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Canada: Justin Trudeau infecté par la COVID-19 pour une deuxième fois

juin 13, 2022
Portrait du premier ministre Justin Trudeau, la main au visage.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau (archives) Photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Justin Trudeau a annoncé lundi qu’il a été infecté par la COVID-19, mais qu’il se porte bien. C’est la deuxième fois depuis le début de l’année que le premier ministre du Canada est contaminé par le coronavirus.

J’ai un résultat positif à la COVID-19. Je vais suivre les consignes de santé publique et m’isoler. Je vais bien, et c’est grâce à mes vaccins, a écrit M. Trudeau sur Twitter lundi avant-midi.

Si ce n’est déjà fait, obtenez vos vaccins ou doses de rappel. Protégeons notre système de santé et protégeons-nous les uns les autres, a-t-il ajouté par la même occasion.

La semaine dernière, le premier ministre canadien était à Los Angeles, en Californie, à l’occasion du Sommet des Amériques.

Il y a rencontré le président américain, mais la Maison-Blanche a affirmé lundi que M. Biden n’était pas considéré comme un contact étroit de M. Trudeau.

Selon son itinéraire officiel, M. Trudeau a aussi rencontré lors du sommet la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, le premier ministre jamaïcain Andrew Holness et le président dominicain Luis Abinader.

M. Trudeau a été contaminé à la COVID-19 une première fois à la fin du mois de janvier, trois semaines après avoir reçu sa troisième dose d’un vaccin contre la maladie.

Sa femme, Sophie Grégoire, a contracté le coronavirus en mars 2020, au début de la pandémie, après un voyage au Royaume-Uni.

Radio-Canada avec les informations de Reuters

Australie : le Premier ministre Scott Morrison chassé du pouvoir

mai 21, 2022

Scott Morrison, Premier ministre depuis 2018, a reconnu sa défaite, samedi 21 mai. Son parti dirigeait le gouvernement australien depuis neuf ans.

Le Premier ministre Scott Morrison etait au pouvoir depuis aout 2018, il a ete battu en mai 2022. (illustration)
Le Premier ministre Scott Morrison était au pouvoir depuis août 2018, il a été battu en mai 2022. (illustration)© OLIVIER DOULIERY / AFP

La coalition conservatrice du Premier ministre Scott Morrison a perdu les élections législatives de ce samedi 21 mai en Australie, selon les projections publiées par les médias après le dépouillement d’environ la moitié des suffrages. Selon la chaîne de télévision nationale ABC, le Parti travailliste serait en bonne voie pour former le prochain gouvernement. Le gouvernement conservateur a été rejeté, notamment, à cause de son inaction contre le changement climatique.

Assez rapidement, le Premier ministre australien Scott Morrison a reconnu, samedi, sa défaite aux élections législatives. « Ce soir, j’ai parlé au chef de l’opposition et au nouveau Premier ministre, Anthony Albanese, et je l’ai félicité pour sa victoire électorale », a déclaré le futur ex-Premier ministre. Cette victoire des travaillistes met fin à neuf années de gouvernement conservateur. Selon des projections publiées par la chaîne ABC, après le dépouillement de la moitié des suffrages, le Parti travailliste emporte le plus grand nombre de députés à la Chambre des représentants. Avec seulement 72 sièges assurés jusqu’à présent, il n’était pas encore certain de décrocher la majorité absolue de 76 députés nécessaire pour former un gouvernement sans devoir se trouver un allié.

Quelque 17,2 millions d’électeurs étaient appelés à choisir les 151 sièges de la Chambre des représentants pour un mandat de trois ans. Quarante des 76 sièges du Sénat étaient également renouvelés pour six ans. Ces trois dernières années, l’Australie a été marquée par une série de catastrophes naturelles majeures et par la pandémie. Un contexte qui a poussé de nombreux Australien à choisir un nombre inhabituel de « petits » candidats pro-environnement qui pourraient détenir les clés du pouvoir.

Les petits candidats plébiscités

Le Parti vert et les candidats indépendants surnommés « teals » étaient en passe de conquérir une série de circonscriptions urbaines habituellement acquises aux candidats conservateurs. La plupart du temps, il s’agit de femmes hautement qualifiées prônant la défense de l’environnement, l’égalité des sexes et la lutte contre la corruption. « Les gens ont dit que la crise climatique est un sujet sur lequel ils veulent agir », a exulté Adam Bandt, leader du Parti vert. « Nous venons de connaître trois années de sécheresse, puis des incendies et maintenant des inondations et encore des inondations. Les gens peuvent le voir, c’est en train de se produire, c’est en train de s’aggraver », a-t-il ajouté.

Durant toute la campagne électorale, les idées politiques ont été reléguées au second plan. Les débats se focalisant plutôt sur les personnalités des candidats des deux partis principaux dans le pays : Scott Morrison et Anthony Albanese.

Les politiques procharbon du gouvernement conservateur ont sans doute été un moteur de ce rejet de Morrison. Dans le même temps, de nombreux jeunes doivent faire face à de grandes difficultés pour trouver un logement abordable. « J’ai grandi dans une communauté qui a été très fortement touchée par les incendies et les inondations au cours des cinq dernières années », a raconté dans un bureau de vote de Melbourne Jordan Neville, qui votait pour la première fois. « Si quelque chose pouvait être fait pour empêcher que cela se reproduise, ce serait incroyable. »

Scott Morrison, un bilan en demi-teinte

Durant la totalité de son mandat, Scott Morrison a résisté aux appels à réduire plus rapidement les émissions de carbone de l’Australie d’ici à 2030. De plus, il soutient sans réserve l’industrie du charbon, un des moteurs de l’économie du pays. À la traîne dans les sondages depuis un an, il s’est prévalu de la reprise économique et d’un taux de chômage actuellement au plus bas depuis 48 ans. Il a dépeint son rival travailliste comme un « électron libre » inapte à diriger l’économie. Problème, sa popularité personnalité était faible alors que des accusations de malhonnêteté le visaient ces dernières semaines.

