Posts Tagged ‘platini’

Football : pourquoi l’Afrique n’aime pas Platini

juillet 21, 2015

Probable candidat à la présidence de la Fifa, le patron de l’UEFA aura bien du mal à convaincre les 54 pays du continent de voter pour lui. Les raisons de cette défiance sont anciennes. Et nombreuses.

D’ici là, il ne va pas se contenter de gérer les affaires courantes ou d’engager quelques réformettes. Non, Blatter, en vrai animal politique, va sans nul doute passer au crible les noms des candidats, déclarés ou non, à sa succession. Certains spécialistes sont même convaincus que son rôle dans le scrutin sera déterminant. « Il va jouer les faiseurs de roi », estime l’un d’eux. Dans la longue liste des prétendants, un nom se détache, celui de Michel Platini (60 ans), ex-star du foot planétaire, vice-président de la Fifa et, surtout, président de l’UEFA, la puissante fédération européenne. Bien sûr, celui-ci n’a pas encore officiellement fait acte de candidature, mais une partie de son entourage le pousse à le faire. Lors de l’élection du mois de mai, il s’était contenté de soutenir le Jordanien Ali Ben Al Hussein…

Très apprécié en Europe, en Asie et en Océanie, Platini l’est un peu moins dans les Amériques, celle du Nord comme celle du Sud, et pas du tout en Afrique, où sa cote de popularité est proche de zéro. Et il peut être assuré que Blatter, qui murmure à qui veut l’entendre que le Français « n’aime pas les pauvres », ne ménagera pas ses efforts pour lui savonner la planche. Ce qui ne passe pas sur le continent ? La manière virulente dont le patron du foot européen s’en est pris à son ancien protecteur au cours des derniers mois. « N’oublions pas que si Platini est président de l’UEFA, c’est en partie à Blatter qu’il le doit, commente par exemple Abedi Pelé, l’ancien milieu de terrain des Black Stars ghanéens et de l’Olympique de Marseille. Ses propos très durs à son endroit n’étaient pas corrects. Il a le droit d’être en désaccord, mais il aurait pu dire les choses d’une autre manière. »

Blatter passe pour un grand ami de l’Afrique. Il a assurément beaucoup fait pour elle, même si cette générosité n’était évidemment pas désintéressée et qu’elle a contribué à asseoir son pouvoir sur le foot mondial. « Platini s’est souvent montré très critique visà-vis de l’action de Blatter sur le continent, s’agace un dirigeant africain sous le couvert de l’anonymat. Il a laissé entendre que les grands projets de développement, le programme Goal notamment, avaient favorisé la corruption dans la mesure où l’usage fait de l’argent versé avait été, selon lui, insuffisamment contrôlé. Cela revient à dire que si les Africains votaient Blatter, c’était parce qu’ils étaient tous corrompus. Ou que seuls les Européens sont propres, et que tous les autres ont les mains sales. »

Même son de cloche du côté d’Abedi Pelé : « Je ne dis pas qu’il n’y a pas de corruption en Afrique – il y en a partout -, mais on entend souvent les Européens affirmer que si les Africains soutiennent Blatter, c’est parce qu’ils sont achetés. C’est un manque de respect ! Si Platini veut être candidat, et il a les qualités pour cela, il faudra qu’il apprenne à mieux connaître toutes les parties du monde. Et notamment l’Afrique. »

« Blatter est loin d’être parfait, mais il a beaucoup fait pour le développement du foot africain, estime pour sa part l’Algérien Adel Amrouche, ancien sélectionneur du Burundi (2007-2012) et du Kenya (2013-2014). Certains redoutent donc que, s’il venait à lui succéder, Platini soit tenté de revoir à la baisse les grands projets de développement. »

De manière générale, c’est la conception très « européiste » que le patron de l’UEFA a du football qui pose problème aux Africains. Abdeslam Ouaddou, ancien défenseur international marocain, n’y voit pas forcément une marque de mépris. « Il n’a pas tort de dire que les meilleurs joueurs sont en Europe. Mais parmi ceux-ci, il n’y a pas que des Européens, il y a aussi des Africains, des Sud-Américains. Je ne crois pas que Platini soit exclusivement tourné vers l’Europe, puisqu’il a voté en faveur du Qatar pour la Coupe du monde 2022, mais j’ai l’impression qu’il a de l’Afrique une vision un peu faussée, celle d’un continent mal organisé et gangrené par la corruption. Il ne faut pas oublier que le foot africain a contribué à faire de l’Europe ce qu’elle est aujourd’hui. »

