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Présidentielle au Kenya : interrogations et contestations après la victoire de William Ruto

août 16, 2022

Raila Odinga a rejeté mardi 16 août les résultats de la présidentielle annoncés la veille donnant la victoire sur le fil à son rival, William Ruto.

Des partisans du candidat Raila Odinga manifestent contre le résultat de la présidentielle, le 15 août 2022 à Kibera, au Kenya. © Gordwin Odhiambo/AFP

Après six jours d’attente et de calme, malgré l’impatience palpable, le vice-président sortant William Ruto a été déclaré vainqueur lundi 15 août de l’élection du 9 août avec 50,49% des voix contre 48,85% – soit un écart d’environ 230 000 bulletins de vote – pour son principal rival, Raila Odinga.

Ruto avait fait du pouvoir d’achat son cheval de bataille, promettant des emplois quand trois personnes sur dix vivent dans l’extrême pauvreté dans un pays éprouvé par les effets de la pandémie et de la guerre en Ukraine, et où l’inflation a explosé.

Raila Odinga a rejeté ces résultats. « Ce à quoi nous avons assisté hier est une parodie et un mépris évident de la Constitution », a affirmé ce vétéran de la politique, qui, à 77 ans, se présentait pour la cinquième fois. En 2013 et 2017, il avait déjà contesté les résultats devant la Cour Suprême, qui avait cette dernière année invalidé le scrutin. « Nous poursuivrons toutes les options légales et constitutionnelles à notre disposition. Nous le ferons au regard des nombreuses failles dans les élections », a-t-il déclaré lors de sa première allocution depuis l’annonce de sa défaite, dénonçant le rôle joué selon lui par la Commission électorale indépendante (IEBC), marquée par des divisions internes.

Manifestations

Sitôt les résultats donnés par une Commission électorale sous haute pression, des partisans de Raila Odinga avaient laissé éclater leur déception. Des manifestations ont secoué plusieurs quartiers populaires de la capitale Nairobi, comme Mathare, Kayole et Kibera. Des pneus ont été enflammés pour bloquer des rues dans ce bidonville fidèle à Odinga, figure de l’opposition à qui le président sortant Uhuru Kenyatta avait apporté son soutien pour cette présidentielle.

À Kisumu (Ouest), autre bastion d’Odinga, la colère a pris la forme de barricades et de jets de pierre, des magasins ont été pillés et la police a usé de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Le président élu Ruto avait de son côté promis lundi soir qu’il travaillerait avec « tous les leaders » politiques.

« S’abstenir de toute violence »

Plusieurs pays africains, dont l’Éthiopie et la Somalie voisines, le Rwanda ou encore la Guinée-Bissau, ont d’ores et déjà félicité Ruto. De son côté, l’ambassade des États-Unis au Kenya a félicité « le peuple kényan d’avoir exercé son droit de vote lors des élections du 9 août » lors desquelles les 22,1 millions d’électeurs inscrits devaient également choisir leurs parlementaires et leurs élus locaux.À LIREKenya : le bilan économique d’Uhuru Kenyatta

Des partisans du président élu William Ruto, fêtent sa victoire, le 15 août 2022 à Eldoret, au Kenya. © SIMON MAINA/AFP

Des partisans du président élu William Ruto, fêtent sa victoire, le 15 août 2022 à Eldoret, au Kenya. © SIMON MAINA/AFP

Coup de théâtre

La Commission indépendante, bien que saluée par les observateurs internationaux et locaux pour sa gestion le jour du scrutin, se trouve cette année encore sous le feu des critiques. Un coup de théâtre est venu semer le trouble lundi.

Quelques minutes avant que son président n’annonce les résultats de la présidentielle, quatre de ses sept membres se sont désolidarisés de l’organisme indépendant, expliquant brièvement leur position lors d’une conférence de presse surprise par le « caractère opaque du processus ».

Tout recours en justice doit désormais être déposé auprès de la Cour suprême dans les sept jours après l’annonce des résultats. La plus haute instance judiciaire du pays dispose ensuite de 14 jours pour rendre sa décision, et, en cas d’annulation du scrutin, une nouvelle élection doit se tenir dans les 60 jours. Si personne ne saisit la justice, William Ruto prendra ses fonctions dans les deux semaines à venir.

Par Jeune Afrique avec AFP

Kenya : William Ruto proclamé vainqueur de la présidentielle

août 15, 2022

La Commission électorale indépendante a annoncé que William Ruto avait remporté l’élection présidentielle, avec 50,49 % des suffrages exprimés, contre 48,86 % pour Raila Odinga. Plusieurs membres de la Commission se sont désolidarisés de ces résultats.

William Ruto, après avoir voté lors de la présidentielle du 9 août 2022. © AP/SIPA

L’ancien vice-président d’Uhuru Kenyatta a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle qui s’est tenue le mardi 9 août, après près d’une semaine d’une attente sous tension pour les Kényans.

Selon les chiffres proclamés par Wafula Chebukati, le président de la Commission électorale indépendante, William Ruto a remporté 50,49 % des suffrages exprimés (7,17 millions de votes), et Raila Odinga a été crédité de 48,86 % des voix (6,94 millions de votes). William Ruto remporte donc ce scrutin particulièrement serré dès le premier tour, mais avec une très courte avance.

« Il n’y a pas de place pour la vengeance »

Des partisans de William Ruto fêtent l'annonce de sa victoire, le lundi 15 août 2022 à Eldoret. © Brian Inganga/AP/SIPA
Des partisans de William Ruto fêtent l’annonce de sa victoire, le lundi 15 août 2022 à Eldoret. © Brian Inganga/AP/SIPA

Le scrutin, qui s’est déroulé dans le calme, a été marqué par une participation en baisse: environ 65% des 22,1 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes le 9 août, contre 78% lors du dernier scrutin de 2017.

