Posts Tagged ‘Premier ministre’

Soudan : Abdallah Hamdock jette l’éponge

janvier 3, 2022
Abdallah Hamdok à Khartoum, au Soudan, le 24 août 2019. © MOHAMED NURELDIN ABDALLAH/REUTERS

Moins de deux mois après être revenu au pouvoir, le Premier ministre a annoncé sa démission. Il a dit avoir « tout tenté » pour son pays, mais a reconnu avoir échoué. Depuis le putsch d’octobre, la répression des manifestations a fait près de 60 morts.

Ce dimanche 2 janvier, alors qu’il était revenu au pouvoir dans le cadre d’un accord politique conclu avec les militaires moins de deux mois plus tôt, Abdallah Hamdok a annoncé qu’il quittait ses fonctions de Premier ministre.

Ces derniers jours, la rumeur n’avait cessé d’enfler, la presse locale assurant même qu’il ne se présentait plus à son bureau. Lors d’une longue intervention sur les ondes de la télévision d’État, il a dit avoir tout tenté mais échoué à mener à bien sa mission.

Tournant dangereux

« J’ai essayé d’empêcher [le Soudan] de glisser vers la catastrophe, alors qu’aujourd’hui il traverse un tournant dangereux qui menace sa survie […] au vu de la fragmentation des forces politiques et des conflits entre les composantes de la transition, a-t-il argué. Malgré tout ce qui a été fait pour parvenir à un consensus, […] cela ne s’est pas produit. »

Les positions des civils et des militaires sont trop irréconciliables pour qu’un « consensus » vienne « mettre fin à l’effusion de sang », a-t-il encore ajouté.

Cet ancien économiste onusien, qui avait obtenu l’effacement de la dette du Soudan et la fin de son isolement sur la scène internationale, n’a pas connu de répit depuis le coup d’État du 25 octobre 2021. 

Ce jour-là, son principal partenaire, le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, l’avait fait placer en résidence surveillée. Et avec lui, la quasi-totalité des civils des autorités de transition, rompant brutalement l’attelage baroque constitué en 2019, au lendemain de la chute du président Omar el-Béchir.

À l’époque, généraux et civils s’étaient entendus sur un calendrier de transition qui prévoyait une remise de la totalité du pouvoir aux civils et l’organisation d’élections libres en 2023. Mais le 25 octobre dernier, le général Burhane a rebattu les cartes : il a prolongé de deux ans son mandat à la tête du pays, puis réinstallé un mois plus tard Abdallah Hamdok dans ses fonctions, non sans avoir préalablement écarté nombre de responsables qui comptaient parmi les partisans les plus actifs d’un pouvoir civil, notamment au sein du Conseil de souveraineté.

« Traître »

Abdallah Hamdok était depuis perçu par la rue comme le « traître » qui aidait les militaires à « faciliter le retour de l’ancien régime ».

Depuis le putsch, 57 manifestants ont été tués et des centaines d’autres blessés. Ce dimanche, dans un ballet désormais rodé, les autorités ont une nouvelle fois tenté d’étouffer la mobilisation. Des milliers de Soudanais étaient sortis dans les rues et les forces de sécurité ont tué deux personnes.

La ville de Khartoum est depuis plusieurs jours coupée de ses banlieues par des containers placés en travers des ponts situés sur le Nil. Sur les principaux axes, les forces de sécurité, juchées sur des blindés armés de mitrailleuses lourdes, surveillent les passants.

LES MANIFESTANTS APPELLENT À FAIRE DE 2022 « L’ANNÉE DE LA POURSUITE DE LA RÉSISTANCE »

Toute l’après-midi ce dimanche, les partisans d’un pouvoir civil ont scandé des slogans hostiles aux militaires (« Les militaires à la caserne », « Le pouvoir au peuple »), tandis que des jeunes à motos sillonnaient la foule en évacuant les blessés, puisqu’à chaque mobilisation les ambulances sont bloquées par les forces de sécurité.

Les manifestants appellent à faire de 2022 « l’année de la poursuite de la résistance », réclamant justice pour ceux qui ont été tués depuis le putsch, mais aussi pour les plus de 250 civils abattus lors de la « révolution » de 2019.

Internet coupé

Outre les morts et la coupure du téléphone et d’internet, les forces de sécurité sont également accusées d’avoir eu recours en décembre à un nouvel outil de répression : le viol. Au moins 13 manifestantes ont été agressées, selon l’ONU.

Chaque jour et dans chaque quartier, des comités de résistance, petits groupes qui organisent les manifestations, annoncent par ailleurs de nouvelles arrestations ou disparitions dans leurs rangs.

