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Épidémie de kidnappings à Haïti : une preuve de la « faillite de l’État »

octobre 18, 2021

 Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

© RALPH TEDY EROL/Reuters Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

L’enlèvement de 12 missionnaires et de 5 de leurs enfants à Ganthier, à l’est de la capitale Port-au-Prince, n’est que la plus récente preuve de la déliquescence de l’État haïtien, affirme la journaliste et autrice Emmelie Prophète.

On ne peut pas parler de la faiblesse de l’État, mais de la faillite de l’État. L’État haïtien a complètement perdu le contrôle du territoire», a fait valoir l’écrivaine, qui a récemment publié Les villages de Dieu, racontant la vie dans des bidonvilles transformés en zone de non-droit.

Selon elle, cette faillite s’est particulièrement mise en œuvre dans la foulée des élections de 2011, qui a donné lieu à une intervention grossière et visible des États-Unis pour imposer un président [Michel Martelly, NDLR] pour manipuler les élections».

Depuis lors, il y a un désordre permanent dans le pays, des protestations, beaucoup de bruit. L’État s’est enlisé entièrement», a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Tout un matin.

Ces bandes armées se financent de plus en plus par des enlèvements. Le Centre d’analyse et de recherche en droits de la personne, basé dans la capitale haïtienne, recense plus de 600 enlèvements lors des trois premiers trimestres de 2021, contre 231 à la même période en 2020.

La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

© Étienne Côté-Paluck/Radio-Canada La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

Il y a une industrialisation du crime. Il y a beaucoup de gens, des jeunes particulièrement, des quartiers défavorisés, qui ont des armes, et qui enlèvent des personnes au hasard dans les rues de Port-au-Prince», relate l’autrice haïtienne, qui vit elle-même dans la capitale.

Comme il n’y a pas de poursuite judiciaire – la police est incapable d’agir – ça continue, ça prend de l’ampleur, il y en a de plus en plus qui se lancent dans cette forme de criminalité très rentable », ajoute-t-elle. Les familles sont obligées de s’endetter très fortement pour payer les rançons pour faire libérer leurs proches. »

Mme Prophète raconte qu’un de ses collègues, le professeur d’université Patrice Derenencourt, a aussi été enlevé en plein jour samedi, à Port-au-Prince. Un policier qui a tenté de s’interposer a été abattu par les ravisseurs.

Ottawa confirme l’enlèvement d’un Canadien

Affaires mondiales Canada a confirmé lundi qu’un citoyen canadien fait partie du groupe de 17 personnes enlevées samedi. Ils ont ainsi confirmé l’information fournie en fin de semaine par Christian Aid Ministries, le groupe chrétien fondé par des communautés amish et mennonites qui dirigeait leur mission humanitaire.

Les représentants du gouvernement canadien en Haïti collaborent avec les autorités locales et fournissent une assistance consulaire», affirme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jason Kung, dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Le nom du Canadien enlevé n’a pas été dévoilé.

Le puissant gang 400 Mawozo montré du doigt

Selon Associated Press, un inspecteur de police, Frantz Champagne, a confirmé dimanche que le rapt des missionnaires est attribuable au puissant gang 400 Mawozo, dirigé par Joseph « Lanmou san jou » Wilson, qui contrôle le secteur de Ganthier.

Emmilie Prophète raconte que ce gang impose un couvre-feu à 18 h dans les zones qu’il contrôle, et qu’il a récemment kidnappé un policier sous prétexte qu’il n’avait pas respecté ce mot d’ordre. Peu après, un animateur de radio a livré un plaidoyer en sa faveur.

L’animateur demandait pardon au chef de ce gang, qui s’appelle « Lanmou san jou », lui disant de pardonner au policier qui était sorti après 18 h, […] de le libérer s’il vous plaît, parce qu’il n’a pas les moyens de payer une rançon quelconque.»

Donc, la police ne peut pas agir. La police n’a pas suffisamment de moyens. Les membres de gang sont mieux armés, ils ont plus argent, ils contrôlent entièrement des quartiers qui sont des châteaux forts, ou la police ne peut pas rentrer.»

Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu'il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

© Raynald K. Petit Frere/Reuters Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu’il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

Une autre manifestation de la puissante des bandes armées s’est produite dimanche, lorsque le premier ministre Ariel Henry n’a pu se rendre au Pont-Rouge, dans la capitale, pour commémorer le 215e anniversaire de l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines.

Le premier ministre a été repoussé, la police a été repoussée par les gangs, notamment le gang contrôlé par Barbecue [Jimmy Chérizier], qui dirige la fédération des gangs qui s’appelle G9.»

Peu après, on a vu des photos de Jimmy Chérizier, en costume blanc s’il vous plaît [comme le veut la tradition à cette occasion, NDLR], allant lui-même déposer la gerbe de fleurs sur la tombe de Dessalines. C’est vous dire.»

Avec CBC/Radio-Canada

À Port-au-Prince, la colère des Haïtiens expulsés des États-Unis

septembre 21, 2021

Avec TV5

Deux Américains d’origine haïtienne arrêtés relativement à l’assassinat du président

juillet 9, 2021

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Deux hommes que l’on croit être des Américains d’origine haïtienne – dont l’un serait un ancien garde du corps à l’ambassade du Canada à Port-au-Prince – ont été arrêtés relativement à l’assassinat du président haïtien, ont annoncé jeudi des responsables haïtiens.

© Fournis par La Presse Canadienne

James Solages et Joseph Vincent font partie des 17 suspects détenus en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse par des hommes armés à son domicile mercredi avant l’aube. Quinze d’entre eux sont originaires de Colombie, selon Léon Charles, chef de la Police nationale d’Haïti. Il a ajouté que trois autres suspects ont été tués par la police et huit autres sont en fuite. Léon Charles avait dit plus tôt que sept avaient été tués.

«Nous allons les traduire en justice», a-t-il déclaré alors que les 17 suspects étaient menottés au sol lors d’une conférence de presse jeudi soir.

Le suspect le plus âgé a 55 ans et le plus jeune, James Solages, a 35 ans, selon un document relayé par Mathias Pierre, ministre délégué chargé des élections.

Il n’a pas voulu donner plus de détails sur les antécédents de James Solages, ou le nom du deuxième Américain d’origine haïtienne. Le département d’État américain a déclaré qu’il était au courant d’informations selon lesquelles des Américains d’origine haïtienne étaient en détention, mais qu’il ne pouvait ni confirmer ni commenter.

James Solages s’est décrit comme un «agent diplomatique certifié», un défenseur des enfants et un politicien en herbe sur un site web pour un organisme de bienfaisance qu’il a créé en 2019 dans le sud de la Floride pour aider les résidents.

Sur sa page biographique pour l’organisme de bienfaisance, il a affirmé qu’il travaillait auparavant comme garde du corps à l’ambassade du Canada en Haïti. L’ambassade du Canada n’a pas immédiatement commenté; les appels à la fondation et aux associés de James Solages n’ont pas abouti ou n’ont pas obtenu de réponse.

Des témoins ont affirmé que deux suspects ont été découverts jeudi cachés dans des buissons à Port-au-Prince par une foule, dont certains ont attrapé les hommes par leurs chemises et pantalons en les poussant.

La police a arrêté les hommes, qui transpiraient abondamment et portaient des vêtements qui semblaient maculés de boue, selon un journaliste de l’Associated Press. Les agents les ont placés à l’arrière d’une camionnette et sont partis alors que la foule les poursuivait jusqu’au poste de police voisin.

Un homme a été entendu disant qu’il était inacceptable pour des étrangers de venir en Haïti pour tuer le dirigeant du pays, faisant référence aux informations relayées par des responsables haïtiens selon lesquelles les auteurs du meurtre parlaient espagnol ou anglais.

La foule a ensuite mis le feu à plusieurs voitures abandonnées criblées d’impacts de balles qui, selon certains, appartenaient aux suspects. Les voitures n’avaient pas de plaques d’immatriculation et à l’intérieur de l’une d’elles se trouvait une boîte vide de munitions et de l’eau.

Lors d’une conférence de presse jeudi, M. Charles, le chef de la police, a exhorté les gens à rester calmes et à laisser la police faire son travail en avertissant que les autorités avaient besoin de preuves qu’ils détruisaient, y compris les voitures incendiées.

Les responsables n’ont pas évoqué le motif du meurtre, affirmant seulement que l’attaque, condamnée par les principaux partis d’opposition d’Haïti et la communauté internationale, avait été perpétrée par un groupe fortement entraîné et lourdement armé.

Tout le monde n’endossait pas la description de l’attaque faite par le gouvernement. Lorsque le journaliste haïtien Robenson Geffrard, qui écrit pour un journal local et anime une émission de radio, a relayé sur Twitter un reportage sur les propos du chef de la police, il a suscité un flot de réponses exprimant son scepticisme. Beaucoup se sont demandé comment les assaillants sophistiqués décrits par la police pouvaient déjouer la sécurité du domicile de Jovenel Moïse, puis s’en échapper indemnes, pour être ensuite attrapés sans avoir su planifier leur fuite.

Pendant ce temps, un juge haïtien impliqué dans l’enquête a déclaré que le président Moïse avait été atteint d’une douzaine de balles et que son bureau et sa chambre avaient été saccagés, selon le journal haïtien «Le Nouvelliste». Le média a cité le juge Carl Henry Destin disant que les enquêteurs avaient trouvé des cartouches de 5,56 et 7,62 mm entre la guérite et à l’intérieur de la maison.

Par Evens Sanon, Dánica Coto et Joshua Goodman, The Associated Press