À 55 ans, Ruto devient le premier Kalenjin a être élu président depuis vingt ans, succédant à deux présidents issus de la communauté kikuyu. « Je travaillerai avec tous les leaders » politiques, dans un pays « transparent, ouvert et démocratique », a-t-il assuré après l’annonce de sa victoire. « Il n’y a pas de place pour la vengeance », a-t-il poursuivi, se disant « totalement conscient » que le pays « est à un stade où nous avons besoin de tout le monde sur le pont ».

Les heures qui vont suivre vont de fait être cruciales pour le pays, qui a connu à plusieurs reprises des épisodes de violences postélectorales meurtrières, notamment en 2007 et en 2017.

Dissensions au sein de la Commission

Des partisans de Raila Odinga manifestent à Nairobi contre la victoire annoncée de William Ruto, le lundi 15 août 2022. © Ben Curtis/AP/SIPA
Des partisans de Raila Odinga manifestent à Nairobi contre la victoire annoncée de William Ruto, le lundi 15 août 2022. © Ben Curtis/AP/SIPA

Lundi à la mi-journée, quelques heures avant la proclamation de ces résultats, quatre des sept membres de la Commission électorale ont annoncé rejeter par avance les résultats. Évoquant le « caractère opaque du processus », la vice-présidente de la Commission électorale, Juliana Cherera, a notamment affirmé : « Nous ne pouvons pas assumer la responsabilité des résultats qui vont être annoncés. »

Dans plusieurs quartiers de Nairobi réputés acquis à Raila Odinga, des manifestants ont commencé à se rassembler ce lundi 15 août au cri de « Pas de Raila, pas de paix ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Kenya : duel serré pour la présidence, les appels à l’unité se multiplient

août 14, 2022
Une urne scellée.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l’histoire de leur pays. Photo : Getty Images/AFP/Brian Ongoro

Les appels à la paix et à l’unité ont résonné dimanche à l’échelle du Kenya, plongé dans l’interminable attente des résultats de la présidentielle du 9 août, qui apparaît particulièrement serrée, selon des résultats officiels partiels.

Dimanche matin, selon le décompte effectué par la Commission électorale (IEBC) en ce qui a trait à près de la moitié des bureaux de vote, le vice-président William Ruto menait ce coude-à-coude avec 51,25 % des voix, contre 48,09 % pour Raila Odinga, figure historique de l’opposition aujourd’hui soutenue par le président sortant Uhuru Kenyatta.

La Commission a ensuite coupé la diffusion en direct des résultats sans donner d’explication.

Toutefois, un décompte du quotidien Daily Nation, qui citait les données officielles à propos de 70 % des bureaux de vote, indiquait en soirée que M. Ruto avait jusqu’à présent obtenu 52,54 % des suffrages, tandis que M. Odinga en avait obtenu 46,78 %.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l’histoire du pays. Leur patience est unanimement saluée dans un pays qui, au cours des dernières décennies, a connu plusieurs épisodes de tensions et violences postélectorales, parfois sanglantes.

Raila Odinga.

Raila Odinga, figure de proue de l’opposition kenyane, est un des favoris de la présidentielle. Photo : Getty Images/Donwilson Odhiambo

Priez pour le nouveau président

Dimanche, MM. Ruto et Odinga se sont rendus dans des églises de la capitale, Nairobi.

Vêtu d’une chemise blanche et d’une veste légère, William Ruto a appelé à une suite pacifique du processus électoral lors d’un service religieux : Nous avons voté pacifiquement, nous avons traversé ce processus pacifiquement, et ma prière, c’est que nous terminions ce processus pacifiquement.

Raila Odinga, vêtu d’une tunique bleue, sa couleur de campagne, a quant à lui récité une prière de saint François : Je veux devenir un instrument pour apporter la paix, guérir, unir et garder l’espoir vivant dans notre pays.

Ailleurs, les offices dominicaux, très fréquentés dans ce pays religieux, ont été l’occasion d’appels à la responsabilité.

À l’annonce des résultats, ne créez pas de problèmes ou de chaos, priez plutôt pour le nouveau président que Dieu nous a donné, a lancé l’évêque Washington Ogonyo Ngede devant 300 fidèles réunis à Kisumu, fief d’Odinga dans l’ouest du pays.

Des fidèles assistent à une messe.

Les Kényans prient pour la paix et pour l’unité du pays, minées par la présidentielle. Photo: Getty Images/ED Ram

Les dirigeants vont et viennent, mais le Kenya vit pour toujours, a ajouté cet ami de longue date de la famille Odinga.

À Eldoret, bastion de Ruto dans la vallée du Rift, l’évêque du diocèse catholique Dominic Kimengich a également appelé au calme, exhortant les hommes politiques à être très prudents dans leurs propos.

Nous avons connu cela en tant que Kényans, nous savons que toute remarque imprudente […] peut facilement déclencher un conflit, a-t-il déclaré avant une messe dans la paroisse de Yamumbi. Il a demandé aux responsables politiques d’accepter la volonté du peuple exprimée dans les urnes.

La Commission électorale sous pression

En écho au secrétaire d’État américain Antony Blinken samedi sur Twitter, une quinzaine d’ONG et de syndicats, dont Amnistie internationale, ont appelé dimanche à la patience.

Nous applaudissons les Kényans pour leur conduite pacifique pendant les élections et nous appelons au calme pendant que les résultats sont vérifiés, ont-ils déclaré dans un communiqué.

