Posts Tagged ‘POLOGNE’

Menace nucléaire : la Pologne distribue des comprimés antiradiation

septembre 30, 2022

Inquiète de la situation à la centrale nucléaire de Zaporijia, la Pologne équipe ses services d’incendie du pays de comprimés antiradiation.

Les comprimes d'iodure de potassium a des pouvoirs antiradiations.
Les comprimés d’iodure de potassium a des pouvoirs antiradiations. © Thierry GACHON / MAXPPP / PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP

La guerre en Ukraine crée un véritable climat de peur dans tous les pays voisins. Aussi, quelques heures après le discours d’annexion de quatre régions ukrainiennes par la Russie et alors que les combats se poursuivent autour de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la Pologne se prépare au pire. Les autorités polonaises ont annoncé avoir distribué des comprimés antiradiation aux services d’incendie du pays, en prévention d’une exposition déclenchée par la guerre en Ukraine. La Pologne nie toutefois qu’il y ait lieu de s’alarmer.

« Nous avons décidé, à titre préventif, de commencer à distribuer des comprimés d’iodure de potassium aux services d’incendie des districts », a ainsi déclaré aux journalistes le vice-ministre de l’Intérieur, Blazej Pobozy. Il a précisé qu’il s’agissait d’une mesure de routine « en cas de menace potentielle de radiation, qui… pour l’instant n’existe pas ».

Les comprimés doivent être transférés aux autorités locales et aboutiront finalement dans des points de distribution, des écoles dans la plupart des cas.

Blazej Pobozy a déclaré qu’il y avait suffisamment de doses pour toutes les personnes qui en auraient besoin. Et un représentant médical présent à la conférence de presse a mis en garde contre les dangers de la prise de ces comprimés, sauf en cas de nécessité.

Blazej Pobozy a également déclaré que les comprimés d’iodure de potassium constituaient une mesure préventive en cas d’accident nucléaire, mais qu’ils ne seraient d’aucune utilité en cas d’attaque à l’arme nucléaire tactique. Dans ce scénario, « des isotopes totalement différents sont libérés, contre lesquels il n’existe malheureusement aucun comprimé pour nous protéger », a-t-il déclaré aux journalistes.

Il a toutefois souligné que, par rapport à un accident nucléaire, une attaque était « encore moins probable ».

Par Le Point avec AFP

« Des poissons morts partout » : crainte de désastre environnemental en Europe

août 13, 2022
Des poissons morts.

Des poissons morts flottent à la surface de la rivière Oder. Photo : Reuters/Cezary Aszkielowicz/Agencja Wybo

Des milliers de poissons flottent sans vie sur la rivière Oder, qui coule en Allemagne et en Pologne, laissant craindre un « désastre » pour l’environnement tandis que la population locale est appelée à rester éloignée de ces eaux.

Ces bancs de poissons affluant, ventre en l’air, sur les rives proches de la ville de Schwedt, dans l’est de l’Allemagne, ont probablement été portés par le courant à partir de la Pologne où les premiers cas ont été signalés dès le 28 juillet par des habitants de la région et des pêcheurs.

Des poissons morts flottent à la surface d'une rivière.

Des poissons morts flottent à la surface de la rivière Oder à Krajnik Dolny, en Pologne près de la frontière allemande. Photo: Reuters/Annegret Hisle

Des responsables allemands, pris par surprise par leur arrivée en masse, ont accusé les autorités polonaises de ne pas les avoir informés.

La ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke, a exigé une enquête exhaustive afin de déterminer les causes de ce désastre environnemental.

En Pologne, le gouvernement populiste de droite s’est retrouvé sous le feu des critiques pour ne pas avoir réagi plus tôt.

Le premier ministre Mateusz Morawiecki a assuré samedi avoir été informé le 9 ou 10 août de la pollution. Il est évident que j’ai appris cela trop tard.

Au départ, tout le monde a pensé qu’il ne s’agissait que d’un problème local, avait-t-il déclaré sur son balado hebdomadaire vendredi.

« L’échelle de la pollution est très grande, suffisamment grande pour dire que l’Oder aura besoin d’années entières pour retrouver son état naturel. »

Debout au bord de l’eau, Michel Tautenhahn, chef adjoint du parc national de la vallée de la Basse-Oder, regarde, consterné, en direction de la rivière, qui forme une frontière naturelle entre la Pologne et l’Allemagne.

Nous sommes côté allemand. Nous avons des poissons morts partout, dit-il à l’AFP.

Je suis profondément choqué… J’ai l’impression de voir des décennies de travail ruiné. […] L’eau c’est notre vie, dit-il, ajoutant qu’une foule d’autres animaux aquatiques tels que les moules ont également succombé.

Les poissons, c’est juste la partie émergée de l’iceberg, assure-t-il.

Quatre hommes debout sur la rive d'une rivière observant des poissons morts.

Des gens regardent des poissons morts sur les rives de l’Oder. Photo : Reuters/Cezary Aszkielowicz/Agencja Wybo

L’Oder est une rivière considérée comme relativement propre depuis de nombreuses années, abritant une quarantaine d’espèces de poissons.

De nombreux poissons – certains longs de quelques centimètres, d’autres de près de 40 centimètres – flottent désormais sans vie sur la rivière. Parfois, on en voit quelques-uns battre la queue et se retourner avec peine pour essayer de nager.

En quête de réponses

Les autorités estiment que les poissons ont probablement été empoisonnés.

Leur mort est atypique, explique Axel Vogel, ministre de l’Environnement du Land de Brandebourg, jugeant que des tonnes de poissons ont déjà sans doute péri.

