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Porcelaine et vie brisées au Congo-Brazzaville de Marie-Léontine Tsibinda

avril 6, 2015
Photo: L’auteure Marie-Léontine Tsibinda (extrême gauche) et deux comédiennes

Photo: L’auteure Marie-Léontine Tsibinda (extrême gauche) et deux comédiennes

 

La paix et la joie de vivre n’étaient pas au programme le 15 mars lors de la lecture de la pièce La Porcelaine de Chine au studio du Théâtre français. En effet, l’œuvre de la Congolaise Marie-Léontine Tsibinda ne semble pas être de prime abord une ode aux relations hommes-femmes, mais plutôt un regard acerbe sur la guerre civile du 5 juin, qui martyrisa le pays pendant près de cinq mois.

Présentée dans le cadre de la Journée internationale de la femme, cette interprétation sollicitait cinq professionnels : l’auteure dans le rôle de la narratrice, la metteure en scène Sasha Dominique ainsi que les trois personnages de l’histoire Bazey, Bissy et Maya qui sont joués respectivement par Stéphie Mazunya, Marcel Joseph et Chloé San. Plus que de simples lecteurs, ces derniers offraient presque du théâtre avec une seule différence notable toutefois : le texte se trouvait face à eux, sur un pupitre, tandis que Mme Tsibinda était assise à un bureau.

Le récit s’attarde sur les violences physiques et psychologiques faites aux femmes qui sont, avec les enfants, les premières victimes de chaque conflit. Des méfaits infligés par des miliciens, mais également par des proches qui ont parfois du mal à comprendre les souffrances endurées. Aussi noire que la trame puisse paraître, elle se veut également optimiste sur certains aspects et montre l’importance d’intermédiaires bienveillants, comme celui joué par la bonne Maya entre les époux Bazey et Bissy. Cette servante apporte également avec elle un brin de légèreté, quelques traits d’humour, dans lesquels se reconnaît Marie-Léontine Tsibinda.

Plus que de la fiction, l’écrivaine retranscrit son émotion, sa peur et son combat intellectuel contre les forces barbares, qui ont été jusqu’à brûler sa maison en 2002.

« Lors des premières représentations, la police secrète du Congo avait dit aux organisateurs que c’était irresponsable, qu’ils auraient dû enlever des morceaux de la pièce. » Ces menaces n’ont pas empêché l’œuvre de se propager à l’international : « La pièce a été jouée à l’étranger, au Cameroun notamment, où elle a reçu bon accueil ».

La référence à la porcelaine est ici une métaphore, car l’histoire montre Maya qui brise continuellement la vaisselle faite de cette céramique fine. Elle symbolise la vie de ces femmes : « La porcelaine est abusée deux fois, elle est d’abord volée et vendue au marché noir puis elle est cassée par la bonne », commente la metteure en scène.

Après les 80 minutes que compte la lecture, la troupe s’est prêtée à une discussion avec les spectateurs. Douceur, tristesse et espoir se mêlaient dans la voix de Mme Tsibinda, qui semble encore porter les sévices de cette époque damnée. Les trois comédiens-lecteurs ont quant à eux démontré une véritable passion pour le texte et une maîtrise corporelle qui donnait véritablement de l’énergie aux différentes scènes.

Réalisé en partenariat avec Les Indisciplinés de Toronto, La Porcelaine de Chine est un mauvais rêve qui s’ouvre vers un avenir plein de promesses et démontre que malgré toutes les horreurs dont peut être victime le beau sexe, il sera toujours celui qui montrera le plus de force face à l’adversité.

 

LE METROPOLITAIN par Sylvain Charbit