LES MANIFESTATIONS NE SONT QU’UNE PERTE D’ÉNERGIE ET DE TEMPS

Les militaires paraissent pour l’instant sourds à la contestation. Un conseiller du général Burhane a affirmé vendredi que « les manifestations ne sont qu’une perte d’énergie et de temps » qui ne mènera « à aucune solution politique ».

Les Européens ont déjà exprimé leur indignation, de même que le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et les Nations unies. Tous plaident pour un retour au dialogue comme préalable à la reprise de l’aide internationale, coupée après le dernier putsch.

Antony Blinken a prévenu que les États-Unis étaient « prêts à répondre à tous ceux qui cherchent à empêcher les Soudanais de poursuivre leur quête d’un gouvernement civil et démocratique ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : le scientifique Lassina Zerbo nommé Premier ministre

décembre 11, 2021
Lassina Zerbo (ici en 2015) a été nommé Premier ministre du Burkina Faso le 10 décembre 2021. © Creative Commons / Wikimedia / Simonis

Ce géophysicien de 58 ans, évoluant à la lisière entre la science et la diplomatie, a été nommé vendredi 10 décembre en remplacement de Christophe Dabiré. Peu connu du grand public, il a de nombreux réseaux politiques.

Quelques minutes après l’allocution du président Roch Marc Christian Kaboré à la télévision publique appelant à célébrer le 61è anniversaire du pays dans la sobriété, le nom du nouveau Premier ministre a été dévoilé, vendredi 10 décembre. Au lendemain de la démission de Christophe Marie Dabiré, c’est Lassina Zerbo qui a été nommé. Un choix surprise : celui d’un fonctionnaire international de 58 ans, spécialisé en sciences mais ni en économie ni dans les questions militaires.

Ce diplômé de géophysique à l’université de Paris XI en France travaillait jusqu’ici à la Commission Préparatoire du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), un poste à la lisière entre sciences et diplomatie. Basé à Vienne, il résidait d’ailleurs depuis plusieurs semaines à Ouagadougou pour y organiser une vaste conférence internationale, finalement reportée sine die.

Bons réseaux politiques

Peu connu par grand public, il l’est en revanche du milieu politique, au sein duquel il n’hésitait pas à dévoiler ses ambitions. Soutenu par Djibrill Bassolé, ministre des affaires étrangères sous Blaise Compaoré, le nouveau Premier ministre possède de bons réseaux qui transcendent les clivages politiques, selon un observateur avisé. Il était reçu par le président burkinabè à chacun de ses séjours à Ouagadougou.

« Nous souhaitions que le Premier ministre ne soit pas un membre de la diaspora, mais il a été difficile de trouver la personnalité adéquate. Il nous fallait un Premier ministre avec de l’envergure pour gérer les égos. Donc le chef de l’État a tranché en faveur de Lassina Zerbo », glisse sous couvert de l’anonymat un cadre du parti présidentiel.

Crise politique et sécuritaire

La tâche du nouveau locataire de la Primature s’annonce ardue. Outre la composition de son équipe, il va devoir faire face à une crise sécuritaire, politique et sociale. Après l’attaque d’Inata lors de laquelle 53 gendarmes ont été tués, dimanche 14 novembre, des manifestations d’ampleur ont eu lieu contre le pouvoir, accusé d’être impuissant face aux terroristes. Des protestations qui ont sans doute précipité la démission de Christophe Dabiré.

Confronté depuis cinq ans à la violence des groupes terroristes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique et à l’État islamique, le Burkina Faso connaît une grave dégradation de sa situation sécuritaire. Alors que le Nord et l’Est du pays étaient déjà fragilisés, un nouveau front s’est ouvert au Sud-ouest, dans la région frontalière de la Côte d’Ivoire. 

Depuis 2015, les exactions causées par les groupes jihadistes ont fait plus de 2 000 morts (dont 400 soldats) et contraint plus d’1,4 million de personnes à fuir de chez elles. « Nos concitoyens se posent des questions. Nous devons les rassurer et leur montrer que nous sommes capables de défendre notre pays », a déclaré le président Kaboré le 10 décembre.

Enfin, le gouvernement Zerbo devra également relancer l’économie. À commencer par convaincre la communauté des investisseurs d’aider au financement du méga-plan de développement 2021-2025.

Ce nouveau référentiel de développement doit être financé à 63 % via la mobilisation de ressources propres, les 37 % restants devant venir de financements extérieurs et/ou innovants. Un quart de ces financements extérieurs (environ 2,1 milliards d’euros) ont déjà fait l’objet d’accords avec les partenaires du développement. Il reste encore 6,4 milliards d’euros à trouver.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Les talibans désirent entretenir de « bonnes relations » avec le monde

novembre 27, 2021

Le Premier ministre taliban Mohammad Hassan Akhund s’est exprimé à la télévision publique afghane au sujet des relations internationales. Des promesses ont été faites.

