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Haïti sous tension

novembre 5, 2019
© Philippe Leblanc 

Depuis sept semaines, des manifestations spontanées paralysent le pays.

Chaque jour, des milliers de contestataires bloquent de nombreuses rues avec des pierres, des branches, des troncs d’arbres, des blocs de béton, des barrières de métal.

Tout ce qu’ils trouvent sert à paralyser la circulation et à empêcher le transport de marchandises vitales. Ils espèrent attiser la colère des citoyens pour forcer le président à démissionner.

Les manifestants ont cependant été moins nombreux dans les rues de Port-au-Prince depuis deux jours, ce qui a permis aux policiers de dégager des artères importantes et permettre à la circulation de reprendre.

Manifestations et violence

Le carrefour de l'aéroport a été rebaptisé Carrefour des résistants.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le carrefour de l’aéroport a été rebaptisé Carrefour des résistants.
Manifestations et routes bloquées ont aussi contribué à une hausse de la criminalité. Des brigands ont régulièrement profité de la présence de certains barrages routiers improvisés en périphérie de la capitale pour braquer ceux qui osaient s’y aventurer. On rapporte aussi quelques enlèvements.

La tension semble continuer de monter dans les rues de Port-au-Prince même si les manifestants étaient moins nombreux depuis quelques jours. Il suffit de s’arrêter quelques minutes au carrefour de l’aéroport rebaptisé Carrefour des résistants pour entendre une salve de coups de feu à quelques mètres de là.

Quelques instants plus tard, au Champ de mars, lieu de rassemblement traditionnel de jeunes pour discuter de politique et de la situation en Haïti, d’autres coups de feu retentissent. Ils semblent plus loin, à quelques coins de rue de là. La pétarade est plus longue et on ne sait pas si les tireurs avancent vers la place publique ou non. Mais les jeunes n’y prêtent aucune attention. Ils continuent de discuter entre eux comme si de rien n’était.

Du 15 au 30 septembre uniquement, le Réseau national de défense des droits humains, une ONG haïtienne, a recensé 17 morts et 189 blessés directement en lien avec les soulèvements populaires.

Un président qui incarne les maux affligeant Haïti

Étude Lobs explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Étude Lobs explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.
Étude Lobs a 53 ans, un sourire contagieux et un ferme désir de voir le président démissionner. Derrière les chaudrons de son stand de nourriture de rue, où elle sert du spaghetti et des omelettes dans un sandwich, elle explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.

Elle vit au quotidien les conséquences de l’inflation galopante de 17 % annuellement. Une douzaine d’œufs lui coûtait 200 gourdes haïtiennes (2,80 $) il y a deux ans et demi. La même boîte coûte aujourd’hui 300 gourdes (4,20 $).

Depuis que Jovenel Moïse est président, nous avons faim et nous manquons de nourriture, dit-elle. Il n’y a pas de travail. Les banques sont fermées. Les écoles aussi. Nos enfants souffrent, affirme Étude.

L’ONU estime que deux millions d’enfants sont privés d’école depuis des semaines en raison du soulèvement populaire et du désordre en Haïti. Étude Lobs a perdu la majeure partie de ses clients puisque son kiosque est situé à côté du Collège Canado-Haïtien.

Elle demeure néanmoins responsable de sa famille et de ses cinq enfants. Son fils de 27 ans, Christian, l’accompagne aujourd’hui. Il n’arrive pas à trouver du travail dans ce pays au taux de chômage avoisinant les 70 %.

Tant qu’à rester à la maison à ne rien faire, je l’amène ici avec moi pour qu’il m’aide, explique Étude.

Des promesses vides et brisées

Joël Célestin est adossé contre le mur tout près d’Étude et de son fils. Il ne se gêne pas pour intervenir lui aussi. Non seulement le président Moïse a-t-il appauvri les Haïtiens, dit-il, il leur a aussi fait des promesses mirobolantes qui ne se sont jamais réalisées, ce qui contribue à la méfiance envers les politiciens.

