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Racisme : de la difficulté d’exister en politique quand on est Noir

juin 18, 2022

Les attaques xénophobes et les menaces de mort contre la candidate à la vice-présidence de la Colombie, Francia Márquez, rappelle à quel point les personnalités de couleur sont essentialisées afin de minimiser la profondeur de leur discours et son impact.

Pour Francia Márquez, la Colombie est marquée par un « racisme structurel ». © DR

La romancière américaine Toni Morrison l’a répété tout au long de son existence : « La fonction principale du racisme est de distraire, de m’empêcher de faire mon travail et de me forcer à me justifier constamment sur ma légitimité à occuper une place de pouvoir. »

En 2022, ses paroles restent tristement d’actualité. En Europe comme aux Amériques, on tente encore de discréditer, par des attaques racistes, les politiques noirs que l’on semble juger davantage sur leur couleur de peau que sur leur travail. Pour preuve, les polémiques et les réactions, notamment sur les réseaux sociaux, après la nomination, en France, de Pap N’Diaye au poste de ministre de l’Éducation nationale et l’élection, dès le premier tour des législatives du 12 juin, de Danièle Obono. Ceux qui voudraient adhérer à la théorie de l’avènement d’une ère « post-race » doivent se rendre à l’évidence que ces stratégies de « distraction » tendent à prouver le contraire : on dénie à ces nouveaux visages de la politique le droit d’exister et de faire leur preuve dans l’espace public.

« La dignité comme habitude »

De l’autre côté de l’Atlantique, les mêmes techniques sont à l’œuvre, alors même que la candidate Francia Márquez pourrait bien devenir la première vice-présidente noire de Colombie à l’issue du second tour de l’élection présidentielle, le 19 juin. Symbole célébré par de nombreuses communautés afro-diasporiques en Amérique latine mais aussi aux États-Unis – l’activiste américaine Angela Davis, notamment, qui reconnaît en elle une grande figure de la justice raciale et sociale, lui a envoyé un message de soutien –, Marquez doit, elle aussi, affronter d’innombrables commentaires racistes, avant même de pouvoir développer sa vision du changement dans un pays aux mains d’une élite politique qui s’est peu renouvelée depuis près d’un demi-siècle.

Dans les derniers mois de campagne, la candidate a dû s’exprimer à plusieurs reprises contre des attaques la comparant à King Kong. Comme l’ex-ministre française de la Justice, Christiane Taubira, comparée en son temps à une guenon. Francia Márquez répond que le racisme et le machisme tuent tous les jours en Colombie et qu’une fois élue, une de ces priorités sera de se dresser contre la normalisation de ces pratiques. Rappelons que l’un de ses cris de ralliement est « pour que la dignité devienne une habitude », dans un pays où les écarts de richesse sont toujours aussi criants et au détriment des populations afro-descendantes, sous-représentées dans les médias et dans les postes politiques à responsabilité.

Une autre technique des médias colombiens est de l’empêcher de développer une vision globale pour le pays en ne l’interrogeant que sur son statut de femme noire, comme si elle ne pouvait pas s’exprimer sur d’autres thèmes. En matière de parcours de vie et d’expertise, la candidate originaire de la côte pacifique a pourtant beaucoup à partager avec le peuple colombien. Ancienne travailleuse de la mine et employée domestique, elle devient mère à 16 ans et connaît une ascension spectaculaire en tant qu’activiste environnementale, une lutte qu’elle mène depuis ses 13 ans. Elle dénonce notamment les activités minières illégales qui polluent au mercure le fleuve Ovejas de sa terre natale. En 2018, elle reçoit le « Nobel de l’environnement », le prestigieux prix international Goldman, et obtient deux ans plus tard son diplôme d’avocate à la faculté de droit de l’université de Santiago de Cali. En ce début d’année, Márquez devient le phénomène électoral – comme la décrivent des médias colombiens et internationaux – en obtenant la troisième place des suffrages aux élections primaires du pays, sans n’avoir jamais obtenu de poste politique au préalable.

Convergence de mouvements

Les nombreuses attaques dont elle est la victime n’empêchent pas Francia Márquez de rappeler son engagement pour la promotion des populations noires. Elle le prouve en choisissant la date symbolique du samedi 21 mai, jour national de l’afro-colombianité, pour clore sa campagne avant le premier tour de l’élection présidentielle. En plein centre de Bogota, les organisateurs élaborent un programme qui célèbre la culture et résistance afro avec des manifestations artistiques et des interventions de leaders sociaux. Sous le mantra « vivir sabroso » (vivre de manière savoureuse), formule bien connue des populations noires de la côte pacifique, qui met en avant l’importance du bien-être, de la dignité et de la qualité de vie malgré les terribles épisodes du conflit armé et des violences répétées dans la région, une foule éclectique scande « On t’aime Francia » à la fin de chacune des interventions de l’après-midi.

Dans le public, on note une convergence entre plusieurs mouvements : les communautés afro mais aussi les populations indigènes, les communautés LGBT et une majorité de jeunes qui se reconnaissent dans le besoin de changement que porte la candidate. Mais gare à ceux qui veulent réduire son impact politique à un simple phénomène générationnel, autre grand classique pour discréditer les figures politiques progressistes. Márquez reçoit également des appuis des populations plus âgées, qui voient en elle le respect des ancêtres et un espoir pour vieillir dans des conditions plus respectables, au sortir de la pandémie.

Menaces de mort

Ce 21 mai donc, à peine vingt minutes après la prise de parole de Francia Márquez, un rayon laser vient perturber son discours. Les gardes du corps de la candidate l’encerclent avec leur bouclier pour la protéger de possibles tirs, et elle trouve la force de terminer son discours malgré une voix altérée par l’émotion avant d’être évacuée de force de la scène. Image choc et pourtant bien représentative des menaces de mort que Márquez et son entourage reçoivent en contrepartie de sa visibilité politique dans un pays qui détient le triste record du plus grand nombre d’assassinats de leaders sociaux depuis plusieurs années. En 2021, selon les chiffres officiels, 145 d’entre eux ont été assassinés et les statistiques sont plus que préoccupantes pour 2022. Interrogée sur sa gestion des menaces, la candidate à la vice-présidence colombienne répond que c’est le risque à courir pour porter le changement politique pour les prochaines générations.

Si nous ne pouvons que nous réjouir de l’ascension de nombreuses personnalités noires avec des profils et des programmes qui se distinguent par leur engagement à l’égalité raciale et sociale, jusqu’à quand allons-nous banaliser les risques encourus par des femmes politiques comme Francia Márquez ? Le spectre de l’assassinat, en 2018, de l’Afro-Brésilienne Marielle Franco, qui avait fait sa transition de l’activisme vers la politique traditionnelle, est souvent cité chez ses sympathisants, lesquels déploient une grande énergie à rendre visible son travail.

Au-delà des programmes, le changement doit se faire aussi par la prise de conscience des sociétés civiles : protéger ceux et celles qui incarnent la modernité en politique relève de la bonne santé de nos démocraties. On ne peut que souhaiter à Francia Márquez de pouvoir continuer son épopée politique dans les mêmes conditions que les nombreux autres candidats épargnés par les constantes menaces et attaques racistes, qui les distraient du véritable enjeu : plus de représentativité politique de profils justifiant à la fois d’une expérience et d’une expertise proche du peuple afin de rendre plus inclusif des projets de vivre ensemble. Tel est le défi d’une démocratie sabrosa !