Le jour du scrutin, le leader travailliste avait, quant à lui, demandé aux électeurs de donner à son parti de centre gauche « une chance » de diriger le pays, et exhorté les gens à rejeter un Premier ministre « clivant ». Le leader travailliste, lui-même décrit comme fade et peu inspirant, a mis l’accent dans les derniers jours de la campagne sur les manquements présumés de son adversaire conservateur. Les Australiens « veulent quelqu’un qui soit juste, quelqu’un qui admettra ses erreurs », a-t-il plaidé.

Un bilan fustigé jusqu’en France. Samedi, Jean-Yves Le Drian a expliqué que la défaite de Scott Morrison lui « convenait très bien », alors que se déroulait la passation des pouvoirs entre lui et Catherine Colonna. Une réaction qui intervient huit mois après que le Premier ministre australien a causé une intense brouille diplomatique avec Paris en cassant un mégacontrat de sous-marins français. « Les actes posés au moment où ils ont été posés étaient d’une brutalité et d’un cynisme, et je serais même tenté de dire d’une incompétence notoire », a-t-il poursuivi.

Le chemin est encore long pour les travaillistes

Par ailleurs, il s’est engagé durant la campagne à accélérer sur la lutte contre le changement climatique. Il souhaite également renforcer la participation des populations indigènes dans les politiques nationales. Enfin, il a promis d’aider les personnes confrontées à la flambée des prix en pleine inflation mondiale due, notamment, à la guerre en Ukraine.

Il pourrait maintenant, pour gouverner, devoir conclure des accords avec des candidats exigeant des mesures plus fermes en matière de climat, risquant ainsi de s’attirer l’ire des factions de son parti favorables au charbon et aux syndicats miniers.

Fraîchement réélu, Anthony Albanese veut changer diamétralement le positionnement de l’Australie quant à la question climatique. Il a promis de transformer son pays en « superpuissance » des énergies renouvelables. « Le peuple australien a voté pour le changement » en mettant fin à neuf ans de gouvernement conservateur, s’est-il félicité dans son discours de victoire. Il a annoncé qu’il participerait mardi au Japon en tant que nouveau Premier ministre australien, au sommet du Quad, une alliance stratégique informelle entre les États-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon.

Par Le Point avec AFP

Côte d’Ivoire : un nouveau gouvernement, mais peu de changements

avril 21, 2022

Au lendemain de sa reconduction à la primature, Patrick Achi a dévoilé la composition de son équipe. Le nombre de ministres est resserré, comme le souhaitait Alassane Ouattara, mais les titulaires des portefeuilles changent peu.

Patrick Achi au palais présidentiel, à Abidjan, le 10 juillet 2018.

Au lendemain de l’annonce de sa reconduction par Alassane Ouattara devant le Congrès réuni à Yamoussoukro, Patrick Achi a dévoilé, ce mercredi 20 avril, la composition de sa nouvelle équipe. Selon la déclaration lue par le secrétaire général de la présidence, Abdourahmane Cissé, celle-ci compte 32 ministres contre 37 dans le gouvernement précédent.

Resserrer l’exécutif était une priorité du président Ouattara, qui souhaite que le nouveau gouvernement mette l’accent sur les questions sociales et sécuritaires. Mais si le nombre de ministres a été revu à la baisse, les titulaires des portefeuilles sont, eux, bien connus.

De nombreux fidèles du chef de l’État ont en effet conservé un maroquin. Kandia Camara reste ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Diaspora. Téné Birahima Ouattara demeure à la Défense et le général Vagondo Diomandé à l’Intérieur et à la Sécurité. Kobenan Kouassi Ajoumani, nommé fin février porte-parole du parti au pouvoir, le RHDP, reste ministre d’État, ministre de l’Agriculture et du Développement durable.

Autres figures qui conservent leurs postes : Amadou Coulibaly, le ministre de la Communication et de l’Économie numérique, par ailleurs porte-parole du gouvernement, et Mamadou Touré, chargé de la Promotion de la jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique (il est aussi porte-parole adjoint du gouvernement).

Un Conseil des ministres dès ce jeudi

Parmi les changements à noter, Laurent Tchagba, ancien ministre de l’Hydraulique, remplace Alain Richard Donwahi aux Eaux et Forêts. Françoise Remarck remplace Arlette Badou N’Guessan Kouamé à la Culture. Mamadou Sangafowa Coulibaly fait quant à lui son entrée dans le gouvernement en tant que ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.

Le secrétaire général de la présidence a fait savoir que le premier conseil des ministres du nouveau gouvernement se tiendrait ce jeudi 21 avril. Cette annonce intervient une semaine après l’annonce de la démission du gouvernement, le 13 avril dernier.