Quelque 22,1 millions d’électeurs ont été appelés aux urnes mardi pour désigner le successeur du président Uhuru Kenyatta ainsi que leurs gouverneurs, leurs parlementaires et leurs élus locaux.

Les résultats des scrutins locaux tombent au compte-gouttes. Ils ne laissent pas présager quel camp ravira la majorité parlementaire, mais ils dessinent d’ores et déjà une percée historique des femmes.

Pour la présidentielle, le suspense est maximal. Si aucun de ces deux candidats ne recueille plus de 50 % des voix ainsi que 25 % des voix dans la moitié des 47 comtés, le Kenya connaîtra pour la première fois un second tour.

William Ruto.

Le vice-président William Ruto est aussi favori à la présidentielle : il devancerait même son principal adversaire, Raila Odinga. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

L’IEBC est donc sous pression, non seulement parce que le pays, locomotive économique de l’Afrique de l’Est, tourne au ralenti dans l’attente des résultats mais aussi parce qu’elle a été vivement critiquée il y a cinq ans après une présidentielle invalidée par la Cour suprême.

Vendredi, la Commission a reconnu que les opérations de collecte, de comptage et de vérification des résultats étaient plus longues que prévu, ralenties, selon elle, par l’ingérence de partisans des partis politiques.

Cette élection présidentielle est scrutée de près par la communauté internationale. Le Kenya est en effet un point d’ancrage démocratique dans la région et les résultats de toutes les présidentielles y ont été contestés depuis 2002.

Le scrutin de mardi dernier a été marqué par un taux de participation d’environ 65 % [contre 78 % en août 2017], sur fond d’une inflation galopante et de frustration à l’endroit de l’élite politique.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Présidentielle au Nigeria : Bola Tinubu choisit son colistier et tente un coup de poker

juillet 11, 2022

Soucieux de respecter les équilibre régionaux, le candidat du parti au pouvoir APC a désigné Kashim Shettima, gouverneur de l’État de Borno, au nord. Mais il rompt les codes en désignant un musulman, comme lui, dans la course à la présidence.

Bola Tinubu a été désigné comme candidat de l’APC à la présidentielle de 2023. © Kola Sulaimon/AFP

Bola Tinubu, candidat du parti au pouvoir, le All Progressives Congress (APC) a révélé le nom de son colistier dans la course à la magistrature suprême : il s’agit du sénateur Kashim Shettima. Un choix à la fois logique et osé : logique parce que M. Shettima, 55 ans, est originaire de l’État de Borno, ce qui équilibre le duo en termes d’âge et de représentativité géographique. Osé, parce qu’ils sont tous les deux musulmans : Bola Tinubu rompt ainsi avec une pratique de longue date selon laquelle les candidats à la présidence choisissent des colistiers de religion différente dans le but de favoriser l’unité nationale.

« Il est compétent, capable et fiable », s’est justifié l’ancien gouverneur de Lagos après avoir rencontré le président Muhammadu Buhari dans l’État de Katsina (nord), où ce dernier est allé célébrer la fête de la Tabaski.

Règle non écrite

Son concurrent, l’ancien vice-président Atiku Abubakar, candidat du People’s Democratic Party (PDP, opposition) n’a lui, pas dérogé à la norme : musulman originaire de l’Adamawa (nord), il a choisi un gouverneur chrétien et sudiste, Ifeanyi Arthur Okowa, chef de l’exécutif de l’État du Delta, en guise de colistier. Depuis la fin du régime militaire en 1999, le Nigeria suit une règle non écrite selon laquelle le pouvoir est partagé entre le nord, majoritairement musulman, et le sud, principalement chrétien.

L’insécurité croissante sera un enjeu électoral majeur, notamment celle provoquée par l’insurrection islamiste qui dure depuis dix ans, les attaques et les enlèvements contre rançon perpétrés par des bandes armées, principalement dans le nord-ouest.

Avec Jeune Afrique

Racisme : de la difficulté d’exister en politique quand on est Noir

juin 18, 2022

Les attaques xénophobes et les menaces de mort contre la candidate à la vice-présidence de la Colombie, Francia Márquez, rappelle à quel point les personnalités de couleur sont essentialisées afin de minimiser la profondeur de leur discours et son impact.

Pour Francia Márquez, la Colombie est marquée par un « racisme structurel ». © DR

La romancière américaine Toni Morrison l’a répété tout au long de son existence : « La fonction principale du racisme est de distraire, de m’empêcher de faire mon travail et de me forcer à me justifier constamment sur ma légitimité à occuper une place de pouvoir. »

En 2022, ses paroles restent tristement d’actualité. En Europe comme aux Amériques, on tente encore de discréditer, par des attaques racistes, les politiques noirs que l’on semble juger davantage sur leur couleur de peau que sur leur travail. Pour preuve, les polémiques et les réactions, notamment sur les réseaux sociaux, après la nomination, en France, de Pap N’Diaye au poste de ministre de l’Éducation nationale et l’élection, dès le premier tour des législatives du 12 juin, de Danièle Obono. Ceux qui voudraient adhérer à la théorie de l’avènement d’une ère « post-race » doivent se rendre à l’évidence que ces stratégies de « distraction » tendent à prouver le contraire : on dénie à ces nouveaux visages de la politique le droit d’exister et de faire leur preuve dans l’espace public.

