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Algérie: le frère de l’ex-président Bouteflika condamné à huit ans de prison

juin 7, 2022

Saïd Bouteflika, frère cadet du défunt ex-président Abdelaziz Bouteflika, déjà en détention pour d’autres affaires, a été condamné lundi à huit ans de prison ferme pour des faits de corruption, selon les médias.

Saïd Bouteflika, frère de l’ex-chef de l’État algérien et ancien conseiller à la présidence. © FAROUK BATICHE/AFP

Saïd Bouteflika, le frère cadet de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika a été condamné ce lundi 6 juin à huit ans de prison ferme. Son co-accusé, l’ancien patron des patrons Ali Haddad, également condamné dans plusieurs affaires, a écopé de quatre ans de prison ferme. Les deux hommes doivent aussi verser des amendes au Trésor public. Le parquet avait requis dix ans ferme contre Saïd Bouteflika, 64 ans, et Ali Haddad, 57 ans, qui ont comparu devant le tribunal de Sidi M’hamed à Alger pour « trafic d’influence », « abus de fonction », « blanchiment d’argent » et « non déclaration de biens ».

Précédentes condamnations

Fin mai, Saïd Bouteflika avait été acquitté après avoir été condamné en octobre à deux ans de prison ferme pour « entrave à la justice ». Ali Haddad a, lui, été condamné dans d’autres affaires de corruption avec une sanction de quatre ans de prison en janvier 2021.

En novembre 2020, Ali Haddad avait été condamné en appel à douze ans de prison ferme et, dans un autre procès en appel fin mars 2020, à quatre ans de prison ferme. Ex-dirigeant de la principale organisation patronale algérienne, le Forum des chefs d’entreprises (FCE), de 2014 à mars 2019, Ali Haddad avait été arrêté à un poste-frontière entre l’Algérie et la Tunisie en possession de deux passeports et condamné en juin 2019 à six mois de prison pour détention illégale de deux documents de voyage. Les deux hommes sont aussi poursuivis dans d’autres affaires. En Algérie, les peines de prison ne sont pas cumulables. C’est la peine la plus lourde qui est imposée.

Enquêtes sur l’entourage de l’ex-président

Après la chute d’Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, sous la pression du mouvement de protestation du Hirak et de l’armée, la justice a lancé une série d’enquêtes sur des affaires impliquant des membres de son entourage. Par ailleurs, le parquet a requis lundi une peine de dix ans de prison à l’encontre de l’ex-PDG d’Ennahar, le premier groupe de médias privé algérien, Anis Rahmani, poursuivi dans une affaire de corruption, selon le site Ennaharonline.

La même peine a été requise contre l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, poursuivi dans cette même affaire pour blanchiment d’argent. De son vrai nom Mohamed Mokadem, Anis Rahmani, proche de Saïd Bouteflika, a déjà été condamné en appel en mars 2021 à trois ans de prison ferme. Il était accusé d’avoir illégalement enregistré et diffusé, en octobre 2018, une communication téléphonique qu’il avait eue avec un colonel du renseignement.

Par Jeune Afrique avec AFP

France: François Fillon condamné en appel à un an de prison ferme dans l’affaire des emplois fictifs

mai 9, 2022
Francois Fillon condamne en appel a un an de prison ferme dans l'affaire des emplois fictifs
François Fillon condamné en appel à un an de prison ferme dans l’affaire des emplois fictifs© AFP/Archives/STEPHANE DE SAKUTIN

Une nouvelle condamnation, mais plus légère qu’en première instance: l’ex-Premier ministre François Fillon s’est vu infliger lundi à Paris quatre ans de prison dont un an ferme dans l’affaire des emplois fictifs de son épouse Penelope, une décision qu’il va contester en cassation.

Plus de cinq ans après l’explosion du « Penelopegate » en pleine campagne présidentielle, l’ancien candidat de la droite en 2017 a été condamné à nouveau dans le dossier qui avait plombé sa course à l’Elysée et signé la fin de sa carrière politique.

La peine de prison de l’ex-locataire de Matignon entre 2007 et 2012, aujourd’hui âgé de 68 ans, a été assortie de 375.000 euros d’amende et de dix ans d’inéligibilité.

Sa femme a été condamnée à deux ans de prison avec sursis et 375.000 euros d’amende, son ancien suppléant Marc Joulaud à trois ans de prison avec sursis. Des peines d’inéligibilité de deux et cinq ans ont en outre été prononcées à leur encontre.

Les trois prévenus ont enfin été condamnés à verser environ 800.000 euros à l’Assemblée nationale, partie civile.

Absents lors du prononcé de la décision, le couple et l’ancien suppléant vont se pourvoir en cassation, ce qui suspend les sanctions pénales.

Le paiement des dommages et intérêts, en revanche, n’est pas gelé et pourrait être réclamé immédiatement par la chambre basse du Parlement.