La liste des Membres du Gouvernement :

1. Ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Diaspora, Madame Kandia Kamissoko Camara

2. Ministre d’Etat, ministre de la Défense, Monsieur Téné Birahima Ouattara

3. Ministre d’État, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Monsieur Kobenan Kouassi Adjoumani

4. Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Monsieur Jean Sansan Kambilé

5. Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, général Vagondo Diomandé

6. Ministre du Plan et du Développement, Madame Kaba Nialé

7. Ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, Monsieur Mamadou Sangafowa Coulibaly

8. Ministre de la Fonction publique, Madame Anne Désirée Ouloto

9. Ministre des Transports, Monsieur Amadou Koné

10. Ministre de l’Economie et des Finances, Monsieur Adama Coulibaly

11. Ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Monsieur Bruno Nabagné Koné

12. Ministre du Budget et du Portefeuille de l’État, Monsieur Moussa Sanogo

13. Ministre des Eaux et Forêts, Monsieur Laurent Chagba

14. Ministre de l’Equipement et de l’Entretien routier, Monsieur Amédé Koffi Kouakou

15. Ministre de l’Education nationale et de l’Alphabétisation, Madame Mariatou Koné

16. Ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME, Monsieur Souleymane Diarrassouba

17. Ministre de la Réconciliation et de la Cohésion nationale, Monsieur Bertin Konan Kouadio

18. Ministre des Sports, Monsieur Paulin Claude Danho

19. Ministre des Ressources animales et halieutiques, Monsieur Sidy Tiémoko Touré

20. Ministre de la Communication et de l’Economie numérique, Porte-parole du gouvernement, Monsieur Amadou Coulibaly

21. Ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Porte-parole adjoint du gouvernement, Monsieur Mamadou Touré

22. Ministre du Tourisme, Monsieur Siandou Fofana

23. Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Monsieur Adama Diawara

24. Ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture Maladie universelle, Monsieur Pierre Dimba

25. Ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité, Monsieur Bouaké Fofana

26. Ministre de la Promotion de la bonne Gouvernance et de la Lutte contre la Corruption, Monsieur Épiphane Zoro Ballo

27. Ministre de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Madame Myss Belmonde Dogo

28. Ministre de l’Emploi et de la Protection sociale, Monsieur Adama Kamara

29. Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Madame Nasseneba Touré

30. Ministre de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage, Monsieur Koffi N’Guessan

31. Ministre de la Culture et de la Francophonie, Madame Françoise Remarck

32. Ministre de l’Environnement et du Développement durable, Monsieur Jean-Luc Assi

Avec Jeune Afrique

Côte d’Ivoire : Patrick Achi reconduit à la primature, Tiémoko Meyliet Koné nommé vice-président

avril 19, 2022

Devant le Congrès réuni ce mardi à Yamoussoukro, Alassane Ouattara a annoncé la reconduction de Patrick Achi à la tête du gouvernement ivoirien et proposé la nomination de Tiémoko Meyliet Koné à la vice-présidence.

Alassane Ouattara et Patrick Achi, au palais présidentiel, le 7 avril 2021. © LEGNAN KOULA/EPA/MaxPPP

La dernière fois que le chef de l’État s’était exprimé devant le Congrès, c’était il y a deux ans. Devant les parlementaires, il avait alors annoncé qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle de 2020 et s’était engagé à transférer le pouvoir à une nouvelle génération. C’est dire si son discours sur l’état de la nation de ce mardi 19 avril était attendu.

L’adresse a duré environ une demi-heure et elle n’a pas déçu. Moins d’une semaine après avoir accepté la démission de Patrick Achi, Alassane Ouattara a d’abord annoncé qu’il le reconduisait dans ses fonctions de Premier ministre. L’homme sera chargé de conduire une équipe resserrée, d’une trentaine de membres – contre 41 dans le précédent gouvernement – et il n’aura pas le droit à l’erreur. Alassane Ouattara le lui a répété ce mardi devant le Congrès : « Monsieur le Premier ministre, vous avez reçu mes instructions en ce sens. »

Un technocrate fidèle à la vice-présidence

Ce ne sera donc pas la vice-présidence pour Achi, comme certaines rumeurs le disaient ces derniers temps à Yamoussoukro. Un autre fidèle d’Alassane Ouattara lui a été préféré à ce poste : Tiémoko Meyliet Koné. « Un technocrate hors pair, un brillant économiste et un homme compétent », a décrit le chef de l’État. Né en 1949 et originaire de Tafiré, ce Sénoufo a fait une grande partie de sa carrière au sein de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), où il a connu Alassane Ouattara. Depuis 2011, il en était le gouverneur.

Ancien directeur de cabinet de Guillaume Soro, alors Premier ministre, le gouverneur Koné a aussi un passé politique. Ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat, il devient brièvement, de décembre 2010 à mai 2011, le conseiller spécial du président ivoirien, chargé des questions économiques et financières, avant de prendre les commandes de l’institution monétaire ouest-africaine.

Avec Jeune Afrique

Canada: Au revoir les camionneurs, bonjour l’Europe

mars 6, 2022

Justin Trudeau entame dimanche un voyage de six jours au Royaume-Uni, en Lettonie, en Allemagne et en Pologne. Au cœur des discussions, bien sûr, la guerre en Ukraine — un conflit qui, malgré toutes ses horreurs, a permis au premier ministre canadien de tourner la page sur une crise domestique qui lui collait à la peau.

Justin Trudeau.