Aux élections présidentielles de 2016 [à laquelle le taux de participation n’était que de 21 %], il a promis du travail et de l’eau aux citoyens, affirme Joël. Il a aussi promis l’électricité 24 heures par jour, mais on n’a jamais eu ça. Il y a encore des pannes de courant rotatives.

Joël Célestin est artiste dans un pays où les citoyens se battent chaque jour pour leur survie. Penser vendre ses toiles en ce moment n’est tout simplement pas réaliste.

Radio-Canada.ca par Philippe Leblanc

Haïti: nouveaux pillages dans la capitale avant une grève de deux jours

juillet 8, 2018

Scènes de pillages à Port-au-Prince, le 7 juillet 2018 / © AFP / HECTOR RETAMAL

De nouveaux pillages se sont produits dimanche à Port-au-Prince, où les habitants tentaient de reprendre leurs activités après deux jours de violences déclenchées par l’annonce – depuis suspendue – d’une hausse importante des prix des carburants.

Les contestataires ont par ailleurs annoncé une grève générale de deux jours à compter de lundi, en exigeant le départ immédiat du président Jovenel Moïse.

Les pillages ont eu lieu au cœur de la capitale haïtienne, dans la commune de Delmas, ont rapporté des journalistes de l’AFP. En périphérie de Port-au-Prince, quelques groupes s’attelaient à construire de nouvelles barricades.

Près d’un des nombreux commerces pillés et incendiés, Alphonse Charles prend quelques photos de ce qui reste de sa voiture.

« J’accuse le coup mais c’est la réalité du pays: dès lors qu’on vit en Haïti on est fâché, frustré face à la façon dont les choses sont gérées par les politiciens », dit-il calmement devant la carcasse brûlée de son véhicule. « Je dois continuer à vivre, on ne va pas se laisser emporter pour ça seulement ».

Plusieurs compagnies aériennes comme American Airlines et Air France ont annulé leurs vols samedi et dimanche matin, avec possibilité de prolongation pour l’après-midi faute de personnel pouvant se déplacer pour assurer leurs services à l’aéroport Toussaint Louverture.

Malgré tout, les habitants essayaient de revenir à une vie normale.

Beaucoup de marchandes de fruits et légumes ont repris leur place sur les trottoirs et les taxis-motos étaient de retour à leurs carrefours habituels, même si les clients se faisaient rares. Quelques voitures tentaient de se frayer un passage au milieu des rues encore chargées de barricades.

Vendredi, les autorités avaient annoncé une augmentation des prix de l’essence de 38%, de celui du diesel de 47% et celui du kérosène de 51%, à compter du samedi 7 juillet à minuit.

Le nouveau cadre de référence entre le Fonds monétaire international (FMI) et Haïti, signé en février, impliquait la cessation de la subvention publique des produits pétroliers, source conséquente du déficit budgétaire de l’État.

L’annonce a déclenché des violences meurtrières et samedi après-midi, le Premier ministre Jack Guy Lafontant a annoncé la suspension de la mesure « jusqu’à nouvel ordre ».

Romandie.com avec(©AFP / 08 juillet 2018 17h28)

Haïti: incendie du marché historique de Port-au-Prince

février 13, 2018

Des haïtiens regardent les ravages d’un incendie qui a détruit le marché en fer à Port-au-Prince, le 13 février 2018 / © AFP / HECTOR RETAMAL

Le plus célèbre marché de la capitale haïtienne a été ravagé par un incendie dans la nuit de lundi à mardi, détruisant les denrées de dizaines de marchandes de Port-au-Prince plongées aujourd’hui dans l’incertitude à cause de l’absence de système d’assurance.

Pompiers professionnels et simples citoyens travaillaient encore, à la mi-journée mardi, à l’extinction de l’incendie qui a totalement consumé l’une des deux halles du Marché en Fer.

Regroupées sur la cour du marché, les commerçantes qui ont tout perdu s’inquiétaient pour leur avenir.

« Je venais de refaire mon stock, 10 marmites de djondjon (variété de champignons haïtiens) mais tout a brûlé », raconte Jacqueline Innocent qui estime sa perte à une valeur d’environ 100 dollars américains.