Avec Jeune Afrique

Léonard Cortana

par Léonard Cortana

Doctorant en cinéma à la New York University et chercheur au Berkman Klein Center de Harvard

Nigeria: cinq choses à savoir sur le candidat du pouvoir Bola Ahmed Tinubu

juin 8, 2022

ÉLECTION. Retour en cinq points sur le parcours de l’influent ex-gouverneur de Lagos, vainqueur de la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023.

Bola Tinubu a domine la politique dans la capitale economique du Nigeria pendant plus de vingt ans.
Bola Tinubu a dominé la politique dans la capitale économique du Nigeria pendant plus de vingt ans.© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

« Le parrain », « le faiseur de rois », « le boss » : les surnoms ne manquent pas pour désigner Bola Ahmed Tinubu, homme politique nigérian aussi influent que controversé, désigné mercredi candidat du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023. « Je déclare Bola Ahmed Tinubu comme le candidat présidentiel de notre parti aux prochaines élections de 2023 », a déclaré Atiku Bagudu, responsable de l’élection de la primaire du Congrès des progressistes (APC) organisée à Abuja, la capitale. « Ceux qui ne m’ont pas soutenu, vous n’avez rien à craindre. Je construirai la meilleure nation pour nos enfants », a assuré Bola Ahmed Tinubu après sa victoire.

Ex-gouverneur de Lagos

Ce richissime musulman de 70 ans, ardent défenseur de la démocratie, en exil pendant la dictature militaire des années 1990, a gravi tous les échelons politiques au gré d’accusations de corruption, sans jamais être condamné.

Ancien sénateur puis gouverneur de Lagos, poumon économique du pays le plus peuplé d’Afrique, le chef historique du parti au pouvoir convoite désormais la plus haute marche : devenir président, « l’ambition de toute une vie ». « C’est mon heure, je suis instruit, j’ai de l’expérience. C’est mon tour », a-t-il insisté début juin.

Et en janvier déjà, Bola Ahmed Tinubu glissait devant des journalistes à Abuja : « Je n’ai vu écrit nulle part qu’un faiseur de rois ne peut pas être roi ».

Car cet homme de l’ombre caché sous son chapeau traditionnel yoruba a gardé une influence considérable dans sa région natale du sud-ouest après huit années passées (1999-2007) aux manettes de Lagos, mégalopole de 20 millions d’habitants.

Faiseur de rois

Fin stratège, il a toujours été perçu comme l’homme derrière toutes les nominations politiques dans son fief alors que le clientélisme reste omniprésent au Nigeria, jusqu’à se vanter d’avoir fait élire le président Buhari.

Pour beaucoup, au Nigeria, l’influence du chef historique du Congrès des progressistes (APC) a propulsé M. Buhari président en 2015 et permis sa réélection en 2019. À tort ou à raison, c’est là son plus grand succès qui a accentué son poids sur l’échiquier politique nigérian. D’autant qu’il s’agissait de la première alternance démocratique à la tête du Nigeria, depuis la fin des dictatures militaires et le retour de la démocratie en 1999. En 2015, l’APC a mis fin au règne du Parti démocratique populaire (PDP), au pouvoir depuis 16 ans.

Mais en tant que chef de l’APC, Bola Tinubu est fragilisé par le bilan plus que mitigé du président Buhari, qui termine son deuxième mandat sous le feu des critiques. L’ex-général putschiste n’a pas su enrayer les violences généralisées entre les groupes djihadistes dans le Nord-Est, les bandes criminelles dans le centre et le Nord-Ouest et l’agitation séparatiste dans le Sud-Est.

Sans évoquer le marasme économique et, sur les 220 millions d’habitants, les quelque 80 millions de Nigérians qui vivent encore sous le seuil d’extrême pauvreté. « Le boss » peut donc apparaître comme « appartenant à une vieille classe politique à court d’idées, présent depuis trop longtemps sur la scène politique, ce qui est vu comme une faute », explique Udo Jude Ilo, de l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).

Surtout après la répression sanglante d’une manifestation pacifique à Lagos en 2020 qui a révélé le fossé entre une jeunesse avide de changement – 60 % des Nigérians ont moins de 25 ans – et une élite âgée, personnifiée par le président (79 ans).

Un personnage controversé

D’autant que Bola Tinubu sera opposé pendant la présidentielle à Atiku Abubakar, ancien vice-président âgé de 75 ans et candidat du PDP, principal parti d’opposition. Et dans une vidéo publiée par la presse locale, M. Tinubu lançait à la jeunesse : « Vous aussi vous vieillirez, vous deviendrez président, mais je serai président d’abord. »

« C’est aussi un personnage controversé à cause des allégations de corruption, même s’il a de nombreux partisans qui le considèrent comme un visionnaire », poursuit M. Jude Ilo.

Après avoir quitté ses fonctions de gouverneur de Lagos, M. Tinubu a été mis en examen pour corruption, blanchiment d’argent et pour avoir plus d’une douzaine de comptes à l’étranger, puis innocenté.

Immense fortune

Sa fortune – dont la source et le montant exacts sont inconnus – fait beaucoup parler : il est considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays, ayant des parts dans de nombreuses entreprises, des médias à l’aviation, en passant par les hôtels et l’immobilier.

Le très influent ex-gouverneur de Lagos a remporté mercredi la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023, où il affrontera un autre vétéran de la politique nigériane, Atiku Abubakar, candidat du principal parti d’opposition.

L’insécurité au cœur de la future campagne

La sécurité sera un enjeu majeur de ce scrutin, le pays étant meurtri quasi quotidiennement par des violences criminelles et djihadistes. Le massacre dimanche de 22 personnes dans une église du sud-ouest du pays, région pourtant relativement épargnée par les violences, en est un cruel rappel. « Aucune force destructrice ne peut ramener le Nigeria en arrière », a assuré Bola Tinubu après sa victoire, saluant le travail des forces de sécurité et les appelant à « poursuivre le combat pour la survie de la nation ».

Par Le Point avec AFP

Kenya : la Dame de fer fera-t-elle gagner Raila Odinga ?

juin 4, 2022

Candidat à la présidentielle d’août, Raila Odinga est entré dans l’histoire en faisant d’une femme, Martha Karua, sa colistière. Mais cela sera-t-il suffisant pour lui permettre de l’emporter ?

Raila Odinga et sa nouvelle colistière, Martha Karua (L), à Nairobi le 16 mai 2022. © Tony KARUMBA/AFP

Candidat à la magistrature suprême pour la cinquième fois, Raila Odinga a décidé de frapper fort pour que la victoire ne lui échappe pas une nouvelle fois en août prochain. En désignant l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua comme colistière, le candidat entre dans l’histoire de la politique kényane et fait un pari osé alors que son principal adversaire, le vice-président William Ruto, faisait jusqu’à présent la course en tête.

Coup de fouet

Martha Karua pourra compter sur le soutien de l’électorat féminin et sur celui des défenseurs de l’égalité entre les sexes. Mais elle bénéficie aussi d’un ancrage territorial que lorgne le candidat Odinga, autour du Mont Kenya, une région où une grande partie du scrutin va se jouer. À 64 ans, cette avocate à la Haute Cour du Kenya est également connue pour ses positions sans concession contre la corruption.