Le gouvernement Trudeau a multiplié les sanctions depuis l’invasion russe en Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

À 16 h 40, le mercredi 23 février, Justin Trudeau terminait un dernier point de presse sur la controversée Loi sur les mesures d’urgenceIl venait d’annoncer qu’il mettait fin à cette législation extraordinaire qui avait permis, disait-il, de chasser les camionneurs du centre-ville d’Ottawa.

L’invocation de la loi a encouragé certaines personnes à quitter [les lieux] et a permis aux forces de l’ordre de pouvoir en finir avec ces occupations, expliquait alors le premier ministre.

Cinq heures plus tard, une autre occupation débutait, celle-là beaucoup plus sanglante : Vladimir Poutine lançait ses troupes à l’assaut de l’Ukraine. La guerre était de retour en Europe.

En coulisses, plusieurs libéraux pensent que l’invasion russe et, surtout, la réponse canadienne coordonnée avec celle des alliés ont permis à Justin Trudeau de retrouver sa stature d’homme d’État.

L’enjeu des camionneurs, c’est complètement disparu des écrans radars, confie une source libérale, qui croit que pour beaucoup de gens, la guerre en Ukraine a mis les choses en perspective, entre autres sur ce que ça voulait dire, défendre la liberté.

Un sondage réalisé par la firme Research Co. à la fin de février montre que 52 % des Canadiens interrogés approuvent la réponse du premier ministre dans le dossier ukrainien.Trudeau entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand  et Chrystia Freeland.

Justin Trudeau, entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand et Chrystia Freeland, lors d’une annonce sur de nouvelles sanctions imposées à la Russie. Photo: The Canadian Press/Adrian Wyld

Même des personnes généralement critiques quant à la politique étrangère de Justin Trudeau reconnaissent que son gouvernement a bien agi jusqu’à maintenant.

Je pense que le gouvernement canadien a été à la hauteur de ce qui était demandé par les alliés, lance Jocelyn Coulon, au bout du fil. L’ancien conseiller de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait publié en 2018 Un selfie avec Justin Trudeau, un ouvrage dans lequel il reprochait au premier ministre son manque d’ambition sur le front diplomatique.

M. Coulon complimente aussi la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, qui a eu le ton juste dans les dernières semaines : On voit qu’elle a pris de l’assurance dans les dossiers de politique étrangère.

Le travail de la vice-première ministre a également été remarqué. Une source gouvernementale confirme d’ailleurs que Chrystia Freeland a joué un rôle clé dans les discussions auprès des alliés occidentaux, qui ont permis d’aboutir à l’imposition de sanctions contre la Banque centrale russe.

Dialoguer avec ses adversaires

Toutefois, si le Canada a commis un sans faute jusqu’à maintenant, sa réponse n’est pas pour autant suffisante, croit Jocelyn Coulon. Comme il le faisait déjà dans son livre, l’ex-conseiller reproche au gouvernement Trudeau de ne pas avoir entamé de dialogue direct avec la Russie.Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine reste intransigeant dans sa volonté de continuer la guerre en Ukraine. Photo : Getty Images/MikhaiI Klimentyev

Il n’y a eu, par exemple, aucune rencontre bilatérale entre Vladimir Poutine et Justin Trudeau depuis l’élection de celui-ci, en 2015. Or, dans les dernières années, tous les autres leaders du G7 se sont entretenus avec le président russe, souvent à plusieurs reprises, malgré leur désapprobation de l’invasion de la Crimée en 2014.

Il faut toujours parler non seulement à nos amis, mais aussi à nos adversaires, ajoute Jocelyn Coulon. C’est là que la diplomatie prend son sens.

Le professeur Justin Massie, expert en sécurité internationale à l’Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens : C’est important de dialoguer même avec ses ennemis, même quand on est en conflit. Il cite en exemple la démarche de la France dans les derniers jours, qui s’est démarquée par sa diplomatie pour tenter d’organiser un corridor humanitaire afin de sortir les personnes de Kiev.

Bien sûr, reconnaît M. Massie, la diplomatie a ses limites. Vladimir Poutine, malgré toutes les pressions des alliés, n’a montré aucun signe de retrait et poursuit sans vergogne ses bombardements contre les villes ukrainiennes. Il est cependant nécessaire, d’après le politologue, de garder le dialogue ouvert, ne serait-ce que pour tenter d’alléger la situation pour les populations civiles.Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine.

Le président français Emmanuel Macron a eu plusieurs entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Photo : Getty Images/Michel Euler

Or, au Canada, ajoute-t-il, on n’aime pas beaucoup avoir l’air de discuter avec [nos] rivaux parce qu’on se fait accuser de complaisance par nos adversaires politiques, qui utilisent la politique étrangère à des fins partisanes. Et c’est malheureux.

Justin Massie déplore entre autres le fait que les conservateurs aient demandé d’expulser l’ambassadeur russe qui se trouve à Ottawa — une très mauvaise idée, selon lui : Même les États-Unis ont des relations directes et privilégiées avec la Russie pour éviter des interprétations ou des mauvais calculs qui pourraient, peut-être, mener à une escalade militaire.

La présence d’une large communauté ukrainienne au Canada – la troisième au monde – et ce que Jocelyn Coulon appelle l’influence très importante du lobby ukrainien au sein du gouvernement Trudeau ont aussi contribué, d’après l’ex-conseiller, à une absence de communication avec le géant russe.Le contrôle de l’Arctique constitue un enjeu sur lequel la Russie et le Canada devront inévitablement dialoguer dans les années à venir, selon Jocelyn Coulon.