Relaxe partielle

Si la cour d’appel a blanchi le couple concernant le premier contrat d’assistante parlementaire de Penelope Fillon entre 1998 à 2002, « elle n’a pas tiré les conséquences de ses propres constatations sur les preuves apportées de la réalité du travail accompli par Mme Fillon » pour les deux autres contrats, ont estimé les avocats de la défense dans un communiqué.

« Cette question, ainsi que les importantes problématiques juridiques tenant notamment à l’atteinte à la séparation des pouvoirs, à la conduite inéquitable de cette procédure ou encore à l’acquisition de la prescription, devront être analysées par la Cour de cassation« , poursuivent les conseils.

Ces sanctions pour détournement de fonds publics, complicité d’abus de biens sociaux et recel de ces deux délits notamment, sont plus légères que celles prononcées en première instance, le 29 juin 2020.

François Fillon avait alors été condamné à cinq ans de prison, dont deux ans ferme, et sa femme avait écopé de trois ans de prison avec sursis, les peines d’amende et d’inéligibilité étant identiques. Marc Joulaud avait lui été condamné, en sus, à une amende de 20.000 euros.

Contrairement au tribunal, la cour d’appel a relaxé les époux sur le premier des trois contrats litigieux comme assistante parlementaire de Penelope Fillon « au bénéfice du doute ».

Au-delà d’une diminution des peines, cette appréciation entraîne une baisse du montant des dommages et intérêts pour l’Assemblée nationale – qui s’était vu octroyer environ un million d’euros en première instance.

Activités « évanescentes »

La cour a en outre relaxé le couple dans le volet des emplois des deux aînés de leurs enfants en 2006-2007, alors que François Fillon était sénateur.

La juridiction d’appel a en revanche confirmé le caractère fictif des activités de Mme Fillon auprès de Marc Joulaud, qui avait remplacé M. Fillon comme député de la Sarthe entre 2002 et 2007, ainsi que celles de la Franco-Galloise à nouveau auprès de son mari, en 2012-2013.

De même, la justice a de nouveau considéré que le contrat de « conseillère littéraire » de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes en 2012-2013 n’avait pas de consistance.

A la barre lors du procès en appel du 15 au 30 novembre, dans une atmosphère bien moins électrique qu’au premier procès, le couple avait maintenu la même défense, identique depuis l’origine de cette affaire: le travail de Mme Fillon, « sur le terrain » dans la Sarthe, était certes « immatériel », mais bien « réel ».

La cour d’appel a quasiment suivi les réquisitions du parquet général. Le ministère public avait en revanche considéré que les trois contrats étaient fictifs, parlant d’activités « impalpables » voire « évanescentes » – il peut aussi se pourvoir en cassation.

Retiré de la vie politique, M. Fillon a annoncé fin février, après l’invasion russe en Ukraine, démissionner de ses mandats aux conseils d’administration du géant de la pétrochimie Sibur et de Zarubezhneft (hydrocarbures).

Par Le Point avec AFP

Canada-Ex-conjointe brûlée vive : 20 ans de prison pour Frej Haj Messaoud

mai 3, 2022
Frej Haj Messaoud, menottes aux poignets, est escorté par deux policiers vers un fourgon.

Frej Haj Messaoud est détenu depuis son arrestation en août 2019. (Archives) Photo : Radio-Canada

L’ancien chauffeur de taxi Frej Haj Messaoud, qui a tenté de tuer son ex-conjointe par le feu à l’été 2019, a été condamné à une peine de 20 ans de prison mardi au palais de justice de Québec.

En novembre dernier, l’homme de 41 ans avait plaidé coupable d’une accusation de tentative de meurtre, évitant la tenue d’un procès devant jury.

La défense avait recommandé une peine de 7 à 15 ans d’emprisonnement, tandis que la poursuite estimait que la prison à perpétuité était une sentence plus appropriée.

Ayant passé 1495 jours en détention depuis son arrestation, Frej Haj Messaoud restera à l’ombre durant les 15 prochaines années.

Rupture

Avant le prononcé de la peine, le juge Guy Deblois est revenu mardi sur les événements du 9 août 2019, quand l’accusé, incapable d’accepter la rupture avec sa conjointe, avait aspergé celle-ci d’essence avant d’y mettre le feu en pleine rue, dans le quartier Saint-Sauveur.Des traces d'incendies au centre de la chaussée dans une rue d'un quartier résidentiel de la Basse-Ville de Québec, en été.

Des vêtements calcinés appartenant à la victime et des traces de feu étaient visibles sur la rue Arago dans les heures qui ont suivi la tentative de meurtre, à l’été 2019. (Archives) Photo : Radio-Canada/Daniel Coulombe

Wiem Haj Amor avait été brûlée sur plus de 50 % de son corps. Elle a subi une dizaine d’opérations et souffre d’importantes séquelles physiques et psychologiques.

Le juge Deblois a indiqué que la victime n’était plus capable de mener une vie normale. Elle n’a pas été en mesure de continuer ses études ni de travailler.

Douleur atroce

Le crime commis est d’une violence indescriptible […] Il veut lui faire vivre une douleur atroce, a souligné le magistrat.