« La dignité comme habitude »

De l’autre côté de l’Atlantique, les mêmes techniques sont à l’œuvre, alors même que la candidate Francia Márquez pourrait bien devenir la première vice-présidente noire de Colombie à l’issue du second tour de l’élection présidentielle, le 19 juin. Symbole célébré par de nombreuses communautés afro-diasporiques en Amérique latine mais aussi aux États-Unis – l’activiste américaine Angela Davis, notamment, qui reconnaît en elle une grande figure de la justice raciale et sociale, lui a envoyé un message de soutien –, Marquez doit, elle aussi, affronter d’innombrables commentaires racistes, avant même de pouvoir développer sa vision du changement dans un pays aux mains d’une élite politique qui s’est peu renouvelée depuis près d’un demi-siècle.

Dans les derniers mois de campagne, la candidate a dû s’exprimer à plusieurs reprises contre des attaques la comparant à King Kong. Comme l’ex-ministre française de la Justice, Christiane Taubira, comparée en son temps à une guenon. Francia Márquez répond que le racisme et le machisme tuent tous les jours en Colombie et qu’une fois élue, une de ces priorités sera de se dresser contre la normalisation de ces pratiques. Rappelons que l’un de ses cris de ralliement est « pour que la dignité devienne une habitude », dans un pays où les écarts de richesse sont toujours aussi criants et au détriment des populations afro-descendantes, sous-représentées dans les médias et dans les postes politiques à responsabilité.

Une autre technique des médias colombiens est de l’empêcher de développer une vision globale pour le pays en ne l’interrogeant que sur son statut de femme noire, comme si elle ne pouvait pas s’exprimer sur d’autres thèmes. En matière de parcours de vie et d’expertise, la candidate originaire de la côte pacifique a pourtant beaucoup à partager avec le peuple colombien. Ancienne travailleuse de la mine et employée domestique, elle devient mère à 16 ans et connaît une ascension spectaculaire en tant qu’activiste environnementale, une lutte qu’elle mène depuis ses 13 ans. Elle dénonce notamment les activités minières illégales qui polluent au mercure le fleuve Ovejas de sa terre natale. En 2018, elle reçoit le « Nobel de l’environnement », le prestigieux prix international Goldman, et obtient deux ans plus tard son diplôme d’avocate à la faculté de droit de l’université de Santiago de Cali. En ce début d’année, Márquez devient le phénomène électoral – comme la décrivent des médias colombiens et internationaux – en obtenant la troisième place des suffrages aux élections primaires du pays, sans n’avoir jamais obtenu de poste politique au préalable.

Convergence de mouvements

Les nombreuses attaques dont elle est la victime n’empêchent pas Francia Márquez de rappeler son engagement pour la promotion des populations noires. Elle le prouve en choisissant la date symbolique du samedi 21 mai, jour national de l’afro-colombianité, pour clore sa campagne avant le premier tour de l’élection présidentielle. En plein centre de Bogota, les organisateurs élaborent un programme qui célèbre la culture et résistance afro avec des manifestations artistiques et des interventions de leaders sociaux. Sous le mantra « vivir sabroso » (vivre de manière savoureuse), formule bien connue des populations noires de la côte pacifique, qui met en avant l’importance du bien-être, de la dignité et de la qualité de vie malgré les terribles épisodes du conflit armé et des violences répétées dans la région, une foule éclectique scande « On t’aime Francia » à la fin de chacune des interventions de l’après-midi.

Dans le public, on note une convergence entre plusieurs mouvements : les communautés afro mais aussi les populations indigènes, les communautés LGBT et une majorité de jeunes qui se reconnaissent dans le besoin de changement que porte la candidate. Mais gare à ceux qui veulent réduire son impact politique à un simple phénomène générationnel, autre grand classique pour discréditer les figures politiques progressistes. Márquez reçoit également des appuis des populations plus âgées, qui voient en elle le respect des ancêtres et un espoir pour vieillir dans des conditions plus respectables, au sortir de la pandémie.

Menaces de mort

Ce 21 mai donc, à peine vingt minutes après la prise de parole de Francia Márquez, un rayon laser vient perturber son discours. Les gardes du corps de la candidate l’encerclent avec leur bouclier pour la protéger de possibles tirs, et elle trouve la force de terminer son discours malgré une voix altérée par l’émotion avant d’être évacuée de force de la scène. Image choc et pourtant bien représentative des menaces de mort que Márquez et son entourage reçoivent en contrepartie de sa visibilité politique dans un pays qui détient le triste record du plus grand nombre d’assassinats de leaders sociaux depuis plusieurs années. En 2021, selon les chiffres officiels, 145 d’entre eux ont été assassinés et les statistiques sont plus que préoccupantes pour 2022. Interrogée sur sa gestion des menaces, la candidate à la vice-présidence colombienne répond que c’est le risque à courir pour porter le changement politique pour les prochaines générations.

Si nous ne pouvons que nous réjouir de l’ascension de nombreuses personnalités noires avec des profils et des programmes qui se distinguent par leur engagement à l’égalité raciale et sociale, jusqu’à quand allons-nous banaliser les risques encourus par des femmes politiques comme Francia Márquez ? Le spectre de l’assassinat, en 2018, de l’Afro-Brésilienne Marielle Franco, qui avait fait sa transition de l’activisme vers la politique traditionnelle, est souvent cité chez ses sympathisants, lesquels déploient une grande énergie à rendre visible son travail.

Au-delà des programmes, le changement doit se faire aussi par la prise de conscience des sociétés civiles : protéger ceux et celles qui incarnent la modernité en politique relève de la bonne santé de nos démocraties. On ne peut que souhaiter à Francia Márquez de pouvoir continuer son épopée politique dans les mêmes conditions que les nombreux autres candidats épargnés par les constantes menaces et attaques racistes, qui les distraient du véritable enjeu : plus de représentativité politique de profils justifiant à la fois d’une expérience et d’une expertise proche du peuple afin de rendre plus inclusif des projets de vivre ensemble. Tel est le défi d’une démocratie sabrosa !