Les quantités et montants évoqués dans les conversations autour du marché incendié pouvaient paraître négligeables mais pour ces femmes qui travaillent sans aucune assurance et qui, pour la grande majorité, n’ont pas de compte bancaire sur lequel placer de l’épargne, l’incendie signe la perte de leur maigre fortune.

« Sans aide pour relancer mon commerce, je vais mourir sur mes deux pieds parce que je n’avais rien d’autre et, à mon âge, je ne peux pas faire un autre travail », a assuré Mme Innocent, qui, à 75 ans, a passé toute sa vie à travailler au Marché en Fer.

Devant les camions d’eau envoyés par des compagnies privées pour éteindre l’incendie, Marie-Yousselande Rémy ne parvenait pas à sécher ses larmes.

« Le petit bénéfice que je faisais ici au marché me permettait de payer l’université de mon fils aîné en République dominicaine. Aujourd’hui que vais-je lui dire? D’arrêter ses études et de rentrer ici pour finir sans travail comme moi? » s’interrogeait cette quinquagénaire.

Selon les riverains, l’incendie a débuté vers 02H00 du matin, depuis un tas d’ordures accumulé sur un terrain vague jouxtant l’édifice historique.

Construit à la fin du 19e siècle, le Marché en Fer avait été une première fois ravagé par un incendie en 2008. Détruit par le séisme en 2010, sa reconstruction avait été financée par la compagnie de télécommunications Digicel, sous la supervision de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), organisme haïtien de protection des bâtiments historiques.

L’investissement de 18 millions de dollars avait permis la reconstruction à l’identique du monument historique en moins d’un an.

Romandie.com avec(©AFP / 13 février 2018 22h53)                

Haïti: au moins 15 morts dans un accident au Carnaval à Port-au-Prince

février 17, 2015

Port-au-Prince – Au moins 15 personnes sont mortes électrocutées par un câble à haute tension dans la nuit de lundi à mardi à Port-au-Prince lors d’un accident survenu pendant le défilé du carnaval, a-t-on appris de source médicale haïtienne.

Jusqu’à présent, nous avons compté 15 morts. Nos équipes continuent de collecter des données dans les centres de soins, a déclaré à l’AFP le docteur Claude Suréna, responsable des secours dans le carnaval.

Un précédent bilan communiqué par Rotchild François, ministre haïtien des Communications, avait fait état de plus d’une dizaine de morts et d’une quarantaine de blessés.

L’accident s’est produit en pleine nuit, à 2H48 locales (7H48 GMT), au passage d’un char du défilé du carnaval qui transportait le groupe de rap très populaire Barikad Crew sur le Champ de Mars, au cœur de la capitale haïtienne, a précisé le ministre.

Un câble électrique à haute tension s’est rompu et a électrocuté les danseurs et les musiciens.

Un photographe de l’AFP qui s’est rendu à l’Hôpital général de Port-au-Prince a dit avoir vu de nombreux blessés aux urgences.

Romandie.com avec(©AFP / 17 février 2015 14h13)

Haïti: l’ancien dictateur Duvalier s’est présenté devant la justice

février 28, 2013
Photo Par Hector Retamal - L'ancien dictateur d'Haïti Jean-Claude Duvalier, visé par plusieurs plaintes d'anciens opposants, et qui avait refusé à trois reprises de comparaître devant la justice, s'est présenté jeudi devant une cour d'appel de Port-au-Prince
  • AFP/AFP/Archives – Photo Par Hector Retamal – L’ancien dictateur d’Haïti Jean-Claude Duvalier, visé par plusieurs plaintes d’anciens opposants, et qui avait refusé à trois reprises de comparaître devant la …plus  justice, s’est présenté jeudi devant une cour d’appel de Port-au-Prince  moins 

L’ancien dictateur d’Haïti Jean-Claude Duvalier, visé par plusieurs plaintes d’anciens opposants, et qui avait refusé à trois reprises de comparaître devant la justice, s’est présenté jeudi devant une cour d’appel de Port-au-Prince, a constaté un correspondant de l’AFP.