« L’histoire nous appelle à combler le fossé entre les sexes dans notre pays, a déclaré Raila Odinga en annonçant le nom de sa colistière. L’histoire nous appelle à rendre la pareille aux femmes qui ont lutté et se montrées fidèles. L’histoire nous appelle à désigner notre première femme vice-présidente. »

La désignation de Martha Karua donne déjà un coup de fouet à la campagne de Raila Odinga, que les sondages créditent désormais d’une longueur d’avance. Mais l’intérêt médiatique que suscite l’Iron Lady (la Dame de fer) lui permettra-t-il d’entrer au palais présidentiel ? Rien n’est encore joué.

Martha Karua est immédiatement entrée en action. Portée par un mouvement favorable, elle s’est affichée en compagnie de plusieurs dirigeants politiques de la coalition qui soutient la candidature d’Odinga, Azimio la Umoja One Kenya Alliance. « Je suis venue pour planter les graines, je reviendrai pour arroser les cultures, puis je viendrai pour entretenir la terre et nous récolterons le moment venu », a-t-elle lancé lors d’un déplacement dans le comté de Meru.

Deuxième d’une famille de huit enfants, Martha Karua s’est très tôt forgée une personnalité affirmée. « Elle était dure même quand nous étions enfants, se souvient Jefta Karua, son frère cadet. Elle était un leader qui nous montrait la voie, et il n’y en avait pas deux, juste une. » Elle en découd parfois avec ses professeurs, mais décroche en 1980 un diplôme de droit à l’université de Nairobi puis est admise au barreau un an plus tard.

Pendant près de sept ans, elle oeuvre comme magistrate dans divers tribunaux des comtés de Nairobi et de Nakuru, avant de fonder son propre cabinet, Martha Karua & Co. Advocates, qu’elle a dirigé jusqu’en 2002. Elle fait campagne pour le multipartisme sous la présidence de Daniel Arap Moi et rencontre Raila Odeinga pour la première fois en 1990, alors qu’elle accepte de le défendre à la suite de son arrestation. « À l’époque, très peu d’avocats étaient prêts à me représenter, se souvient celui qui est maintenant son colistier. Mais cette femme, qui était une jeune avocate, a dirigé une équipe de 27 personnes pour dénoncer le caractère illégale de ma détention. »

Différends politiques

Le ticket Raila-Karua marque les retrouvailles de deux personnalités politiques qui se sont battues côte à côte au cours des 30 dernières années, mais qui ont souvent été en profond désaccord. Martha Karua a été élue pour la première fois au Parlement en 1992, la même année qu’Odinga. Après avoir été ministre de la Gestion et du Développement des ressources en eau du président Mwai Kibaki, puis ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles à partir de 2003, elle soutient Kibaki face à Odinga lorsqu’il brigue, en 2007, un second mandat.

Après les violences électorales de 2007-2008 (près de 1 500 morts), elle accuse le Mouvement démocratique orange (ODM) d’Odinga de « nettoyage ethnique », mais finit par servir à ses côtés dans le gouvernement d’unité nationale formé peu après pour apaiser les tensions. Elle quittera le gouvernement en avril 2009 après s’être opposée à Kibaki au sujet de nominations judiciaires.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2013, on lui demande si elle accepterait d’être la colistière d’Odinga. Et de nouveau, elle prend publiquement ses distances : « Je ne partage aucune valeur avec […] Raila Odinga et n’admire pas sa politique, déclare-t-elle. Je lui ai demandé de rentrer chez lui avec le président Kibaki. Tous deux ont été incapables d’éradiquer la corruption dans leurs rangs. » C’est Uhuru Kenyatta qui sera élu.

Neuf ans plus tard, leur relation s’est apaisée. « Je veux qu’elle travaille sur notre Constitution », a annoncé Odinga, dont elle dit désormais qu’il « s’est battu toute sa vie pour les droits des Kenyans et pour la justice sociale. »

Tous deux pensent déjà à l’après. S’il est élu, Odinga préfère éviter d’entretenir des relations tendues avec celle qui serait alors sa vice-présidente. Il ne veut pas se retrouver dans la même configuration politique que Kenyatta. « Comme Joshua dans la Bible, un vice-président doit résoudre les problèmes du président et non lui en poser, a-t-il d’ailleurs prévenu. Ce poste est destiné à alléger le fardeau du président et à faciliter le joug qu’il porte. »

Par Jeune Afrique – avec Son Gatitu, pour The Africa Report

Nigeria : l’ancien vice-président Atiku Abubakar candidat de l’opposition à la présidentielle

mai 29, 2022

L’opposant a été désigné candidat du PDP pour la présidentielle prévue en février 2023. Le parti au pouvoir a lui reporté d’une semaine sa primaire pour la course à la succession de Buhari.

Le candidat de l’opposition Atiku Abubakar le 19 février 2019 lors d’une réunion à Abuja © AFP

« Aujourd’hui nous écrivons l’histoire, une histoire qui, nous le croyons, va apporter des changements fondamentaux », a déclaré Atiku Abubakar à ses partisans réunis à Abuja, où le vote a été organisé ce 28 mai. À 75 ans, ce musulman du nord du pays a été désigné à l’issue d’une primaire du Parti démocratique populaire (PDP) et tentera pour la sixième fois de se faire élire président du pays le plus peuplé d’Afrique.

Le Congrès des progressistes (APC), au pouvoir, tiendra quant à lui sa primaire du 6 au 8 juin pour choisir un candidat devant succéder au président Muhammadu Buhari, qui a annoncé ne pas se représenter après ses deux mandats.

Divisions Nord – Sud

Pour tenter de concilier ce pays extrêmement divisé entre un Nord musulman et un Sud chrétien, et où vivent près de 250 ethnies, une règle tacite prévoit une rotation de la présidence tous les deux mandats entre les candidats du Nord et du Sud. Or, M. Abubakar, ancien chef des douanes et vice-président (1999-2007), est originaire du Nord, tout comme le président Buhari, contrairement à la plupart des principaux candidats de l’APC, originaires du sud.

La sécurité sera un enjeu majeur de l’élection de février 2023 car le pays est en proie à une insécurité généralisée. L’armée nigériane est déployée sur de multiples fronts, notamment dans le nord-est, théâtre d’une insurrection jihadiste depuis plus de 10 ans et dans le nord-ouest où des bandes criminelles pillent, kidnappent et tuent les habitants.

La cherté de la vie, un enjeu du scrutin

Depuis son retour à un régime civil en 1999, après une dictature militaire, le Nigeria a organisé six élections nationales qui ont souvent été entachées de fraudes, de difficultés techniques, de violences et de contestations juridiques. La plus grande économie d’Afrique, affaiblie par l’impact de la pandémie de Covid-19, subit désormais les retombées de la guerre en Ukraine, qui ont fait grimper les prix des carburants et des denrées alimentaires sur tout le continent.

