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Macky Sall et l’UA : une présidence à très haut potentiel

février 6, 2022
Le président sénégalais Macky Sall lors de la 76e Assemblée générale des Nations unies, à New-York, le 24 septembre 2021. © JOHN ANGELILLO/AP/SIPA

Coups d’État militaires à répétition, interrogations autour des dispositifs de lutte contre le terrorisme… La présidence sénégalaise de l’Union africaine qui débute à la mi-février intervient à un moment charnière. Et constitue un défi que le continent se doit de relever.

La présidence sénégalaise de l’Union africaine est très attendue et suscite déjà un immense espoir sur le continent. D’abord parce que le Sénégal est un modèle de stabilité et d’alternance démocratique, ensuite parce que  le président Macky Sall s’illustre comme une voix forte, écoutée tant par les Africains que par leurs partenaires internationaux.

Mise à l’épreuve

Deux atouts donc, qui ne seront pas de trop pour celui qui prend les rênes de l’organisation panafricaine au moment où les turbulences politiques qui agitent le continent constituent une mise à l’épreuve des institutions. Celles-ci jouent leur crédibilité à l’heure où, partout en Afrique, les populations affichent une défiance grandissante à leur égard tant elles se sont jusqu’ici révélées incapables de les protéger de l’insécurité et de l’injustice sociale.

Coïncidence non-négligeable, la présidence sénégalaise démarrera aussi au moment même où se tiendra le sommet UA-UE, prévu les  17 et  18 février prochains à Bruxelles. L’occasion de relayer les préoccupations, nombreuses, de l’Afrique.

En effet, d’immenses défis et enjeux attendent Macky Sall. Si la question migratoire, le changement climatique, la relance des économies africaines après une pandémie de Covid-19 aux conséquences sociales dramatiques, ainsi que la dette, ne sont absolument pas des préoccupations mineures – bien au contraire –, deux dossiers prioritaires semblent émerger.

Premier d’entre eux, le dossier paix et sécurité. Concrètement, il s’agit de déterminer la stratégie à adopter face aux terroristes, notamment ceux du Sahel – à l’heure où l’opération Barkhane et la force Takuba paraissent en sursis – ainsi que  ceux de Boko Haram, dans le bassin du Lac Tchad. Il s’agit également de trouver des solutions à la piraterie, au moment où le lien entre l’insécurité au Sahel et la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée devient de plus en plus évident.

L’occasion sans doute de ressortir  la Charte de Lomé sur la sûreté et la sécurité maritimes et le développement en Afrique, ratifiée à ce jour par seulement trois des trente-quatre pays signataires. Mais d’autres questions sécuritaires nécessitent également une grande attention : les conflits au Mozambique, en Éthiopie (à la fois politique et sécuritaire), ou encore les tentatives de sécession dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun… 

Bien évidemment, Macky Sall aura à sa disposition de nombreux outils institutionnels, dont l’Architecture de paix et de sécurité africaine (APSA) qui se base sur des piliers comme le Conseil de paix et de sécurité (CPS), lequel a pour mandat de s’impliquer dans la recherche de réponses rapides et efficaces aux situations de conflit et de crise, ou encore la Force africaine en attente, un dispositif prépositionné dans les pays d’origine et prêt à être déployé rapidement.

Le vaste agenda de la gouvernance

Macky Sall devrait ainsi plaider  pour le financement et la montée en puissance de la FC-G5 Sahel et de la force africaine en attente. Comme ses prédécesseurs à la présidence le l’UA, il pourra aussi s’appuyer sur les huit Communautés économiques régionales (CER) reconnues par l’UA. Parmi elles, précisément, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui a beaucoup fait parler d’elle dans l’autre dossier prioritaire qui attend Macky Sall, celui de la gouvernance démocratique dont l’outil le plus important est la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Signée le 30 janvier 2007 et entrée en vigueur en février 2012, elle traduit la volonté de codifier un modèle démocratique d’accession et de préservation du pouvoir politique.

C’est donc peu de le dire, Macky Sall aura du pain sur la planche en raison des récents coups d’État militaires et des transitions en cours au Mali, au Soudan, au Tchad, en Guinée-Conakry et au Burkina Faso. En effet, l’UA reste la seule organisation panafricaine disposant d’un mandat politique pour l’établissement de normes continentales autour du vaste agenda de la gouvernance. Ce sont ces normes continentales qui se déclinent au niveau des Communautés économiques régionales, à l’exemple du Protocole additionnel de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance, selon le principe de subsidiarité.

LES POPULATIONS SOUHAITENT L’ENGAGEMENT DE L’UA BIEN PLUS QU’ON NE L’IMAGINE

Sur ce dossier, Macky Sall devra prendre des initiatives marquantes et adresser des signaux forts, telle une visite dans les pays en transition militaire. Cela passe évidemment au préalable par un état des lieux, une consultation des partenaires régionaux et internationaux incontournables, l’objectif étant de créer des conditions propices à une médiation. Il ne faut pas perdre cela de vue : les populations souhaitent l’engagement de l’UA bien plus qu’on ne l’imagine.

Sortir l’UA de sa quasi léthargie

Régulièrement invité à des rencontres internationales telles celles du G7 / G8  ou de Bretton Woods, le président de l’UA, pionnier et avocat d’un new deal économique avec nos partenaires, est suffisamment légitime pour porter haut la voix de l’Afrique. Cela vaut pour tous les autres forums, tels les Sommets Chine-Afrique, Turquie-Afrique, etc. Si tant est que le continent adopte des positions communes sur les sujets essentiels comme la question migratoire, en particulier face à l’Europe.

Qu’il s’agisse de la sécurité, de la dette, du changement climatique ou de la stabilité politique, nous sommes convaincus que le président Macky Sall sera un bon avocat pour notre continent. Parce que sur toutes ces grandes causes et questions, la voix du Sénégal est audible et crédible. Les contraintes liées à la pandémie de Covid-19 ont contribué à ralentir le fonctionnement des institutions à Addis Abeba, ce qui a sans doute quelque peu handicapé la présidence sortante. On espère que la  présidence sénégalaise contribuera à sortir l’UA de sa quasi léthargie.

Mahamat Saleh Annadif

Avec Jeune afrique par Mahamat Saleh Annadif

Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest et au Sahel