Les Talibans veulent instaurer une bonne entente avec les autres pays.
Les Talibans veulent instaurer une bonne entente avec les autres pays.© KARIM JAAFAR / AFP

Les talibans afghans ont assuré vouloir de « bonnes relations » avec tous les autres pays, lors du discours de leur Premier ministre Mohammad Hassan Akhund à la nation, samedi 27 novembre. Ils ont également promis qu’ils n’interféreront jamais dans leurs affaires. L’enregistrement audio d’une demi-heure a été diffusé à l’antenne de la télévision publique RTA, quelques jours avant la reprise de négociations entre son gouvernement et des représentants américains à Doha (Qatar).

Le Premier ministre taliban n’est toujours pas apparu en public depuis qu’il a été nommé Premier ministre le 7 septembre, tout comme le chef suprême du mouvement, le mollah Hibatullah Akhundzada, invisible depuis la reprise du pays par les islamistes à la mi-août.

« Nous n’interférerons jamais dans leurs affaires internes »

« Je veux assurer tous les pays (étrangers) que nous n’interférerons jamais dans leurs affaires internes » et que « nous voulons de bonnes relations avec eux », y compris au niveau économique, a déclaré dans son message le mollah Akhund, critiqué ces derniers temps sur les réseaux sociaux locaux pour son silence prolongé alors que le pays se débat avec une grave crise économique.

Les talibans sont revenus au pouvoir à la mi-août à la faveur du retrait militaire des Occidentaux, et de l’effondrement du gouvernement afghan soutenus par ces derniers, après vingt ans de guerre sanglante. Les islamistes fondamentalistes avaient été chassé du pouvoir à la fin 2001 par une coalition militaire internationale menée par les Etats-Unis qui les avait punis d’avoir hébergé des leaders d’Al-Qaïda, auteurs des attentats du 11-Septembre quelques mois plus tôt.

Le règne de la terreur

Après le retour au pouvoir des talibans en août dernier, Washington a gelé les avoirs de la banque centrale afghane, et la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont suspendu leurs aides à Kaboul. L’économie afghane, déjà l’une des plus démunie du monde, minée par 40 ans de guerre, plus de récentes sécheresses, et jusque là portée à bout de bras par l’aide internationale, est en chute libre, et le pays au bord de la catastrophe humanitaire selon l’ONU.

À Doha, les talibans devraient de nouveau réclamer la levée de ces sanctions, et la reprise de l’aide internationale pour éviter une flambée de misère et de famine cet hiver parmi les quelque 40 millions d’Afghans. Washington réclame de son côté aux islamistes afghans de lutter fermement contre le terrorisme, et donc de ne plus héberger de groupes susceptibles d’attaquer l’Amérique comme en 2001. Les Américains veulent également qu’ils diversifient leur gouvernement et respectent mieux les droits des minorités et ceux des femmes et des filles, en partie privées d’éducation et d’emploi depuis leur retour au pouvoir.

Par Le Point avec AFP

Au Sénégal, Macky Sall ressuscite le poste de Premier ministre

novembre 25, 2021
Le président sénégalais Macky Sall salue ses partisans après avoir voté pour la présidentielle à Fatick, le 24 février 2019. © SEYLLOU/AFP

Supprimé au lendemain de la réélection de Macky Sall, en février 2019, le poste de Premier ministre vient de faire sa réapparition au Sénégal. Reste à savoir qui en héritera.

« Monsieur le Président de la République a promulgué ce jour la loi constitutionnelle portant suppression du poste de Premier ministre ». Le 14 mai 2019, quelques semaines après avoir été réélu au premier tour de la présidentielle (avec 58,26 %), Macky Sall annonçait cette réforme controversée, entérinée par l’Assemblée nationale quelques jours plus tôt : il se passerait désormais de Premier ministre et piloterait en solo l’action du gouvernement.

En guise d’explication, un slogan anglo-saxon : « fast-track ». « Quand on aspire à l’émergence et qu’on est tenu par l’impératif du résultat, l’urgence des tâches à accomplir requiert de la diligence dans le travail. Ce qui doit être fait aujourd’hui ne peut être remis à demain. Voilà le cap que j’entends fixer aux équipes qui m’accompagneront dans ce nouvel élan de réformes transformatives », se justifiait alors Macky Sall.

Diligence

Censée améliorer cette volonté de réformes énergiques, la suppression du poste de Premier ministre avait été entérinée par une large majorité de députés, même si les détracteurs du chef de l’État avaient alors fait valoir qu’elle n’avait pas été annoncée par Macky Sall avant sa réélection – dès le premier tour -, en février 2019.

Dix-neuf mois plus tard, celui-ci a donc changé son fusil d’épaule. Ce 24 novembre, peu avant de quitter le Sénégal pour la République démocratique du Congo (RDC), où il doit notamment préparer la transition à la présidence de l’Union africaine (UA) avec son homologue Félix Tshisekedi, Macky Sall a en effet informé son gouvernement qu’il revenait sur ses pas et comptait ressusciter la fonction de Premier ministre.