Avec Jeune Afrique

Léonard Cortana

par Léonard Cortana

Doctorant en cinéma à la New York University et chercheur au Berkman Klein Center de Harvard

Nigeria: cinq choses à savoir sur le candidat du pouvoir Bola Ahmed Tinubu

juin 8, 2022

ÉLECTION. Retour en cinq points sur le parcours de l’influent ex-gouverneur de Lagos, vainqueur de la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023.

Bola Tinubu a domine la politique dans la capitale economique du Nigeria pendant plus de vingt ans.
Bola Tinubu a dominé la politique dans la capitale économique du Nigeria pendant plus de vingt ans.© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

« Le parrain », « le faiseur de rois », « le boss » : les surnoms ne manquent pas pour désigner Bola Ahmed Tinubu, homme politique nigérian aussi influent que controversé, désigné mercredi candidat du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023. « Je déclare Bola Ahmed Tinubu comme le candidat présidentiel de notre parti aux prochaines élections de 2023 », a déclaré Atiku Bagudu, responsable de l’élection de la primaire du Congrès des progressistes (APC) organisée à Abuja, la capitale. « Ceux qui ne m’ont pas soutenu, vous n’avez rien à craindre. Je construirai la meilleure nation pour nos enfants », a assuré Bola Ahmed Tinubu après sa victoire.

Ex-gouverneur de Lagos

Ce richissime musulman de 70 ans, ardent défenseur de la démocratie, en exil pendant la dictature militaire des années 1990, a gravi tous les échelons politiques au gré d’accusations de corruption, sans jamais être condamné.

Ancien sénateur puis gouverneur de Lagos, poumon économique du pays le plus peuplé d’Afrique, le chef historique du parti au pouvoir convoite désormais la plus haute marche : devenir président, « l’ambition de toute une vie ». « C’est mon heure, je suis instruit, j’ai de l’expérience. C’est mon tour », a-t-il insisté début juin.

Et en janvier déjà, Bola Ahmed Tinubu glissait devant des journalistes à Abuja : « Je n’ai vu écrit nulle part qu’un faiseur de rois ne peut pas être roi ».

Car cet homme de l’ombre caché sous son chapeau traditionnel yoruba a gardé une influence considérable dans sa région natale du sud-ouest après huit années passées (1999-2007) aux manettes de Lagos, mégalopole de 20 millions d’habitants.

Faiseur de rois

Fin stratège, il a toujours été perçu comme l’homme derrière toutes les nominations politiques dans son fief alors que le clientélisme reste omniprésent au Nigeria, jusqu’à se vanter d’avoir fait élire le président Buhari.

Pour beaucoup, au Nigeria, l’influence du chef historique du Congrès des progressistes (APC) a propulsé M. Buhari président en 2015 et permis sa réélection en 2019. À tort ou à raison, c’est là son plus grand succès qui a accentué son poids sur l’échiquier politique nigérian. D’autant qu’il s’agissait de la première alternance démocratique à la tête du Nigeria, depuis la fin des dictatures militaires et le retour de la démocratie en 1999. En 2015, l’APC a mis fin au règne du Parti démocratique populaire (PDP), au pouvoir depuis 16 ans.

Mais en tant que chef de l’APC, Bola Tinubu est fragilisé par le bilan plus que mitigé du président Buhari, qui termine son deuxième mandat sous le feu des critiques. L’ex-général putschiste n’a pas su enrayer les violences généralisées entre les groupes djihadistes dans le Nord-Est, les bandes criminelles dans le centre et le Nord-Ouest et l’agitation séparatiste dans le Sud-Est.

Sans évoquer le marasme économique et, sur les 220 millions d’habitants, les quelque 80 millions de Nigérians qui vivent encore sous le seuil d’extrême pauvreté. « Le boss » peut donc apparaître comme « appartenant à une vieille classe politique à court d’idées, présent depuis trop longtemps sur la scène politique, ce qui est vu comme une faute », explique Udo Jude Ilo, de l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).

Surtout après la répression sanglante d’une manifestation pacifique à Lagos en 2020 qui a révélé le fossé entre une jeunesse avide de changement – 60 % des Nigérians ont moins de 25 ans – et une élite âgée, personnifiée par le président (79 ans).

Un personnage controversé

D’autant que Bola Tinubu sera opposé pendant la présidentielle à Atiku Abubakar, ancien vice-président âgé de 75 ans et candidat du PDP, principal parti d’opposition. Et dans une vidéo publiée par la presse locale, M. Tinubu lançait à la jeunesse : « Vous aussi vous vieillirez, vous deviendrez président, mais je serai président d’abord. »

« C’est aussi un personnage controversé à cause des allégations de corruption, même s’il a de nombreux partisans qui le considèrent comme un visionnaire », poursuit M. Jude Ilo.

Après avoir quitté ses fonctions de gouverneur de Lagos, M. Tinubu a été mis en examen pour corruption, blanchiment d’argent et pour avoir plus d’une douzaine de comptes à l’étranger, puis innocenté.

Immense fortune

Sa fortune – dont la source et le montant exacts sont inconnus – fait beaucoup parler : il est considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays, ayant des parts dans de nombreuses entreprises, des médias à l’aviation, en passant par les hôtels et l’immobilier.

Le très influent ex-gouverneur de Lagos a remporté mercredi la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023, où il affrontera un autre vétéran de la politique nigériane, Atiku Abubakar, candidat du principal parti d’opposition.