Au moins 31 personnes ont été tuées samedi lors d’une bousculade survenue dans le sud du Nigeria durant une distribution de nourriture organisée par une Eglise, a déclaré la police. Ces dernières années, le Nigeria a connu plusieurs tragédies lors de bousculades liées à des distributions de nourriture, notamment en 2021 lors d’une opération organisée par une agence humanitaire dans l’Etat du Borno, dans le nord du pays, où sept femmes sont décédées après avoir été piétinées par la foule.

Avec Jeune Afrique

Nigeria : un présidentiable marié à une fillette de 13 ans

mai 16, 2022

Sani Yerima, ancien gouverneur de Zamfara qui vient de se lancer dans la course à la magistrature suprême, a justifié son union avec une enfant sur Channels TV cette semaine.

Les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. © Damien Glez

Dans la perspective du scrutin pour la magistrature suprême de 2023, c’est la foire d’empoigne avant la foire d’empoigne, le dévoilement des ambitions – ou des renoncements, comme celui de Goodluck Jonathan – avant la campagne électorale. Avant que les partis politiques puis les autorités ne se prononcent sur la validité de chaque candidature, les parcours professionnels et les vies privées des « candidables » sont passés à la moulinette des médias et de l’opinion. Début mai, Sani Yerima informait de son ambition présidentielle le chef de l’État sortant, Muhammadu Buhari, auquel il avait concédé, en 2007, le flambeau de leur formation, le All Nigeria Peoples Party (ANPP).

Promoteur de la charia

Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’ancien gouverneur de l’État nordiste de Zamfara remet le couvert après douze ans passés au Sénat. Resté célèbre pour avoir été le premier à promouvoir le système de la charia dans la zone qu’il gouverna entre 1999 à 2007, il est interrogé en particulier sur son expérience dans l’application du droit musulman. Lors d’une émission diffusée la semaine dernière sur Channels TV, le candidat à la candidature a eu à s’expliquer sur son choix d’épouser, en 2009, une Égyptienne de 13 ans.

Pas déstabilisé pour deux sous, le politicien est resté droit dans les bottes qu’il avait enfilées il y a bien des années. Lui qui considérait, en 2013 sur la même chaîne de télévision, que « la maturité pour le mariage était déterminée par les parents de la fille », s’est cette fois arc-bouté sur des considérations légales. « Il n’y a pas de loi au Nigeria qui détermine quand et comment vous vous mariez. Les musulmans ont la charia. Les chrétiens, je ne sais pas. » Et d’ajouter, stoïque : « Si j’avais fait quelque chose de mal, j’aurais été traduit en justice. »

Mariage avec des enfants légitimés

Certes, les militants des droits de l’enfant s’étaient insurgés lors de son mariage. Certes, le comité sénatorial chargé de la révision de la Constitution avait suggéré, en 2013, que soit supprimé un article indiquant que « toute femme mariée est réputée être majeure », entorse au fait que « le terme majeur désigne l’âge de 18 ans et plus ». Mais la recommandation n’avait pas obtenu le nombre de voix requis par la Constitution pour être validée…

Si l’article incriminé concerne la renonciation à la citoyenneté et non la définition formelle de l’âge minimum du mariage, les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. Le hashtag #ChildNotBride (« enfant pas mariée ») a été lancé, ainsi qu’une pétition en ligne, à l’ONU, qui a recueilli plus de 20 000 signatures. Sans succès majeur : seuls 23 des 36 États du Nigeria ont adopté la loi de 2003 sur les droits de l’enfant qui fixe l’âge du mariage à 18 ans.

Sani Yerima a pu profiter de cette faille légale pour épouser une fille de 13 ans. Reste à savoir si sa réputation l’empêchera d’obtenir l’investiture de son parti pour la présidentielle…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle française

avril 24, 2022
Il pose devant le palais de l'Élysée.

Le président français Emmanuel Macron a été réélu dimanche pour un second mandat de cinq ans face à sa rivale Marine Le Pen, qui réalise le plus important score de l’extrême droite à une élection présidentielle depuis le début de la Ve République, en 1958.

Le chef de l’État sortant obtient entre 57,6 % et 58,2 % des voix, selon les estimations.

Les Français ont donc choisi de reconduire un président centriste libéral et très pro-européen face à une candidate radicale qui a la priorité nationale au cœur de son projet et qui est extrêmement critique vis-à-vis de l’Union européenne.

Emmanuel Macron, 44 ans, est le premier président français à être réélu pour un second mandat en 20 ans depuis Jacques Chirac, en 2002, face au père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen.

Toutefois, cette élection s’inscrit dans un contexte d’abstention record, estimée à 27,8 % par la firme de sondage IFOP, un taux inédit pour un second tour depuis 1969 (31,3 %).

Le réflexe du front républicain ou du barrage à l’extrême droite, qui avait fonctionné il y a cinq ans, a cette fois-ci été moindre chez une partie des électeurs hostiles au président et lassés par la reprise du duel Macron-Le Pen.

À titre de comparaison, M. Macron avait remporté 66,10 % des suffrages en 2017, devançant largement Mme Le Pen (33,90 %).

Des athlètes canadiens qui tiennent des drapeaux du Canada.

Suite à sa défaite au second tour de la présidentielle française, Marine Le Pen s’est adressée à ses partisans.

Les défis de Marcon

À 53 ans, Mme Le Pen porte l’extrême droite à un niveau record en France, laissant augurer des temps difficiles pour le président réélu, dont le premier défi sera d’obtenir une majorité aux législatives de juin.

Il devra rassembler des Français divisés et répondre à une colère très prégnante depuis la crise des gilets jaunes de 2018-2019, qui n’a jamais été véritablement réglée.

Il devra aussi répondre aux angoisses suscitées par les successions de crises, de la pandémie de COVID-19 à la guerre en Ukraine.

Très discret, voire absent lors de la campagne du premier tour, M. Macron n’a pas ménagé sa peine par la suite, multipliant les déplacements, organisant de grandes réunions et s’adressant prioritairement à l’électorat de gauche, apparu comme l’arbitre du scrutin après que le tribun Jean-Luc Mélenchon est arrivé troisième au premier tour avec près de 22 % des voix.

Lors de sa dernière grande réunion, à Marseille, il y a une semaine, M. Macron, très critiqué sur son bilan vert, a promis qu’un nouveau quinquennat sous son règne serait écologique ou ne serait pas et a promis un renouvellement de la politique.

Souvent qualifié de président des riches, M. Macron a multiplié les gestes envers cet électorat de gauche, semblant prêt à des concessions sur certains points, notamment sa controversée et emblématique réforme des retraites, qu’il n’a pas réussi à mettre en œuvre au cours de son premier mandat.

Les abstentions

Ces promesses n’ont pas suffi à faire baisser le taux d’abstention lors de ce deuxième tour, qui tombait aussi au début des vacances scolaires, ni à susciter un fort vote d’adhésion.

Ainsi, Nicolas Moreau, 44 ans, conseiller municipal à Bersée, a expliqué avoir effectué un vote par obligation. Même constat chez Véronique, une habitante de Bersée, pour qui, entre les deux choix, on essaye de choisir le moins mauvais.Marine Le Pen vote.

Marine Le Pen lors de son vote pour le deuxième tour de la présidentielle, dimanche. Photo: Getty Images/Sylvain Lefevre

Battue pour la troisième fois de sa carrière à une élection présidentielle, Mme Le Pen, 53 ans, n’a pas réussi à briser le plafond de verre que représente en France l’éventualité d’une victoire de l’extrême droite. Avec son score élevé, elle place néanmoins sa famille politique et ses idées radicales encore plus au cœur de la scène française.

