris

janvier 8, 2018

 

Nelson Mandela, en 2007. © Theana Calitz/AP/SIPA

Intellectuel et militant burundais, David Gakunzi décrypte pour Jeune Afrique les zones d’ombre autour de l’« Institut Mandela de Paris », un organisme non identifié qui vient de décerner le « prix du Courage » au président burundais Pierre Nkurunziza.

Il est des charognards qui ne respectent rien. Même pas le nom et la mémoire de Nelson Mandela. Comme les représentants de l’Institut Mandela, qui se baladent d’une ambassade africaine à une autre, d’un colloque à l’autre, heureux de poser en photo aux côtés des personnalités croisées sur leur chemin.

L’Institut en question, association française déclarée le 26 novembre 2014, serait, selon la notice figurant sur sa vitrine web,  « un think tank (…) de promotion d’égalité des chances, favorable à l’économie de marché, à la solidarité internationale et à l’unité africaine ». Lequel aurait pour mission « de garder vivants l’esprit et l’inspiration du président Mandela et de promouvoir ses valeurs de société ouverte et de paix partout sur le continent, par une diplomatie intellectuelle ».

Casting surprenant

En décembre 2013, Giscard sera le seul ancien chef d’État français à ne pas être convié aux obsèques de Mandela

Au regard du profil des membres composant le conseil exécutif de cette association, le casting apparaît pourtant surprenant. Qui trouve-t-on au sein de l’instance pilotant l’Institut ? Un expert ès défense proposant « des drones militaires aux gouvernements africains » ; un accompagnateur d’hommes d’affaires russes et autrichiens désirant investir en Afrique ; et, last but not least, Olivier Stirn, autoproclamé « ami de Mandela ».

Pour les moins de vingt ans, Olivier Stirn fut secrétaire d’État aux Affaires étrangères de 1978 à 1981, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, à une époque où la France a fourni à l’Afrique du Sud, en plein régime d’apartheid, la centrale nucléaire de Koeberg (pour laquelle l’accord avait été signé en 1976, lorsque Stirn était secrétaire d’État aux DOM-TOM).

Une époque également où, à en croire les révélations du journal sud-africain Daily Maverick, l’ambassade sud-africaine à Paris était l’un des “hubs” d’un système de contournement de l’embargo sur les armes imposé à Pretoria par les Nations unies – au vu et au su de la DGSE, les services français étant même soupçonnés de complicité active. En décembre 2013, Giscard sera le seul ancien chef d’État français à ne pas être convié aux obsèques de Mandela.

Usurpation sans-gêne

Que reprocher à cet institut ? La confusion, d’abord. L’usage et l’exploitation du nom de Mandela qui lui est accolé, sans accord, sans autorisation préalable écrite de la Fondation Mandela. Usurpation sans-gêne et utilisation du renom de Mandela à des fins contestables, très éloignées de la pensée et de l’éthique du leader emblématique de l’ANC.

Plusieurs chefs d’États africains – les présidents de la Tanzanie, du Kenya ou encore du Tchad, pour n’évoquer que ceux présents au palmarès 2017 -, sont déjà tombés dans le panneau, accueillant même parfois le “Prix” avec communiqués de presse officiels… C’est que la confusion, savamment entretenue, fonctionne à merveille, les personnalités contactées étant fondées à penser que la Fondation Mandela d’Afrique du Sud ou les ayants droits sont dûment avisés. Ce qui n’est pas du tout le cas.

Quelle est la finalité de cette appropriation indue du patronyme de Mandela et de son usage détourné ?

Fait troublant : en mars 2016, Paul Kananura, président de l’Institut Mandela, signe avec un certain Mohamed Harakat, responsable du master « Stratégie et gouvernance en Afrique » de l’Université Mohammed V de Rabat – et par ailleurs membre du comité exécutif de l’Institut Mandela -, un protocole de partenariat et de coopération. Le hasard combinant bien les choses, le même Harakat se retrouve co-lauréat du Prix Mandela 2017.