L’insécurité au cœur de la future campagne

La sécurité sera un enjeu majeur de ce scrutin, le pays étant meurtri quasi quotidiennement par des violences criminelles et djihadistes. Le massacre dimanche de 22 personnes dans une église du sud-ouest du pays, région pourtant relativement épargnée par les violences, en est un cruel rappel. « Aucune force destructrice ne peut ramener le Nigeria en arrière », a assuré Bola Tinubu après sa victoire, saluant le travail des forces de sécurité et les appelant à « poursuivre le combat pour la survie de la nation ».

Par Le Point avec AFP

Kenya : la Dame de fer fera-t-elle gagner Raila Odinga ?

juin 4, 2022

Candidat à la présidentielle d’août, Raila Odinga est entré dans l’histoire en faisant d’une femme, Martha Karua, sa colistière. Mais cela sera-t-il suffisant pour lui permettre de l’emporter ?

Raila Odinga et sa nouvelle colistière, Martha Karua (L), à Nairobi le 16 mai 2022. © Tony KARUMBA/AFP

Candidat à la magistrature suprême pour la cinquième fois, Raila Odinga a décidé de frapper fort pour que la victoire ne lui échappe pas une nouvelle fois en août prochain. En désignant l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua comme colistière, le candidat entre dans l’histoire de la politique kényane et fait un pari osé alors que son principal adversaire, le vice-président William Ruto, faisait jusqu’à présent la course en tête.

Coup de fouet

Martha Karua pourra compter sur le soutien de l’électorat féminin et sur celui des défenseurs de l’égalité entre les sexes. Mais elle bénéficie aussi d’un ancrage territorial que lorgne le candidat Odinga, autour du Mont Kenya, une région où une grande partie du scrutin va se jouer. À 64 ans, cette avocate à la Haute Cour du Kenya est également connue pour ses positions sans concession contre la corruption.

« L’histoire nous appelle à combler le fossé entre les sexes dans notre pays, a déclaré Raila Odinga en annonçant le nom de sa colistière. L’histoire nous appelle à rendre la pareille aux femmes qui ont lutté et se montrées fidèles. L’histoire nous appelle à désigner notre première femme vice-présidente. »

La désignation de Martha Karua donne déjà un coup de fouet à la campagne de Raila Odinga, que les sondages créditent désormais d’une longueur d’avance. Mais l’intérêt médiatique que suscite l’Iron Lady (la Dame de fer) lui permettra-t-il d’entrer au palais présidentiel ? Rien n’est encore joué.

Martha Karua est immédiatement entrée en action. Portée par un mouvement favorable, elle s’est affichée en compagnie de plusieurs dirigeants politiques de la coalition qui soutient la candidature d’Odinga, Azimio la Umoja One Kenya Alliance. « Je suis venue pour planter les graines, je reviendrai pour arroser les cultures, puis je viendrai pour entretenir la terre et nous récolterons le moment venu », a-t-elle lancé lors d’un déplacement dans le comté de Meru.

Deuxième d’une famille de huit enfants, Martha Karua s’est très tôt forgée une personnalité affirmée. « Elle était dure même quand nous étions enfants, se souvient Jefta Karua, son frère cadet. Elle était un leader qui nous montrait la voie, et il n’y en avait pas deux, juste une. » Elle en découd parfois avec ses professeurs, mais décroche en 1980 un diplôme de droit à l’université de Nairobi puis est admise au barreau un an plus tard.

Pendant près de sept ans, elle oeuvre comme magistrate dans divers tribunaux des comtés de Nairobi et de Nakuru, avant de fonder son propre cabinet, Martha Karua & Co. Advocates, qu’elle a dirigé jusqu’en 2002. Elle fait campagne pour le multipartisme sous la présidence de Daniel Arap Moi et rencontre Raila Odeinga pour la première fois en 1990, alors qu’elle accepte de le défendre à la suite de son arrestation. « À l’époque, très peu d’avocats étaient prêts à me représenter, se souvient celui qui est maintenant son colistier. Mais cette femme, qui était une jeune avocate, a dirigé une équipe de 27 personnes pour dénoncer le caractère illégale de ma détention. »

Différends politiques

Le ticket Raila-Karua marque les retrouvailles de deux personnalités politiques qui se sont battues côte à côte au cours des 30 dernières années, mais qui ont souvent été en profond désaccord. Martha Karua a été élue pour la première fois au Parlement en 1992, la même année qu’Odinga. Après avoir été ministre de la Gestion et du Développement des ressources en eau du président Mwai Kibaki, puis ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles à partir de 2003, elle soutient Kibaki face à Odinga lorsqu’il brigue, en 2007, un second mandat.

Après les violences électorales de 2007-2008 (près de 1 500 morts), elle accuse le Mouvement démocratique orange (ODM) d’Odinga de « nettoyage ethnique », mais finit par servir à ses côtés dans le gouvernement d’unité nationale formé peu après pour apaiser les tensions. Elle quittera le gouvernement en avril 2009 après s’être opposée à Kibaki au sujet de nominations judiciaires.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2013, on lui demande si elle accepterait d’être la colistière d’Odinga. Et de nouveau, elle prend publiquement ses distances : « Je ne partage aucune valeur avec […] Raila Odinga et n’admire pas sa politique, déclare-t-elle. Je lui ai demandé de rentrer chez lui avec le président Kibaki. Tous deux ont été incapables d’éradiquer la corruption dans leurs rangs. » C’est Uhuru Kenyatta qui sera élu.