Costume sombre, chemise blanche, Jean-Claude Duvalier s’est assis dans la salle du tribunal avec sa compagne Véronique Roy.

A l’extérieur du bâtiment, plusieurs dizaines de personnes qui portaient des vêtements aux couleurs noir et rouge de l’ancien régime manifestaient en faveur de l’ancien dictateur, criant « Vive Duvalier ».

La salle d’audience était remplie, avec notamment des anciennes victimes venues pour témoigner.

M. Duvalier est visé par plusieurs plaintes pour arrestations arbitraires, tortures et détentions illégales. Le 21 février dernier, suite à sa troisième absence, le juge Jean-Joseph Lebrun avait délivré un mandat d’amener à l’encontre de « Baby Doc » Duvalier.

En janvier 2012, un an après son retour en Haïti suite à 25 ans d’exil en France, un juge d’instruction avait ordonné son renvoi devant un tribunal correctionnel pour détournements de fonds mais n’avait en revanche pas retenu les poursuites pour crimes contre l’humanité, estimant que les faits étaient prescrits.

Cette décision avait provoqué l’indignation des organisations de défense des droits de l’homme et des victimes qui avaient fait appel.

Mais les défenseurs de « Baby Doc », âgé de 61 ans, ont formé un pourvoi en cassation et estiment que la cour d’appel devant laquelle comparaissait « Baby Doc » jeudi est par conséquent « dessaisie » du dossier.

Le Collectif contre l’impunité, composé d’anciennes victimes de la dictature des Duvalier père et fils (1957-1986), a rappelé dans un communiqué qu’il avait demandé de « rouvrir une instruction digne de ce nom ».

« Sans cela, il n’y aura plus de cas Duvalier, vu que l’Etat pourrait agréer à l’abandon des poursuites pour délits financiers. Duvalier pourrait alors accéder aux fonds bloqués en Suisse », a-t-il prévenu.

AFP

Etonnants Voyageurs à Brazzaville, c’était comment?

février 22, 2013
 Marianne Payot était au Festival Etonnants voyageurs de Brazzaville du 13 au 17 février. En avant-première, elle nous fait partager son carnet d’étonnante voyageuse au pays des écrivains. 

Etonnants Voyageurs à Brazzaville, c'était comment?
Etonnants voyageurs à Brazzaville. Le public dans le jardin du Palais des Congrès.

Alors, Brazzaville? C’était comment? Pas de doute, la capitale du Congo suscite plus d’intérêt que Le Mans ou Montpellier – non pas que c’est ces deux dernières n’aient de charme, bien sûr. Bref, Brazzaville, le Congo, les Etonnants Voyageurs (E. V.) tout cela étonne ou irrite, surtout ceux qui n’y assistent pas. Pour avoir fait partie des – nombreux – privilégiés (et des – un peu moins nombreux – journalistes encore valides) du 1er Festival international du livre et du film de Brazzaville (du 13 au 17 février 2013), je vous propose un bref bilan de ces cinq jours. 

Sur le papier, l’entreprise pouvait faire peur. Beaucoup plus de médias qu’à Port-au-Prince, où les Etonnants Voyageurs avaient posé leur baluchon l’année dernière, pas mal de vedettes (l’armada de France Inter, Elisabeth Tchoungui, débarquée de France 2 et nouvelle résidente de France O, Laure Adler, Olivier Barrot, etc.) et de très nombreux écrivains programmés. Mais c’est là le miracle des E. V. de Michel Le Bris: les stars putatives rentrent toujours dans le rang. Surtout quand il fait 33 degrés à l’ombre et que les beaux atours du matin se transforment au fil des heures en habits de baroudeurs. 

Bref, côté ambiance, pas de problème, malgré les répartitions subtiles entre plusieurs hôtels (les « riches », soit les auteurs, quelques journalistes triés sur le volet et les organisateurs, dans l’ancien et très chic Méridien, et les « pauvres », soit tous les autres, dans des hôtels plus modestes). 