La mainmise sur l’Arctique constitue un enjeu à propos duquel la Russie et le Canada, qui contrôlent environ 75 % du territoire, devront inévitablement dialoguer dans les années à venir. Or, Jocelyn Coulon estime qu’en « ayant une relation très mauvaise avec les Russes », le Canada « se positionne mal pour défendre ses intérêts dans l’Arctique ». Photo: East2West

Peu de succès en affaires étrangères

Même si Justin Trudeau ne va rencontrer que des alliés au cours de ce voyage en Europe, Justin Massie reconnaît que le gouvernement fédéral a bien géré jusqu’à maintenant le dossier ukrainien, surtout par comparaison avec certains ratés commis en matière de politique étrangère.

Le politologue cite en exemple le voyage en Inde, mais aussi les 200 Casques bleus que le Canada n’a jamais déployés comme prévu, le retrait de ses troupes du Mali avant la date demandée par l’Organisation des Nations uniesONU, ou encore l’échec du gouvernement libéral à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

La politique étrangère de Justin Trudeau n’a pas eu beaucoup de succès, mis à part la négociation de l’Accord de libre-échange nord-américainALENA 2.0, le nouvel accord commercial avec les États-Unis signé sous Donald Trump, affirme M. Massie.

Les attentes dans ce conflit étaient donc assez basses d’après l’expert en sécurité internationale, encore plus après la crise des camionneurs qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa, où on a vu un premier ministre plutôt absent dans les premières semaines du conflit.

Là, conclut-il, on sent que Justin Trudeau est plus présent et que son gouvernement multiplie les annonces. L’image d’inaction qui colle parfois à la peau du premier ministre semble donc plus difficile, jusqu’à maintenant, à apposer à sa réponse au conflit ukrainien.

Avec Radio-Canada par Laurence Martin

Burkina Faso: qui est Albert Ouédraogo, le nouveau Premier ministre de Paul-Henri Damiba ?

mars 4, 2022
Albert Ouedraogo, nouveau Premier ministre du Burkina Faso © DR

Le président de la transition burkinabè a choisi un technocrate inconnu du grand public et sans réseau politique pour conduire le gouvernement.

Ces dernières semaines, les noms de plusieurs prétendants à la primature circulaient à Ouagadougou, mais c’est finalement un inconnu qui a été choisi par Paul-Henri Sandaogoa Damiba. Jeudi 3 mars, le président de la transition a nommé Albert Ouédraogo, 53 ans, Premier ministre du Burkina Faso.

Ce natif de Dori, dans la région du Sahel, a fait carrière dans le secteur privé et s’est spécialisé dans le conseil aux entreprises, les audits et l’élaboration des plans d’affaires. Il était jusqu’à sa nomination le dirigeant d’une société nommée IPSO Conseils et enseignait parallèlement la comptabilité à l’université de Ouagadougou et dans des écoles supérieures privées comme l’université Aube Nouvelle. Selon la présidence du Faso, Albert Ouédraogo dispose d’une solide expérience dans le domaine du management des administrations publiques, des projets de développement et des entreprises privées. Cet ancien élève du Prytanée militaire de Kadiogo (promotion 1981) est un proche de l’ancien premier président de la Banque ouest-africaine de développement, Pierre Claver Damiba, l’oncle du chef de la junte.

Novice en politique

Il est à parier que ce lien a pesé dans la balance. En effet, contrairement à ses prédécesseurs, Christophe Dabiré, Premier ministre de 2019 à 2021, qui connaissait les rouages de l’administration et de la politique, ou à Lassina Zerbo, dernier chef de gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, doté d’un solide réseau à l’international, Albert Ouédraogo semble novice en politique.

LE GOUVERNEMENT QUI DOIT ÊTRE NOMMÉ COMPTERA 25 MINISTRES

Ce technicien n’a d’ailleurs pas d’accointances politiques connues. Son principal fait d’armes remonte à 1990 : lors des longues grèves étudiantes, il fut, en tant que membre de l’Association des étudiantes burkinabè (Aneb) l’un des leaders de la mobilisation de la section Essec (Sciences économiques et de gestion) de l’université de Ouagadougou. Malgré ses qualités d’étudiant brillant, cela lui valut une exclusion.

Alors que Paul-Henri Sandaogo Damiba fait ses premier pas comme président de la transition, officiellement investi, le choix de ce Premier ministre peu connu et technocrate donne une première orientation. La nomination des membres du gouvernement, qui doit compter 25 ministres, sera scrutée.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Ariel Henry, Premier ministre haïtien à la part d’ombre grandissante

février 8, 2022
Ariel Henry, Premier ministre haitien a la part d'ombre grandissante
Ariel Henry, Premier ministre haïtien à la part d’ombre grandissante© AFP/Valerie Baeriswyl

Médecin réputé mais responsable politique critiqué, Ariel Henry s’est emparé des rênes du pouvoir en Haïti après l’assassinat il y a sept mois du président Jovenel Moïse. Aujourd’hui le Premier ministre s’accroche à son poste malgré les soupçons qui le lient à cet attentat.

Agé de 72 ans, Ariel Henry s’est fait un nom en Haïti au fil de son parcours professionnel de neurologue. Après des études de médecine à l’université française de Montpellier, il prend la tête du service de neurochirurgie d’un des hôpitaux privés les plus réputés d’Haïti.

Enseignant dans les universités d’Etat de la capitale Port-au-Prince, Ariel Henry n’embrasse que tardivement une carrière politique.