Surtout, les dirigeants de l’UEFA ne comptent pas parmi les plus chauds partisans du principe « 1 pays = 1 voix » en vigueur à la Fifa. Il est certain que, lors d’un vote, l’application de ce principe donne par exemple autant de poids aux Comores qu’à la France… « Je sais qu’une partie des dirigeants européens y sont hostiles. C’est assez paradoxal de les entendre constamment se plaindre du manque de démocratie en Afrique, et, quand ça les arrange, de les voir prôner un système totalement inégalitaire », ironise Augustin Senghor, le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF).

Dans un autre registre, la création en 2014 de la Ligue des nations, compétition réservée aux sélections européennes dont la première édition aura lieu en 2018-2019, passe mal en Afrique. Créée par l’UEFA pour pallier le manque d’intérêt supposé des matchs amicaux, elle offrira quatre places en phase finale de l’Euro 2020, dont au moins une réservée à une « petite » équipe. « C’est la preuve que Platini n’est pas aussi élitiste qu’on le dit », commente Adel Amrouche. Sans doute, mais cette initiative renforce l’impression que les dirigeants européens rêvent d’un entre-soi footballistique. « C’est sûr que ça va limiter les contacts internationaux. Ce sera pénalisant pour les Africains, mais aussi pour les Européens, qui doivent enfin comprendre que le foot ne se résume pas à eux », tacle Senghor.

Le dirigeant sénégalais, qui assure ne pas avoir de relation particulière avec Blatter, s’étonne que Platini n’ait pas souhaité être candidat lors de l’élection du mois de mai : « Il n’a pas osé y aller parce qu’il savait qu’il avait de fortes chances d’être battu. A-til manqué de courage ? On peut se poser la question. Et puis la Fifa traverse une tempête assez violente. Blatter, qui n’a pas tout bien fait, est critiqué par des gens qui occupent des fonctions importantes. Et à un certain niveau de responsabilité, il y a des choses qu’on ne peut pas ignorer… » S’il finit par déclarer sa candidature, le triple Ballon d’or (1983, 1984, 1985) devra passer un grand oral devant les comités exécutifs de toutes les confédérations. On sait déjà que la CAF ne lui fera aucun cadeau.


Un ticket avec Anouma ?

Conscient de la méfiance – pour ne pas dire plus – qu’il suscite en Afrique, Michel Platini pourrait associer Jacques Anouma, ex-président de la Fédération ivoirienne de football et ex-membre du comité exécutif de la Fifa, à sa candidature à la présidence de la Fifa. Contacté par Jeune Afrique, celui-ci ne dément pas l’hypothèse, mais s’abstient soigneusement de donner davantage de détails. Lui qui dispose toujours de solides soutiens et de réseaux influents sur le continent pourrait dans un premier temps se consacrer à la restauration de l’image du Français, respecté pour son immense carrière de joueur mais peu estimé en tant que dirigeant. Platini et Anouma s’apprécient. En cas d’élection du premier, le second aurait de bonnes chances de redevenir membre du comité exécutif par le biais de la cooptation.

Jeuneafrique.com par Alexis Billebault

Pour qui le Ballon d’Or ?

juin 30, 2012

Malgré la nouvelle formule de vote, qui laisse à penser que Lionel Messi raflera dix Ballons d’Or d’affilée, le trophée de cette année pour revenir un joueur ayant livré un Euro de haute volée…

Pour qui le Ballon d’Or ?

Cette année, le poids de l’Euro devait peser lourd dans l’attribution du Ballon d’Or. Petit rappel : Beckenbauer (1972), Rummenigge (1980), Platini (1984), Van Basten (1988) ou Sammer (1996) avaient reçu cette distinction individuelle grâce à un Euro réussi. Or, avec la compétition continentale qui s’achève, c’est le flou le plus absolu… Juste avant qu’elle ne démarre, on connaissait les premiers prétendants. Dans le désordre : Didier  Drogba, vainqueur et buteur très remarqué en finales de Cup et de Ligue des Champions, et finaliste malheureux en CAN 2012. Le Colombien Falcao, double vainqueur de la C3 avec Porto 2011 et l’Atletico Madrid 2012 (buteur lors des deux finales). Et bien sûr, les frères ennemis, Cristiano Ronaldo (la Liga avec le Real et 60 buts inscrits, dont 46 en championnat) et Messi (que la Coupe du Roi mais 73 buts inscrits avec le Barça, toutes compètes confondues, record mondial établi). Seul CR7 avait l’occasion de faire le trou en Pologne-Ukraine.  Des outsiders susceptibles d’y briller l’escortaient : les deux Hollandais Van Persie (meilleur buteur de la Premier League, 30 buts) et Huntelaar (meilleur buteur de Bundesliga, 29 buts), les deux Allemands en vue Gomez et Özil (champion d’Espagne), le Suédois Ibrahimovic (meilleur buteur de Serie A, 28 buts), l’Italien Balotelli (champion d’Angleterre avec Man-City) et l’Espagnol Torrès (vainqueur de la Cup et de la C1 avec Chelsea). Restait le cas à part des gardiens : le Tchèque Petr Cech (vainqueur de la Cup et vainqueur de la C1 avec des matchs déterminants), l’Espagnol Casillas (champion d’Espagne) et Buffon (champion d’Italie, avec une Juve invaincue). And the losers are !… Van Persie, Huntelaar, Gomez, Özil, Zlatan et Cech, tous éliminés en n’ayant su se distinguer suffisamment.
En plus de Balotelli, Buffon, Casillas et Torrès l’Euro a fait réémerger deux valeurs sûres du foot mondial, mais outsiders plus effacés : Iniesta et Pirlo ! Le milieu Catalan (vainqueur de la Coupe d’Espagne) a souvent figuré parmi prétendants et le meneur de la Juve a fait à 32 ans une saison de feu ponctuée par le titre de champion. Mais comme l’attention est toujours focalisée sur les buteurs, ils partaient tous les deux de loin. Comme les gardiens, toujours snobés au palmarès du Ballon d’Or (sauf une seule fois, le Russe Lev Yachine en 1963). Or, à la veille de la finale, un très bon Iniesta et un immense Pirlo pourraient se mettre en situation très favorable. Un bon match et un but unique du Catalan qui offrirait le titre à la Roja renverrait à son autre but décisif de finale de Mondial 2010 contre les Pays-Bas : un symbole très fort qui marquerait la planète foot… Si Pirlo réalisait en finale le match parfait comme il les a alignés depuis le début de l’Euro, avec si possible un but marquant (un coup franc déterminant, par exemple) il confirmerait en y ajoutant une touche de classe supplémentaire son statut de déjà meilleur joueur du tournoi… Pour Torrès et Balotelli, comme Iniesta et Pirlo, il faudra déjà que leur sélection remporte d’abord le titre : pour ces quatre-là, la défaite est éliminatoire. Ensuite il leur faudra marquer et arriver quasi obligatoirement au titre de meilleur buteur du tournoi. Avantage Balotelli, déjà auteur de 3 buts (avec Gomez, CR7 et Dzagoev), alors que Torrès n’en est qu’à deux… Buffon et Casillas peuvent être sensationnels, mais on le répète, les gardiens aussi immenses soient-ils ont peu de chances de gagner le Ballon d’or.

Un mot sur CR7… C’était lui le prétendant n°1 pour contester la suprématie de Messi et l’irruption tonitruante de Drogba en fin de saison. Son bilan est très honnête… mais risque d’être insuffisant. Une participation en finale du Portugal aurait arrangé ses affaires, surtout en ayant sorti l’Espagne. Or, contre la Roja, son bilan s’est figé : la Selecçao a été éliminée et il n’a pas marqué. On a été très dur avec lui sur cette fameuse occase « en or » qu’il aurait « ratée » contre l’Espagne à la 90ème : la passe de Meireles n’est pas extra (Cristiano a stoppé sa course pour se ramener le ballon du droit, donc en perdant du temps) et l’angle de tir consécutif à la passe moyenne n’était plus évident pour bien cadrer. Et puis au bout de 90 minutes dans un match au sommet, la lucidité et la précision font parfois défaut. Ce « raté » fait écho aux deux autres contre le Danemark. Reste que… Son doublé marquant contre les Pays-Bas, son but décisif et libérateur contre la Tchéquie ainsi qu’une place de demi-finaliste du Portugal constituent un bonus à ne pas négliger pour le décompte final… Moralité : CR7 reste bien en course contre Messi et Drogba (voir Falcao). Mais la finale risque d’apporter une bonne partie du verdict final pour Torrès, Balotelli, Pirlo, Casillas.

Par La rédaction de SoFoot