Il a ajouté que Mme Amor souffrait de cauchemars, d’isolement, de colère, d’impuissance et vivait avec un sentiment d’injustice.

C’est sans compter les impacts psychologiques de l’agression sur les deux enfants qu’a eus le couple originaire de la Tunisie avant de se séparer en 2019, après sept ans de mariage.

Le fils demande : « pourquoi le feu est encore sur ton corps, maman? » a relaté le juge Deblois.Wiem Haj Amor à sa sortie d'une salle d'audience du palais de justice de Québec.

Wiem Haj Amor (à gauche) a conservé d’importantes séquelles de l’agression. (Archives) Photo : Radio-Canada

Présente dans la salle, Mme Amor s’est mise à pleurer en écoutant le récit des faits, serrant bien fort la main d’une amie venue l’accompagner. Pendant ce temps, l’accusé tenait ses mains devant son visage.

Le juge a dépeint Messaoud comme un homme contrôlant qui surveillait ses déplacements et ses dépenses.

Même incarcéré, l’ex-conjoint a continué d’exercer un contrôle sur sa victime en l’empêchant de prendre certaines décisions, a rappelé le magistrat, mentionnant au passage que l’accusé avait attendu plus de deux ans avant d’admettre sa culpabilité.

Facteurs aggravants

Le juge a affirmé que les émotions de Messaoud à l’égard de sa victime apparaissent peu ressenties.

Les facteurs aggravants, dans ce dossier, sont nombreux et la responsabilité de l’accusé est grande, a insisté le juge Deblois, qui a décrit la violence conjugale comme un fléau devant être dénoncé.

Avec Radio-Canada par Louis Gagné avec des informations de Marie-Pier Mercier

Canada-Québec/Exploitation sexuelle : l’ex-enseignante Arielle Leclerc-Fortin écope de 15 mois de prison

mai 2, 2022
Arielle Leclerc-Fortin.

Arielle Leclerc-Fortin, une ex-enseignante de Sherbrooke, avait admis sa culpabilité en octobre 2021. Photo : Radio-Canada/Source : Facebook

L’ex-enseignante de Sherbrooke Arielle Leclerc-Fortin, coupable d’exploitation sexuelle sur un mineur, a reçu une peine de 15 mois de prison pour avoir eu des relations sexuelles avec un élève en 2021.

La jeune femme est arrivée au palais de justice avec son sac d’effets personnels. Elle a serré ses proches dans ses bras, avant d’entrer dans la salle d’audience.

C’est la juge Danielle Côté qui a prononcé la peine, à la suite d’une suggestion commune de la défense et de la Couronne. Cette peine sera suivie de deux ans de probation, et Arielle Leclerc-Fortin devra également faire un suivi en psychothérapie.

C’est très raisonnable comme peine, étant donné la situation de confiance, a mentionné la juge Côté, tout en ajoutant qu’elle devait refléter la gravité des gestes commis.Arielle Leclerc-Fortin, entourée de ses proches, au palais de justice de Sherbrooke.

L’accusée est arrivée au palais de justice de Sherbrooke avec ses effets personnels. Photo: Radio-Canada/Geneviève Proulx

La juge a cependant rapporté que la forte judiciarisation du dossier avait eu un effet dissuasif sur l’ex-enseignante, et diminuait fortement son risque de récidive. Elle a aussi souligné la bonne collaboration de la jeune femme au rapport présentenciel qui était, selon elle, l’un des plus positifs qu’elle ait lus de sa carrière.

« Quelle erreur de parcours, c’est triste pour vous […] C’est avec votre collaboration qu’on ne vous reverra pas. Je suis convaincue que vous allez repartir du bon pied. »— Une citation de  Danielle Côté, juge à la Cour du Québec

La jeune femme avait admis sa culpabilité en octobre 2021. Elle avait toutefois plaidé coupable d’une infraction sommaire plutôt que criminelle. Ce changement réduisait la peine maximale de 14 ans de laquelle elle était passible à 2 ans moins un jour.

Arielle Leclerc-Fortin, alors âgée de 22 ans, travaillait comme enseignante suppléante à l’École internationale du Phare. Elle avait entamé des discussions sur Snapchat avec la victime avant de décider de le rencontrer.

Selon les faits relatés par le ministère public, l’élève ne s’était pas senti comme une victime, mais avait admis qu’il ne [pouvait] plus reculer à ce moment-là. L’enseignante et la victime ont eu deux relations sexuelles en un mois.

Lors de l’enquête, l’enseignante avait admis savoir qu’il lui était interdit d’avoir des relations sexuelles avec un élève, mais que cet interdit lui procurait de l’excitation.

Par Radio-Canada avec les informations de René-Charles Quirion

Algérie : mourir en prison pour un post sur Facebook

avril 28, 2022

Que s’est-il passé dimanche 24 avril à la prison de Koléa ? C’est la question qui agite la toile après la mort soudaine – et pour l’instant inexpliquée – de Hakim Debbazi, un détenu d’opinion.