En janvier 2015, le chef de l’Etat Michel Martelly le nomme ministre de l’Intérieur, un poste qu’il occupe moins de huit mois.

Après un changement à la tête du gouvernement en septembre 2015, il prend le portefeuille des Affaires sociales et du Travail pour un peu plus de six mois, avant de quitter la scène politique plus de cinq années.

En juillet 2021, il fait son retour quand le président Jovenel Moïse le choisit comme son septième Premier ministre.

« Tapage orchestré »

Mais deux jours seulement après cette nomination, le 7 juillet, Jovenel Moïse est assassiné dans sa résidence privée par un commando armé composé d’anciens militaires colombiens.

L’attentat plonge le pays, déjà fragile sur le plan politique, dans une confusion totale, au détriment d’Ariel Henry qui n’avait pas eu le temps de prendre officiellement ses fonctions.

Après deux semaines de flou et sous la pression des ambassades étrangères, il est finalement installé à la tête du gouvernement, souffrant déjà d’un déficit de légitimité.

L’enquête sur l’assassinat du président va accroître la défiance à son égard: la nuit du meurtre, Ariel Henry a eu plusieurs appels téléphoniques avec l’un des principaux suspects.

Face à ces accusations, il fustige un « tapage orchestré au niveau national et international autour des conversations téléphoniques », et dénonce une « diversion ».

S’il n’a pas nié avoir eu des échanges avec Joseph Félix Badio, qui aurait été géolocalisé deux heures après le meurtre dans le quartier où se trouve la résidence de Jovenel Moïse, Ariel Henry annonce qu’il lui est difficile de se rappeler les noms de tous ceux l’ayant appelé et la nature des conversations qu’il avait eues ce jour-là.

Mainmise des gangs

Alors que la société civile et une partie de l’opposition politique peinent à s’entendre pour offrir une alternative, le Premier ministre conserve le contrôle de l’Etat, sans grands résultats face aux crises qui secouent le pays.

Bien avant la mort du président Jovenel Moïse, les gangs avaient étendu leur mainmise sur le territoire haïtien, multipliant détournements de marchandises et enlèvements crapuleux.

Contrôlant une large partie de Port-au-Prince, et rendant impossible le transport routier sécurisé vers toute la moitié sud du pays, les bandes armées empêchent l’accès aux bureaux de la Primature: c’est depuis sa résidence officielle qu’Ariel Henry organise réunions et conseils du gouvernement.

Le 1er janvier, le Premier ministre a même été contraint de fuir, sous des rafales de tirs, la cérémonie de la fête nationale organisée dans la ville des Gonaïves.

Soupçons du juge

Cette « tentative d’assassinat », qu’il dénonce avec fermeté, n’empêche pas Ariel Henry de garder son agenda politique, similaire à celui de feu Jovenel Moïse, à savoir l’organisation d’élections et l’adoption d’une nouvelle constitution.

Sans assise populaire et contesté, le Premier ministre bénéficie encore du soutien de la communauté internationale, qui prêche cependant depuis l’assassinat de Jovenel Moïse pour une entente entre tous les acteurs de la scène politique.

Le 7 février aurait dû être jour de passation du pouvoir présidentiel. En fait, Haïti entame, avec Ariel Henry à sa tête, le quatrième régime de transition de l’histoire de sa jeune démocratie, née à la suite de la chute de la dictature des Duvalier en 1986.

Mais les doutes grandissants quant à son éventuelle implication dans l’attentat contre le président Moïse fragilisent la position déjà précaire du dirigeant.

Dans un document audio révélé par CNN et circulant mardi sur les réseaux sociaux, on entend un homme, identifié par de nombreux Haïtiens crédibles comme le juge qui était en charge de l’instruction du dossier (avant d’être écarté en raison d’accusations de corruption), parler des relations d’Ariel Henry « avec le moteur, l’initiateur de l’assassinat qui est son ami et qui a planifié avec lui, le jour de l’assassinat ».

Avec Jeune Afrique avec AFP

Congo-Disparition : la République rend un dernier hommage à Clément Mouamba

janvier 25, 2022

En présence des corps constitués nationaux et diplomatiques, le président de la République, Denis Sassou N’Guesso, s’est incliné devant la mémoire de l’ancien Premier ministre, Clément Mouamba (2016-2021) qui sera inhumé ce 26 janvier à Sibiti, chef-lieu du département de la Lékoumou.

Le couple présidentiel rendant un dernier hommage à Clément Mouamba

« Un esprit consensuel et apaisant, chantre de la non-violence, un sens du compromis qui lui fait détester les conflits et les rivalités, Clément Mouamba a servi la République jusqu’au dernier jour de sa vie », a déclaré le secrétaire permanent de la Task force des politiques économiques et sociales, Rigobert Maboundou, donnant lecture de l’oraison funèbre d’une voix chargée d’émotion. Celui-ci fut, en effet, un des étudiants de l’illustre disparu dont il a par ailleurs été directeur de cabinet à la Primature.

L’ancien Premier ministre, Clément Mouamba, avait rendu l’âme le 29 octobre 2021 à Paris, en France, victime de la covid-19. La pandémie qu’il s’était pourtant engagé à combattre, quand il exerçait les fonctions de chef du gouvernement, a finalement eu raison de lui à l’âge de 78 ans. Le 25 janvier, en début de matinée, avant que la nation ne lui rende un dernier hommage, le Parti congolais du travail (PCT) lui a témoigné sa gratitude pour les services rendus à la nation dans une cérémonie solennelle présidée par le secrétaire général de ce parti, Pierre Moussa, en présence de nombreux responsables des formations politiques alliées, membres de la majorité présidentielle.