« Je poursuivrai mon engagement pour la France. »— Une citation de  Marine Le Pen

Mme Le Pen récolte ainsi les fruits d’une stratégie de dédiabolisation patiemment menée depuis une décennie. Elle a lissé et adouci son discours, banalisé son image, se montrant proche des préoccupations des Français, même si, sur le fond, son programme reste aussi radical, notamment en ce qui a trait à l’immigration et aux institutions.

Le plus dur commence avec un nouveau rendez-vous électoral, celui des élections législatives, en juin, où le président tentera d’asseoir sa majorité, tandis que ses opposants tenteront de se rendre incontournables.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

France-Présidentielle : « L’effet des débats sur les intentions de vote est nul »

avril 20, 2022

ENTRETIEN. L’économiste Caroline Le Pennec a montré, par ses recherches, que l’impact d’un débat télévisé dans le cadre d’élections est la plupart du temps négligeable.

Le debat d'entre-deux-tours du 3 mai 2017.
Le débat d’entre-deux-tours du 3 mai 2017.© ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

Le débat d’entre-deux-tours : un moment incontournable de la campagne, qui nous semble pouvoir changer la donne. Après le débat de 2017, il nous paraissait, par exemple, clair que la performance désastreuse de Marine Le Pen avait mis fin à ses chances d’accéder à la présidence de la République française. Mais comment mesurer effectivement l’effet de ces débats télévisés sur les intentions de vote ? Caroline Le Pennec, professeure adjointe au département d’économie appliquée de HEC Montréal, s’est penchée sur la question dans un article publié dans la série de working papers du NBER« The minimal effects of TV debates between candidates ».

Pour madame Le Pennec et ses coauteurs, le constat est clair : les effets des débats télévisés sur les intentions de vote sont négligeables, les électeurs n’étant pas influençables par un seul moment de télévision, mais s’intéressant au contraire aux programmes et suivant l’actualité politique dans les mois précédant l’élection. Entretien.

Le Point : D’après vos recherches, les débats télévisés n’influencent pas les électeurs. Pourquoi avoir cherché à mesurer ça et comment y être parvenu ?

Caroline Le Pennec : La raison pour laquelle nous nous sommes intéressés au sujet avec mon collègue Vincent Pons, c’est que nous avons cette intuition que les débats télévisés sont des moments charnières d’une campagne électorale, où tout peut se jouer et qui va avoir un impact déterminant sur le choix des électeurs et des résultats finaux.

En fait, nous n’en savons rien : la manière dont nous essayons habituellement de déterminer l’effet d’un débat consiste à comparer les sondages avant et après le débat, et à regarder s’il y a du changement, et à attribuer ce changement éventuel au débat. Mais en vérité, il y a énormément de choses qui se passent pendant une campagne. Il est donc difficile de dire si les changements, les fluctuations dans les sondages qu’on observe sont vraiment attribuables uniquement aux débats. Dans ce projet qu’on mène, nous proposons une méthode nouvelle pour estimer de manière plus rigoureuse l’impact réel des débats. Nous combinons des données d’enquête autour de beaucoup de débats qui ont lieu dans différents pays, avant différentes élections et surtout à différents moments de la campagne.

Notre échantillon total contient 56 débats qui ont lieu dans sept pays différents (dont la France ne fait pas partie, NDLR) de 1960 à 2016. Grâce à notre méthode, on peut vraiment estimer l’effet réel des débats sur la prise de décision des électeurs, tout en contrôlant ces autres choses qui ont lieu pendant la campagne. C’est grâce à ces méthodes qu’on établit effectivement que les débats ont un effet complètement négligeable sur la prise de décision des électeurs. Ça veut dire que les débats n’aident pas vraiment les électeurs à converger vers leur choix final.

On a pourtant l’impression que le débat est l’alpha et l’oméga de la démocratie, ce qui permet de se forger une opinion éclairée. Mais peu importe la conclusion d’un débat, un électeur reste-t-il inamovible dans son choix de candidat ?

Nos conclusions, heureusement, ne sont pas si déprimantes que ça. Au contraire : cette expérience des débats est propre à cet exercice très particulier du débat télévisé entre les candidats principaux. Ça ne veut pas dire que toutes les informations que les électeurs reçoivent pendant la campagne sont inutiles, loin de là. Entre 15 et 30 % des électeurs vont décider pour qui voter pendant les deux mois qui précèdent l’élection. Il y a donc une fraction non négligeable de l’électorat qui décide pour qui voter pendant la campagne. Ces électeurs-là utilisent bien l’information qu’ils reçoivent pendant la campagne, mais le font de manière continue.

Ce ne sont pas de grands événements médiatiques ponctuels comme les débats qui vont vraiment les faire changer d’avis, mais au contraire tout un flot d’informations qu’ils ont reçues pendant la période électorale. C’est plutôt une bonne nouvelle pour la démocratie : ça suggère que les électeurs sont suffisamment sophistiqués pour accumuler l’information et attendre d’avoir toutes les clés en main pour prendre leur décision. Les électeurs ne sont pas des girouettes qui vont changer d’avis au moindre événement médiatique.

Quelle est l’influence du groupe social sur le vote ?

Cela fait partie de ce que les politologues appellent parfois les facteurs fondamentaux ; le groupe social auquel on appartient, son affiliation partisane, le fait qu’on se sente, pour des raisons sociologiques ou économiques, plus à gauche ou plus à droite, qui incite à toujours voter pour le candidat de gauche ou celui de droite. On montre dans notre article, en revanche, que même chez les individus ayant une affiliation partisane très forte, certains vont changer d’avis pendant la campagne. Ils utilisent aussi l’information qu’ils ont reçue pour déterminer le candidat qui correspond le mieux à leurs préférences.

Si le débat a participé au résultat de 2017, c’est vraiment à la marge.

Cet effet est-il tempéré par le type de système politique ? Un système à deux partis rend-il la possibilité de changer de camp plus faible ?

Oui, c’est effectivement quelque chose qu’on voit clairement dans nos données. Aux États-Unis, il y a beaucoup moins de cet effet de convergence ; les électeurs sont beaucoup plus stables dans leurs intentions de vote au cours de la campagne. À l’inverse, dans les pays à partis multiples, comme la France, les campagnes peuvent le plus influencer les électeurs.

Les débats n’ont eu aucun impact sur les décisions de vote dans aucun des pays que vous avez étudiés ?

En effet, on retrouve cette absence d’effet dans les sept pays que nous avons étudiés. Par ailleurs, la distance entre le débat et le vote ne change rien à cette absence d’effet.

Le débat de 2017 a pourtant semblé avoir eu un impact sur les intentions de vote des Français, non ?

C’est difficile à dire : quand on regarde un seul débat, on ne peut jamais être sûr que la tendance dans les intentions de vote qu’on observe avant et après est vraiment due au débat et pas à d’autres choses. Peut-être que la campagne de Marine Le Pen était déjà dans une période d’essoufflement à ce moment-là. Ce qu’on peut dire, c’est que l’effet moyen, l’effet auquel on s’attendrait, est plutôt nul. Si le débat a participé au résultat de 2017, c’est vraiment à la marge.