La mort des poissons est souvent causée par la distorsion des niveaux d’oxygène quand le niveau de l’eau est trop bas, explique-t-il.

« Mais nous avons noté une augmentation du niveau d’oxygène depuis plusieurs jours, ce qui indique qu’une substance étrangère a été introduite et a provoqué tout ça. »

Des tests sont en cours en Allemagne afin d’établir la nature de cette substance. Les autorités ont d’ores et déjà fait état de signes indiquant des niveaux extrêmement élevés de mercure.

D’autres tests préliminaires publiés vendredi soir ont révélé un taux de salinité inhabituellement élevé. D’autres résultats sont attendus sur la présence éventuelle de métaux lourds ou de mercure.

En Pologne, le parquet a été saisi de l’affaire, alors que l’indignation grandit dans le pays. Le chef du gouvernement a limogé vendredi deux responsables des eaux et de la protection de l’environnement, à qui il a reproché une action trop lente.

Samedi, la police polonaise a offert une récompense de 210 000 euros pour trouver l’auteur de la pollution.

Sur les bords de l’Oder en Allemagne, M. Tautenhahn s’inquiète pour l’avenir. Si c’est du mercure, il va rester là pendant longtemps, dit-il, rappelant que ce métal ne se désintègre pas et pourrait rester de longues années dans les sédiments.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

L’ambassadeur russe en Pologne agressé par des manifestants pro-ukrainiens

mai 9, 2022

La diplomatie russe impute le tout aux « partisans du néonazisme » et a dépose une « protestation ferme » aux autorités polonaises.

Un homme houspillé par plusieurs personnes tente de s'essuyer le visage éclaboussé d'une substance rouge.

L’ambassadeur russe en Pologne, Sergueï Andreev, a été éclaboussé par une substance rouge, mais n’a pas été blessé. Photo : Getty Images/AFP/Wojtek Radwanski

L’ambassadeur russe en Pologne a été arrosé lundi d’une substance rouge et pris à partie par des manifestants pro-ukrainiens à Varsovie à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, incident aussitôt dénoncé par Moscou.

Selon un photographe de l’AFP présent sur place, des militants pro-ukrainiens, scandant fascistes et brandissant le drapeau national ukrainien, ont bloqué le passage de l’ambassadeur alors qu’il devait déposer une gerbe au cimetière de Varsovie où reposent les soldats soviétiques morts durant la Seconde Guerre mondiale.

Le 9 mai 1945 marque pour les Russes la victoire sur l’Allemagne nazie.

Par la suite, quelques personnes ont jeté une substance rouge sur son visage et ses vêtements, et ont également éclaboussé son entourage.

Après s’être essuyé le visage avec sa main, Sergueï Andreev a déclaré : Je suis fier de mon pays et de mon président.

M. Andreev a déclaré à l’agence de presse russe RIA Novosti qu’il n’avait pas été sérieusement blessé lors de l’attaque, ajoutant que la substance rouge était une sorte de sirop.Des hommes, dont l'un a le visage éclaboussé de rouge, se chamaillent près d'un monument commémoratif.

L’agression de l’ambassadeur russe a été suivie par des scènes de brasse-camarade entre partisans de la Russie et de l’Ukraine. Photo : Getty Images/AFP/Wojtek Radwanski

L’incident a été immédiatement dénoncé par Moscou.

Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, a indiqué que les partisans du néonazisme ont une nouvelle fois montré leurs visages, et il est sanglant.

Moscou a également adressé une protestation ferme aux autorités polonaises du fait de leur indulgence à l’égard de jeunes néonazis.

La Russie, qui dénonce sans cesse la russophobie des Occidentaux en général, et de la Pologne en particulier, a également réclamé de pouvoir organiser sans tarder la cérémonie de dépôt de gerbe en assurant sa sécurité la plus totale face à toutes sortes de provocations.

L’ambassade de Russie avait prévu d’organiser une cérémonie officielle sur le site, mais l’a annulé après une réponse négative du maire de Varsovie et du ministère des Affaires étrangères.Des personnes brandissant les couleurs ukrainiennes entourent une voiture en criant des slogans.

Des partisans de l’Ukraine ont bloqué la voiture de l’ambassadeur russe au cimetière de Varsovie. Photo : Getty Images/AFP/Wojtek Radwanski

Le ministre polonais de l’Intérieur, Mariusz Kaminski, a déclaré après l’incident que les autorités polonaises n’ont pas recommandé que l’ambassadeur russe dépose des fleurs le 9 mai à Varsovie.

La police a permis à l’ambassadeur de repartir en toute sécurité, a-t-il ajouté.

M. Kaminski a également tweeté que les militants s’étaient réunis là légalement pour protester contre l’agression russe en Ukraine, où chaque jour le crime de génocide a lieu.

L’émotion des femmes ukrainiennes – qui ont pris part à la manifestation et dont les maris se battent courageusement pour défendre leur patrie – est compréhensible, a-t-il ajouté.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Moscou coupe le gaz à la Pologne

avril 26, 2022
Un ouvrier grimpe dans une échelle sur un cylindre dans une station de compression de gaz.

Le gazoduc Yamal achemine le gaz russe des champs gaziers de la péninsule de Yamal et de la Sibérie occidentale vers la Pologne et l’Allemagne en passant par le Bélarus, où se trouve la station de compression de gaz près de Nesvizh, au sud-ouest de Minsk, la capitale. Photo: Reuters/Vasily Fedosenko

L’entreprise publique polonaise gazière PGNiG a indiqué mardi que le géant gazier russe Gazprom cessera ses livraisons de gaz naturel dès mercredi.