Parcours

La densité intellectuelle de l’illustre disparu a commencé à se constituer à l’école catholique de Moussounda où il a fait ses études primaires et secondaires, avant d’accéder au lycée technique 1er mai à Brazzaville. Clément Mouamba a ensuite obtenu une bourse pour la France où il a décroché un doctorat en sciences économiques. La Banque des Etats de l’Afrique centrale est l’institution au sein de laquelle il a passé nombre d’années de sa vie professionnelle.

De 1975-1979, il est conseiller économique du Premier ministre Henri Lopes ; de 1979-1983 Clément Mouamba a assumé les mêmes fonctions auprès du Premier ministre Louis Sylvain Ngoma. 1983-1992, il est conseiller économique et financier du président Denis Sassou N’Guesso. De septembre 1992 à juin 1993, Clément Mouamba a assumé les fonctions de ministre des Finances.

Sa longue carrière politique, faite de marxisme puis de social-démocratie, l’a conduit au PCT, sous le monopartisme, puis à l’Union panafricaine pour la démocratie sociale. Il est par la suite retourné au PCT, où il a été membre du bureau politique jusqu’à sa mort.  Le 23 avril 2016, Clément Mouamba est nommé Premier ministre, chef du gouvernement. Le tout premier de la nouvelle République après le référendum constitutionnel de 2015.

Son inhumation à Sibiti, où il est né le 13 novembre 1943, est un choix testamentaire pour son repos éternel sur la terre de ses ancêtres.

Avec Adiac-Congo par Rominique Makaya

Soudan : Abdallah Hamdock jette l’éponge

janvier 3, 2022
Abdallah Hamdok à Khartoum, au Soudan, le 24 août 2019. © MOHAMED NURELDIN ABDALLAH/REUTERS

Moins de deux mois après être revenu au pouvoir, le Premier ministre a annoncé sa démission. Il a dit avoir « tout tenté » pour son pays, mais a reconnu avoir échoué. Depuis le putsch d’octobre, la répression des manifestations a fait près de 60 morts.

Ce dimanche 2 janvier, alors qu’il était revenu au pouvoir dans le cadre d’un accord politique conclu avec les militaires moins de deux mois plus tôt, Abdallah Hamdok a annoncé qu’il quittait ses fonctions de Premier ministre.

Ces derniers jours, la rumeur n’avait cessé d’enfler, la presse locale assurant même qu’il ne se présentait plus à son bureau. Lors d’une longue intervention sur les ondes de la télévision d’État, il a dit avoir tout tenté mais échoué à mener à bien sa mission.

Tournant dangereux

« J’ai essayé d’empêcher [le Soudan] de glisser vers la catastrophe, alors qu’aujourd’hui il traverse un tournant dangereux qui menace sa survie […] au vu de la fragmentation des forces politiques et des conflits entre les composantes de la transition, a-t-il argué. Malgré tout ce qui a été fait pour parvenir à un consensus, […] cela ne s’est pas produit. »

Les positions des civils et des militaires sont trop irréconciliables pour qu’un « consensus » vienne « mettre fin à l’effusion de sang », a-t-il encore ajouté.

Cet ancien économiste onusien, qui avait obtenu l’effacement de la dette du Soudan et la fin de son isolement sur la scène internationale, n’a pas connu de répit depuis le coup d’État du 25 octobre 2021. 

Ce jour-là, son principal partenaire, le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, l’avait fait placer en résidence surveillée. Et avec lui, la quasi-totalité des civils des autorités de transition, rompant brutalement l’attelage baroque constitué en 2019, au lendemain de la chute du président Omar el-Béchir.

À l’époque, généraux et civils s’étaient entendus sur un calendrier de transition qui prévoyait une remise de la totalité du pouvoir aux civils et l’organisation d’élections libres en 2023. Mais le 25 octobre dernier, le général Burhane a rebattu les cartes : il a prolongé de deux ans son mandat à la tête du pays, puis réinstallé un mois plus tard Abdallah Hamdok dans ses fonctions, non sans avoir préalablement écarté nombre de responsables qui comptaient parmi les partisans les plus actifs d’un pouvoir civil, notamment au sein du Conseil de souveraineté.

« Traître »

Abdallah Hamdok était depuis perçu par la rue comme le « traître » qui aidait les militaires à « faciliter le retour de l’ancien régime ».

Depuis le putsch, 57 manifestants ont été tués et des centaines d’autres blessés. Ce dimanche, dans un ballet désormais rodé, les autorités ont une nouvelle fois tenté d’étouffer la mobilisation. Des milliers de Soudanais étaient sortis dans les rues et les forces de sécurité ont tué deux personnes.

La ville de Khartoum est depuis plusieurs jours coupée de ses banlieues par des containers placés en travers des ponts situés sur le Nil. Sur les principaux axes, les forces de sécurité, juchées sur des blindés armés de mitrailleuses lourdes, surveillent les passants.

LES MANIFESTANTS APPELLENT À FAIRE DE 2022 « L’ANNÉE DE LA POURSUITE DE LA RÉSISTANCE »

Toute l’après-midi ce dimanche, les partisans d’un pouvoir civil ont scandé des slogans hostiles aux militaires (« Les militaires à la caserne », « Le pouvoir au peuple »), tandis que des jeunes à motos sillonnaient la foule en évacuant les blessés, puisqu’à chaque mobilisation les ambulances sont bloquées par les forces de sécurité.