S’il n’y a rien à gagner à débattre, pourquoi les politiciens se prêtent au jeu ?

De la même manière que nous, en tant qu’électeurs, nous avons l’impression que les débats sont importants, les candidats ont cette même intuition. On l’a d’ailleurs bien vu pendant cette campagne, puisqu’on a discuté du fait qu’Emmanuel Macron ne voulait pas débattre. Il y a cette conscience collective que le débat télévisé est extrêmement important, que c’est un passage obligatoire de la campagne. C’est aussi à cela que sert la recherche scientifique, à remettre en cause les idées reçues !

Avec Le Point propos recueillispar Gabriel Bouchaud

Achille Mbembe : « Pour contrer le projet raciste de Marine Le Pen, s’abstenir ne suffira pas »

avril 20, 2022

À quatre jours du second tour de la présidentielle française, l’historien camerounais appelle les Français-Africains à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage au projet de Marine Le Pen.

Affiches électorales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, en vue du second tour de l’élection présidentielle française du 24 avril 2022. © Francois Henry/REA

Contrairement à ce que beaucoup pensent, tout est clair et on sera bref. Cela fait près d’un demi-siècle qu’à intervalles plus ou moins réguliers la France se fait pincer mais refuse obstinément de se réveiller et de faire face, une bonne fois pour toutes, à ce qu’un jour Aimé Césaire appela « le formidable choc en retour ».

Le poète martiniquais faisait alors allusion à cette manière qu’ont les peuples de se taire à eux-mêmes la vérité pendant longtemps, jusqu’à ce que, tel un boomerang, elle leur revienne à la figure.

Du poison dans les veines

À ses yeux, une étroite parenté liait entre elles les trois figures de la décivilisation et de l’ensauvagement du monde qu’étaient le nazisme, le fascisme et le colonialisme.

Avant d’être la victime du nazisme et du fascisme, jugeait-il, l’Europe avait été l’artisan invétéré du colonialisme. Elle avait toléré les procédés colonialistes et le racisme sordide qui en était le corollaire tant que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde, les Jaunes du Tonkin et les Nègres d’Afrique en étaient les principales cibles.

Elle avait soutenu le nazisme et le fascisme, les avait absous et légitimés tant qu’ils ne broyaient que les Juifs et d’autres peuples considérés comme non-européens.

LE TSUNAMI FASCISANT MENACE, ET LES DIGUES RISQUENT DE CÉDER

Puis, un beau jour, la mâchoire infernale se referma sur elle-même. Les gestapos se mirent à s’affairer, les prisons à se remplir et les tortionnaires à discuter autour des chevalets. C’est alors que l’on commença à s’étonner et à s’indigner. Mais il était bien trop tard. Le poison était dans les veines.

La France est appelée aux urnes ce dimanche 24 avril alors que le poison, une fois de plus, est déjà dans les veines. Le tsunami fascisant menace et, si rien de décisif n’est fait, les digues risquent de céder. Campagnes désolées, zones désindustrialisées, banlieues à l’abandon, services publics évaporés… La haine s’est amplifiée et la colère gronde. Les fragilités se sont accumulées, et nombreux sont ceux qui sont déterminés à renverser la table.

Compte tenu des rapports asymétriques qui, colonisation oblige, lient encore nos États à la France, le choix que feront les citoyens français aura, qu’on le veuille ou non, des conséquences directes sur nos vies, aussi bien en Afrique que dans l’Hexagone même.

Le choix ne portant plus que sur deux candidats, il n’en fallait pas davantage pour que les contempteurs du système électif et tous ceux qui ne croient guère en la révolution par les urnes montent au créneau. Beaucoup préconisent l’abstention.

IL FAUT DÉNONCER À HAUTE VOIX LES TURPITUDES QUI NOUS ONT CONDUITS À CE CUL-DE-SAC

Les électeurs seraient piégés entre la peste et le choléra – deux dangers sinon équivalents, du moins proches, dont ils ne voudraient point, nous assure-t-on. L’ordolibéralisme cassant, autoritaire et policier d’Emmanuel Macron serait annonciateur du néofascisme et du racisme sordide de Marine Le Pen, ne cesse-t-on de répéter.

Tout cela est faux, et il faut le dire à haute voix, comme il faut dénoncer avec toute la véhémence nécessaire les turpitudes qui nous ont conduits à ce cul-de-sac, les sottises entendues ici et là à chaque fois qu’il a fallu inventer des moulins à vent et se gargariser de sornettes, à l’exemple des débats sur « l’islamo-gauchisme », le « décolonialisme », le « wokisme », le « laïcisme » et tous les autres mots en « -isme ».

Régression universelle

Tout cela est faux, puisqu’il suffit de lire mot à mot le programme de Marine Le Pen pour prendre conscience de la nature diabolique de son projet. Il ne menace pas seulement nos moyens d’existence. Il conteste fondamentalement notre droit d’exister, et nous voici, conscients ou pas, le dos au mur.

L’ACCESSION AU POUVOIR DE MARINE LE PEN INAUGURERA UNE PÉRIODE DE BRUTALITÉ SANS PRÉCÉDENT

Inspirée des lois de l’apartheid qui furent en vigueur en Afrique du Sud, sa politique consistera à ériger la discrimination raciale en principe constitutionnel, par la voie d’un référendum. Son accession au pouvoir inaugurera une période de brutalité sans précédent contre tous ceux qui ne seront pas des « siens ». Des milliers d’Africains seront renvoyés en Afrique, tandis que les droits fondamentaux de nombreux citoyens français d’origine nègre risquent d’être, dans la pratique, vidés de leur contenu, à commencer par le droit à l’égalité.

Les États africains qui s’opposeront à la réadmission des leurs, expulsés de France, se verront refuser toute demande de visas, tout transfert d’argent, tout versement d’aide au développement. Voilà comment l’extrême droite française espère « modifier la composition et l’identité du peuple français ».

Derrière les doux euphémismes des termes « remigration » et « préférence nationale » se cache une chose et une seule : le rêve de contraindre la plupart des Africains établis en France depuis plusieurs générations à faire, en sens inverse, le chemin de croix que bien des esclaves africains firent lors de la traversée vers le Nouveau Monde, entre le XVe et le XIXe siècles.

Politique de la terre brûlée

Depuis une semaine, je passe au peigne fin les arguments de ceux qui, prenant à tort Emmanuel Macron pour une préfiguration de Marine Le Pen, préconisent l’abstention.

COMMENT LE GESTE ABSTENTIONNISTE PROTÈGERA-T-IL DE LA FURIE LEPÉNISTE CEUX FRAPPÉS DU « MALHEUR DE LA COULEUR »?

Nulle part n’ai-je trouvé de réponse à la seule question qui vaille aujourd’hui la peine d’être posée. Comment, le 25 avril au matin, le geste abstentionniste protègera-t-il de la furie lepéniste ceux d’entre nous frappés du « malheur de la couleur » ? Allons plus loin. Pourquoi devrions-nous servir de charbon de bois et être sacrifiés pour ceux aux yeux desquels punir Macron passe avant toute chose, y compris avant la lutte contre le fascisme et le racisme ?