Révision

« Le Président de la République a par ailleurs informé le Conseil de sa volonté d’initier une révision de la Constitution en vue de l’instauration du poste de Premier ministre, peut-on lire dans le communiqué officiel du Conseil des ministres en date du 24 novembre. Cette restauration, qui vient ainsi adapter l’organisation du pouvoir exécutif à un nouvel environnement économique et sociopolitique, s’accompagne d’une nécessaire requalification des rapports entre l’exécutif et le législatif, notamment la réintroduction de la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale et le pouvoir de dissolution de celle-ci, dévolu au Président de la République. »

Un retour à la situation antérieure donc, dans le cadre d’une réforme qui sera soumise à l’Assemblée nationale en procédure d’urgence au cours des prochains jours, et dont l’adoption ne devrait être qu’une formalité.

Reste à savoir à quelle échéance le prochain Premier ministre prendra ses fonctions et, surtout, qui sera l’heureux élu.

Selon nos informations, Amadou Ba, ministre de l’Économie et des Finances de 2013 à 2019 puis des Affaires étrangères jusqu’au remaniement du 1er novembre 2020, semble en pole position. Mais Amadou Hott, devenu ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale en 2019, est également évoqué comme un possible candidat.

Avec Jeune Afrique par Medhi Ba

Congo : L’ancien Premier ministre Clément Mouamba est mort à Paris

octobre 29, 2021

NÉCROLOGIE. L’ancien Premier ministre congolais, Clément Mouamba s’est éteint à l’hôpital Saint Joseph à Paris en France des suites de maladie. Il avait 77 ans.

Clément Mouamba, né en 1944 à Sibiti dans le département de la Lékoumou, est un homme d’État congolais.

Premier ministre de la République du Congo le 23 avril 2016 à 2021, symbole de la « nouvelle République » et du gouvernement « de rupture » voulus par le Président Denis Sassou-N’Guesso après sa réélection.

Clément Mouamba fut un économiste de carrière. Ministre des Finances de septembre 1992 à juin 1993, il était député de la première circonscription électorale de Sibiti, chef-lieu du département de la Lékoumou  depuis 2017 pour le compte du Parti congolais du travail (PCT) qu’il a rejoint dans la foulée de sa nomination à la primature. Un poste qu’il avait déjà occupé en 1992, sous le label de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale de Pascal Lissouba.

Ancien élève du lycée technique de Brazzaville, Clément Mouamba a poursuivi ses études en France, à Montpellier, puis à la Sorbonne, où il obtiendra un doctorat en sciences économiques. Sur le plan professionnel, il a occupé les fonctions de sous-directeur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale qu’il avait intégré en 1973. Conseiller économique et financier du président Denis Sassou N’Guesso sous le monopartisme, il fut propulsé à la tête de la Banque internationale du Congo, puis de la Banque commerciale du Congo, en 1985.

Alors Premier ministre de la République du Congo, il avait reçu le 6 février 2018 la distinction de Doctor Honoris Causa de l’Ecole de commerce de Lyon. Il s’agit d’une distinction en reconnaissance d’une carrière et de la qualité des travaux.

Près de trois semaines après l’investiture du président Denis Sassou N’Guesso pour un quatrième mandat, il démissionne le 4 mai 2021 avec son équipe gouvernementale comme le veut la loi. Il est remplacé par Anatole Collinet Makosso.

Selon certaines sources, Clément Mouamba pourtant vacciné contre le Covid-19, avait été évacué vers la France, suite à des complications d’atteinte pulmonaire, liée au Covid-19. Il n’y aura hélas pas survécu.

Une fois de plus, le Congo perd dans la même période, un autre grand commis de l’État.

Avec Adiac-Congo et Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Épidémie de kidnappings à Haïti : une preuve de la « faillite de l’État »

octobre 18, 2021

 Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

© RALPH TEDY EROL/Reuters Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

L’enlèvement de 12 missionnaires et de 5 de leurs enfants à Ganthier, à l’est de la capitale Port-au-Prince, n’est que la plus récente preuve de la déliquescence de l’État haïtien, affirme la journaliste et autrice Emmelie Prophète.

On ne peut pas parler de la faiblesse de l’État, mais de la faillite de l’État. L’État haïtien a complètement perdu le contrôle du territoire», a fait valoir l’écrivaine, qui a récemment publié Les villages de Dieu, racontant la vie dans des bidonvilles transformés en zone de non-droit.

Selon elle, cette faillite s’est particulièrement mise en œuvre dans la foulée des élections de 2011, qui a donné lieu à une intervention grossière et visible des États-Unis pour imposer un président [Michel Martelly, NDLR] pour manipuler les élections».