Dans un communiqué, PGNiG a dénoncé une violation du contrat la liant à Gazprom et a fait savoir qu’elle entendait prendre des mesures pour rétablir ces livraisons de gaz.

Avec Radio-Canada

Des soldats canadiens s’envolent vers la Pologne pour aider les réfugiés ukrainiens

avril 16, 2022

Des militaires canadiens attendaient de monter à bord d’un avion à Edmonton afin de s’envoler vers la Pologne, le vendredi 15 avril 2022. Photo: The Canadian Press/Jason Franson

Une centaine de soldats canadiens sont montés à bord d’un avion à destination de la Pologne vendredi pour participer à une mission « intense », mais « gratifiante » – selon les termes de leur commandant – afin d’aider les Ukrainiens fuyant l’invasion russe.

Quelque 80 soldats ont décollé d’Edmonton et 20 autres de Trenton, en Ontario. Ils offriront une aide humanitaire dans des centres d’accueil partout en Pologne, a expliqué le major Ryan Pridmore, commandant de compagnie du 3e bataillon Princess Patricia’s Canadian Light Infantry.

Ils doivent, avec une unité médicale canadienne, soutenir la force de défense territoriale polonaise dans le cadre d’une mission de deux mois.

Nos soldats sont tous extrêmement heureux d’être déployés, a-t-il déclaré. C’est pour cela que nous nous sommes entraînés. C’est pourquoi nous faisons ce travail. Nos soldats sont prêts à intervenir et à aider.

Une fois les bottes au sol, le major Pridmore s’attend à ce que les soldats soient mis directement au travail.

Nous avons des aumôniers pour fournir des services spirituels ainsi que des professionnels de la santé mentale lorsque les réfugiés arrivent dans les centres d’accueil, a affirmé le commandant, qui a déjà servi en Afghanistan et au Koweït.

Certains des autres soldats ont une formation linguistique, a-t-il ajouté.

D’après lui, le Canada est prêt à envoyer environ 50 soldats supplémentaires pour aider à la prise en charge, à la coordination et à la réinstallation des réfugiés ukrainiens en Pologne.

Nous avons une équipe en place là-bas qui prépare le terrain, donc nous n’agissons pas à l’aveuglette, mais ce sera certainement un lancement assez rapide des affaires une fois que nous serons sur le terrain.

Jeudi, la vice-première ministre Chrystia Freeland a soutenu à Calgary qu’il était approprié de qualifier l’occupation russe de génocide – comme l’ont dit le président américain Joe Biden et le premier ministre Justin Trudeau – puisque des milliers d’Ukrainiens ont été tués et brutalisés.

Mme Freeland a évoqué un document effrayant publié sur un site Internet russe il y a 10 jours qui exposait effectivement un plan de génocide en Ukraine, qui appelait à la souffrance, à la punition des personnes qui avaient choisi à tort, selon ce document, de s’identifier comme des Ukrainiens.

Cela appelait à ce que le mot Ukraine soit effacé, a ajouté Mme Freeland, qui est également ministre des Finances du Canada.

Le ministère de la Défense nationale a indiqué dans un communiqué que les soldats travailleront également avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Ils agiront aussi comme agents de liaison avec les forces armées polonaises pour appuyer les efforts fédéraux d’octroi de la résidence temporaire aux Ukrainiens désirant travailler ou étudier au Canada.

Vendredi, certains soldats à Edmonton ont plaisanté sur leur nervosité, tandis que d’autres ont dormi dans le salon de l’aéroport avant de prendre leur vol.

J’ai été très heureux de voir que le moral était exceptionnellement élevé et, d’après mes observations, je dirais que la force opérationnelle va être très efficace en Pologne, a mentionné le lieutenant Kevin Moffat, officier des affaires publiques des Forces armées canadiennes, qui souligne que certaines personnes de l’équipe ont des racines ukrainiennes.

Radio-Canada avec La Presse canadienne

« Chaos », galère et colère pour les Ukrainiens voulant venir au Canada

mars 28, 2022

Les formalités administratives exigées par le gouvernement Trudeau afin de voyager vers le Canada sont « extrêmement compliquées ».

Les Ukrainiens se pressent, à Varsovie, dans le centre responsable des formalités administratives pour venir au Canada. Les places sont limitées et il est très difficile d’obtenir un rendez-vous. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

L’angoisse est palpable. L’interrogation. Les doutes. La détresse. Tous ces sentiments se lisent, se devinent dans les yeux de ces Ukrainiens amassés dans un immeuble moderne de Varsovie, qui partagent le même espoir : rejoindre rapidement le Canada.

Des dizaines de personnes font la file, masque ou non sur le visage. Des jeunes. Des aînés. Des femmes, principalement, mais aussi des enfants.

Certains scrutent leur téléphone, d’autres dorment sur une chaise, lèvent la main ou tentent d’interpeller un représentant de la firme VFS Global, qui est responsable de réaliser les données biométriques des Ukrainiens voulant traverser l’Atlantique.

Outre temporairement l’ambassade canadienne, il n’y a qu’un centre agréé dans toute la Pologne. Ici, dans la capitale, où sont arrivés au cours des dernières semaines des centaines de milliers d’Ukrainiens fuyant les bombes et les attaques russes.

C’est le chaos pour obtenir les documents administratifs nécessaires afin de prendre l’avion vers le Canada, raconte Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne rencontré sur place. Tout juste arrivé en Pologne, il est venu aider sa grand-mère et d’autres membres de sa famille.