Pierre Nkurunziza primé

Le président burundais Pierre Nkurunziza au défilé militaire à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2015, à Bujumbura. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Comment peut-on insulter la mémoire de Mandela en décernant le Prix baptisé de son patronyme au fossoyeur de l’accord de paix d’Arusha ?

Plus grave : l’attribution du « Prix Mandela du courage 2017 » à un personnage aux antipodes des valeurs incarnées par Mandela : le président-pasteur du Burundi, Pierre Nkurunziza. Franchissement de toutes les bornes de l’indécence.

Comment peut-on insulter la mémoire de Mandela en décernant le Prix baptisé de son patronyme au fossoyeur de l’accord de paix d’Arusha, dernier accomplissement politique majeur sur la scène internationale de l’ancien président sud-africain ? Comment peut-on associer le nom de Mandela, géant au service – toute sa vie – du droit, de la justice, de la paix à celui de Pierre Nkurunziza ?

Quelle est au fond l’essence de cet Institut ? Une arnaque conçue et organisée à des fins d’autopromotion politique et économique personnelle ou une structure imaginée par des milieux occultes usant et abusant du nom de Mandela pour couvrir d’inavouables agissements ?

Dans les deux cas de figure, au nom du respect dû à Nelson Rolihlahla Mandela, il faut mettre un terme à cette confusion délibérée portant atteinte à la mémoire d’un homme d’une grande noblesse dont le nom ne mérite pas d’être ainsi détourné.

Voilà les faits. Nul ne pourra plus oser dire désormais qu’il fut dupé et abusé de bonne foi par les faussaires de l’Institut Mandela.

Jeuneafrique.com par David Gakunzi

Originaire du Burundi, David Gakunzi est un ancien fonctionnaire international, connu pour son parcours d’intellectuel engagé. Il est à l’origine de nombreuses initiatives dont le Centre international Martin Luther King, la caravane pour la paix en Afrique, l’université africaine de la paix.

Crimes contre l’humanité: la CPI autorise une enquête au Burundi

novembre 9, 2017

Des manifestants célèbrent la sortie du Burundi de la Cour pénale internationale, à Bujumbura, le 28 octobre 2017 / © AFP/Archives / STR

Les juges de la Cour pénale internationale ont autorisé l’ouverture d’une enquête sur des crimes contre l’humanité présumés qui auraient fait au moins 1.200 morts au Burundi, devenu fin octobre le premier pays à quitter la CPI.

Dans une décision rendue sous scellés le 25 octobre, la CPI « a autorisé le procureur (…) à ouvrir une enquête sur des crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis au Burundi ou par des ressortissants burundais à l’extérieur de leur pays depuis le 26 avril 2015 et jusqu’au 26 octobre 2017 », a-t-elle annoncé jeudi dans un communiqué.

L’autorisation concerne « notamment: le meurtre et la tentative de meurtre, l’emprisonnement ou la privation grave de liberté, la torture, le viol, la disparition forcée et la persécution ».

Ce pays de la région des Grands Lacs est plongé dans une grave crise depuis que le président Pierre Nkurunziza a annoncé en 2015 sa candidature à un troisième mandat, qu’il a obtenu après une élection boycottée par l’opposition.

Les violences qui ont accompagné cette crise auraient engendré au moins 1.200 morts, la détention illégale de milliers de personnes et la torture de milliers d’autres, des centaines de disparitions ainsi que le déplacement de plus de 400.000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour basée à La Haye.

Ces crimes auraient été commis par des membres des forces de sécurité burundaises opérant « conjointement avec des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir », a affirmé la Cour pénale internationale.

Evoquant une attaque « systématique et généralisée », la procureure Fatou Bensouda a fait état jeudi dans une déclaration « d’une campagne menée contre des civils qui s’opposaient au parti au pouvoir ou qui étaient perçus comme des opposants », manifestants réels ou présumés, membres de la société civile ou journalistes.