Les choix religieux et les choix électoraux ne relèvent ni de la même catégorie ni du même type de calcul. Ils ont cependant un point commun. Tous les deux  mettent en jeu, à des degrés divers, la liberté de conscience.

Le 24 avril prochain, chacun votera donc en son âme et conscience, et c’est bien ainsi. Pour nombre de ceux qui sont tentés de voter pour Marine Le Pen ou de s’abstenir, ce qui risque de nous arriver au cas où elle prendrait le pouvoir ne compte peut-être pour rien. Cela ne les concerne peut-être pas. Se préoccupent-ils seulement de savoir qui paiera le prix de la dévastation, ou même pourquoi certains d’entre nous finissent toujours par porter plus que leur part du fagot ?

LE PRIX DU CYNISME ET DU NIHILISME, CE SONT LES PLUS VULNÉRABLES QUI LE PAIENT

Aveuglés par la colère et maintes déceptions, d’autres encore sont si désenchantés qu’ils sont prêts à s’en remettre à la politique de la terre brûlée. À leurs yeux, il faut, désormais, tout raser. Que mettra-t-on à la place, nul ne le sait précisément. Détruisons toujours, il en sortira bien quelque chose, font-ils semblant de croire, et ce qui en sortira ne sera jamais pire que ce qui aura été calciné.

Cela est également faux. Et il faut le dire à haute voix. Une certaine critique nihiliste du monde et de la démocratie débouche presque toujours sur l’apologie de la politique de la terre brûlée. Or, il n’y a strictement rien d’émancipateur, de radical ou d’anticolonial dans une telle politique. Parce qu’en son noyau ne se trouve aucun grain d’espérance, celle-ci relève foncièrement du cynisme. Et le prix du cynisme et du nihilisme, ce sont en général les plus vulnérables et les plus exposés qui le paient.

Ni quitus, ni marchandage, ni quiproquo

Il est des moments où simuler la vertu, la pureté ou la radicalité dans le vide ou pour des besoins d’auto-gratification narcissique se retourne facilement en son contraire. À dénoncer sans répit la démocratie électorale qui, ne cesse-t-on d’asséner, vole inévitablement notre souveraineté, on finit par se mentir à soi-même.

Foin donc de tous les prétextes ! Que chacun assume donc, sans fard, son choix. Pour ceux qui le veulent, il y aura, le 24 avril, trois manières de soutenir le national-libéralisme et le fascisme. La première est de s’abstenir. La deuxième est de voter blanc. La troisième est, dans le confort de l’isoloir, de voter carrément pour Le Pen.

SAUF À S’OFFRIR LE LUXE DE LA CÉCITÉ VOLONTAIRE, LA SEULE FAÇON DE BARRER LA ROUTE AU RACISME CONSTITUTIONNEL EST DE VOTER POUR MACRON

Mais qu’on se le dise clairement. Sauf à s’offrir le luxe de la cécité volontaire, la seule et unique façon de barrer pour le moment la route au racisme constitutionnel en France est de voter pour Emmanuel Macron.

Il faudra, pour ceux qui souscrivent à cette proposition, le faire en toute liberté, sans condition, sans états d’âme et sans contrepartie, le cœur léger.

Il ne s’agira ni d’un quitus, ni d’un marchandage, ni d’un quiproquo. C’est justement pourquoi, à peine le bulletin déposé dans l’urne, l’on sera en droit de lui opposer, de la manière la plus tenace et la plus implacable qui soit, l’exigence de justice universelle et de réparation inscrite dans le rêve d’un monde en commun, cette antithèse de la proposition raciste.

« Pluie de la mort »

C’est le genre de choix que ne purent malheureusement faire valoir, en leur temps,  la plupart de ceux qui nous ont précédés. Tel l’empereur Haïlé Sélassié. Prenant la parole devant la Société des nations, à Genève, en juin 1936, il se fit copieusement conspuer. Les troupes de Mussolini avaient envahi l’Éthiopie le 3 octobre 1935. L’empereur décréta la mobilisation générale. Face à la résistance éthiopienne, les fascistes italiens décidèrent d’arroser le pays au gaz moutarde, la « pluie de la mort », comme le décrivit le Négus.

Marine Le Pen et l’extrême droite française sont la traduction contemporaine de cette « pluie de la mort » qui faucha près de 250 000 Éthiopiens. Ils sont la manifestation de tout ce qu’Aimé Césaire nous a appris du colonialisme, ce fils aîné du nazisme et du fascisme.

CET ENSAUVAGEMENT DU CONTINENT EUROPÉEN, ZEMMOUR ET LE PEN EN SONT LA CRAPULEUSE ILLUSTRATION

Il faudrait d’abord étudier, disait-il, « comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral ».

Il faudrait, ajoutait-il, « montrer que chaque fois qu’il y a, au Vietnam, une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte ; une fillette violée, et qu’en France on accepte ; un Malgache supplicié, et qu’en France on accepte », « une régression universelle s’opère, une gangrène s’installe, un foyer d’infection s’étend ».

Et de conclure qu’au bout de tous « ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent ».

Ce poison dans les veines de la culture et cet ensauvagement lent, mais sûr, l’extrême droite des Zemmour, Marine Le Pen et autres en sont la crapuleuse illustration. Ils rôdent sous notre nez et, de tous les peuples de la Terre, nous devrions être les derniers à nous offrir le luxe de faire comme si ce n’était pas le cas.

Achille Mbembe

Par Jeune Afrique par Achille Mbembe

Historien et politologue camerounais.

Kenya : entre Ruto et Odinga, la campagne présidentielle tourne au vinaigre

avril 17, 2022

Depuis que le chef de l’État l’a trahi, le vice-président, William Ruto, ne retient plus ses coups contre son adversaire dans la course à la magistrature suprême, Raila Odinga. Retour sur un duel sans merci.

Raila Odinga (à g.) et William Ruto à Nairobi, le 24 février 2013. © REUTERS/Thomas Mukoya

« Concours de beauté » à Londres : c’est ainsi que les observateurs étrangers ont raillé le chassé-croisé des deux principaux candidats à l’élection présidentielle kényane dans la capitale britannique, à quelques jours d’intervalle en mars dernier.

Le vice-président, William Ruto (le « roi de l’arnaque »), et l’ancien Premier ministre Raila Odinga (« l’héritier ») font dans l’antagonisme personnel plutôt que dans la bataille d’idées. Un travers de campagne qui n’échappe pas aux réseaux sociaux qui relaient tant les insultes personnelles et ethniques que les accusations entièrement fabriquées.

On en oublierait presque que les 22 millions de juges ultimes de ce duel fratricide sont appelés à déposer leur verdict dans les urnes le 9 août prochain.

Tragédie shakespearienne

À Londres, le vice-président a voulu s’ériger en homme de paix dans cet affrontement électoral. Mais il n’a pas pu s’empêcher de s’engager sur le terrain glissant des violences qui ont éclaté au Kenya après le scrutin de 2017. Alors que Raila Odinga avait contesté les résultats donnant Kenyatta vainqueur, William Ruto a promis de respecter le verdict des urnes.