En début de semaine, reprend-il, il y avait 500 personnesLes gens se poussaient. Le processus est extrêmement compliqué. C’est extrêmement stressant pour ces personnes qui sont déjà traumatisées par la guerre.

« Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir la possibilité de ramener nos proches au Canada. Il y a plein de gens prêts à les aider au Canada. Pourquoi est-ce qu’on rend ça aussi compliqué? »— Une citation de  Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne

À la mi-mars, Ottawa a lancé un programme spécial d’immigration afin de permettre aux Ukrainiens d’arriver rapidement au Canada. Toutefois, avant d’obtenir cette Autorisation de voyage d’urgence, dont la demande se fait en ligne, les candidats doivent impérativement fournir leurs photos et empreintes digitales.

La prise de rendez-vous est obligatoire. Et les créneaux libres sont rares.

Des enfants attendent, avec leurs parents, afin de réaliser leurs données biométriques pour arriver au Canada. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

Plusieurs personnes nous ont confié leurs difficultés pour décrocher un tel rendez-vous. Une mission quasi impossible, décrivent-elles. Surtout en Pologne. Pendant trois jours, j’ai regardé toutes les 30 minutes, il n’y avait absolument rien de disponible, décrit Kyrylo, qui dit avoir finalement eu un coup de chance.

Les gens viennent donc sans rendez-vous et ça encombre le processus, poursuit-il.

Le site ne marchait pas, il « crashait ». On a donc décidé de venir sur place, mais on nous a répondu qu’on ne pouvait rien faire pour nous, confie quant à lui Haidei Amine, un Canadien d’origine ukrainienne qui tente d’avoir un visa pour son épouse afin de se rendre en Ontario.

Ce dernier décrit le parcours qui l’a mené jusqu’à Varsovie. On a quitté Sumy [dans le nord-est de l’Ukraine]. On était encerclés, c’était effrayant. Ça nous a pris trois jours pour arriver à Varsovie en voiture. Il y avait des centaines de chars russes sur le chemin.

Haidei Amine, originaire du Canada, vivait dans le nord-est de l’Ukraine avant le début de la guerre. Il espère retourner, avec sa femme, en Ontario dans les prochains jours. Photo : Radio-Canada

Une dizaine d’étudiantes ukrainiennes attendues à Montréal

Immigration Canada n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada. À Varsovie, les employés de VFS Global ont refusé également de nous parler. Sur son site, l’entreprise reconnaît que certains de [ses] centres de réception des demandes de visa connaissent des volumes plus élevés que d’habitude.

Mi-mars, le ministère de l’Immigration assurait pourtant suivre de près la situation et avoir renforcé ses capacités dans toute l’Europe avec l’envoi de trousses mobiles à Varsovie, à Vienne et à Bucarest pour la collecte de ces données biométriques.

Après des heures passées au téléphone avec des amis et des membres de sa famille en Pologne, Magdalena Dembinska, visiblement épuisée, ne comprend pas toutes ces exigences réclamées par Ottawa.

Pourquoi ne pas faire venir ces personnes au Canada et faire les données biométriques à l’aéroport? s’interroge cette professeure titulaire en science politique à l’Université de Montréal.

Centre de rendez-vous des visas, à Varsovie, situé à l’étage, dans un immeuble moderne. Des centaines de personnes s’y retrouvent chaque jour pour tenter de rejoindre le Canada. Photo : Radio-Canada

Depuis plusieurs jours, Magdalena Dembinska, également membre du Centre d’études et de recherches internationales, se démène pour organiser le voyage et l’arrivée d’une dizaine d’étudiantes ukrainiennes de l’Université nationale de Kharkiv, une ville bombardée par l’armée russe.

« La seule et unique chose qui fait obstacle à l’arrivée de ces étudiantes, c’est les données biométriques. Tout le reste est prêt. »— Une citation de  Magdalena Dembinska, professeure à l’Université de Montréal

Devant l’impossibilité d’avoir un rendez-vous à Varsovie, plusieurs filles âgées de 17 à 19 ans vont traverser l’Europe pour se rendre à Lyon, à Lisbonne ou encore à Budapest. D’autres patientent toujours en Ukraine.

L’université d’Anastasiia Dombvroska, ici en Ukraine avant le début de la guerre, a été bombardée par l’armée russe. La femme s’apprête à rejoindre temporairement l’Université de Montréal. Photo : Courtoisie

On pensait que cette étape, dans leur parcours, ne serait qu’une simple formalité, mais ce n’est pas le cas. Elles sont vraiment dans le noir, regrette Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal, en lien avec ses homologues ukrainiens, qui, face aux dangers, ont quitté Kharkiv.

« Pour leur sécurité, il faudrait agir rapidement. C’est une situation humanitaire. La réalité, c’est qu’il y a un danger réel pour ces étudiantes. Certaines ne veulent pas quitter l’Ukraine tant qu’elles n’ont pas un rendez-vous. »— Une citation de  Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal

Hébergement, billets d’avion, intégration, suivi psychologique, cours de français : l’Université de Montréal assure avoir déjà tout prévu pour concrétiser cet échange universitaire qui pourrait durer plusieurs mois. Un fonds d’urgence a également été mis en place.

Il faut aider toutes ces personnes. Au total, il pourrait y en avoir de 20 à 30. Il y a des étudiantes, mais aussi des professeurs, des chercheurs, des postdoctorants qu’on pourrait accueillir, détaille Valérie Amiraux, la vice-rectrice.