Hakim Debbazi. © DR

Dans la soirée du 24 avril, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux ont annoncé la nouvelle. À 22h44, l’information est confirmée par l’avocat Tarek Merah : le détenu d’opinion Hakim Debbazi, 55 ans, sous mandat de dépôt depuis le 22 février pour des publications sur sa page Facebook jugées nuisibles à l’intérêt national, est décédé dans la prison de Koléa. 

Avant son arrestation, ce père de trois enfants qui résidait à Hadjout, une ville côtière de la wilaya de Tipaza, à l’ouest d’Alger, comptabilisait à peine 121 abonnés pour les vidéos pro-Hirak qu’il relayait. Quatre jours après son décès, son compte comptait à peine une quarantaine de « like » supplémentaires. Pas de quoi menacer le pouvoir. 

Demande de « liberté provisoire » rejetée

Aussitôt après l’annonce du décès, la Ligue algérienne des droits de l’homme a exhorté les autorités judiciaires à communiquer « sur les circonstances de cette tragique disparition », partant du principe que le sort d’un prisonnier relève de la responsabilité des autorités carcérales. Ce qui rend l’ouverture d’une enquête inévitable.

Mais ni le ministère de la Justice, ni le parquet n’ont encore réagi, entretenant ainsi les suspicions sur la cause du décès. D’autant que le détenu ne souffrait, d’après son entourage présent à son enterrement, d’aucune pathologie avant son incarcération. Mais lors du dernier parloir, le 2 avril, il s’est plaint à sa famille de douleurs thoraciques. Sa demande de « liberté provisoire » avait été rejetée.

Avant son décès, ni les membres du Collectif de défense des détenus d’opinion, ni les militants des droits de l’homme ne suivaient le dossier de ce détenu. Et il n’est pas le seul. De nombreuses familles, attestent des militants des droits humains, préfèrent ne pas médiatiser les poursuites qui touchent leurs proches pour ne pas les lier au mouvement du Hirak, durement réprimé depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune.

NI LE COLLECTIF DE DÉFENSE DES DÉTENUS D’OPINION, NI LES MILITANTS DES DROITS DE L’HOMME NE SUIVAIENT SON DOSSIER

En contrepartie de cette discrétion, les proches espèrent la clémence des juges. Une douzaine de familles qui comptent l’un de leurs membres en prison ont catégoriquement refusé toute forme d’aide, selon un militant qui suit de près le dossier des détenus d’opinion. Au moins 150 prisonniers poursuivis pour des publications sur les réseaux sociaux sont en attente de leurs procès depuis plusieurs mois.

Les tribunaux répondent rarement favorablement aux requêtes de liberté provisoire. Ces derniers jours, des membres de la défense ont alerté sur le cas de deux détenus souffrant de troubles psychologiques. Plusieurs demandes de liberté provisoire, appuyées par deux expertises judiciaires introduites par leurs avocats, ont été déboutées.

Conséquence ou non du décès de Hakim Debbazi, Ibrahim Khelil Adel, un jeune de 22 ans originaire de Laghouat, incarcéré à la prison d’El Harrach, a été libéré le 27 avril. En revanche, Ibrahim Tolmit, détenu depuis onze mois au centre pénitentiaire Tazoult, à Batna, en dépit d’un diagnostic de schizophrénie par un collège d’experts, n’a pas bénéficié de cette procédure.

Extension de la détention préventive

Ces cas ont remis au centre du débat la détention préventive, censée constituer une exception quand l’accusé ne présente pas assez de garanties pour se présenter à son procès ou lorsqu’il est poursuivi pour des faits graves.

Les organisations de défense des droits de l’homme comme la Ligue algérienne des droits de l’homme ou Amnesty International ont été les premières à monter au créneau pour réclamer la mise en place d’une commission d’enquête, dénoncer le recours abusif à la détention préventive et réclamer la création d’une commission de visite pour s’enquérir des conditions de détention.

LE POUVOIR DEMEURE ET DEMEURERA LE SEUL ET UNIQUE RESPONSABLE DE SA MORT »

Des personnalités politiques, comme le président du Mouvement pour la société et la paix (MSP), Abderrazak Makri, le vice-président de Jil Jadid, Zoheir Rouis, l’avocate Zoubida Assoul, présidente de l’Union pour le changement et le progrès, ou encore Karim Tabbou, coordinateur de l’Union démocratique et sociale ont tous exprimé leur colère et appelé les autorités à faire la lumière sur les circonstances de la mort de Hakim Debbazi.

Karim Tabbou révèle ainsi que « les autorités ont annoncé à sa famille que Hakim est décédé des suites d’un arrêt cardiaque dû à une grave déficience respiratoire ». Pour lui, le « pouvoir demeure et demeurera le seul et unique responsable de sa mort ».

« Offense au président et aux institutions »

Des citoyens également indignés ont lancé une pétition sur les réseaux sociaux, dénonçant la mort de Hakim Debbazi. Un texte signé par des figures connues du Hirak, comme l’avocat et militant des droits de l’homme Mustapha Bouchachi et le vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme Said Salhi.