Depuis lors, il y a un désordre permanent dans le pays, des protestations, beaucoup de bruit. L’État s’est enlisé entièrement», a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Tout un matin.

Ces bandes armées se financent de plus en plus par des enlèvements. Le Centre d’analyse et de recherche en droits de la personne, basé dans la capitale haïtienne, recense plus de 600 enlèvements lors des trois premiers trimestres de 2021, contre 231 à la même période en 2020.

La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

© Étienne Côté-Paluck/Radio-Canada La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

Il y a une industrialisation du crime. Il y a beaucoup de gens, des jeunes particulièrement, des quartiers défavorisés, qui ont des armes, et qui enlèvent des personnes au hasard dans les rues de Port-au-Prince», relate l’autrice haïtienne, qui vit elle-même dans la capitale.

Comme il n’y a pas de poursuite judiciaire – la police est incapable d’agir – ça continue, ça prend de l’ampleur, il y en a de plus en plus qui se lancent dans cette forme de criminalité très rentable », ajoute-t-elle. Les familles sont obligées de s’endetter très fortement pour payer les rançons pour faire libérer leurs proches. »

Mme Prophète raconte qu’un de ses collègues, le professeur d’université Patrice Derenencourt, a aussi été enlevé en plein jour samedi, à Port-au-Prince. Un policier qui a tenté de s’interposer a été abattu par les ravisseurs.

Ottawa confirme l’enlèvement d’un Canadien

Affaires mondiales Canada a confirmé lundi qu’un citoyen canadien fait partie du groupe de 17 personnes enlevées samedi. Ils ont ainsi confirmé l’information fournie en fin de semaine par Christian Aid Ministries, le groupe chrétien fondé par des communautés amish et mennonites qui dirigeait leur mission humanitaire.

Les représentants du gouvernement canadien en Haïti collaborent avec les autorités locales et fournissent une assistance consulaire», affirme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jason Kung, dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Le nom du Canadien enlevé n’a pas été dévoilé.

Le puissant gang 400 Mawozo montré du doigt

Selon Associated Press, un inspecteur de police, Frantz Champagne, a confirmé dimanche que le rapt des missionnaires est attribuable au puissant gang 400 Mawozo, dirigé par Joseph « Lanmou san jou » Wilson, qui contrôle le secteur de Ganthier.

Emmilie Prophète raconte que ce gang impose un couvre-feu à 18 h dans les zones qu’il contrôle, et qu’il a récemment kidnappé un policier sous prétexte qu’il n’avait pas respecté ce mot d’ordre. Peu après, un animateur de radio a livré un plaidoyer en sa faveur.

L’animateur demandait pardon au chef de ce gang, qui s’appelle « Lanmou san jou », lui disant de pardonner au policier qui était sorti après 18 h, […] de le libérer s’il vous plaît, parce qu’il n’a pas les moyens de payer une rançon quelconque.»

Donc, la police ne peut pas agir. La police n’a pas suffisamment de moyens. Les membres de gang sont mieux armés, ils ont plus argent, ils contrôlent entièrement des quartiers qui sont des châteaux forts, ou la police ne peut pas rentrer.»

Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu'il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

© Raynald K. Petit Frere/Reuters Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu’il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

Une autre manifestation de la puissante des bandes armées s’est produite dimanche, lorsque le premier ministre Ariel Henry n’a pu se rendre au Pont-Rouge, dans la capitale, pour commémorer le 215e anniversaire de l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines.

Le premier ministre a été repoussé, la police a été repoussée par les gangs, notamment le gang contrôlé par Barbecue [Jimmy Chérizier], qui dirige la fédération des gangs qui s’appelle G9.»

Peu après, on a vu des photos de Jimmy Chérizier, en costume blanc s’il vous plaît [comme le veut la tradition à cette occasion, NDLR], allant lui-même déposer la gerbe de fleurs sur la tombe de Dessalines. C’est vous dire.»

Avec CBC/Radio-Canada

Maroc : Mohammed VI nomme le gouvernement Akhannouch

octobre 7, 2021
Mohammed VI (à dr.) et le chef du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, au palais royal de Fès, le 10 septembre 2021. © Azzouz Boukallouch/Moroccan Royal Palace/AFP

Nadia Fettah Alaoui à l’Économie et aux Finances, Abdellatif Ouahbi à la Justice… quelle est la composition du nouveau gouvernement marocain ?

Ce jeudi après-midi, au Palais royal de Fès, Mohammed VI a présidé la cérémonie de nomination du nouveau gouvernement. Dirigé par Aziz Akhannouch, dont le parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI),  a remporté les élections législatives du 8 septembre, le gouvernement compte ainsi 24 membres – ministres délégués et secrétaires généraux inclus.