Neuf ans plus tard, leur relation s’est apaisée. « Je veux qu’elle travaille sur notre Constitution », a annoncé Odinga, dont elle dit désormais qu’il « s’est battu toute sa vie pour les droits des Kenyans et pour la justice sociale. »

Tous deux pensent déjà à l’après. S’il est élu, Odinga préfère éviter d’entretenir des relations tendues avec celle qui serait alors sa vice-présidente. Il ne veut pas se retrouver dans la même configuration politique que Kenyatta. « Comme Joshua dans la Bible, un vice-président doit résoudre les problèmes du président et non lui en poser, a-t-il d’ailleurs prévenu. Ce poste est destiné à alléger le fardeau du président et à faciliter le joug qu’il porte. »

Par Jeune Afrique – avec Son Gatitu, pour The Africa Report

Nigeria : l’ancien vice-président Atiku Abubakar candidat de l’opposition à la présidentielle

mai 29, 2022

L’opposant a été désigné candidat du PDP pour la présidentielle prévue en février 2023. Le parti au pouvoir a lui reporté d’une semaine sa primaire pour la course à la succession de Buhari.

Le candidat de l’opposition Atiku Abubakar le 19 février 2019 lors d’une réunion à Abuja © AFP

« Aujourd’hui nous écrivons l’histoire, une histoire qui, nous le croyons, va apporter des changements fondamentaux », a déclaré Atiku Abubakar à ses partisans réunis à Abuja, où le vote a été organisé ce 28 mai. À 75 ans, ce musulman du nord du pays a été désigné à l’issue d’une primaire du Parti démocratique populaire (PDP) et tentera pour la sixième fois de se faire élire président du pays le plus peuplé d’Afrique.

Le Congrès des progressistes (APC), au pouvoir, tiendra quant à lui sa primaire du 6 au 8 juin pour choisir un candidat devant succéder au président Muhammadu Buhari, qui a annoncé ne pas se représenter après ses deux mandats.

Divisions Nord – Sud

Pour tenter de concilier ce pays extrêmement divisé entre un Nord musulman et un Sud chrétien, et où vivent près de 250 ethnies, une règle tacite prévoit une rotation de la présidence tous les deux mandats entre les candidats du Nord et du Sud. Or, M. Abubakar, ancien chef des douanes et vice-président (1999-2007), est originaire du Nord, tout comme le président Buhari, contrairement à la plupart des principaux candidats de l’APC, originaires du sud.

La sécurité sera un enjeu majeur de l’élection de février 2023 car le pays est en proie à une insécurité généralisée. L’armée nigériane est déployée sur de multiples fronts, notamment dans le nord-est, théâtre d’une insurrection jihadiste depuis plus de 10 ans et dans le nord-ouest où des bandes criminelles pillent, kidnappent et tuent les habitants.

La cherté de la vie, un enjeu du scrutin

Depuis son retour à un régime civil en 1999, après une dictature militaire, le Nigeria a organisé six élections nationales qui ont souvent été entachées de fraudes, de difficultés techniques, de violences et de contestations juridiques. La plus grande économie d’Afrique, affaiblie par l’impact de la pandémie de Covid-19, subit désormais les retombées de la guerre en Ukraine, qui ont fait grimper les prix des carburants et des denrées alimentaires sur tout le continent.

Au moins 31 personnes ont été tuées samedi lors d’une bousculade survenue dans le sud du Nigeria durant une distribution de nourriture organisée par une Eglise, a déclaré la police. Ces dernières années, le Nigeria a connu plusieurs tragédies lors de bousculades liées à des distributions de nourriture, notamment en 2021 lors d’une opération organisée par une agence humanitaire dans l’Etat du Borno, dans le nord du pays, où sept femmes sont décédées après avoir été piétinées par la foule.

Avec Jeune Afrique

Nigeria : un présidentiable marié à une fillette de 13 ans

mai 16, 2022

Sani Yerima, ancien gouverneur de Zamfara qui vient de se lancer dans la course à la magistrature suprême, a justifié son union avec une enfant sur Channels TV cette semaine.

Les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. © Damien Glez

Dans la perspective du scrutin pour la magistrature suprême de 2023, c’est la foire d’empoigne avant la foire d’empoigne, le dévoilement des ambitions – ou des renoncements, comme celui de Goodluck Jonathan – avant la campagne électorale. Avant que les partis politiques puis les autorités ne se prononcent sur la validité de chaque candidature, les parcours professionnels et les vies privées des « candidables » sont passés à la moulinette des médias et de l’opinion. Début mai, Sani Yerima informait de son ambition présidentielle le chef de l’État sortant, Muhammadu Buhari, auquel il avait concédé, en 2007, le flambeau de leur formation, le All Nigeria Peoples Party (ANPP).

Promoteur de la charia

Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’ancien gouverneur de l’État nordiste de Zamfara remet le couvert après douze ans passés au Sénat. Resté célèbre pour avoir été le premier à promouvoir le système de la charia dans la zone qu’il gouverna entre 1999 à 2007, il est interrogé en particulier sur son expérience dans l’application du droit musulman. Lors d’une émission diffusée la semaine dernière sur Channels TV, le candidat à la candidature a eu à s’expliquer sur son choix d’épouser, en 2009, une Égyptienne de 13 ans.