J’entends les impatients. « C’est bien beau tout ça, mais le bilan? » Le voici, totalement subjectif, bien sûr, et un rien impressionniste. 

Il est globalement positif, surtout pour une première édition, dont on perçoit, sur place, les difficultés, tant l’ambition était grande. Organisé à l’instar des E. V. de Saint-Malo, ce festival africain, mené par Michel Le Bris et Alain Mabanckou, a multiplié les débats, les genres (littérature, musique, lectures) et les lieux. Un casse-tête pour le festivalier qui n’a pas le don d’ubiquité. 

Un bémol, cependant, dans le choix des lieux. Ainsi, une grande partie des activités se déroulait au Palais des congrès qui fait aussi office de Parlement. Et qui dit Parlement, dit grilles, militaires, etc. Difficile de trouver endroit moins familier pour le Congolais qui ne navigue pas dans les eaux du pouvoir. D’où des amphis ou des auditoriums pas toujours remplis, si ce n’est par des lycéens emmenés par cars entiers. Pour voir les « vrais » gens, il fallait se rendre dans les autres spots du festival, à l’Institut français, au Bar le Congo Square, à l’école de peinture de Poto Poto, au centre Père Dubé, dans le quartier de Bacongo, là-même où les avenues bitumées laissent place à la terre des ruelles populaires… 

De belles rencontres. L’intérêt de ce genre de salon, c’est qu’on vit, quasiment 24 heures sur 24, au côté des écrivains. Qu’on peut donc les entendre soit débattre sérieusement, soit discuter allègrement, soit mastiquer leur poulet quotidien, soit siroter un dernier verre au bar de l’hôtel. A cette aune-là, le Congolais (de Kinshasa) Jean Bofane, celui de Brazzaville, Emmanuel Dongala, les Haïtiens Makenzy Orcel, Emmelie Prophete et Lyonel Trouillot, la Danoise Pia Petersen, et bien sûr, l’infatigable Alain Mabanckou, (virevoltant sans jamais donner l’impression d’une quelconque lassitude), n’étaient pas les derniers. Et quel plaisir de côtoyer les Belges (néerlandophones) David Van Reybrouck, auteur du formidable Congo. Une histoire (Actes Sud) et Lieve Joris, merveilleuse référence de la littérature de voyage. 

Au palmarès de l’émotion, on citera les Maliens Ousmane Diarra et Amkoullel, dont le débat autour du drame de leur pays fut de grande tenue, et on s’alarmera du sort du jeune rappeur admirateur d’Amadou Hampaté Ba, empêché de rentrer en France en raison d’obscures tracasseries administratives (sa demande de renouvellement de carte de séjour a été déposée à la préfecture, a priori acceptée, mais il ne peut rentrer en France avec son seul récépissé pour la récupérer!). Autres découvertes formidables : le jeune auteur gabonais de polar, Janis Otsiemi (Le Chasseur de lucioles, Jigal éditions), dont le bagout sorti tout droit de son bidonville de Libreville fait des merveilles ; la Nigériane Noo Saro-Wiwa, fille de son père Ken, martyr de la dictature de Sani Abacha (il fut pendu en 1995), dont la dignité et le talent (Transwonderland. Voyages au Nigeria, bientôt chez Hoëbeke, a été louée outre-Manche) forcent l’admiration ; et, dans un registre plus guilleret, l’étonnant Zao, qui, dans la pleine force de l’âge, a enflammé avec ses chansons (dont le merveilleux Ancien combattant), l’auditorium du Palais lors de la soirée musicale organisée par France Inter. Enfin, on félicitera la délicieuse Elizabeth Tchoungui, simple et souriante du début jusqu’à la fin du séjour. Comme quoi, la télé ne rend pas toujours fou. 

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à ouvrir le prochain numéro de L’Express, daté du 27 février. 