Nizar Baraka, patron de l’Istiqlal, arrivé troisième aux élections de début septembre, prendra la direction du ministère de l’Équipement. Le parti de la balance voit également l’un de ses membres prendre la tête du maroquin des Transports, en la personne de Mohamed Abdeljalil, qui présidait jusque-là le directoire de Marsa Maroc. Ryad Mezzour, ancien chef de cabinet de Moulay Hafid Elalamy devient, lui, ministre de l’Industrie. Des visages nouveaux — à l’exception de Nizar Baraka — qui ne sont pas impliqués dans les instances dirigeantes du parti d’Allal Al Fassi, et qui allient à la fois la compétence technique et la légitimité politique.

Nasser Bourita maintenu

Quant au secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM) Abdellatif Ouahbi, arrivé deuxième lors du scrutin, il hérite du portefeuille de la Justice. Mehdi Bensaïd prend quant à lui la tête de la Jeunesse et de la Culture, et Younès Sekkouri est nommé ministre de l’Inclusion et de l’Emploi.

Jusqu’alors ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui devient ministre de l’Économie et des Finances. C’est la première fois qu’une femme occupe ce poste crucial s’il en est dans l’histoire du royaume. Elle est remplacée au Tourisme par Fatim-Zohra Ammor, ancienne directrice marketing d’Akwa qui a notamment été commissaire générale du Pavillon du Maroc à l’Expo universelle de Milan en 2015.

Parmi les ministres reconduits, Abdelouafi Laftit demeure à la tête de l’Intérieur. Les Affaires étrangères continueront d’être dirigées par Nasser Bourita. Quant à Ahmed Toufiq, il est maintenu aux Habous et Affaires islamiques, poste qu’il occupe depuis 2002. Le patron de la fédération marocaine de football Fouzi Lekjaa reste au Budget.

Jusqu’alors ambassadeur du Maroc à Paris, le président de la Commission spéciale sur le modèle de développement, Chakib Benmoussa, devient lui ministre de l’Éducation nationale.

Sans surprise, le RNI garde la main sur la majorité des maroquins. Citons ainsi Mustapha Baïtas, un très proche du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, est nommé porte-parole du gouvernement et ministre en charge des relations avec le Parlement.

La nouvelle maire de Marrakech Fatima-Zahra Mansouri devient elle ministre de l’Habitat et de la Ville. Celle de Casablanca-Settat, Nabila Rmili, hérite de la Santé. Leila Benali sera chargée de superviser la Transition énergétique, gros chantier du mandat du nouveau gouvernement.

Ex-secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Mohammed Sadiki a pris la succession de Aziz Akhanouch à la tête de ce ministère.

Par Jeune Afrique avec AFP

Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre

septembre 14, 2021
Haiti: le procureur demande l'inculpation du Premier ministre
Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre© AFP/Archives/HECTOR RETAMAL

Le chef du parquet de Port-au-Prince a demandé mardi au juge enquêtant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse d’inculper le Premier ministre Ariel Henry, en raison d’appels téléphoniques qu’il aurait eus avec l’un des principaux suspects du meurtre.

Bed-Ford Claude, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince –équivalent du procureur– a par ailleurs demandé que M. Henry soit interdit de quitter le territoire haïtien « en raison de la gravité des faits exposés ».

Le président Moïse a été abattu le 7 juillet par un commando armé à son domicile de Port-au-Prince.

Dans une lettre adressée au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bed-Ford Claude assure qu’il « existe suffisamment d’éléments compromettants qui forment sa conviction sur l’opportunité de poursuivre Monsieur Henry et de demander son inculpation pure et simple ».

Dans un second courrier, envoyé au directeur de l’administration migratoire, le commissaire du gouvernement justifie l’interdiction demandée de sortie du territoire à l’encontre d’Ariel Henry « pour des présomptions graves d’assassinat sur le président de la République ».

Vendredi soir, Bed-Ford Claude avait déjà invité le chef du gouvernement à se présenter mardi au parquet, affirmant que M. Henry avait eu, quelques heures après le meurtre de Jovenel Moïse, des conversations téléphoniques avec l’une des personnes activement recherchées dans le cadre de l’enquête.

Ancien cadre de l’unité de lutte contre la corruption, dépendante du ministère de la justice, Joseph Félix Badio aurait été géolocalisé dans le quartier où se situe la résidence privée de Jovenel Moïse lors des appels passés à Ariel Henry à 04h03 puis 04h20 la nuit de l’attentat.

Samedi, le Premier ministre avait alors dénoncé la démarche du procureur, la qualifiant de diversion.

« Les manoeuvres de diversion pour semer la confusion et empêcher la justice de faire sereinement son travail ne passeront pas », avait réagi Ariel Henry.

« Les vrais coupables, les auteurs intellectuels et les commanditaires de l’assassinat odieux du président Jovenel Moïse seront trouvés, traduits en justice et punis pour leur forfait », a-t-il ajouté.

Quarante-quatre personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, ont déjà été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jovenel Moïse, commis à son domicile sans qu’aucun policier de sa sécurité rapprochée ne soit blessé.

Par Le Point avec AFP

Mali : l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga écroué

août 27, 2021

JUSTICE. Cette arrestation marque un nouveau rebondissement dans l’affaire de l’achat de l’avion de commandement de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta.

L'ex-Premier ministre d'IBK a ete ecroue sur ordre de la chambre d'accusation de la Cour supreme du Mali.
L’ex-Premier ministre d’IBK a été écroué sur ordre de la chambre d’accusation de la Cour suprême du Mali. © HABIBOU KOUYATE / AFP

Soumeylou Boubèye Maïga, qui fut de 2017 à 2019 le Premier ministre du président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé il y a un an par un coup d’État, a été mis sous mandat de dépôt par la Cour suprême du Mali ce jeudi 26 août dans une affaire de fraude présumée. C’est son avocat, Kassoum Tapo, qui a annoncé la nouvelle. Il est soupçonné « d’escroquerie, faux, usage de faux, et favoritisme », selon plusieurs sources.

Âgé de 67 ans, Soumeylou Boubèye Maïga est aujourd’hui une figure majeure de la politique malienne, il a également occupé les fonctions de ministre des Affaires étrangères et de la Défense et chef des services de renseignement.

Ce que la justice lui reproche

Il est soupçonné essentiellement dans le cadre de l’achat en 2014, alors qu’il était ministre de la Défense, d’un avion présidentiel pour un montant de 20 milliards de francs CFA (environ 30,5 millions d’euros), une acquisition épinglée par le Bureau vérificateur général (BVG), autorité malienne indépendante qui a dénoncé des pratiques de surfacturation, de détournement de fonds publics, de fraude, de trafic d’influence et de favoritisme.

Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre de l’Économie et des Finances, a été inculpée et mise sous mandat de dépôt jeudi pour les mêmes motifs, a appris l’AFP auprès d’un magistrat. Elle a été transférée à la prison pour femmes de Bollé, à Bamako.

L’achat de l’avion présidentiel au cœur de l’affaire

Le procureur de la Cour suprême, Mamadou Timbo, avait annoncé mardi à la télévision publique que ce dossier n’était pas clos, contrairement à ce qu’avait publiquement déclaré le 19 août Soumeylou Boubèye Maïga, qui avait assuré avoir été blanchi par le classement sans suite en 2018 de l’affaire.

« À un moment donné, sous l’ancien régime, il avait été instruit au procureur de la République du pôle économique et financier d’alors de classer l’affaire sans suite […]. Par la suite, un autre ministre de la Justice a estimé que cette affaire ne devait pas faire l’objet d’un classement sans suite. Des enquêtes complémentaires ont été menées […]. Le travail judiciaire se fera », avait alors expliqué le procureur. « Il n’y a rien de plus dangereux pour la bonne santé d’une République que l’impunité », avait-il souligné.

« Cette affaire d’avion présidentiel peut éclabousser beaucoup de monde, c’est peut-être le début d’une grande lessive », a commenté un ancien haut fonctionnaire malien.

Soumeylou Boubèye Maïga est réputé disposer d’un important réseau dans les milieux sécuritaires maliens et régionaux. Il dirige l’Asma-CFP (Alliance pour la solidarité au Mali- Convergence des forces patriotiques). Il avait été contraint de quitter le ministère de la Défense en mai 2014, après une lourde défaite de l’armée à Kidal (Nord-Est) face à la rébellion touareg.

Nommé Premier ministre en 2017, il avait été contraint à la démission en avril 2019 après le massacre le mois précédent de quelque 160 civils peuls à Ogossagou (Centre) et une série de manifestations contre la gestion de l’État.

Le président Keïta a été renversé par un putsch militaire le 18 août 2020 à la suite de plusieurs mois de manifestations contre la corruption et l’impuissance de l’État face à la violence. Le nouvel homme fort, le colonel Assimi Goïta, s’est engagé à céder la place à des civils, après des élections présidentielle et législatives prévues en février 2022.

Mais le doute persiste quant à la faculté des autorités à tenir les échéances dans les six mois qui leur restent, tant les obstacles à surmonter sont considérables dans ce pays en pleine tourmente depuis des années. La propagation djihadiste et les violences de toutes sortes vont de pair avec de graves crises politique et sociale.

Avec Le Point

La situation demeure tendue en Tunisie après le congédiement du premier ministre

juillet 26, 2021

TUNIS, Tunisie — La situation était très tendue en Tunisie lundi, après le congédiement du premier ministre et la suspension du Parlement par le président.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le président a annoncé ces mesures en réponse à des manifestations nationales contre les problèmes économiques du pays et la gestion de la pandémie par le gouvernement

Des militaires ont encerclé le parlement lundi pour empêcher le président d’entrer.

Des manifestants sont descendus dans les rues pour célébrer la décision du président Kaïs Saïed, tard dimanche. Ses détracteurs lui reprochent toutefois de tenter d’accaparer le pouvoir, et les alliés étrangers de la Tunisie se sont inquiétés de voir la jeune démocratie de nouveau dériver vers l’autoritarisme. Les policiers ont d’ailleurs perquisitionné les bureaux de la chaîne Al-Jazira et ordonné sa fermeture.

C’est en Tunisie qu’est né le «printemps arabe» de 2011, ce qui a mené à la chute de son leader de longue date, et on considère habituellement que c’est le seul pays où la transition vers la démocratie a été réussie.

Mais la prospérité n’était pas au rendez-vous: l’économie tunisienne périclitait avant même la pandémie, avec un taux de chômage de 18 %. De jeunes manifestants ont réclamé des emplois et la fin de la brutalité policière en grands nombres plus tôt cette année. Le gouvernement a récemment annoncé la fin des subventions au carburant et aux aliments, quand il a demandé un quatrième prêt au Fonds monétaire international en dix ans, suscitant la colère des régions pauvres.

La pandémie n’a fait qu’aggraver ces problèmes. La Tunisie est le site d’une des pires éclosions de coronavirus en Afrique, et le gouvernement a récemment réimposé des confinements et d’autres mesures.

Enragés par les problèmes économiques et la mauvaise gestion de la pandémie, des milliers de manifestants ont fait fi des restrictions et d’une chaleur accablante pour descendre dans les rues de plusieurs villes du pays dimanche pour réclamer la dissolution du parlement.

La foule, essentiellement composée de jeunes, criait «Dehors!» et réclamait des élections anticipées et des réformes économiques. Des échauffourées ont éclaté en plusieurs endroits.

Le président a utilisé cette violence publique pour justifier sa décision de congédier le premier ministre et de suspendre le Parlement. Le président assure avoir respecté la loi, mais le président du parlement, Rached Ghannouchi, qui dirige le parti islamiste qui compte le plus grand nombre de députés, assure que le président ne les a pas consultés, le premier ministre et lui, tel que requis. Les trois hommes sont en conflit.

Le président Saïed a prévenu que des pénalités sévères seront imposées en cas d’atteinte à l’ordre public.

La police est intervenue lundi pour empêcher des affrontements entre les partisans du président et ceux du parti le plus important, Ennahdha. Les deux camps se sont échangés des insultes et des jets de pierres, selon un journaliste de l’Associated Press et des images partagées en ligne.

M. Ghannouchi a été intercepté par les forces de l’ordre quand il a voulu entrer dans le parlement pendant la nuit. Il patientait dans une voiture devant l’immeuble lundi. On ne sait pas ce qu’il compte faire maintenant.

Il a qualifié la décision du président de «coup contre la Constitution et la révolution (du printemps arabe)» et assuré que le Parlement continuera à fonctionner.

La rivalité entre le premier ministre et le président est notamment tenue pour responsable de la mauvaise gestion de la pandémie. Une campagne de vaccination bâclée a mené au congédiement du ministre de la Santé plus tôt ce mois-ci.

Seulement 7 % de la population tunisienne a été entièrement vaccinée jusqu’à présent et 90 % des lits disponibles aux soins intensifs sont occupés, selon les données du ministère de la Santé. Des images qui circulent en ligne montrent des corps abandonnés dans les hôpitaux, alors que les morgues débordent.

Le parti Ennahda a été sévèrement critiqué, plusieurs lui reprochant de s’être davantage préoccupé de ses problèmes internes que de la gestion du virus.

Selon Al-Jazira, dix «policiers lourdement armés» sont entrés dans ses bureaux sans mandat et ont demandé à tout le monde de sortir. Les téléphones et équipements des journalistes auraient été confisqués et on ne leur aurait pas permis de rentrer chercher leurs effets personnels.

Plusieurs pays du Moyen-Orient reprochent au Qatar et à Al-Jazira de faire la promotion de groupes islamistes comme les Frères musulmans. Ses bureaux ont été fermés dans d’autres pays pour cette raison, notamment en Égypte après le coup d’État qui a porté au pouvoir le président actuel, Abdel-Fattah el-Sissi.

Quelques pays étrangers, comme l’Allemagne et la Turquie, ont dit être «très préoccupés» par la situation en Tunisie. L’Allemagne a estimé que le président semble justifier son intervention avec une interprétation très libérale de la Constitution.

Par La Presse canadienne avec Bouazza Ben Bouazza, The Associated Press