BEAUCOUP ONT DIT QU’ILS ALLAIENT TRUQUER L’ÉLECTION ET QUE, MÊME SI JE L’EMPORTAIS, KENYATTA NE ME CÈDERAIT PAS LE POUVOIR

« J’aimerais que tous les autres candidats s’engagent à reconnaître le résultat des élections. Ils ne le font pas parce que ce ne sont pas des gens sérieux. Beaucoup ont dit qu’ils allaient truquer l’élection et que, même si je l’emportais, Kenyatta ne me cèderait pas le pouvoir », a déclaré le vice-président.

Point de non-retour

Cette phrase en dit long sur une bataille électorale qui tourne à l’affaire personnelle. Le parcours de William Ruto recèle l’origine des rancœurs. Au lendemain des violences postélectorales qui, en 2007-2008, firent plus de 1 500 morts, Uhuru Kenyatta, issu de l’ethnie kikuyue, et William Ruto, le Kalenjin, tous deux sous le coup de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans cette crise, se rapprochèrent afin de mieux se protéger.

Puis William Ruto a travaillé sans relâche pour le gouvernement d’Uhuru Kenyatta, qui a utilisé ses compétences en matière de mobilisation politique –­avant de l’abandonner. Aujourd’hui, un point de non-retour a été atteint : après avoir publiquement désigné Ruto comme son successeur, Uhuru Kenyatta a retourné sa veste, et finalement apporté son soutien à Raila Odinga, le leader de l’opposition.

Comme dans les tragédies shakespeariennes, le combat entre les rois fait rage, assorti de son lot d’accusations. Mais la société civile ne semble guère apprécier le spectacle : le journaliste et militant John Githongo parle d’ »une élection qui porte essentiellement sur rien ». Pour lui, la joute entre Ruto et Raila est dépourvue de grandes idées. De nombreux Kényans, en particulier les plus jeunes, semblent d’accord. L’inscription des électeurs dans certaines zones urbaines a été plus faible que lors des précédents scrutins.

Le candidat préféré ?

Pour l’heure, William Ruto est persuadé d’avoir été reçu à Londres et à Washington grâce à un statut de « candidat favori de l’Occident », une petite musique reprise allègrement par ses partisans. Mais les responsables des deux capitales ont rejeté cette affirmation, en soulignant que son rival, Raila Odinga, bénéficiera exactement du même niveau d’accès en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Pour les diplomates des deux États occidentaux, le Kenya est un point d’ancrage dans la région, alors que son voisinage est dangereux : les conflits en Éthiopie, en Somalie et au Sud-Soudan se poursuivent, tandis que la junte militaire soudanaise massacre depuis six mois des manifestants civils favorables à la démocratie. Le Kenya accueille notamment le complexe de camps de réfugiés de Dadaab, qui abrite plus de 400 000 Somaliens.

Avec Jeune Afrique par Julian Pecquet et Patrick Smith

France: Crash historique pour Pécresse et la droite traditionnelle

avril 10, 2022
Crash historique pour Pécresse et la droite traditionnelle© AFP/Nassim GOMRI, Chloe ROUVEYROLLES-BAZIRE

La droite traditionnelle a connu un crash historique dimanche au premier tour de la présidentielle, Valérie Pécresse tombant à environ 5 % des voix selon les estimations, ce qui complique l’avenir des Républicains, forcés à la refondation sous peine de disparaître.

« Séisme », « claque »… la défaite était attendue mais jamais les cadres LR n’auraient pu imaginer tomber autour, voire sous les 5 % permettant le remboursement de frais de campagne.

Pire, la candidate LR arrive derrière Eric Zemmour — un camouflet pour l’équipe qui espérait encore, il y a quelques jours, sauver les meubles avec un score au dessus de 10 %.

A l’annonce des résultats, un grand gémissement a parcouru le public d’élus et sympathisants LR rassemblés à la Maison de la chimie à Paris.

« C’est une déception personnelle et collective », a déclaré Valérie Pécresse, qui, rappelant « (son) engagement contre les extrêmes », a aussitôt annoncé qu’elle voterait « en conscience » pour Emmanuel Macron au deuxième tour.

C’est la deuxième fois que le principal parti de droite échoue à franchir le premier tour de la présidentielle: en 2017, François Fillon avait fait 20 %, ce qui était alors le plus mauvais score d’un candidat de droite à la présidentielle.

Depuis, LR a vécu un nouveau traumatisme avec les 8,5 % de François-Xavier Bellamy aux européennes de 2019.

Dimanche, le parti a semblé toucher le fond.

« La droite républicaine vient de mourir sous la forme qu’on lui a jusqu’à présent connue » a tweeté le maire de Chalon-sur-Saône Gilles Platret, pour qui « tout est à rebâtir ».

Créditée de 17-18 % des voix en janvier, Valérie Pécresse apparaissait alors capable de se qualifier pour le second tour. Mais elle n’a cessé de baisser ensuite, plombée par son meeting raté du 13 février au Zénith et la guerre en Ukraine avec laquelle elle a pâti d’un « effet drapeau ».

« Renouvellement »

Les raisons de la défaite étaient anticipées. Grignotés sur leur droite par Eric Zemmour, Les Républicains ont également souffert de la fuite de l’électorat modéré vers Emmanuel Macron qui a su s’inspirer des thématiques de LR.

Valérie Pécresse a aussi payé le silence de Nicolas Sarkozy, largement interprété comme un soutien tacite au président sortant.

« Ce n’est pas la défaite de la droite mais celle d’une candidate », estimait dimanche le sénateur Stéphane Le Rudulier.

A cela a pu s’ajouter, au fur et à mesure que Marine Le Pen montait dans les sondages, un réflexe de « vote utile » qui a achevé de déporter les électeurs modérés sur Emmanuel Macron.

Mais plus profondément « on a payé une forme de non-renouvellement idéologique », affirmait dimanche le député souverainiste Julien Aubert en déplorant « les guerres du passé » qui ont continué à jouer.

L’approche du second tour risque d’achever la scission autour de la douloureuse question de la consigne de vote.

Dès dimanche soir, Eric Ciotti a refusé de donner toute consigne, estimant qu’il ne se « reconnaissait pas » dans la candidature d’Emmanuel Macron. Mais le patron des députés LR Damien Abad a annoncé qu’il voterait pour le chef de l’Etat.

L’avenir s’annonce aussi très compliqué pour le parti.

« Aujourd’hui les LR, à force de vouloir être le centre et la droite, sont menacés de n’être presque rien », affirmait M. Aubert.

« Les lâches vont partir d’un côté ou de l’autre, qu’ils partent. Aux autres de remonter un message politique », estimait pour sa part le secrétaire général du parti Aurélien Pradié.

Même son de cloche du côté des militants: « La droite traditionnelle est cramée pour un bon bout de temps, à moins qu’un leadership émerge. Ça va être dur de revenir en politique en France ?, estimait Hervé Cadoret, 62 ans.

Très vite va se poser la question des législatives, les 12 et 19 juin, et du moyen de préserver la centaine de sièges détenus par LR.

Jean-François Copé a plaidé dimanche pour que Macron associe la droite à « un nouveau pacte gouvernemental ». Mais d’autres n’accepteront jamais un tel compromis, au risque de radicaliser le parti.

Le comité stratégique de LR et les députés se réuniront dès lundi pour discuter de l’après.

Par Le Point avec AFP