Lexpress.fr par Marianne Payot

L’ouragan Sandy laisse Haïti en proie à la famine et au choléra

novembre 1, 2012

  • 200.000 personnes ont dû être accueillies dans des hébergements d'urgence à cause des dégâts causés par Sandy.
    200.000 personnes ont dû être accueillies dans des hébergements d’urgence à cause des dégâts causés par Sandy. Crédits photo : Carl Juste/AP

    Les dégâts causés par l’ouragan Sandy laissent un grand nombre d’agriculteurs dans la plus grande insécurité alimentaire. Les ONG craignent aussi une recrudescence de l’épidémie de choléra.

    Alors qu’Haïti peine à se relever des dégâts occasionnés par le passage de la tempête Isaac en août dernier et du terrible tremblement de terre de janvier 2010, l’ouragan Sandy laisse lui aussi un lourd bilan pour l’île. Sandy s’est abattu sur Haïti la nuit du 24 octobre et a déversé en moins de 24 heures plus de 50 cm d’eau de pluie. L’ouest du pays a été le plus touché, dont Port-au-Prince.

    L’ouragan a causé inondations et glissements de terrain. Un bilan non définitif fait état de 51 morts, 18 blessés et 15 personnes portées disparues. 200.000 personnes ont dû être relogées. Derrière ces chiffres se cachent aussi les lourdes conséquences humaines des dégâts matériels.

    120 millions de dollars de pertes agricoles

    L’ouragan Sandy a en effet détruit 70% des récoltes dans le sud d’Haïti et causé de lourdes pertes de bétail, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. «Les pertes agricoles sont estimées à 120 millions de dollars», affirme Robenson Geffrard, journaliste au Nouvelliste, seul quotidien haïtien francophone. Des destructions qui viennent aggraver une situation alimentaire déjà explosive.

    «Les prix des biens de première nécessité continuent d’augmenter et de nombreuses manifestations contre la vie chère ont déjà eu lieu», poursuit Robenson Geffrard. Les manifestants ont défilé régulièrement ce mois-ci, dénonçant la flambée des prix. Selon le ministère de l’Agriculture, de nombreux agriculteurs pauvres, faute d’aide, n’auront tout simplement «rien à manger» à cause des dommages causés par la tempête. Les dégâts concernent notamment des cultures d’avocats, de fruits de l’arbre à pain, de maïs et de vétiver, une plante utilisée en parfumerie.

     

    Toutes les rivières de l'ouest du pays sont encore en crue.
    Toutes les rivières de l’ouest du pays sont encore en crue. Crédits photo : SWOAN PARKER/REUTERS

     

    Les inondations, polluant les réserves d’eau potable, viennent aussi favoriser le développement du choléra, épidémie qui sévit déjà sur l’île depuis deux ans. Depuis 2010, le choléra a touché 600.000 habitants dans le pays et fait plus de 7.400 morts, rapporte Le Monde . «Dans certains quartiers de Grand’Anse, les puits et les latrines ont été inondés par la pluie, ce qui facilite le développement de la maladie», assure Jean-Michel Vigreux, directeur de Care Haïti.

    Plus de 200 personnes ont déjà du être hospitalisées durant le week-end car infectées, s elon Le Nouvelliste . Un chiffre probablement en deçà de la réalité: une grande partie du réseau routier ayant été endommagée par Sandy, plusieurs villes sont coupées du pays. «Nos premières évaluations sanitaires sous-estiment sûrement la gravité de la situation», indique ainsi le responsable humanitaire.

    6 millions d’euros débloqués

    Pour faire face à ces dommages, le gouvernement a annoncé l’octroi de 350 millions de gourdes (6,3 millions d’euros) pour aider les régions affectées. Le président de la République, Michel Martelly, et le premier ministre, Laurent Lamothe, ont procédé, vendredi, à la distribution de kits alimentaires, rapporte encore Le Nouvelliste . Le gouvernement en a également appelé à l’aide internationale. Le Venezuela a déjà annoncé l’envoi de 240 tonnes de nourriture et de 530 tonnes de denrées non périssables. L’Union européenne a présenté dimanche ses condoléances aux populations touchées dans les Caraïbes par l’ouragan et s’est aussi dite prête à «soutenir les efforts de reconstruction» dans ces régions.

    Lefigaro.fr par Judith Duportail