L’affaire Hakim Debbazi a ravivé le souvenir de la mort, en 2019, de Kameleddine Fekhar, un fervent défenseur des droits des Mozabites, ou encore de celle, en 2016, du journaliste et cybermilitant Mohamed Talmat.

Fekhar était poursuivi pour « offense au président et aux institutions ». Ce médecin qui, pour dénoncer sa détention préventive, a rapidement entamé une grève de la faim, a rendu son dernier souffle le 28 mai 2019 à l’hôpital Frantz-Fanon de Blida. Sa famille réclamait régulièrement sa libération après la dégradation de son état de santé.

Mohamed Talmat, condamné à deux ans de prison ferme également pour « offense aux institutions et au président », est décédé en prison le 11 décembre 2016 à l’âge de 42 ans, après trois mois de grève de la faim. Les enquêtes ouvertes sur les circonstances de ces décès n’ont jamais rendu publiques leurs conclusions.

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

France-Présidentielle: dans la plus grande prison d’Europe, des détenus pour la première fois à l’isoloir

avril 7, 2022
Présidentielle: dans la plus grande prison d’Europe, des détenus pour la première fois à l’isoloir© AFP/Archives/Christophe ARCHAMBAULT

Des bulletins, deux isoloirs, une urne: à Fleury-Mérogis, la plus grande maison d’arrêt d’Europe, des détenus ont commencé mercredi à voter pour l’élection présidentielle, une première pour ce type de scrutin au sein même de la prison et pour nombre d’entre eux.

Au bâtiment D3, occupé par 650 détenus, une centaine d’inscrits volontaires sur les listes électorales sont amenés depuis leur cellule dans la salle polycultuelle, transformée en bureau de vote.

Comme beaucoup, Sofiane, 28 ans, vote pour la première fois (les prénoms des détenus ont été modifiés, ndlr).

« Je vous explique comment on fait ? Vous prenez le bulletin de la personne pour qui vous votez et aussi d’autres bulletins, pour ne pas que je sache qui c’est », lui indique une directrice pénitentiaire.

Sofiane, survêtement gris clair et grands yeux verts, entre dans l’isoloir. « Il faut tirer le rideau, Monsieur, qu’on ne vous voie pas. »

Le détenu, incarcéré depuis un mois, admet voter surtout pour « sortir de sa cellule » où il est « enfermé 22 heures sur 24 ». « Avant, je ne votais pas car je n’avais pas que ça à penser : j’étais libre », rit-il jaune.

Si Ibrahim, maillot blanc et rouge sur le dos, apprécie également de « prendre l’air », le détenu de 23 ans voit surtout « une chance à saisir » en cette matinée électorale.

En organisant ce vote, « l’Etat ne nous oublie pas, il pense à nous », estime celui qui vit depuis sept mois à l’ombre du mur de trois kilomètres de Fleury-Mérogis, au sud de Paris.

« Si ça s’trouve dehors, je n’aurais même pas eu le temps de venir voter », poursuit Ibrahim, s’estimant « plus informé en prison »: « vu qu’on regarde H24 la télé, on sait ce qui se passe et ça donne plus envie d’aller voter ».

« Un charme »

Youssef, 26 ans, avait participé à la dernière présidentielle. Il était libre alors. Retrouver un bureau de vote en prison lui plaît.

Oui, « il y a des policiers » et « on est sous les ordres », mais « il y a un charme », assure l’écroué à la voix posée: avec ce bureau, « ils nous font nous sentir comme à l’extérieur ».

« L’objectif n’est pas de faire oublier la détention, mais de rappeler aux détenus qu’ils sont citoyens, même en prison », souligne de son côté Franck Linares, directeur de Fleury-Mérogis.

Voter constitue une étape de réinsertion et « permettra aux personnes détenues d’avoir déjà une première approche du bureau de vote » à leur sortie, abonde Léa Fory, référente élections.

Cette modalité de vote dite « par correspondance », au sein même des établissements pénitentiaires, existe depuis 2019. Et c’est la première fois qu’elle est proposée pour la présidentielle.

Elle complète deux autres modalités, le vote par permission de sortie et par procuration, plus compliquées dans leur application: lors de la présidentielle en 2017, sur 70.000 détenus environ, 809 avaient fait une procuration et 200 s’étaient vus accorder une permission de sortie.

En 2022, ils sont 768 à avoir demandé à voter par procuration et 1.314 par permission. Pour le vote par correspondance, sous pli fermé au sein de la prison, les chiffres grimpent: le ministère de la Justice enregistre 13.672 inscrits.

Ces votes par correspondance sont acheminés au ministère de la Justice, où ils seront dépouillés le jour du scrutin national, le 10 avril. Pour le deuxième tour de la présidentielle, même programme.