Le retrait du Burundi de la CPI a pris effet le 27 octobre, mais celle-ci reste « compétente à l’égard de crimes qui auraient été commis pendant que le Burundi était un Etat partie au Statut de Rome », traité fondateur de la Cour, période durant laquelle Bujumbura reconnaissait sa juridiction, a-t-elle souligné.

– « Tricherie » de la CPI –

« Le Burundi est tenu de coopérer avec la Cour dans le cadre de cette enquête car celle-ci a été autorisée le 25 octobre 2017 », soit avant son retrait effectif, ont insisté les juges.

Le gouvernement burundais a de son côté immédiatement dénoncé l’ouverture de cette enquête.

« La CPI, corrompue, vient de se tirer encore une balle dans le pied », a réagi le responsable de la communication présidentielle Willy Nyamitwe sur Twitter. « La tricherie saute aux yeux. Sans doute que le Burundi sortira vainqueur de cette bataille, c’est la dernière carte de l’Occident ».

Alors que Bujumbura dénonce une autorisation « antidatée », la Cour explique avoir voulu permettre à la procureure de « mettre en oeuvre des mesures de protection » envers « les victimes et les témoins potentiels ».

L’autorisation de la CPI fait suite à l’examen préliminaire lancé en avril 2016 par Mme Bensouda et offrant « une base raisonnable pour mener une enquête », selon les juges.

La procureure pourra étendre son enquête avant ou après les dates annoncées « si certaines conditions juridiques sont remplies » et l’élargir à d’autres crimes tels que les crimes de guerre et/ou le génocide.

Si elle recueille suffisamment de preuves, Mme Bensouda demandera aux juges « de délivrer soit des citations à comparaître soit des mandats d’arrêt ».

« Nous entamons un processus qui prendra le temps qu’il faudra pour rassembler les éléments de preuve requis », a déclaré la procureure dans un communiqué. « Nous entendons mener au plus vite une enquête rigoureuse ».

La Fédération internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) a salué une « décision courageuse »: « l’enquête annoncée sera semée d’embûches, en raison de l’opposition violente d’un régime en pleine dérive autoritaire ».

Juridiction unique établie en 2002 pour juger les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, la CPI estime qu' »il y a pas de conflit de compétence entre la Cour et le Burundi », affirmant que « les autorités du Burundi étaient demeurées inactives » face à la situation de crise.

Romandie.com avec(©AFP / 09 novembre 2017 17h59

Le Burundi ne fait plus partie de la CPI, mais…

octobre 27, 2017

 

Pierre Nkurunziza, le président burundais, le 17 mai 2015 à Bujumbura. © Jerome Delay/AP/SIPA

Un an après avoir notifié au Secrétaire général de l’ONU sa décision de se retirer du statut de Rome, le Burundi ne fait plus partie, à compter de ce vendredi, des États parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Un retrait qui n’a cependant pas de conséquence sur l’examen préliminaire en cours concernant ce pays.

C’est à coup de hashtag #BurundiOut que les autorités burundaises saluent, à leur manière, le retrait officiel, ce vendredi 27 octobre, de leur pays du Statut de Rome instituant la CPI. Désormais, « la liste des États parties à la CPI est amputée d’un membre : le Burundi », a commenté Alain Aimé Nyamitwe, chef de la diplomatie burundaise, sur son compte Twitter. Le pays de Pierre Nkurunziza devient ainsi le premier État africain (ils étaient 34) à se retirer de la juridiction pénale internationale.

Il y a un an jour pour jour, le 27 octobre 2016, le Burundi avait déposé sa notification de retrait de la CPI auprès du secrétariat des Nations unies. Comme le prévoient les textes qui régissent cette juridiction pénale internationale, « le retrait du Burundi du Statut de Rome a pris effet aujourd’hui, vendredi 27 octobre 2017 », a confirmé à Jeune Afrique l’Unité des affaires publiques de la CPI.