Les manifestants appellent à faire de 2022 « l’année de la poursuite de la résistance », réclamant justice pour ceux qui ont été tués depuis le putsch, mais aussi pour les plus de 250 civils abattus lors de la « révolution » de 2019.

Internet coupé

Outre les morts et la coupure du téléphone et d’internet, les forces de sécurité sont également accusées d’avoir eu recours en décembre à un nouvel outil de répression : le viol. Au moins 13 manifestantes ont été agressées, selon l’ONU.

Chaque jour et dans chaque quartier, des comités de résistance, petits groupes qui organisent les manifestations, annoncent par ailleurs de nouvelles arrestations ou disparitions dans leurs rangs.

LES MANIFESTATIONS NE SONT QU’UNE PERTE D’ÉNERGIE ET DE TEMPS

Les militaires paraissent pour l’instant sourds à la contestation. Un conseiller du général Burhane a affirmé vendredi que « les manifestations ne sont qu’une perte d’énergie et de temps » qui ne mènera « à aucune solution politique ».

Les Européens ont déjà exprimé leur indignation, de même que le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et les Nations unies. Tous plaident pour un retour au dialogue comme préalable à la reprise de l’aide internationale, coupée après le dernier putsch.

Antony Blinken a prévenu que les États-Unis étaient « prêts à répondre à tous ceux qui cherchent à empêcher les Soudanais de poursuivre leur quête d’un gouvernement civil et démocratique ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : le scientifique Lassina Zerbo nommé Premier ministre

décembre 11, 2021
Lassina Zerbo (ici en 2015) a été nommé Premier ministre du Burkina Faso le 10 décembre 2021. © Creative Commons / Wikimedia / Simonis

Ce géophysicien de 58 ans, évoluant à la lisière entre la science et la diplomatie, a été nommé vendredi 10 décembre en remplacement de Christophe Dabiré. Peu connu du grand public, il a de nombreux réseaux politiques.

Quelques minutes après l’allocution du président Roch Marc Christian Kaboré à la télévision publique appelant à célébrer le 61è anniversaire du pays dans la sobriété, le nom du nouveau Premier ministre a été dévoilé, vendredi 10 décembre. Au lendemain de la démission de Christophe Marie Dabiré, c’est Lassina Zerbo qui a été nommé. Un choix surprise : celui d’un fonctionnaire international de 58 ans, spécialisé en sciences mais ni en économie ni dans les questions militaires.

Ce diplômé de géophysique à l’université de Paris XI en France travaillait jusqu’ici à la Commission Préparatoire du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), un poste à la lisière entre sciences et diplomatie. Basé à Vienne, il résidait d’ailleurs depuis plusieurs semaines à Ouagadougou pour y organiser une vaste conférence internationale, finalement reportée sine die.

Bons réseaux politiques

Peu connu par grand public, il l’est en revanche du milieu politique, au sein duquel il n’hésitait pas à dévoiler ses ambitions. Soutenu par Djibrill Bassolé, ministre des affaires étrangères sous Blaise Compaoré, le nouveau Premier ministre possède de bons réseaux qui transcendent les clivages politiques, selon un observateur avisé. Il était reçu par le président burkinabè à chacun de ses séjours à Ouagadougou.

« Nous souhaitions que le Premier ministre ne soit pas un membre de la diaspora, mais il a été difficile de trouver la personnalité adéquate. Il nous fallait un Premier ministre avec de l’envergure pour gérer les égos. Donc le chef de l’État a tranché en faveur de Lassina Zerbo », glisse sous couvert de l’anonymat un cadre du parti présidentiel.

Crise politique et sécuritaire

La tâche du nouveau locataire de la Primature s’annonce ardue. Outre la composition de son équipe, il va devoir faire face à une crise sécuritaire, politique et sociale. Après l’attaque d’Inata lors de laquelle 53 gendarmes ont été tués, dimanche 14 novembre, des manifestations d’ampleur ont eu lieu contre le pouvoir, accusé d’être impuissant face aux terroristes. Des protestations qui ont sans doute précipité la démission de Christophe Dabiré.

Confronté depuis cinq ans à la violence des groupes terroristes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique et à l’État islamique, le Burkina Faso connaît une grave dégradation de sa situation sécuritaire. Alors que le Nord et l’Est du pays étaient déjà fragilisés, un nouveau front s’est ouvert au Sud-ouest, dans la région frontalière de la Côte d’Ivoire. 

Depuis 2015, les exactions causées par les groupes jihadistes ont fait plus de 2 000 morts (dont 400 soldats) et contraint plus d’1,4 million de personnes à fuir de chez elles. « Nos concitoyens se posent des questions. Nous devons les rassurer et leur montrer que nous sommes capables de défendre notre pays », a déclaré le président Kaboré le 10 décembre.

Enfin, le gouvernement Zerbo devra également relancer l’économie. À commencer par convaincre la communauté des investisseurs d’aider au financement du méga-plan de développement 2021-2025.

Ce nouveau référentiel de développement doit être financé à 63 % via la mobilisation de ressources propres, les 37 % restants devant venir de financements extérieurs et/ou innovants. Un quart de ces financements extérieurs (environ 2,1 milliards d’euros) ont déjà fait l’objet d’accords avec les partenaires du développement. Il reste encore 6,4 milliards d’euros à trouver.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou