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Canada: Plus de 3315 aspirants préposés aux bénéficiaires ont quitté le programme

décembre 22, 2020

Des 9866 volontaires inscrits à la formation accélérée de préposés aux bénéficiaires (PAB) en juin, seuls 6551 prêtent main-forte aujourd’hui dans les CHSLD. Ceux qui sont partis doivent rendre la bourse reçue du gouvernement, ce qui n’est pas simple.

Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

La vie d’Èva Benoit-Dragon a changé depuis l’échec de sa formation de PAB. La Montréalaise de 21 ans a dû retourner vivre chez ses parents à Saint-Jérôme et elle doit travailler dans un dépanneur.

«J’ai une grosse dette et je sais que ça va prendre du temps à la rembourser.» Elle doit remettre les 6140 $ de bourse du gouvernement qu’elle a reçus durant ses deux mois d’alternance travail-études en CHSLD.

Cet argent, elle ne l’a pas. Elle en a dépensé une bonne partie pour payer son loyer des derniers mois, sa nourriture et s’occuper de son frère. «Je ne pouvais pas m’inscrire à la PCU et je n’ai pas le droit au chômage, car je n’ai pas accès à une cessation d’emploi, puisqu’il s’agit d’études», explique-t-elle.

Plusieurs syndicats de préposés nous ont fait part de situations semblables.

Remboursement obligatoire en cas d’échec ou d’abandon

Le contrat qu’elle a signé était clair : en plus de réussir la formation, les aspirants PAB doivent offrir une disponibilité d’un an. En cas d’abandon ou d’échec, ils doivent rembourser la bourse de formation, qui atteint un maximum de 9210 $.

Èva Benoit-Dragon n’a pas été jugée assez compétente par ses formateurs, mais c’est seulement deux jours avant la fin des 375 heures de formation requises qu’ils le lui ont annoncé. Juste avant qu’elle ne puisse toucher le dernier paiement de sa bourse.

«Je me sens extorquée et flouée», dit-elle.

Elle reconnaît quelques «petites erreurs» durant sa formation, comme avoir oublié de porter des gants à une reprise, mais rien ne lui laissait présager qu’elle allait être écartée du jour au lendemain. «J’ai fait les heures qu’ils m’avaient dit de faire, on me disait que je faisais des progrès.»

«Ça manque d’humanité. Elle s’est fait jeter comme une vieille chaussette», dénonce le député de Rosemont de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui a été contacté par la jeune femme, désespérée. «Peut-être que certains auraient besoin de plus de temps de formation.»

Le député de Québec solidaire rappelle que «ces gens-là ont travaillé en CHSLD durant leur formation, ils ont quand même donné des services».

Le ministère de la Santé explique que le remboursement n’est pas requis pour un candidat qui échoue pour une raison liée à une incapacité cognitive ou une maladie. «Un traitement humain au cas par cas est donc privilégié», ajoute le porte-parole Robert Maranda.

De plus, le ministère précise que «le candidat et l’établissement de santé et services sociaux qui a octroyé la bourse peuvent convenir d’une entente de remboursement étalée sur un nombre de mois convenu entre les parties».

Enfin, le contrat signé par les aspirants PAB prévoit la possibilité de retrancher du montant total le prorata du temps travaillé. Ce n’est toutefois pas ce qui a été proposé à Èva Benoit-Dragon.

La jeune femme avait été sélectionnée au départ parmi 80 000 volontaires. Le gouvernement avait un urgent besoin de 10 000 préposés dans les CHSLD de la province. Puisque seulement 6551 sont au travail, Québec a déjà prévu la formation de nouvelles cohortes pour ajouter 3000 personnes de plus.

Avec Thomas Gerbet par Radio-Canada

Canada-Québec/Décès d’une préposée aux bénéficiaires de la COVID-19: « On n’est pas invincibles »

avril 19, 2020
Une préposée aux bénéficiaires au travail dans un CHSLD
© Simard, Claudie/Radio-Canada Une préposée aux bénéficiaires au travail dans un CHSLD
Le décès d’une préposée aux bénéficiaires des suites de la COVID-19 est un triste rappel des dangers qui guettent les employés du réseau de la santé.

Le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN), Richard Boissinot, explique que les professionnels de la santé, tout en étant conscients des risques auxquels ils s’exposent, développent parfois un sentiment d’invincibilité lorsqu’ils aident des gens plus démunis.

«Malgré les équipements de protection individuelle et les mesures de prévention, le risque zéro n’existe pas, d’où l’importance de ne pas baisser la garde», insiste M. Boissinot. L’annonce de la mort d’une employée du CHSLD Grace Dart, à Montréal, tend à lui donner raison.

«Avec ces événements-là, on apprend que non, on n’est pas invincibles, on est humains et oui, ça peut nous arriver. Donc, il faut vraiment qu’on soit vigilants et prudents», indique le président du syndicat.

Richard Boissinot, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN)

© /Radio-Canada Richard Boissinot, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN)
Dimanche, on rapportait 83 travailleurs de la santé ayant contracté la COVID-19 dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches.

Si le portrait est moins sombre qu’à Montréal, il ne s’agit pas d’une raison pour ne pas chercher à en faire davantage pour contenir la maladie, affirme Richard Boissinot.

Des soldats « vont tomber au combat »

Parmi les employés du réseau de la santé infectés à la COVID-19 dans la région de la Capitale-Nationale, une douzaine travaillent au Manoir de Courville, une résidence privée pour aînés située dans l’arrondissement Beauport.

Alain Bertrand, directeur général du Groupe Ébèn, propriétaire du Manoir, affirme que les travailleurs malades récupèrent bien, tout comme les résidents qui ont été déclarés positifs.

Il est toutefois conscient des risques qui pèsent sur les employés du réseau de la santé en temps de pandémie.

«C’est bien triste, mais c’est certain qu’il y a des soldats qui vont tomber au combat», prévient le gestionnaire.

Le directeur général du Groupe Ébèn, Alain Bertrand

© /Radio-Canada Le directeur général du Groupe Ébèn, Alain Bertrand
Malgré les dangers qu’ils encourent et l’annonce d’un premier décès, Richard Boissinot est persuadé que ses membres vont continuer d’aller au front.

«Les gens qui travaillent aux soins, peu importe le type d’emploi, ont une flamme quelque part. Oui, il y a un danger, il y a même un danger pour notre vie, mais on ne lâchera pas. Les gens ne lâcheront pas, puis ils vont être présents», assure le dirigeant syndical.

Des travailleurs « courageux »

Le président du Conseil provincial des affaires sociales, qui représentait la préposée aux bénéficiaires qui a succombé à la COVID-19, abonde dans le même sens.

«C’est sûr que les travailleurs ont une crainte, mais ce sont des gens qui sont courageux, qui rentrent au travail malgré leurs craintes», soutient Frédéric Brisson.

Il ajoute que l’inquiétude serait moins grande si ses membres pouvaient avoir accès en tout temps aux meilleurs équipements de protection, à commencer par les fameux masques N95.

«Même si [le directeur national de la santé publique] le Dr Arruda, dit que parfois qu’on n’a pas besoin d’un masque, les travailleurs se sentent rassurés de porter un masque et surtout un masque N95 et ce sont ceux-là qui sont difficiles à avoir», rappelle Frédéric Brisson.

Radio-Canada par Louis Gagné avec les informations de Marie-Pier Mercier