« Le caractère urgent dramatise la difficulté. On aimerait que ce soit plus facile, en particulier avec une situation d’urgence comme celle-ci. »— Une citation de  Valérie Amiraux, vice-rectrice de l’Université de Montréal

Il faut donner à ces gens les moyens de continuer à se projeter, à imaginer un avenir, résume-t-elle. Mais on aimerait que ça aille plus vite.

Les tirs russes ont détruit des infrastructures sur le campus de l’Université nationale de Kharkiv le 2 mars 2022. Photo : Reuters/Oleksandr Laphyn

De Varsovie à Bratislava

Sylvain Gauthier a de son côté des propos plus virulents. Aux yeux de l’enseignant et coordinateur de programme pour l’Université McGill, ça n’a aucun bon sens.

J’essaie de faire venir une mère de famille ukrainienne et sa fille. Elles sont arrivées à Varsovie, elles n’ont jamais pu avoir de rendez-vous [pour les données biométriques], donc elles ont passé la nuit dehors, devant l’ambassade canadienne, sans chaise, sans eau, sans rien à manger, sans toilettes, puis un agent les a finalement renvoyées, détaille-t-il, tout en nous montrant une vidéo illustrant la longue file d’attente vécue par des centaines de personnes.

Il a finalement trouvé une solution. Guère simple. J’ai eu un rendez-vous pour dans quelques jours, mais à Bratislava, soupire-t-il. En Slovaquie, donc. À plus de 600 km de Varsovie.

Après avoir quitté l’Ukraine, Yanina Kovalenko est arrivée à Varsovie, mais elle n’a pu obtenir de rendez-vous pour effectuer ses données biométriques. Avec l’aide d’un enseignant montréalais, elle va finalement se rendre en Slovaquie, avec l’espoir de venir bientôt au Canada. Photo : Courtoisie/Yanina Kovalenko

Dans un échange avec Radio-Canada par messagerie, l’intéressée, Yanina Kovalenko, une esthéticienne de 36 ans, avoue être perdue. Je vais y aller en bus ou en train. C’est la première fois de ma vie que je vis un tel enfer. On a attendu 30 heures devant l’ambassade et on nous a dit à la fin que seules les personnes qui avaient un rendez-vous pouvaient entrer.

Bénévole pour le Parti libéral du Canada, Sylvain Gauthier ne mâche pas ses mots contre Immigration Canada.

« Partout, le gouvernement dit qu’on veut aider les Ukrainiens. Il y a peut-être de bonnes intentions, mais les troupes ne s’ajustent pas. C’est une honte. »— Une citation de  Sylvain Gauthier, enseignant

Ces femmes ont vécu des semaines d’enfer. Rien n’est facile pour elles. On le savait, pourtant, qu’il allait y avoir toutes ces personnes. C’est une crise. Comment ça se fait qu’on se retrouve dans cette situation?

Avec Radio-Canada par Romain Schué et Yanik Dumont Baron

Biden : Poutine « ne peut pas » rester au pouvoir

mars 26, 2022

Joe Biden a réaffirmé par ailleurs que les États-Unis ne souhaitaient pas entrer en conflit avec les forces russes qui ont envahi l’Ukraine. Photo: AFP / Brendan Smialowski

Le président américain Joe Biden a affirmé samedi à Varsovie que son homologue russe Vladimir Poutine ne devait pas rester au pouvoir après avoir lancé l’invasion en Ukraine.

Pour l’amour de Dieu, cet homme ne peut pas rester au pouvoir, a lancé M. Biden, lors d’un discours au château royal de Varsovie, au ton particulièrement dur à l’égard du président russe Vladimir Poutine.

S’adressant directement aux Russes, il a insisté sur le fait que ce n’est pas le peuple russe qu’il considère comme ennemi.

Permettez-moi de dire ceci si vous êtes capable de m’entendre – vous, le peuple russe, n’êtes pas notre ennemi, a-t-il déclaré.

Je refuse de croire que vous accueillez favorablement le meurtre d’enfants et de grands-parents innocents ou que vous acceptez que des hôpitaux, des écoles, des maternités soient pilonnés par des missiles et des bombes russes.

Cette guerre n’est pas digne de vous, peuple russe. Poutine peut et doit mettre fin à cette guerre, a encore martelé le président américain.

Mais en même temps il a estimé que le conflit n’allait pas s’arrêter rapidement.

La bataille entre la démocratie et l’autocratie ne sera pas gagnée en quelques jours ou mois. Nous devons nous armer pour un long combat devant nous, a -t-il prévenu, avant d’assurer aux Ukrainiens : Nous sommes à votre côté.

Il a réaffirmé par ailleurs que les États-Unis ne souhaitaient pas entrer en conflit avec les forces russes qui ont envahi l’Ukraine, mais il a lancé un avertissement ferme à Moscou : Ne pensez même pas à avancer d’un centimètre en territoire de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN.

Cette guerre est d’ores et déjà un échec stratégique pour la Russie, a ajouté M. Biden, qui, applaudi par quelque mille personnes ayant assisté à son discours devant le château royal de Varsovie, est immédiatement parti pour l’aéroport, devant regagner Washington dans la nuit.

Par Radio-Canada avec AFP

Canada-Québec: « Quand on regarde la télé, les gens commencent parfois à pleurer »

mars 17, 2022

Dans Rosemont, un CHSLD public héberge 130 résidents d’origine polonaise, ukrainienne et russe. Visite au cœur de destins bouleversés par l’assaut de la Russie.

Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire Photo : Radio-Canada

Lorsque la guerre a éclaté le matin du 24 février, Andriy Lenyk a reçu un appel de ses parents en Ukraine.

Ils m’ont dit que notre aéroport militaire était bombardé […] C’était le choc, c’était la stupeur et, pour quelques minutes, je ne pouvais pas parler, se rappelle-t-il.