Pas déstabilisé pour deux sous, le politicien est resté droit dans les bottes qu’il avait enfilées il y a bien des années. Lui qui considérait, en 2013 sur la même chaîne de télévision, que « la maturité pour le mariage était déterminée par les parents de la fille », s’est cette fois arc-bouté sur des considérations légales. « Il n’y a pas de loi au Nigeria qui détermine quand et comment vous vous mariez. Les musulmans ont la charia. Les chrétiens, je ne sais pas. » Et d’ajouter, stoïque : « Si j’avais fait quelque chose de mal, j’aurais été traduit en justice. »

Mariage avec des enfants légitimés

Certes, les militants des droits de l’enfant s’étaient insurgés lors de son mariage. Certes, le comité sénatorial chargé de la révision de la Constitution avait suggéré, en 2013, que soit supprimé un article indiquant que « toute femme mariée est réputée être majeure », entorse au fait que « le terme majeur désigne l’âge de 18 ans et plus ». Mais la recommandation n’avait pas obtenu le nombre de voix requis par la Constitution pour être validée…

Si l’article incriminé concerne la renonciation à la citoyenneté et non la définition formelle de l’âge minimum du mariage, les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. Le hashtag #ChildNotBride (« enfant pas mariée ») a été lancé, ainsi qu’une pétition en ligne, à l’ONU, qui a recueilli plus de 20 000 signatures. Sans succès majeur : seuls 23 des 36 États du Nigeria ont adopté la loi de 2003 sur les droits de l’enfant qui fixe l’âge du mariage à 18 ans.

Sani Yerima a pu profiter de cette faille légale pour épouser une fille de 13 ans. Reste à savoir si sa réputation l’empêchera d’obtenir l’investiture de son parti pour la présidentielle…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle française

avril 24, 2022
Il pose devant le palais de l'Élysée.

Le président français Emmanuel Macron a été réélu dimanche pour un second mandat de cinq ans face à sa rivale Marine Le Pen, qui réalise le plus important score de l’extrême droite à une élection présidentielle depuis le début de la Ve République, en 1958.

Le chef de l’État sortant obtient entre 57,6 % et 58,2 % des voix, selon les estimations.

Les Français ont donc choisi de reconduire un président centriste libéral et très pro-européen face à une candidate radicale qui a la priorité nationale au cœur de son projet et qui est extrêmement critique vis-à-vis de l’Union européenne.

Emmanuel Macron, 44 ans, est le premier président français à être réélu pour un second mandat en 20 ans depuis Jacques Chirac, en 2002, face au père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen.

Toutefois, cette élection s’inscrit dans un contexte d’abstention record, estimée à 27,8 % par la firme de sondage IFOP, un taux inédit pour un second tour depuis 1969 (31,3 %).

Le réflexe du front républicain ou du barrage à l’extrême droite, qui avait fonctionné il y a cinq ans, a cette fois-ci été moindre chez une partie des électeurs hostiles au président et lassés par la reprise du duel Macron-Le Pen.

À titre de comparaison, M. Macron avait remporté 66,10 % des suffrages en 2017, devançant largement Mme Le Pen (33,90 %).

Des athlètes canadiens qui tiennent des drapeaux du Canada.

Suite à sa défaite au second tour de la présidentielle française, Marine Le Pen s’est adressée à ses partisans.

Les défis de Marcon

À 53 ans, Mme Le Pen porte l’extrême droite à un niveau record en France, laissant augurer des temps difficiles pour le président réélu, dont le premier défi sera d’obtenir une majorité aux législatives de juin.

Il devra rassembler des Français divisés et répondre à une colère très prégnante depuis la crise des gilets jaunes de 2018-2019, qui n’a jamais été véritablement réglée.

Il devra aussi répondre aux angoisses suscitées par les successions de crises, de la pandémie de COVID-19 à la guerre en Ukraine.

Très discret, voire absent lors de la campagne du premier tour, M. Macron n’a pas ménagé sa peine par la suite, multipliant les déplacements, organisant de grandes réunions et s’adressant prioritairement à l’électorat de gauche, apparu comme l’arbitre du scrutin après que le tribun Jean-Luc Mélenchon est arrivé troisième au premier tour avec près de 22 % des voix.

Lors de sa dernière grande réunion, à Marseille, il y a une semaine, M. Macron, très critiqué sur son bilan vert, a promis qu’un nouveau quinquennat sous son règne serait écologique ou ne serait pas et a promis un renouvellement de la politique.

Souvent qualifié de président des riches, M. Macron a multiplié les gestes envers cet électorat de gauche, semblant prêt à des concessions sur certains points, notamment sa controversée et emblématique réforme des retraites, qu’il n’a pas réussi à mettre en œuvre au cours de son premier mandat.

Les abstentions

Ces promesses n’ont pas suffi à faire baisser le taux d’abstention lors de ce deuxième tour, qui tombait aussi au début des vacances scolaires, ni à susciter un fort vote d’adhésion.

Ainsi, Nicolas Moreau, 44 ans, conseiller municipal à Bersée, a expliqué avoir effectué un vote par obligation. Même constat chez Véronique, une habitante de Bersée, pour qui, entre les deux choix, on essaye de choisir le moins mauvais.Marine Le Pen vote.

Marine Le Pen lors de son vote pour le deuxième tour de la présidentielle, dimanche. Photo: Getty Images/Sylvain Lefevre

Battue pour la troisième fois de sa carrière à une élection présidentielle, Mme Le Pen, 53 ans, n’a pas réussi à briser le plafond de verre que représente en France l’éventualité d’une victoire de l’extrême droite. Avec son score élevé, elle place néanmoins sa famille politique et ses idées radicales encore plus au cœur de la scène française.

« Je poursuivrai mon engagement pour la France. »— Une citation de  Marine Le Pen

Mme Le Pen récolte ainsi les fruits d’une stratégie de dédiabolisation patiemment menée depuis une décennie. Elle a lissé et adouci son discours, banalisé son image, se montrant proche des préoccupations des Français, même si, sur le fond, son programme reste aussi radical, notamment en ce qui a trait à l’immigration et aux institutions.

Le plus dur commence avec un nouveau rendez-vous électoral, celui des élections législatives, en juin, où le président tentera d’asseoir sa majorité, tandis que ses opposants tenteront de se rendre incontournables.

Radio-Canada avec Agence France-Presse