A Fleury-Mérogis, occupée par 3.600 hommes et femmes détenus et où il y a « énormément de mouvements » entre « la promenade, l’infirmerie, le parloir… », l’enjeu de ce vote en détention est de « tenir compte des activités » des votants, détaille Etienne Lebrun, directeur du D3.

« Ce matin, certains sont partis en extraction judiciaire. On a dû les faire voter avant qu’ils ne partent au tribunal », illustre-t-il.

Avant le scrutin, dans toute la France, les établissements ont mené des campagnes de sensibilisation à l’inscription aux listes électorales.

A Fleury-Mérogis, « les surveillants ont fait le premier pas », raconte Karim, qui vote pour la première fois à 38 ans. « Avant, j’étais un mauvais garçon, anti-société », dit-il, sérieux.

Qu’espérer pour sa sortie, prévue en novembre ? Un président qui donne « du travail pour les jeunes », répond l’homme aux cheveux grisonnants. « Sans travail, c’est ce qui fait la délinquance », juge le détenu. « J’ai eu mon BTS cuisine mais j’avais pas de travail, c’est comme ça que j’ai dérivé ».

Par Le Point avec AFP

France-Marseille: Yvan Colonna est mort, trois semaines après son agression par un détenu radicalisé en prison

mars 22, 2022

Yvan Colonna est mort, trois semaines après son agression en prison

Le militant indépendantiste corse, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en 1998, est décédé ce lundi, après avoir été violemment agressé en prison le 2 mars dernier par un détenu djihadiste.

Après vingt jours de coma, Yvan Colonna est décédé aujourd’hui à l’hôpital de Marseille, selon l’avocat de la famille de l’homme qui purgeait une longue peine à la maison centrale d’Arles pour l’assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998. Yvan Colonna était dans le coma depuis le 2 mars dernier après son agression mortelle par Franck Elong-Abe, un détenu terroriste islamiste connu pour son extrême dangerosité, mais bénéficiant cependant d’un poste d’auxiliaire sportif au sein de la maison centrale. Le parquet national antiterroriste, qui s’est prononcé en faveur de la qualification d’attentat terroriste, s’était dans la foulée saisi de l’affaire.

Outre cette enquête judiciaire, une inspection est en cours, menée par l’inspection générale de la justice, sur les conditions du drame trouvant leur source dans la gestion carcérale des protagonistes, tous deux sous « le statut de détenu particulièrement signalé ». Enfin, la Commission des lois a ouvert un cycle d’audition à la suite de cette tentative d’assassinat.

Une triple déflagration

Le drame a eu l’effet d’une triple déflagration politique. En effet, dans les jours qui ont suivi l’agression, la Corse s’est enflammée durant plus de dix jours, provoquant des heurts violents avec les forces de l’ordre au point d’obliger Jean Castex, le premier ministre, à céder sur la question de l’autonomie de l’Ile de Beauté. Gérald Darmanin s’était rendu sur place dès le 17 mars pour une visite de trois jours, afin d’engager sur ce thème délicat les premières discussions avec les représentants corses, à commencer par Gilles Siméoni, président du Conseil exécutif de Corse, afin de calmer les tensions dans l’île. Au terme de l’accord passé entre l’État et la représentation corse, le gouvernement s’est engagé à entamer à marche forcée des négociations dès la première semaine du mois d’avril afin de définir le cadre de cette future autonomie. Il s’est également engagé à aboutir à un accord avant la fin de l’année 2022.

Lundi soir, peu après l’annonce de la mort d’Yvan Colonna, seuls quelques rassemblements spontanés ont eu lieu en Corse, l’un d’une trentaine de personnes devant la cathédrale à Ajaccio, et l’autre d’une quarantaine de personnes devant le Palais de Justice de Bastia, chaque fois dans le calme.

Mais la mort d’Yvan Colonna a également relancé la question du statut des détenus corses et plus particulièrement des membres du Commando Erignac, dont les principaux acteurs sont Alain Ferrandi et Pierre Alessandri. Ces derniers demandent depuis 2018 la levée de leur statut de «détenus particulièrement signalés» pour bénéficier d’un transfert à la prison de Borgo et d’aménagements de peine. Des demandes dont ils ont été systématiquement déboutés jusqu’au lendemain du drame puisque leur statut a été levé le 10 mars dernier. Yvan Colonna était dans la même logique de procédure depuis juillet 2021, fin de sa peine de sûreté de vingt ans. Cependant, comme l’ont rappelé les députés Bruno Questel et François Pupponi – derniers à avoir vu l’activiste vivant en détention -, lors de la première audition de la Commission des lois mercredi dernier, « Yvan Colonna avait renoncé à se présenter devant la Commission nationale d’évaluation, au vu des demandes rejetées des détenus Ferrandi et Alessandri. S’il s’était rendu à cette audience, il ne serait pas mort sous les coups de ce terroriste islamiste », ont-ils rappelé.

La justice avait cependant accordé jeudi une suspension de peine «pour motif médical», à la demande de ses avocats. La loi prévoit en effet qu’une peine de prison puisse être suspendue en cas de pronostic vital engagé.