Quelques instants plus tard, sa femme apprenait que la maison de son frère avait également été endommagée par ces bombardements.

« Elle a pleuré et crié […] C’est dur d’expliquer, c’est dur de comprendre parce que c’est la guerre. »— Une citation de  Andriy LenykDans un couloir du CHSLD, le visage masqué.

Andriy Lenyk, infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska Photo  : Radio-Canada

Arrivé d’Ukraine il y a près de 20 ans, Andriy Lenyk travaille depuis quelques années comme infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal.

Un milieu de vie réservé aux personnes âgées d’origine polonaise, ukrainienne et russe.

Sa collègue de travail, Maryna Symenovych, ne cache pas son émotion face aux événements des dernières semaines.

On ne peut pas comprendre cette situation parce qu’on a toujours dit que l’Ukraine et la Russie habitent ensemble comme deux confrères […] et maintenant il y a beaucoup de civils tués, beaucoup d’enfants, se désole-t-elle.

Je ressens de la tristesse, pas de la colère, souligne-t-elle.

Arrivée au Canada en 2010, Maryna Symenovych a troqué sa profession de médecin pour devenir infirmière auxiliaire.

Environ 25 employés d’origine ukrainienne comme Maryna et Andriy travaillent au CHSLD.

Comme le souligne la chef des soins infirmiers du CHSLD, Olga Ivanyuta, le climat de travail est difficile parce qu’on doit prendre soin de nous autres et des résidents.

« Mais je suis fière de mes employés, on continue de travailler, même en pleurant. »— Une citation de  Olga Ivanyuta, chef des soins infirmiers du CHSLDElles sont assises dans leur fauteuil roulant

Résidentes du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

Le président-directeur général du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin Verreault, assure que dès le début, on a voulu être présents pour aider à la fois les résidents et les employés […] pour avoir plusieurs personnes spécialisées dans les soins psychologiques présents sur place.

Entre souvenirs et l’actualité

Lors de notre passage lundi, quelques résidents prenaient des nouvelles de la guerre en regardant la télévision dans la salle communautaire, à la veille du discours du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux parlementaires canadiens.

Quand on commence à regarder la télé, les gens commencent parfois à pleurer parce que c’est toujours dans la mémoire, la Deuxième Guerre [mondiale] qu’on a traversée, donc c’est vraiment difficile pour les patients, constate Maryna Symenovych.

« Ils ont besoin de plus d’aide, d’explications, de communication. »— Une citation de  Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire

Une quarantaine de résidents du CHSLD sont d’origine ukrainienne.

La cohabitation avec les deux résidentes d’origine russe se passe bien à ce jour. Pour l’instant, ça se passe bien parce qu’elles sont contre Poutine et elles ne sont pas infectées par la propagande russe, constate la chef des soins infirmiers, Olga Ivanyuta.Eugene dans sa chambre.

Eugene Antonyszyn, 95 ans, résident du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska, dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

À 95 ans, Eugene Antonyszyn demeure très lucide face aux enjeux politiques européens.

Ça fait 32 ans qu’on attend pour être accepté dans l’Union européenne, et si on était membre ukrainien, il y aurait jamais eu la guerre! les Russes auraient eu peur, affirme le résident aux origines ukrainienne et polonaise.

Ce dernier se réjouit de l’accueil de la Pologne fait aux réfugiés ukrainiens.

« La Pologne, ils ont fait un geste formidable pour l’Ukraine […] Ils savent que si les Ukrainiens lâchent, la prochaine [cible], ça va être la Pologne. »— Une citation de  Eugene Antonyszyn, 95 ans

Eugene Antonyszyn a vécu les camps de travail lors de la Seconde Guerre mondiale.

Immigré au Canada dans les années 50, il s’est lui-même frotté à la politique canadienne comme candidat du Parti Rhinocéros en 1980. Avec un brin d’humour, toujours intact malgré l’âge et la guerre qui ravage à nouveau son sol natal.

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Anne-Louise Despatie

100 000 réfugiés ukrainiens de plus en 24 heures

mars 13, 2022
Un poste frontalier en Pologne.

Un poste frontalier en Pologne. Le pays accueille à lui seul plus de la moitié de tous les réfugiés qui ont fui l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe. Photo: AP

Quelque 100 000 personnes en 24 h sont venues grossir les rangs des réfugiés qui ont fui les combats en Ukraine, plus de deux semaines après l’invasion ordonnée par le président russe Vladimir Poutine, selon le dernier décompte de l’Organisation des Nations unies publié dimanche.

Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) recensait exactement 2 698 280 réfugiés venant d’Ukraine sur son site Internet dédié vers 11 h TUC. Ce sont 100 733 de plus que lors du précédent pointage.

L’Europe n’avait pas connu de flot aussi rapide de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale, selon le Haut Commissaire aux réfugiés Filippo Grandi.

Quatre millions de personnes pourraient vouloir quitter le pays pour échapper à la guerre, selon les premières prévisions de l’Organisation des Nations uniesONU, un chiffre qui devrait très certainement être révisé à la hausse, selon le Haut Commissariat aux réfugiésHCR.

Avant ce conflit, l’Ukraine était peuplée de plus de 37 millions de personnes dans les territoires contrôlés par Kiev – qui n’incluent donc pas la Crimée annexée par la Russie ni les zones sous contrôle des séparatistes prorusses.

La Pologne accueille à elle seule plus de la moitié de tous les réfugiés qui ont fui depuis le début de l’invasion russe.