La CPI poursuit son enquête au Burundi

Mais ce retrait « n’affecte pas la compétence de la Cour concernant les crimes qui auraient été commis pendant la période où [le Burundi] était État partie, à savoir jusqu’au 27 octobre 2017 », a-t-elle précisé. Et d’ajouter : « Conformément à la pratique du bureau du procureur, une annonce sera faite en temps voulu sur les résultats de ce processus d’examen préliminaire. »

Une enquête préliminaire a été enclenchée le 25 avril 2016 sur la situation au Burundi, à la suite de la crise qui a secoué le pays en 2015. « Plus de 430 personnes auraient été tuées, 3 400 personnes au moins auraient été arrêtées et plus de 230 000 Burundais auraient été contraints de se réfugier dans des pays voisins », selon le bureau du procureur de la CPI.

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Burundi: le gouvernement adopte un projet de révision constitutionnelle permettant à Nkurunzinza de se maintenir au pouvoir en 2020

octobre 26, 2017

 

Le président burundais Pierre Nkurunziza à Gitega, en janvier 2016. © STR/AP/SIPA

Un projet de révision de la Constitution adopté mardi par le gouvernement prévoit que « le président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable ». Sans surprise, la société civile s’est insurgée contre ce texte.

C’est un projet de révision de la Constitution très polémique qu’a adopté mardi 24 octobre le gouvernement du Burundi au cours d’un Conseil des ministres extraordinaire. Objectif : permettre au président Pierre Nkurunziza de briguer dès 2020 deux nouveaux septennats, ont confirmé jeudi à l’AFP de hauts responsables burundais sous couvert d’anonymat.

Dans le texte, ce projet de révision de la Constitution prévoit que « le président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable », mais ajoute qu’ « aucun président ne peut diriger plus de deux mandats consécutifs ».

L’accord d’Arusha balayé

Cette révision changerait en profondeur la Constitution du Burundi, issue de l’accord de paix signé en 2000 à Arusha et qui avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile, responsable de plus de 300 000 morts entre 1993 et 2006.

Elle « ne touche pas aux quotas de 60% de hutus (ethnie majoritaire, 85% de la population), 40% de tutsis (14%) et au moins 30% de femmes au gouvernement et au Parlement, ainsi que les 50-50 dans l’armée et la police, mais ne fait plus référence à l’Accord de paix d’Arusha », a confirmé l’un de ces hauts responsables.

Cet accord, dont l’actuelle Constitution est l’émanation et qui dit clairement qu’aucun président ne peut diriger le Burundi plus de 10 ans, avait pourtant été le cheval de bataille des opposants à la réélection du président Nkurunziza pour un troisième mandat en avril 2015, qui a précipité la crise actuelle.

« Pierre Nkurunziza joue avec le feu »

Sans surprise, le projet de loi a suscité de très vives critiques et inquiétudes. « Pierre Nkurunziza joue avec le feu. Cette révision pourrait causer une nouvelle période d’insécurité dans le pays et provoquer l’irréparable, c’est-à-dire une crise politique qui ne pourrait plus être résolue », estime ainsi Me Armel Niyongere, l’une des principales figures de la société civile burundaise en exil, contacté par Jeune Afrique.

« Nous demandons à l’Union africaine et à la communauté internationale en général d’être vigilante sur ce nouveau projet de loi », ajoute Armel Niyongere, dénonçant une « nouvelle violation de l’accord d’Arusha ».

Un référendum prévu « très rapidement »

Selon un autre haut responsable burundais, le Conseil des ministres a décidé que ce texte serait « soumis à un référendum populaire très rapidement, probablement en février au plus tard ». Ce projet tient compte des propositions formulées par une commission mise en place en mai par Pierre Nkurunziza, après des consultations menées pendant un an auprès de 26 000 Burundais, qui avaient notamment montré que la « majorité » de ces personnes avaient en commun « la volonté de supprimer la limite des mandats (présidentiels) », a-t-il stipulé.

Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005 et réélu en juillet 2015 pour un troisième mandat controversé, avait déjà ouvert la voie à un autre mandat. En décembre 2016, il avait laissé entendre qu’il pourrait se représenter en 2020, « si le peuple le demand(ait) ».

Burundi: malgré les multiples rapports sur des violations des droits de l’homme, Bujumbura nie en bloc

septembre 28, 2017

 

Le président burundais Pierre Nkurunziza au défilé militaire à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2015, à Bujumbura. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Entre juillet et septembre, trois rapports internationaux ont été rendus, condamnant la politique répressive du gouvernement. Ce dernier crie au complot occidental.

Voilà un peu plus de deux ans que le Burundi sombre dans la terreur et une violence quotidienne qui, selon les dernières estimations, aurait causé entre 500 et 2 000 morts, alors que 420 000 Burundais ont quitté le pays, depuis avril 2015, pour se réfugier dans les différents pays voisins. Le tout devant une communauté internationale incapable jusqu’à présent de rétablir le dialogue, au point mort, entre les autorités burundaises et ses opposants.

La parution, entre juillet et septembre, de trois rapports internationaux condamnant la politique répressive du gouvernement et les agissements des Imbonerakure, le mouvement des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, vient de replacer le pays sous les feux de l’actualité, tout en tirant la sonnette d’alarme sur le respect des droits de l’homme au Burundi.

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a justement été la première à publier son rapport, début juillet, « le Burundi au bord du gouffre : retour sur deux années de terreur ». Rien de bien nouveau dans le contenu, mais un résumé de la dégradation générale du pays depuis le début du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Cette étude a été suivie, en août, par celle de l’International Refugee Right Initiative (IRRI), qui a mené l’enquête auprès des réfugiés burundais en Ouganda, pour faire le point sur les raisons de leur départ précipité et sur leurs conditions de vie dans leur pays d’accueil. Enfin, et certainement le plus attendu, le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU, dont les conclusions ont été rendu début septembre, incrimine les autorités burundaises.

Après près de deux ans d’enquête, dans les pays limitrophes (Tanzanie, Rwanda) – les autorités burundaises ayant refusé l’accès du pays aux membres de la commission, ces derniers ont recueillis plus de 500 témoignages, permettant d’établir l’implication des services de sécurité burundais et des milices Imbonerakure dans un grand nombre d’exécutions sommaires, d’actes de torture et de viols.

De probables crimes contre l’humanité

Le rapport reste prudent mais évoque la probabilité de crimes contre l’humanité. « Notre travail avait pour but de qualifier les faits qui relèvent des droits de l’homme pour que la communauté internationale dispose des informations qui permettront de faire pression sur les autorités burundaises », explique Reine Alapini Gansou, membre de la commission. L’avocate béninoise espère que ces derniers travaux sortiront les pays africains et l’Union africaine (UA) de leur torpeur et de leur résignation face à la politique d’usure appliquée par Bujumbura.

Certaines atteintes relevées dans le rapport relevant des compétences de la Cour pénale internationale (CPI), les rédacteurs du rapport, qui a été présenté lors de la dernière session du conseil onusien des droits de l’homme, s’attendent maintenant à voir le Conseil de sécurité saisir les juges de La Haye. Le temps presse car les autorités burundaises ont déjà annoncé leur volonté de quitter officiellement la CPI le 27 octobre.

Un complot occidental ?

De son côté, le gouvernement burundais cherche surtout à décrédibiliser le travail des experts onusiens et vient de mettre en place une commission de 12 parlementaires pour examiner le rapport. En route pour New York, Willy Nyamitwe, le conseiller à la présidence et tout nouvel ambassadeur plénipotentiaire, s’est arrêté à Paris, le 16 septembre, pour donner une conférence de presse devant les Burundais de la diaspora. Un exercice de haute voltige durant lequel, pendant trois heures, se sont succédé les attaques en règle contre des médias menteurs et manipulateurs et un plaidoyer en faveur d’un pouvoir burundais dont l’unique préoccupation est d’assurer le bien-être de son peuple.

Selon lui, les réfugiés burundais souhaiteraient rentrer chez eux, mais en sont empêchés par le HCR, pendant que certaines des centaines de disparitions recensées à travers le pays, seraient « volontaires », selon Christine-Nina Niyonsavye, l’ambassadeur du Burundi en France depuis juillet. Devant une assistance essentiellement composée d’ « orphelins de 1972 », Willy Nyamitwe a eu beau jeu de réclamer l’apaisement pour préparer les échéances de 2020, plaçant son pays « en résistance » face à la volonté de nuire de la communauté internationale.

Selon lui le putsch de mai 2015 a été subventionné « par l’UE », alors que la Belgique et la France protégeraient les opposants au régime, avec l’objectif de mettre la main sur le nickel burundais. « Nous n’accepterons jamais d’être les instruments de l’Occident », prévient Willy Nyamitwe, qui se dit même prêt à aller devant la CPI pour défendre les intérêts de son pays. S’il reconnaît que le Burundi est bien en crise, « il n’est pas en feu » assure le conseiller du président.

Il est surtout encore loin d’être en paix, malgré ses affirmations.

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Burundi: Pierre Nkurunziza et son régime dans le collimateur du Conseil de sécurité

mars 15, 2017

Une déclaration à l’initiative de la France a été adoptée, à l’unanimité, après quelques ajustements avec la Russie, la Chine et l’Egypte, qui s’opposent aux sanctions.

Le Conseil s’est dit « alarmé par le nombre croissant de réfugiés quittant le pays et troublé par des rapports de torture, de disparitions forcées et de tueries ».

Des centaines de personnes ont été tuées et 390.000 personnes ont fui le Burundi depuis que le pays a sombré dans la violence, en avril 2015, après l’annonce par le président, Pierre Nkurunziza, de son intention de briguer un troisième mandat, qui lui était interdit, et qu’il a, depuis, remporté.

Le Conseil de sécurité a appuyé la proposition du médiateur, Benjamin Mkapa, ancien président tanzanien, de tenir un Sommet régional afin d’inciter le gouvernement et l’opposition du Burundi à ouvrir des négociations.

Les quinze Etats membres ont exhorté le gouvernement du Burundi à signer un accord avec l’Union africaine pour le déploiement d’observateurs des droits de l’homme et d’experts militaires, dont seuls une poignée ont été autorisés dans le pays.

En juillet, le Conseil avait autorisé le déploiement d’au moins 228 policiers de l’ONU au Burundi pour surveiller la situation sécuritaire et les atteintes aux droits de l’homme, mais, le gouvernement avait bloqué le déploiement de cette force. Au grand désarroi de la France, le pays membre du Conseil de sécurité qui avait porté cette résolution.

Dans un rapport envoyé au Conseil de sécurité, le mois dernier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est déclaré « très préoccupé » par les déclarations du président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, suggérant qu’il pourrait demander un quatrième mandat, puis, un cinquième, un sixième, un septième, bref, une présidence à vie. Une telle initiative « risquerait d’intensifier la crise », avait estimé M. Guterres.

Pierre Nkurunziza est un gros caillou dans la chaussure de la communauté internationale. Il a intérêt à faire, extrêmement, attention car ses agissements contraires à toutes les règles de vie et de démocratie, ont mis à bout l’Afrique et la communauté internationale. Pour preuve, aujourd’hui, plus aucun chef d’Etat (au monde) n’arrive à le soutenir ouvertement.

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