Mais la mort d’Yvan Colonna relance un autre débat brûlant, celui de la gestion des détenus terroristes islamistes en prison, de la réalité de leur suivi, de la détection de leur dangerosité et de la rigueur de leur détention. Un thème d’autant plus aigu que l’on compte dans les prisons françaises 500 condamnés pour terrorisme islamiste et presque autant de détenus de droit commun radicalisés. Hier soir, la Corse retenait son souffle, laissant la place au deuil.  

Avec Lefigaro.fr par Paule Gonzalès

CPI – Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé ne sera pas indemnisé pour ses années en prison

février 11, 2022
Charles Blé Goudé à la CPI, le 28 janvier 2016. © Peter Dejong/AP/SIPA

Définitivement acquitté de crimes contre l’humanité le 31 mars dernier, l’ancien ministre de Laurent Gbagbo réclamait jusqu’à 819 300 euros de dommages et intérêts.

Pour justifier le rejet de la demande d’indemnisation de Charles Blé Goudé, les trois juges chargés de statuer ont estimé que les droits à un procès équitable avait été « garantis, et non pas enfreints, au cours de la procédure pénale intentée à son encontre ». Selon eux, il n’y a pas eu « des preuves concrètes d’une violation si grave et exceptionnelle que la bonne administration de la justice en a été mise en cause ». « À chaque étape de la procédure, une chambre a supervisé le processus, et les actions de l’accusation ont été minutieusement examinées », écrivent les juges. En bref, « aucune erreur judiciaire grave et manifeste » n’aurait été commise.

Signé de ses avocats Geert-Jan Knoops et Claver N’dri, la demande de l’ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo avait été déposée le 9 septembre. Après quelques observations écrites, une audience s’est tenue le 16 décembre 2021 à La Haye.

« Graves et manifestes erreurs de la justice »

Pour chiffrer leur demande à 819 300 euros, la défense de Charles Blé Goudé avait effectué plusieurs calculs. Ils avaient d’abord recensé le nombre de jours (1 778) que l’ancien accusé de la Cour pénale internationale (CPI) a passé derrière les barreaux entre son transfert dans le pénitencier de Scheveningen, le 22 mars 2014, et sa libération conditionnelle, le 1er février 2019. Puis le temps écoulé jusqu’à son acquittement définitif, le 31 mars 2021 (790 jours), et enfin le nombre de jours écoulés depuis (163). Au total, 2 731 jours, qu’ils souhaitaient voir indemnisés à hauteur de 300 euros.

Ils proposaient également un autre calcul, qui ne faisait débuter les « graves et manifestes erreurs de la justice » qu’en 2018, lorsque le procureur de la CPI avait refusé d’abandonner le dossier, ce qui les avaient amenés à réclamer 381 900 euros. Aucune de ces deux demandes n’a donc été acceptée par les juges de la CPI.

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Procès Sankara au Burkina : trente ans de prison requis contre Blaise Compaoré

février 8, 2022
Le général Diendéré au tribunal militaire de Ouagadougou, le 9 novembre 2021. © General Diendere at the Military Tribunal of Ouagadougou, Tuesday, November 9, 2021. General Diendere will be questioned as an accused from this Tuesday. Le General Diendere au Tribunal Militaire de Ouagadougou, le mardi 9 novembre 2021. Le General Diendere sera interroge en tant qu accuse a partir de ce mardi. © Sophie Garcia/Hans Lucas

L’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire, a été désigné par le parquet comme le principal responsable de l’assassinat de Thomas Sankara. Trente ans de prison ont également été requis contre Hyacinthe Kafando et vingt contre Gilbert Diendéré, alors que le procès historique touche bientôt à son terme.

Trente ans de prison ferme ont été requis ce mercredi contre Blaise Compaoré, soupçonné d’être le principal commanditaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons en 1987. Le parquet militaire a demandé au tribunal de reconnaître l’ancien président du Burkina Faso coupable « d’attentat à la sûreté de l’État », de « recel de cadavre » et de « complicité d’assassinat ».

Une réquisition énoncée en l’absence du principal concerné. Chassé du pouvoir par la rue en 2014, Blaise Compaoré vit depuis en Côte d’Ivoire. Il ne s’est pas présenté devant ses juges, ses avocats dénonçant « un tribunal d’exception ». Il a toujours nié toute implication dans les événements du 15 octobre 1987.

Vingt ans à l’encontre de Diendéré

Trente ans de prison ont également été requis contre l’autre grand absent, Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016. L’ancien commandant de la garde de Compaoré est soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara et ses collaborateurs. Le parquet a réclamé sa condamnation pour « attentat à la sûreté de l’État » et « assassinat ». Outre ces deux absents de marque, douze autres accusés étaient présents lors de ce procès fleuve qui a débuté en octobre. L’écrasante majorité avait plaidé non coupable.