Depuis le 24 février, 1 655 503 personnes fuyant le conflit en Ukraine sont entrées en Pologne, selon le Haut Commissariat aux réfugiésHCR.

Les gardes-frontières polonais estiment pour leur part que 1 675 000 personnes sont entrées en Pologne depuis le début de l’invasion, selon des chiffres publiés dimanche.Des enfants dans une salle à manger.

Selon le Haut Commissariat au réfugiés, plus d’un million d’enfants ont déjà fui l’Ukraine décimée par la guerre. Photo : AP/Gregoria Borgia

Avant cette crise, la Pologne abritait déjà environ 1,5 million d’Ukrainiens venus, pour la plupart, travailler dans ce pays membre de l’Union européenne.

La Hongrie accueille 246 206 personnes, selon des chiffres du Haut Commissariat aux réfugiésHCR arrêtés au 12 mars, soit environ 10 000 de plus que lors du décompte de la veille.

Le pays compte cinq postes-frontières avec l’Ukraine, et plusieurs villes frontalières, comme Zahony, ont aménagé des bâtiments publics en centres de secours où des civils hongrois viennent proposer vivres ou assistance.

La Russie sert aussi de refuge

La Slovaquie dénombre 195 980 personnes ayant fui l’Ukraine, selon le point actualisé du HCR arrêté au 12 mars, soit là aussi près de 10 000 de plus.

Le nombre de personnes ayant trouvé refuge en Russie s’élevait à près de 106 000 à la date du 10 mars.

Le Haut Commissariat aux réfugiésHCR note aussi que, entre le 18 et le 23 février, 96 000 personnes sont passées des territoires séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk en Russie.

Après leur arrivée en Moldavie, petit pays de 2,6 millions d’habitants et l’un des plus pauvres d’Europe, une partie des réfugiés poursuivent leur route jusqu’en Roumanie ou en Hongrie, souvent pour retrouver de la famille.

Selon les autorités, 284 436 personnes sont entrées en Moldavie en provenance d’Ukraine et 185 362 en sont reparties.

Selon le décompte du Haut Commissariat aux réfugiésHCR, 104 929 réfugiés venus d’Ukraine étaient répertoriés dans le pays à la date du 10 mars.Des personnes devant un poste médical.

La guerre en Ukraine pourrait devenir la «plus grande crise des réfugiés de ce siècle», a déclaré l’ONU Photo :AP/Andrea Alexendru

Le Haut Commissariat aux réfugiésHCR n’a pas actualisé ses statistiques concernant la Roumanie. L’agence de l’Organisation des Nations uniesONU pour les réfugiés dénombrait près de 85 000 réfugiés à la date du 8 mars. Comme pour la Moldavie, de nombreux réfugiés décident de poursuivre leur route une fois en sécurité.

Selon les autorités, 16 676 Ukrainiens sont entrés (+2 %) samedi, dont 7203 directement d’Ukraine. Depuis le 24 février, les autorités ont enregistré 397 542 entrées. Elles ne donnent plus de chiffres pour les Ukrainiens qui ont quitté la Roumanie.

Le Haut Commissariat aux réfugiésHCR a aussi précisé qu’un peu plus de 304 000 personnes avaient poursuivi leur route, une fois la frontière ukrainienne franchie, vers d’autres pays européens, selon les chiffres arrêtés au 11 mars.

Avec Radio-Canada par Agence France-Presse

Canada: Au revoir les camionneurs, bonjour l’Europe

mars 6, 2022

Justin Trudeau entame dimanche un voyage de six jours au Royaume-Uni, en Lettonie, en Allemagne et en Pologne. Au cœur des discussions, bien sûr, la guerre en Ukraine — un conflit qui, malgré toutes ses horreurs, a permis au premier ministre canadien de tourner la page sur une crise domestique qui lui collait à la peau.

Justin Trudeau.

Le gouvernement Trudeau a multiplié les sanctions depuis l’invasion russe en Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

À 16 h 40, le mercredi 23 février, Justin Trudeau terminait un dernier point de presse sur la controversée Loi sur les mesures d’urgenceIl venait d’annoncer qu’il mettait fin à cette législation extraordinaire qui avait permis, disait-il, de chasser les camionneurs du centre-ville d’Ottawa.

L’invocation de la loi a encouragé certaines personnes à quitter [les lieux] et a permis aux forces de l’ordre de pouvoir en finir avec ces occupations, expliquait alors le premier ministre.

Cinq heures plus tard, une autre occupation débutait, celle-là beaucoup plus sanglante : Vladimir Poutine lançait ses troupes à l’assaut de l’Ukraine. La guerre était de retour en Europe.

En coulisses, plusieurs libéraux pensent que l’invasion russe et, surtout, la réponse canadienne coordonnée avec celle des alliés ont permis à Justin Trudeau de retrouver sa stature d’homme d’État.

L’enjeu des camionneurs, c’est complètement disparu des écrans radars, confie une source libérale, qui croit que pour beaucoup de gens, la guerre en Ukraine a mis les choses en perspective, entre autres sur ce que ça voulait dire, défendre la liberté.

Un sondage réalisé par la firme Research Co. à la fin de février montre que 52 % des Canadiens interrogés approuvent la réponse du premier ministre dans le dossier ukrainien.Trudeau entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand  et Chrystia Freeland.

Justin Trudeau, entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand et Chrystia Freeland, lors d’une annonce sur de nouvelles sanctions imposées à la Russie. Photo: The Canadian Press/Adrian Wyld

Même des personnes généralement critiques quant à la politique étrangère de Justin Trudeau reconnaissent que son gouvernement a bien agi jusqu’à maintenant.

Je pense que le gouvernement canadien a été à la hauteur de ce qui était demandé par les alliés, lance Jocelyn Coulon, au bout du fil. L’ancien conseiller de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait publié en 2018 Un selfie avec Justin Trudeau, un ouvrage dans lequel il reprochait au premier ministre son manque d’ambition sur le front diplomatique.

M. Coulon complimente aussi la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, qui a eu le ton juste dans les dernières semaines : On voit qu’elle a pris de l’assurance dans les dossiers de politique étrangère.

Le travail de la vice-première ministre a également été remarqué. Une source gouvernementale confirme d’ailleurs que Chrystia Freeland a joué un rôle clé dans les discussions auprès des alliés occidentaux, qui ont permis d’aboutir à l’imposition de sanctions contre la Banque centrale russe.

Dialoguer avec ses adversaires

Toutefois, si le Canada a commis un sans faute jusqu’à maintenant, sa réponse n’est pas pour autant suffisante, croit Jocelyn Coulon. Comme il le faisait déjà dans son livre, l’ex-conseiller reproche au gouvernement Trudeau de ne pas avoir entamé de dialogue direct avec la Russie.Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine reste intransigeant dans sa volonté de continuer la guerre en Ukraine. Photo : Getty Images/MikhaiI Klimentyev

Il n’y a eu, par exemple, aucune rencontre bilatérale entre Vladimir Poutine et Justin Trudeau depuis l’élection de celui-ci, en 2015. Or, dans les dernières années, tous les autres leaders du G7 se sont entretenus avec le président russe, souvent à plusieurs reprises, malgré leur désapprobation de l’invasion de la Crimée en 2014.

Il faut toujours parler non seulement à nos amis, mais aussi à nos adversaires, ajoute Jocelyn Coulon. C’est là que la diplomatie prend son sens.

Le professeur Justin Massie, expert en sécurité internationale à l’Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens : C’est important de dialoguer même avec ses ennemis, même quand on est en conflit. Il cite en exemple la démarche de la France dans les derniers jours, qui s’est démarquée par sa diplomatie pour tenter d’organiser un corridor humanitaire afin de sortir les personnes de Kiev.

Bien sûr, reconnaît M. Massie, la diplomatie a ses limites. Vladimir Poutine, malgré toutes les pressions des alliés, n’a montré aucun signe de retrait et poursuit sans vergogne ses bombardements contre les villes ukrainiennes. Il est cependant nécessaire, d’après le politologue, de garder le dialogue ouvert, ne serait-ce que pour tenter d’alléger la situation pour les populations civiles.Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine.

Le président français Emmanuel Macron a eu plusieurs entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Photo : Getty Images/Michel Euler

Or, au Canada, ajoute-t-il, on n’aime pas beaucoup avoir l’air de discuter avec [nos] rivaux parce qu’on se fait accuser de complaisance par nos adversaires politiques, qui utilisent la politique étrangère à des fins partisanes. Et c’est malheureux.

Justin Massie déplore entre autres le fait que les conservateurs aient demandé d’expulser l’ambassadeur russe qui se trouve à Ottawa — une très mauvaise idée, selon lui : Même les États-Unis ont des relations directes et privilégiées avec la Russie pour éviter des interprétations ou des mauvais calculs qui pourraient, peut-être, mener à une escalade militaire.

La présence d’une large communauté ukrainienne au Canada – la troisième au monde – et ce que Jocelyn Coulon appelle l’influence très importante du lobby ukrainien au sein du gouvernement Trudeau ont aussi contribué, d’après l’ex-conseiller, à une absence de communication avec le géant russe.Le contrôle de l’Arctique constitue un enjeu sur lequel la Russie et le Canada devront inévitablement dialoguer dans les années à venir, selon Jocelyn Coulon.

La mainmise sur l’Arctique constitue un enjeu à propos duquel la Russie et le Canada, qui contrôlent environ 75 % du territoire, devront inévitablement dialoguer dans les années à venir. Or, Jocelyn Coulon estime qu’en « ayant une relation très mauvaise avec les Russes », le Canada « se positionne mal pour défendre ses intérêts dans l’Arctique ». Photo: East2West

Peu de succès en affaires étrangères

Même si Justin Trudeau ne va rencontrer que des alliés au cours de ce voyage en Europe, Justin Massie reconnaît que le gouvernement fédéral a bien géré jusqu’à maintenant le dossier ukrainien, surtout par comparaison avec certains ratés commis en matière de politique étrangère.

Le politologue cite en exemple le voyage en Inde, mais aussi les 200 Casques bleus que le Canada n’a jamais déployés comme prévu, le retrait de ses troupes du Mali avant la date demandée par l’Organisation des Nations uniesONU, ou encore l’échec du gouvernement libéral à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

La politique étrangère de Justin Trudeau n’a pas eu beaucoup de succès, mis à part la négociation de l’Accord de libre-échange nord-américainALENA 2.0, le nouvel accord commercial avec les États-Unis signé sous Donald Trump, affirme M. Massie.

Les attentes dans ce conflit étaient donc assez basses d’après l’expert en sécurité internationale, encore plus après la crise des camionneurs qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa, où on a vu un premier ministre plutôt absent dans les premières semaines du conflit.

Là, conclut-il, on sent que Justin Trudeau est plus présent et que son gouvernement multiplie les annonces. L’image d’inaction qui colle parfois à la peau du premier ministre semble donc plus difficile, jusqu’à maintenant, à apposer à sa réponse au conflit ukrainien.

Avec Radio-Canada par Laurence Martin