La veille, mardi 7 février, vingt ans de prison ont été requis contre le général Gilbert Diendéré, l’un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Il purge déjà une peine de vingt ans de réclusion pour avoir pris le pouvoir au terme du coup d’État de 2015. De trois à vingt ans d’emprisonnement ferme ont également été demandés pour cinq accusés, en plus d’une peine de onze ans avec sursis. Enfin, le parquet a requis l’acquittement de trois accusés « pour faits non constitués » et des deux derniers pour « prescription ».

« Personne n’a avoué »

Lors de son réquisitoire, mardi matin, le parquet militaire a retracé la chronologie des évènements du 15 octobre 1987. Selon lui, alors que le chef de l’État burkinabè se rendait au Conseil de l’entente, le siège du Conseil national de la révolution où s’est produite la tuerie, vers 16h20, « ses bourreaux étaient déjà sur place ». Lorsque Thomas Sankara est entré dans la salle de réunion, « le commando, scindé en deux groupes, a investi les lieux en abattant les gardes du chef de l’État. Le commando a ensuite ordonné au président Sankara et à ses collaborateurs de sortir de la salle. Ils seront tour à tour abattus », a poursuivi l’accusation.

HÉLAS, AUCUN ACCUSÉ NE S’EST REPENTI

Suspendu après le coup d’État militaire survenu au Burkina il y a deux semaines, le procès a repris le 2 février avec les plaidoiries des parties civiles, qui se sont achevées lundi 7 février. « Après quatre mois de débat, c’est un sentiment de soulagement qui anime les familles », a indiqué Me Prosper Farama, l’avocat de la famille Sankara. « Hélas, au cours de ce procès, aucun accusé n’a avoué, aucun ne s’est repenti. Personne ! Nous demandons au tribunal de rendre justice aux familles. Nous ne voulons pas une vengeance, nous demandons simplement justice », a-t-il ajouté. Le procès doit se poursuivre avec les plaidoiries des avocats de la défense.

Par Jeune Afrique avec AFP

La clé de la cellule de Mandela bientôt restituée à l’Afrique du Sud ?

janvier 14, 2022
Damien Glez © Damien Glez

Pause ou conclusion dans la polémique qui a suivi la programmation de la vente aux enchères de la clé de la prison de Madiba ? La séance new-yorkaise prévue le 28 janvier est ajournée…

Peut-on faire feu de tout bois ? Peut-on de feu Madiba faire objet de tout marchandage ? À l’heure où son Congrès national africain (ANC) préparait un 110e anniversaire aux flagrances de corruption, de dissidence et d’échec électoral, les Sud-Africains se désolaient que la clé de sa cellule à la prison de Robben Island soit programmée à la vente, le 28 janvier prochain, à New York. Dans le même lot aux enchères, figuraient une chemise ayant appartenu à Nelson Mandela, des lunettes de soleil, des stylos protocolaires, un vélo d’appartement et une copie de la Constitution signée par l’ancien président sud-africain.

C’est le tabloïd britannique The Daily Mail qui avait annoncé, dès la semaine de Noël, que la clé aurait été cédée par Christo Brand, un ancien gardien du prisonnier politique devenu son ami. Sans se poser plus de questions, la salle des ventes Guernsey’s avait annoncé un prix de réserve de 250 000 dollars et son président, Arlan Ettinger, avait anticipé une liquidation potentielle à plus d’un million de dollars…

Indignation populaire

Le scoop britannique avait provoqué une indignation populaire en Afrique du Sud, la condamnation du gouvernement et la menace d’une plainte contre Christo Brand par l’association sud-africaine des anciens prisonniers politiques. Ironiquement, pour le secrétaire adjoint de l’association, Mpho Masemola, l’objet qui servait à séquestrer est devenu « le symbole de la liberté », associé qu’il est à la libération des détenus politiques de Robben Island, l’île prison où vécut Mandela durant 18 de ses 27 ans d’incarcération par le régime d’apartheid. Un communiqué du gouvernement explique, lui, que « la clé (…) représente le triomphe de l’esprit humain sur le mal ».

L’événement du 28 janvier s’inscrivait-il dans une saine « mandelamania » ou dans une dérive mercantile si souvent redoutée, au regard du merchandising parfois macabre et incongru élaboré depuis la mort du premier président noir d’Afrique du Sud ? Selon la salle des ventes, l’ancien geôlier aurait accepté de renoncer à la quasi-relique – que les autorités lui avaient cédée il y a 30 ans – pour permettre à l’une des filles de Mandela de financer, avec le fruit de la vente, un jardin commémoratif consacré à Mandela, dans son village natal, non loin de sa sépulture.

Le 7 janvier, Guernsey’s annonçait que la vente était « ajournée sine die », « en attendant des vérifications » de l’Agence du patrimoine d’Afrique du Sud (Sahra) quant aux autorisations nécessaires à la sortie de la clé du pays. Le même jour, plus catégorique, le ministre sud-africain de la Culture Nathi Mthethwa affirmait que le passe-partout carcéral serait restitué au pays de Madiba. Un front commun autour d’une vieille clé serait-il la clé d’une réconciliation nationale enfin aboutie ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.